« Tu ne comprends pas »

Ca peut sembler arrogant et prétentieux de dire que, dans un débat, on connait tous les arguments de ses adversaires, alors que l’inverse est faux. Je sais.

Mais voilà c’est comme ça. Je sais. Je sais pourquoi les gens mangent de la viande. Ils ne savent pas pourquoi j’en mange pas. Je comprend, ils ne comprennent pas*. Je sais, ils ne savent pas.

 

« Tu ne comprends pas ! »… Ho que si.

 

Les véganes sont marginaux, ça on ne me le répètera jamais assez.

Non pas qu’ils veuillent l’être, bien au contraire. Croyez bien que chaque végane fait ce qu’il peut, dans la mesure de ses possibilités et de son implication, pour démarginaliser le véganisme, et se démarginaliser lui-même (sauf peut-être une poignée qui sont véganes pour se rendre intéressants). On pourrait même dire que l’intégration sociale du véganisme dans une société non-végane est un des piliers du mouvement végane.

Aussi, on le saura, l’antispécisme est l’idéologie opposée au spécisme, qui, on le saura aussi, est l’idéologie dominante. D’ou l’intérêt de mettre un nom dessus.

Nous avons tous été élevés dans une société spéciste. Nous avons tous appris l’idéologie spéciste: l’homme est supérieur aux autres animaux. Je me souviens encore quand, à l’école, l’instituteur nous expliquait les différences entre « l’Homme » et « la bête »: Les perroquets ne parlent que pour répéter ce qu’ils ont entendu, tandis que les humains parlent pour communiquer entre eux, parler du passé, de l’avenir. Les singes utilisent des outils, mais seul les humains en fabriquent. Foutaises utilisées pour donner un vernis scientifique à une conception religieuse de l’homme, être semi-divin, élevé par la Nature au-dessus des autres animaux.

Nous avons (presque) tous mangé de la viande. Je me souviens du goût de la viande. Je me souviens que j’aimais les cuisses de poulet mais pas le blanc. Je me souviens que je mangeais surtout la peau, et puis quand j’avais 20kg de trop je la mangeais plus. Je me souviens des bâtonnets de poisson pané. Je me souviens que j’adorais les surimis même si je savais que c’était de la merde. Je me souviens des steack hachés que je faisais à peine cuire, un peu de chaque côté, j’avais parfois un peu peur d’attraper une bactérie, mais je trouvais ça trop bon. Je me souviens des lardons que je mettais dans les pâtes. Je me souviens du saucisson casher mais aussi du saucisson pas casher (pardon maman). Je me souviens des boulettes de boeuf dans le couscous qui avaient été remplacées par des boulettes de poulet après la crise de la vache folle. Je me souviens des bigmac que j’avalais en trois bouchées et après j’avais encore faim. Je me souviens du foie gras, de la tome de chèvre, du pâté de campagne, du canard à l’orange, du rôti d’agneau, du gratin dauphinois, du saint-nectaire, de la crème fraîche, des macarons.

 

Bref je vais pas vous faire une liste exhaustive. Je me souviens de tout ça. Bon en vrai je m’en souviens pas si précisément que ça, mais si j’essaie de me rappeler les goûts, les textures, j’arrive à m’en souvenir, ça vient avec l’ambiance des repas, les gens avec qui je mangeais, les lieux familiers. Ca vient en bloc. Je dois dire que ce sont, pour la plupart, de bons souvenirs. Enfin, il y a de tout, mais il y a de bons souvenirs.

 

Alors pourquoi, pourquoi, POURQUOI tant de gens me disent:

« Tu sais pas ce que tu perds? »

 

Je sais.

Mais non seulement je le sais, mais même s’il y avait mille fois plus à perdre, j’y renoncerais sans la moindre hésitation.

Eux, par contre, ne savent pas ce qu’ils ont à gagner. Comment le sauraient-ils?

S’ils le savaient, ils sauraient aussi à quel point il est ridicule de mettre dans une balance les petits plaisirs gastronomiques que j’ai perdus et tout ce que j’ai gagné de formidable à avoir fait le choix de ce que j’estime juste.

