Pour en finir avec le cri de la carotte

Au fait, avez-vous remarqué? Les carottes ne crient pas.

Parfois, enfoncer ce qu’on croyait être des portes ouvertes peut mener à d’intéressantes conclusions.

Donc, les carottes ne crient pas.

Pourquoi l’agneau crie-t-il quand on l’égorge, alors que la carotte reste résolument muette?

D’ailleurs, les animaux ne font pas que crier, ils essaient de s’enfuir ou de se défendre, alors que cette idiote de carotte reste résolument plantée dans le sol et se laisse cueillir, puis découper, sans émettre la moindre protestation.

Quelle imbéciles ces carottes. Après elles s’étonnent de se faire manger… Ha ben non, elle s’étonne pas: c’est une carotte.

Oui mais… Les plantes sont vivantes !

 

Voilà un sujet épineux duquel j’évite généralement de discuter quand quelqu’un met le sujet sur la table uniquement pour défendre sa consommation de viande. « Toi aussi tu manges des êtres vivants, alors laisse-moi tranquille! ». Oui, mais il faut beaucoup plus de plantes pour faire de la viande que pour se nourrir directement de plantes! Bizarrement, cet argument ne porte pas, et la très soudaine préoccupation de la souffrance des végétaux disparait aussi vite qu’elle est apparue, pour laisser place à des sujets cruciaux du genre « le goût de la viande contre celui des betteraves » ou « les végétariens sont pâles et maigres » (ha bon).

Notons aussi que les gens qui sont si prompts à comparer une vache à une carotte s’offusqueront si vous osez comparer un humain à une vache. Tout comme les esclavagistes assimilaient les Noirs aux animaux et prétendaient que la race blanche était la plus humaine alors que les autres races étaient « plus proches des animaux », (voir un petit aperçu de ce raisonnement sur ce blog: déshumanisation), les spécistes assimilent les animaux aux plantes en prétendant que les humains sont « moins des animaux que les autres animaux », ce qui est une idée tout aussi farfelue. Quand on y regarde de plus près, c’est exactement le même raisonnement.

Donc 99% du temps, les gens évoquent ce sujet simplement pour ne pas être les méchants mangeurs de viande face aux gentils végétariens (préoccupation totalement sans intérêt puisque je me fiche bien de savoir si les gens sont méchants ou non, et d’ailleurs les animaux maltraités et tués se fichent également de savoir si les gens qui les mangent son méchants, ignorants ou je ne sais quoi). Mais pourtant, c’est un sujet potentiellement intéressant. Car il soulève le problème du critère d’attribution de droits à un être vivant, qui comme nous allons le voir, est loin d’être définitivement réglé.

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1- Dans une pespective antispéciste, les animaux sont-ils tous des sujets de droits?

L’antispécisme implique de traiter tous les êtres de façon juste, quelle que soit leur espèce. Si le spécisme établit une frontière inamovible entre certaines espèces et d’autres, (humain / non humains, mais aussi animaux de compagnie / animaux de boucherie qui n’ont pas les mêmes droits), l’antispéciste reconnait au contraire une continuité entre les espèces, et s’efforce de traiter chaque individu de la façon la plus adéquate en fonction de ses caractéristiques biologiques et non pas de l’espèce à laquelle il appartient.

Pourtant, si le concept d’espèce n’est pas clairement établi d’un point de vue scientifique(1) , il est néanmoins clair que l’appartenance à une espèce peut avoir une certaine importance, en ce qu’elle implique nécessairement certaines caractéristiques de l’individu. Il est peu probable qu’une poule puisse jamais exercer un droit de vote… Pour donner un exemple moins caricatural, certains philosophes antispécistes accordent une importance particulière à la conscience de soi et accorderaient des droits particuliers aux animaux qui ont cette capacité, comme les chimpanzées et les grands dauphins (2). Un chimpanzée aurait donc des droits particuliers, non pas parce qu’il appartient au groupe « homonidés » ou à l’espèce « chimpanzées », mais parce qu’il fait partie des êtres ayant conscience d’eux-mêmes.

