Les miams véganes

Juste une petite note pour vous annoncer la création d’un tumblr: Les Miams Véganes.

Quand on est végane, les gens nous demandent: « mais tu manges quoi alors? ». Toute simple que soit cette question, hé bien curieusement, il est difficile d’y répondre. Les uns jouent l’ironie: « du foin et des cailloux ». Les autres se lancent dans une douloureuse liste faisant appel à des capacités de mémoire surhumaines (la plupart des gens ne sont pas capables de se rappeler ce qu’ils ont mangé la veille… Essayez de lister, là comme ça de but en blanc, plus de 10 choses variées que vous mangez souvent: l’exercice est plus difficile qu’on ne pourrait le croire !). D’autres encore se contentent de dire qu’ils mangent plein de choses différentes, sans donner davantage de précisions, mais font souvent face à des mines sceptiques. Quand je dis que je mange plus varié qu’avant d’être végétalienne, personne ne me croit ! C’est pourtant vrai (quand bien même c’était par paresse et facilité). Lire la suite

C’est quoi le bonheur au fait?

Je reviens sur un article d’il y a deux semaines, Le bonheur est dans l’assiette.

En lisant les commentaires et en écoutant certaines réactions, j’ai eu l’impression que beaucoup de gens n’ont pas compris mon propos. Certains m’ont même accusée d’imposer une vision du bonheur, ce qui est un comble, car je ne disais pas dans cet article ce que le bonheur est, mais je me bornais à montrer ce qu’il n’est pas.

Je n’accorde qu’une importance très mineure à certains types de critiques. Notamment, ceux qui ont vu dans cet article un plaidoyer pour le véganisme étaient bien sur totalement à côté de la plaque, sans doute aveuglés par leur besoin imaginaire de viande et d’autres produits animaux, ou plutôt par la peur d’en manquer. Je n’ai ni écrit, ni sous-entendu, ni même pensé que le véganisme est nécessaire au bonheur. J’ai d’ailleurs longuement disserté sur ce même blog, autour du fait que le véganisme est un comportement désintéressé: on ne devient pas végane pour régler ses propres problèmes, mais pour ne pas nuire injustement à autrui, pour incarner le changement nécessaire vers une société plus juste.

 

Ce qui manquait cruellement dans ce texte, c’était justement une vision du bonheur. Je n’ai fait qu’effleurer très légèrement le sujet. Il me semblait important de commencer par dire ce que le bonheur n’est pas, car on nous transmet une idée du bonheur. Cette même idée qui fait dire aux gens « comme tu dois être malheureuse sans viande ni fromage! ».

 

J’ai aussi expliqué que c’était une réaction typiquement française. Non pas que les autres cultures aient toutes une meilleure idée du bonheur, je n’en sais rien. Mais je trouve tout de même amusant que tant de français estiment qu’on ne saurait être heureux sans viande ni fromage. En France, presque tout le monde mange viande, fromage et autres produits animaux, de façon quotidienne et routinière. C’est aussi le pays où l’on consomme le plus d’anti-depresseurs au monde.

 

Je ne suis pas en train de dire que les produits animaux rendent malheureux ceux qui les consomment, mais force est de constater qu’ils n’apportent pas le bonheur, ce qui a l’air de ficher un coup à la fierté nationale. Liberté, Egalité, Fromage qui pue?

 

De fait, tous ces gens qui me regardent avec pitié ou condescendance, plaignant mon malheureux destin d’herbivore, ne sont pas spécialement des gens heureux. A vrai dire, je suis obligée de constater que ce sont précisément des personnes qui ont particulièrement du mal à être heureuses.

 

Ainsi en était-il de Sophie, qui, outre les typiques petits travers dont je me suis gentiment moquée, attirait difficilement la sympathie parce qu’elle était toujours sur les nerfs, malgré un environnement incitant plutôt à la détente et à la découverte. On sentait toujours une tension entre elle et son copain (de même qu’entre elle et tout le monde), et pourtant on ne les connaissait pas. On aurait dit qu’il faisait profil bas en permanence pour éviter les engueulades. Je sais qu’il peut paraitre exagéré de donner un avis péremptoire sur quequ’un je n’ai cotoyé que trois jours, mais quelque chose en moi est convaincu que Sophie n’était pas heureuse. En tous cas, elle ne l’était pas pendant ce temps-là, et à mon avis, elle n’y est pas habituée. Et ce n’était certes pas faute de manger viande, fromage et autres trucs frits.

 

Ce n’est qu’un exemple bien sur. Si je parle de Sophie, c’est qu’il y en a beaucoup, des Sophies (aussi bien chez les hommes que chez les femmes).

Si vous demandez à une Sophie si elle est heureuse, elle vous répondra que oui, merci, tout va parfaitement bien, elle est parfaitement heureuse. Il est en effet socialement dévalorisant d’être malheureux, ou du moins de montrer ou d’admettre qu’on l’est.

 

Je n’écoute jamais les gens quand ils me disent qu’ils sont parfaitement heureux. Je ne les crois pas. S’ils étaient heureux, ils ne parleraient pas ainsi du bonheur. Ils en parlent comme quelque chose que l’on possède, et même comme quelque chose qu’on a acheté. Et de fait, le bonheur qu’ils visent est souvent un bonheur qui s’achète, ou qui se construit en tous cas sur un modèle: avoir un copain ou une copine, avoir un travail, une maison etc…

Je pense que les gens qui ont même une très vague idée de ce qu’est le bonheur ne peuvent pas dire: « je suis parfaitement heureux » d’un ton aussi désinvolte, comme si le bonheur était quelque chose qui se proclame en société.