D’ailleurs, entre les petits plaisirs gastronomiques que j’ai perdus et ceux que j’ai gagnés, je crois bien que la balance penche envore en faveur du véganisme. Même si c’est difficile à dire, car toutes les raisons que j’ai d’être végane m’empêchent peut-être d’être parfaitement objective sur ce point. Mais enfin je pense que le subjectif, pour ce qui est de la gastronomie, c’est un élément essentiel. Toujours est-il que ma consommation de simili-carnés se borne au minimum, c’est à dire à ce que la curiosité me pousse à découvrir, car j’ai abandonné la viande pour une autre cuisine, plus diversifiée, plus saine, plus colorée, plus gaie, plus fine, et j’en passe.

 

 

Mais ce n’est pas ça qui est important. Encore que, quand quelqu’un me dit « moi je mange de tout » ou « tu ne sais pas ce que tu perds », je lui demande parfois ce qu’il pense du tempeh, du tofu lactofermenté au tamari, du miso, du kamut, ou d’un tas d’autres merveilles au nom bizarre dont je raffole. Et là, il ne sait plus quoi répondre. « Ben tu vois, moi je sais ce que je perds, mais toi tu ne sais pas ». Et curieusement, ça a beaucoup plus d’impact que quand je réponds « ce n’est pas ça qui est important ». Je sens bien que pour eux, c’est ça qui est important, et que s’il y a d’autres choses importantes qu’ils ne voient pas, ils s’en foutent complètement. Tant pis pour eux.

 

Pourtant qu’est-ce qui est important ?

Si je devais me nourrir de foin jusqu’à la fin de mes jours, je le ferais. Il y a des choses qui valent la peine qu’on se batte pour elles. La vie changeante et fragile, la vie vulnérable des agneaux qui ont confiance en ceux qui vont les tuer, parce qu’ils n’ont aucun eutre choix que d’avoir confiance. Faut-il vraiment qu’ils meurent? Et pourquoi? Et le regard des vaches, c’est pas important le regard des vaches? La lueur qui s’y éteint quand elles renoncent à appeler leur veau après des nuits entières à crier? Celle qui apparait quand elles comprennent qu’elles vont mourir?

Comprenons-nous bien, ce ne sont pas des arguments. Inutile donc de les réfuter. Ce serait à côté de la plaque et inconvenant. Simplement, je suis ici dans le registre émotionnel, parce que je pense que si chacun a sa sensibilité, tout le monde peut comprendre. Je pense que même le butor le plus morphale et insensible au monde peut comprendre que, pour quelques-uns, la vie d’un veau est plus importante que les rillettes qu’on va faire avec son petit cadavre une fois que son coeur aura cessé de battre. N’importe quel carnassier allaité au viandox peut comprendre qu’on peut préférer un veau vivant à un veau tué. Que la vie de cet être qui est le centre d’un univers psychologique complexe qui disparait avec lui quand son coeur cesse de battre, est plus important que les deux minutes de plaisir à manger son cadavre.

 

 

N’importe qui peut comprendre que le végétarisme n’est pas une question de goût, mais d’éthique, et même en ayant une compréhension très approximative des bases de cette éthique: je veux parler de l’antispécisme.

Car oui. L’antispécisme. Jusqu’ici j’ai parlé de nourriture. Mais y a pas que la bouffe dans la vie. Et quand on parle d’antispécisme, c’est exactement la même chose. « Mais tu ne comprends pas« , semble me crier le regard de mes contradicteurs, en ayant toujours l’air de penser qu’ils sont les premiers à m’avoir sorti le cri de la carotte. Mais enfin voyons, tu ne comprends donc pas que l’homme est supérieur à l’animal?

Sisi, je vous rassure.

 

La viande, c’est bon !! Je sais.

La viande c’est naturel, le lion mange la gazelle. Je sais.

Mais moi j’aime vraiment la viande. Je sais.

-Les plantes sont vivantes. Je sais.

Tu ne sais pas ce que tu perds. Je sais.

Les végétariens manquent de protéines. Je sais ce qu’est une protéine, toi non.

Les végétariens ont des carences. Je sais comment manger équilibré, toi non.

-L’homme est un animal. Je sais.

-Les animaux ne souffrent pas dans les abattoirs. Tu sais… que c’est faux.

