This is the end

Je me suis dit que j’allais écrire une article très intéressant aujourd’hui car c’est mon dernier jour en Inde. Mais maintenant je ne sais plus trop quoi dire. C’est comme si les mots s’étaient coincés quelque part, dans un autre monde. Comment résumer un voyage de 13 mois en un seul article? Quelle idée idiote… Mais malgré tout, c’est peut-être mieux que de ne rien dire du tout.

Ce soir je vais à l’aéroport, et demain soir je serai à Paris.

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FAQ tour du monde – 2/ le départ

Après nous être débarrassés de la question du budget… Alors voilà, le 24 février 2011, je suis partie faire le tour du monde. Mais pourquoicommentdonc ?

1) Comment as-tu décidé de faire le tour du monde?

En fait je ne voulais pas faire le tour du monde, je voulais juste voyager. C’est Alderanan qui parlait parfois, à l’époque, de faire le tour du monde; il y pensait depuis très longtemps. Moi j’aimais bien l’idée, mais ça me faisait un peu peur. Je pense que ça lui faisait peur à lui aussi, en tous cas il ne se décidait pas à le faire.

A l’époque il n’était pas question pour moi de voyager sur le long cours, car une fois que mon master serait fini, j’avais prévu d’enchaîner sur une thèse. Je n’avais aucun doute sur le fait que je trouverais une bourse de thèse rapidement. Ce qui m’ennuyait c’est que je travaillais dans la recherche en productions animales, et que je n’étais pas à l’aise avec ce que l’on faisait aux animaux. J’étais déjà végétarienne, et pas loin d’être végétalienne. Je pouvais bien sur bosser dans le bien-être animal, mais… Bref. Il y avait aussi le fait qu’une thèse repousserait mon départ autour du monde d’au moins 3 ans. En fait beaucoup plus, puisque partir entre la thèse et le post-doc, c’est plutôt une mauvaise idée professionnellement. Donc sur le papier, ça repoussait mon départ de 3 ans, mais en pratique ça avait de grandes chances de l’annuler.

Dit comme ça, tout ça parait assez simple, mais en fait c’était très très compliqué: il y avait ce travail qui me plaisait mais qui me posait des problèmes d’éthique. Il y avait la thèse que je m’étais promis de faire plusieurs années avant, et j’y étais presque, moi qui avais toujours rêvé d’être chercheuse. Il y avait l’espoir, grâce au réseau que je commençais à me faire, de trouver éventuellement une thèse sans avoir à exploiter d’animaux. Enfin il y avait l’idée complètement effrayante, folle et dangereuse, d’utiliser tout l’argent que je possédais pour partir un an dans des pays inconnus, moi qui avais très peu voyagé dans ma vie, pour revenir un jour fauchée et sans travail. J’y pensais vaguement, mais pas sérieusement, c’était bien trop terrifiant. Ajoutez à cela que mon boulot me laissait assez peu de temps pour penser, et que mes périodes d’examen avaient été si éprouvantes pour moi que j’étais encore sous anti-dépresseurs.

Les choses se sont dégradées lorsque j’ai été confrontée à la détresse toujours croissante des animaux à mon travail. C’était d’autant plus invivable que je me sentais responsable – j’avais beau me dire qu’un autre stagiaire l’aurait fait à ma place si j’avais laissé tomber (c’était le genre de stage pour lequel les étudiants se bousculent), je ne pouvais pas être à l’aise avec ce que je faisais. Sans compter les frictions que cela a provoqué avec les bergers et l’ingénieur sous les ordres duquel je travaillais. Ces baisses de moral ne m’aidaient pas à affronter mes peurs. Je me faisais bouffer par l’angoisse.

Bref, ma situation devenait impossible.
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FAQ tour du monde – 1/ le budget

On me pose beaucoup de questions à propos de mon voyage et ça fait un moment que je pensais faire une FAQ. En fait je vais en faire plusieurs, ça me permettra de disgresser un peu et de parler des voyages en général. cette première FAQ concerne le budget puisque c’est à propos de ça que j’ai le plus de questions.

