Je finirai par ouvrir une coopérative fruitière

Ça fait 3 ans et demi maintenant que j’ai écrit « toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil ». Si vous pouviez d’ailleurs arrêter de le commenter, ça m’arrangerait. Je supprime de toutes façons tous les nouveaux commentaires. Le débat est clos. Cela m’agace prodigieusement de devoir débattre et débattre encore sur un article si vieux et que je n’écrirai certainement plus de la même façon aujourd’hui. Peut-être certaines choses n’étaient-elles pas assez claires, bien que les femmes semblent parfaitement comprendre le propos dans l’ensemble, contrairement aux hommes (l’élite intellectuelle de notre nation, vous savez, ceux qui possèdent quasiment tout le pouvoir politique mais sont supposément trop stupides pour savoir se servir d’un lave-linge).

Quand même, il y a quelque chose qui revient en permanence dans les réactions, pas seulement à cet article mais en général; c’est ce besoin irrépressible de critiquer les choix amoureux des femmes.

Donc on va revenir sur notre triangle amoureux fruitier. Poire aime Cerise. Cerise aime Melon. Poire pense que Melon est un connard. C’est l’éternelle histoire, le grand cycle de la vie qui recommence. Dans les films, Poire finit par évincer Melon et chopper Cerise à la fin. Pourquoi? Parce que c’est Poire qui écrit les scénarios des films.

Si je devais résumer les commentaires pleurnichards que j’ai reçus, en synthétisant un maximum (oui d’ailleurs si vous pouviez éviter de m’envoyer des romans et de me raconter toute votre vie en long, en large et en travers, alors que je ne vous connais même pas, je trouve que c’est tout simplement un manque de considération de votre part de faire ça, bref) ça donnerait un peu ça: « Ouin, tu parles que de Poire, et pas de Melon qui est un méchant, ni de Cerise qui blablablabla ». Ce à quoi j’ai répondu au début: non, il n’y a rien à dire, ils sont là pour peupler l’univers de Poire, le sujet c’est Poire et personne d’autre, l’article parle de Poire, seulement il fallait bien une meuf et un gars. Ce sont des figurants, si vous voulez.

Melon ou le mauvais garçon

Depuis j’ai quand même un peu réfléchi à la question, donc je vais reformuler cette réponse. Et finalement c’est important de le préciser. On va commencer par Melon. Pourquoi ne pas critiquer le comportement de Melon? Hé bien c’est simple: Melon n’existe pas. Il n’existe tout simplement pas. Je disais plus haut que dans les films, la meuf finit toujours avec Poire, parce que Poire écrit les histoires. Pourquoi c’est Poire qui écrit les histoires, et pas Melon? Hé bien parce que quasiment tous les hommes sont au moins un peu « Poire ». Le « gentil garçon » est un mythe d’identification, c’est ce que pensent les hommes à propos d’eux-même. C’est un personnage construit à partir du regard des hommes sur eux-même. Ils sont toujours « le gentil garçon qui aime la fille et si seulement elle pouvait se rendre compte à quel point je suis un mec génial ». Et Melon est aussi un mythe masculin, mais construit en miroir de Poire, à son opposé, un personnage construit à partir du regard des hommes pour les autres hommes. Melon c’est l’Autre, le « mec pas assez bien pour elle ». C’est pour ça que ça n’a aucun intérêt de parler de Melon. Lire la suite

Tout ça pour ça.

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Il n’est pas mon habitude de mettre des selfies ici. Encore moins d’une autre partie du corps que le visage. C’est un peu intime, quoi. Et je parle très peu de moi sur ce blog, d’habitude. Mais ce matin, j’ai pensé que je pouvais faire exception à ma réserve habituelle. Car ce matin je me suis regardée dans la glace et j’ai vu ça.

Oui, regardez bien. A droite. Cette chose inconnue. Regardez mieux. On voit trois poils et demi qui se battent en duel. Vous les voyez? Ah mais je vous entends d’ici demander « d’habitude, elle parle de sujets de société, de militantisme, de lutte, de changer le monde, et tout ça, enfin de trucs importants quoi, et voilà qu’elle vient nous rebattre les oreilles avec ses 3 poils d’aisselle, ça y est on a perdu l’elfe ».

