Confiture de culture

Il faut quand même que je vous dise un truc.
Souvent, sur ce blog, on m’accuse d’attaquer des gens. D’habitude je ne répond pas, parce que généralement c’est entièrement malhonnête. J’ai écrit contre le couple, contre le concept (pas si) moderne du couple, mais je n’ai JAMAIS dit que les gens qui étaient en couple étaient des cons. J’ai écrit souvent contre la viande et l’exploitation des animaux, mais je j’ai JAMAIS traité de con ou de salaud quelqu’un qui mange de la viande ou du fromage. J’ai écrit contre les mécanismes sociaux qui font que Poire est Poire, mais je n’ai jamais dit que Poire était un « loser ». etc.

On me fait dire tout et n’importe quoi. Sans vouloir me la péter et me prendre au sérieux dans le rôle « grande diseuse de Vérités Universelle qui dérange les moutons bien-pensants », je crois que ce blog est surtout un blog de réflexion sur le monde, la société, sur nous-mêmes, et qu’en écrivant, je déconstruis énormément de ce que nous sommes, de ce que nous croyons. Et que quelque part, oui, sans casser trois pattes à un canard, ça dérange. Ca dérange parce que nous avons perdu l’habitude de penser. Parce que nous apprenons tellement de choses, que nous n’arrivons plus à distinguer ce que nous pensons de ce que nous croyons, ce que nous pensons de ce que d’autres nous ont appris (quels que soient ces « autres »: parents, amis, médias, pub, films, jeux vidéos, frères, sœurs, patrons, employés, radio, télé, presse, et le gars du café du commerce, bref la Société). Et pourtant, pourtant nous croyons, et nous pensons, du moins nous pensons que nous pensons. Lire la suite

La secte majoritaire

Dans mon dernier article, j’ai illustré la façon dont le concept de modération intervient dans la vie des gens, et est utilisé par eux, de façon parfois totalement aveugle, de sorte que, en appelant à des principes tout faits, des phrases toutes faites et autres platitudes modernes, ils s’épargnent l’effort de la réflexion.

Ce que j’appelle l’extrêmisme de la modération est une sorte de religion du non-penser. Il agit comme un repoussoir à idées nouvelles.

Récemment, j’ai lu le témoignage d’une personne qui était devenue récemment végétarienne, et qui avait parlé à son entourage proche de l’antispécisme. On lui avait répondu qu’elle devait prendre garde à ne pas « se laisser happer par des idées sectaires ».

Je trouve cela intéressant, puisque, si on y réfléchit, aucune idée n’est sectaire. Si les sectes se contentaient d’avoir des idées et d’en parler, il n’y aurait aucune raison valable de lutter contre. Une idée peut être bonne, mauvaise, farfelue, idiote, mais certainement pas sectaire.

Les sectes se distinguent non pas par la qualité « sectaire ou non sectaire » de leurs idées, mais par leur façon de les propager et de les défendre. Aucune idée n’est sectaire, ce qui est sectaire, c’est de manipuler les gens pour les faire coller à une idéologie, en annihilant leur sens critique, en leur interdisant de remettre certaines choses en question. Des voies de promulgation et/ou de censures d’idées peuvent être sectaires, mais pas ces idées elles-mêmes.

Dans les dictionnaires, on définit une secte, entre autres, par son isolement du reste de la société.

Dans l’imaginaire collectif, ce qui rend une secte effrayante n’est pas l’isolement en lui-même, mais l’aliénation qui a pour conséquence, entre autres, à la marginalisation de l’individu. L’individu craint d’être dépossédé de lui-même.

Penchons-nous sur les caractéristiques de l’individu intrumentalisé:

  1. Il a toujours recours au même schéma de pensée, qu’on lui a inculqué et non pas qu’il a inventé lui-même.
  2. Il s’est approprié ce schéma de pensée, de sorte qu’il est persuadé que c’est lui qui pense comme ça, et non pas que c’est quelque chose qu’il a appris d’autres personnes.
  3. Il rejette les idées extérieures, alternatives à ce système de pensée, en ayant recours à des arguments tantôt rationnels, tantôt non rationnels.
  4. Si on lui démontre l’incohérence ou le caractère nocif de ce système, il a recours au déni et/ou à l’agressivité.
  5. Toute remise en question du système est considéré par l’individu comme une attaque contre sa personne.