1) Comment as-tu financé ton voyage?
Ha, l’argent, le nerf de la guerre. Je ne l’aurais pas cru, mais c’est la question qu’on me pose le plus souvent, et de loin.
En gros, un tour du monde d’un an coûte entre 15 000€ et 30 000€ par personne. Bien qu’on puisse aussi faire le tour du monde pour beaucoup moins cher ou, évidemment, beaucoup plus.
Un tour du monde à 15000€, c’est environ 22€ par jour et par personne. Pour ce prix-là, il faut faire assez attention, car les transports coûtent vite cher. Mais si vous choisissez des pays où la vie n’est pas trop chère, c’est faisable.
Détail important, partir à deux coûte moins cher par personne, mais n’oubliez pas qu’un voyageur seul n’est pas seul tout le temps (j’y reviendrai).
En ce qui me concerne, mon tour du monde m’a coûté 16 000€, ce qui est plutôt un budget bas, surtout que je suis partie un peu plus d’un an.
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Nostos, altos, nostalgie.

Quand on fait le tour du monde, on passe son temps à montrer de belles images, on se prend en photo dans des endroits grandioses, où l’on a longtemps rêvé d’être. On envoie un peu de rêve dans une carte postale, comme si on en avait trop pour soi. Je n’ai pas lu beaucoup de blogs de voyages, mais à les parcourir, on dirait que chaque jour est une fête, quand on vit sur la route.

Ce n’est pas tout à fait vrai, pourtant. C’est un petit mensonge honnête, un mensonge par omission. Faire le tour du monde, ce n’est pas la fête tous les jours, c’est beaucoup de bonheur oui, mais ce n’est pas que du bonheur tout le temps. SI c’était si facile que ça, est-ce que tout le monde ne serait pas en train de le faire? Et pourtant dans chaque maison, les gens vivent sédentaires, dorment chaque jour dans le même lit. Et nous, dans les bateaux, les trains, les avions, et les bus qui roulent pendant des journées et nuits entières, on ne peut pas dire qu’à l’arrivée, chaque nouvelle ville nous recevra toujours en forme, frais et dispo.

 

Un peu trop de fatigue. Une route trop longue. Et puis, c’est le mal du pays.

 

Ouais. Tu sais, c’est pas facile de voyager. Dans les cahots des bus boliviens on est comme dans le confort feutré des taxis de Santiago: déracinés. On a beau en connaître un peu plus chaque jour, on est toujours très loin de tout ce que l’on connait. Le monde est trop grand et nous sommes si petits.

 

Ha, au début on fait les fiers! Les amis, la famille ne nous manquent pas, on voit des choses toujours plus belles. On se contente d’un vieux matelas pourri dans le premier trou à rat venu, on mange que du pain et du riz. On se contente de peu, et c’est encore trop pour les voyageurs que nous sommes… Que nous voulons être. Si on pouvait, on se contenterait de rien du tout. On dormirait sur la pierre froide, dehors, avec le ciel étoilé comme couverture, simplement parce que c’est beau, et tout ce qu’on veut c’est du beau. Le beau, ce n’est pas plus important que le confort? Le confort, on l’a laissé derrière nous. On y a renoncé, pour avoir quelque chose de mieux. Et puis, on découvre, on essaie, on apprend la langue, au moins quelques mots. On fait des rencontres… On se réjouit du choc des cultures. On veut toujours plus de nouveau.

Mais le temps passe et, parfois, on se sent seul. Parler toujours anglais ou d’autres langues nous fatigue. On pense un peu plus souvent aux gens qu’on aime et qui sont loin, mais aussi simplement, à ceux qui nous comprennent. Les paysages sont toujours aussi beaux, mais maintenant qu’on en a vu d’autres, on dirait presque qu’on s’émerveille moins facilement, comme si la rétine s’usait à la beauté.

