Petit guide argumentaire à l’usage des carnistes

Vous aimez la viande, mais vous ne trouvez aucune bonne raison d’en manger? Qu’à cela ne tienne: un bon gros paquet de mauvaises raisons pourraient faire l’affaire. Voici plusieurs sophismes couramment utilisés pour justifier la consommation de viande. Si vous faites face à un végétarien récalcitrant au steak-frites, ou encore à votre propre conscience, vous pourrez piocher allègrement parmi ces arguments, dans l’ordre que vous désirez et sans vous soucier le moins du monde de suivre un fil cohérent. Certes, ces arguments peuvent être facilement contrés si on les présente individuellement dans une discussion logique, mais il suffit de les enchaîner très vite les uns à la suite des autres pour que votre interlocuteur omnivorophobe™ n’ait plus aucune envie de discuter avec vous et tourne les talons dépité, vous abandonnant à votre puissante Raison. Avec un peu d’entraînement, vous pourrez les enchaîner si rapidement que tout végétarien dans un rayon de moins d’un kilomètre se mettra à baver de la mousse en remuant les bras. Quand à votre conscience, elle se ratatinera sagement dans un coin de votre cerveau, ou si elle n’y trouve pas de place, vous pourrez la ranger dans un autre organe de votre choix ou encore dans un tiroir, un carton du grenier ou une poire à lavement.

Mesdames et Messieurs… Les Zarguments

1) les classiques

Le cri de la carotte Lire la suite

Le nouveau sale: microbiologie de la saleté

Qu’y a-t-il de commun entre l’alcool, la lune, les étoiles, l’urine, la javel et les fœtus?

Saviez-vous que votre réfrigérateur était plus sale que votre clavier d’ordinateur, lequel est plus sale que la cuvette de vos toilettes? Et que les glaçons des fast food sont plus sales que les toilettes des fast food? Ce sont les informations dont les journalistes aiment nous abreuver. Ca fait des titres accrocheurs, les gens ont envie de lire, ils lisent, ils se disent « pouah, mon clavier d’ordinateur est plus sale que mes toilettes! ». Ils nettoient leur clavier (et en bousillent un ou deux en passage pour ceux qui ignorent que les produits d’entretien à vaporiser ne sont pas l’ami des claviers). Puis après ils le disent à tous leurs amis en mode « le saviez-vous »: alerte, alerte! Les claviers d’ordinateur sont plus sales que les toilettes!

Pourtant j’ai bien vérifié. Mon clavier d’ordinateur ne dégage aucune odeur suspecte, il n’est ni tâché, ni gluant, ni quoi que ce soit. De même que les glaçons des fast-food que je me rappelle avoir consommés dans une vie antérieure: ils n’ont rien de suspect a priori.

Oui, mais là on parle d’une crasse invisible, dangereuse, sournoise, celle qui va vous rendre malade et vous tuer: les bactéries.

En fait, toutes ces infos croustillantes évoquant la saleté ou la propreté ne font que parler de la présence de plus ou moins de bactéries. Sur un mode: plus y a de bactéries, plus c’est sale.

Les bactéries, c’est caca (?)

Donc les bactéries sont sales. Partant de ce principe, un petit calcul devrait vous traumatiser à vie: votre corps est composé d’environ 1013 cellules (c’est à dire 1 avec 13 zéros derrière, soit dix mille milliards si je ne me trompe pas). Et il contient de l’ordre de 1014 bactéries (cent mille milliards). Vous êtes donc habité de 10 fois plus de bactéries que vous n’avez de cellules. Vous êtes sale. Très sale.

Vous préférez absorber des boissons ou des aliments propres? Le coca cola est plus propre que l’eau, c’est clair (très peu de bactéries peuvent survivre à l’acidité du coca). Pas forcément meilleur pour votre santé, cela dit. Mais vous pouvez également vous désaltérer de votre urine, qui est stérile si vous n’êtes pas malade. Elle est donc « plus propre » que l’eau.

