Pourquoi je ne suis pas pro-sexe

D’un côté y a les pro-sexe, de l’autre des gens qui ne se diront jamais anti-sexe.
Un jour, alors qu’on parlait de la prostitution, une amie m’a dit: « je suis pro-sexe ».
« Mais moi aussi je suis pro-sexe », ai-je pensé. Qui songerait à être anti-sexe? Seulement, la prostitution, c’est du sexe pour les clients. Pour les prostituées, c’est un peu plus compliqué. C’est à elles de le dire, mais j’ai l’impression que c’est avant tout du travail. Et que ça concerne surtout la sexualité des clients.

Mais pourtant j’ai pensé: mais moi aussi, je suis pro-sexe. Le sexe, je suis même hyper trop pour. Personne ne se dirait anti-sexe, après tout. Le sexe, c’est cool, tout le monde aime le sexe.

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où je pense que la sexualité de chacun devrait lui appartenir, donc ok on devrait avoir le droit de vendre un service sexuel, mais aussi on devrait avoir le droit de ne pas le faire, et ça c’est compliqué dans un monde régi par l’argent. Et si on a le droit de l’acheter, on a peut-être aussi l’obligation de le vendre, non?

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où j’aimerais que le sexe soit libre, le consentement éclairé, loin des contraintes qui toujours poussent les femmes (en particulier) à faire du sexe sans désir, juste parce qu’il faut manger ou juste parce qu’il faut « sauver son couple », pour sauver son couple il faut s’allonger, pour sauver son couple il faut sucer, c’est écrit dans Elle. Et sauver son couple, c’est une question de survie. Je suis pro-sexe parce que je voudrais que le sexe soit libéré de toutes ces contraintes et soit autre chose que quelque chose qu’une femme donne à un homme en échange de conversation, d’argent, de sécurité affective, de mariage, de cadeaux, de lessive ou de vaisselle. Je voudrais que le sexe soit pour le sexe, qu’on fasse l’amour pour les raisons qu’on veut, mais que ces raisons ne soient pas des contraintes, ne soient pas des pressions, des injonctions.
Lire la suite

Mépris et misogynie ordinaires

Dans ce blog, il y a des photos, des idées, des fleurs, des zombies, des cailloux, et plein d’autres trucs. Mais il y a surtout une chose: des sujets qui fâchent. Des sujets qui agacent, qui divisent, qui exaspèrent.

Je ne parle pas seulement du pauvre ère perdu sur les internets, passant par là totalement par hasard au détour de jeuxvidéo.com ou d’une autre poubelle du net, qui croit bon de rappeler à tout hasard que les animaux sont faits pour être mangés, les putes pour êtres baisées, qu’il faut pas essayer d’influencer les autres (sauf quand on travaille dans l’enseignement, la communication, la publicité ou le marketing, mais ça c’est normal) et qu’essayer de faire évoluer la société c’est mal. Non, je parle de tout le monde. Tout le monde peut être dérangé par les sujets abordés ici, quel que soit son esprit critique ou son implication dans différentes luttes. Le sujet de la prostitution, par exemple, divise beaucoup les féministes, si bien que j’ai longuement hésité avant de l’aborder. Mais si je n’abordais que les sujets qui ne fâchent pas, je pense que ce blog n’aurait qu’un intérêt limité.

En bref, ça ne me dérange pas de déranger parce que ce que je dis ici c’est le contraire du discours dominant qu’on entend partout, et que si ça dérange c’est que les gens réfléchissent et remettent en question leurs a priori culturels. Le problème, c’est qu’il n’y a pas que ça. En théorie, on peut parler de tout; en pratique, il y a des gens qui me lisent, chacun avec son histoire, son vécu, et il y a un contexte social.

J’ai hésité à parler de prostitution parce que, si les clients sont toujours considérés comme étant dans leur bon droit, les prostituées non seulement pratiquent une activité dangereuse et souvent traumatisante, mais sont victimes d’une stigmatisation sociale très forte. Finalement j’ai parlé de prostitution mais avec beaucoup de prudence, en essayant de clarifier ma position le plus possible. Globalement je ne pense pas avoir été mal comprise sur ce sujet.

Ensuite j’ai abordé le sujet de la soumission aux injonctions esthétiques. Là je me suis pris une grosse shitstorm dans la face. Et j’ai trouvé que c’était carrément exagéré parfois. Mais ça m’a fait réfléchir.

Puis j’ai abordé LE sujet qui fâche: l’éducation des enfants. J’ai attendu très longtemps avant de commencer à en parler et j’ai essayé de le faire d’une façon la plus prudente possible. Mais ça n’a pas forcément suffi.

