NON, une lasagne, ça ne se mange pas !

Au début, avec cette histoire de lasagnes, je me suis dit:
« Pfff, encore une histoire de viande qui n’intéresse que les végétariens ».
En effet les végétariens et véganes sont bien connues pour emmerder le monde et troller au sujet de la viande, comme quoi ça donne le cancer, le cholestérol, mauvaise haleine et un gros cul, et ils aiment rappeler que manger des animaux mignons c’est très vilain. Bref, ce sont de véritables emmerdeurs.

Ce qui a tendance à être très amusant, mais là je trouvais quand même que l’attaque était mesquine. Bon, les gens ont mangé du mignon cheval au lieu de la mignonne vache laitière de réforme, et alors?

J’AVAIS TORT.

Accidentellement, j’ai été mise en présence d’un instrument audiovisuel insupportable autrement appelé télévision ou boîte à connerie. Laquelle se mit à déclamer pendant de très longues heures, sur tous les tons et avec force images sanglantes, que HOLALA AU SECOURS DES GENS ONT MANGE DU CHEVAL MEME QUE Y AVAIT ECRIT « LASAGNES AU BOEUF » SUR LA BOITE.

J’en suis restée pantoise. Hé oui, ce sont les mangeurs de viande qui nous chient une pendule parce qu’ils ont mangé des mignons petits chevaux au lieu du bœuf qui est un aliment comme l’oignon ou la frite. Bien sur je pourrais rappeler que les vaches sont tout aussi mignonnes que les chevaux, et le prouver à grand renfort de photos mignonnes. Mais je m’en fous, en fait. Je ne mange pas non plus les animaux moches.

Mais de toutes façons, l’espèce c’est quoi? Lire la suite

Je me fiche de savoir pourquoi vous mangez de la viande.

Très chers lecteurs que j’aime,
Certains d’entre vous commencent à sérieusement me les briser menues.
Vous voulez manger de la viande? Mangez-en. Vous avez le droit.
Vous êtes mal à l’aise quand j’affirme que manger de la viande, c’est accorder plus de valeur au petit plaisir supplémentaire que vous procure un morceau de viande par rapport à un bol de lentilles, qu’a la vie d’un animal?
Ho, comme c’est triste. Je vous plains.

Cet article pourrait ressembler à une attaque frontale contre les mangeurs de viande. Il n’en est rien. La plupart des gens mangent de la viande, c’est comme ça. Je suis contre, et je n’ai pas peur de le dire, mais c’est comme ça. Et je n’ai rien contre les gens qui mangent de la viande, bien que je ne sois pas d’accord avec le fait de tuer des animaux pour ça. Ils ne font que faire ce qu’ils ont appris à faire et à considérer comme une chose « Normale, Naturelle et Nécessaire ». C’est humain et hautement compréhensible.

Mais, si j’admets et je tolère que des gens tuent des animaux pour les manger alors qu’ils pourraient manger autre chose à la place (parce que je suis bien obligée de supporter cette injustice et parce que je ne peux m’élever contre des pratiques socialement admises sans admettre qu’elles soient socialement « normales » et agir en conséquence), donc si je tolère que les gens mangent de la viande, j’en ai plus que ma claque d’entendre leurs éternelles jérémiades et justifications.

Vous mangez de la viande et vous n’avez pas envie d’arrêter? Lire la suite

L’antispécisme pour les nuls

Beaucoup de sites sur le végétarisme ont leur FAQ, mêlant parfois végétarisme et/ou véganisme et antispécisme, ou n’évoquant que le végétarisme. J’ai à mon tour écrit une petite FAQ qui  répond aux objections les plus courantes contre l’antispécisme. Par un soucis de clarté et de concision, je n’y ai placé que les objections que je juge pas trop dénuées de bon sens. Le but de ce texte n’est pas de convaincre du bien-fondé de l’antispécisme, mais de le rendre accessible à des gens qui, parfois, croient sincèrement comprendre de quoi il s’agit, mais n’ont pas tout à fait saisi en réalité, ce qui est très compréhensible. Par exemple, le point 17 relève d’une déformation courante de la pensée antispéciste, à laquelle j’ai cru pendant très longtemps. 

L’antispécisme pour les nuls

A lire avant toute chose
L’antispécisme est une idéologie opposée à l’idéologie dominante. C’est à dire qu’elle est contraire à ce que vous avez appris dès votre plus jeune âge. Si vous lisez ce texte (en entier ou une partie) en ayant peur d’être influencé par un point de vue différent du votre, vous perdrez votre temps. Si vous le lisez parce que vous êtes réellement intéressé par ce que les antispécistes ont à dire, vous y trouverez les réponses aux objections les plus courantes, ce qui vous permettra de vous forger une opinion plus facilement. Cependant, si vous désirez vraiment connaître le sujet, la lecture de cette petite FAQ ne vous dispense pas de lire directement les auteurs antispécistes.
De plus, les réponses données dans cette FAQ n’engagent que moi, même si je pense que la plupart des antispécistes et des vegans seront d’accord dans l’ensemble, ce n’est pas vrai pour tous, et même ceux qui sont d’accord avec la façon dont je réponds auraient peut-être répondu autre chose.