 

Viennent ensuite les oppositions les plus classiques mais toujours formulées d’une façon qui sous-entend que le végétarien ne comprend pas le mode de pensée spéciste. Ce qui serait une aberration. Malheureusement il arrive souvent qu’en réponse à cela, une personne antispéciste parte du principe que l’antispécisme est la seule façon de penser, alors que la personne spéciste part du principe que le spécisme est la seule façon de penser. D’ou l’illusion d’une incompréhension mutuelle.

Sauf que les personnes spécistes ont, généralement, une bonne excuse pour cela, c’est qu’elles ne comprennent pas l’antispécisme. Alors qu’il serait tout à fait aberrant qu’une personne antispéciste ne comprenne pas le spécisme, puisqu’elle a été élevée selon des valeurs spécistes, dans la majorité des cas. Et que pour remettre en question une idéologie, il est nécessaire de la comprendre. Alors que pour se faire la voix de la pensée unique, il suffit de l’avoir intégrée au niveau inconscient, il n’y a besoin d’aucune capacité d’analyse pour cela.

 

Ce sont donc des dialogues de sourd. Mais si une personne spéciste comprenait le spécisme, elle comprendrait aussi qu’il est parfaitement inutile de dire des choses comme:

-L’homme est supérieur aux animaux. Je sais que tu penses ça. C’est aussi ce que j’ai appris.

-Seuls les humains ont une conscience. Je sais que tu penses ça. C’est aussi ce que j’ai appris.

-Les humains sont supérieurs parce qu’ils construisent des maisons et qu’ils savent utiliser des téléphones. Je sais que tu penses ça. C’est aussi ce que j’ai appris.

-Les animaux n’ont pas de droits car ils n’ont pas de devoirs. Ho, sans rire….

 

Il y a surtout des remarques qui prouvent que la personne ne sait vraiment pas à qui elle s’adresse. Du type: « Chacun mange ce qu’il veut » (en croyant généralement mettre tout le monde d’accord). Dire ça à un antispéciste prouve qu’on a rien compris à l’antispécisme, puisque c’est justement ce qui distingue la pensée antispéciste: les animaux entrent dans la sphère du droit. Ils sont donc sujets de droit, et si « chacun mange ce qu’il veut » signifie « manger de la viande ne regarde que moi », alors il est évident que ça n’a aucun sens d’un point de vue antispéciste.

Ce serait comme dire à une féministe « je bat ma femme si je veux, c’est chez moi et ça ne regarde personne ». C’est partir du principe qu’on agit de son plein droit et que donc il n’y a pas de victime à son comportement. Or, un animal tué est une victime. Ce sont des choses dont la plupart des gens n’ont pas conscience.

 

Souvent, les gens partent du principe évidemment faux selon lequel dans un débat ou deux personnes ne sont pas d’accord, chacune comprend l’autre au même degré. Principe absurde. S’il existe bien des situations où c’est le cas, il est évident que dans le cas d’une personne spéciste omnivore devenue antispéciste végane, face à une personne spéciste omnivore restée spéciste omnivore, il y en a un qui comprend la façon de penser de l’autre, et que ce n’est pas réciproque… Que les végans manquent parfois de diplomatie et de pédagogie, ça je veux bien le croire.

 

Mais il n’y a pas d’égalité dans ce débat. Un omnivore spéciste ne défend pas des idées qu’il a inventées lui-même. Il défend celles que la société lui a inculquée. Face à quelqu’un qui a été élevé selon les mêmes principes et qui les a remis en question, ou est l’égalité?

 

Je sais que pour certains qui me liront, cet article semblera insupportablement prétentieux et hautain. Mais je n’ai aucunement la prétention d’être supérieure à qui que ce soit. Simplement il se trouve que, sur la question du véganisme et de l’antispécisme en particulier, les gens qui me contredisent ne comprennent généralement pas mon point de vue, alors que je comprend parfaitement le leur, qui fut le mien autrefois. Et au risque de paraitre outrageusement prétentieuse, je le comprend généralement mieux qu’eux. C’est très facile: ce n’est pas LEUR point de vue, c’est celui de la société. Je n’ai aucun mérite: il n’est pas bien difficile de comprendre la pensée unique quand tout le monde vous l’explique sans cesse. Il n’y a besoin d’aucune intelligence pour cela.

