De l’utilité et de la nuisance des communications welfaristes

J’ai expliqué dans un précédent article pourquoi le welfarisme n’était pas un objectif viable, et que si on cherchait à aboutir la réflexion du welfarisme, sans tomber dans la demi-mesure, elle menait naturellement à l’abolitionnisme. Pour peu que l’on accepte de remettre en cause les croyances communes à propos de ce qui est acceptable ou non.     Paradoxalement, c’est pour cette même raison que je ne suis pas opposée à toute forme de communication ou d’action welfariste.  C’est là que certains vegans seront en désaccord avec moi (mes trois précédents articles étaient, je pense, assez fédérateurs par rapport à la pensée végane). Mais je pense que les campagnes welfaristes sont aussi un outil pour promouvoir la pensée abolitionniste, et donc le véganisme, qui est son application concrète.

Certains vegans considèrent que promouvoir le welfarisme, c’est encourager l’exploitation des animaux, voire même se diriger vers un monde où tout le monde mangera de la viande et boira du lait la conscience tranquille, puisque tous les animaux seront élevés dans les champs et pourront courir et sautiller gentiment avant d’être tués.  C’est mignon, mais ce n’est pas possible. Premièrement, comme je l’ai expliqué précedemment, un monde welfariste n’existe pas. A moins de considérer qu’une certaine dose de souffrance est acceptable, il y aura donc toujours des animaux qui souffriront. Deuxièmement, admettons que tous les animaux soient élevés « dans les meilleurs conditions possibles », il y aura toujours, comme j’ai démontré, une certaine dose de souffrance que nous infligerons aux animaux pour notre propre profit.     J’ai du mal à comprendre comment un végan peut considérer qu’on puisse exploiter les animaux la conscience tranquille, étant donné que c’est justement l’exploitation qu’il condamne moralement. A moins de considérer que son propre point de vue est erroné, il sait que l’esclavage des animaux n’est pas éthique. Comment peut-on cautionner quelque chose de non éthique en toute connaissance de cause et en ayant la conscience tranquille?    `

Il va de soi qu’une campagne abolitionniste est plus cohérente qu’une campagne welfariste et qu’elle a l’intérêt de remettre en question ce qui mérite d’être remis en question. Et, entre mener une campagne welfariste et mener une campagne abolitionniste, je choisirai sans hésiter la seconde. Les campagnes welfaristes ne s’attaquent pas à la source du problème et ne permettent pas aux gens de se remettre suffisamment en question.

Cependant, là ou mon opinion diverge de certains vegans, c’est qu’ils considèrent qu’une campagne welfariste est nécessairement nuisible à la cause animale. Je pense au contraire, qu’une campagne welfariste est souvent mieux que rien. Si on analyse tout ce que je viens d’écrire à propos du welfarisme, on se rend compte qu’une telle campagne a même un avantage sur une campagne abolitionniste: elle est non-extrêmiste, perçue comme modérée. Elle touchera donc certaines personnes qui sont, de prime abord, effrayées par l’abolitionnisme. En outre, toute campagne pour les droits des animaux a pour but de faire réfléchir les gens à ce qu’est un animal, et la façon dont il mérite d’être traité, et non pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire. Pour celà, ils doivent réfléchir. Défendre le bien-être animal, c’est rappeler que les animaux sont des êtres vivants sensibles, et qu’il n’est pas éthique de leur faire du mal. J’ose parier sur la cohérence des gens. De toutes façons, s’ils n’ont pas envie de réfléchir, ils continueront à manger leur bigmac, et on ne peut rien pour eux.     Je prend également en compte un principe de communication utilisé par les publicitaires depuis des décennies: plus on répète un message, plus il rentre. Donc plus on parle des animaux derrière la viande, plus j’ose croire que les gens y penseront. Et comme chaque personne est sensible à un type particulier de message plus qu’à un autre, multiplier les approches de la défense des animaux est utile.