1) je suis allé sur quelques sites de protection des animaux et j’ai regardé des vidéos sur le végétarisme ou sur les animaux, mais je n’ai pas été convaincu.
Je n’ai pas été convaincue non plus par ce genre de choses. Sur internet, peu de sources donnent véritablement un aperçu clair et compréhensible de la pensée antispéciste, qui permettrait à une personne lambda de comprendre de quoi il s’agit réellement. Et même si ces sites webs, écrits et vidéos relèvent implicitement de ce mode de pensée. La pensée antispéciste est construite en opposition à la pensée spéciste qui est l’idéologie dominante. Il est donc logique et normal que la plupart des gens ne connaissent que l’idéologie dominante, et discuter avec des gens qui ont adopté une idéologie alternative ne permet pas forcément de décider si l’on est pour ou contre leur idéologie, car il est malheureusement rare que de telles discussions aboutissent à une véritable compréhension de leur façon de penser.
Or pour décider qu’une idéologie est mauvaise, encore faut-il la comprendre réellement.

2) Je n’ai rien contre le véganisme, tant que c’est un choix personnel et qu’on n’essaie pas de me convaincre. Chacun fait ce qu’il veut.
Cette remarque peut sembler légitime et pertinente. Mais elle l’est uniquement dans un mode de pensée spéciste. La pensée antispéciste se distingue précisément par le fait que les êtres vivants bénéficiant de l’éthique ne sont pas uniquement les humains, mais aussi certains animaux. De ce point de vue il est absurde de dire « chacun fait ce qu’il veut » en parlant du fait de manger de la viande, puisqu’il faut tuer des animaux pour cela. Le choix de manger de la viande concerne aussi l’animal qui doit être tué pour qu’on puisse le manger.

Quand quelqu’un me dit « je mange de la viande, c’est un choix personnel » j’en conclus donc qu’il ne comprend pas ce qu’est l’antispécisme, car s’il le comprenait, il comprendrait aussi que dire cela n’a aucun sens pour moi. Cela reviendrait à dire à une féministe que battre sa femme est un choix personnel.

3) Je ne pense pas que les animaux puissent être sujets de droit.
Les animaux ont déjà certains droits dans notre société. Maltraiter ou tuer certains animaux peut être passible d’amendes ou d’autres peines. La loi L214 du code rural définit les animaux domestiques comme des êtres sensibles disposant de certains droits. Doit-on abolir ces lois et faire en sorte que tuer ou maltraiter n’importe quel animal de n’importe quelle façon ne puisse pas être puni? De plus, si l’animal ne doit pas être sujet de droit, alors que les humains doivent l’être, il faut définir en quoi seul l’humain mérite des droits. A ce sujet, voir les points 6 à 10.

4) Les animaux peuvent avoir certains droits, mais c’est toujours l’intérêt de l’humain qui doit primer.
Faire primer l’intérêt de l’être humain sur celui, même beaucoup plus important, d’un autre animal est ce qu’implique la pensée spéciste. C’est donc précisément ce à quoi s’opposent les antispécistes.
Considérer comme plus important l’intérêt, même futile, d’un humain, sur n’importe quel intérêt ou presque d’un autre animal, est une décision qui repose sur l’idée de la supériorité de l’humain sur les autres animaux. Or, les antispécistes ne croient pas en la supériorité absolue d’une espèce sur l’autre (voir point 6).

5) Les animaux se mangent entre eux. L’humain est un animal. Il mange donc d’autres animaux.
Les humains (du moins certains d’entre eux, voir point 6) font beaucoup de choses que les autres animaux ne font pas. Comme par exemple réfléchir à ce qu’ils mangent, ou encore avoir conscience qu’il existe d’autres consciences que la sienne propre. C’est pourquoi les humains de notre culture ne mangent généralement pas d’autres humains, parce que nous estimons que c’est contraire à l’éthique (mais ça n’a pas toujours été le cas dans toutes les cultures).
La pensée antispéciste ne prétend pas qu’il n’est « pas naturel » ou « pas normal » de manger de la viande. Elle porte sur un autre débat. Elle pose une base de réflexion pour définir une éthique. Si nous estimons que manger de l’humain n’est pas éthique et que manger d’autres animaux l’est, alors nous devons le prouver.

6) L’humain est supérieur aux autres animaux: il peut lire, écrire, utiliser un ordinateur.

Les humains possèdent sans nul doute des capacités que n’ont pas les autres animaux.
Néanmoins, il  est intéressant de constater que ces 3 caractéristiques de l’humain que j’ai citées (et qui m’ont toutes été proposées, avec plusieurs dizaines d’autres, pour expliquer la supériorité de l’homme sur l’animal) ne sont pas partagées par tous les humains. Certains humains ne savent ni lire, ni écrire, ni utiliser un ordinateur.
A l’inverse, certains animaux peuvent apprendre à utiliser un ordinateur (notamment les grands singes et les cochons).
Si on ne mangeait que les animaux qui ne savent pas utiliser un ordinateur, on pourrait manger certains humains et pas certains cochons. Les antispécistes estiment que le critère de savoir ou non utiliser un ordinateur n’est pas celui sur lequel on doit se baser pour décider si l’on attribue ou non des droits à un être vivant. (voir point 8)

7) un cochon peut apprendre à utiliser un ordinateur, mais il ne peut pas en construire un, ni comprendre comment ça marche, ni construire une ville. C’est ce qui distingue les humains des autres animaux.

