Pour en finir avec le mythe de la pureté

Suite aux débats qui ont eu lieu sur ce même blog, et qui portaient en partie (mais pas seulement) sur la question de savoir s’il faut ou non promouvoir le véganisme, je voudrais revenir sur un point que j’ai déjà évoqué sur ce blog, mais sur lequel, je pense, je n’ai pas assez insisté.

J’ai évoqué ce que j’ai appelé le mythe de la pureté. Je voudrais rappeler brièvement de quoi il s’agit.

Le mythe de la pureté

Un concept clé pour comprendre ce qu’est (ou ce que devrait être) le véganisme

Le mythe de la pureté consiste à croire que le véganisme est une question de pureté individuelle.

Croire au mythe de la pureté revient à faire du véganisme un problème purement personnel, puisque la pureté et l’intégrité d’un individu ne regardent que lui, un peu comme s’il s’agissait d’une attitude religieuse.

Il est souvent le fait des gens qui critiquent le véganisme, mais aussi de certains véganes eux-mêmes. Ainsi, certains auteurs végétariens ou végétaliens, comme Antonella Corabi dans cet article, ont soumis des critiques constructives du véganisme, en mettant en avant ce thème de la pureté personnelle. Il apparait, à la lexture de ce texte, que la pureté personnelle est un vrai problème, qui freine la progression du véganisme.
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Réponse à une critique

Bon alors, ces critiques constructives, ça vient?

 

C’est ce que je me suis demandée. Puis j’ai trouvé ceci:  Diffuser le mode de vie végan : une critique

 

C’est un article très long qui critique plusieurs aspects du véganisme et du fait de promouvoir ce style de vie.

Il y a beaucoup de critiques sur beaucoup de points. Evidemment, je ne suis pas d’accord avec l’auteur sur nombre de ces points. Mais elle soulève des remarques importantes qui m’ont donné à réfléchir.

Donc je pense que c’est un bon article, même s’il témoigne parfois de certaines incompréhension. Sa principale qualité est de mettre le doigt sur les pièges dans lesquels tombent les végans eux-mêmes en voulant bien faire. Pas de « tout ou rien » ou autres raisonnements absurdes, quelques malentendus parfois, et je dois l’avouer, certains passages me paraissent carrément mauvais et à côté de la plaque. Mais l’ensemble du texte est plutôt constructif et surtout, certaines critiques pertinentes doivent être prises en considération.

 

Beaucoup de vegans n’ont pas aimé cet article. J’ai moi-même critiqué l’aspect très exagéré de certains passages (sur le forum végéweb):

« C’est plein de préjugés et on dirait que ça a été écrit en se basant sur les pire pisse-vinaigres qui existent parmi les vegans et en oubliant tous les autres.
Allez je vais être méchante: certains passages, on dirait même que ça a été écrit par un ovo-lacto-flexitarien frustré qui vivrait au milieu de vegans chiants et moralisateurs. »

 

Ce que j’ai dit (du moins la partie citée ici) est toujours valable, mais je pense que je me suis laissée emporter par cet aspect exagéré de certaines parties et j’ai peut-être zappé l’essentiel.

Je pense que cet article mérite d’être discuté ici, mais je le ferai en plusieurs fois car il est long et fluctue entre remarques pertinentes, critiques constructives, exagérations crasses et parfois vire carrément à l’incompréhension manifeste. Les points soulevés sont très nombreux et méritent chacun des réponses.

 

Comportements individuels vs question politique

La première critique abordée, et non des moindres, concerne la diffusion du mode de vie vegan qui serait trop centrée sur l’individu, et sur  ses choix de vie. Comme s’il s’agissait de quelque chose de purement personnel.