Bon, je vous remet le contexte. Lire la suite

Le mythe du privilège féminin et pourquoi vos male tears me fatiguent

On a cru parfois l’entendre, euphémisme pour dire qu’on nous en rebat les oreilles en permanence: Poire le Nice Guy veut plein de choses. Du sexe, de l’affection, du sexe, des relations, du sexe, de la reconnaissance, du sexe.
Pour le Nice guy, les femmes n’ont qu’à claquer des doigts pour obtenir tout cela, et en quantité illimitée. Il estime donc qu’il y a un privilège féminin. Il se sent lésé, et tient à le faire remarquer. Les femmes ont tout ce qu’il veut, lui. Et c’est pas juste.CBBcUcoWEAAPpzi
A priori, sans trop s’arrêter pour réfléchir, disons un lendemain de cuite sans se rappeler ce qu’on a fait la veille, d’où on se trouve, ni qu’il existe un truc nommé le patriarcat, ça pourrait sembler à peu près fondé: les femmes obtiennent plus facilement ce que veut le Nice Guy. Mais est-ce tellement vrai? Une fois pour toute, je me propose de déboulonner ce mythe.

Entendons d’abord ce à quoi pense Nice Guy en disant « femme ». Il pense à une femme jeune, mince, blanche, cis, hétéro. Il sait bien qu’il existe des personnes de tout âge, de toute constitution physique, y compris malades, handicapées, vieilles, etc… qui se définissent comme « femme ». Mais ce n’est pas à elles qu’il pense. Il les exclut naturellement, s’appropriant le concept « femme » comme correspondant plus ou moins à ses fantasmes.
Mais le Nice Guy pourrait nous répondre que ok, certaines femmes sont seules, etc…, mais qu’à handicap égal, on va dire, les femmes sont « favorisées » puisqu’elles obtiennent du sexe ou des relations « plus facilement ».
Sache que je t’envie, Nice Guy, de croire de telles choses. Je t’envie vraiment. C’est la marque de ton immense privilège, et même si je me vois en devoir de le déconstruire, tu peux te réjouir tous les jours de ta vie pour avoir ce privilège, même les jours où tu ne baises pas. Si.

De quoi parle vraiment le Nice Guy quand il souhaite obtenir du sexe ou des relations?

Qu’est-ce que le sexe? A quoi ça sert? Le Nice Guy veut le sexe. Il ne pense pas au comment, au pourquoi, au qu’est-ce que c’est. Qu’est-ce que le sexe et est-ce vraiment ce que veut le Nice Guy, comme il l’affirme avec une telle véhémence?
J’affirme pour ma part que « le sexe » ou encore « l’acte sexuel » n’est pas ce que recherche le Nice Guy. Réfléchissons: je pourrais aller chercher un passant dans la rue, n’importe lequel, et lui proposer de sodomiser Mr Nice Guy. C’est un acte sexuel, non? Hé bien pourtant, j’ai dans l’idée que Mr Nice Guy ne sera pas satisfait d’une telle proposition.

C’est que le Nice Guy est hétéro, lui! C’est même sa fierté (il se moque des gays « gentiment », utilise pédé comme insulte mais sans penser à mal, et l’idée d’être gay le fait beaucoup rire sans qu’on sache vraiment pourquoi). Bon ok, Nice Guy, les mecs ne t’attirent pas. C’est ton droit. Même si tu chouines, tempête et tape des pieds quand une femme te fait remarquer qu’elle n’est pas attirée par toi. Ne pas être attirée par toi est un droit aussi inaliénable que ton droit de ne pas être attiré par un homme. Mais ce n’est même pas vraiment la question.