 

Être heureux n’est pas facile dans une société qui nous vend une idée si grossièrement fausse du bonheur. D’où ma tentative, dans « le bonheur est dans l’assiette », d’expliquer ce que le bonheur n’est pas. Sinon, j’ai surtout parlé de plaisirs, et non pas de bonheur. Notamment une exemple sur lequel beaucoup de gens se sont focalisés, comme si, à travers l’exemple d’un plaisir particulier, je voulais définir le bonheur. Ce n’est bien sur pas le cas.

 

Qu’est-ce que le bonheur? Je ne sais pas. Mais quand je me pose la question, une personne me vient à l’esprit. La personne la plus heureuse que j’ai jamais rencontrée. Ironie du sort pour les défenseurs du bonheur-fromage, c’est quelqu’un qui se nourrissait exclusivement de riz.

 

happydog.jpg A suivre

Le bonheur est dans l’assiette

En France, on a une conception particulière de la bouffe.

Et en même temps, on a une conception particulière du bonheur.

Et en fait, c’est la même chose. C’est ça qui est triste

Je veux dire que le bonheur et la bouffe, dans la culture française, sont des notions qui ne sont pas vraiment distinctes l’une de l’autre.

Et ça tout de même c’est assez incroyable. Et assez lamentable en même temps.

Bien sur, on se targue d’avoir la meilleure cuisine du monde, la plus fine gastronomie, les meilleurs chefs… Là où le bât blesse, c’est que, d’une part, beaucoup de français prétendent avoir la meilleure cuisine au monde alors qu’ils ne connaissent pas les autres et ne veulent pas les connaître; ils ne goûteront une nourriture nouvelle que pour la comparer à celle bien d’chez nous. Et, d’autre part, on a peut-être des bons cuisiniers et des grands restaurants que le monde entier nous envie; mais la cuisine française de tous les jours, elle, n’a finalement rien d’extraordinaire, si ce n’est sa teneur en acides gras saturés. Bon, je ne connais pas bien la cuisine française en réalité, j’ai plutôt été élevée dans des goûts nord-africains (le couscous de ma maman étant bien sur le meilleur du monde). Mais, avant d’être végétarienne, j’ai quand même essayé pas mal de nouvelles choses, et je n’ai pas trouvé que la cuisine française était plus subtile que n’importe quelle autre cuisine. Ma pote Sophie, qui se vantait d’habiter la capitale mondiale de la gastronomie, ne se rendait visiblement pas compte que des escargots avec une sauce à l’ail, hé bien non, ça n’a rien de particulièrement fin, même si c’est un plat français. En tous cas, ça ne vaut pas le couscous de moman.

Mais bon. En France, on est comme ça, et d’ailleurs, je rigole de Sophie, mais grâce à elle et à quelques autres Français rencontrés sur la route, j’ai mieux pu voir les petits travers que j’étais susceptibles d’avoir moi aussi. Lire la suite

La libido des animaux

Les antispécistes ont souvent à insister sur l’intelligence des animaux, leur conscience, leur capacité à résoudre des problèmes, à s’identifier, à vivre une vie mentale complexe, différente de celle des humains (différente pour chaque espèce, probablement, et d’ailleurs, pour chaque individu). Car les humains ne pourraient disposer des animaux comme de simples objets s’ils ne leur niaient pas ces capacités. C’est ce qu’on appelle la mentaphobie: le refus de voir les capacités cognitives complexes des animaux.

Pourtant, il est un domaine ou les personnes spécistes semblent, tout à coup, prêter aux animaux des capacités mentales extraordinaires. Il s’agit de la sexualité.

Un exemple parmi tant d’autres, voici ce qu’on peut lire dans un commentaire à cet article de l’excellent blog 400 culs, portant sur la sexualité de certains animaux (mollusques, poisson-clown, etc):

« Je n’arrive décidément pas à digérer le fait que vous assimiliez reproduction et sexualité. (…)

La question n’est pas tant de savoir par quelles contorsions les limaces font parvenir leurs spermatozoïdes ici ou là, mais bien plutôt s’il existe d’autres espèces que l’être humain et les bonobos qui dissocient la reproduction de la sexualité, c’est-à-dire qui trouvent du plaisir au sexe sans but reproductif. Parler de sexualité ou de plaisir chez la limace est, heu… très anthropocentrique et très peu scientifique. »

Ce commentaire est assez représentatif de la façon dont la plupart des gens considèrent le sexe chez « l’animal »: une fonction reproductrice.

Sans vouloir me la péter, j’ai un master en physiologie de la reproduction animale, donc je me dois avant toute chose de contredire cet avis. Car oui, les modes de reproduction citées dans l’article relèvent bien de la sexualité, ce n’est ni anthropomorphique, ni « peu scientifique ». La reproduction des animaux ne concerne d’ailleurs pas seulement la sexualité. Cela concerne également la reproduction non sexuée, mais aussi  l’embryologénèse, la parthénogénèse, les comportements maternels, les comportements des nouveaux-nés, etc. La sexualité n’est qu’une partie (importante) de la reproduction des animaux.

Exit donc la première phrase du commentaire. Que reste-t-il? Un avis très répandu selon lequel les animaux ne se reproduisent pas par plaisir, mais par… heu… Par magie? En fait, le commentaire ne le dit pas.

Instinct mon ami

Le commentaire ne le dit pas, mais comme il s’agit d’une formulation de la pensée unique, on peut le deviner. Les limaces en question « se reproduisent dans les arbres, en laissant pendre leurs phallus, qui s’enroulent de façon hélicoïdale.(…) Les limaces échangent leur sperme par l’extrémité de ce phallus« .

Si ce n’est pas par plaisir, pourquoi ces limaces feraient-elles ça?

Par instinct?
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