En fait, non seulement vous êtes très sale, mais tout ce que vous touchez devient sale, et quasiment tout chez vous et à l’extérieur de chez vous est sale, à quelques exceptions près. L’intérieur de votre cerveau est propre, par exemple. Votre bouteille d’alcool à 90° est propre. Le contenu de vos boîtes de conserve est bien plus propres que vos plats maisons. Le coca, l’alcool, la lune, les étoiles, l’urine, la javel et les fœtus sont propres, ainsi que les cratères de volcan en activité. A peu près tout le reste est sale. Mars est peut-être un peu plus sale que Jupiter.

Vous savez ce qui est propre aussi? Prenez du caca, faites-le bouillir. Voilà, c’est propre. Vous pouvez en manger. Par contre, ne mangez pas de fromage, ni de yaourt (même de soja!), qui grouillent de bactéries vivantes. Lire la suite

L’omnivore défendant et le cri de la carotte

Le cri de la carotte est le dernier bastion derrière lequel se retranche l’omnivore culpabilisant.

 

J’en ai eu un bel exemple dans mes commentaires ces jours-ci.

 

L’omnivore culpabilisant, aussi appelé omnivore défendant, est un drôle d’animal.

Son comportement rappelle furieusement certains aspect du troll internet décrit par wikipedia: attaques sur la forme, sophismes, dire tout et son contraire, ne jamais répondre directement aux questions posées, provocations, agressivité latente.

 

Attention, qu’on se mette d’accord. Je ne parle pas de tout omnivore qui viendrait discuter sur ce blog ou un autre blog abordant le végétarisme ou sur un forum végétarien ou vegan. Non, je parle bien de l’omnivore défendant, c’est une catégorie bien spécifique.

 

Comment reconnaître un omnivore défendant?

Comme je l’ai dit, le logique végétarienne est cohérente et d’une logique rigoureuse. Elle est basée sur un raisonnement simple qui appelle certaines valeurs éthiques que l’on trouve dans notre société, mais de façon incomplète, comme je l’ai démontré. Cependant, aller au bout de ces valeurs implique de remettre beaucoup de choses en questions.

L’omnivore classique aura souvent une objection à faire à votre logique, une question à poser qui implique que vous pouvez peut-être vous tromper. C’est normal. En général, ce sont des choses qu’on a déjà entendu plusieurs fois, mais puisqu’on est là pour discuter, ça ne fait rien de se répéter. Et parfois, ce sont des idées relativement nouvelles, ou formulées d’une façon inédite, qui peuvent apporter de l’eau au moulin de notre réflexion, et c’est toujours bon à prendre. Quoi qu’il en soit, ce type de débats autour du végétarisme est toujours bon à prendre, puisque, du moins c’est mon avis, la réfléxion autour de ce type de sujets ne peut qu’être positive. Débattre de l’éthique, s’interroger autour de l’éthique, c’est déjà le début d’avoir une éthique. Moins on débattra, moins on réfléchira, plus on fera n’importe quoi et on aura des comportements dangereux.

 

L’omnivore défendant, lui, n’a pas vraiment d’objections à faire. Il souhaite, en deux lignes, vous faire comprendre que votre raisonnement est nul et ne vaut rien. Le plus vite possible, il souhaite clore le débat. Malheureusement, il n’a pas pris en compte le fait que votre discours est le résultat de plusieurs semaines, mois ou années de réflexion sur un sujet auquel lui-même a toujours soigneusement évité de penser. C’est pourquoi ses arguments sont systématiquement des choses que nous avons entendues mille fois.

L’oreille de l’omnivore défendant, si sourde aux protestations de l’agneau enlevé à sa mère, est cependant assez fine pour percevoir ce son que je n’ai jamais eu la chance d’entendre, le cri de la carotte.

 

Insolente Veggie faisait remarquer avec justesse, dans ce très bon article, qu’il est totalement stupide de comparer les animaux qu’on mange aux légumes tout en omettant de les comparer à l’être humain. En effet, nous sommes des animaux, il serait donc beaucoup plus juste, objectivement, de comparer l’agneau qu’on égorge à un bébé humain qu’on égorge, plutôt que de le comparer à une jeune carotte qu’on cueille.