Enfin, le welfarisme étant « modéré », et trouvant un champ d’écoute plus large, des avancées peuvent être obtenues. Malheureusement, on débouche le plus souvent sur des demi-mesures sans intérêt, mais même si je suis contre l’esclavage des animaux, je dois avouer que je préfèrerais qu’il se fasse dans des conditions moins horribles. C’est important aussi d’alléger un peu le martyre des animaux domestiques, qui est bien supérieur à ce qu’on imagine généralement. (D’ailleurs, les conditions de vie des animaux industriels sont si terribles et si éloignées des besoins naturels des animaux qu’il devient quasi impossible d’imaginer ce qu’ils éprouvent. Que ressent-on quand on est jamais sorti d’une cage dans laquelle on ne peut pas se retourner ni étendre ses membres? Quel effet peut bien leur faire la lumière du jour qu’ils voient pour la première fois lors de leur dernier voyage?)

Bien sur, je considère néanmoins que certaines formes de communication welfariste peuvent être dérangeantes, tout dépend comment et par qui elles sont faites. Marteler qu’on a le droit de tuer des animaux si on fait ça gentiment, ce qui est un parfait non-sens, n’aide certainement pas les premiers intéressés. C’est ce genre de phrases toutes faites qui conforte les gens dans leurs habitudes de consommations (et je ne dis pas « dans leur choix » car manger de la viande est généralement une attitude passive, alors que s’en priver est une attitude active, je considère que la plupart des gens qui mangent de la viande ne le font pas par choix, mais par non-choix) et qui leur permet de continuer à ne pas trop se poser de questions.

Mise à jour  (11 décembre 2011)

Je laisse cet article en ligne car je pense que tout n’y est pas à jeter à la poubelle. Néanmoins, je pense qu’il y a une importante faille logique dans le raisonnement que j’y ai tenu à l’époque. Je privilégie aujourd’hui les actions abolotionnistes et je ne m’intéresse plus aux actions welfaristes, comme je l’explique dans un article plus récent.

Du welfarisme a l’abolitionnisme, ou comment la cohérence éloigne des normes

J’ai exposé dans la précédente note, les raisons pour lesquelles, si on devient réaliste, on se rend compte qu’une certaine dose de souffrance est nécessaire si l’on veut élever des animaux, l’abus étant inhérent à la notion de propriété d’un être sensible. C’est donc en particulier vrai pour la viande, mais aussi pour toute forme d’élevage. J’insiste sur la viande, car en toute objectivité, si l’on se débarrasse de ses a priori culturels, il est difficile de considérer que l’abattage d’un animal en parfaite santé pour utiliser sa chair n’est pas un abus.

 

 

Le welfarisme se définit comme une défense du bien-être des animaux d’élevage qui  ne remet pas en cause l’élevage. Dès lors, il devient difficile de dire si le welfariste est un fantasmeur ou un hypocrite.

 

De deux choses l’une.

Soit le welfariste est quelqu’un qui s’imagine qu’on peut élever des animaux dans le monde entier sans que jamais aucun de soit frappé, ou affamé, ou assoiffé, ou maltraité d’une quelconque manière, et qui considère qu’abattre un animal pour vendre sa chair n’est pas un acte de violence à l’encontre de cet animal. Et là, on est dans le fantasme.

Soit le welfariste est quelqu’un qui défend le droit des animaux à ne pas souffrir, tout en acceptant qu’ils souffrent pour que l’on puisse les utiliser pour leur lait, leur viande, leur laine, ou quoi que ce soit. Etant donné que les vegans prouvent chaque jour que ces choses ne sont pas nécessaires, considérer que ça vaut le coup que les animaux souffrent pour ça, tout en prétendant défendre leur droit à ne pas souffrir, c’est de l’hypocrisie

 

En réalité, je pense que c’est ni l’un ni l’autre, voire un peu les deux. Le welfariste est juste quelqu’un qui a le cul entre deux chaises. Il n’aime pas trop que les animaux souffrent, mais il n’a pas envie de renoncer à les utiliser, donc il faut bien qu’ils souffrent quand même un peu. Ce pseudo-raisonnement ne mène nulle part. Bref, cela revient à ce que je disais au départ: le welfarisme est l’objet d’une réflexion inaboutie, voire d’un embryon de réflexion, qui omet de se débarrasser de ses carcans intellectuels.

