Le CIV et les Djeun’z

Aujourd’hui je vais vous parler d’un site que j’affectionne particulièrement: Planet viandz.

Enfin, notre histoire n’est pas un long fleuve tranquille. Evidemment, je l’adore et je le déteste à la fois, vous vous en doutez. Mais la façon dont Planet Viandz heurte à la fois le bon goût, la logique, la bienséance, l’éthique, l’intelligence, la déontologie, la subtilité, et s’adresse aux jeunes en les prenant totalement pour des débiles tout en essayant de se mettre à leur niveau (débile donc), est de nature à provoquer une foule d’émotions chez moi, allant du vomissement à la crise de rire hystérique et passant par l’évanouissement.

Et moi, les émotions, j’aime.

L’article « spécial filles » (sic) « au secours, il y a du gras dans la viande » est tordant. On croirait voir un gros boucher moustachu ayant collé sur sa tête une casquette à l’envers et s’adressant à de jeunes adolescentes anorexiques (car oui, toutes les adolescentes sont anorexiques) en leur expliquant que la viande, c’est très branchouille. La fin est particulièrement drôle. Après un article qui dit en grois que oui bon ok hum la viande c’est gras, mais des fois, on peut enlever le gras, donc c’est moins gras, puis quand on mange gras on a moins faim après (j’ai envie de dire, trop tard on a mangé gras, mais bref), donc, l’article se conclut ainsi:

En guise de résumé, tu l’auras compris, la viande n’est certainement pas un aliment à bannir. Elle est plutôt un bon partenaire pour la ligne. Il suffit de varier parmi le choix très large que nous offrent les viandes de bœuf, veau, agneau, viande chevaline et leurs produits tripiers.

Le CIV. Parce que quelque part dans le monde, un boucher ventru et moustachu espère qu’une adolescente anorexique va se cuisiner des tripes de cheval.

Très savoureux également, le quizz « dégoût d’ou viens tu »,, qui nous donne un assez bon résumé de la façon dont le végétarisme chez les jeunes est perçu par le CIV, et à quel point ce dernier prend les adolescents pour des crêtins. Avec l’article « le bien être animal, une préoccupation de tous les instants » (sans intérêt, un de ces baratins creux et bien-pensants ou l’on apprend que si les cochons sont stressés, la viande est mauvaise) ce sont les deux références discrètes à la montée en puissance du végétarisme (et du flexitarisme, pour faire plaisir aux journalistes). Ainsi, voici les raisons qu’auraient les jeunes, pardon, les djeunz, de ne pas manger de viande.

Edifiant.

Mais le pire avec la propagande du CIV, c’est qu’elle arrive facilement à un cynisme qui outrepasse largement les limites de la bienséance, quand il s’agit de conseils nutritionnels donnés aux jeunes. On dirait que les producteurs et vendeurs de viande se fichent littéralement de rendre les gamins malades et obèses.

Prenons par exemple cet article nommé judicieusement « c’est c’que je préfère, point barre« . Je ne résiste pas au plaisir de le citer intégralement.

Les ados ! C’est fou ce que l’on peut écrire à votre sujet ! Il n’empêche que tous ces portraits ne te ressemblent jamais totalement, et c’est tant mieux ! Il y a
bien deux trois vérités qui traînent, mais dans l’ensemble, tu ne corresponds jamais exactement à ce que tu lis ou entends.

Pourtant sans tomber dans la caricature, il y a un fait absolument vérifié, la nourriture des ados est un peu, voire très différente… de ce qui est recommandé et que tu connais presque par cœur d’ailleurs !

Toi tu dis « C’est super quand c’est facile à transporter », les autres disent « Tout ce qui se transporte est gras et sucré ! ».

Toi tu dis « J’ai faim tout le temps, c’est normal, je suis en train de grandir ! », les autres disent « Tous ces grignotages, ça ne peut plus durer ! ».

Toi tu dis « Quand on mange, il faut se faire plaisir ! », les autres disent « D’accord, mais après ce qui est nécessaire au bon fonctionnement de ton corps ».

Toi tu dis « L’important dans un repas, c’est l’ambiance, les copains», les autres disent « l’équilibre alimentaire, il faut y penser ».

Toi tu dis « C’est quoi le problème ? », les autres disent « Pense à ce qui est bon pour ta santé ».

Et le plaisir dans tout ça ?

Le plaisir, c’est fondamental quand on mange, parce que manger sans plaisir, au secours, cela ne s’appelle pas manger, mais se nourrir. On ne va pas te refaire le coup de la madeleine de Proust
du cours de français, mais tu peux bien avouer que tu as un petit plat préféré bien connu dans la famille et qu’on te le sert chaque fois qu’on veut te faire plaisir, non ? Chaque personne a des
saveurs fétiches, des aliments qui lui rappellent des souvenirs et nous on dit : vive le PLAISIR !

DONC

Tous les aliments participent à la découverte du plaisir, et il faut se faire plaisir quand on mange, on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas répété !

Autour des aliments plaisirs, n’oublie pas de placer dans ton assiette ceux qui sont un peu, beaucoup, passionnément… absents, surtout que tu sais qu’ils sont tous importants pour ton corps
!