La nuance est importante parce que tous les membres du groupe « chimpanzée » n’ont pas nécessairement conscience d’eux-mêmes; Tout comme les membres du groupe « humains » ne sont pas forcément tous capables de lire ou d’écrire,  de tenir un raisonnement cohérent ou de se reconnaître dans un miroir.

Néanmoins, on peut avancer sans trop se mouiller qu’aucune huître n’est capable de se reconnaître dans un miroir. Donc l’espèce peut impliquer certaines caractéristiques qui sont importantes en matière de droits. Non pas parce qu’elles est porteuse d’une « essence » qui définit ses représentants, non pas qu’elle leur confère une importance absolue plus ou moins élevée; mais elle indique certaines caractéristiques que possèdent ses représentants (tous ou une partie d’entre eux).

Il est faux de penser que l’antispécisme est reservé aux seuls animaux. Cela voudrait dire qu’il existe une frontière infranchissable entre le groupe « animaux » et le groupe « êtres vivants autres qu’animaux ». Or c’est faux, puisque les métazoaires (ou animaux pluricellulaires) descendent d’un ancêtre commun qui lui-même descend d’un ancêtre commun avec les autres eucaryotes, dont les végétaux; et si on remonte plus loin dans l’histoire, tous les êtres vivants descendent d’un organisme unicellulaire que les biologistes ont baptisé du joli nom de LUCA (Last Unic Common Ancestor).

Dire que les seuls êtres qui ont des droits sont les animaux pluricellulaires, comme si les premiers eucaryotes à s’être agglomerés pour vivre en colonie avaient acquis une valeur morale particulière, ce serait aussi idiot que de penser que le premier singe a avoir marché debout avait acquis une valeur morale et qu’on doit accorder des droits aux humains et pas aux autres animaux.

On se heurte là à une difficulté de taille en ce qui concerne l’antispécisme: comment respecter chaque individu en prenant compte de ses caractéristiques biologiques, au vu de la diversité des espèces et de la continuité qui existe dans l’évolution et dans la sentience? Chaque antispéciste a peut-être une réponse différente. En tous cas, on ne peut pas se contenter de dire que parce que la question est difficile on doit y apporter une réponse facile et injuste.

En réalité, la majorité des antispécistes ne s’intéressent pas à la question de savoir si quelque chose est vivant ou non(3) ,mais si ce quelque chose est sentient, c’est-à-dire sensible et conscient. Et la plupart s’accordent pour dire qu’à partir du moment ou un organisme possède un système nerveux, cela lui confère un droit particulier, puisqu’il est alors potentiellement capable de ressentir du plaisir ou de la douleur (sensible).

Cela ne règle pas totalement le problème, puisque le système nerveux, qui serait apparu chez les bilatériens (premiers métazoaires à posséder une symétrie bilatérale), n’était pas alors aussi développé que chez les vertébrés actuels; de plus, la céphalisation, et la centralisation du système nerveux, qui en font le siège des sensations et des émotions, sont apparues progressivement au cours de l’évolution, et avec cette complexité du système nerveux est apparue la conscience. Ainsi, la céphalisation est peu très développée chez les premiers chordés (ancêtres des vertébrés), tandis qu’elle est très marquée chez les primates, l’humain en particulier; les plus gros cerveaux se retrouvant chez certains cétacés. Du tunicier au tursiop, il existe toute une variété de systèmes nerveux plus ou moins complexes, sièges de toutes sortes de sensations et d’émotions.

Il est difficile de s’accorder sur le statut moral d’un animal ayant évolué avec un cerveau peu complexe. Certains animaux possèdent quelques cellules nerveuses qui réagissent à certains stimulis. Les tuniciers par exemple, qui n’ont pas de cerveau à proprement parler, possèdent un petit circuit nerveux capable de modifier ses réponses en fonction des stimulations antérieures, autrement dit, capable de mémoire. Ils ont d’ailleurs été utilisés pour des expériences permettant de comprendre un peu mieux le mécanisme de la mémorisation chez les vertébrés. De même, les bivalves (moules, huîtres) possèdent 3 paires de ganglions nerveux et réagissent à certains stimuli (PH, température, susbtances chimiques) par exemple en se fermant et en s’ouvrant, mais aussi en libérant certaines molécules. Elles sont donc a priori sensibles, mais sont-elles conscientes?

