La bonne façon de réagir

Suite à mon récent article sur le slut-shaming, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles qui s’habillent court, plusieurs personnes ont réagi en disant qu’il fallait « expliquer » à ces enfants ce qu’elles provoquent comme pensées ou regards en s’habillant ainsi, qu’il fallait les « prévenir », les « mettre en garde », afin qu’elles sachent « comment réagir ».

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de mon expérience, parce qu’elle est, je pense, assez représentative. À vrai dire ça me gène un peu de parler de ça, mais je pense que ça peut être utile à certains qui voudraient éventuellement comprendre certaines choses à propos de ce qu’est être une femme dans cette société. Peut-être que ça va choquer des gens, mais paradoxalement beaucoup de femmes s’y reconnaitront, au moins en partie.

Je vais sur mes 30 ans. Pour moi, le harcèlement de rue a commencé non pas quand j’avais 18 ans, ni même 16-17 ans. Le harcèlement de rue a commencé quand j’ai eu 12 ans.

12 ans c’est peu. 12 ans c’est quand tu es en classe de cinquième. 12 ans c’est un âge où on joue encore un peu aux barbies et aux polly pocket (oui vous savez ces petites jouets avec des maisons de poupées qui n’ont jamais de toilettes). 12 ans c’est quand je dessinais des chats dans les marges de mes cahiers à l’école.

Alors maintenant pour être claire, je vais décrire un peu plus précisément ce que j’entends par harcèlement de rue. La harcèlement de rue c’est les mecs (adultes) qui, par exemple:

  • T’alpaguent bruyamment dans la rue en te disant « t’es trop bonne » ou « oh les gros nichons » etc…
  • Te suivent. Te suivent en te parlant (que tu répondes ou non) ou en te demandant ton numéro de téléphone, si t’as un copain, si tu suces… Ne partent pas si tu le leur demande.
  • Te traitent de salope, de pute.
  • Te regardent littéralement comme si tu étais un paquet de viande, d’une façon totalement ostensible, des pieds à la tête.
  • Te regardent ostensiblement en sortant et remuant leur langue et/ou en passant leur langue sur leurs lèvres d’une façon absolument dégueulasse.
  • Te touchent le cul ou les seins vite fait en passant, ou dans l’ascenseur.

Je ne vais pas faire une liste exhaustive, je pense que ça donne une idée assez représentative du problème que j’essaie de dénoncer. Donc tu vois moi à 12 ans je vais au collège, je dessine des chats dans mon cahier de texte, et en sortant un mec me regarde en me faisant des signaux obscène avec sa langue ou me crie que je suis bonnasse. C’est du moins quand j’avais 12 ans que ça a commencé, ça s’est intensifié au fil des années et c’est vers 15-16 ans que je subissais ce genre de choses le plus souvent. Ce n’est que vers 22-23 ans que ça a vraiment commencé à diminuer. Aujourd’hui je suis beaucoup plus tranquille, même si ça m’arrive encore assez régulièrement. Lire la suite

La nouvelle salope

Le monde évolue, le sexisme aussi. Cet article a pour but de montrer comment des croyances misogynes peuvent perdurer dans le discours ambiant, tout en étant plus ou moins cachées derrière certaines apparences, à travers l’exemple du slut-shaming. Le slut-shaming peut en effet prendre bien d’autres formes que de simplement estimer qu’une femme ne doit pas avoir de sexualité.

Je vais donc m’adresser beaucoup dans cet article à un personnage inventé de toutes pièces, mais représentatif: le gentil mec de gôche.

Toi. Oui, toi, là, le gentil mec de gôche, ouvert d’esprit et qui joue vaguement de la guitare, c’est à toi que je parle. Non, tu n’as pas le monopole du sexisme, loin de là. Pourquoi toi, alors? Parce que tu a beau te croire « ouvert » et « tolérant » et « pas sexiste pour un sou », ça m’agace. Parce que tu l’es, sexiste. Oh oui, peut-être un chouïa moins que les petits fachos du style JV.com, mais beaucoup plus que tu ne le crois. Et si je m’adresse à toi c’est parce que ton sexisme avance masqué derrière des discours, dissimulé à chaque coin de mot.

Toi qui n’a rien à dire sur ce que les femmes font de leur corps, « mais »… Toi qui t’imagine qu’une fille qui veut coucher avec toi veut forcément que sois son petit ami… Toi qui va laisser échapper un terme du genre « fille facile »… Toi qui est tellement pas sexiste du tout que si tu penses que ton ex est une grosse salope parce qu’elle t’a quittée ou qu’elle a osé refaire sa vie, ça ne peut qu’être vrai. Les filles bien ne larguent pas les mecs. Pas toi en tous cas, qui est si gentil.