Ce n’est pas ici qu’une question d’orientation sexuelle, mais de représentations. Car si on proposait plutôt à Mr Nice Guy de se faire sodomiser par une femme, le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous, à moins éventuellement qu’il espère qu’autre chose se passe. En fait, le Nice Guy ne veut pas un acte sexuel: il veut être pénétrant. Il veut pénétrer une femme, c’est ça qu’il veut. Et il se plaint  en rond que les femmes n’aient qu’à claquer des doigts pour être pénétrées, comme si pénétrer et être pénétré.e, c’était exactement la même chose. Evidemment ça ne l’est pas, mais le Nice Guy croit que les femmes aiment naturellement être pénétrées, que ça ne les dérange pas, et même un peu (avoue!) qu’elles sont faites pour cela. Il croit que le sexe, pour les femmes, c’est ça.
Si on peut aisément voir plus loin que le rapport pénétrant-pénétré dans l’axe sexuel (fort heureusement, la sexualité humaine n’est pas qu’une histoire de bâtons et de trous) on peut, en fait, voir même plus loin que l’acte sexuel lui-même. Car l’acte sexuel n’est pas important en soi, ce qui compte, c’est ce qu’il signifie. Et pour Mr Nice Guy, ce qui compte n’est pas en soi d’être stimulé sexuellement (sans quoi sa main droite suffirait), ce qui compte est justement d’être pénétrant. à la limite, le plaisir n’est pas si important que ça. Un Nice Guy qui a baisé (qui a pénétré une femme), même s’il n’a eu aucun plaisir, peu importe: il a baisé. Un Nice Guy qui vient de se taper une branlette cosmique à lui retourner complètement le cerveau, bon ok il a eu du plaisir, mais il n’a pas baisé. Son problème est intact. Son problème n’est pas le plaisir, c’est la domination, la position sociale qu’il croit que lui confère l’acte sexuel pénétrant.

Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est donc d’être pénétrées. Il ne propose pas une relation sexuelle égalitaire dans laquelle chacun aurait un plaisir égal et ferait ce qu’il lui plait. Ce n’est pas ce qui compte pour lui. Non pas qu’il soit incapable de donner du plaisir, mais c’est la façon dont il envisage la sexualité qui est repoussante pour les femmes, voire même dangereuse. Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est d’être objets de son désir. Bien sur, il est généralement loin d’en avoir conscience, et je pense que cet article va énerver beaucoup d’hommes. Mais c’est pourtant le cas. Aux hommes qui ne comprennent pas pourquoi nous, les femmes, ne reconnaissons pas notre privilège de pouvoir « avoir du sexe » quand on veut, je réponds clairement: globalement, vous ne nous proposez pas du plaisir, vous nous proposez d’être vos objets sexuels (j’ai plein de mots plus vulgaires qui me viennent à l’esprit mais ils sont très violents et par égard pour les femmes qui me lisent, je laisse aux lecteurs et lectrices le soin de les imaginer). Or, si être un objet sexuel peut faire travailler notre mental, parce que nous sommes un peu conditionnées à ça, notre éducation ne réussit pas complètement à faire de nous des serpillères. La plupart des femmes, quand bien même elles fantasmeraient sur la chose, ne sont pas assez lavées du cerveau pour vous servir d’objet masturbatoire juste parce que vous en avez envie. Nous avons nos désirs, nous avons nos plaisirs, et c’est ça que vous n’entravez pas. Vous servir d’objet masturbatoire ne nous intéresse pas, c’est pourquoi il vous semble si difficile d’obtenir du sexe. Vous ne cherchez pas à partager, vous cherchez à nous prendre quelque chose. Vous croyez d’ailleurs que baiser une femme, c’est lui prendre quelque chose. Bien sur que le sexe, en lui-même, ne nous prend rien. Mais dans la façon dont vous percevez inconsciemment l’acte sexuel, c’est le cas. Et concrètement, les croyances ont tendance à se traduire en faits. On pourrait dire qu’un homme qui baise une femme comme un objet, sans lui donner de plaisir, lui prend effectivement quelque chose.

Bien sur, le Nice guy dit aussi parfois vouloir aussi autre chose que du sexe: de l’attention, des caresses, etc… Mais tout Nice Guy digne de ce nom déclamera un discours enflammé sur la tendresse dont il a besoin, l’attention dont il a besoin, l’amour dont il a besoin, sans forcément envisager que tout ne tourne pas uniquement autour de ses besoins. Il n’est  jamais nulle question de ce dont sa partenaire pourrait avoir besoin. Je ne dis pas que les Nice Guys sont incapables de donner de la tendresse, en fait je pense que tout le monde en est capable. Simplement, ce n’est pas ce qui compte à ses yeux. Et finalement, la façon dont il exprime son désir de façon égocentrique, en ne tenant pas vraiment compte de la personne qui lui prodiguerait l’attention et l’amour dont il a besoin, constitue une fois encore un discours réifiant. La personne qui donne de la tendresse n’est dans ses mots plus une personne, mais un anonyme distributeur à bisous. Qu’importe sa personnalité, qu’importe ce qu’elle pense, ce qu’elle vit et la façon dont elle expérimente ce rapport amoureux. Je caricature à peine, pour les besoins de la démonstration.

