Les animaux d’abord

cochonVégane? Et l’écologie, alors? Et ta santé?

Ma santé, ça va, merci. Et je ne me lancerai pas – je ne me lancerai plus – dans une diatribe fustigeant la viande, ce poison, le lait cette arme de destruction massive, et sur comment je vais tellement mieux depuis que je suis végane et que j’ai perdu du gras du cul et toutes ces conneries. D’un élan désintéressé d’empathie fraternelle, d’une exigence de justice pour les animaux, le véganisme doit-il devenir un « mode de vie » branchouille? Si oui, alors allons-y, montrons nos beaux abdos et nos jolis cuisses fermes. Seul problème: les animaux s’en foutent.

Plus j’évolue dans le véganisme, et plus je me rends compte à quel point nous défendons mal les animaux. En fait, la plupart du temps, nous ne les défendons même pas, occupés que nous sommes à nous défendre nous-même. C’est clair que les véganes sont cools, intelligents et beaux. Et si nous étions tous cons et moches, devrait-on manger les animaux pour autant?

Autant de phrases ou d’idées qui occultent le sort réservé aux animaux:

« Le régime naturel de l’homme est frugivore »
Tu m’en diras tant… Malheureusement, je pense que c’est faux, au mieux c’est inexact. C’est vrai que nous avons une morphologie plutôt frugivore comme les chimpanzées et les gorilles. Mais même nos lointains ancêtres australopithèques consommaient des petits insectes ou des restes de charognes, et c’est ceux qui avaient le régime le plus proche du frugivorisme. Les chimpanzées ont beau être majoritairement frugivores, ça ne les empêche pas d’attraper des singes plus petits et de les bouffer. Et quand on examine le régime alimentaire de nos ancêtres (grâce aux dents fossilisées), il n’apparait pas que le moindre d’entre eux n’ait été strictement végétalien. En fait, la question de savoir si « le régime naturel de l’homme est frugivore » n’a rien à voir avec la choucroute. Les chats ont beau être carnivores, ça ne les empêche pas de brouter de l’herbe, donc même s’il était avéré que nous étions frugivores, ce ne serait pas une raison pour ne pas manger de viande du tout. Ceci étant, le plus gros problème que cette affirmation me pose, ce n’est pas qu’elle soit fausse, mais qu’une bonne partie des gens qui profèrent ce genre d’ineptie sont convaincus que le problème est là. C’est à dire que s’ils changeaient d’avis sur le « le régime naturel de l’homme », ils se mettraient à manger de la viande et des produits animaux. Ce qui signifie que la vie des animaux n’a pas de valeur pour eux. Et si elle a en a une, alors je ne vois pas l’intérêt de rester aussi attachés à de telles croyances et de débattre sans fin pour savoir dans quelle mesure les produits animaux sont mauvais pour la santé, ou pour essayer de prouver qu’il y a bien un « régime naturel » végétalien pour l’être humain.

L'homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l'a conçu dans un but particulier. D'ailleurs, c'est une femme. Question suivante.

L’homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l’a conçu dans un but particulier. D’ailleurs, c’est une femme. Question suivante.

Cela vaut aussi pour des arguments de type « aucun animal ne tète le lait d’une autre espèce ». En fait, dans la nature, aucun animal n’a vraiment l’occasion de consommer du lait d’une autre espèce. Si on leur en offre, la plupart ne disent pas non. Bien sur, on peut souligner le fait que nous n’avons pas besoin de boire du lait de vache, mais par pitié, pas d’arguments dignes de la manif pour tous, du genre « c’est contre-nature beurk ». La nature n’a rien demandé, rien exigé. La production laitière exige d’exploiter des vaches, de les abattre à un âge très jeune, de tuer leurs petits, (alors oui il y a toujours un éleveur pour dire qu’il en tue pas ses veaux ou ses chevreaux, qui change de sujet 25 fois quand on lui demande ou il les met, pour finir par admettre à demi-mot qu’il les vend à des gens qui les tuent, alors merci mais ce n’est pas la peine de me raconter des salades). C’est pourquoi les véganes se passent de produits laitiers, ce qui est tout à fait possible. Je ne vois pas ce que Mère Nature vient faire là-dedans.

La viande et le lait sont des poisons, les mangeurs de viande sont en mauvaise santé, obèses, diabétiques…
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Food Not Bombs Montpellier !

Voici l’article que le magazine La Montpelliéraine a publié au sujet de Food Not Bombs Montpellier:
Faites la bouffe pas la guerre
Ce week-end aura lieu le 6ème partage de repas de Food Not Bombs Montpellier (la collecte commence demain, pour ceux du coin qui sont intéressés).

N’hésitez pas à consulter régulièrement le blog ! Pour être mis au courant des horaires des collectes et des réunions, la page facebook du collectif est aussi très utile. N’hésitez pas à partager ces liens sur les réseaux sociaux, les blogs, les forums, au bureau, dans la rue, dans le métro, dans les toilettes de bar, sur les avions et les autobus, dans le ciel et sur la lune.

Témoignages à Rodhilan

Je souhaite que ces témoignages soient lus afin que les gens réalisent ce qui s’est vraiment passé. J’ai lu trop de gens baver les pires insanités à propos de cet évènement lamentable. Apparemment, quand on provoque pacifiquement, il ne faut pas s’étonner de se faire taper dessus! Certains sont allé jusqu’à mettre la violence des aficionados sur le dos des organisateurs, qui ont eux aussi reçu des coups je le rappelle, et je le rappelle aussi, sous les yeux de la police qui a laissé faire, ce que personne n’aurait pu prévoir.

Mettre la violence subie sur le dos d’une victime est un procédé qui n’est pas nouveau puisque beaucoup de femmes victimes de viol ont eu droit à cette ultime violence, morale celle-là: « elles n’avaient qu’à pas provoquer ». Je croyais que cette triste époque était derrière nous, mais ce n’est pas le cas. Le comportement inqualifiable des aficionados qui se sont livrés à des tabassages et des violences sexuelles est excusé parce que, d’une part leur spectacle a été perturbé (mon dieu, les pauvres) et d’autre part parce qu’il était prévisible… Voilà qui est nouveau: les gens violents ont le droit d’être violents puisqu’ils sont violents et y a qu’à pas se mettre sur leur chemin quand ils veulent torturer un petit animal !

 

Les violences que les victimes ont subies sont insupportables et la police est malheureusement du côté des bourreaux.