C’est toi le genre de gars qui va fièrement décréter que les femmes font ce qu’elles veulent de leur corps, mais… Lire la suite

Quatre préjugés sur le polyamour

L’amour c’est comme les bactéries: c’est pas sale.

Mmh… Non. L’amour c’est comme les bactéries parce que y en a partout mais on ne le voit pas.

Non c’est pas ça. L’amour en fait c’est comme les bactéries parce qu’on le cherche dans les chiottes de bar alors qu’en fait ça se trouve surtout à l’intérieur de nous.

Mmh… Non, pas terrible, on essaye encore:

L’amour, c’est comme les bactéries: quand ça se divise, en fait ça se multiplie.

Parole de Biologiste.

Mensonges et préjugés sur le polyamour

Après cette brillante introduction, et avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais encore vous casser les noix deux minutes avec une question sémantique. C’est la première fois que j’utilise le terme « polyamour » sur ce blog. Parce qu’il est pas beau, il a le hiatus disgracieux et mon éditeur de texte persiste à le souligner en rouge, ce qui fait bobo à mes yeux. Et aussi parce que j’arrête pas de dire à qui veut l’entendre que j’aime pas les étiquettes (sauf celles sur les fruits, je les aime bien et je les colle sur le frigo ou dans mes cahiers, et quand j’étais petite je les collectionnais et tout, mais à part sur les fruits je n’aime pas les étiquettes). Mais bon ce qui est pratique avec les mots comme « véganisme » ou « polyamour » c’est qu’outre constituer des étiquettes, ils servent surtout à émettre un concept long à expliquer à travers un seul mot. Ainsi, quand vous en avez marre de répéter « je mange pas de viande pas de poisson pas de produits laitiers pas d’œuf et je porte pas de cuir pas de laine blablablablabla pour des raisons éthiques de respect des animaux blablablablabla » vous dites simplement « je suis végane ». Ce qui est justement en fait le but d’une étiquette. Malheureusement l’étiquette vient souvent avec tout un ensemble de préjugés et de clichés, et c’est pourquoi je ne les aime pas (sauf sur les fruits) même si elles sont bien pratiques (sauf sur les fruits parce que des fois quand on fait pas gaffe on les mange). Et c’est justement aujourd’hui les préjugés sur le polyamour que je vais évoquer. Et attention parce que j’en ai gros sur la patate.

Quand tu dis que tu es polyamoureux…

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Pourquoi porte-t-elle un petit short au ras du bonbon pour faire son jogging?

Les beaux jours reviennent, et je sens qu’on va encore y avoir droit: des filles en short et des questions bêtes. Bon, normalement ici, j’essaie de soulever des questions intelligentes, qui quand on y répond intelligemment, amènent d’autres questions, et tout ça. Mais pour une fois, on va essayer de répondre à une question complètement idiote : « Pourquoi porte-t-elle un petit short au ras du bonbon pour faire son jogging ? »

cheval qui broute
Normalement ce texte devrait être illustré d’un petit cul de joggueuse. Mais je n’aime pas trop suivre les filles dans la rue et prendre leur cul en photo, ni racoler sur mon blog avec des petits culs. Donc j’espère que vous vous contenterez de cette photo de cheval.

La réponse la plus simple et évidente est « parce qu’elle vaut se faire vio… parce qu’il fait chaud » . Mais parfois ça se corse puisqu’on m’a déjà demandé très sérieusement pourquoi certaines filles courent avec un petit short très court « alors qu’il fait même pas si chaud que ça » , supputant que la seule raison valable de porter un petit short, c’est parce qu’il fait tellement chaud qu’il serait insupportable de porter un pantalon.

C’est évidemment complètement con comme réponse, mais c’est parce que la question est complètement con. Or, avec des questions cons, il n’y a que des réponses cons, ou péremptoires, du genre: « occupe-toi de ton propre fessier au lieu de te mêler de la vie des joggueuses en short qui ne te regarde absolument pas », ou bien encore « va te pendre », ce qui sont des réponses parfaitement valables, mais éludent la question. Ce qui est normal puisque la question est complètement con et d’ailleurs nous ne sommes qu’à deux doigts de supposer que la celui ou celle qui pose la question est aussi complètement con. Mais d’un autre côté, c’est vraiment un très gros défi d’essayer de répondre à peu près intelligemment à une question idiote. Tentons cet exercice !

Elle porte un petit short au ras du bonbon pour faire son jogging parce que : Lire la suite