Les vrais mecs contre Le Vrai Mec

Parfois, je me dis que je devrais arrêter d’écrire, tellement les gens lisent n’importe quoi. Certains ont poussé la vraimecitude jusqu’à trouver que mon dernier article versait dans la misandrie.

Je ne parle pas seulement du petit bichon hargneux qui a posté le second commentaire, mais de diverses réactions peinées, toujours de la part d’hommes.

C’est tout de même très triste. Pas vraiment parce que ce n’est pas ce que je voulais dire, mais parce que c’est là que je constate à quel point les hommes sont souvent profondément sexistes, et que ce sexisme ne joue pas seulement sur l’image qu’ils ont des femmes, mais aussi sur l’image qu’ils ont d’eux-mêmes (inversement, le sexisme des femmes joue aussi beaucoup sur leur image d’elle-même, mais j’y reviendrai).

Certains de mes amis se sont tellement identifiés à l’archétype de « vrai mec » que j’ai décrit, cet espèce d’abruti fini obsédé par son pénis, cet « étalon priapique au QI de moule » pour reprendre les termes que j’avais utilisés, qu’ils ont été vexés que je dise mes quatre vérités en ce qui concerne ce modèle.

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La terreur du râteau

On l’appelle crampe, veste, râteau, vent, stop, bûche, gamelle. Sa seule pensée pétrifie les hommes, eux sur lesquels est censés reposer tout devoir d’action en matière de séduction…
Cet article se place dans un contexte bien spécifique, celui des relations de séduction hétérosexuelles au sein d’une société viriarcale, où le devoir d’initier une relation repose tout entier sur les larges épaules de l’homme. L’homme qui, du coup, se prend les râteaux. Et ça, l’homme, il déteste. Pire, ça le terrifie… Pourquoi?

Vous connaissez cette histoire? Ils se sont rencontrés. Ils se plaisaient. Ils sont allés au restau. Ils ont dansé. Ils ont dansé de très près. Ils ont flirté. Un peu plus tard dans la soirée, ils se sont isolés tous les deux. Un silence est passé, vaguement géné. Puis rien. Ils se sont dit au revoir et chacun est rentré chez soi.
Elle s’attendait à ce qu’il l’embrasse. Il a pensé qu’elle devait sans doute s’attendre à ce qu’il l’embrasse, mais il n’en était pas tout à fait certain. Le temps qu’il se décide à faire quelque chose, le charme était rompu. Il a fallu se quitter, maladroitement, un peu froidement. Probablement il se sent bête. Souvent, elle est un peu vexée.

Longtemps, je me suis demandée: pourquoi cette peur du râteau?
« Tu ne comprends pas », m’a-t-on dit. « c’est terrible de se prendre un râteau ».
Je continuais à penser que ce n’était terrible que parce qu’ils considéraient cela comme terrible. Je pensais que cela faisait partie du jeu. Vous savez, celui dont personne ne choisir les règles: il propose, elle dispose. Il y aurait beaucoup à dire sur l’inhibition de la sexualité des femmes qui empêche à celles-ci de proposer, ou même de communiquer efficacement leur désir. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur ce système de valeurs viriarcal, privilégiant l’action et l’audace, qui pousse les hommes à « proposer » le plus possible et floute parfois un peu la limite entre proposer et imposer. Mais laissons cela pour le moment.

Bien sur, on peut apprendre à gérer la peur du râteau. Tout homme ne se sent pas profondément anéanti parce qu’il vient de se manger un méchant vent en essayant d’embrasser une femme. Tout dépend de sa fragilité psychologique, de son amour-propre, de son expérience, des relations qu’il entretenait avec la personne, de ce qu’il en espérait, de la façon dont les choses se sont déroulées. Tout dépend de plein de choses.
Je sais que les sargeurs et autres PUA, cette bande de clowns du viriarcat moderne, mettent la peur du râteau sur le compte de l’inexpérience, du manque d’estime de soi, et arguent que l’on peut parfaitement affronter cette peur jusqu’à la faire disparaître. A vrai dire, ils n’ont pas tort sur toute la ligne. L’un des rares mérites de la « sarge » et de toutes ces théories sur la séduction (souvent fumeuses), c’est de permettre à certains hommes de passer outre cette peur du râteau, de la relativiser, de prendre du recul par rapport à ce que ça signifie, à ce que ça représente.

Et justement, ça représente beaucoup. Là où l’analyse est tristement limitée, c’est en ce qu’elle attribue la peur du râteau à la simple inexpérience ou au manque d’estime de soi.
Or, il ne suffit pas de s’être pris beaucoup de râteaux pour ne plus en avoir peur, ni d’avoir connu beaucoup de femmes, ni même d’être quelqu’un d’épanoui et de relativement sur de soi. Bien sur, quelqu’un ayant un faible amour-propre vivra plus mal encore cette expérience. Bien sur, les hommes sont inégaux devant la peur du râteau. Mais il existe des gens tout à fait surs d’eux, extravertis, ayant une solide expérience de la vie, qui sont pétrifiés à l’idée d’essuyer un refus. Au point qu’ils choisissent souvent de ne pas agir.
Bien sur, on pourrait légitimement se demander pourquoi c’est toujours aux hommes d’agir dans ce genre de situations, mais ça nous ferait sortir du sujet. Et la question reste en suspens: qu’y a-t-il de si terrible à se prendre un râteau?