Je vais publier ici les témoignages que je trouverai, de façon à ce que les faits soient diffusés un maximum et que chacun puisse se rendre compte de l’ampleur de la barbarie déployée le 8 octobre 2011 à Rodilhan.

J’ajouterai d’autres témoignages par la suite.

 

Témoignage de Fleur

(source: sur facebook)

Une droguée, une martyre, une résistante

Le samedi 8 octobre, un peu avant 16 h, je courais vers le centre de l’arène de Rodhilan pour m’enchaîner pacifiquement avec les autres militants, au centre de l’édifice. Les insultes et hurlements fusaient déjà alors que mon pied touchait le sol et j’apercevais, agenouillée dans le sable, les porteurs de banderoles se faire violemment bousculer, là-haut, dans les gradins. Attachée depuis une minute, j’ai pris le fumigène de mon voisin, l’ai brandi en l’air. Déjà, un quinquagénaire se précipite sur moi en courant et, sans le moindre avertissement, me donne un violent coup dans le poignet pour l’envoyer rouler au loin. Aucun répit : un autre tire un coup sec sur ma jupe, heureusement serrée à la taille, saisit un bout de mon collant qui dépasse pour me l’arracher et me mettre à nue. L’homme ne voulait pas me neutraliser mais bien me déshabiller. Je reçois un violent jet d’eau dans la figure une fois, deux fois, trois fois.

A genoux, non plus pour m’assurer stabilité mais parce qu’il m’est incapable à présent de me protéger autrement alors que des hommes me frappent dans la nuque et le dos, pour me renverser en avant, puis en arrière, je vois mon voisin de gauche avoir le tee shirt arraché et se retrouver propulsé en avant, les bras comme seuls appuis. On tire par le col la femme à côté de moi. Je bascule. Je serre plus solidement mon voisin de droite, qui tente de me protéger comme il peut. Un autre militant à ma gauche reçoit trois coups de poings en rafale, sans sommation. Il ne répond pas aux coups mais crie. Je vois le sang, je l’entends hurler. J’entends que la Police a été prévenue. J’en vois un autre recevoir le jet d’eau puissant à quelques centimètres seulement de son visage, humiliant étouffement qui cherche à le faire suffoquer. Il tient bon, rentre le cou, baisse les yeux. On me pousse, on me tire toujours dans le dos. On m’encercle, on m’insulte mais je ne me retourne plus. Je me fiche plus solidement dans le sable, en serrant toujours plus fort mon voisin.

Les spectateurs nous lancent des projectiles, nous insultent et exhortent nos agresseurs à rendre justice eux-mêmes. On me frappe, encore. On tire sur ma jupe. Soudain, le cercle est brisé. N’ayant plus aucune attache – et donc plus aucune sécurité – je suis trainée une première fois par les pieds par mes assaillants. Un quinquagénaire de la corrida à chaque jambe. Je ne me rappelle plus si je me suis trouvée sur le dos ou le ventre, seulement le contact rêche du sable et les insultes qu’on me hurlait. On me lance violemment sur le sable, les jambes écartées, non loin de l’entrée principale, reconnaissable à ses grandes portes blanches. Je suis encerclée par des hommes qui m’insultent. « Salope ». « Dégage ». J’ai peur qu’on m’entraîne sur le côté et qu’on arrive enfin à m’enlever mes vêtements. J’arrive à me remettre debout et ne songe alors qu’à me protéger. Je cours vers l’arc de cercle de militants qui résistent encore. Naïve, je ne me retourne pas. Je suis poussée dans le dos par un homme grisonnant, au jogging noir. Sur une quinzaine de mètres je sens la pression dans mon dos et je cours en avant, sans pouvoir contrôler mes gestes. Tout va très vite, je tombe en avant, la bouche ouverte sans qu’aucun son ne sorte et me cogne contre Mathieu. Impossible de m’attacher, on m’a enlevé la chaîne. Il passe alors son bras autour de ma taille et je passe le mien autour de son cou, tremblante. Une femme en fourrure, les cheveux auburn, vient m’insulter. Je la regarde mais ne réponds pas. « Sale droguée, sale pute, regardez elle est incapable de parler, c’est une droguée ». Elle prend à témoin une autre femme venue m’insulter et d’autres hommes. Je sens Mathieu qui me sert contre lui alors qu’il est lui-aussi bousculé. On me pose la main sur les épaules, on revient m’insulter. Deux femmes se jettent sur moi, accompagnées d’un matador. « Et tu ne fais rien pour les musulmans qui égorgent les moutons hein connasse ? ». « C’est notre culture et ça, tu n’y toucheras pas ! ». Je vois la Police qui circule dans les arènes mais ne fait rien. Je sens une main agripper ma cheville et me tirer violemment en arrière. Je suis sur le ventre alors qu’une autre main me tient l’autre cheville. J’ai mal. Mon collant se déchire et le sable brûle les lésions sur mes genoux. Je reçois un coup au ventre alors que je tente de ralentir ma course, les doigts enfoncés dans le sable. Un toreador regarde la scène d’un air amusé alors que je n’aperçois plus rien d’autre autour de moi que les jambes des participants à la corrida, m’entourant. A 10 mètres de l’entrée, je me débats. On m’insulte et on me serre plus solidement la cheville. Je tends le bras inutilement vers la cheville de Mathieu, qui, lui, est tenu par les poignets, le torse relevé. Je n’arrive pas à l’atteindre et je vois pendant une seconde ce bout de chaussures comme une planche de salut portée au loin pendant une tempête. On me projette sur le dos, près de la barrière rouge. Je lève les yeux : un gendarme est à côté de moi. Il n’a rien fait. Ou plutôt si, il a laissé les aficionados rendre justice eux-mêmes. A terre, je lui ai lancé un regard. Il n’a rien fait, il n’a rien dit. Un militant est venu me rejoindre et m’a murmuré que j’étais en sécurité, qu’il allait m’aider à sortir de l’arène. Je sens ma poitrine se soulever et s’abaisser très vite alors que j’ai les jambes écartées sur le sol et que je n’arrive pas à me relever.