 

Image propagandiste de la société de protection des huîtres

 

Ces animaux posent un problème particulier. La plupart des antispécistes leur accordent le bénéfice du doute et ne les mangent pas, car il est possible qu’ils puissent ressentir quelque chose, autrement dit que leurs ganglions nerveux soient le siège de sensations.

En revanche, il existe certains animaux qui n’ont pas de système nerveux, soit que leurs ancêtres n’en aient jamais eu, soit qu’il ait disparu au cours de l’évolution (comme chez certains parasites). Ces animaux ne sont pas des sujets de droit, puisqu’ils ne sont ni sensibles, ni conscients.

Il est donc faux de dire que l’antispécisme est réservé aux animaux, ne serait-ce que parce que tous les animaux n’entrent pas dans la sphère du droit.

2- De l’utilité d’un système nerveux et pourquoi les plantes n’en ont pas

Les antispécistes insistent parfois sur le fait que les plantes n’ont pas de système nerveux, tandis que les carnistes soulignent qu’elles répondent à certains stimulis. Mais il ne suffit pas de répondre à des stimulis pour être un être sentient. Mon ordinateur réagit à des stimulis, ce n’est pas pour ça que je lui confère des droits particuliers.
Mais peu importe, certains arguent que les plantes pourraient ressentir la douleur, la peur ou je ne sais quoi encore. Pour inventer un néologisme barbare, c’est une forme d’animalocentrisme: puisqu’elles sont vivantes, elles n’aiment pas mourir, ou que sais-je.

Ce point de vue est en désaccord avec la logique la plus élémentaire quand on réfléchit à ce qu’est la sensibilité et à ce qu’est la sentience. En effet, si les animaux sont sentients, c’est qu’il y a une raison à cela. La sensibilité est apparue graduellement chez les animaux au cours de l’évolution et ceux d’entre eux qui étaient les plus aptes à réagir rapidement et de façon adéquate à leur environnement ont été favorisés à un moment donné de l’histoire. Un cerveau complexe permet à l’animal de développer une palette large de comportements qui seront exprimés en fonction des circonstances et lui permettront de survivre ou de se reproduire(4) : fuite, recherche de nourriture, accouplement, etc. La conscience, pour mystérieuse qu’elle soit, n’existe pas non plus sans raison; et elle n’existe pas seulement en tant que concept, elle possède une existence physique. La pensée n’est autre qu’un ensemble complexe d’interactions neuronales; elle nécessite que diverses informations soient analysées dans un centre nerveux spécifique. Ce centre nerveux, le cortex, est le siège de la conscience.

Le système nerveux est donc l’une des nombreuses réponses adaptatives des êtres vivants à leur environnement. Il n’est apparu qu’une seule fois, chez les animaux. Les plantes, elles, ont d’autres réponses adaptatives, ou pour parler en termes un peu finalistes, d’autres stratégies de survies et de reproduction qui ne se basent pas sur la possession d’un système nerveux, encore moins d’une conscience. Autrement dit, non seulement les plantes n’ont pas de conscience, mais surtout elles n’en ont pas besoin.

Pourquoi une plante ressentirait de la douleur quand on la coupe, puisqu’elle est incapable de produire une réponse adéquate pour ne pas être coupée? La douleur est un mécanisme adaptatif, elle sert un but. Et si les plantes avaient une conscience, il faudrait pouvoir dire où se trouve le siège de cette conscience, son existence physique. Or, elle n’existe pas.

Dès lors, l’existence d’une supposée conscience chez les végétaux relève d’une vision religieuse ou mystique de la vie, ou d’une simple méconnaissance de la biologie. Si les carottes ne crient pas quand on les coupe, c’est parce que les végétaux sont arrivés jusqu’à nous par des adaptations à leur environnement autres que la perception de la douleur ou d’émotions (comme la peur).

