Vivre plusieurs relations

Mine de rien, très lentement et avec beaucoup de résistance, les mœurs évoluent. En tous cas, on me pose de plus en plus de questions sur le « polyamour » (berk, que j’aime pas ce mot) ou plus généralement sur le fait de vivre plusieurs relations amoureuses et/ou sexuelles avec le consentement de toutes les personnes impliquées. Je vais tenter de répondre à au moins une partie d’entre elles.

A propos de la notion de consentement libre

La notion de consentement est complexe: la vie est faite de choix, mais aussi de contraintes qui influent sur ces choix. En terme de relations multiples, il n’y a pas d’un côté la pure et simple trahison et de l’autre le fait de multiplier les relations avec la bénédiction enthousiaste de tous ses partenaires. Parfois (souvent) c’est plus compliqué, il y a des tas de façons de vivre le fait qu’un.e de ses partenaires ait d’autres relations. Cependant, je pense qu’on peut s’accorder à dire que le consentement libre et éclairé est un objectif. Mais je constate, quand j’en discute avec des vrais gens, que la vie est décidément parfois plus compliquée que la théorie.

Attention, je ne suis pas en train de dire que vivre le polyamour est nécessairement compliqué et/ou nécessairement douloureux. Je pense que l’objectif de tout un chacun est de vivre ses relations dans le bonheur et une certaine légèreté. Personne n’a réellement envie de se prendre la tête, enfin je pars de ce principe en tous cas. Mais il existe de nombreuses barrières qui peuvent empêcher de vivre plusieurs relations de façon simple et satisfaisante pour tout le monde. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas possible.

Le polyamour, ok mais pour qui?


On pourra dire ce qu’on veut sur les barrières culturelles, le rôle de l’éducation, voire le formatage, la déconstruction et tous ces machins, au fond ce n’est que du verbiage inutile face au constat que dans la vraie réalité réelle, le polyamour ne convient pas à certaines personnes et parfois ne leur conviendra jamais. Je ne trouve pas très malin, dans ce cas, de parler de personnes déconstruites et de personnes pas assez déconstruites(1).. D’une part, la déconstruction n’est pas un état, mais un processus. On ne se déconstruit pas comme un micro-onde chauffe un plat avec un « ding » quand c’est fini. On déconstruit perpétuellement ce qui nous convient pas dans notre construction, c’est un processus long et jamais vraiment fini. (Si quelqu’un vous dit qu’il a fini de se déconstruire: riez et/ou fuyez). D’autre part, ce n’est pas vraiment honnête de prétendre que le polyamour est forcément l’objet d’une déconstruction. C’est la mode d’affirmer que le polyamour est le résultat d’une déconstruction de ceci-cela, mais j’y crois de moins en moins. Bien sur, certaines personnes souhaitent remettre en question leur possessivité amoureuse, et y parviennent. Mais on ne peut pas résumer le polyamour à ça. Personnellement, je n’ai pas déconstruit grand chose, je n’ai simplement jamais considéré l’exclusivité sexuelle comme quelque chose de nécessaire dans mes relations, puis à un moment de ma vie j’ai remis en question le concept d’exclusivité amoureuse, qui au fond n’était pas vraiment en adéquation avec ma vision de l’amour, et finalement ne me convenait pas.

Alors oui, parfois, on peut avoir à déconstruire certaines conceptions des choses. Mais le truc avec la « déconstruction » c’est qu’une personne n’est pas construite comme une autre. Nous avons beau être bombardés de normes sociales, nous les intégrons chacun d’une façon différente, et les vivons différemment(2).. De fait, certains n’ont strictement rien à déconstruire sur tel ou tel plan. D’autres le font facilement. D’autres difficilement. Et d’autres jamais. Et parmi ces derniers, certains n’y ont juste aucun intérêt. C’est comme ça, et parfois ça ne convient pas à d’autres, mais il faut l’accepter.

J’insiste sur un point, c’est qu’il n’est pas nécessaire de déconstruire. Je disais plus haut qu’on déconstruit ce qui ne nous convient pas. Déconstruire, remettre en question des choses qu’on a apprises ou intégrées, ce n’est pas une fin en soi. Ça peut aller de soi, ou être un processus difficile, mais je ne pense pas qu’on doive se livrer à ce genre d’exercice si on n’y trouve pas d’intérêt. C’est vrai que j’ai écrit beaucoup de choses contre la possessivité amoureuse dans ce blog. Mais c’est un point de vue (d’ailleurs, je conserve la plupart de mes vieux articles mais je ne réécrirai pas forcément les choses de la même façon aujourd’hui, ma réflexion n’est heureusement pas morte et figée, elle évolue) et ce n’est pas le point de vue de tout le monde, et surtout, le but était de remettre en question la norme monogame. Ça ne change pas que certaines personnes peuvent être heureuses en couple exclusif. Il n’est pas nécessaire d’avoir plusieurs relations amoureuses pour être heureux (ni même une seule, d’ailleurs).