Alors même que tous les activistes n’étaient pas encore sortis, ils ont fermé les portes. Je titube dehors, mes jambes tremblent et déjà je sens une vive douleur au pied droit. Je sens les larmes qui montent, alors qu’éclate, à l’abri malgré les doigts d’honneur des spectateurs en haut des gradins, la manière dont j’ai été humiliée. Déshabillée, poussée en avant, trainée à deux reprises sur le sol et insultée par des pères et mères de famille. Les portes blanches de l’arène s’ouvrent violemment, je m’écarte de justesse pour ne pas être cognée contre le mur en pierre de l’arène.

 

A ce jour, j’ai un hématome de plus de 8 cm sur le bras gauche. Des érosions aux deux genoux, à la main gauche et aux doigts. Un os déplacé dans le pied droit. Des douleurs aux cervicales, aux bras, au buste, aux côtes et au ventre, sans compter le dos sur lequel j’ai été trainée à deux reprises. Je suis allée porter plainte contre les hommes, clairement identifiés sur les photographies. J’ai successivement été frappée, agressée sexuellement (car il me semble en effet que de me déshabiller, fourrer la main entre mes jambes et proférer diverses insultes m’assimilant à une « pute » relèvent bien d’un tel processus dégradant) et lestée de ma carte d’identité, alors que l’on me faisait les poches.  Je ne puis me déplacer sans béquilles et mon médecin m’a imposée une ITP de 10 jours.

 

Le policier auprès duquel je suis allée porter plainte m’a accueillie avec un « Vous n’aviez qu’à ne pas perturber la manifestation sportive autorisée, c’est eux qui devraient porter plainte contre vous ». Fallait-il que je me fasse violer, pénétrer jusque dans ma chair pour qu’enfin on juge abjecte la manière dont j’ai été violentée samedi ? Aurais-je dû remercier ces hommes de me tabasser sans ménagement, gratuitement, alors qu’ils rendaient justice eux-mêmes pendant que les cinq gendarmes dépêchés sur place baillaient aux corneilles ? En tant que citoyenne, en tant que femme, je me suis mise en danger car il est de notre devoir à tous de résister à l’oppression. Faire barrière de son propre corps pour empêcher la torture et la mort d’autres êtres vivants est notre droit le plus élémentaire. Ma désobéissance citoyenne s’est faite dans la résignation. Je n’ai pas résisté, je me suis recroquevillée sur moi-même pour assurer ma propre protection, alors que les coups pleuvaient. Ceux qui trouvent jouissance dans la mise à mort lente et douloureuse d’un animal innocent, d’un autre être vivant, ne pouvaient en effet que nous tabasser sans discernement, cherchant à faire du mal aux femmes, aussi bien qu’aux hommes. La femme en fourrure m’a lancée avec mépris que j’étais une « martyre ». Peu s’en faut pour qu’elle ait été la lionne.

Le droit à la résistance est viscéralement ancré en chacun de nous. La violence immédiate et tempétueuse dont les amateurs de corrida ont fait preuve ce samedi ne montre qu’une chose : la corrida cristallise les pires pulsions de l’homme, violence, viol et désir de mort.

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Témoignage de Delphine

(source: sur facebook)

Quand on est arrivés près des arènes, par petits groupes de deux, on est passés près du camion où vous attendiez, sans le savoir, votre massacre prochain…

Alors je vous ai envoyé une pensée, « on va faire en sorte d’empêcher le massacre »…

Et puis on est rentrés, comme hors du temps, dans cette arène, malaise, je regardais les gens autour de moi et je me demandais, comment peuvent-i…l venir là comme s’ils venaient au théâtre ? Ils riaient, se disaient bonjour, attendaient… Nous nous savions… qu’ils allaient être surpris… Alors ça nous donnait la force…

15h50, le coup de sifflet, on déploie les banderoles ; il leur a fallu moins de trois minutes pour intervenir, une dizaine de fous furieux qui nous ont sauté dessus, certains sont montés directement, d’autres tiraient d’en bas, donnaient des coups de balais, ils arrachaient, tiraient hurlaient… Ce n’étaient pas des êtres humains que nous avions en face de nous…. C’étaient des psychopathes…

Une fois les banderoles arrachées, ils se sont apaisés un peu, mais ils n’avaient pas encore vu qui se passait en bas… Nos amis de combat s’étaient enchaînés sur le sable de l’arène ; plus de 50 personnes criaient « Abolition ! Abolition ! » en levant le point…

J’ai essayé d’aller récupérer une banderole, mais un type m’a poussée dans l’escalier en me donnant un coup de pied et en me disant que ça suffisait ; son regard en disait long sur ce qu’il me ferait si j’essayais de remonter dans les gradins avec ma banderole…

Ca ne servait à rien, j’ai lâché ma banderole, je suis descendue, et j’ai sauté au milieu pour rejoindre mes amis… mes amis de combat..

Pas de chaîne alors je me suis mise au milieu du cercle pour crier avec eux « Abolition ! Abolition ! La torture n’est pas notre culture ! »

De là où j’étais, je pouvais voir les visages déformés par la haine de ces gens qui tapaient sur les miens, qui arrachaient leurs vêtements, qui arrosaient avec le puissant jet d’eau de pacifiques militants enchaînés, sans défense…

Comment comprendre ces êtres dans les gradins qui éructaient leur violence et réclamaient notre mise à mort en baissant le pouce vers la terre ?

Comment se sentir de la même espèce que ces gens-là ? Comment les considérer comme des humains ? Humains ???

Mais qu’importe, nous ne pensions qu’à vous qui attendiez, sans le savoir, votre dernière heure, dans ce camion derrière les arènes…. Pour vous… Il fallait tenir… Si on tenait suffisamment longtemps, ils annuleraient…

Ils ont hurlé, frappé, ils ont tiré, ils ont déchiré, ils ont donné des coups de poings, des coups de pieds, ils ont réussi à nous trainer hors de l’arène, un par un, parce que pour eux, ce qui comptait, ce n’était pas ce que nous faisions, ou pourquoi nous le faisions, mais que le « spectacle » puisse commencer….

Après qu’ils aient fini leur sale boulot, le premier, les portes se sont fermées finalement…

La fin d’un espoir, la fin de notre espoir de vous sauver hélas…

Après avoir repris mes esprits, ne sachant plus trop quoi faire, je me suis dirigée vers le camion, j’ai posé ma main sur la tôle, j’ai fermé les yeux, et je vous ai envoyé une pensée… pour vous demander pardon d’avoir échoué, mais nous étions là, nous l’espèce humaine, l’espèce « humaine » ;

On sera là chaque fois… On ne lâchera pas tant qu’en France et dans le monde, on pourra torturer des animaux juste pour le plaisir…

Alors je ne sais pas si vous nous avez entendus, si vous avez senti notre présence, je sais juste que ce matin, quand je me suis levée, comme beaucoup d’entre nous présents hier, oui j’avais mal, au bras, au dos, à la tête, mais ce qui faisait le plus mal, c’est de devoir se réveiller dans un monde un peu moins beau… sans vous.