C’est la façon dont réagissent certaines personnes de la société normale, quand on remet en question des points importants du système dans lequel nous vivons: alimentation, éducation, discriminations diverses et variées considérées comme la norme.

Ainsi, on peut constater que la société de consommation agit sur les individus à la manière d’une secte. A ceci près qu’elle ne les isole pas de la majorité, puisqu’elle contrôle justement la majorité. Mais il est intéressant de constater que les individus aliéné vont avoir un comportement de rejet envers les personnes qui sont extérieures au système, qu’elles soient issues d’autres cultures, ou qu’elles aient simplement rejeté les valeur de la culture de la consommation.

Par plusieurs procédés, la société de consommation aliène l’individu et le dépossède de ce qu’il est. Habilement, toute idée nouvelle est catégorisée comme « sectaire »; de telle sorte que les individus aliénés vont rejeter ces idées, de peur justement d’être aliénés. Ce procédé permet de maintenir l’instrumentalisation de l’individu.

Je parlais précedemment de procédés sectaires de manipulation des individus. Sans donner une liste exhaustive, on peut en citer quelques-uns utilisés par la société elle-même:

  • La stratégie d’éducation qui consiste à maintenir enfermés les enfants, à longueur de journée, avec un seul adulte et d’autres enfants uniquement de leur tranche d’âge
  • Apprendre aux enfants à obéir, dès leur plus jeune âge, les décourager de perturber l’ordre établi
  • Obliger les gens (enfants ou adultes) à travailler toute la journée
  • Faire prendre des habitudes de vie aux gens, de sorte qu’il leur sera difficile d’en changer

Tout cela participe à abrutir les gens et à les empêcher de réfléchir.

On leur enseigne aussi des façons de penser qui sont en réalité des façons de ne pas penser. La modération à tout prix en est un exemple. C’est un principe « tout fait », qu’on peut appliquer à n’importe quoi et qui permet de ne pas réfléchir.

Je n’ai pas encore très bien compris comment ça marchait, ni si c’est universel chez l’être humain ou propre à notre culture, mais il y a aussi quelque chose sans quoi cette aliénation ne serait pas possible: il y a une annihilation de toute recherche d’alternatives. C’est à dire que les alternatives au travail, à l’école, à la façon d’élever les enfants, à des pratiques sexistes ou spécistes, comme la consommation de produits animaux ou l’expérimentation, mais aussi toutes les alternatives aux moyens de transports que l’on utilise, aux techniques permettant de fournir de l’énergie, etc… Tout cela va être considéré comme impossible ou comme forcément nocif d’une façon ou d’une autre.

Ainsi il est difficile de faire une liste de tout ce qui est possible et que la majorité des gens considèrent comme impossible, comme au mieux une blague de mauvais goût, au pire une idée dangereuse (encore une fois, estimer une idée dangereuse est un moyen pratique de ne pas y réfléchir).

Quelques exemples:

Il est possible d’éduquer un enfant sans punition.

Il est possible d’instruire un enfant sans école.

Il est possible de socialiser un enfant sans forcément qu’il cotoie d’autres enfants qui ont exactement son âge.

Il est possible d’être végétalien et en bonne santé.

Il est possible de se déplacer sans voiture.

Il est possible de construire une maison en sacs de terre.

Il est possible de soigner les gens sans sacrifier des animaux.

Il est possible d’utiliser des cosmétiques, de nettoyer sa maison sans utiliser de produits chimiques.

Il est d’ailleurs possible de ne pas utiliser de cosmétiques.

Il est possible de donner les mêmes chances aux hommes et aux femmes dans le monde du travail.

Il est possible aussi de vivre sans travailler.

Il est possible de produire de l’énergie sans nucléaire.

Etc, etc…

Il n’y a pas vraiment d’idées nouvelles dans cet article. Ce ne sont que des idées trop peu répandues. Non pas qu’il y ait une volonté consciente et unique de les censurer. Mais chacune d’entre elles rencontrera un obstacle à un moment donné. Les éleveurs par exemple ont peu intérêt à ce qu’on considère possible de vivre sans produits animaux. Le débat est donc censuré. Mais la force d’inertie la plus puissante qui combat ces idées, c’est peut-être tout simplement que les gens sont trop occupés à s’abrutir, à jouir de leur confort facile, à travailler et à avoir des loisirs futiles, pour réfléchir à une autre société. Pourtant, plus de la moitié des gens ont pris, prennent ou prendront des antidepresseurs dans leur vie – entre autres preuves qui montrent que le bonheur est, pour beaucoup, une idée floue.

