Appel contre l’incitation au viol sur internet

 L’intégralité de cette tribune peut être téléchargée ici. Toute personne adhérant à cet appel peut le reprendre à son compte et le reproduire, le diffuser et le publier.
 

Incitation au viol sur un site de coaching en séduction

Nous, militantes féministes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol. Lire la suite

Toi aussi encourage le viol comme Kamal

Dans « les violeurs« , je reprenais des passages d’un article écrit par un demeuré quelconque de la communauté des players (sortes de Poires sur le retour animés d’une queutardise à peine complexée); à ceci près que celui-ci a la particularité de gagner sa vie sur la frustration sexuelle de gamins probablement un peu idiots et terrorisés à l’idée d’être toujours puceaux à l’âge de 15 ans. Mais bref.

L’article en question, je le rappelle, était sexiste et problématique à plusieurs niveaux, mais il l’était surtout parce qu’il incitait au viol d’une façon plus que claire. Je ne vais pas reciter les passages les plus choquants (j’en avais déjà cité pas mal dans « les violeurs », vous pouvez les lire en seconde partie de l’article). Je vais me contenter de résumer en quoi l’article était non seulement choquant, mais dangereux. Les conseils suivants étaient donnés:

  • Imposer un rapport sexuel violent à une inconnue, partant du principe qu’à partir du moment où elle est entrée dans votre appartement c’est ce qu’elle veut.
  • Imposer une pénétration violente et des actes sexuels violents à sa conjointe, sans lui avoir demandé son avis auparavant (absence de demande de consentement explicitement précisée).
  • Continuer d’imposer le rapport sexuel violent si la « partenaire » (ou plutôt victime) montre des signes indiquant qu’elle le refuse.
  • Forcer la « partenaire » à une fellation avec éjaculation.
  • S’autoriser sur sa personne tout acte sexuel dont le lecteur pourrait avoir envie, sans se préoccuper de son plaisir à elle. (« ne vous refusez rien »…)

Le tout emballé dans une espèce d’idéologie misogyne et présenté comme une « méthode » (« cette méthode est réellement efficace ») permettant d’arriver à ses fins, c’est à dire d’obtenir un rapport sexuel. L’article propage en outre plusieurs mythes sur le viol: les femmes aiment être forcées, si une femme vient chez vous c’est pour être baisée violemment, elles adorent qu’on ne se préoccupe pas de leur plaisir, elles disent toujours non au début mais finissent par aimer ça si on les force, etc.

Ce texte a évidemment été dénoncé plusieurs fois comme incitant au viol et signalé au gouvernement, mais il est resté en ligne. J’insiste sur le fait que cet article est lu par des jeunes hommes souvent inexpérimentés, s’estimant frustrés sexuellement, déjà pétris de culture du viol, et les encourage donc très dangereusement à passer à l’acte.

Mais pourquoi je vous parle de ça, alors que « les violeurs » date de 10 mois et que la bouse dont je parle est encore plus ancienne que ça?

Récemment, cet article a été dénoncé à nouveau par la blogueuse féministe Dikéju dans un article intitulé Pick Up Artist, le marketing de la violence misogyne. Elle incitait à signaler à nouveau cette page, ce qui apparemment a fini par aboutir à un résultat car le site gouvernemental français indique que la page a été signalée « à de très nombreuses reprises »; de plus elle indique également d’autres moyens de signaler le contenu problématique (à l’hébergeur, à l’agence CSV etc; pour en savoir plus je vous invite à lire directement son article).

Elle a également écrit un courrier à l’agence CSV dénonçant ironiquement sa façon de se faire de l’argent sur le marché du sexisme, courrier également publié sur son blog. Le créateur de l’agence CSV, un super beau gosse dont le charisme animal n’a d’égale que sa formidable tête de winner (voire photo ci-dessous), s’est fendue d’une réponse complètement idiote, accumulant tous les clichés crétins assenés aux féministes par les pires beaufs qu’on puisse trouver. De quoi remplir un bingo féministe à lui tout seul. Notons que l’argumentaire (si tant est qu’on puisse appeler « argumentaire » un peu de bave mousseuse collée sur un clavier d’ordinateur) ajoute le racisme à la misogynie, puisqu’il conseille à Dikéju, après s’être élargi le vagin avec un sex-toy, d’aller s’occuper des vraies victimes de sexisme, les femmes irakiennes. Car c’est bien connu (du beauf raciste et sexiste de base), nous dans notre beau pays du pain-baguette et de la tour eiffel(1), le sexisme ça n’existe pas, c’est le problème des Arabes qui sont méchants avec les pauvres fâmes parce que ce sont des barbares même pas civilisés. Par contre, inciter à violer des femmes, c’est pas du tout un problème: y a pas de voile.

Bref. Depuis que l’affaire est remontée, quelques passages de l’article ont été supprimés, mais des passages très gênants sont restés et de plus, le sens global de l’article est de toutes façons dangereux. On ne peut pas accepter des propos aussi violents et parfaitement décomplexés sous couvert de « conseils sexuels ».

Un viol n’est pas un acte sexuel, mais une agression, bien que les agresseurs aient tendance à confondre les deux. Un acte sexuel n’est pas une agression, mais la rencontre de deux désirs.

Plutôt que de se demander « comment bien baiser » les lecteurs et surtout les auteurs de SeductionByKamal feraient mieux de se demander pourquoi c’est si important de baiser avec des femmes qui ne les désirent pas.

Avec Antisexisme, j’ai lancé sur twitter le hashtag #ToiAussiSéduisCommeKamal afin de dénoncer la culture du viol colportée par ce site, mais aussi par les « players » en général, dont j’ai lu énormément de propos dangereux que je n’ai pas le temps de détailler ici.