Je sais aussi (j’en sais des choses décidément, si seulement je savais aussi pourquoi les avions volent, je pourrais enfin me la péter) que cet article sera mal compris et qu’on m’accusera d’être prétentieuse et de croire mieux savoir que les autres. Mais encore une fois, ce n’est pas le cas. Je sais quelque chose, quelque chose qu’on ne cesse de me répéter. Alors il faut bien que je le dise: pas la peine de continuer à me dire tout ça, je le sais. Je ne me pense pas plus intelligente ou plus clairvoyante que n’importe qui, végane ou omnivore. Sauf sur le véganisme, bien évidemment. Mais apparemment ce n’est pas évident pour tout le monde. Et si chacun prenait quelques minutes pour réfléchir?

 

Tiens, par exemple, toi là, qui vient de lire tout ça et qui est en train de se dire « ok je vais me renseigner comme ça je pourrais PROUVER que je ne suis pas d’accord et que ce n’est pas parce que je comprends pas ».

Y en a qui l’ont fait avant toi (je n’aurais jamais pensé toute seule à un truc si tordu). Ils ne m’ont pas convaincue. Ca n’a servi à rien, ils ont perdu leur temps et pire, ils n’ont rien appris. Que crois-tu me prouver? Tu vas vraiment te renseigner sur le végétarisme pour prouver qu’on a raison de manger de la viande? Pour quoi faire? On ne peut pas adhérer à un mode de pensée nouveau si on a décidé dès le début qu’on y adhèrerait pas.

Si tu veux vraiment manger de la viande, manges-en. Ne te préoccupe pas des raisons qu’ont les gens de ne pas en manger. Si un jour, par vraie curiosité, tu te demandes pourquoi des gens qui savent toutes ces excellentes raisons de manger de la viande, n’en mangent pas quand même… Tu auras tout internet, et surtout l’esprit ouvert, pour comprendre.

 

 

* Je ne veux pas dire que tout omnivore ne comprend pas les raisons d’être végétarien. Ca je n’en sais foutre rien et ce n’est pas le sujet. Mais c’est le cas pour la grande majorité des omnivores qui débattent avec les végétariens (même si pas tous je l’admet), il suffit de lire n’importe quelle discussion sur internet, ce sont les mêmes que dans les repas de famille tant redoutés. Ce sont des choses qu’on sait et auxquelles on a réfléchi mille fois, répondu mille fois aussi.

24 réflexions au sujet de « « Tu ne comprends pas » »

  1. Merci Lauren, mon petit coeur pleure quand je lis des choses pareilles :)

    Ils ne savent pas ce qu’ils perdent en effet, je ne sais pas si tu as lu les confessions d’une mangeuse de viande (moi non plus d’ailleurs), mais une phrase m’a frappée : c’est quand elle dit que manger de la viande, c’est comme utiliser la joconde pour la mettre au feu et se réchauffer, alors qu’utiliser des branches de bois marcherait au moins aussi bien : c’est un gâchis, une grande tragédie.

    En mangeant de la viande, on s’empêche de s’ouvrir à tout un tas de découvertes profondes de l’autre (au sens antispéciste) et de soi-même, et pourtant ça a bien plus de valeur que le plaisir de la chair morte.

    • Il faut vraiment que je lise ce livre !

      Malheureusement il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui mange de la viande tout ce qu’on a gagné (et dont on ne se doutait même pas) en n’en mangeant plus. Ce ne sont pas des choses sur lesquelles il est aisé de mettre des mots, et en plus les gens se sentent parfois stigmatisés, même si ce n’est pas dans nos intentions…

  2. J’adore la métaphore de l’homme qui bat sa femme.

    Je l’ai vue une fois dans un article et je trouve ça excellent pour répondre à « Ecoute, je respecte ton choix de ne pas manger de la viande mais respecte le mien d’accord ? »