Alors j’ai cherché vos noms sur internet… sur les site taurins.. ; je voulais vous dédier notre action, mais ils ne sont même pas cités, vos noms…. Juste « 6 toritos de Dos Hermanas , « propriété » de Patrick Laugier ; c’est tout ce que nous saurons de vous, ça et que vous êtes morts sous les coups des apprentis tortionnaires…

 

Avant que nous repartions, nous avons attendu les derniers.. Ceux d’entre nous qui étaient restés pour filmer la suite, ou prendre des photos… Une pensée pour notre ami qui nous a rejoint et qui n’a pu retenir ses larmes… parce qu’il a dû assister à la suite… Merci à lui… Merci à tous ceux qui étaient présents ce 8 octobre pour dénoncer la barbarie… et à tous ceux qui n’étaient pas présents mais qui luttent chaque jour pour qu’on arrête le massacre…

 

A vous les six veaux sans nom, votre calvaire est terminé, quand la corrida sera abolie, on vous enverra une pensée… A vous qui êtes tombés sous les coups des apprentis tortionnaires…

Et pour l’heure, au nom de l’espèce Humaine… Pardon…

 

 

Témoignage des militantes de l’Est

(source: article sur l’Est Républicain)

 

« Ils se sont défoulés », soupire Mathilde, dont un pouce et les cervicales gardent le souvenir de la feria. Virginie, qui a été balancée tête la première dans les escaliers de la plaza de toros, ajoute : « Il y a même eu des attouchements. Sandra, qui s’est fait arracher une touffe de cheveux, a été tirée jusqu’à l’extérieur de l’arène à l’aide d’un antivol passé autour du cou. Aurélie a huit jours d’arrêt pour un coccyx fêlé. »

Rares sont ceux qui tentent de s’opposer à la curée, et encore moins les policiers municipaux présents. Pourtant, la scène se déroule sous les yeux du sénateur-maire de Nîmes et du premier magistrat de Rodhilan.

Lorsque les anti-corridas sont expulsés au bout d’un bon quart d’heure de baston, une haie d’honneur leur inflige encore quelques coups de pied au passage.

La gendarmerie arrive enfin pour mettre fin au trouble à l’ordre public et protéger le bon déroulement de la fête taurine. « Ils ont refusé d’appeler le préfet comme nous le leur demandions et aussi d’enregistrer nos plaintes, tout comme les pompiers ont refusé de prendre en charge une femme qui ne pouvait plus poser le pied par terre. Quant à la Croix-Rouge, ils sont restés les bras croisés… » soulignent les Bisontines.

 

Témoignage de Vick

(Source: Facebook)

 

Après avoir lu les témoignages, j’ai décidé aussi d’en faire un. Pour moi cette action a encore une fois de plus été une révélation, celle de l’envie de se battre pour eux, jusqu’à la fin, jusqu’à la mort.

 

La première peur a été surtout le saut que je devais faire, me disant avec la chance que tu as tu vas te péter la cheville, ni une ni deux, je reste en bas, comme ça je n’aurai que la clôture rouge à sauter.

 

16h:coup de sifflet, banderoles, on hue, on siffle et c ‘est parti, une adrénaline monstre qui m’envahis, dans ma tête je me dis on va la faire capoter cette saloperie de corrida. Je m’enchaine à deux inconnus, c’est parti, vu le temps qu’ils ont mis à arriver , on a eu le temps de bien s’attacher, enfin c ‘est ce que je pensais, mon voisin ne s’est pas attaché à moi, peu importe, quand on est soudés c est jusqu’à la fin. Et là c est parti, ça commence par des insultes , le jet d’eau dans la tronche, ça va très vite les hommes se font littéralement tabassés à coup de poings, de pieds dans la tête. Je hurle la torture n’est pas notre culture, je crache mes poumons, quand soudain un homme m’attrape par les cheveux et tire et me traine, mon coupe vent m’étrangle , je n’arrive plus à respirer, mon voisin me tiens, ma voisine aussi,merci à eux. Je reprends mes esprits car on ne lâche rien, leur violence ne m’étonne même pas.

 

Et on continue à crier, les coups fusent, une femme se met devant moi en levant le pied pour m’éclater la figure, je l a regarde et lui réponds:vas y vas y.

 

Elle s en va, scande hurle comme tous les autres:liberté, liberté. Quelle hypocrisie, c etait à nous de crier liberté! cette même femme se met vers moi et me réponds et le hallal?vous faites quoi?je lui rétorque que je suis vegan, à quoi bon, je la fixe méchamment, moi qui suis très impulsive, je me dis heureusement que tu es attachée, ne t’éloignes pas du but de l action.

Mes amis sont tous frappés, tirés, au bout de 9min, un homme me prends violemment par les épaules et me tire par terre, mon voisin essaye de me retenir mais je suis juste attachée à ma voisine. Ca va très vite, on est jetées au sol, des coups de pieds dans le dos, des conasses, salopes, je me retourne et aperçoit un torero en vert. Ils nous sortent et nous plaquent contre le mur. Deux hommes arrivent poings levés, ils nous menacent, un deux à les yeux qui se révulsent, son poing tremble, prêt à partir et je hurle, ma voisine me dit, court . Alors on improvise un sprint en panique attachée. NB se remettre au sport.

Je vois surtout que ma voisine est très affectée, elle me dit qu’elle n a jamais eu aussi peur de sa vie, nous courons encore,jusqu’à à retrouver certains. Tous blessés, en panique.et nous attendrons les autres ; blessés qui arrivent petit à petit. On notera la passivité des gendarmes et de la police municipale qui n’a pas bougé.

 

J’ai peux être oublié certains passages,je n oublierai jamais ce 8 octobre et je recommencerai toujours et encore. Les séquelles physiques et psychologiques sont là et grandissent jour après jour. Comment s’étonner d’une telle violence. Mais pour une fois, nous avons des preuves, des preuves qui iront loin, nous ne lâcherons pas , non nous continuerons pour eux, et en particulier pour les 6 veaux martyrs assassinés lachement.