J’insiste là-dessus parce que certains essaient de faire passer le refus de leurs partenaires de vivre des relations multiples pour de la fermeture d’esprit ou de la coinçitude (oui j’invente des mots si je veux, ok?). Et je trouve le processus assez petit. L’ouverture d’esprit, c’est accepter que chacun puisse vivre les relations de la façon qui lui convienne. Ça n’implique aucunement d’avoir soi-même, personnellement, des relations non-exclusives. Et je sais que c’est pas forcément drôle d’aimer les relations non-exclusives et de vivre quelque chose avec quelqu’un à qui ça ne convient pas. Et je sais que certaines personnes n’acceptent même pas l’idée alors que si ça se trouve, ça pourrait leur convenir s’ils voyaient les choses autrement. Mais n’empêche. Il y a des gens parfaitement ouverts d’esprit à qui les relations non-exclusives ne conviennent pas, point. On peut dire ce qu’on veut sur pourquoi  et comment ça vient de l’éducation ou je sais pas quoi, mais ça n’empêche que c’est comme ça. On pourrait aussi digresser sur pourquoi certaines personnes sont hétéro et d’autres homo ou bi ou sur pourquoi certaines personnes aiment le bdsm, le pony-play ou je ne sais quoi encore. Ça ne change pas grand chose. En plus, je trouve qu’on a trop tendance à se demander pourquoi les autres sont comme ils sont, ce qui est au final assez nul. Il existe forcément une explication à tout, mais elle est souvent beaucoup trop complexe pour ne pas échapper à nos petites analyses (y compris à celles des gens qui se targuent d’être des experts). Et il n’y a pas forcément à chercher les explications. Bien sur parfois ça peut être intéressant, mais c’est souvent utilisé d’une manière assez nulle, un peu méprisante comme si on voulait faire passer telle ou telle préférence sexuelle ou amoureuse pour un problème, une pathologie ou une anomalie (par exemple on se demande plus facilement pourquoi untel est homo plutôt que pourquoi unautretel ne l’est pas, alors que toute sexualité humaine est construite). Dans le cas de l’exclusivité ou de la non-exclusivité, il y a une tendance assez relou à vouloir analyser les polyamoureux comme si leur cas relevait de la pathologie, comme s’ils étaient anormaux ou qu’il fallait forcément chercher une raison à leur déviance, du genre traumatisme chelou qui rend polyamoureux, paf. Mais certains polyamoureux ont également une fâcheuse tendance à vouloir faire un peu la même chose pour les monogames, du genre « oui tu peux avoir qu’une seule relation parce que t’es formaté par la société qui t’a dit que l’amour c’est comme ça et puis c’est tout ». Alors qu’au fond, on n’en sait rien, c’est totalement simpliste et réducteur de dire ça, et qu’en plus, c’est assez méprisant de croire que les autres sont formatés et pas soi-même. Tout le monde est construit, et il y a des normes sociales c’est vrai, mais elles ne nous formatent pas tous de la même façon (heureusement, j’ai envie de dire). En plus, non seulement les gens ne peuvent pas forcément changer même s’ils le veulent, mais c’est à eux de décider ce qui leur convient ou pas.

Je crois aussi important de dire que les gens qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas vivre de relations non-exclusives n’ont pas forcément plus d’insécurités que les gens à qui ça convient. La jalousie est une forme d’insécurités parmi d’autres, et tout le monde a des insécurités, qui peuvent prendre d’autres formes. On ne devrait jamais prendre les gens de haut parce qu’ils sont des insécurités, de toutes façons. Mais je trouve spécialement déplacée la façon de certains polyamoureux de prétendre qu’ils n’ont pas autant d’insécurités que les pauvres pommes(3). monogames. Je trouve que c’est une espèce de complexe de supériorité un peu illusoire. Nos failles, nos peurs, nos fragilités peuvent très bien ne pas se traduire par de la possessivité.

Quand Poly rencontre Mono

Alors que doit-on faire quand une personne, disons, pour les besoins de la démonstration, totalement non-exclusive et ne souhaitant pas se voir limitée à vivre une seule relation (appelons-la Poly) rencontre Mono, une personne ne voulant vivre que des relations exclusives? Hé bien je ne sais pas, ce qui prouve que j’écris beaucoup pour ne rien dire. Je pense que ce n’est pas forcément juste que Poly doive se limiter à une seule relation si ça ne lui convient pas. Mais ce n’est pas juste non plus que Mono vive dans la jalousie et le ressentiment et se sente en insécurité dans sa relation. Il n’y  a pas toujours de solution. Il y a des abus possibles des deux côtés. Et parfois, il est possible, contre toute attente, de trouver des façons de fonctionner qui conviennent à chacun. Mais pas toujours. Ce type de difficultés n’est pas propre au polyamour, il est tout aussi difficile de trouver une solution satisfaisante par rapport à d’autres différends, comme quand l’un des partenaire veut des enfants et pas l’autre. Tout l’amour du monde ne suffit pas à régler ce genre de problèmes.