Certains humains (et pas d’autres) peuvent élaborer un plan d’architecture, ou empiler des briques, ou designer et construire des canalisations, etc. Mais aucun humain ne peut construire une ville. Il en est de même pour les ordinateurs. Nous les utilisons, mais sans forcément comprendre comment ils marchent de A à Z.

On voit ici que la pensée spéciste se construit sur la base de ce que les humains construisent ensemble et non pas de ce qu’ils peuvent faire ou non individuellement. L’antispécisme s’intéresse à des individus, tandis que le spécisme s’intéresse à leur nature, c’est à dire à des concepts qu’ils représentent dans la culture.

8) Mais ils peuvent participer à construire quelque chose. Aucun cochon ne pourra jamais participer à la construction d’une ville ou d’un ordinateur.
Comme il est dit en réponse à la remarque 6, certains humains ne pourront jamais participer à la construction d’un ordinateur: jeunes enfants atteints d’une maladie du cerveau, personnes atteintes d’alzheimer, déficients mentaux… Pourtant on considère généralement que ces gens sont des sujets de droit parce qu’ils appartiennent à l’espèce dont d’autres membres savent construire des ordinateurs.
On peut adhérer à cette idée. Comme il est dit dans le point 6, les antispécistes considèrent, pour leur part, que les capacités intellectuelles ne sont pas importantes lorsqu’il faut décider si l’on attribue ou non des droits à un être vivant. Ils considèrent donc, à plus forte raison, que les capacités intellectuelles des individus de la même espèce sont sans importance. D’un point de vue antispéciste, on prendra plutôt en compte des caractéristiques comme la capacité à ressentir la douleur, le plaisir ou les émotions. Ainsi, la douleur physique infligée à un animal sera prise en compte indépendamment de l’espèce et de l’intelligence rationnelle de cet animal: on la prendre en compte simplement parce qu’elle existe, qu’elle est perçue par l’animal.

9) Tu compares les déficients mentaux à des animaux.
Cette remarque ne m’est pas faite si souvent que les autres, mais elle est très intéressante. En effet, en tant qu’antispéciste, je considère que les capacités intellectuelles sont sans importance dans l’attribution de droits à un être vivant. Or, les spécistes considèrent justement le contraire.  Selon la pensée spéciste, le fait d’appartenir à l’espèce humaine confère des droits aux déficients mentaux. Un antispéciste, lui, considèrera qu’un déficient mental, qu’un nouveau-né ou qu’un malade d’alzheimer doivent posséder des droits non pas en fonction de ce qu’ils ont été, seront ou auraient pu être, ou de ce que sont les individus de la même espèce qu’eux. Au contraire, un antispéciste considèrera que ces gens doivent recevoir des droits à cause de ce qu’ils sont.
Les antispécistes considèrent donc que c’est la pensée spéciste qui dévalorise certains humains, et non pas la pensée antispéciste.

10) Le critère d’intelligence est important car si les animaux souffrent, ils ne savent pas qu’ils souffrent.
Le problème de la conscience est un sujet vaste et complexe. Néanmoins, il me semble évident que les animaux savent qu’ils souffrent, sinon ça ne leur servirait à rien. Et ce même s’ils ne le savent pas de la même façon que les humains, chaque espèce étant différente. Peut-être ne savent-ils pas qu’ils savent qu’ils souffrent, mais leur souffrance est perçue par leur subjectivité, par leur conscience.
Pour la plupart des antispécistes, le fait qu’un être vivant ressente de la souffrance est un critère suffisant pour prendre en compte l’existence de cette souffrance. A quel niveau il a conscience de cette souffrance est un critère qui est peut être pris en compte parmi d’autres, mais qui n’est pas le critère central.

11) les animaux ont peut-être intérêt à ne pas souffrir, mais ils n’ont pas d’intérêt à vivre car ils n’ont pas de conscience d’eux-même.
Encore une fois, la conscience est un sujet complexe. Mais il faut d’abord faire remarquer que, comme la capacité à utiliser des ordinateurs et/ou à comprendre comment ils marchent, la conscience de soi n’est ni propre à l’humain, ni partagée par tous les humains. Certains animaux ont conscience d’eux-même, on peut le constater notamment par le test du miroir: éléphants, dauphins, grands singes et d’autres espèces se reconnaissent dans un miroir. Par contre, les enfants acquièrent cette capacité au cours de leur vie, et donc tous les enfants n’ont pas conscience d’eux-même. Certains adultes déficients mentaux non plus. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de leur faire du mal sous ce prétexte.
De plus, notons que la souffrance est un mécanisme nécessaire à la survie.  Au sujet des animaux qui sont conscients mais dont on suppose (sans certitudes absolues, cependant) qu’ils ne sont pas conscients d’eux-même, il est important de noter que dans certaines situations, ils préfèreront généralement endurer une plus grande souffrance s’ils estiment que cela leur permettra de survivre. Par exemple, les renards, chats, chiens, ragondins, et d’autres animaux, lorsqu’ils se prennent dans des pièges, se rongent la patte pour aller ensuite se mettre à l’abri. Ils s’occasionnent ainsi de grandes douleurs physiques dans le but de sauver leur vie.
Les consciences animales sont mystérieuses pour nous, il est en fait assez hasardeux de supposer que les animaux ne voient pas d’intérêt à leur propre vie. Nous constatons qu’ils n’aiment pas souffrir car, lorsqu’on leur inflige une douleur physique, ils crient et essaient d’échapper à la source de douleur. On peut constater aussi que s’ils se sentent en danger, ils mettront toutes les ressources dont ils disposent dans la fuite ou le combat, comme le ferait un humain. Il est donc farfelu de décréter que les animaux n’ont pas de volonté de se maintenir en vie.