 

On peut également voir le welfarisme comme le résultat de la schizophrénie sociale évoquée par Gary Francione. D’un côté, les animaux sont des êtres sensibles, de l’autre côté, on a le droit de les utiliser comme des objets. Le résultat est une pensée avortée, qui prétend défendre la vie sans mettre en danger l’économie, défendre les intérêts de l’animal sans s’opposer à sa mise à mort inutile.

 

Soit on défend les intérêts de l’animal sans remettre en cause les normes, les conventions sociales, l’économie, sans remettre en question les valeurs que la société nous a inculqué, donc en restant « modéré » et on se retrouve le cul entre deux chaises, on reste welfariste. Soit on défend les intérêt de l’animal, un point c’est tout, et on devient abolitionniste. Pour cela il faut bouleverser un peu ce qu’on a appris jusque là, ce qui n’est pas facile. Tout dépend de deux choses, principalement: si l’on est finalement prêt à accepter que des animaux souffrent pour nous, et si l’on est prêt à remettre en question tout ce en quoi l’on a cru jusqu’alors. Car, il ne faut pas se voiler la face, il est nécessaire de renoncer à énormément de ses croyances et des idées que l’on a apprises, pour aller jusqu’à l’abolitionnisme.

 

C’est pourquoi l’abolitionnisme est perçu comme extrêmiste (par rapport aux normes sociales). L’abolitionniste peut être vu comme un welfariste qui ne se serait pas laissé arrêter dans son raisonnement par les convention sociales. Dans la défense pour les droits des animaux, il faut malheureusement choisir entre l’incohérence et la déviance. Je choisis la déviance.

L’illusion du welfarisme

C’est une scène de Earthlings.

Des hommes sont autour d’un cochon et le frappent. Le cochon est à terre, incapable de se relever, mais ils n’arrivent pas à l’achever; il bouge encore. L’un d’eux ramasse un parpaing, le jette sur sa tête. Le cochon s’agite de plus belle, ses pattes remuent inutilement dans le vide. Sans se décourager, le type ramasse à nouveau le parpaing, le jette à nouveau sur la tête du cochon.

Je sais même plus si j’ai regardé jusqu’au bout. Je sais même plus si on voit le cochon mourir, ils l’ont tué c’est sûr, mais je sais pas combien de temps il s’est débattu.

Earthlings est un film qui vous remue les tripes. Vous avez deux réactions possibles: soit vous acceptez la vérité, soit vous rejetez tout en bloc. Mais si vous ne faites pas preuve de mauvaise foi, vous saurez que c’est ainsi qu’on traite les animaux dans le monde. Vous pouvez toujours vous rassurer en vous disants que « des fois, ils sont bien traités » ou même, si ça vous rassure encore plus, « la plupart du temps, ce n’est pas comme ça ». Même si c’était vrai que « la plupart du temps », les animaux ne subissent pas ce genre de traitements, il est de toutes façons indéniables que ces choses existent. Le simple fait qu’elles existent, qu’elles soient possibles, justifie à mes yeux que l’élevage doive être aboli (je vais développer). Si ce n’est pas votre cas, c’est que vous êtes convaincu par le welfarisme. Comprenez: défendre le bien-être des animaux, mais sans s’opposer à l’élevage, ni à l’abattage. (L’opposition à  tout élevage est appelée abolitionnisme).

Autrement dit, pardonnez-moi d’être franche, mais bon, c’est mon blog, j’fais ce que j’veux… Autrement dit, si vous croyez au welfarisme, deux hypothèses:

Soit vous trouvez acceptable que de tels traitements soient parfois infligés à des animaux tant que ce n’est pas « la majorité ».

Soit vous êtes niais.

Ca ressemble à un jugement mais ce n’en est pas un. Je fus niaise il n’y a pas si longtemps. Mais je suis sortie de carcans de pensée dans lesquels s’enferment ceux qui croient aimer les animaux, et l’objet de cet article est d’exposer le raisonnement que j’ai alors eu.

Earthlings pourrait passer pour un film en faveur du welfarisme, car il se focalise assez sur les mauvais traitements que subissent les animaux, et en lui-même, il ne semble pas remettre en cause la domination de l’humain sur l’animal. Mais il n’en est rien. A mes yeux, Earthlings est le plus puissant document existant en faveur de l’abolitionnisme.