J’aimerais parfois sortir de grandes généralités pour essayer d’aider les gens à se protéger des relations abusives ou malsaines pour eux, mais malheureusement, elles peuvent prendre tellement de formes que c’en est presque impossible. Une personne peut être abusive en imposant la non-exclusivité, tandis qu’une autre va être abusive en se montrant possessive et en essayant de contrôler la vie de l’autre. Mais ne pas se satisfaire de l’état d’exclusivité ou de non-exclusivité, ce n’est bien sur pas en soi de l’abus. Les choses sont comme elles sont et il faut beaucoup de communication, de respect, d’honnêteté et de considération pour l’autre, et ce dans toute relation, mais à plus forte raison quand on franchit certaines barrières, comme quand on expérimente la non-exclusivité alors que l’un des partenaires n’en a pas l’habitude.

De l’interchangeabilité dans les relations

Il y a quand même quelque chose d’important qu’on oublie souvent à propos des relations non-exclusives, c’est que la façon dont une personne vit la non-exclusivité ne dépend pas uniquement d’elle, mais tout simplement de la relation. On ne devrait jamais se contenter de dire à une personne de « gérer sa jalousie » avant d’aller voir ailleurs. On peut dire que certaines personnes sont très peu exclusives alors que d’autres le sont beaucoup, mais il est aussi, voire même plus juste, de dire que certaines relations sont plus enclines à la non-exclusivité d’un ou des deux partenaires dans le respect de chacun , alors que dans d’autres relations, cela pose problème. Pour le dire autrement, quand une personne se sent en insécurité dans une relation, ça ne veut pas forcément dire qu’elle a spécialement beaucoup d’insécurités, ou qu’elle n’est pas faite pour le polyamour, mais que cette relation en particulier la fait se sentir en insécurité. Bien sur, si une personne se sent en insécurité dans toutes ses relations amoureuses, c’est un problème qui lui appartient probablement. Mais si, par exemple, vous essayez pour la première fois une relation non-exclusive et que ça vous fait vous sentir en insécurité, ça ne veut pas forcément dire que le polyamour n’est pas fait pour vous, mais peut-être, par exemple, que cette relation n’est pas assez solide pour que vous ne vous sentiez pas menacé-e par sa non-exclusivité. (Bien sur, comme je le disais plus haut, il est aussi tout à fait possible que le polyamour ne soit pas fait pour vous et que ça ne vous convienne jamais).

Je crois, en fait, qu’on a toutes et tous besoin d’une certaine forme d’exclusivité. Je considère personnellement que toutes les relations amoureuses que j’ai vécues sont uniques et singulières. C’est ce qui fait que je ne suis pas mal à l’aise avec l’idée d’en avoir vécues plusieurs dans ma vie, que je peux accepter le passé amoureux de mes partenaires sans problème, et que je peux aussi vivre plusieurs relations amoureuses simultanément et accepter qu’il en soit de même pour mes partenaires. Si une personne se sent aimée dans une relation, si elle sent qu’elle est importante, unique et précieuse pour l’autre, et qu’elle sait au fond d’elle-même que cette histoire singulière s’inscrit dans sa vie et dans la vie de son ou sa partenaire et que, en quelque sorte, cette relation transforme les choses, dans le sens où elle fait, et fera toujours partie de l’histoire personnelle de l’un et l’autre partenaire… C’est alors beaucoup plus facile d’accepter qu’il puisse y avoir eu, ou y avoir encore, d’autres histoire pour l’autre. Il y a, dans une telle relation, une sorte d’exclusivité de fait. On vit des choses qu’on ne pourra jamais vivre avec une autre personne. Juste parce que… Parce que c’est Elle, ou parce que c’est Lui (ou Ellui ou Ael ou autre pronom neutre que je connais pas très bien, désolée).

En revanche, si vous n’êtes pas sure de ne pas être interchangeable avec le prochain rival potentiel qui aura plus de poitrine que vous, ou un compte en banque mieux garni, ou qui sera mieux habillé ou plus sortable ou plus en adéquation avec les normes de beauté en vigueur cette saison… Si vous sentez que vous êtes un numéro sur une échelle de 1 à 10, vous savez qu’il y aura forcément toujours un numéro plus haut que vous. (coucou les Pick-Up Artist qui utilisent des termes comme HB8 ou HB6,78398+∏/2 pour parler des femmes, sérieusement, je vous plains de tout mon petit cœur).

Il n’y a de rivalité amoureuse que si l’amour est une sorte de concours de génisses.