 

« La raison d’un si grand engouement pour les changements individuels en tant que puissants facteurs de transformation culturelle est certainement à chercher dans une conception du système social comme « somme » d’individus, une conception selon laquelle, donc, la mise en mouvement des forces qui déterminent les processus de changement social dépend de la simple augmentation du nombre de militants et de la rigueur manifestée par chacun de ceux-ci. Une telle vision des choses ne prend donc pas en compte le fait que l’exploitation animale a un caractère en réalité institutionnel, qui du fait de son ancienneté et de son omniprésence s’est retrouvé pleinement intégré dans les fondements de notre culture, élément structurel dans lequel, transcendant les individus et prenant un caractère supraindividuel, la relation entre changement individuel et projet de libération animale est faible et soumise à d’innombrables facteurs médiateurs. »

 

L’auteur reproche aux vegans de se concentrer sur les aspects personnels de leur comportement de consommation, et de se contenter d’encourager les gens à devenir vegans, comme s’il s’agissait d’un choix de vie comme un autre. Selon elle, la lutte pour les animaux doit être politique. Il s’agit d’une modification en profondeur de la société.

Elle poursuit en reprochant aux vegans de « dépenser leur énergie » à essayer d’améliorer, de perfectionner leur comportement individuel jusque dans des détails  qui lui paraissent insignifiants.

Il est difficile de répondre à cet argument parce qu’il y a là, à la fois une remarque pertinente sur ce que doit être ou ne pas être le véganisme, et une confusion.

 

D’abord l’auteur a raison de faire remarquer que l’exploitation des animaux a un aspect politique. Et selon moi, le véganisme n’est pas qu’un choix de vie individuel. Il doit être politique.

Il y a une confusion entretenue par une très grande subtilité dans le discours de ceux qui, comme moi, souhaient promouvoir le style de vie végane. En effet, nous disons qu’être végane est un choix personnel. Ca l’est et ça ne l’est pas en même temps. Ca l’est parce qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à devenir végane dans une société qui ne l’est pas. Ce serait tout simplement invivable.

Et en même temps ça ne l’est pas, parce qu’il implique d’autres êtres: les animaux, et il concerne en même temps la société entière, en ce qu’il remet en question des aspects importants de la société, des facteurs économiques, des aspects culturels, etc…

Manger de la viande n’est pas un « crime sans victime » comme disent ceux qui se croient tolérants avec les végans quand ils déclarent « chacun mange ce qu’il veut, ce qui veulent manger de la viande en mangent et ceux qui n’en veulent pas n’en mangent pas ». Ils ont tort, car en voulant mettre tout le monde d’accord, ils occultent complètement l’existence des animaux qui sont les victimes du fait que des gens veulent continuer à manger de la viande (et surtout, comme le fait remarquer Antonella Corabi, du fait que ce soit accepté socialement) et donc ils occultent aussi les raisons pour lesquelles certains ne veulent pas manger de viande. Dire « chacun mange ce qu’il veut » fait passer le véganisme pour un choix personnel individuel, alors que c’est un choix qui implique beaucoup de personnes… Ce serait vrai si c’était une question de goût, et on se bat aussi chaque jour pour faire entendre aux gens que ce n’est pas une question de goût, mais une question politique.

 

Mais essayer de faire changer les gens individuellement, ce n’est pas essayer de faire en sorte qu’ils arrêtent de manger de la viande et des produits laitiers. C’est plutôt essayer de faire en sorte qu’ils comprennent les implications de la production des produits animaux. Leur ouvrir les yeux sur l’exploitation animale. Que ces réalités fassent en sorte qu’ils décident eux-même de se passer de produits animaux.

 

Je suis beaucoup plus heureuse quand quelqu’un me dit « tu as raison, l’exploitation animale est vraiment terrible, c’est un problème important mais je ne me sens pas prêt(e) à changer pour le moment » plutôt que quand quelqu’un décide de devenir végétalien pour perdre du poids. Le premier deviendra peut-être végétarien ou végétalien un jour. Le second ne le restera probablement pas bien longtemps, et s’il n’a rien compris au problème de l’exploitation animale, j’estime que c’est un échec.