 

Mais l’omnivore défendant n’a que faire de l’objectivité.

Vous ne pouvez pas discuter avec un omnivore défendant, c’est simplement une perte d’énergie totalement stérile et inutile. Etant militante à mes heures (dans la vraie vie, pas seulement dans ce blog), je pense que mon énergie est beaucoup trop précieuse pour que j’explique à quelqu’un que les carottes n’ont pas de système nerveux alors que les cochons en ont un très proche du notre et la conscience très développée qui va avec. Ce sera de toutes façons pour m’entendre répondre quelque chose de très intelligent, comme le fait que les cochons n’ont pas de conscience parce qu’ils ne savent pas faire de mathématiques, que la suprêmatie de l’être humain lui permet d’agir sans éthique, que manger des êtres vivants c’est mal donc autant ne pas se préoccuper qu’ils aient une conscience ou sentent la douleur, que quand j’aspire mon tapis, je tue des acariens et que donc être végan ne sert à rien.

L’omnivore défendant n’est pas là pour défendre les acariens ni les bébés carottes. Il est là simplement pour répondre à l’accusation que, selon lui, vous portez sur son omnivorisme. Il est là pour défendre sa viande, et pour cela, il est prêt à toutes les bassesses intellectuelles. Il défendra son bifteack bec et ongles, au détriment de toute vraie logique.

 

Evidemment, la souffrance des plantes pourrait être un sujet de débat intéressant, mais il est tout à fait idiot d’en discuter avec un omnivore défendant qui vient de vous sortir le cri de la carotte. Déjà, il suppose généralement que vous n’y avez jamais pensé (on a un bel exemple ici), ce qui est idiot. Ensuite, il est incapable d’envisager les différences entre manger une carotte, qui est une racine tubérisée, et une pomme, qui est un fruit charnu, et qui est donc destiné par l’arbre à être mangée pour répartir les graines. Il ne connait pas l’existence du fruitarisme, et n’a pas envie d’en entendre parler. Selon lui, le fait qu’on soit obligés de manger des êtres vivants nécessite forcément de mettre à mort des êtres vivants conscients et sensibles (ou sentients), et de ne pas se préoccuper de l’éthique. c’est pourquoi j’objecte parfois que, tant qu’à ne pas soucier d’éthique, autant manger de l’humain. Mais il m’arrive accidentellement qu’en réponse, on me serve un discours réchauffé et moisi sur la Différence entre l’Homme et l’Animal (moi qui avait appris en cours de bio que les êtres humains étaient des animaux, ce qui expliquerait que nous faisons caca…) et la suprêmatie du premier sur le second, pour avoir inventé la bicyclette à ressorts et le peigne à soupape, alors que les lapins ne font que dormir, manger et niquer toute la journée.

 

Non seulement faire face à tous ces sophismes est épuisant et vain, mais en plus, pour mieux se défendre contre sa propre culpabilité, l’omnivore vous accusera perpétuellement de sensiblerie et se permettra d’être condescendant. Je viens d’écrire cinq articles longs et très argumentés, qui font appel à une logique rationnelle et à une éthique cohérente. J’aborde la question du véganisme avec une logique rigoureuse et une cohérence manifeste, ce n’est pas pour me faire accuser de sensiblerie et pour me faire traiter comme une pauvre petite chose portée par ses émotions, par quelqu’un qui vient juste défendre son steack et dont le discours est dirigé par une culpabilité latente. C’est l’hopitâl qui se fout de la charité.

 

Je n’ai pas envie d’entrer dans un tel débat, alors qu’on pourrait dire tellement de choses intéressantes sur la conscience supposée des plantes, sur le fruitarisme, sur les consciences humaines et animales et ce qui les lie ou ce qui les éloigne, sur la valeur de la vie… Je n’ai pas envie de discuter de tout cela avec quelqu’un qui est en train de défendre sa légitimité à manger de la viande. Manger de la viande est un plaisir futile, qui est bien au-dessous de toutes ces considérations, et qui oriente considérablement le débat vers le râs des paquerettes. Je pense que pour avoir un véritable débat, il faut réussir à garder une certaine objectivité. Quelqu’un qui n’est pas prêt à remettre en question sa consommation de viande n’est donc pas intéressant comme intervenant dans un tel débat.