Je sais que je caricature grossièrement, il n’y a pas d’un côté le Vrai Amour Pur et Beau et de l’autre des gens qui sortent ensemble par intérêt pour une taille de bonnets ou une marque de voiture. La réalité est bien sur faite de nuances. Mais enfin, faire cette distinction permet à mon avis de savoir d’où viennent les insécurités qu’on peut ressentir face à la non-exclusivité. Parfois, vous pouvez être unique et singulière pour une personne, mais cette personne n’arrive pas à vous le faire sentir. Ça peut être parce qu’au fond, vous avez du mal à croire qu’on puisse vous aimer pour ce que vous êtes. Mais ça peut aussi être  parce que cette personne ne sait pas communiquer ses sentiments, ou qu’elle n’y arrive pas en tous cas avec vous. Ou ça peut être un mélange des deux, ou d’autres choses encore. En tous cas, chacun peut imaginer qu’il n’est pas très sain pour soi de donner de l’enjeu à une relation dans laquelle on est considéré par l’autre comme un numéro. Non pas que vivre de telles relations soit malsain (on peut coucher avec quelqu’un pour la taille de son pénis ou de sa poitrine, pour peu que ce quelqu’un ait des motivations similaires, ça ne fait de mal à personne). Mais s’y investir sentimentalement n’est pas une bonne idée, car c’est alors totalement asymétrique et pas du tout respectueux pour celui des deux partenaires qui s’investit. De plus, la diversité humaine est ce qu’elle est, mais je crois néanmoins qu’on a tous besoin d’amour, on a tous besoin d’être aimés pour qui on est, et pas pour ce qu’on représente, ni pour ce à quoi on ressemble, ni pour ce à quoi l’on sert.

Bref. Je pense que c’est une idée à laquelle les gens ne pensent pas assez: si vous avez envie de vivre plusieurs relations, mais que vous bloquez, que vous vous sentez en insécurité, peut-être que votre partenaire ne vous rassure pas assez par ses paroles, son langage non verbal, son attitude en général par rapport à la relation, etc… sur le caractère non-interchangeable de votre relation. Peut-être aussi que c’est simplement pas votre truc, mais ça peut être une piste.

Les agendas d’amoureux ou autres problèmes de gestion complexes des relations

Les « agendas d’amoureux » ont toujours été un grand mystère pour moi. Au début, je croyais que c’était une blague. Puis j’ai su que certains y croyaient vraiment donc j’ai cru que c’était un préjugé stupide. Puis j’ai appris que certains avaient vraiment des agendas d’amoureux.

Je ne crois pas aux agendas d’amoureux. Blague ou pas, j’ai quand même l’impression que si des gens ont déjà tenu à jour un agenda d’amoureux, c’est parce qu’ils croient que le polyamour fonctionne comme ça. De fait, cela peut « fonctionner » comme cela pour eux un certain temps. Je veux pas dire qu’il y a les vrais et les faux polyamoureux, tout le monde peut avoir des relations non-exclusives, ou essayer d’en avoir, et personne n’a à rendre des compte sur sa légitimité. Mais je pense quand même qu’il y a des façons de s’y prendre qui ne sont pas très confortables ou pas très viables sur le long ou le moyen terme.

Je me demande même si ces fameux agendas d’amoureux ne sont pas un genre de fantasme. Cela m’est arrivé de croiser des mecs qui me disent que « ohlala c’est compliqué à gérer toutes ces amoureuses ». Ils croient peut-être passer pour des super Casanova et que ça les rend totalement irrésistibles. Mais pour ma part, je considère que si c’est compliqué à gérer, c’est juste que vous vous y prenez comme des manches, les gars. Ça ne devrait pas être compliqué. Sauf, bien sur, si, vous aimez que ce soit compliqué. Mais alors du coup, à votre place je me demanderais quand même pourquoi je veux que mes relations amoureuses soient compliquées. Et surtout, en tant que partenaire potentielle, je fuis. Je n’ai pas du tout envie que ce soit compliqué. En fait, les relations amoureuses sont déjà souvent compliquées en elles-mêmes, pas besoin de rajouter de la complexité en les accumulant de telle sorte qu’on doive tenir un journal de bord pour ne pas commettre d’impair.

Et puis, pourquoi c’est compliqué? Est-ce que c’est compliqué quand vous avez plusieurs amis? Pour moi, ça marche de la même façon. Je veux bien admettre que les relations avec les amis puissent parfois être compliquées, demander du tact ou de l’ouverture d’esprit. C’est pas forcément toujours le cas, des fois c’est simple; mais admettons. Par contre, je ne crois pas qu’avoir plusieurs amis rende la vie sociale extrêmement complexe, et même dans l’hypothèse où on aurait envie de les voir seulement un par un.