Il m’a convaincue, après un très difficile moment passé à le voir en entier, et après plusieurs semaines de réflexion sur le sujet (plusieurs mois, même), que contrairement à ce qui semble logique au premier abord, l’abolitionnisme est plus intelligent et plus logique, et même plus réaliste que le welfarisme.

Parce que le welfarisme est finalement, l’objet d’une réflexion inaboutie. Quand vous regardez la scène du cochon avec des yeux « welfaristes », vous vous dites logiquement qu’ils ont le droit d’utiliser ce cochon, mais sans le frapper comme ça. Il n’y a qu’un pas entre cette considération et le jugement: « ils sont méchants de traiter ce pauvre animal comme ça ». Si on dépasse son besoin stérile et immature de juger les gens pour ce qu’ils font, il apparait qu’il est logique, et même normal, que ces hommes frappent ce cochon et lui envoient un parpaing dans la gueule. C’est une conséquence du statut du cochon. le cochon est une machine à produire, et là, ben il faut qu’il soit mort, et il est vivant, et ils ont surement pas le matériel qu’il faut, alors ils tapent dessus pour qu’il passe plus vite de vivant à mort (le temps c’est de l’argent), ils trouvent un parpaing, enfin, ils se démerdent, quoi. Ce qu’ils font est certes cruel, mais il faut être logique: soit le cochon est un objet, soit c’est un être sensible. Dans le système de l’élevage, le cochon est né pour être de la viande, c’est donc un objet, et non pas un être sensible.

Autrement dit le welfarisme c’est se dire: « il faut être gentil avec les cochons, il faut pas les taper », sans réaliser que la gentillesse et la bienveillance sont des qualités humaines réparties de façon inégale. Que chaque personne doit à tout moment faire des choix entre la bonté et l’égoïsme. Que personne ne peut être obligé d’être gentil, d’autan plus avec un être né pour mourir. Que que tant que les cochons seront des objets à fabriquer quelque chose, X% de la population leur donnera des coups de pieds pour qu’ils avancent plus vite, et qu’on ne peut rien faire contre ça.

Donc vous êtes niais si vous pensez qu’on peut « traiter bien » les animaux, partout, tout le temps. Vous êtes naïf et vous vivez dans un monde de bisounours. Regardez Earthlings, si vous avez les burnes de le regarder, et regardez-le en entier. Vous saurez que la vérité est bien loin des rêveries puériles de gentille ferme avec des gentilles vaches qui vont gaiement à l’abattoir en sifflotant.

Croire au welfarisme est doublement niais, puisque d’une part cela revient à croire qu’on peut élever des milliards d’animaux et les traiter toujours bien, tout le temps, que tout le monde sera gentil avec eux, alors que leur statut est celui de machines à produire. Et que d’autre part, c’est considérer qu’on peut tuer des animaux sans leur nuire… J’aimerais bien savoir par quel miracle.

Si vous pensez qu’on peut considérer un animal comme un être sensible ET comme une machine à produire de la viande, êtes vous sûr que vous avez bien considéré la question sous tous les angles?
Réflechissez à ces questions: comment un animal peut-il être un être sensible et unique, autrement dit une personne, ET une machine à produire? Tient-on compte de sa sensibilité si on le fait naître pour le tuer? S’il est malade, faut-il alors le soigner ou le tuer? Pourquoi faudrait-il le soigner si ça fait perdre de l’argent?  A partir de combien d’argent perdu a-t-on moralement le droit de le tuer? Combien vaut sa vie en termes financiers? A partir de quelle dose de souffrance infligée à un animal peut-on considérer que ce qu’on fait n’est pas éthique?
Quelles formes d’abattage sont en deçà de cette limite?

Autrement dit, à partir du moment où l’on fait naître un animal pour l’utiliser à nos propres fins, on exerce déjà une violence envers lui. Car sa vie en son bien-être vont passer, à un moment où à un autre de son existence, derrière l’usage auquel on le destine. Il faudra alors qu’il souffre et/ou qu’il meure.