 

Je tenais tous à vous remercier, je ne connaissais pas tous les militants mais nous avons tous été soudés, jusqu’à la fin.

Voici mon témoignage, le témoignage d une militante qui ira jusqu’au bout.

 

Dépôt de plainte avec photos et 4jours d’itt

 

Témoignage de Vaness

(Source: Facebook)

 

Avec mon amie et d’autres activistes, nous étions chargés de déployer les banderoles dans les gradins pour détourner et occuper les aficionados le temps que nos ami(e)s descendent s’attacher dans l’arène. 

Les pros-corridas sont devenus fous à la vue de nos affiches, les insultes et les coups de poings et de balai raclette arrivaient comme des bourrasque de vents.

Un jeune supporter ( hooligan taurin ) , s’est précipité dans l’arène pour pouvoir se défouler sur nos ami(e)s, déjà assaillis de coups.

L’ambiance était chaude aussi dans les gradins, on avait pour but de rester un maximum de temps ( malgré les coups,et les insultes) pour éviter que les afiocs qui s’en prennaient à nous puissent descendre rejoindre leurs collègues, et ainsi , allez preter main forte à ceux se trouvant déjà en bas.

On avait un fou furieux ( maigre avec lunettes de soleil ) contre nous, qui a essayé à plusieurs reprises, de nous faire basculer par-dessus la barrière. ( 2m de hauteur, ça aurait fait mal ).

Un autre afiocs , venu de nul part , nous prenait un à un pour nous balancer, tant bien que mal dans les escaliers.

 

Une fois dehors , un afiocs est sortit comme un fou en demandant à des collègues à lui de ramener des chevaux.

 

Je lui ai demandé ce qu’il voulait en faire, et dans sa folie, il n’a même pas capté à qui il s’adressait et a commencé a se confier à moi en me disant :

 » Ben, tu vois, il reste un groupe là-bas, on va les attacher aux chevaux … »

Je le coupe en lui disant :

 » Mais t’a des couilles toi ? tu dit en avoir pour tuer un Taureau, et tu n’en a même pas pour t’en prendre à des hommes ?  »

Et là, sa réaction était trop bonne à voir, il était surprit, il avait l’air très con en captant qu’il ne savait pas à qui il parlait.

Je n’oublierai jamais l’expression de son visage quand il s’est rendu compte, que je n’étais pas du tout de son côté .

Il a juste trouvé à me répondre d’aller me faire  » enc**** « , et est partit.

Une grosse pensée aux 6 veaux, torturés et tués pour le plaisir de l’homme, pour nos ami(e)s de front, et à Jean-marc et Pauline, obligés de rester jusqu’à la fin de cette tuerie.

 

 

Témoignage anonyme

(source: Le Parisien)

 

Avant de descendre dans l’arène, j’étais placée à coté d’une aficionados. Je lui faisais donc des petits sourires gentillets, et la nous avons commencés à discuter. Ses 2 enfants étaient présents (d’environ 12 et 15 ans), tout deux inscrits au club taurin ! Je lui expliquais que j’étais là en week-end, que c’était la première fois que je venais voir une corrida et que j’étais enchantée ! Elle à commencé à me raconter que c’était un très beau spectacle, que du monde allait arriver, mais que la mise à mort était quelque chose de « spécial ».

Elle m’a ensuite présenté les toréros en m’expliquant qu’un des jeunes avait quitté son pays natal (le gagnant de graines de toréro) pour se consacrer entièrement à la corrida car c’était tout simplement sa vie. Elle m’a ensuite montré « Maxime » de loin en me disant qu’il était également un bon toréro. Pendant 15 minutes nous avons dû supporter ses paroles aussi ignobles les unes que les autres ! Une fois que les banderoles furent dépliées, j’ai fait comme si je ne comprenais pas, et là elle me regarde et me dit « ah oui … il faut que je vous explique » … et là, sans chercher à comprendre, j’ai sauté, comme tout le monde.

Un des hommes frappait mon voisin

Une fois en bas, on se prend les jets d’eau dans la figure, un aficionados s’amusait à prendre des poignées de sable et à les vider une à une sur la tête des militants. Un des hommes frappait mon voisin. Je l’ai donc défendu, ce qui n’a pas plu à l’aficionados qui m’a attrapé les bras et a tenté de me mettre un coup de pied dans le dos.

Je vois des taurins montrer Thierry du doigt et parler de lui. Ils se sont ensuite acharnés sur lui.

Je vois que tout commence a dégénérer et que les forces de l’ordre ne sont toujours pas présents. Mon voisin de gauche a pris un coup de pied en pleine tête. J’ai eu très peur pour lui. Un homme violent et vulgaire s’approchait de nous en hurlant à la mort « LIBERTÉ, LIBERTÉ, LIBERTÉ ». Il s’approchait de plus en plus de mon visage, sa tête étant à 5cm de la mienne, il avançait de plus en plus, j’ai cru que j’allais recevoir un coup de boule qui allait me mettre K.O. Il m’a regardé dans les yeux, tête à tête en hurlant « SALOPE » mais il a fini par reculer.

Un des militants ne pouvait plus respirer

Nous sommes bousculés, tirés, traînant dans le sable, prenant des coups un peu partout. Un des hommes s’est approché de moi et a crié « bandes de nazi » (jolie l’inversement de rôle!).

Nous étions ensuite près de la porte de sortie, à terre, avec un attroupement de pro corrida qui nous entourait. Un homme qui était derrière moi ne se gênait absolument pas. Il passait la main au dessus de tout le monde pour venir la plaquer contre mes seins !

Un des militants qui était à coté de moi ne pouvait plus respirer, il m’a fait une peur bleue, il hurlait « JE NE PEUX PLUS RESPIRER, JE NE PEUX PLUS RESPIRER », personne ne se souciait de lui ! Les flics étaient juste à coté, ils ne le regardaient même pas !!!!!!! Je les appelais donc en hurlant qu’il ne pouvait plus respirer, ils me regardaient, le regardaient mais détournaient le regard et faisaient semblant de ne rien voir et de ne rien entendre.

Il a bien agonisé pendant 1 minute sans pouvoir respirer, avant que l’on soit jeté violemment dehors.