12) Mais si on tue un animal sans qu’il sache qu’il va mourir, ça ne lui fait aucun mal.
Cette question est délicate parce qu’elle touche à des sujets très profonds, comme les raisons qu’on les êtres vivants de vouloir vivre ou ne pas vivre, et le rôle de la conscience de soi dans l’intérêt à vivre ou la peur de la mort. Tous les antispécistes ne sont pas d’accord entre eux sur ce sujet.
Cependant la grande majorité s’accordent à dire que si l’on accepte ce postulat (selon lequel un être incapable de se projeter dans l’avenir n’a pas d’intérêt à ne pas être tué), on doit l’appliquer à tous les êtres qui sont incapables de se projeter dans l’avenir, y compris les humains.
Certains antispécistes considèrent que la capacité à se projeter dans l’avenir est un critère de droit pertinent, et cette capacité dépend en partie de l’espèce. Mais la plupart s’accordent à dire qu’il demeure contraire à l’éthique d’abréger la vie d’un animal, même incapable de se projeter dans l’avenir. Autrement dit, même si l’animal ignore qu’il a un intérêt à vivre,  ça n’empêche pas qu’il en ait un, et qu’on doive le respecter (puisque nous, nous savons qu’il a un intérêt à vivre).
A ce sujet, lire par exemple http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article70
Dernière remarque: les capacités des animaux à se projeter dans l’avenir sont très mal connues, de même que leur connaissance de la mort, ainsi que leurs capacités à imaginer des concepts. La capacité à penser en terme de concepts abstraits est caractéristique de l’intelligence humaine, mais n’est pas spécifique de celle-ci. En règle générale, toutes les caractéristiques importantes de l’intelligence humaine peuvent être trouvées à divers degrés dans le règne animal.

13) Les déficients mentaux pensent à leur façon, alors que les animaux ne pensent pas.
Les animaux ont une forme de pensée qui leur est propre et qui leur permet notamment de prendre des décisions en fonction de plusieurs facteurs environnementaux, psychiques etc… Et également de résoudre certains problèmes. Le fait qu’un animal puisse résoudre un problème qui lui est posé suggère l’existence d’une forme de pensée animale, différente de la notre.

D’un point de vue scientifique et rationnel, rien de permet de dire qu’un humain pense et qu’une vache ne pense pas. Le cortex, siège de la conscience, est plus étendu chez l’humain. Mais la vache possède aussi un cortex, et son cerveau fonctionne globalement de la même façon, à la différence que certaines zones sont plus développées et d’autres moins (le cortex olfactif est plus développé par exemple).

14) les animaux n’ont pas de désir de vivre ou de ne pas souffrir, ils réagissent uniquement par instinct.
Je réagis également par instinct en retirant ma main du feu lorsque je sens la brûlure: personne ne m’a appris à le faire. Or, face à un danger par exemple, un animal peut réagir de la même façon en donnant une réponse comportementale innée, ou au contraire utiliser ses expériences et réagir en fonction de ce qu’il a appris. L’instinct est souvent le mot qu’on utilise lorsqu’on ne comprend pas les ressorts du comportement des animaux: par exemple, on parle d’instinct migratoire, alors que la migration est un comportement en grande parie appris, et non pas inné. On ignore sur quels éléments de leur environnement se basent les oiseaux pour décider du moment exact de la migration, mais ces éléments sont pourtant transmis d’une génération à l’autre.

15) Peu importe, je pense quand même que l’humain est supérieur aux autres espèces. Même si tous les humains n’ont pas les mêmes capacités intellectuelles, le fait d’appartenir à l’espèce humaine est un critère de droit.
C’est un droit de penser ça. Cependant, la supériorité des espèces les unes par rapport aux autres relève de la croyance, et non pas d’un raisonnement scientifique. A noter qu’il n’y a pas de consensus absolu en biologie sur la définition d’une espèce. (Pour en savoir plus, lire « les espèces non plus n’existent pas »)

16) Ton raisonnement n’est pas scientifique non plus.
L’antispécisme repose sur un raisonnement rationnel, tandis que le spécisme repose sur un point de vue naturaliste qui relève de la croyance: opposition de « l’homme » et de « la nature ». Un humain posséderait un « quelque chose » d’indéfinissable qui le rendrait supérieur à tout autre animal, et peu importe leurs intelligences, leurs sensibilités et leurs qualités respectives. On appelle ce quelque chose conscience, intelligente, capacité d’abstraction, langage, etc, mais ces caractéristiques de l’humain, réelles ou supposées, ne sont jamais propres à l’humain ni partagées par tous. Il s’agit en réalité d’une essence humaine, d’une nature, d’une projection de l’esprit, un quelque chose qui relève de la croyance et n’a pas d’existence scientifique concrète.
Etre antispéciste revient, en quelque sorte, à considérer l’être humain comme un animal et non pas comme une entité mi-animale et semi-divine, ce qui est en opposition avec l’héritage de la pensée judéo-chrétienne. L’intelligence humaine n’est donc qu’une forme intelligence parmi d’autres qui ne confère pas un statut particulier.