Bien sur, je généralise un peu plus haut en parlant de pénétration. Il y a des cas où ce que je dis sur la pénétration ne va pas exactement correspondre. Cependant, cette histoire de pénétration est exactement représentative de ce qu’est un Nice Guy. Même si ce n’est pas exactement la pénétration qu’il recherche, c’est la symbolique que le patriarcat lui attribue qui l’intéresse. Autant dire que le sexe n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. L’essence même du Nice Guy, c’est qu’il est en recherche d’une sorte de bonheur dont il se fait une idée plus ou moins précise, mais qui nécessite l’utilisation comme objet d’un autre être humain. Le Nice Guy souhaite utiliser quelqu’un comme moyen pour ses propres fins. C’est ce qui, pour nombre de féministes, est si insupportable chez lui: il se pose en victime, il se prend pour une victime et se plaint de sa position qui serait, selon lui, en bas de l’échelle sociale. Mais dans le même temps, son positionnement est celui d’un oppresseur. Il souhaite utiliser les femmes pour réaliser ce qu’il souhaite, plaisir passager ou bonheur durable, et il croit dur comme fer qu’elles lui doivent d’être ce qu’il veut qu’elles soient. Il refuse de voir en elles des êtres humains autonomes qui existent pour leurs propres objectifs de vie et n’ont pas pour devoir de le servir, ni de le récompenser (même s’il est très gentil avec elles).

male-tearsPas tous les hommes, l’elfe tu nous caricatures t’es vraiment pas sympa espèce de sale féminazgul

Pas tous les hommes, on va me dire. Pas tous les Nice Guy. Qu’importe. Tout le monde n’est d’ailleurs pas obligé de se sentir visé par ce que j’écris, même si je me doute que cette lecture risque d’être pénible à ceux qui se reconnaîtront dans le personnage. Ce que je décris là n’est pas un phénomène individuel, mais global, car construit socialement. Les hommes veulent du sexe parce que le sexe est fait pour eux. Les hommes veulent du sexe parce qu’ils veulent pénétrer et que pour eux, ce mot veut dire dominer, consommer, détruire.

Bien sur, beaucoup de femmes aiment le sexe. Seulement, on dirait parfois que le sexe ne nous aime pas. Si c’est pour se faire pilonner par un marteau piqueur, personnellement j’aime autant jouer une partie de scrabble. Or, c’est ce que proposent 99% des mecs. Certes, il me serait extrêmement facile d’aller me faire utiliser sans ressentir aucun plaisir. Seulement, je n’en ai pas plus envie qu’un Nice Guy a envie de se faire sodomiser pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Ce qui fait que pour moi, comme pour beaucoup de femmes, trouver un partenaire sexuel est en fait quelque chose d’assez délicat et difficile. Sans oublier ce que les Nice Guy ont l’énorme chance de pouvoir oublier perpétuellement, mais ce que les femmes gardent en permanence à l’esprit: les risques de viol. Beaucoup plus d’hommes que vous ne le croyez sont des violeurs. Notamment, la plupart des hommes ne comprennent absolument pas que, quand ils ont eu une relation sexuelle consentie avec une femme, la forcer plus tard à une autre relation sexuelle est un viol. Pas si c’est fait sans violence, pas si c’est fait avec juste des mots, pas si elle n’a « pas assez » dit non.

Et c’est en partie à cause de ça, mes chers petits Nice Guys, que vos larmes de crocodile me fatiguent. Je suis en fait plutôt empathique, je peux compatir avec plein de choses, et je sais que c’est pas drôle d’être seul-e ou de se sentir frustré-e, ça je peux parfaitement l’entendre. Seulement, vos envies et désespoirs de baiser, on les entend en long, en large et en travers, à longueur de journée, et on n’arrive pas à parler d’autre chose sans que vos problèmes ne reviennent constamment sur le tapis. Entendez nos envie de ne pas être violées, ou brutalisées ou tuées (car oui, une minorité de Nice Guy vont jusqu’à tuer, une minorité suffisamment importante pour entrer dans les statistiques). Ok, on a compris que vous avez très envie de baiser, mais personne ne vous doit une relation sexuelle ou amoureuse. Et entendez que nous avons des problèmes un peu plus sérieux que les vôtres; entendez que par contre, le droit à l’intégrité physique, vous nous le devez, c’est notre droit, et globalement il n’est pas respecté. La plupart des femmes subissent des violences de la part d’hommes au cours de leur vie.