 

C’est pourquoi je ne me foulerai pas pour répondre aux messages agressifs dans lesquels perce la culpabilité.

Je l’ai déjà montré à plusieurs reprises, mais cette fois, je le dis clairement.

Par contre, je suis tout à fait ouverte pour répondre aux questions venant de végétariens ou d’omnivores, je ne viendrai pas inspecter le contenu de votre assiette, promis. Mais je ne répondrai qu’à ceux qui désirent réellement une réponse.

Le chien et le mec dans la maison en flammes

J’ai exposé dans le précédent article des considérations scientifico-métaphysiques hautement complexes à propos d’une situation complètement idiote et qui n’existe pas. Il s’agissait de la situation dans laquelle je peux sauver un chien ou un humain avec une seule bouteille d’eau.

 

Vous aurez noté que j’ai brièvement exposé une situation similaire, tout aussi stupide et inexistante, dans laquelle je peux sauver un canidé ou un humanoïde d’une maison en flamme, en un court laps de temps.

 

Faisons encore un gros effort d’imagination pour nous mettre en situation: je dois braver les flammes pour aller chercher un humain ou un chien qui ne peuvent en aucun cas sortir seuls, ce qui laisse à penser qu’ils ont perdu connaissance à cause de l’asphyxie causée par les flammes. Mais je sais exactement ou ils se trouvent et, par un procédé de divination surnaturelle, je sais aussi que je ne pourrai en sauver qu’un. Notons que si le chien est de petite taille, je pourrais très bien le porter avec moi en allant chercher l’humain. Cette situation ne permet donc que de discriminer l’humain des races de chien de grande taille. C’est pourquoi les chinois, qui ont pour habitude culturelle de consommer de la viande de chien, consomment principalement des chiens de race saint-bernard. En effet, il est très difficile de porter un saint bernard et un humain en même temps, et donc nous nous heurtons à l’impossibilité de les sortir tous les deux d’une maison en flamme. Nous en concluerons logiquement que les saint bernards peuvent être mangés. Cette procédure de discrimination hautement sophistiquée ne peut s’appliquer ni aux jack russel, ni aux caniches nains ou autres races de chiens de petite taille. De plus, ces races ayant une truffe très proche du sol, elles seraient sans doute moins sujettes à l’asphyxie.

 

Mais je m’égare.

 

Vous, végétariens, vous n’êtes pas sensibles à cette logique imparable. C’est sans doute parce que vos parents ne vous aimaient pas quand vous étiez petit. Dès lors, lorsqu’on vous posera cette question au prochain repas en famille, que répondre pour sauver la face?

 

Personnellement, on m’a déjà posé très sérieusement la question dite du « chien et du mec dans le désert », et j’ai répondu tout aussi sérieusement qu’il serait toujours temps d’y réfléchir le jour où cela m’arrivera. Mais mon interlocuteur semblait peu satisfait. Je lui ai donc demandé ce qu’il ferait s’il était dans le désert avec un couteau, une vache et des bols de riz.*

 

Mais vous ne pouvez pas vous contenter de détourner la conversation avec des comparaisons idiotes entre manger en tuant et manger sans tuer. C’est stérile. Vous devez donc jouer le jeu et répondre en toute honnêteté.

 

N’oubliez pas de demander des précisions sur les relations que vous avez avec le chien et avec l’humain, et sur la taille et le poids de chaque individu, afin de gagner un peu de temps pour réfléchir. Puis changez de sujet à la première occasion. Vous ne devez surtout pas admettre que vous préférez les humains aux chiens, sinon, vous avez tort d’être végétarien. Et vous ne devez jamais admettre que vous préférez les chiens aux humains, sans quoi vous passerez pour un misanthrope aigri.

 

Si le changement de sujet de conversation de fonctionne pas, essayez d’introduire une autre espèce dans la maison en flamme, ça pourra toujours embrouiller votre interlocuteur.

 

*cette conversation est rigoureusement authentique.