 

Le véganisme est une question politique, il ne concerne pas seulement les individus. Il concerne la société. Mais essayer de faire changer les individus, ce n’est pas juger ou contrôler le contenu de leur assiette, ou les classifier en méchants et gentils. Non, c’est essayer d’introduire un changement social. Faire savoir aux gens que le véganisme existe et qu’il répond à un problème de taille, que ce problème existe et qu’il existe une solution.

 

En ce sens, je rejoins à moitié l’auteur car je ne suis pas d’accord avec la façon dont certains essaient de répandre le mode de vie végan, en le faisant passer pour un choix uniquement personnel, pour quelque chose qui concerne soi et uniquement soi. Car c’est un choix altruiste avant tout. Celui qui veut préserver sa santé mangera moins de viande, mais rien de lui interdit d’en manger un peu de temps en temps… Je pense que les gens ne sont pas des crêtins, pas si égoïstes qu’on le pense, qu’ils préfèrent avoir une bonne opinion d’eux-même et qu’un changement social est possible.

 

Mais d’un autre côté, il faut bien présenter le véganisme sous son aspect positif, sinon les gens ne nous écouterons pas. Je ne le dis pas assez sur ce blog, mais je suis heureuse d’être végane. C’est la meilleure chose que j’ai fait dans ma vie (et je suis en train de faire le tour du monde, ce qui est formidable, mais je pense qu’être végane est la meilleure chose que je fasse, la plus importante). J’ai eu peur de devenir végétarienne au début, j’avais peur parce que je pensais que plus on donne aux autres, moins on a. Je ne voulais pas m’investir dans quelque chose qui allait me bouffer. Mais ma vie n’a fait que s’améliorer depuis. Je suis beaucoup plus heureuse qu’avant. Mais je n’ai pas fait ce choix pour moi, je l’ai fait pour les animaux. Le message que je voudrais faire passer aux gens, c’est que plus on donne aux autres, plus on a envie de donner, et le bonheur est dans ce qu’on donne et non pas dans ce qu’on garde. Ce n’est pas facile à dire, ça parait absolument compliqué, la seule solution pour que ce soit simple, c’est de le vivre. Certains ne le vivront jamais, et je les plains. Sincèrement. Il n’y a rien de méprisant ou de dévalorisant, je suis passée à un cheveu de ne rien changer dans ma vie, et je pense que dans un sens, j’ai beaucoup de chance.

 

Les vegans sont toujours heureux d’avoir fait ce choix, sinon ils l’auraient abandonné car personne ne va les punir pour ça. Y aura même des gens pour les applaudir quand ils redeviendront « normaux ». Y aura toujours  beaucoup de gens pour vous mépriser et quelques-uns pour vous ensencer, quoi que vous fassiez… Il faut bien dire que quand on est végan, on est en bonne santé et heureux, car ça intéresse bien sur les gens. Mais il faut aussi avoir un discours juste et sincère. Le véganisme n’est pas la solution à tous vos problèmes, et ce n’est pas un choix qu’on fait pour soi-même.

Bref, un équilibre est nécessaire, entre présenter le véganisme sous ses aspects positifs et rester honnêtes et réalistes sur nos motivations, si on espère introduire un changement social. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Je suis bien consciente que le fait que je ne mange pas de viande, à moi toute seule, ne change pas le sort des animaux trainés à l’abattoir. Mais le véganisme est un mouvement collectif, un mouvement de réplique à un système social injuste et barbare qui transforme des êtres sensibles en machines. Etre vegan est faire entendre sa voix, un peu comme voter.

Je l’ai déjà expliqué: être vegan, ce n’est pas être un unique flocon de neige. C’est vouloir un changement pour les animaux, mais surtout ça a du sens parce que plusieurs personnes le veulent. Le mouvement est encore trop petit et marginal pour que ce soit évident, mais c’est un mouvement collectif.