P1050990

Le bien-être animal est donc quelque chose de totalement illusoire, du moins si on veut l’étendre à l’ensemble de l’élevage.

Même une poule née pour faire des oeufs (et non de la viande) est l’objet d’une violence. Cette violence n’est pas forcément facile à voir. Il s’agit de son statut, car sa valeur extrinsèque pourra prendre le pas sur sa valeur intrinsèque. Autrement dit, si elle cesse de pondre des oeufs, si elle tombe malade et coûte de l’argent, elle n’a plus d’intérêt, et alors on la tue. C’est ainsi qu’on peut définir l’esclavage: la valeur extrinsèque a le dessus sur la valeur intrinsèque. Créer un statut d’esclave est  en soi une violence, puisque les intérêts de l’esclave passeront après ceux du maître.

 

Le welfarisme est donc une pseudo-réflexion (ou un début de réflexion) qui remet en cause les abus dus à la condition d’esclave, mais sans remettre en cause l’esclavage en lui-même. Hors, institutionnaliser un système d’esclavage ne peut se faire sans abus, l’abus étant inhérent à la condition d’esclave.


Dans le système de l’élevage, les intérêts primordiaux des animaux (à vivre sans souffrance) entrent toujours à un moment où à un autre avec les intérêts (financiers, pratiques ou autres) de ceux qui profitent de cette exploitation. Puisque le welfarisme ne remet pas en cause la possession des animaux non-humains par des humains, cela revient à dire aux humains que dans ces cas de figure, il faudra que ce soit les intérêts des animaux qui passent avant les leurs. Tout en leur disant que les animaux continuent d’être leur propriété.

 

C’est ainsi que le welfarisme, si on cherche à l’aboutir en tant que philosophie viable, ne peut que mener à une philosophie qui lui est presque opposée, aboutie, existencialiste et libertaire: l’abolitionnisme, et son application concrète, le véganisme.

Le véganisme est donc un mode de pensée qui, finalement, ne se soucie pas directement du bien-être des animaux. Si les vegans ne consomment pas de miel, ce n’est pas parce que les abeilles ont mal ou sont stressées. C’est parce que si on pousse la reflexion jusqu’au bout, et l’éthique qui va avec, on se rend compte que les abeilles ne peuvent pas être élevées pour servir à fabriquer du miel. Elles doivent exister pour elles-mêmes.

 

J’entends déjà les objections fuser.

On va me dire que vouloir abolir l’élevage, c’est tout aussi naïf.

Je ne suis pas d’accord. Vouloir abolir l’élevage n’est pas réaliste à court terme, certes. Mais c’est au moins théoriquement possible. Tandis que vouloir continuer l’élevage sans que jamais aucun animal ne souffre, cela relève tout simplement du fantasme.

 

Du fantasme… Ou de l’hypocrisie? Je me suis souvent posé la question.

Obligés d’être gentils

J’ai  lu et entendu beaucoup de conneries à propos du bien-être animal en élevage. Ca circule, comme ça.

Mais il en est une en particulier, qui me hérisse l’ensemble système pileux, pourtant peu fourni. Et ce, pour plusieurs raisons. Principalement, pour trois raisons:

1) Parce qu’elle est stupide, mais vraiment stupide.

2) Parce que sous l’épaisse dose de stupidité crasse, je la trouve cruelle, ignoble, révoltante.

3) Parce qu’elle est absolument récurrente, on l’entend partout, on la lit partout, et même dans des revues de vulgarisation scientifique qui se veulent sérieuses, je me souviens même l’avoir lue
dans la revue mensuelle de l’INRA, et l’avoir entendue dans mes cours de production animale en M2.

 

Donc je vous livre cette bonne grosse connerie. Ouvrez grand vos esgourdes, je ne le répèterai pas:

« De toutes façons, les éleveurs sont obligés d’être gentils avec leurs animaux, sinon, ils produisent moins / la viande est de mauvaise qualité ».

 

Voilà.

Il en existe plusieurs versions, évidemment. Les publications se voulant sérieuses préfèreront écrire « les éleveurs sont obligés de bien traiter leurs animaux » voire « les animaux ne doivent pas
être stressés ».