Et par moment, on se prend à rêvasser à la promesse du retour.

 

Et puis, les auberges froides, les lits qui ne sont pas les notres nous lassent. Alors, on en apprivoise un. On pose son sac à dos. On prend ses repères. On créé un rituel, ici et maintenant. On dort dans ce lit, on déjeune à cette table, tous les jours, deux, trois quatre jours de suite… Parfois une semaine. Mais déjà il faut reprendre la route. On trouvera un nouveau lit, une nouvelle table, un nouveau rituel. Avant de voyager, je n’ai jamais eu de goût pour les rituels, je me réjouissais que chaque matin soit un matin différent, même si c’était simplement parce que je ne faisais pas la même chose.

 

On se laisse aller au plaisir de la découverte, et aux joies de l’insouciance, de vivre au jour le jour. Mais par instants, comme un moustique qui nous pique, la nostalgie nous gagne.

 

Nostalgie: de altos, la douleur, et nostos, le retour… Nostalgie, mal du pays.

La nostalgie est un peu taboue. Je l’ai dit, les blogs de voyage ne parlent que de ce qu’ils voient de merveilleux chaque jour. Et pourtant, je suis sûre que parfois, ils passent comme moi des journées pas si extraordinaires que ça. Je suis sure qu’ils se fatiguent par moments, c’est d’ailleurs en prévision des coups de blues que beaucoup, comme nous, partent à deux. Mais de nostalgie, nul n’en souffle mot. Pas quand elle survient. On aurait peut-être l’impression de se plaindre alors qu’on réalise le rêve de sa vie… Comme si on était toujours obligés d’avoir des étoiles plein les yeux, toujours obligé d’être joyeux et ne jamais, jamais regarder en arrière. Regarder en arrière, c’est pour les faibles!

 

Mais c’est un mensonge. Le rêve de ma vie, c’était aussi un voyage qui a des hauts et des bas, un vrai voyage, avec ses moments merveilleux et ses passages à vides, avec ses galères et ses manques. Quand on part, on se doute bien qu’un jour, on en aura plein les pattes, et que ça fera partie du voyage. Ne parler que des joies de la découverte, c’est aussi faire croire que quand on part, on ne renonce à rien. Et le bonheur de la découverte serait peut-être moins complet si pour lui, on ne renonçait pas à quelque chose. Si on ne partait que parce qu’on n’a rien à perdre, si on n’avait rien laissé derrière soi. Et si ces choses ne se rappelaient pas à nous, quand par les soirs trop pluvieux ou dans les trajets trop longs, on se laisse aller à quelques minutes, ou quelques heures de nostalgie.

 

Nostos, altos. Ce n’est pas une maladie. C’est un sentiment amer et doux.  Je me sens parfois seule et perdue. Je pense aux gens que j’aime, je me demande: « Que fait-il en ce moment? ». « Que fait-elle? Est-elle heureuse? Pense-t-elle à moi elle aussi? ». Une douleur légère empreint ces pensées douces. Car ils ne sont pas aussi loin, il ne sont pas aussi seuls. Ils sont là-bas, ensemble, proches les uns des autres, même s’ils ne le savent pas. Alors je sais que je ne leur manque pas autant qu’ils me manquent. Ca me réjouit et m’attriste en même temps.

 

Quand même, il y a quelque chose de formidable dans le fait d’être humain: on s’habitue à tout. Et déjà, beaucoup de mes vieilles peurs sont derrière moi. Je les ai laissées sur la route, comme ces petits objets que j’ai perdus. Une clé usb, un t-shirt. D’ailleurs, ça fait longtemps que je n’ai rien perdu, je croise les doigts. Mais mes peurs, elles, s’en vont. Mes préjugés se laissent vaincre, aussi. Si on peut être en terre inconnue comme un poisson dans l’eau, alors je finirai par l’être. Et ce sera comme si aucun lieu ne m’était inconnu. J’aurai apprivoisé la Terre.