Ta manière de vivre te conduit à préférer les aliments qui se transportent facilement et là, c’est vrai qu’on trouve plus de produits sucrés ou un peu gras que des bâtonnets de carottes crues !
L’équilibre alimentaire ne se fait pas sur un seul repas mais sur toute une journée, voire une semaine. Réfléchis à ce que tu as ingurgité depuis le début de la journée et fais un micro effort pour rééquilibrer tout ça, à la maison ou à la cantine, surtout que tu sais bien que les aliments sucrés et gras doivent être réduits le plus possible !

Ton corps est en pleine croissance ! Variété, variété, sera donc le mot à te répéter.

 

Maintenant remontez sur votre chaise.

Passons sur l’intro du style « vous les ados, nous au CIV on vous comprend! » Si je me rappelle une seule chose de mon adolescence c’est bien le fait de se faire appeler « ado » avec un ton condescendant, paternaliste et faussement compatissant et « compréhensif » par de parfaits inconnus qui ne comprennent vraisemblablement rien. Mais laissons cela de côté et intéressons-nous au contenu de l’article.

Quand je suis devenue végane, cela m’a permis de redécouvrir les aliments, de détacher la nourriture des sentiments de frustration et de culpabilité, et d’apprendre à nouveau la satiété et la faim. Cela m’a permis de perdre 12 kilos en 3 mois sans avoir à faire d’efforts particuliers. J’ai donc à présent une assez bonne connaissance de ce qui est nécessaire en nutrition pour être en bonne santé, d’un point de vue comportement alimentaire, et un certain recul sur les problèmes posés par la société de consommation en terme d’alimentation.

Cet article explique parfaitement ce qu’il ne faut PAS faire:

1) Distinguer les aliments-plaisir (gras et sucrés) des aliments-santé (fruits, légumes).

N’importe quel aliment est un aliment plaisir quand on a FAIM. Le problème, c’est que lorsqu’on est saturé de graisses et de sucre, beaucoup d’aliments nous paraissent fades et sans saveur. C’est simplement le fait de trop manger et de manger une nourriture trop riche. Quand on a faim, une pomme, un fenouil, un concombre, un champignon cru sont savoureux. En plus, appeler « aliment plaisir » un gros gâteau à la crème quand on en mange tous les jours, c’est simplement ne pas savoir ce qu’est le plaisir. Le vrai plaisir de manger un gâteau disparait quand on en mange souvent.
Avec lui disparait tout plaisir de savourer une salade ou une soupe.

2) Associer le plaisir au calcul et à la culpabilité, et compter sur cette dernière pour s’alimenter

Donc voilà en gros ce que dit cet article: mange un aliment-plaisir (genre du bacon frit dans le saindoux, miam miam). Ensuite, culpabilise et mange  un fenouil cru sans sel, juste pour rééquilibrer les calories ingérées. Puis aies super faim, et jette-toi sur un aliment plaisir (miam, le  nouveau bigburger triple fromage !). Puis, culpabilise à nouveau et mange des
carottes crues sans sauce. Puis, aies faim… etc etc.

Bref, cède à tous tes caprices, la culpabilité de manger de la merde suffira à ce que tu soies en bonne santé.

Une telle vision de l’alimentation est dangereuse. De nombreux obèses restent obèses à cause de cette vision culpabilisante de la nourriture qui les empêche d’apprécier vraiment la vraie nourriture. Combien de personnes prennent un bigmac, une grande frite et un coca light? Combien de gros (désolée pour le terme) mangent des trucs hyper caloriques et puis dans un élan de culpabilité, évitent de mettre de l’huile d’olive dans leur salade, pour ne pas grossir, alors qu’une cuillerée d’huile ne représenterait même pas 1% des calories ingérées au repas précédent?

Bref, ces conseils sont évidemment dangereux et en plus, ils prennent vraiment les ados pour des crétins, en les brossant dans le sens du poil et en les tutoyant comme si ça donnait de la crédibilité.

Je propose de réécrire cet article pour qu’il soit encore plus clair et compréhensif. Voici ma correction:

Tu es un d’jeunz, nous on te comprend, on sait que tu manges des kebabs et que tes parents veulent te faire manger de la soupe! Halala ces adultes, ils sont pénibles à toujours te dire ce que tu dois faire. Les parents ça sert vraiment à rien, pas vrai? Nous on est pas comme ça! Tu as bien le droit de manger ce que tu veux! D’ailleurs on sait bien que tous les djeun’z comme toi aiment les kebab, tu es bien un d’jeunz non? Donc tu aimes les kebabs! Manges-en, c’est bon pour toi! HA mais heuuu n’oublies pas de manger un peu de soupe hein quand même.

Par contre, un mystère demeure, dont seuls les experts en jeunes du CIV doivent posséder la clé:

Ta manière de vivre te conduit à préférer les aliments qui se transportent facilement et là, c’est vrai qu’on trouve plus de produits sucrés ou un peu gras que des bâtonnets de carottes crues !

Pourquoi c’est difficile de trimballer des carottes crues???