 

Ha.

Ha.

Ha.

La bonne blague.

 

Non sérieusement, vous y croyez à ça?

Il existe une quatrième raison pour laquelle cette affirmation idiote m’énerve autant: dans le temps, j’y ai cru.

J’étais tellement aveugle, j’étais tellement formatée, j’avais tellement envie de croire à un monde de bisounours ou les gentilles licornes sautillantes dégueulent des papillons et chient des
arc-en-ciel, je fuyais tellement la vérité, que moi aussi un jour, j’ai du dire un truc pareil.

C’est un truc qu’on dit pour se rassurer, peut-être plus que pour rassurer les autres.

 

Le truc le plus évident, quand on s’arrête une petite seconde et qu’on fait fonctionner 10% son cerveau, c’est que c’est évidemment faux. Il suffit de visiter un élevage quelconque pour s’en
convaincre. Les éleveurs n’ont aucun interêt particulier à ce que leurs animaux soient heureux et détendus. C’est vrai que le stress affecte la qualité de la viande, mais d’une part ce n’est pas
forcément produire de la viande de qualité qui rapporte de l’argent, sinon tout le monde produirait de la viande bio. 95% de la viande de porc vendue provient d’élevages industriels comme celui
dans lequel a été prise cette photo, cette viande est de mauvaise qualité et vendue à bas prix, elle provient d’animaux dont la vie n’est qu’une succession de souffrances. Frapper un cochon
diminuera peut-être un peu la qualité de sa viande, mais ça diminuera moins le rendement de le frapper pour qu’il rentre plus vite dans sa case d’élevage, plutôt que d’attendre qu’il y aille
tranquillement.

Pour avoir de la viande qui se vend mieux, on ne passe pas Mozart aux truies, mais on sélectionne les géniteurs en fonction de leur tendance à faire du muscle ou de la graisse. Bienvenue dans le
monde réel!

 

Quant aux élevages bio ou plein air, les animaux y sont sans doute moins stressés, mais ils le sont d’autant plus au moment des manipulations douloureuses (comme la castration à vif des
porcelets) ou lors de leur dernier voyage… Et là, les éleveurs ont plutôt intéret à ce qu’ils soient stressés, on va pas attendre qu’ils meurent de vieillesse. D’ailleurs, la détresse des
cochons bio est telle, lorsqu’ils sont emmenés à l’abattoir, que leur viande serait encore plus mauvaise que celle des cochons industriels. Enfin c’est ce qu’on m’a dit en cours de productions
animales, mais je n’ai pas vérifié.

Le deuxième truc évident, c’est qu’être « gentil » est une qualité humaine qui est, par définition, un comportement de bonté désintéressé. Qu’on me dise qu’un type est « gentil » avec les êtres sur qui il a tous les droits et qui vont mourir pour lui, pour l’unique raison qu’ils rapportent plus d’argent, je dirais qu’on a pas la même définition de la gentillesse, et merci de ne surtout
jamais être gentil avec moi. Dire qu’il faut être gentil avec ces êtres sensibles sous prétexte que sinon, ils feront un peu moins de lait, un peu moins d’oeuf et donneront des cadavres un peu plus caoutchouteux, quand on y réfléchit deux minutes, c’est d’une violence ignoble. Ca voudrait dire qu’il n’y a aucune raison d’être gentil, plus importante que « pour gagner plus d’argent ». Les animaux ne sont vraiment rien, alors? Ils n’ont aucun intérêt intrinsèque, ils ne valent que les produits qu’on obtient d’eux? Apparemment, « être gentil » revient à « utiliser de manière optimale »,
belle putain de mentalité!

 

Alors, vous vous demandez pas, maintenant, pourquoi les revues les plus sérieuses nous pondent une énormité pareille?

Parce que l’animal-objet est plus surement ancré dans les mentalités que l’animal-personne, être sensible et conscient… Et que même ceux qui croient défendre l’animal, défendent l’animal-objet, et non pas l’animal personne. C’est pourquoi il ne vont nulle part.

 

Cette phrase illustre donc à merveille l’illusion du welfarisme.