Cependant, être vegan ne signifie pas uniquement qu’on est antispéciste. Encore faut-il se soucier, par exemple, de la justice, car je peux très bien décider que même si c’est injuste de tuer des cochons pour les manger, je vais le faire quand même parce que la société m’y autorise. La décision de ne pas le faire ne relève pas de la science, mais du désir de justice que possèdent certaines personnes et pas d’autres (ceci dit sans aucun jugement de valeur). On ne peut pas obliger les gens à se soucier d’obtenir un monde plus juste s’ils n’en ont pas envie. Ce que dit l’antispécisme, c’est qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’humain et les autres animaux car le naturalisme est une croyance. Rien n’empêche de penser de façon naturaliste, notamment si l’on croit en une religion qui définit l’homme comme un être semi-divin. Remarquons cependant que beaucoup d’athées adoptent une telle vision naturaliste, qui relève pourtant du mysticisme.

17) Si je t’écoute, la vie d’une fourmi vaut celle d’un humain.
Ce n’est pas ce que je dis. La valeur de la vie peut être fonction de beaucoup de choses. C’est un débat compliqué et difficile, tout comme comparer les valeurs de vies humains entre elles. Pour donner un début de réponse, un antispéciste estimera la vie d’une fourmi non pas en fonction de son appartenance à l’espèce « fourmi » mais en essayant de savoir si cet individu (la fourmi) accorde de la valeur à sa propre existence, si elle a un intérêt à vivre, si elle souffre, etc. Il est possible qu’une fourmi n’accorde aucune valeur à sa propre existence, étant donné son système nerveux peu développé. La plupart des antispécistes évitent cependant d’écraser des fourmis car il est quasi impossible de vraiment savoir si une fourmi ressent quelque chose.
L’espèce d’un animal n’est pas un critère en soi, mais en revanche, le fait qu’un animal appartiennent à telle ou telle espèce peut impliquer beaucoup de choses en ce qui concerne ses intérêts. Par exemple, une carotte n’a pas de système nerveux. Ainsi, l’antispéciste acceptera de manger des carottes non pas parce qu’elles appartiennent à l’espèce « carotte » mais parce que, n’ayant pas de système nerveux, une carotte ne peut expérimenter la douleur ou la peur. En revanche, un veau peut ressentir toute une variété d’émotions, comme le désir de se trouver près de sa mère, ou la détresse d’en être séparé. Ces émotions, ainsi que d’autres caractéristiques de ce que ressent l’être vivant, c’est à dire toutes les informations qui arrivent dans ses centres nerveux et la façon dont elles sont traitées, (douleur physique, stress, ennui, plaisir, etc) doivent être prises en compte à partir du moment où elles existent, si l’on veut traiter l’être vivant de façon éthique. On ne peut pas prendre en compte la souffrance d’une carotte parce qu’elle n’existe pas.

La valeur de la vie est un sujet compliqué car on ne sait pas de quoi on parle exactement; par exemple il est évident qu’un humain vaut davantage pour un autre humain qu’une fourmi. On accorde plus de valeur à la vie des êtres vivants qui nous sont proches qu’à ceux qu’on a jamais vus, parfois de façon indépendant à leur espèce (par exemple si mon chat meurt, je serais très triste, alors que des humains meurent en ce moment et ça ne me fait pas pleurer). Les antispécistes ne sont pas tous d’accord entre eux sur ces sujets, certains ne voient pas l’intérêt de hiérarchiser les valeurs des vies les unes par rapport aux autres, car ils estiment que toute vie est précieuse à partir du moment où elle possède une subjectivité, une conscience. D’autres ne s’accordent pas sur les critères valables pour décider de la préciosité d’une vie. A noter qu’il faut parfois décider quel humain a la vie la plus digne d’être vécue, par exemple dans le cas de greffes d’organes lorsqu’on manque de donneurs. On peut imaginer que ce ne sont pas des décisions faciles à prendre.

18) Tu t’appuies sur l’existence d’un système nerveux pour décider si les êtres vivants souffrent ou non. Peut-être que les plantes ressentent quelque chose.
Je m’appuie sur des données scientifiques. Je peux te montrer comment une poule souffre, t’expliquer comment ça marche, par quels mécanismes elle ressent la douleur et y répond (de même que le plaisir), et quel est le rôle de la douleur dans le processus évolutif qui lui a donné naissance. Tout porte à croire que les plantes ne souffrent pas, non seulement parce qu’elles n’ont pas d’organes de réception, traitement et gestion de la douleur; mais surtout parce que dans leur histoire évolutive, leur survie a été basée sur des mécanismes qui n’impliquent pas la douleur. Comme je l’ai dit dans le point 11, la douleur est un mécanisme qui permet la survie. Les plantes sont capables de répondre à des stimuli environnementaux sans avoir recours à un système nerveux, donc sans éprouver de douleur ou d’émotions. Si une plante ressentait de la douleur par exemple quand on coupe une de ses feuilles, ça ne lui servirait à rien puisqu’elle serait incapable de réagir en fonction.
Les réactions des plantes à leur environnement sont comparable aux réactions du corps humain qui ne passent pas par les voies nerveuses, comme par exemple les réactions du système immunitaire. Nous sommes inconscients de ces réactions,  nous ne les ressentons pas, et pourtant elles nous affectent physiquement. Nous ne pouvons percevoir ces réactions que lorsqu’elles influent sur nos centres nerveux (par exemple si une défense immunitaire provoque une réaction inflammatoire). Un humain sans cerveau peut avoir des réactions immunitaires, ainsi que des réactions inflammatoires, mais ne peut pas ressentir l’effet douloureux de ces réactions. Il en est de même pour une plante. A ceci près qu’un humain sans cerveau ne peut vivre que quelques minutes au maximum après la naissance.