 

 

 

 

 

 

 

(ceci étant un échantillon de twits choppé à peu près totalement au hasard).

Nous espérons que le buzz ainsi créé permette d’attirer l’attention sur ces pratiques problématiques (mais malheureusement très lucratives). Mais si ce n’est pas le cas, ça nous aura au moins permis de rire un bon coup.

Et tant mieux, parce que c’est pas tous les jours.

 

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PUA: quand la drague incite au viol

 

(1) symboles phalliques notoires, et je dis pas ça juste parce que c’est drôle de voir des symboles phalliques partout.

Les violeurs

Parmi les mythes sur le viol, il y a l’idée que les violeurs sont des psychopathes, des malades mentaux. Bien pratique, cette idée fait du viol non pas un phénomène de société, mais un ensemble de faits divers isolés. Elle est bien sur démentie par de nombreux éléments concrets, à commencer par le nombre de viols par an en France (environ 75 000 d’après l’Observatoire National de la Délinquance, chiffre probablement sous-estimé puisque de nombreuses femmes ne parlent jamais du viol qu’elles ont subi), mais aussi par leur impunité (90% des femmes ne portent pas plainte, 98% des agresseurs ne seront jamais condamnés; de plus la plupart des viols sont requalifiés en agressions sexuelles).

Il est difficile de mettre un chiffre là-dessus mais la majorité des femmes ont déjà subi une agression sexuelle. J’ai subi plusieurs agressions sexuelles dans ma vie ainsi qu’une tentative de viol, et cela n’a rien d’exceptionnel. Si je raconte cette tentative de viol à plusieurs femmes, un certain nombre d’entre elles auront une histoire équivalente à raconter, toutes auront quelque chose à dire de leur expérience là-dessus. Les viols et les agressions sexuelles ne sont pas des choses qui arrivent comme ça, par hasard, à cause de fous isolés. Ils font partie du fonctionnement de la société. Ils sont « normaux ».

Il peut sembler paradoxal qu’un viol soit à la fois considéré comme un crime horrible et à la fois comme quelque chose de tout à fait normal et banal.
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Les aventures de Yaka et Yakapa

Ces derniers temps, on a reçu tellement d’excellents conseils sur comment faire pour ne pas être violées, que je me suis dit que ça méritait bien une petite note éducative.

Je vous présente donc nos deux protagonistes, Yaka et Yakapa.

titre yaka et yakapa

Nous pouvons d’emblée remarquer quelques différences entre Yaka et Yakapa.

Yaka a des grosses lunettes, elle porte un pantalon moche et un chemisier moche agrémenté d’une veste laide. Elle est vilaine avec des boutons.

Yakapa, elle, porte une jupe et du maquillage. De plus, elle est bonne.

Mais ce ne sont pas les seules différences entre Yaka et Yakapa ! Penchons-nous sur la vie de ces deux amis.

yaka rentrer

    Voici notre amie Yaka.

  • Yaka ne se promène jamais seule dans la rue la nuit. Elle rentre donc toujours du travail avant 17 heures, mais l’été elle a parfois la joie de pouvoir sortir jusqu’à 20 heures !
  • Yaka ne rencontre jamais personne. Elle évite également de fréquenter les gens qu’elle connait. D’une manière générale, elle n’a pas d’amis.
  • Le soir,  après avoir fermé ses 8 verrous en acier inoxydable, Yaka boit une tisane et va se coucher, armée d’une bombe au poivre et d’un taser qu’elle dissimule habilement sous son oreiller.
  • Quand quelqu’un frappe à la porte, Yaka n’ouvre pas, et appelle à tout hasard la police.
  • Yaka n’est jamais rentrée chez quelqu’un d’autre que sa mamie. Mais là encore, elle vérifie qu’il n’y ait aucun homme dans les environs. C’est très important.
  • Yaka également équipée d’un dispositif anti-viol à base de ceinture de chasteté et de sous-vêtements de chez damart. On est jamais trop prudente

yakapa danse en boite

    Voici maintenant Yakapa.

  • Yakapa se promène parfois dans la rue, il lui arrive de sortir et de rencontrer des gens. Même des fois elle rencontre des gens qu’elle ne connait même pas.
  • Yakapa a donc des amis et même des amis d’amis.
  • Parfois, Yakapa va dans la rue, en boîte, ou dans des bars avec ses amis. Il lui arrive également de boire de l’alcool.
  • Après être sortie, Yakapa rentre chez elle en marchant par terre dans la rue. Des fois, c’est la nuit.
  • Yakapa a déjà laissé rentrer des gens chez elle, et même parfois des gens de sexe masculin. Elle s’est également déjà rendue chez d’autres personnes.
  • Yakapa porte des culottes ou des strings et de plus, elle possède un vagin.

Décidément cette Yakapa cherche vraiment les problèmes !

Après il faudra pas s’étonner, il faudra assumer.

yaka s'est faite violerHa ben voilà !

Yakapa aurait du imiter sa sage consœur Yaka.

Entre nous, est-ce qu’elle ne l’a pas un peu cherché?

c'est bien normalLa prochaine fois dans LES QUESTIONS COMPOSENT, retrouvez nos autres amis !

yavékapaHa merde, trop tard.

Bref…

Quand je vois certaines féministes qui osent nous parler de restriction de la liberté des femmes, alors qu’il suffirait d’appliquer quelques conseils tout bêtes pour que personne ne se fasse violer !

C’est vraiment trop ballot

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