Ne le prend pas dans tes bras

Quelle mère n’a jamais entendu ça? « Ne le prend pas dans tes bras, il va s’habituer ». « Laisse-le pleurer, ça lui fera les poumons ». La violence éducative commence tôt, très tôt. L’enfant à peine né, il faut couper le cordon, se garder d’être trop « fusionnel », le laisser seul pour qu’il « s’habitue ». L’envoyer à l’école le plus vite possible. Le séparer, vite. S’il pleure, c’est la faute de la mère. Elle est trop fusionnelle. Elle étouffera son enfant, l’empêchera de grandir, de vivre…

Même en n’en sachant que très peu sur les enfants, il m’a toujours semblé que ces gentils théoriciens du « ne le prend pas dans ses bras, il pourrait s’habituer » en savent encore beaucoup moins que moi. Ont-ils déjà regardé un bébé? Non pas vu, mais regardé. Ont-ils déjà réfléchi à ce qu’est un bébé?

Autonomie. Solitude. Apprentissage. Pleurs. Communication. Langage. Fusion. Ces mots reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’on parle des bébés. Mais ont-ils encore un sens? Plusieurs mots en revanche sont curieusement absents du vocabulaire couramment usité. Amour. Attachement. Détresse.

Je ne veux pas parler ici de façons de s’occuper des enfants, ce n’est pas vraiment le sujet. Je veux encore parler de théories sur l’éducation. De violence éducative. Car la première violence que subit l’enfant est cet ensemble de théories savantes qui ne le regardent pas, qui ne l’écoutent pas, qui décident pour lui ce qu’il est, ce dont il a besoin. Et qui, au final, peuvent le maltraiter, même avec les parents les plus aimants et dévoués au monde.

La mère et l’enfant dans les théories psychanalytiques

Un bébé, pour beaucoup de gens, c’est un tube digestif armé de puissantes cordes vocales. C’est une vision très culturelle des bébés parce que dans notre culture, les bébés pleurent beaucoup et sont difficiles à calmer. Je reviendrai là-dessus.

Un bébé, pour moi, c’est un être vulnérable, sans la moindre autonomie, totalement dépendant de ses parents (et en particulier de sa mère chez la plupart des mammifères non-humains et dans de nombreuses cultures humaines) pour sa survie, son bien-être et son développement. Cela me semble une évidence, mais cette vision des choses est très peu partagée, comme nous allons le voir. Lire la suite

Le don du lait

Parmi les végétariens les plus convaincus de vivre en paix avec eux-même et les animaux, certains consomment toujours des produits laitiers, parfois sans se douter de rien.

Moi-même, quand j’ai arrêté de manger de la viande et du poisson, je me sentais plutôt bien. J’avais aussi arrêté le lait en bouteille. Mais je mangeais toujours un peu de fromage. Jusqu’au jour où, dans un supermarché, après avoir hésité tout de même un petit peu, j’ai mis un petit fromage dans mon panier. Arrivée à la caisse, j’ai regardé ce petit fromage à nouveau. Je n’étais pas à l’aise avec ça, j’avais l’impression de commettre un vol. Je l’ai posé à côté de la caisse. Et à partir de ce jour, je n’ai plus jamais acheté un fromage.Depuis quelques temps déjà, j’avais connaissance de la façon dont le lait est produit. J’avais vu de mes yeux comment les veaux étaient arrachés à leurs mères et placés dans des box d’isolement. J’avais constaté à quel point leur comportement était perturbé. Je savais aussi qu’ils n’attendraient la mort que quelques mois, tandis que les vaches laitières seraient tués vers l’âge de quatre ans.
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