 

Pour finir, je voudrais faire une remarque importante. Le véganisme est dit marginal parce que peu représenté de nos jours dans la société, et en désaccord avec des philosophies et pratiques sociales jugées normales. Mais il ne se veut pas marginal, au contraire. Nous sommes marginalisés par certains carnistes qui nous jugent extrêmistes et nous traitent d’emmerdeurs donneurs de leçons(1), mais le veganisme se caractérise justement par la volonté de changer la société de l’intérieur, et de vivre dans cette société malgré tout ce qu’il lui reproche. La démarginalisation du véganisme est un élément capital du militantisme pour les animaux. Le fait qu’il soit impossible de vivre sans jamais utiliser le moindre composant animal est connu de nombreux végans, et ils acceptent cet état de fait, car ce qu’ils veulent, ce n’est pas être purs et parfaits, ni s’isoler dans une grotte. Ce qu’ils veulent, c’est continuer à vivre dans cette société, et la rendre un peu plus juste, un peu meilleure.

 

 

(1) Il existe probablement des vegans emmerdeurs et moralisateurs, mais le but des vegans est que les gens réfléchissent et fassent ce qu’ils considèrent, eux, comme le bon choix. Toute tentative de faire la morale aux gens, de les juger ou de les cupabiliser, m’emmerde. Ca ne sert à rien, ça ne fait rien du tout pour les animaux, et je n’aime pas qu’on m’emmerde et qu’on me fasse la morale, qu’on me dise ce qui est bien ou mal, alors je ne le fais pas aux autres. Si je parle aux gens de l’exploitation animale c’est parce que je pense que les gens sont intelligents et peuvent comprendre en quoi c’est un problème.

le mythe de la pureté et l’identité végane

Si le mythe de la pureté revient si souvent sur la table et sous de multiples formes, c’est parce qu’il résulte d’une déformation courante du veganisme qui résulte principalement de certains aspects de notre culture.

Celle-ci accorde une large part à des considérations liées aux représentations sociales, aux apparences, à l’égo. Le culte de l’identité est fondamental dans notre société. L’individu doit se définir, se représenter lui-même; que ce soit en fonction de ses origines, de son ethnie, de son milieu social, ou de ses choix de vie. En particulier ses attitudes de consommation, peut-être parce que la société de consommation nous définit comme consommateurs…

Les gens tirent de la fierté de tout un tas de caractéristiques hétéroclites qui leur permettent de s’identifier, de se « connaitre » (ou, plus précisement, d’avoir le sentiment de se connaitre, puisqu’un minimum de réflexion permet d’entrevoir que ces choses sont superficielles et sans véritable interêt).

Pour certains donc ce sera la marque de leur voiture, la race de leur chien, leur style vestimentaire, ou d’autres détails du même acabit qui leur permettront de se représenter socialement et a leurs propres yeux.

L’identité végétarienne

Je pense qu’être végétarien peut faire partie de ces moyens de représentation. Bien sur ça n’exclut pas les raisons moins futiles (épargner la vie des animaux, entre autres) mais le fait d’être végétarien peut être perçu de différentes manières, positives (ami des animaux, proche de la Nature, pacifiste, gentil, ouvert) ou négatives (chochotte, sectaire, maladif, allumé mystique, etc) ou une combinaison de plusieurs de ces epithètes (donc chacun mériterait a lui seul un développement entier). En tous cas, il est rarement neutre. On dit rarement de quelqu’un « il ne mange jamais de viande ni de poisson », encore moins « il se nourrit de façon végétarienne » mais plutot « il est végétarien ».

Certains refusent cette étiquette. D’autres l’acceptent plus ou moins complaisamment.