Ca ne les empêche pas d’être vivantes et de posséder une certaine sensibilité, si on définit la sensibilité comme capacité à répondre à un stimulus. Les plantes répondent à de nombreux stimuli, notamment en modifiant leur façon de pousser (De la même façon que notre organisme répond à de nombreux stimuli qui ne passent pas par le système nerveux et qui échappent donc à notre conscience; comme par exemple certaines réponses immunitaires). Mais cette forme de sensibilité n’est pas comparable à celle d’un organisme qui possède un centre nerveux, car les informations de l’environnement ne sont pas traitées par un centre intégrateur susceptible de produire une forme de pensée. Autrement dit, les plantes ne ressentent pas.

Les personnes qui attribuent une volonté de vivre aux plantes sont fruitariennes, et se nourrissent donc sans tuer de plantes, mais en ramassant les fruits et les graines. C’est une vision mystique et naturaliste de la vie: les fruitariens peuvent considérer que les plantes produisent des fruits et des graines dans le but de se reproduire, alors que si on en reste à une vision purement scientifique des plantes, elles produisent des fruits parce que celles qui ne le faisaient pas ont disparu. On ne peut pas vraiment discuter à propos d’un point de vue spirituel pour savoir s’il est vrai ou faux, c’est une façon très subjective de voir le monde. Je pense qu’il est tout à fait abusif d’imposer une éthique basée sur un point de vue non rationnel. La spiritualité devrait rester propre à chaque personne.

J’aime les plantes, mais c’est une question de sensibilité propre à chacun, de subjectivité, et je ne souhaite pas que tout le monde aime les plantes (ni que tout le monde aime les animaux) et je peux pas exiger que les plantes aient des droits particuliers. Le fait d’aimer ou de ne pas aimer les plantes est totalement sans rapport avec la recherche d’une société juste. Le fait que les plantes soient vivantes impliquent peut-être une façon particulière de les traiter, mais étant donné qu’elles ne souffrent pas, cette question est secondaire par rapport à la question des droits des animaux qui elle, est urgente.

Les façons différentes de traiter les plantes, les êtres unicellulaires et les animaux (ou plutôt, certains animaux) sont donc basées sur les caractéristiques biologiques concrètes, et sont plus complexes qu’il n’apparait au premier abord.

(1) Même si c’était le cas, le spécisme devrait en toute logique être mis à mal par la simple idée de l’évolution, puisque les espèces descendent les unes des autres. Pour les implications philosophiques de la théorie de l’évolution, voir par exemple Darwin, espèce et éthique, de James Rachel dans les cahiers antispécistes.

(2) Personnellement, cela me pose un problème: celui de se baser sur des conclusions tirées d’observations du comportement des animaux pour déterminer leur droit, alors qu’on sait peu sur leur conscience. Mais cela a au moins le mérite d’essayer de se baser sur des données objectives. J’y reviendrai peut-être dans un prochain article.

(3) D’ailleurs attribuer ou non des droits à un quelque chose en fonction du fait que ce quelque chose est vivant ou pas, serait tout aussi arbitraire que de lui attribuer des droits en fonction de son appartenance ou non à une espèce ou au règne animal.

(4) Il se peut que j’utilise parfois un vocabulaire finaliste pour expliquer des phénomènes évolutifs, pour ne pas trop alourdir la formulation. Mais attention à remettre les choses dans leur contexte. A propos du finalisme, lire « la nature ne choisit pas« , un texte de David Olivier.

L’auto-amputation et le carnisme

En mai 2003, Aron Ralston devint célèbre pour une mésaventure qui lui arriva dans les gorges de l’Utah. La main piégée sous un énorme rocher impossible à déplacer, il resta prisonnier six jours et cinq nuits. Puis, il se libéra en coupant son propre bras à l’aide d’un canif.

Une telle force morale impressionne à coup sûr. Aron Ralston a d’ailleurs écrit un livre, « between à rock and a Hard place » (sorti en français sous le titre « plus fort qu’un roc », cette traduction est vraiment nulle…) et ce livre a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, « 127 heures », qui sortira dans les salles le 23 février 2011.

L’histoire d’Aron Ralston nous apprend à quel point nous pouvons faire des choses complètement dingues quand il s’agit de vivre ou de mourir.