Hématomes, côtes cassées, interruption temporaire de travail

Une des militantes, les larmes aux yeux, m’a fait pleurer mes camarades et moi. Nous nous sommes pris dans les bras, pleurant, en pensant à cet échec et au sort des taurillons. Nous nous sommes soutenus jusqu’au bout.

Finalement, j’ai un ITT de 3 jours, avec hématomes de plus de 10 cm sur la cuisse, sur les genoux, les bras, douleurs dans tout le corps, ventre, cotes, dos etc … Certains ont des côtes cassées.

Voilà, nous connaissons tous la suite … Un hommage à ces taurillons assassinés par ces bourreaux et une grosse pensée aux deux militants qui ont dû subir la corrida, les cris et la douleur des bébés taureaux.

 

Témoignage de Coraline

(source: Le Post)

Je suis à moitié nue, mais je continue de me battre…, par Coraline.↑ haut

 

Je me lève, je suis en pleine forme, prête à partir au combat, prête à défendre mes frères.

Le rendez vous est pris, le lieu fixé ainsi que l’heure : je sais où je vais.

Avant même d’y être, je suis comme d’autres de mes frères de combat, stressée par cette maudite barrière à sauter, deux mètres. C’est bien la seule chose qui me stresse jusque-là à vrai dire …

En chemin, on ne parle que de l’action, on se questionne, on se demande bien comment tout va se dérouler.

Nous entrons sans crainte dans les gradins, on cherche du regard nos amis, et on les retrouve. Une femme assise près de moi essaye de faire la discussion, je lui souris et lui réponds comme si j’étais enchantée d’être présente, comme si ce spectacle me plaisait.

Premier coup de sifflet, je hue avec mes voisins contre ces anti-corridas en face de moi, la pression monte, je sais que dans moins de cinq minutes, ce sera notre tour, à nous de nous faire huer, à nous de passer cette barrière, à nous l’inconnu aussi… Que va-t-il se passer ? Je crois qu’on ne s’est pas vraiment posé la question, il fallait sauter, pour ces six veaux, il fallait absolument faire annuler la représentation.

Nous voilà dans l’arène, nos ennemis ne comprennent pas ce qu’il se passe, ils nous voient nous enchainer, hurler des slogans contre cette saloperie poing levé.

Les voilà qui se rapprochent de nous, ils nous hurlent dessus, nous crachent dessus, nous tapent à coups de pieds, les coups volent de partout mais nous ne bougeons pas, nous encaissons les coups. Des doigts se baissent comme pour une mise à mort : la haine se lisait sur leurs visages.

Nous ne devions pas bouger, nous devions nous battrent pour EUX : Ces six veaux mais aussi pour les prochains sur la liste.

Des hommes se sont alors rapprochés de moi, nous ont tirés avec nos chaînes, soulevés du sol. Nous continuons nos hurlements aussi, nous voulions faire entendre notre voix, crier plus, plus fort qu’eux.

L’un d’eux s’est approché de moi, je savais à quoi m’attendre, recevoir des coups, comme mes amis, je me trompais. Ce vieux pervers avait un tout autre plan en tête, m’humilier et me toucher en public. Il m’a d’abord sauvagement arraché mon tee-shirt, me voilà en sous-vêtement face à ces fous furieux. Je me retourne et je le vois s’éloigner, je pense alors qu’il est fier de lui, et ne reviendra pas vers moi. Je me trompe à nouveau, il revient à la charge, il n’en a pas encore assez vu, il en veux plus ! L’homme revient alors vers moi, et tire avec insistance sur mon soutien gorge qui finit par céder. Ce gros porc en profite pour me toucher, je suis sous le choc, mais je résiste ! Je suis à moitié nue, mais je continue de me battre, je suis ici pour les animaux. Peu importe mon état, peu importe ma tenue, ma voix était toujours là, je hurlais toujours, de plus en plus fort. L’un d’eux, à peine une vingtaine d’année s’approche, me tire par les cheveux et me traite de grosse p***, me demande si je n’ai pas honte d’être comme ça, dans cette tenue, et bien NON je n’ai pas honte, je suis ici pour les animaux, le reste m’importe peu…

Une millitante m’a fait passer une étole pour essayer de me couvrir, mais ils n’ont pas mis longtemps avant de me l’arracher. Un ami, en face de moi voit la scène, je ne veux pas qu’il se lève, je ne veux pas de violence, je ne veux pas de son aide. Il a réussi à me faire passer sa veste, que cette fois ci, j’ai pu garder.

Mon amie de combat sur ma gauche me fait de la peine, en pleure, elle a mal. Mal au pied, entorse, ou cheville cassée, on ne sait pas encore, la seule chose c’est qu’il faut la sortir de là, on se fait piétiner, taper dessus, je ne veux pas la voir comme ça : il faut sortir rapidement.

On se lève alors, un homme posté juste derrière nous lui met un violent coup de pied dans les fesses, on essaye de sortir rapidement sous les insultes des aficionados. Nous voilà dehors, enfin, après une vingtaine de minutes avec ces fous.

Nos visages sont décomposés, les larmes coulent sur nos visages, on a mal un peu partout mais on ne se plaint pas vraiment, on a encore plus mal de voir sortir nos amis, si ils sortent tous, rapidement, les corridas auront lieu, on essaye de bloquer la porte, on fait notre possible. Rien n’y fait, les derniers courageux sortent, poings en l’air.

L’une de nous se dirige vers le camion où sont les petits veaux, elle pose sa main et leur communique toutes ses pensées, elle s’excuse aussi sûrement. A ce moment là, je sens les larmes monter, je ne veux plus être là, je veux rentrer chez moi, je veux hurler de douleur pour eux, je veux pleurer .

Je ne dirais pas plus que quelques mots sur les gendarmes, les organisateurs ou encore certains élus qui étaient présents mais qui n’ont rien fait, sauf nous prendre en photo avec un large sourire. Elle est belle la France, j’ai HONTE de mon pays.

Je tiens à remercier tous mes amis de combat, je vous félicite tous pour votre courage, votre engagement pour la cause animale ! Le combat continue !

Coraline

 

Témoignage de Ghania

(source: CRAC Europe)

Aujourd’hui, 1 mois jour pour jour après ma participation à l’action anti corrida, c’est toujours aussi présent dans mon esprit.

On dit que le temps apaise les blessures, mais en ce qui me concerne ce n’est pas le cas.