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Des clefs et des serrures, le sexisme en métaphores

Des affirmations suivantes, laquelle est sexiste?

Affirmation n°1:   « Si un homme séduit de nombreuses femmes, c’est un Séducteur. Si une femme séduit de nombreux hommes, c’est une Salope »

Affirmation n°2: »Si une clef ouvre de nombreuses serrures, c’est une clé magique. Si une serrure est ouverte par de nombreuses clefs, c’est une serrure de merde »

 

Les deux? Oui bon ok, elles disent la même chose.

Mais elles ne le disent pas de la même manière. Pour ma part, je trouve que la première affirmation ne véhicule pas tous les clichés pervers de la société partiarcale, elle ne fait qu’annoncer un de ses non-sens d’une manière si péremptoire qu’il est plus facile de la contredire que de chercher à l’expliquer.

Quant à la deuxième, elle est beaucoup plus intéressante.

Premier constat: c’est une métaphore. La métaphore se distingue de la comparaison par l’absence de certains termes: « comme », « tel », « à la manière de ». Elle assied donc un parallèle avec beaucoup plus de force. Pour qui manque d’esprit critique, la métaphore est plus difficile à remettre en question de la comparaison. Ici, la métaphore évoque un symbole phallique (la clé) et un symbole vaginal (la serrure). Mais les symboles sexuels ne sont qu’un aspect très négligeable de ce que dit réellement la métaphore.

 

La femme est une serrure,

l’homme est une clé.

 

Comparaison brutale et péremptoire, et définissant les individus par leur sexe, elle évoque un état de nature fatal, contre lequel il est vain d’aller: une clé une clé, une  serrure est une serrure, une bite est une bite, et une femme n’est pas faite pour être pompier. En d’autres termes, elle enferme l’homme et la femme dans des rôles prétendument attribués par leurs différences biologiques (pénis ou vagin).

Mais la métaphore de la serrure sous-entend surtout, de manière très insidieuse, que la sexualité de la femme est une chose qui doit rester cachée, dissimulée, en sécurité, offrir une résistance au mond extérieur. Puisque la valeur d’une serrure se définit par sa qualité à protéger ce qu’il y a derrière, la valeur d’une femme correspond à sa vertu, au sens le plus ringard du terme. C’est à dire, non pas la capacité à choisir ses amants avec une grande attention à leurs qualités, mais celle d’avoir le moins d’amants possibles. Mais la pauvre volonté de la petite serrure est toujours inférieure à celle des millions de clés qui vont essayer de la pénétrer brutalement. Pauvre petite chose!

La métaphore de la serrure apporte également avec elle, outre ce concept de faiblesse, une idée d’immobilité, de passivité, voire même de soumission, dans le sens où une serrure ne choisit finalement pas la clé qui vient l’ouvrir, alors qu’une clé peut aller vers plusieurs serrures (même si elle ne les ouvrira pas toutes, mais au pire on peut toujours y aller au pied-de-biche, même si c’est pas fair-play, c’est toujours aussi phallique).

Ce qu’il y a de plus pervers dans cette image, c’est l’idée que lors du coït, l’homme entre dans le jardin secret de la femme, dans son univers intérieur, dans son intimité, sans qu’il y ait de réciprocité à cette pénétration dans tous les sens du terme. En d’autres termes le rapport sexuel n’est autre qu’une sorte de viol consenti. Un viol de la femme par l’homme, et pas l’inverse. Et  non pas un échange, où chacun découvre l’autre.

Notez bien que je parle de sexisme, et non pas de machisme ou de féminisme. La comparaison est finalement aussi peu flatteuse pour l’homme que pour la femme. La femme n’entre pas dans l’univers intérieur de l’homme, parce qu’il n’en a pas. Il n’y a rien derrière une clé, une clé ne peut qu’ouvrir une serrure et son univers intérieur est derrière une serrure, donc dans la métaphore, le seul univers intérieur de l’homme est celui d’une femme. Cette idée que seules les femmes dissimulent un espace protégé est typique de la pensée sexiste, dans laquelle les hommes sont des êtres sans profondeur, sans sensibilité, qui ne ressentent ni émotions, ni sentiments. Une pensée sexiste qui oblige les hommes à se conformer à cette image et les oblige à réprimer et nier leurs sentiments, faisant d’eux des êtres faibles et très seuls.

 

FInalement, la deuxième affirmation explique bien la première. Maintenant, tout est clair! Mais ce que j’aime le plus, dans cette métaphore à la con, c’est l’idée pseudo-romantique que toute clé trouvera sa serrure. Pourtant, j’ai encore chez moi un paquet de clefs qui n’ouvrent rien…