Oh oui je sais, vous n’êtes pas comme ça. Vous n’êtes pas violents. Vous allez me le dire, me le chanter sur tous les tons dans les commentaires: « moi, je suis un mec bien, moi ». Aussitôt qu’on parle de la violence que nous subissons, vous nous parlez de vos problème et vous essayez de prouver que vous êtes « un mec bien ». Si vous n’êtes vraiment « pas comme ça », pourquoi est-ce que vous êtes incapable d’entendre que parfois, il n’est pas toujours question de vous tout le temps, que parfois les gens ont leurs problèmes et que vous ne pouvez pas toujours être au centre de l’attention? Si vous n’êtes « pas comme ça », pourquoi vous n’arrivez pas à comprendre que les problèmes de viol et de violence sont importants, plus importants que de prouver que vous êtes un mec bien? L’effort d’empathie qu’il faut pour ne pas mettre son égo sur la table quand quelqu’un parle des violences physiques ou sexuelles qu’il ou elle a subi est réellement minime, et pourtant je constate que pour certains hommes, c’est quasiment impossible.

Est-ce que vous avez vraiment envie d’être ce mec qui, alors qu’on lui parle de souffrances graves, ramène la conversation à lui en essayant de prouver qu’il n’est « pas comme ça »? Est-ce que vous pensez que ça aide? Est-ce que vous pensez que c’est sérieux? Que ça nous intéresse, même?

L’autre jour sur Twitter, on parlait des agressions sexuelles dans les transports en commun sur des mineures, et un Nice Guy Chevalier Blanc a cru bon de venir déclarer qu’attention, tous les hommes ne sont pas comme ça et d’ailleurs faut pas juger trop vite parce que c’est pas ce qu’on croit. On parlait de se faire tripoter par des vieux porcs dans le bus à l’âge de 14 ans. Le niveau d’empathie de ce mec est carrément négatif. Et il croit qu’avec cette remarque, on va s’imaginer qu’il n’est « pas comme ça » et surtout, il croit que ça nous intéresse! C’est complètement dingue. Les hommes ne réagiraient pas comme ça s’ils avaient la moindre idée concrète de ce dont on parlait. Mais pourtant, on a beau en parler sur tous les tons, le plus clairement possible, on dirait que cette réalité leur échappe. On parle de nos expériences dans le vide, personne n’écoute. Si bien que, alors que je ne souhaites évidemment pour rien au monde que ce genre de choses arrive à qui que ce soit, une partie de moi souhaiterait presque que ce mec subisse ça, pour qu’il comprenne enfin ce que c’est et que c’est autrement plus grave que « une personne dans le monde a mal jugé une autre personne ». Comme si c’était le seul moyen, puisque les mots, semble-t-il, ne suffisent pas. Nous ne sommes pas écoutées.

J’ai du mal à être moi-même en empathie avec les Nice Guy car, bien qu’ils soient loin d’être tous sans exception des violeurs, ils se positionnent souvent en oppresseurs dans une dynamique qui fait exister le viol. Ils se positionnent en oppresseurs car ils partent du principe que seuls leurs désirs comptent, et osent fréquemment mettre en équilibre leur désir de pénétrer et le besoin des femmes à ne pas être violées, comme s’il y avait là une sorte de conflit symétrique. Ce n’est pas toujours exprimé clairement, mais c’est souvent ce que je constate. Quand je parle de viol sur ce blog et qu’un Nice Guy ramène la conversation sur son désespoir de non-baise, c’est exactement ce qui se passe. Ils ont également tendance à mettre en équilibre le besoin d’émancipation des femmes, ou leur besoin à l’intégrité physique (ne pas être violées, frappées, etc) avec leur besoin à eux de préserver une bonne image d’eux-même et de ne pas se voir ni être perçus comme violents ou comme faisant partie des oppresseurs. Or, ironiquement, c’est l’inverse qui se passe, car sans l’existence d’un système patriarcal, personne n’oserait jamais mettre ce deux types de besoins sur le même plan. Le besoin de ne pas subir un viol est beaucoup plus important que celui de préserver son égo, c’est presque une question de survie. En ramenant sans cesse la conversation à « je suis un mec bien », le Nice Guy se positionne en oppresseur dans un système patriarcal. Concrètement, discuter sans arrêt de savoir si tel mec est un mec bien ou pas, plombe considérablement les discussions et freine toute velléité féministe. C’est précisément la raison pour laquelle il existe des réunions féministes non mixtes: ça permet d’aborder des problématiques qui sont très rarement possibles à aborder quand il y a des hommes cis dans la pièce. Typiquement le Nice Guy ne comprend pas qu’on puisse parler de problèmes qui ne le concernent pas, qu’il ne comprend pas et sur lesquelles il n’aurait rien à dire: sa façon de participer à une conversation rejoint celle dont il envisage l’acte sexuel. Il pénètre la conversation, il prend et ne songe pas à donner en échange. Il parle et s’attend à être écouté, mais ne prend la peine d’écouter les autres que pour répliquer, et songer à la façon dont il devra se défendre. Il croit qu’il est important.