J’étais polyamoureuse avant que ce soit cool

On touche là, je pense, à ce qui rend le polyamour vaguement attirant socialement. C’est à dire que c’est socialement valorisé d’avoir plusieurs partenaires, en tous cas pour les hommes (même si c’est plutôt l’inverse pour les femmes, mais qui se soucient de l’avis des femmes de nos jours?). Même si le polyamour attire les préjugés et peut être très mal vu, il attire aussi beaucoup de fantasmes, dont le fameux « Plan à Trois » consistant en deux femmes pour un homme (oui, je sais, un plan à trois peut être tout à fait autre chose, mais allez donc le leur expliquer). Je pense que la société évolue, mais pas forcément dans le bon sens, et pas forcément vraiment en profondeur, c’est à dire qu’il y a de sérieuses chances pour que le polyamour, ou plutôt un certain type de polyamour, devienne vraiment à la mode. Par exemple celui de personnes jeunes, minces, cis, conformes aux canons de beauté, blanches et valides, et où en gros les mecs collectionnent les femmes (un peu comme ce qu’est devenu le libertinage, quoi)(4)..
Peu de temps après avoir finalement accepté l’étiquette de « polyamoureuse », je ressens déjà le besoin de m’en distancier. Dans le polyamour tel que je le vois émerger, il n’est que rarement question de liberté, de vraie liberté, et de liberté qui concerne tout le monde. J’en viens parfois même à me demander si l’émergence d’un mouvement polyamoureux est souhaitable dans une société patriarcale. Ça ne veut pas dire que le polyamour en lui-même n’est pas souhaitable. Je crois bien que chaque personne devrait vivre ses relations comme cela lui convient le mieux, dans la mesure où cela respecte la liberté de ses partenaires, et ça implique parfois d’avoir plusieurs relations dans le respect du consentement de chacun (ce qui correspond à la définition du polyamour, en tous cas sur le papier). Mais je crois aussi que le polyamour, tout comme l’exclusivité amoureuse d’ailleurs, peut être un moyen parmi d’autre d’abuser. Et les femmes sont spécialement vulnérables dans une société patriarcale. Ce qui ne veut pas dire que les hommes sont protégés des relations abusives et ne doivent pas être vigilants, d’ailleurs le genre n’est qu’un facteur de vulnérabilité parmi d’autres.

D’un autre côté, je continue de penser que le polyamour a une certaine portée féministe. Je crois qu’il faut encore affirmer le droit des femmes à avoir plusieurs partenaires (et pas seulement des partenaires masculins d’ailleurs, et non, bisexuelle ne veut pas dire plan à trois). Mais je crois aussi qu’il faut réaffirmer que tout le monde peut être victime d’abus, et aussi que les femmes ne sont pas d’éternelles victimes. Il y a un fossé entre dire que les femmes sont, en moyenne, plus vulnérables aux abus, et présenter les femmes comme uniquement des victimes, et notamment comme les victimes du polyamour. Les femmes sont parfaitement capables de savoir ce qui est bon pour elles, et d’accepter en toute conscience et de façon à ce que ça leur convienne parfaitement, que leurs partenaires hommes aient plusieurs relations. Et elles peuvent aussi le refuser, et il n’y a pas de mal ni à refuser, ni à accepter. Et elles peuvent d’ailleurs aussi être abusives envers leurs partenaires. Je pense qu’il est bon de rappeler à certaines personnes, et notamment des « féministes » pétries de préjugés et du type de bonne intention dont l’enfer est abondamment pavé, que certaines femmes sont OK avec le fait que leur(s) partenaire(s) ait plusieurs relations. Je trouve tout à fait dérangeant de se rendre compte qu’on est perçue comme une victime de notre mode de vie polyamoureux alors qu’on a rien demandé, merci bien. Donc oui, le polyamour, c’est possible. Et non, le polyamour n’est pas antiféministe, bien au contraire.

Enfin, pour ce qui est des préjugés, comme souvent, chacun voit midi à sa porte. Une meuf féministe un peu fermée d’esprit à mon goût considèrera que le polyamour n’est qu’un N-ième moyen qu’ont inventé les mecs pour pécho de la meuf et pas rappeler après(5).. Quand au polymâle, il considèrera en fait exactement la même chose, sauf que lui, il trouve ça cool. Le problème, c’est que ce genre de préjugés vis à vis du polyamour est plus ou moins performatif(6)., c’est à dire que le fait que les gens le croient rend le truc vrai, un peu comme pour les agendas d’amoureux. Cela amène à une certaine méfiance vis-à-vis des hommes polyamoureux.

Vivre plusieurs relations, c’est comment?

Pour finir… Il arrive qu’on me pose cette question. Je ne sais pas vraiment quoi répondre. Il y a plein de façons de vivre des relations. Il n’y en a plus ou moins qu’une qui soit la norme sociale. Toutes les autres existent. Je crois qu’il faut juste remettre en question cette idée selon laquelle le sexe sert à fonder le couple qui sert à fonder la famille papa-maman-enfants qui sert d’unité de base de notre société. Comme Jean-Michel Réac me le faisait encore remarquer aujourd’hui, les valeurs de notre société sont en très grand péril. Et c’est tant mieux. On a fait beaucoup de foin à propos du mariage entre personnes de même genre, beaucoup de gens ont couiné que ça sapait les bases de notre société, mais ce n’est qu’une étape de plus vers sa destruction totale. L’institution qu’est le mariage était déjà en fait sacrément ébranlée à partir du moment où l’on a autorisé le divorce. D’ailleurs, si plus grand monde ne remet en cause la liberté de divorcer, du moins les réac continuent de penser qu’un haut taux de divorce est le signe que la société va mal, ce qui est une de leurs fausses évidence à la con: un haut taux de divorce pourrait aussi bien vouloir dire que les gens prennent davantage leur vie en main, qu’ils veulent être heureux et choisir la personne avec qui vivre, qu’ils vont mieux tout simplement, et que s’ils divorcent c’est qu’ils ont tout à fait raison. Mais non, Jean-Michel Réac continue de croire, sans avoir besoin de la moindre raison pour ça, que le but de tout être humain est de vivre en couple hétérosexuel monogame et dans les liens sacrés du mariage jusqu’à la fin de ses jours, d’avoir 2,7 enfants et de ne jamais coucher avec quelqu’un d’autre que son époux-se légitime, et que si on divorce, c’est forcément un échec.