Je suis encore très atteinte physiquement ; au niveau des cervicales, du gril costal (difficultés respiratoires), mal de dos, beaucoup de mal à m’adapter à mes nouvelles lunettes (ce qui génère des migraines), psychologiquement atteinte et nerveusement perturbée.

L’enfer n’était pas l’action en elle même, car nous devions la mener pour que cesse l’enfer quotidien des taureaux, nous sommes après tout la Voix, la Voie des taureaux, des animaux.

Cet enfer c’est maintenant, chaque nuit, dans mon sommeil, des cauchemars horribles, toujours aux prises avec les pro corridas (le face à face, déferlement de coups, gérer les agressions…), réflections sur les stratégies à mettre en place avec les amis-es militants pour contrer les aficionados…

Le combat n’est pas terminé pour moi, il se poursuit aussi dans la journée ; en larmes tous les jours, nerveusement atteinte, dépassée par les démarches interminables, les soins en cours, et tout ça avec une mobilité réduite… Et c’est ainsi depuis un mois.

Rodilhan c’est tous les jours pour moi, c’est sans fin, usant, mais le combat continue pour la cause, car il est hors de question de lâcher quoi que ce soit !

 

Témoignage de Christophe

(source: CRAC Europe)

Nous voici au centre de l’arène, à genoux, enchainés, collés les une aux autres. Nos amis, avec les banderoles avaient déjà subi les violences des hommes et femmes : des coups, des frappes sur les têtes. Bien sur l’aficionado est courageux : il tape par derrière, il tape plus fort sur les femmes que sur les hommes. Il m’était difficile d’imaginer ce qui a suivi. Pourtant je suis formé, aux phénomènes de foules. Ma profession de psychologue me permettait de savoir que les passages à tabac, les lynchages, les coups sont, lorsqu’ils sont réalisés dans un mouvement de groupe incontrôlables. La conscience n’est plus individuelle, mais collective.

C’est alors qu’un, puis deux, puis trois, puis de plus en plus d’hommes, enragés, aux regards exorbités, se sont jetés sur nous. Je vois alors un homme prendre des photos, calmement. Je pensais à un homme des renseignements généraux qui prenait des preuves des violences. Il n’en était rien : c’était le maire de Rodilhan ! il photographiait une après l’autre les femmes battues, les hommes roués de coup. Pas un mot, pas un geste pour calmer la pluie de coups.

C’est alors qu’un homme s’est approché de mon voisin de gauche : il le roue de coup, il vise volontairement les points douloureux, pour blesser, marquer, faire saigner. Je m’interpose, lui hurle qu’il est filmé, qu’il doit arrêter. Il n’entend pas, il me répond alors « j’en ai rien à foutre d’être filmé ». Il me donne ensuite un coup, vise l’arcade sourcilière. Puis un autre. De toute ses forces. Il repart s’acharner sur un autre : une femme, un homme, des coups de poings, dans le dos, le ventre, la tête, la nuque. Il vise les points vitaux : le cou, la colonne vertébrale. Il peut tuer pensais-je alors.

Attaché, je reste collé à mes voisins. Un homme approche de mon voisin avec une lance à incendie, il s’acharne sur lui, approche au maximum le jet. Puissant, il vise le cou, j’ai l’impression qu’il vise les oreilles : il veut lui percer les tympans avec la pression de la lance incendie.

Un homme chemise blanche, béret, s’approche de moi, dans mon dos, me saisit la tête, me donne un coup de poing à l’arcade. Aussitôt rejoins par un autre (moustache, chemise rouge) un autre homme s’approche, me menace aussi « on va vous tuer salopard ». il profite alors pour me donner un coup de poing à l’arcade.

Un autre homme approche de moi, habillé en noir, je l’avais vu s’acharner sur d’autres à coup de pieds, de poings. Il me frappe au visage, j’esquive un coup. Il montre alors les points, me menace « je vais te crever » (il me menace de mort), me donne un coup de poing, il s’éloigne un peu. Peut-être pensait-il qu’il risquait quelque chose : étonnant, je suis assis, enchainé à 2 confrères.

Plus tard, lorsqu’ils ont voulu nous expulser, au sol, la masse des hommes en profite pour donner des coups de pieds au ventre. Je reconnais alors mon agresseur à la chemise rouge, il me donne des coups de pieds au ventre, il insiste, appui sur ses jambes pour y mettre de la puissance.

Nous avons toutes et tous vécu un réel lynchage, un passage à tabac. Nul doute que certains étaient prêt à tuer, à exécuter leurs menaces. Tout ceci sous les yeux impassibles voire complices des élus de Nîmes et de Rodilhan au travers des 2 Maires respectifs.

 

Vindicte populaire à rodhilan

Le 8 octobre 2011 à Rodhilan, une centaine de militants anti-corridas sont allé s’enchaîner dans les arènes où une Becerrada allait se dérouler.

Parmi les articles qui ont relayé l’information, beaucoup ont omis de mentionner la nature du spectacle, laissant entendre qu’il s’agissait d’une corrida « classique ». Cela me semble important de le préciser. La Becerrada est facilement dans le top 5 des choses les plus insoutenables que j’aie eu le malheur de voir dans ma vie (et pourtant j’en ai vues des horreur).

 

 

Dans une corrida classique, le taureau, rendu fou de terreur et de douleur (notamment par des pratiques comme la coupe des cornes, qui se déroule en coulisse; les cornes étant innervées et très sensibles), et n’ayant aucune issue pour fuir, charge les hommes à pied ou à cheval qui lui infligent des supplices supplémentaires pendant vingt minutes, et qui ont également à éviter ses charges, ce à quoi ils réussissent généralement (mais pas toujours).

 

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Source image: blog de Taomugaia

 

Si je prend la peine de préciser l’état d’esprit du taureau pendant cet affligeant spectacle, c’est parce qu’il me semble important de mettre les choses au clair à propos de ce qu’est un taureau. Un taureau est un bovin relativement paisible. Il n’attaquerait pas s’il n’était pas dans une situation éprouvante sans aucun moyen de fuir.

