Les aventures de Yaka et Yakapa

Ces derniers temps, on a reçu tellement d’excellents conseils sur comment faire pour ne pas être violées, que je me suis dit que ça méritait bien une petite note éducative.

Je vous présente donc nos deux protagonistes, Yaka et Yakapa.

titre yaka et yakapa

Nous pouvons d’emblée remarquer quelques différences entre Yaka et Yakapa.

Yaka a des grosses lunettes, elle porte un pantalon moche et un chemisier moche agrémenté d’une veste laide. Elle est vilaine avec des boutons.

Yakapa, elle, porte une jupe et du maquillage. De plus, elle est bonne.

Mais ce ne sont pas les seules différences entre Yaka et Yakapa ! Penchons-nous sur la vie de ces deux amis.

yaka rentrer

    Voici notre amie Yaka.

  • Yaka ne se promène jamais seule dans la rue la nuit. Elle rentre donc toujours du travail avant 17 heures, mais l’été elle a parfois la joie de pouvoir sortir jusqu’à 20 heures !
  • Yaka ne rencontre jamais personne. Elle évite également de fréquenter les gens qu’elle connait. D’une manière générale, elle n’a pas d’amis.
  • Le soir,  après avoir fermé ses 8 verrous en acier inoxydable, Yaka boit une tisane et va se coucher, armée d’une bombe au poivre et d’un taser qu’elle dissimule habilement sous son oreiller.
  • Quand quelqu’un frappe à la porte, Yaka n’ouvre pas, et appelle à tout hasard la police.
  • Yaka n’est jamais rentrée chez quelqu’un d’autre que sa mamie. Mais là encore, elle vérifie qu’il n’y ait aucun homme dans les environs. C’est très important.
  • Yaka également équipée d’un dispositif anti-viol à base de ceinture de chasteté et de sous-vêtements de chez damart. On est jamais trop prudente

yakapa danse en boite

    Voici maintenant Yakapa.

  • Yakapa se promène parfois dans la rue, il lui arrive de sortir et de rencontrer des gens. Même des fois elle rencontre des gens qu’elle ne connait même pas.
  • Yakapa a donc des amis et même des amis d’amis.
  • Parfois, Yakapa va dans la rue, en boîte, ou dans des bars avec ses amis. Il lui arrive également de boire de l’alcool.
  • Après être sortie, Yakapa rentre chez elle en marchant par terre dans la rue. Des fois, c’est la nuit.
  • Yakapa a déjà laissé rentrer des gens chez elle, et même parfois des gens de sexe masculin. Elle s’est également déjà rendue chez d’autres personnes.
  • Yakapa porte des culottes ou des strings et de plus, elle possède un vagin.

Décidément cette Yakapa cherche vraiment les problèmes !

Après il faudra pas s’étonner, il faudra assumer.

yaka s'est faite violerHa ben voilà !

Yakapa aurait du imiter sa sage consœur Yaka.

Entre nous, est-ce qu’elle ne l’a pas un peu cherché?

c'est bien normalLa prochaine fois dans LES QUESTIONS COMPOSENT, retrouvez nos autres amis !

yavékapaHa merde, trop tard.

Bref…

Quand je vois certaines féministes qui osent nous parler de restriction de la liberté des femmes, alors qu’il suffirait d’appliquer quelques conseils tout bêtes pour que personne ne se fasse violer !

C’est vraiment trop ballot

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Après un petit résumé des croyances sur le viol, j’aimerais me pencher sur un aspect particulier de ces croyances, qui est très présent dans les discours aussitôt qu’on parle de viol. Il s’agit de la responsabilité des victimes. Mais pourquoi cette responsabilité? Comment s’exprime-t-elle dans les discours? Que font les victimes qu’il ne faudrait pas faire? Débuts de réponses.

1/ La responsabilité des victimes, ou comment ne pas se faire violer

Commençons par noter cette subtilité grammaticale : on dit plutôt « elle a été cambriolée » ou « elle a été assassinée ». Or, on dit généralement « elle s’est faite violer »… On devrait dire en toute logique « elle a été violée » si l’on considère qu’elle n’a rien fait pour cela. On peut se faire baiser, on peut se faire sucer, on peut se faire sodomiser, mais on ne peut pas se faire violer. On est violé.
Hé oui, ça parait insignifiant, mais dire, par exemple, « l’enfant s’est fait mordre » n’est pas exactement la même chose que « l’enfant a été mordu » ! Dans le premier cas, on imagine plus volontiers que le bambin a eu la mauvaise idée d’aller emmerder un chien patibulaire ou mettre son doigt dans la cage du perroquet; dans le second cas, il semble qu’il n’ait rien fait de spécial, que ce soit la faute à pas de bol.

C’est subtil, me direz-vous. Mais le fait est que, si la responsabilité des viols et agressions sexuelles (et également des violences conjugales, par exemple) est mise sur le dos des femmes, c’est rarement affirmé sans complexe, souvent suggéré de façon détournée. Et c’est parfois assez subtil.
J’ai cité dernièrement cet article de Crêpe Georgette à propos de la peur irrationnelle du viol inculquée aux femmes. Dans les commentaires, très nombreux, on peut souvent lire un glissement vers la responsabilité des femmes en matière de viol. Pour résumer, « il faut bien prévenir les femmes, sinon elles vont se faire violer ». Et d’expliquer comment on fait pour ne pas se faire violer – sous entendu, comment on ne fait pas pour se faire violer…

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