Vivre plusieurs relations, c’est une forme de remise en question de ce modèle parmi bien d’autres. Ce n’est pas grand chose en soi, je pense, mais je le vois comme une goutte dans l’océan du changement social. Vivre plusieurs relations, c’est simplement vivre chaque relation,  aventure, histoire d’amour, au moment où elle se présente, comme elle se présente, sans y voir forcément la première étape vers le couple-famille-enfants (sans pour autant que cela empêche l’éventualité d’être en couple et/ou d’avoir des enfants; la liberté, ce n’est pas faire le contraire de ce qu’on nous dit). Je ne peux pas dire comment c’est de vivre des relations non-exclusives, parce que ça peut être absolument n’importe quoi. Les possibilités sont infinies. Il ne tient qu’à nous d’en explorer quelques-unes.

 

 

 

 

(1) Je range ça avec les catégories débiles du genre d’un côté les personnes problématiques et de l’autre les personnes pas problématiques. Si vous en êtes à croire des choses pareilles, j’ai sincèrement pitié de vous.

(2) La diversité humaine a ceci de formidable que même si nous en étions au point de penser tous rigoureusement la même chose après le pire formatage social qui soit, chaque personne aurait intégré les normes sociales d’une façon bien à elle et les vivrait différemment. Je sais pas trop quoi penser de ça, mais c’est beau. Si ça se trouve, ça donne même de l’espoir, mais je n’en suis pas absolument certaine.

(3) ça marche aussi avec les poires.

(4) Si vous faites partie des gens qui défendent le libertinage corps et âme de façon inconditionnelle, avant de vous en prendre à moi parce que j’ose critiquer ce milieu dédié à la totale liberté sexuelle et absolument pas sexiste en aucune façon, prenez 5 minutes pour vous demander pourquoi dans ce cas, les entrées des clubs libertins sont plus chères pour un homme seul que pour un couple, c’est à dire pourquoi amener une femme avec soi donne droit à une réduction.

(5) Les femmes veulent que le mec rappelle. C’est parce que nous sommes génétiquement programmées pour faire des bébés. C’est écrit dans Voici. C’est d’ailleurs parce que je n’avais jamais lu Voici que pendant ma folle jeunesse, je ne rappelais jamais.

(6) J’ai appris ce mot hier, je le trouve trop cool. Performatif. On dirait une enseigne de coiffeur cheloue.

 

25 réflexions au sujet de « Vivre plusieurs relations »

  1. Bonjour, je vais peut être dire une bêtise, mais je pense qu’en fait le fait d’accepter dans les mœurs qu’une personne peut potentiellement aimer plusieurs personnes librement (sans en faire non plus une obligation, évidemment) de la même manière que l’on peut avoir plusieurs amis, pourrait être une « solution » à certains problèmes de société. Je ne dis pas que c’est la meilleure façon de penser, que les autres pensent mal, etc. mais j’estime par exemple que beaucoup des problèmes/souffrances entrainées par le couple traditionnel peuvent être éviter ainsi:

    La peur de l’infidélité, la jalousie, le côté malsain « je m’identifie à travers « ma meuf/mon mec » voir « j’identifie ma meuf/mon mec comme ma possession », la « lassitude » car on se sent scotché à son partenaire qui fait que deux personnes qui s’aimaient finissent par plus pouvoir se voir (bien sûr il y a dix mille autre facteurs qui jouent, et lorsque l’on vit plusieurs relations, des ruptures violentes peuvent arriver tout comme dans le couple classique, mais quand on voit que des amitiés durent en moyenne plus longtemps que des couples, j’imagine qu’il y a « quelque chose » qui fait que le couple écœure plus facilement, notamment ce côté « nous ne faisons qu’un » qui peut vite devenir oppressant), ou même par exemple sans vouloir revenir sur le débat poire/cerise/melon, le fait que l’on accepte dans la société qu’une personne puisse avoir plusieurs partenaires empêcheraient le « c’est de la faute de melon si je pécho pas cerise car il la rend pas libre ».
    Enfin je pense qu’il faut arrêter de penser le couple en tant que « statut » pour ne laisser que l’amour/désir.

    Attention, quand je dis « savoir que l’on peut aimer plusieurs personne », ne veut pas forcément dire qu’il « faut » aimer plusieurs personnes. Mais ce que je veux dire que, qu’on aime qu’une ou plusieurs personne, il faut en fait surtout effacer le terme « célibataire » ou « en couple », de la même manière que l’on ne dirait pas « je peux pas être ton ami car j’ai déjà un meilleur ami » ou « lui il a pas d’ami donc il peut devenir le mien ». Bien sûr des couples exclusifs existeraient toujours, mais la menace/peur de « la troisième personne qui viendrait gâcher » ou l’oppression du « tu m’appartiens » n’existeraient plus car dans le premier cas, ça deviendrait tellement évident que l’on ne craindrait plus (voir ne « fantasmerait plus » dans certains cas) l’adultère, vu que ce concept serait effacé de nos esprits), quand à la notion d’appartenance dans le couple, je pense qu’il est inutile de ré-enfoncer des portes ouvertes.