 

Maintenant, qu’est-ce qu’une Becerrada? Une Becerrada, c’est le même principe, sauf qu’on remplace le taureau par un jeune veau, et l’aficionado par un gosse.Sans exagérer, je crois que c’est l’une des choses les plus horribles au monde. Car, si le supplice du taureau est insoutenable, on le voit néanmoins tenter de se défendre comme il peut. C’est horriblement triste, car il se battra pendant vingt minutes avant de subit une mise à mort parfois executée de façon maladroite. Il est difficile d’imaginer un spectacle plus affreux, et pourtant, les Becerrada sont pires. Car les petits veaux n’ont encore aucune agressivité, et il arrive souvent qu’ils se couchent simplement sur le sable et subissent les tortures pendant vingt minutes en se contentant de gémir et d’appeler leur mère. Au terme des sévices d’usage, les jeunes toreros inexperimentés exécutent ensuite une mise à mort généralement plus maladroite encore que celle de leurs aînés, et doivent souvent s’y prendre à plusieurs reprises pour achever le petit animal.

 

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source image: Unanimus

 

Voilà ce qu’est une Berracada et voilà ce que voulaient empêcher les militants en s’enchaînant sur le sable de l’arène.

 

Ce jour-là, j’étais de l’autre côté de la planète, dans le Queensland en Australie, dans la forêt pluviale, à observer des animaux sauvages et à me baigner dans des cascades. J’étais loin de tout ça… Et je le regrette presque, bien que je n’ai pas spécialement envie de me faire passer à tabac par une bande de brutes avinées. Car si j’avais été en France, je serai très probablement allé m’enchaîner avec eux. Parce qu’on ne peut pas laisser ce genre de choses se dérouler. Il faut bien faire quelque chose.

 

Le choix d’une action pacifiste au sein des arènes était très courageux. Les militants avaient pour ordre de ne pas répliquer s’ils étaient victimes de violences. Ils savaient bien que les genre qui viennent assister à la torture de petits veaux ne sont pas des tendres, que la discussion posée, c’est pas tellement leur truc.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la police assisterait muette à leur tabassage par les aficionados (spectateurs ou organisateurs? On ne sait pas, mais je pense que ça doit être un peu des deux). Ils ne savaient pas non plus que de vieux pervers en profiteraient pour malmener tout particulièrement les femmes, pour leur arracher leurs vêtements et leurs sous-vêtements, et laisseraient libre cours à leur violence et à leur lubricité.

 

 

 

Bien sur, dans ce genre d’actions, on sait qu’on risque de prendre quelques coups. On est pas stupides.

Il m’est arrivé de me faire prendre à part par des gens violents lorsque j’ai tenté de défendre les animaux, notamment par des gens du cirque excités et violents. Bien qu’à l’époque je ne connaissais pas les principes de la lutte pacifiste, j’ai toujours refusé de reculer d’un centimètre, et j’ai toujours été profondément résolue à ne pas rendre les coups si j’en recevais. Heureusement pour moi, je n’ai eu à affronter que de basses insultes, des menaces, quelques violences physiques mais je n’ai jamais été blessée, et surtout l’impact émotionnel d’un tel affrontement qui m’a marquée à jamais. Car même lorsqu’on ne se fait pas frapper, c’est toujours extrêmement durs, je pense que ceux qui ne se sont jamais heurté à ces tentatives d’intimidation quand ils cherchaient à défendre une cause, ne peuvent que difficilement imaginer à quel point c’est dur.

 

Ce qui est encore plus dur, et on le sent en regardant la vidéo, c’est de ne pas rendre les coups. Car frapper est facile. Se faire frapper sans rendre les coups, je crois qu’il n’y a rien de plus difficile. Car comment ne pas être contaminé par toute cette haine? Comment ne pas l’éprouver à son tour, face à ces gens que l’on voit descendre dans l’arène et se diriger droit vers les femmes pour les frapper, puis profiter du désordre générale pour leur arracher leurs vêtements? Se diriger vers ceux qui se font trainer dehors pour leur décocher quelques coups de pieds bien placés?

 

Beaucoup de militants ont été sérieusement blessés. Evidemment, c’est le choc émotionnel qui est le plus dur, j’en suis convaincue. Mais tout de même, une jeune femme a eu le pied fracturé. Beaucoup d’entre eux ont eu des blessures sérieuses ayant entraîné des arrêts de travail. Le passage à tabac a duré 20 minutes (temps nécessaire pour traîner tous les militants hors des arènes), pendant lesquels les policiers, présents dans l’arène depuis le début, ont regardé passivement ce charmant spectacle se dérouler sous leurs yeux, sans intervenir. La foule était déchaînée, en une véritable vindicte populaire. Quelqu’un aurait pu être tué. Des femmes ont subi des violences sexuelles. Pourquoi ne pas être intervenus? Je sais que des flics en civil étaient venus assister en spectateurs, mais même si ceux en uniforme étaient plutôt pro-corrida, est-ce une raison pour laisser des militants pacifistes se faire tabasser et molester? On dirait que oui.

 

J’avoue ne pas tout comprendre.

Ce que je ne comprends pas non plus, est le traitement fait à cette affaire par les médias. Le cameraman de France 3 a pourtant été malmené et jeté dehors. Pourtant d’après france 3, il y a eu « quelques petites altercations entre pro et anti corrida ». Ce n’est pas une déformation de la vérité: c’est un mensonge. Il y a eu un passage à tabac de militants pacifistes.

 

12 militants belges étaient présents, et la télévision belge, ainsi que la radio, ont relayé l’information de façon correcte. Qu’est-ce qui ne va pas en France?

 

Les réactions à cette histoire sont presque aussi lamentable que le comportement des aficionados. On accuse les organisateurs de la manifestation d’avoir orchestré ce qui allait se dérouler (comment auraient-ils pu prévoir le comportement incompréhensible des flics censés faire régler l’ordre?) où on s’interroge avec molesse sur le bien-fondé d’actions pacifiques qui peuvent provoquer de la violence. A tous les bien-pensants qui pensent que Gandhi n’était qu’un petit con provocateur, allez donc vous faire taper dessus sans rendre les coups, vous me direz ensuite si c’est aussi génial que vous semblez le croire. Ou alors, allez manifester gentiment au milieu des champs de betterave pour ne gêner personne, mous du bulbe que vous êtes.

 

Exemple de traitement par les médias belges: Des militants anti-corrida descendent dans l’arène

A titre de comparaison, sur le site de France 3, on peut lire: « quelques altercations, entre anti et pro-corridas, ont eu lieues. »

 

Edit: j’ai ajouté un article qui réunit plusieurs témoignages de militants présents lors de cette action et ayant subi des violences. Il est probable que d’autres témoignages y soient ajoutés dans les jours qui viennent.