    C’est vraiment ça

  3. :)
    Oui, ils ne peuvent comprendre, et même pire je dirais.
    En naviguant sur les blogs je suis tombée l’autre jour sur un abruti philosophe, je dis abruti parce que c’est le genre à se laisser emporter par la prose du billet, ses élans sémantiques, si tu vois ce que je veux dire.
    Bref! Dans un de ces billets « l’oubli animal », il rabâchait toujours le même truc depuis Descartes, comme quoi les animaux (ça c’est Nietzsche) vivent dans l’instant présent, sont dans le bonheur de cet instant. Bon, son billet évoquait plutôt le mal être des humains qui oublient le moment de la conception… c’est hyper important, mais oui! c’est paraît-il là qu’on puise notre névrose créatrice.
    Ouais, j’exagère un chouïa, je te donne le lien de l’article sous lequel tu ne trouveras plus mes commentaires, parce que le monsieur les a nettoyés.

    http://clinamen.canalblog.com/archives/2011/09/16/22055367.html

    Moi, je parlais de l’inquiétude animale, j’évoquais Picq, Burgat et De Fontenay, que je comprenais pas qu’on puisse encore être dans cette foutue représentation.
    Ben,paraît que j’étais HORS SUJET, c’était de la métaphysique, j’étalais mes états d’âme, j’avais pas lu son texte.
    Alors, pour sûr, je me suis excusée de n’avoir pas compris que la thématique actuelle de la métaphysique c’était l’égocentrisme, et que je ne serais jamais intervenue sur son blog (poussif, c’est moi qui rajoute) sans cette ineptie récurrente et cela depuis Descartes, de la représentation de l’animal chez ce vaniteux de sapiens sapiens…

    Pour te dire que c’est pas gagné! Les sapiens ont sacrément pas réfléchi, même ceux qui ont l’air de réfléchir, à ce qu’est l’antispécisme.

    • C’est vraiment de la philosophie de bas étage. De toutes façons on ne peut pas correctement parler de la souffrance des autres en étant centré sur soi. D’ailleurs on ne peut pas parler de souffrance quand on fait le choix de s’en détacher, ça n’a aucun sens. Enfin, on peut, mais quel intérêt? Se la jouer intello? La philosophie ne devrait -normalement- pas servir à se la péter mais à des causes plus nobles, enfin je suis peut-être trop idéaliste.

  4. J’adore te lire.
    J’ai justement répondu à un commentaire juste avant sur un blog végé, elle dit, que si elle aimait pas autant la viande elle deviendrait végé elle aussi. J’ai répondu que pour la majorité d’entre nous, nous avons aimé la viande mais que nous avons cessé d’être égoiste et de vouloir satisfaire notre désir au détriment des pauvres bêtes. C’est triste de voir autant d’égoistes.

    • C’est vrai plein de gens adorent la viande, y a quand même des choses plus importantes dans la vie, c’est dommage de ne pas s’en rendre compte.

    • très… Surtout qu’on a vite tendance, selon les gens, soit à être agressif, soit à être moralisateur, et même quand on ne l’est pas, les gens peuvent le percevoir ainsi malgré tout. Un mot de travers et c’est le clash, c’est vraiment un sujet sensible.

  5. Très bon article !Un jour un omnivore m’a dit « ben baise avec un chien si t’es antispéciste » .. J’ai rien pu dire … Merci pour tout ce que tu écris, ça m’aide parfois, souvent à vrai dire :) ton blog est excellent !

    • J’avoue que celle-là on ne me l’avait encore jamais faite. Si on applique ça au racisme au lieu du spécisme, ça donne: « baise avec un noir si t’es antiraciste ». Et le pire c’est que je suis à peu près sure que dans le temps, des gens ont dit des choses comme ça.

      • « Ben, le souci, c’est que je n’ai aucune attirance sexuelle pour un chien. Et que même si c’était le cas, je ne trouve pas correct d’infliger à un être sensibleqqch que lui ne désire pas »… Je crois que c’est ce que je répondrais…

  6. C’est marrant, pour le « tout le monde peut comprendre que le végétarisme est un choix éthique », ça me fait penser à Dominique Lestel, qui pense qu’être végétarien est une posture esthétique et non éthique, même si on peut l’argument de façon morale (tu m’expliqueras comment c’est possible), qu’être végétarien c’est comme aimer Kafka et que donc ‘faut pas vouloir que les autres le soient, et que dire que la viande c’est mal c’est comme dire que le sexe c’est mal. Je l’ai sûrement déjà dit dans un commentaire de l’article ou tu parlais déjà de lui, mais c’est vraiment le gars qui n’a rien compris (alors qu’il se considère comme un vrai défenseur des animaux et qu’il publie pas mal de livres en ce sens… encore un partisan du « tuer humainement ». Ben oui, humainement = d’une façon humaine; je pense pas que notre espèce soit connue pour être la plus sympa envers ses semblables et non-semblables)