Quelques lectures et vidéos pour essayer de voir plus loin :

Sur la manipulation:

Noam Chomsky: les 10 stratégies de manipulation des masses

Sur l’éducation:

L’enfance buissonière: le blog

L’enfance buissonière: le site

La déséducation

Insoumission à l’école obligatoire (un livre de C. Baker aux édition Tahin party)

Sur l’éducation et le sexisme:

Filles et garçons à l’école maternelle

Femmes en flagrant délit d’indépendance, de Pheterson, éditions Tahin Party

Sur le travail:

La valeur travail

Sur le spécisme:

Dénier l’intelligence des animaux aide à les manger

FAQ antispécisme

Sur la justice:

Pourquoi faudrait-il Punir? (livre de C. Baker sur l’abolition du système pénal)

Films à voir:

Attention danger travail

Volem rien foutre al pais

Les carottes sont crues

Earthlings

Gary Yourosfski: le discours le plus important de votre vie

Un repas végé

Si vous avez d’autres suggestions de sites, livres, films… Merci de les poster en commentaires, et je les ajouterai.

Bonus: les éditions tahin party

Tu seras modéré, mon fils.

On nous l’apprend depuis tout petits à l’école: la modération, c’est le Bien.

Rien n’est tout noir ni tout blanc, nous enseignent les très profonds philosophes du Juste Milieu. Il faut savoir distinguer les nuances de gris. Le Juste Milieu, c’est la sagesse suprême.

Dans des vies pleines de choix dont beaucoup ne sont pas évidents, s’en remettre à la Sainte Déesse Modération est une option facile, qui a surtout le mérite d’épargner l’effort de mettre son cerveau en branle.

 

Ô sages prêtres de la Déesse Modération, peut-on boire de l’alcool?

-En toutes choses, soyons modérés. L’alcoolique n’est pas alcoolique à cause de l’alcool. Ce n’est pas non plus à cause de ses problèmes dans sa vie à lui, la solitude, le stress, la misère. Non, l’alcoolique est simplement stupide ou ignorant, il ne comprend pas la Sainte Vérité : dans la vie, il faut de la Mo-dé-ra-tion. Répète après moi: un verre, ça va, mais pas douze.

 

Ô sages prêtres de la Déesse Modération, pourquoi les gros sont-ils gros?

-Certains hérétiques considèrent que les gros sont gros parce qu’ils mangent des choses qui les font grossir. Parce que la société de con-sommation les pousse à engloutir des quantités gargantuesques de toutes sortes de merdes, tout en leur permettant par toutes sortes de procédés modernes de rester assis sur leur derrière. D’autres encore accusent l’ignorance dans laquelle ils sont maintenus, n’ayant aucune connaissance de la nutrition, ni même de leur propre corps qu’ils sont d’ailleurs encouragés à détester. Enfin, certains avancent de supposés problèmes avec la nourriture, qui servirait de compensation dans tous les domaines de l’existence. Mais ce sont là des foutaises et de la branlette cérébrale d’intellectuels en mal de sujets de société, car si les obèses apprenaient le salvateur principe de la Modération, hé bien il mangeraient un peu, mais pas trop, et ils ne ressembleraient plus guère à des bibendum. L’obèse, c’est juste quelqu’un à qui l’on a pas enseigné, pauvre de lui, la Modération.

 

Ô sages prêtres de la Déesse Modération, que penser du végétarisme?

-Supprimer la viande? Hérésie! L’idée de supprimer quelque chose est contraire aux principes savateurs de la Modération, sauf si on parle bien sur, des idées subversives, extrêmistes, bref, contraires à la Sainte Modération. Voici ce que dit la Sainte Déesse Modération: mangez de tout, mais pas trop. Et de tout, ça ne veut pas dire des algues ou du kamut ou des trucs dont on n’a jamais entendu parler, ça veut dire de la viande et des légumes. Goûter des trucs bizarres, oui, mais pas trop. A la rigueur, manger du poisson, peut-être, car le pesco végétarien n’est ni végétarien, ni omnivore. Ainsi satisfait-il aux exigences de la Sainte Modération et du Juste Milieu. Mais refuser de la viande en Société serait extrêmiste, et l’extrêmisme, c’est le Mal.