Ni de cette sexualité, ni de ce transfert d’amour à sens unique, ni de ces conversations à monologues, nous ne voulons. Nous ne souhaitons pas plus te servir d’objet masturbatoire au sens littéral que métaphoriquement, en écoutant tes malheurs et tes complaintes misogynes pendant que tu ignores royalement ce que les autres ont à dire. C’est pourquoi, à ton grand désespoir, je filtre les commentaires sur ce blog. Je ne te donnerai pas le loisir d’étaler ton sexisme crasseux à tous les regards, mais si tu as une once d’intelligence en toi, tu es capable de comprendre que c’est une chance que je t’offre. Avec celle, immense et précieuse, de te remettre un peu en question.

La bonne façon de réagir

Suite à mon récent article sur le slut-shaming, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles qui s’habillent court, plusieurs personnes ont réagi en disant qu’il fallait « expliquer » à ces enfants ce qu’elles provoquent comme pensées ou regards en s’habillant ainsi, qu’il fallait les « prévenir », les « mettre en garde », afin qu’elles sachent « comment réagir ».

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de mon expérience, parce qu’elle est, je pense, assez représentative. À vrai dire ça me gène un peu de parler de ça, mais je pense que ça peut être utile à certains qui voudraient éventuellement comprendre certaines choses à propos de ce qu’est être une femme dans cette société. Peut-être que ça va choquer des gens, mais paradoxalement beaucoup de femmes s’y reconnaitront, au moins en partie.

Je vais sur mes 30 ans. Pour moi, le harcèlement de rue a commencé non pas quand j’avais 18 ans, ni même 16-17 ans. Le harcèlement de rue a commencé quand j’ai eu 12 ans.

12 ans c’est peu. 12 ans c’est quand tu es en classe de cinquième. 12 ans c’est un âge où on joue encore un peu aux barbies et aux polly pocket (oui vous savez ces petites jouets avec des maisons de poupées qui n’ont jamais de toilettes). 12 ans c’est quand je dessinais des chats dans les marges de mes cahiers à l’école.

Alors maintenant pour être claire, je vais décrire un peu plus précisément ce que j’entends par harcèlement de rue. La harcèlement de rue c’est les mecs (adultes) qui, par exemple:

  • T’alpaguent bruyamment dans la rue en te disant « t’es trop bonne » ou « oh les gros nichons » etc…
  • Te suivent. Te suivent en te parlant (que tu répondes ou non) ou en te demandant ton numéro de téléphone, si t’as un copain, si tu suces… Ne partent pas si tu le leur demande.
  • Te traitent de salope, de pute.
  • Te regardent littéralement comme si tu étais un paquet de viande, d’une façon totalement ostensible, des pieds à la tête.
  • Te regardent ostensiblement en sortant et remuant leur langue et/ou en passant leur langue sur leurs lèvres d’une façon absolument dégueulasse.
  • Te touchent le cul ou les seins vite fait en passant, ou dans l’ascenseur.

Je ne vais pas faire une liste exhaustive, je pense que ça donne une idée assez représentative du problème que j’essaie de dénoncer. Donc tu vois moi à 12 ans je vais au collège, je dessine des chats dans mon cahier de texte, et en sortant un mec me regarde en me faisant des signaux obscène avec sa langue ou me crie que je suis bonnasse. C’est du moins quand j’avais 12 ans que ça a commencé, ça s’est intensifié au fil des années et c’est vers 15-16 ans que je subissais ce genre de choses le plus souvent. Ce n’est que vers 22-23 ans que ça a vraiment commencé à diminuer. Aujourd’hui je suis beaucoup plus tranquille, même si ça m’arrive encore assez régulièrement. Lire la suite