    • C’est vrai que Lestel est particulièrement paradoxal dans ses positions. Je ne l’ai pas lu directement (je me promet une scéance de lecture intensive à mon retour, de plein d’auteurs) mais d’un côté, apparemment, il écrit des livres passionants sur la conscience des animaux; d’un autre il pond une bouse monumentale pour expliquer pourquoi on peut – pardon, on DOIT les manger. Avec une argumentation digne du café du commerce… Les gens sont parfois étranges.

  7. « ben baise avec un chien si t’es antispéciste »

    Sortir ça c’est juste dire qu’on a rien compris à l’antispécisme. Je me serai littéralement foutu de sa gueule.

    Les gens pensent souvent à tort qu’être anti-spéciste pourrait aller jusqu’à revendiquer le droit de vote pour les poules.

    Or ce n’est pas du tout ça. C’est avant tout considérer et reconnaître l’intérêt premier d’un animal nonhumain à vivre sa vie sans être exploité par l’homme pour son plaisir inutile. A lui reconnaitre un statut moral. A ne pas faire passer un intérêt futile, comme le plaisir du palais par exemple, avant celui basique d’un animal.

    Les gens n’ont toujours pas compris ce qu’est l’anti-spécisme.

    • Oui c’est triste, enfin surtout ils ne veulent pas vraiment le savoir, ils sont « contre » avant d’avoir pu comprendre ce que c’était. Et puis quand tu lis une argumentation avec dans ta tête l’idée que c’est surement des conneries et que tu DOIS trouver une faille dans le raisonnement, à la fin tu n’as pas appris grand chose.

  8. Oh non tu n’es pas prétentieuse ni arrogante! Juste terriblement honnête et courageuse! :-)

  9. Bonjour,
    C’est sans doute un peu étrange de commenter cet article qui a déjà deux ans, mais, partie du blog « Egalitariste », de liens en rebonds, je suis arrivée là. En plus je n’ai pas grand chose à dire, mais en tant qu’omnivore jamais sérieusement remise en question, je me suis sentie interpellée. Interpellée pas dans le sens agressée, évidemment! Non, non, ton article est clair et je ne te trouve pas pédante comme tu le craignais. Mais moi qui suis une féministe convaincue, avec tout ce qui va avec (car j’estime que la liberté est un combat général, que se soit contre le sexisme, l’homophobie ou le racisme), je ne m’étais jamais posée la question de l’antispécisme comme un « vrai combat » (sans vouloir non plus paraître pédante envers toi/vous, si c’est le cas, ce n’est pas mon intention).
    Dans ma tête la séparation est claire entre les humains et les animaux. Bref, je ne voudrais pas te refaire le discours que tu as du entendre mille fois, tu sais tout ça, comme tu l’expliques très bien. Tout ce blabla pour dire qu’à force de voir l’argumentaire antispéciste cotoyer le féminisme et les causes qui me sont chères sur un certain nombre de blog, comme le tien, je commence à me poser des questions et à me dire qu’effectivement, il est certaines normes que je n’ai jamais songé à remettre en cause.
    Ce commentaire ne fait pas considérablement avancer le débat et je m’en excuse par avance, et d’ailleurs vu la lenteur de ma réaction et de ma réflexion sur les choses je ne suis pas encore prête à adhérer à l’antispécisme – mais ça m’a vraiment frappée en te lisant: « Hmmm l’antispécisme, en fait, je ne m’y suis jamais vraiment penchée… Ont-ils si tort…? »

  10. Grosso modo, les ailes des avions sont foutues de telle sorte que l’air va circuler plus vite au dessus qu’en dessous. Or, il existe un principe physique qui dit que la pression exercée par l’air va être plus faible quand il circule plus vite. Donc, la pression sous l’aile est plus forte qu’au dessus, et c’est ce différentiel de pression qui va permettre de garder l’avion en l’air.

    C’est grossièrement résumé mais à peu de choses près c’est comme ça que ça fait pour voler.