Pour plus de détails, lire « Pour en finir avec le cri de la carotte« .

19) Tout le monde n’a pas la même éthique.
Je n’oblige personne à avoir la même éthique que moi,  et d’ailleurs je n’ai pas le pouvoir d’obliger qui que ce soit à avoir une éthique tout court. Cependant, le fait que je possède moi-même une éthique antispéciste implique que je me soucie du sort des animaux. Or,  les gens peuvent avoir beaucoup de raisons de ne pas adopter la pensée antispéciste, mais force est de reconnaître que très, très peu de gens la comprennent. Et il est impossible d’adhérer à quelque chose que l’on ne comprend pas. Il est également est impossible d’adhérer à une idéologie à partir du moment où l’on a décidé qu’on y adhèrerait pas, et j’ai parfaitement conscience que quelqu’un qui lirait cette FAQ en ayant décidé d’office qu’il n’adhèrerait pas aux idées que j’y développe ne sera pas convaincu. A vrai dire, le but n’est pas vraiment de convaincre, mais plutôt de rendre plus compréhensible et accessible l’antispécisme en répondant aux objections les plus courantes, qui relèvent, pour la plupart d’entre elles, non pas d’une opposition idéologique, mais d’une incompréhension.

20) Tu culpabilises les gens qui mangent de la viande.
Je ne juge personne pour manger de la viande. J’en ai moi-même mangé pendant très longtemps. Pourtant, je suis toujours la même personne, simplement j’ai réfléchi au sujet d’une façon nouvelle, ce qui fait que j’ai décidé d’arrêter d’en manger. Ca n’a pas transformé ma personnalité. Je pense que ce serait mieux si chacun questionnait ses choix de vie et les confrontait à l’éthique et à des réflexions sur la valeur de la vie, sur nos raisons d’agir et sur tout un tas de sujets. Mais je ne peux obliger personne à le faire, ni à tirer les mêmes conclusions que moi. Et je ne juge pas non plus les gens en fonction de ça.
A noter que même si je vous jugeais en fonction du fait que vous soyez de vilains mangeurs de viande ou  de gentils végétariens, ou des intelligents qui réfléchissent ou des bêtes qui ne réfléchissent pas, etc… quelle importance cela devrait avoir pour vous? N’est-ce pas plus important de vous demander ce que vous estimez être le meilleur choix possible? Vous avez une vie, vous avez une personnalité, vous avez un cerveau. Ce serait dommage de prendre des décisions en fonction des jugements des autres.

21) L’humain mange de la viande depuis la nuit des temps.
C’est vrai. J’estime néanmoins que l’ancienneté d’une pratique ne la justifie pas dans un cadre de réflexion éthique. De plus, le fait de ne plus être en situation de survie nous permet de nous intéresser à l’éthique, ce qui est une chance.

 

Pour résumer

Le spécisme est un héritage de la culture judéo-chrétienne. C’est une façon de penser qui concède à tout être humain une valeur supérieure à tous les autres êtres vivants, et lui accorde des droits particuliers, en vertu de caractéristiques diverse liées aux valeurs-phares de l’humanisme, les plus valorisées par la culture judéo-chrétienne et patriarcale: intelligence, rationalité, capacité d’abstraction, etc. Ces caractéristiques ne sont pas les raisons pour lesquelles l’homme est dit supérieur aux autres animaux, mais elles sont en réalité pensées comme des symptômes de la supériorité de « l’homme » sur « l’animal », censée aller de soi et être liée à une essence ou une nature humaine, opposée à l’essence ou la nature animale.

L’antispécisme s’oppose à cette vision naturaliste des êtres vivants et s’intéresse non pas à ce que les individus représentent, mais à ce qu’ils ressentent. La souffrance d’un individu est prise en compte de façon indépendante des valeurs culturelles que cet individu incarne et qui, bien souvent, lui sont étrangères. Ce qui importe n’est pas la rationalité ou les capacités d’abstraction de l’être qui souffre, mais la simple existence de sa souffrance, perçue par une conscience, une subjectivité.
Cette position peut être illustrée par une citation de Jeremy Bentham:
La question n’est pas « peuvent-il raisonner? » ni: « peuvent-ils parler? » Mais: « Peuvent-ils souffrir? »

La viande au coeur du spécisme

Certains auront remarqué que dans ce blog, je parle un peu plus de viande que des autres pratiques spécistes, qui pourtant sont légions.