 

Mais, Ô sages prêtres, les animaux souffrent!

-Certes, mais que nous dit la Modération? D’un côté, les animaux ne veulent pas souffrir. De l’autre, les éleveurs veulent les élever et les mangeurs veulent les manger. La Très Sainte Modération, dans son infini désir de Justice, tient à prendre en compte de façon égale les intérêts de chaque partie. Modérons donc nos ambitions compassionnelles, en tenant compte du bien-être animal, mais sans sacrifier pour autant la rentabilité. Ainsi nous marcherons main dans la main vers des rôtis de porcs heureux.  Mais attention, il faudra aussi manger des haricots verts.

 

La lumière ayant soudain frappé ma rétine, me rendant aveuglée par la Vérité, j’ai décidé de mettre au point une nouvelle forme d’art conceptuel moderne, selon les principes de la Modération. Cet art illustrera la façon de penser (ou de s’épargner l’effort de penser) que nous fournit la Sainte Modération.

Regardez ce tableau: du rouge écarlate, du noir, du blanc… Ce n’est pas modéré du tout. En plus, ça exprime une émotion elle-même peu touchée par la Sainte Modération. Hérésie.

Cet autre tableau n’est pas mieux: il y a du violet, du bleu, mais pas de rouge. Il y a du vert, mais plus de bleu que de vert. Il y a du noir, mais pas de blanc.

 

Or, il faut mettre de toutes les couleurs, mais pas trop de chaque, et surtout il faut les mélanger pour que le rouge rende le vert moins vert, et vice-versa, le noir noircit le blanc etc.

Donc on prend toutes les couleurs, mais juste un peu de chaque, on les mélange dans un grand pot, on secoue bien, puis on étale notre couleur modérée sur une toile ni trop grande ni trop petite.

Et voilà ce que ça donne:

 

 

 

 

C’est beau, non?

Pourquoi les zombies mangent-ils du cerveau?

J’ai soulevé beaucoup de questions dans ce blog, mais je n’ai jamais tenté de répondre à celle qui conclut son descriptif.

Pourquoi les zombies mangent-ils du cerveau?

Voilà un grand mystère à résoudre, pour l’occasion je me suis remise au dessin.

Sinon ici c’est un blog scientifique, nous allons donc soulever une liste d’hypothèses, vous êtes libres de proposer les votres.

Pourquoi les zombies mangent-ils du cerveau?

 

Parce que les zombies préhistoriques mangeaient du cerveau.

Parce que la gazelle mange l’herbe, le lion mange la gazelle, l’humain mange le lion et le zombie mange le cerveau de l’humain, c’est le grand cycle de la nature, fiston.

Parce que ne pas manger de cerveau, c’est renier sa nature profonde de mort-vivant.

Parce qu’ils ne sont pas dans une secte.

Parce que Dieu / La Nature / Les scénaristes ont voulu que les zombies mangent du cerveau.

Parce que si Dieu / La Nature / Les scénaristes en avaient voulu autrement, pourquoi auraient-ils doté les humains d’un cerveau aussi délicieux et volumineux? Certainement pas pour qu’il s’en servent (il suffit de les regarder).

Parce que le monde naturel est basé sur un équilibre subtil dans lequel les zombies mangent du cerveau.

Parce que les zombies non-mangeurs de cerveau ont le teint encore plus verdâtre là où il leur reste de la peau.

Parce qu’il ne faut pas se priver de tous les plaisirs de la non-vie.

Parce que d’après le théorème de Tonton Albert selon lequel manger du muscle rend plus fort, manger du cerveau rend plus intelligent.

Parce que les recommandations officielles du gouvernement zombie mis en place pendant l’apocalypse, ont fixé les besoins nutritionnels à 1 à 2 portions de cerveau par jour et par zombie. Pour en savoir plus, visitez le site mangergrognerclopiner.fr.