    En gros, si moi X ait une relation exclusive avec Y, qu’Y puisse m’annoncer « au fait je vois Z ce dimanche » sans que ça soit une souffrance, sans pour autant empêcher que si ça branche X et Y on puisse avoir une relation exclusive (sans pour autant sombrer dans le « tu m’appartiens » ultra malsain).
    Après, pour la « cohabitation » entre « poly » et « mono », je me vois très très mal refuser à une personne « poly » de ne pas avoir d’autres partenaires, par contre effectivement je me sentirais mal à l’aise de dire à une personne monogame « euh en fait j’aime d’autres personnes que toi… ».

    Vous soulevez également un point important, qui est qu’il ne faut pas non plus considérer les « couples classiques » comme preuve de « coincitude ». Récemment une amie me disait « je sais que le polyamour est la bonne chose à faire, mais j’ai du mal, ça me mettrait mal à l’aise, je sais que je devrais, mais je peux pas pour le moment ». C’est là que j’ai réalisé un problème récurent des milieux « dé-constructeurs », c’est la tendance à la culpabilisation des personnes ayant un mode de vie dit classique. Je pense que l’envie et le respect de l’envie de l’autre doivent être les seuls « moteurs » de relation sociale.

    Bref, je sais pas si j’ai dit quelque chose d’utile ou si j’ai parlé pour rien dire, si c’est le cas, désolé. :s

  2. Bonjour Madame et merci pour toutes vos contributions. Excusez du pavé, que vous pourrez allègrement karchériser, mais votre petite pique sur le libertinage, m’a quelque peu inspiré. Par rapport à votre précision n° 4 en bas d’article : j’ai eu pas mal de conversation et lu beaucoup de fils, sur des forums consacrés au libertinage (en plus d’une toute petite expérience en la manière). Mon impression est que le libertinage n’existe pas uniquement que par les clubs. Même s’il y a beaucoup de défauts dans le système (beaucoup de libertins et libertines reconnaissent eux-mêmes qu’il y a des gens douteux partout), il y a moyen d’y trouver aussi des personnes tour à fait sympathiques et bienveillantes.

    On reproche souvent aussi au libertinage un côté patriarcal très marqué, mais il faut savoir qu’il y a pas mal de Dames qui apprécient cet art de vivre, souvent de manière parfaitement autonome et assumée, voire parfois même dans un cadre exclusivement féminin. Donc, difficile de taxer l’ensemble des adeptes de machos patriarcaux de base.

    Une bonne manière de se faire une idée assez exhaustive du phénomène, serait de lire attentivement tous ces fils du forum Doctissimo, compilés à cette adresse : http://forum.doctissimo.fr/doctissimo/libertinage/reflexions-autour-libertinage-sujet_15044_1.htm

    Ce qui est intéressant sur la section libertinage de Docti, est que beaucoup de « poires » viennent pleurer misère et pourrir pas mal de fils, un peu comme ici. Les libertines (je pense beaucoup au pseudo MissDactari) et libertins expérimentés ont fort à faire pour les conseiller patiemment, avant de se décourager et les envoyer paître, assommés par tant de bêtise, mauvaise foi ou méchanceté.

    Effectivement, les expériences en club sont parfois fort peu satisfaisantes. C’est sans doute pour cela que beaucoup de libertines et libertins préfèrent des relations dans un cadre privé, pour lesquelles tout est gratuit, si ce n’est parfois une petite participation symbolique, identique pour tout le monde, comme lorsqu’on organise une fête chez soi et qu’on demande à chacun d’amener une petit quelque chose, histoire de partager les frais.

    En ce qui concerne les clubs, il faut savoir que cela relève de l’investissement financier pour les patrons, avec l’espoir de gagner sa croûte et d’assurer le paiement de toutes les charges. Selon les clubs ou les soirées, les thèmes peuvent être différents : soirée homo femmes ou hommes, toutes sexualités, bi ou gay friendly, plutôt hétéro, avec différentes tendances possibles, avec une peu plus de dames ou de messieurs, selon les soirs. Autre particularité qui incite beaucoup de libertins à préférer les soirées privées : la tendance assez répandue dans beaucoup de clubs et chez pas mal de clients, d’accepter la bisexualité féminine, mais de ne malheureusement pas tolérer la bisexualité masculine.