 

J’utilise même assez souvent le terme de « végétarien », alors que je suis végane, c’est-à-dire que je considère que le lait, les oeufs, le cuir, et bien d’autres produits de la vie courante, sont, comme la viande, des produits issus de la souffrance, que l’on devrait éviter d’utiliser, afin de cesser d’entretenir le commerce des vies d’êtres sensibles.

 

Si tu lis ça et que tu es ovo-lacto-végétarien, sache que ce n’est pas un jugement. D’ailleurs pour ceux qui ne l’ont pas compris, je veux ce blog totalement exempt de jugements, de dénonciations, d’insultes. Non pas que je ne juge jamais les gens dans la vie courante, mais je m’efforce de l’éviter quand je le peux, ce qui n’est pas tous les jours facile. Mais surtout, les jugements sont stériles, ils ne servent à rien. On ne devrait être soumis qu’au jugement de soi envers soi (et encore…)

 

Donc si tu es ovo ou lacto ou pesco ou flexo ou omnivo ou quoi que ce soit qui se termine ou pas en o, ce n’est pas un jugement contre toi ou qui que ce soit. Mais le cuir, la laine, le lait, et même le miel, sont des produits de l’exploitation et causent de la souffrance tout comme la viande, et leur achat, leur consommation méritent qu’on y réfléchisse. J’ai bien conscience qu’être végan n’est pas facile, voire même peut être presque impossible pour certains, notamment pour les jeunes qui vivent chez leurs parents. Simplement, j’affirme que ces produits ne sont pas des produits ordinaires, que des animaux ont été maltraités ou tués pour les produire. Il ne faut pas que les gens culpabilisent de les utiliser, il faut plutôt qu’ils réfléchissent à la façon dont ils pourraient les éviter, et à ce qu’ils peuvent faire à leur échelle, et à leur rythme, s’ils désirent un peu plus de justice dans ce monde.

 

Ceci étant dit… Malgré cela, j’utilise souvent le terme « végétarien », alors que j’estime qu’être végétarien ne suffit pas, dans la mesure où l’on peut éviter tous les autres produits que les véganes évitent. Et même si la liste de ces produits est longue, je parle beaucoup de la viande. J’ai parlé de la viande de chat, de la viande d’autres animaux que certains rechignent à manger, j’ai parlé en particulier de la viande humaine, et j’en parlerai peut-être encore. Et d’une façon générale, je parle le plus souvent de la viande(1).

 

C’est que je pense qu’être végétarien, c’est déjà un geste fort. Pourquoi?

 

Parce que manger la chair des animaux, c’est un acte de domination sur eux auquel on renonce quand on devient végétarien, ce qui mène à des discriminations, à un  ostracisme dont sont victimes tous ceux qui renoncent à un acte de domination sur ceux qui sont situés en-dessous d’eux dans la hiérarchie sociale.

 

Mais manger de la viande, ce n’est pas seulement une pratique de domination sur les animaux, une pratique spéciste. Je vois la consommation des animaux comme la pratique spéciste centrale.

D’abord parce que, non seulement c’est un acte de domination, mais c’est l’acte de domination le plus total que l’on puisse imaginer: tuer, mettre fin à une vie, supprimer tous les plaisirs qu’un être ressentira dans sa vie, du plus insignifiant au plus important, supprimer son bonheur, le défaire de son bien le plus précieux, et même, en ce qui concerne les animaux, du seul bien qu’ils possèdent, qui est leur vie. Et tout ça pour quoi? Pour quelques minutes de plaisir dans sa bouche.

J’insiste là-dessus, mais je ne veux pas culpabiliser les mangeurs de viande. J’insiste là-dessus parce que je pense que c’est primordial, de considérer à quel point tuer un animal pour le manger est un acte symbolique fort, puisqu’on le prive de tout, pour un tout petit peu de son plaisir à soi.

 

Et je pense que c’est très important, y compris pour ceux qui mangent de la viande, même s’il ne s’en rendent pas forcément compte. D’ailleurs, les chairs les plus appréciées sont celles de très jeunes animaux, que l’on prive d’une vie entière, et non pas d’une partie seulement de leur vie. On dit que leur chair est plus tendre… Peut-être, mais je crois surtout qu’il ont davantage à sacrifier(2).

C’est d’ailleurs une triste raison de préférer la « viande heureuse » pour certains hédonistes. Comme le dit David OIivier dans son article « le goût et le meurtre » des cahiers antispécistes:

« (…) ainsi l’élevage industriel a-t-il aujourd’hui plutôt acquis la réputation de rendre la viande fade. Mais dans ce cas précisément on trouve l’idée fort répandue – et fausse, malheureusement – selon laquelle les animaux élevés ainsi seraient à ce point dénaturés qu’ils ne souffriraient même pas ; ce ne seraient plus que de simples machines. À trop la torturer, on rend sa victime insensible. C’est donc plutôt le veau « élevé sous sa mère », celui qui a quelque chose à regretter quand on l’arrache à la vie, qui nous donnera aujourd’hui une chair savoureuse. »

 

La viande est donc un acte de domination totale. Prendre le lait d’une vache pour se nourrir soi-même plutôt que de le laisser à son petit, c’est un acte de domination. Mais il n’est pas aussi fort, aussi puissant que tuer un animal pour le manger. J’ai d’ailleurs évoqué cet aspect dans mon article sur  la viande humaine: si l’anthropophagie est si fortement réprouvée (davantage que le meurtre), c’est parce que la pratique de domination suprême qui consiste à manger la chair est un sort réservé aux animaux, et réserver ce traitement à un humain est un crime, pas seulement contre cet humain, mais surtout contre l’ordre social, ou plus largement, contre l’Humanité. Cette humanité qui se construit par opposition à l’animalité, en la dominant.