Ce que tous ces sujets ont en commun: la culpabilisation des femmes.

Femmes, injonctions et culpabilité: une vieille histoire triste et chiante

Lire la suite

Ne le prend pas dans tes bras

Quelle mère n’a jamais entendu ça? « Ne le prend pas dans tes bras, il va s’habituer ». « Laisse-le pleurer, ça lui fera les poumons ». La violence éducative commence tôt, très tôt. L’enfant à peine né, il faut couper le cordon, se garder d’être trop « fusionnel », le laisser seul pour qu’il « s’habitue ». L’envoyer à l’école le plus vite possible. Le séparer, vite. S’il pleure, c’est la faute de la mère. Elle est trop fusionnelle. Elle étouffera son enfant, l’empêchera de grandir, de vivre…

Même en n’en sachant que très peu sur les enfants, il m’a toujours semblé que ces gentils théoriciens du « ne le prend pas dans ses bras, il pourrait s’habituer » en savent encore beaucoup moins que moi. Ont-ils déjà regardé un bébé? Non pas vu, mais regardé. Ont-ils déjà réfléchi à ce qu’est un bébé?

Autonomie. Solitude. Apprentissage. Pleurs. Communication. Langage. Fusion. Ces mots reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’on parle des bébés. Mais ont-ils encore un sens? Plusieurs mots en revanche sont curieusement absents du vocabulaire couramment usité. Amour. Attachement. Détresse.

Je ne veux pas parler ici de façons de s’occuper des enfants, ce n’est pas vraiment le sujet. Je veux encore parler de théories sur l’éducation. De violence éducative. Car la première violence que subit l’enfant est cet ensemble de théories savantes qui ne le regardent pas, qui ne l’écoutent pas, qui décident pour lui ce qu’il est, ce dont il a besoin. Et qui, au final, peuvent le maltraiter, même avec les parents les plus aimants et dévoués au monde.

La mère et l’enfant dans les théories psychanalytiques

Un bébé, pour beaucoup de gens, c’est un tube digestif armé de puissantes cordes vocales. C’est une vision très culturelle des bébés parce que dans notre culture, les bébés pleurent beaucoup et sont difficiles à calmer. Je reviendrai là-dessus.

Un bébé, pour moi, c’est un être vulnérable, sans la moindre autonomie, totalement dépendant de ses parents (et en particulier de sa mère chez la plupart des mammifères non-humains et dans de nombreuses cultures humaines) pour sa survie, son bien-être et son développement. Cela me semble une évidence, mais cette vision des choses est très peu partagée, comme nous allons le voir. Lire la suite

Compliqué, si compliqué…

Récemment, est sortie une infâme bouse sur un infâme site de merdeux habitués à répandre leurs étrons textuels sur le pauvre internet. Rien de nouveau donc. Ce qui est étrange, c’est que cet article en particulier a choqué, alors que le contenu de jook.fr oscille habituellement entre le merdique et le catastrophiquement merdique. On y apprend, dans le désordre: que les femmes qui n’aiment pas les claques sur les fesses sont des emmerdeuses frigides, qu’il ne faut jamais faire l’amour à 3 avec un autre mec et une fille (quand on est un mec, mais tous les articles partent du principe que le lecteur est un mec, no girls on ze internet comme disent les abrutis), qu’on peut tout se permettre sexuellement avec une fille qui a fait du porno, que les « renois » ont tous un look d’enfer (ils ont aussi le sens du rythme et sont de grands enfants je parie?), et que c’est pas la peine de soigner ses fringues pour aller se taper des putes en Thaïlande.

Et donc au milieu de tout ça, l’article qui nous expliquait le point de vue de l’auteur sur « les grosses », ces sous-humaines, ne faisait pas tache dans le décor. J’ai lu cet article parce qu’il a beaucoup été partagé, mais j’ai été surprise qu’il disparaisse le lendemain (j’ai (mal)heureusement pu retrouver une copie). Enfin, je l’ai lu… Je l’ai survolé, disons, ce qui est déjà pas mal. Quand vous survolez un merdier vous êtes toujours trop près du sol. Et sans exagérer, je crois que chaque phrase de cet article vaut un double facepalm. Au moins. Chaque phrase de cet article est un étron puant posé sur votre pauvre cerveau.

Pourquoi j’en parle alors?

C’est juste que… Je sais pas, j’avais envie de remettre cet étron en perspective. De me demander: pourquoi, comment, qu’est ce que ça veut dire au fond?

D’abord de quoi parle l’article? Un sujet déchire l’auteur, l’empêche de dormir la nuit. Il s’agit d’une catégorie d’êtres hybrides totalement à part: les « grosses qui ont un beau visage ». Lire la suite