  11. Ce commentaire est probablement un peu tardif, mais j’ai découvert ton blog il y a peu.
    J’avoue avoir été peu convaincue par l’antispécisme au premier abord. Mais à force de te lire, et surtout d’y réfléchir, je me rends compte que c’est bien loin d’être idiot, et même plutôt admirable. Avoir la force de respecter ses convictions est quelque chose dont tout le monde n’est pas capable.
    J’aime la viande, mais au fond de moi je sais bien depuis un bout de temps qu’en manger est plutôt égoïste en fin de compte. Je tente d’apaiser ma conscience en faisant attention à la provenance de la viande, mais je sais bien qu’en réalité cela ne veut pas dire grand chose.
    Quelque part, ton article a commencé à me convaincre. Je vais bientôt vivre seule, et c’est le moment idéal pour changer mon alimentation, sans avoir à affronter les regards des autres dans un premier temps (j’ai déjà à les affronter pour d’autres choses, et je ne me sens pas trop la force d’en rajouter pour le moment, surtout en pleine période de remise en question).
    Alors non, cet article ne me parait pas prétentieux, du moins ce n’est pas comme cela que je l’ai ressenti. En ce qui me concerne, il m’a fait comprendre ton point de vue, du moins je l’espère, même si je ne suis pas encore certaine que je vais réussir à l’adopter.
    Ce commentaire est probablement un peu maladroit, mais je tenais à te faire savoir que tu me fais réfléchir, y compris sur des sujets sur lesquels je ne pensais pas réfléchir autant, et ça me fait du bien.

  12. Waa.. la claque…
    Je crois que c’est la première fois qu’un texte me remet autant en question…
    Je suis pourtant déjà en train de me « véganiser » peu à peu, grâce à une éthique bio-reponsable (quel joli mot) que je me construis depuis quelques temps. Mais j’avais toujours soutenu mon attachement au régime carnivore de l’être humain. Je ne voulais juste plus m’associer aux abus et aux dérives de ce système de consommation.
    Et puis je te lis et je me rends compte que ce système de domination qui me paraissait si naturel ne l’est pas plus que ce patriarcat qu’on nous assène comme une réalité indéniable.
    Et ca me fait flipper… C’est déjà plutôt difficile au quotidien de poursuivre mes idéaux féministes et pro-vegan, de discuter sans arrêt mes choix, de tenir tête aux abrutis, de ne pas m’effondrer quand je réalise combien de personnes que j’aime sont finalement des abrutis, de m’indigner au quotidien devant tout ce chemin qu’il reste à faire et qu’une grande majorité de gens ne veut même pas envisager…
    Le chemin de l’anti-spécisme, je le comprend maintenant et je veux y adhérer mais j’ai peur de ne pas avoir le courage. Ca n’en finira donc jamais… ?

    Ce putain d’effet pilule rouge…

    Finalement essayer de participer au monde idéal, ce fameux truc de hippie pénible et naïve, est mille fois plus fatiguant qu’il n’y paraît.

    Merci pour ce texte. Merci beaucoup.

  13. Quel que soit le combat auquel on se livre, que ce soit le féminisme, l’anti-racisme, l’anti-grossophobie, l’antispécisme, etc, on se retrouve toujours face à des gens qui ont réfléchi au problème pendant 5 minutes (en général les 5 minutes qu’il leur a fallu pour se rendre compte que, si jamais nous, nous avons raison, alors EUX, ils ont de la merde au cul) et qui veulent nous prouver qu’une démarche qui nous occupe et nous fait réfléchir depuis 10 ans ou plus n’est qu’une « vue de l’esprit » et que dans l’absolu tout le monde a raison. Non. Tout le monde n’a pas raison. Ca fait du bien de lire ce genre d’articles, parce que je me retrouve souvent non pas à battre en retraite, mais à devoir accepter des compromis vaseux juste pour éviter, encore, de me faire emmerder. Pour éviter de perdre un ami qui ne me comprend pas (alors que moi, effectivement, je comprends ses arguments, et que je vois, tout simplement, qu’ils sont vides). Votre article permet de relever un peu la tête quand ça va mal, de se sentir moins seul/seule, moins démuni/démunie. Merci !

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