Il existe une très faible minorité de personnes qui deviennent végétariens pour endosser l’étiquette, qui leur plait. Généralement ils ne prennent pas la peine d’adopter un régime exclusivement végétarien, ou pas pendant très longtemps. J’ai parfois eu vent de ces quelques personnes qui sont vivement critiquées par les végétariens: « Elle prétend être végétarienne et mange du foie gras! Elle sème le trouble dans l’esprit des gens, on va nous prendre pour des cons » etc…

 

Comme je l’ai déjà évoqué, les végétariens et vegans ne font généralement pas d’exception à leur régime alimentaire car ils ont une vision du monde qui rend non-comestibles à leur yeux certains aliments. Il y a donc une incompréhension entre eux et les omnivores, qui, pour beaucoup d’entre eux, vivraient un tel régime alimentaire comme une suite de frustrations. C’est pourquoi la plupart des gens ont du mal à rester végétariens quand ils ne cherchent qu’à s’attribuer l’étiquette (encore plus s’ils ont envie de se dire vegans). Ca ne veut pas dire que certains végétariens ou vegans ne vont pas apprécier l’étiquette et jouer avec, en se prenant ou non au sérieux. Mais l’identité végétarienne / vegane n’est pas une cause, mais une conséquence d’une façon de voir le monde et de vivre.

La confusion crée et entretenue par le sentiment identitaire

Incompris, marginaux, prisonniers d’une société qui les a produits mais résiste aux changements auxquels ils aspirent, et parfois même les rejette, les vegans ont une forte tendance à se regrouper entre eux et à s’identifier par rapport a leur veganisme.

Il y a, je l’avoue, une certaine fierté à vivre vegan dans une société qui ne l’est pas. Rester fidèle à soi-même, avoir des principes et les respecter, et même quand tout semble aller contre nous… Oser s’affirmer, faire respecter sa différence, avoir la satisfaction de vivre en tenant compte non pas seulement de soi-même et des personnes qui ont du pouvoir sur nous, mais aussi de ceux qui n’en ont aucun, qui sont totalement à notre merci. Personne ne m’oblige à petre vegane, personne ne m’empêche de faire tuer des animaux, ou de profiter de leur mort ou de leur esclavage. Je ne serai pas punie si je cesse d’être végane et je n’ai de récompense pour l’être (si ce n’est de pouvoir porter des badges…).

 

En ce sens, être vegan est un acte d’amour désintéressé (au sens d’amour universel: ne pas vouloir que les autres souffrent). La fierté a peut-être quelque chose de futile, certes. Mais peu de gens sont exempts de toute futilité et la plupart des veganes éprouvent une forme de fierté, importante ou discrète.

Le probleme c’est qu’il est parfois difficile de distinguer un acte de pur altruisme d’un acte qui se prétend tel, mais qui en réalité a pour but de faire reluire l’ego de la personne qui le fait, en disant « regarde comme je suis altruiste, je donne sans attendre en retour, je suis une personne généreuse ».

Bien sur on a tous un ego. Mais il y a une méprise importante à propos du veganisme.

Le veganisme n’est pas un truc à propos des vegans. Le veganisme est à propos des animaux. Les vegans passent après. Ils sont les acteurs, mais ils ne sont pas le sujet.

Qui est un bon vegan, qui est un mauvais vegan, on s’en fout. Qui est un gentil, qui est un méchant… Si on veut se préoccuper de ce genre de choses (dont je ne vois absolument pas l’intérêt) cela doit passer après les choses importantes.

Beaucoup d’omnivores n’arrivent pas à comprendre que le veganisme n’est pas un moyen d’être supérieur, de se faire mousser ou d’être le « gentil ».