Cependant, si l’exploit impression et mérite d’être salué, la première chose à laquelle on pense en entendant cette histoire (du moins, ce fut mon cas) ce sont ces histoiure d’animaux qui, pris dans les pièges, se rongent la patte pour s’échapper. Ce comportement est  connu chez les loups, mais il est en fait assez répandu chez tous les animaux qui se font piéger: renards, chiens, chats, loutres, rats musqués, etc. Un site donnant des conseils de piégage des rats musqués précise d’ailleurs, ouvrez grand les guillemets:

« Le point essentiel est de changer souvent les engins de place, surtout quand ils ne sont pas placés sous 5 centimètres d’eau. Ensuite, il faut éviter que l’animal pris ne se ronge la patte. Le choix d’un système d’attache convenable permet facilement d’éviter cet écueil (1). En outre, une visite des pièges matin et soir ainsi que le piégeage à proximité immédiate de couche d’eau d’au moins 30 centimètres de profondeur limitent ces amputations et évasions. »

Ainsi, il arrive couramment que, si les chasseurs tardent trop à visiter les pièges, les animaux se soient échappés en y laissant leur patte.

J’ai également lu sur des forums divers de nombreux témoignages de personnes ayant retrouvé leur chien ou leur chat piégé, l’animal ayant commencé à se ronger la patte, et également certains dont l’animal était rentré très affaibli après plusieurs jours d’absence, une patte tranchée.

Ainsi en est-il d’Asco, un labrador noir qui a disparu 14 jours, avant de revenir à son domicile avec un morceau de patte et un morceau de langue manquants, et en ayant maigri de 10 kilos.

C’est également ce qui est arrivé à Alaric,un chat angora habitant la commune de Montolieu. Comme Asco, il s’est rongé le morceau de patte pris au piège  ( » comme le font certains animaux, dit sauvages », précise l’article) et a ensuite subi une amputation du membre entier.

 

D’après Aron Ralston, il est très douloureux de couper les os et les nerfs, même si le tranchage des muscles est moins douloureux que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Il ne fait aucun doute que la souffrance physique éprouvée par un renard, un chien ou un chat pris au piège et qui se ronge la patte, est comparable avec celle qu’il a du s’infliger. Sans parler d’autres formes de détresse, comme le stress, la faim, la soif, la fatigue, etc.

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Si nous ne comprenons pas tous les ressorts psychologiques qui animent les animaux et motivent leurs décisions, nous ne pouvons en revanche que constater que, dans des nombreuses situations, ils peuvent s’infliger volontairement des souffrances quand leur survie est en jeu. Et que c’est également le cas des animaux que nous sommes (même si on ne sait pas combien de gens auraient survécu à la place d’Aron Ralston, et d’ailleurs, on ignore aussi quelle proportion d’animaux se rongent la patte).

 

Or, un point essentiel de la logique carniste, c’est qu’il reste éthique de tuer un animal tant qu’on ne le fait pas souffrir (le plus couramment, on estime que tuer un animal reste éthique si c’est pour le manger et même si le manger n’est pas une question de survie). Evidemment, j’ai déjà fait remarquer qu’il était impossible de tuer un animal en étant certain qu’il ne souffre pas; et quand on sait que sur certaines chaines d’abattage, il peut passer 150 porcs, 200 agneaux, 35 vaches ou 500 poulets par heure (!), on se demande bien par quel miracle quiconque pourrait garantir qu’aucune de ces bêtes ne souffriraient.

Mais bref, ce n’est pas mon propos. Selon la logique carniste, maltraiter un animal (le frapper, lui infliger de la douleur) est grave, alors que le tuer l’est beaucoup moins. C’est un point central du welfarisme. J’ai donc le droit de prendre un couteau et de trancher la gorge d’une vache, mais pas de lui donner un coup de pied.

 

Pourtant, si la douleur existe chez les animaux, c’est bien dans le but de garantir leur survie. Et les animaux (humains ou non) qui s’amputent un membre nous prouvent bien qu’ils tiennent davantage à continuer à vivre qu’à éviter des souffrances. Estimer que les animaux tiennent à se garder de toute souffrance, mais ne se soucient pas de continuer ou non à vivre, est donc un parfait non-sens.