 

Ainsi nous dominons les animaux en les mangeant.

 

La consommation de viande est ainsi considéree par la plupart des gens comme la pratique spéciste centrale (même si bien sur ils ne l’expriment pas en ces termes), et elle justifie à elle seule toutes les autres pratiques spécistes.

 

Si vous entrez dans un magasin de chaussures et que vous demandez des chaussures sans cuir n’ayant pas nécessité l’abattage d’animaux, on vous regarda bien sur comme si vous étiez folle ou fou, et on vous répliquera qu’il faut bien faire de la viande, alors pourquoi ne pas utiliser le cuir? Alors que si vous vous exprimez publiquement contre la consommation de viande, on ne vous dira pas qu’il faut bien faire des chaussures (pourtant, il me semble, mais à vérifier, que le cuir rapporte plus d’argent aux abattoirs de bovins que la viande elle-même). Non, on vous dira que c’est dans l’ordre naturel des choses, que la Nature/Dieu a placé « l’Homme » en haut de l’échelle des êtres, ou que sais-je. Ou pire encore, on vous répliquera « la viande c’est trop bon »! finissant de ravaler au rang de chose cet être sensible, en le niant, en faisant comme s’il n’existait pas. Sa vie ne vaut pas quelques minutes de plaisir dans une bouche humaine.

 

Mais le fait que manger de la viande constitue un acte de domination suprême ne suffit pas à mes yeux pour en faire la pratique spéciste centrale. Si j’accorde autant d’importance à la viande, c’est parce que cet acte de domination, en plus d’être fort, est celui qui réunit tout le monde. Non seulement la consommation de viande montre que les gens sont spécistes, mais je suis persuadée qu’elle entretient et renforce le spécisme des gens, voire même qu’elle peut suffire à le faire exister.

 

Tout le monde mange de la viande. Enfin, tout le monde… Sauf les végétariens, bien sur, qui sont si souvent purement et simplement ignorés, comme s’ils n’existaient pas, car s’ils existent, alors la vie des animaux pourrait valoir davantage que quelques minutes de plaisir et un peu d’argent.

Le problème de la viande, c’est qu’en étant si fortement ancrée dans les habitudes culturelles, elle ligue les gens contre les animaux. Ce n’est pas un hasard si, lors des actions contre la fourrure, lors des manifestations contre l’utilisation d’animaux dans les cirques, ou contre la corrida, j’ai si souvent entendu: « mais vous mangez bien de la viande! »

Non, nous ne mangeons pas de viande! Ce à quoi les gens répondent: « mais tout de même, vous ne pouvez pas empêcher

les gens de manger de la viande! »

 

Mais pourquoi manger de la viande? Peut-être précisément parce que tout le monde le fait. Et, comme on justifie de manger du chat ou du cheval par le fait « qu’on mange bien les autres animaux », on justifie de faire des objets en cuir parce que « on mange bien les animaux », on justifie aussi la chasse, la fourrure, la corrida, la détention et le dressage d’animaux sauvage, par le fait que les gens mangent bien de la viande.

 

Et les gens approuvent. Ils mangent bien de la viande, non? Et ils ne sont pas de mauvaises personnes, pourtant. Alors ça ne doit pas être si mauvais que ça. Ca ne doit pas être si terrible d’utiliser les animaux, de les tuer. Puisqu’eux-même le font.

 

Tout le monde mange de la viande.

Ainsi, les gens se désolidarisent des animaux devant le constat qu’eux-même les asservissent, de la façon la plus terrible qui soit; et qu’ils pensent avoir besoin de cet asservissement pour continuer à vivre.

 

Etre végétarien, c’est déjà remettre en question cet ordre des choses, le déclarer pas si parfait, considérer comme pas si innocent l’utilisation de l’animal, et c’est donc le début potentiel d’une remise en question totale de la place de l’animal dans la société.

 

(1) Quand je parle de « viande », je pense en réalité à la chair animale, ça inclut donc aussi le poisson.

(2) D’ailleurs, dans l’industrie de la viande, les animaux sont presque toujours tués très jeunes. Les animaux élevés pour leur chair sont tués soit tout bébés, soit très jeunes. Par exemple, les poulets de chair sont abattus à l’âge de 6 ou 7 semaines, ce ne sont en réalité que des poussins hypertrophiés qui sont le résultat d’une sélection génétique rigoureuse. Même les animaux « adultes » ne vivent pas bien longtemps: le boeuf est abattu à l’âge de deux ans et demi, les porcs Large White sont tués à l’âge de 145 jours, soit environ 5 mois. Les seuls animaux qui vivent un peu plus longtemps sont ceux qui sont utilisés pour autre chose: les poules pondeuses vivent un an et demi et les vaches laitières environ 4 ans. Bien sur il y a aussi des raisons économiques à cela, mais on mange très peu les vieux animaux.