Combien m’ont rebattu les oreilles avec leur bonté, leur gentillesse, leur non-méchanceté, leur amour des animaux ou leur comportement responsable… Sans jamais se douter à quel point je m’en badigeonne le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Tout ce que leurs démonstrations me suggèrent, c’est que je trouve dommage qu’ils se sentent jugés par mon comportement, ce qui est à des années-lumières de mon objectif; et encore plus dommage que, plutôt que de se consulter eux-même sur ce qu’ils pensent juste de faire ou de ne pas faire, ils en soient à quémander l’approbation des autres,,, C’est d’ailleurs la principale raison d’etre du « tout ou rien » et autres cris de la carotte: « Bon ok je mange de la viande mais tu n’es pas parfaite toi non plus ! ». Non je ne le suis pas. Ca vous épate?

Beaucoup de mangeurs de viande m’ont ainsi expliqué leurs raisons en long, en large et en travers. Alors que je m’en fiche. Mis a part, peut-être, les tres rares peuplades dont la survie dépend encore de la viande, j’estime que leurs raisons sont mauvaises. Et je me contrefiche de savoir à quel point en réalités ils sont gentils et choupinous tout plein ou si au contraire ils sont de vilains tortionnaires meurtriers pas beaux.

Personne n’aura jamais mon approbation pour manger de la viande et je ne jugerai jamais personne pour le faire. J’avoue tout de même avoir du mal à encaisser les comportements puérils. La question de savoir si mon interlocuteur est un gentil ou un vilain m’indiffère au plus haut point, et voir quelqu’un essayer de me démontrer son appartenance au camp des bons au lieu de s’occuper de choses qui elles méritent qu’on s’y intéresse, ça a le don de m’agacer.

Ce qui m’agace aussi prodigieusement, c’est lorsque les végétariens eux-même se laissent abuser par le mythe de la pureté, et se prennent pour des être supérieurs. J’ai confessé avoir une certaine fierté à être vegane, mais enfin bon, Ca reste quelque chose d’assez superficiel. Je pense agir de façon plus éthique sur un domaine en particulier, mais je pense quand même que ce n’est pas une raison pour se sentir supérieur. Après tout j’ai mangé de la viande pendant la plus grande partie de mon existence et, n’auraient été des circonstances de vie particulières, j’en mangerais encore sans me poser de questions/ Certains vegans ne voudront pas l’admettre, mais renoncer aux produits animaux est le résultat d’un parcours de vie qui a parfois tenu a peu de choses, Pourtant certains n’hésitent pas à mépriser les mangeurs de viande, alors qu’eux-même n’auraient pas aimé être traités ainsi quelques années plus tôt,,,

Donc je pense qu’il n’y a rien de mal à tirer une certaine fierté de sa façon de vivre quand on arrive a coller à ses propres principes. Mais ça ne devrait pas être une raison pour se croire supérieur en tous points ou se permettre de juger les gens. Condamner les actes ne veut pas dire cataloguer ceux qui les font. Raisonner autrement qu’en terme d’ego et de représentation ne peut nous faire que du bien…

 

Le mythe de la pureté

Si j’ai abordé hier le thème des critiques contre le veganisme, ce n’est pas simplement pour les contredire. C’est parce que mêmes les plus absurdes, comme celle du tout-ou-rien, cachent en réalité une logique. Le tout-ou rien est en fait la partie émergée de l’iceberg de l’incompréhension; il se base sur le mythe de la pureté aussi bien que toutes les critiques intelligentes du veganisme que j’ai pu lire. Ce mythe donne lieu a toutes sortes d’objections de la plus absurde à la plus cohérente. Mais voila un moment que je te bassine avec le mythe de la pureté et je n’ai toujours pas développé ce que c’était. Entrons donc dans le vif du sujet.

Le mythe de la pureté

Qu’est-ce que le mythe de la pureté?

Le mythe de la pureté est l’idée selon laquelle le vegan est, ou se veut, un être pur et parfait, vierge de toute nuisance exercée, volontairement ou non, contre tout autre être sensible ou potentiellement sensible.

Si on croit que le veganisme consiste a être pur et parfait, alors on comprend mieux pourquoi l’objection du tout-ou-rien. Ca revient finalement à dire: tu as echoué dans ta tentative d’être pur et parfait, donc ce que tu fais n’a aucun sens, abandonne.

Pourquoi le mythe de la pureté ?

C’est vrai ça, pourquoi? Les écologistes eux aussi modifient leur façon de vivre pour tenir compte d’une certaine éthique, et pourtant on ne leur objecte pas une logique du type tout-ou-rien, du moins pas à ma connaissance. Pourtant il est impossible de n’avoir aucun impact sur l’environnement tout comme il est impossible de n’utiliser aucun produit animal et à plus forte raison, impossible de ne nuire à aucun être vivant. Ca n’empêche aucunement de faire les efforts nêcessaires pour rêduire cet impact.

Je crois que le mythe de la puretê existe à cause de l’intransigeance dont font preuve les vegans dans certains aspects de leur vie. J’ai expliqué dans un précédent article pourquoi cette intransigeance et comment, derrière l’apparente difficulté, le veganisme est quelque chose de très facile.

Mais aux yeux d’une personne spéciste, ce que fait un vegan n’est pas tout à fait clair. Par exemple, refuser le miel n’a aucun sens pour beaucoup de gens. Mais la raison du refus du miel est très simple: le miel est le produit d’une exploitation et les abeilles devraient pouvoir vivre pour elles-même et non pas être les instruments des humains.

Le veganisme est une réponse à l’injustice du monde. Bien sur il existe beaucoup de réponses, ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup d’injustices. Mais le veganisme est une réponse simple à une (très grande) injustice: l’esclavage des animaux, le fait qu’il existe des êtres libres et d’autres qui sont des propriétés, des moyens pour une fin qui leur échappe.

Bien sur, puisqu’un vegan est par définition sensible à ce problème de l’exploitation des faibles par les forts, il sera généralement sensible à d’autres injustices: ouvriers exploités par des patrons qui s’en mettent plein les poches, écologie, etc…

Mais enfin ce sont parfois des problèmes complexes et difficiles à résoudre. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en occuper, ça ne veut même pas forcément dire qu’ils sont secondaires. Mais ils sont difficiles. Je veux bien être écolo, mais quand même j’ai besoin d’électricité, je bouge, je voyage… Si on voulait être parfaitsil faudrait qu’on aille vivre dans des grottes et qu’on mange des racines sauvages. Or, c’est justement ce que le veganisme n’est pas.

Quand on devient vegan il y a certes une rupture sociale, on est plus d’accord avec le reste de la société sur le rapport que nous entretenons avec d’autres formes de vie. Mais le veganisme se marque pourtant par une volonté de vivre dans cette société, de la changer de l’intérieur. Les vegans gardent beaucoup de leurs repères (il suffit de voir par exemple la multitude de simili-carnés qui existent sur le marché…). Ils sont issus de cette culture. Le veganisme ne sort pas de nulle part, il est issu de la société occidentale, de ses incohérences, de ses contradictions. Il en est le produit naturel. On peut être vegan et aller vivre dans une grotte, mais le veganisme  ce n’est pas ça.

Pourquoi ne sommes-nous pas parfaits? Pourquoi on prend la voiture et l’avion? Pourquoi on ne fabrique pas notre propre papier sans composants animaux? Pourquoi on utilise des ordinateurs et des portables? Pourquoi on ne passe pas tout notre temps libre à militer (et même certains ne militent pas du tout)?

La réponse tient en quelques mots: c’est parce qu’être parfait, c’est dur, alors que nous, nous faisons quelque chose de facile.

Le mythe de la pureté est issu de l’impression fausse selon laquelle le veganisme serait quelque chose de difficile, qui demanderait énormément d’efforts, alors que c’est juste normal. Il y a un gros malentendu, c’est que les gens pensent que le veganisme est un probleme que l’on s’efforce chaque jour de résoudre. Mais être vegan n’est pas un probleme: c’est une solution.