    Pour ce qui est des tarifs, beaucoup de patrons de clubs se servent de la situation, pour tenter de se faire le plus de bénéfice possible. Il ne s’agit en fait que de la réalité du marché commercial, régulé par la loi de l’offre et de la demande. Prenons l’exemple d’un des plus connus, parmi les plus grands saunas libertins parisiens : certains clubs font des soirées seulement pour couples, tarif normal pour tout le monde. Dans ce grand sauna, deux soirées par semaine sont couples (80 €) plus femmes seules. Les femmes bisexuelles étant plus rares et vu la concurrence entre les clubs, un tarif préférentiel leur est réservé (15 €), pour les inciter à venir dans ce genre de soirée. Enfin, il y a des soirées couples plus hommes seuls (quatre jours par semaine), voire pluralité masculine (un jour par semaine), pour les plus gourmandes. Dans ce cas, même tarif de base pour les couples (80 €), mais gratuité totale pour les femmes seules, car encore plus rares sont ces dernières à apprécier ce genre d’ambiance. Les hommes seuls, quant à eux, payent presque le double du tarif des couples (150 €), tout simplement parce qu’ils sont infiniment plus nombreux à chercher ce genre d’aventures. Les patrons du club en profitent donc pour augmenter régulièrement les tarifs, sans qu’il n’y ait de baisse de la demande.

    Cela n’est pas spécifique au libertinage, mais général pour tous lieux clos, virtuels ou non, de rencontre et de drague. Voir les discothèques qui limitent et filtrent sévèrement le nombre et la qualité apparente des hommes à l’entrée, tout en faisant renter pour une somme modique, ou même gratuitement les femmes. On peut aussi parler des multiples sites de rencontre sur internet, où on y trouve infiniment plus d’hommes que de femmes.

    La palme à ce sujet, semble revenir au site Ashley Madison, spécialisé dans les relations adultères. Craqué il y a quelques temps par de facétieux hackers, ces derniers ne se sont pas privés de rendre public les chiffres et les statistiques du site. Il se trouve que parmi les utilisatrices, il y avait vingt quatre mille femmes qui avaient utilisé la messagerie du site, preuve de leur activité. Par contre, le total des clients hommes inscrits, s’élevait à onze millions…

    • Je pense que tu nies totalement le problème du patriarcat dans le libertinage. Dire que les clubs ne sont pas représentatifs blabla, ou que le patriarcat est aussi ailleurs etc, ça n’empêche pas que le libertinage est sacrément patriarcal. Essayer de trouver des contre-exemples revient finalement à dire « mais euh PAS TOUS LES LIBERTINS ». Ce qui ne mène franchement à rien. Not all libertins ok, mais en attendant pour beaucoup de personnes et surtout beaucoup de femmes, c’est juste insupportable ce sexisme, cette misogynie crasse dans la grande majorité des lieux libertins.
      Et puis les justifications que tu trouves franchement, oui y a davantage de mecs qui sont intéressés, poruquoi à ton avis? Rien à voir avec le fait qu’il s’agisse d’une sexualité centrée sur le désir et le plaisir masculin? (ou plutôt une idée assez mainstream du désir/plaisir, qui en réalité sont différents d’un individu à l’autre). Les mecs vont en club pour chopper de la meuf, voilà. Tu me diras, en discothèque c’est peut-être pareil. Ben, ça n’arrange rien.
      Et d’ailleurs tu parles de soirées privées mais tu occultes le fait que bien souvent le tarif y est le même que dans les clubs, de l’ordre de 50€ pour un couple et 80 à 100€ pour un mec seul. Soit tu amènes de la meuf soit tu amènes du fric. Evidemment c’est gratuit pour les femmes. Hé ben sache que si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit. Dans le « milieu libertin » les femmes sont le produit. Tu peux y trouver toutes sortes de justifications, mais ça n’empêche rien. Et dénoncer ce problème devrait être plus important que de le minimiser.

      • Sans vouloir rentrer sur le débat lié au sexisme du libertinage, lequel est un milieux que je ne connais pas, j’aimerais juste répondre à « l’argument » suivant : « si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit ».Il est ultra fallacieux. La société était gratuites pour les nobles dans l’ancien régime, ça n’en faisait pas des produits.

        Être un produit, c’est se voir privé de son droit au libre arbitre. Çà n’a rien à voir avec une quelconque gratuité. Les sites de rencontres (domaine que je connais mieux) sont aussi concerné par la gratuité pour les femme. Pourtant, affirmer qu’elles sont, dans le cadre de ces sites, un simple « produit » tombe exactement dans les travers que vous dénoncez dans votre article. Si c’était le cas, elle n’aurait aucun intérêt à y aller.

        Si un service est gratuits pour les femmes, c’est parce que peu de femme sont prête à payer pour accéder audit service. Ça ne prouve pas que le service en lui même est sexiste mais juste qu’il se place dans le cadre d’une société sexiste.

        « si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit », c’est un slogan, ça n’a rien de réfléchit.

        Autre chose : vous semblez extrêmement méprisante avec le principe de chercher une relation pour une relation, ce que vous résumez à « choper de la meuf ». Sauf que même une relation à long terme, basé sur le respect mutuel peut commencer par la recherche d’une relation pour une relation. Ce n’est pas pour autant que cette recherche se fait avec une démarche de PUA. Ce n’est pas parce que, par lassitude du célibat, on se lance dans une relation à la première opportunité venue qu’on n’établit pas une vraie relation ou qu’on cherche juste à « chopper de la meuf ».

        Vous parlez dans votre article d’unicité, mais souvent, dans le cadre d’une relation, l’unicité d’une personne, c’est juste d’être au bon endroit au bon moment.

        • La comparaison avec les aristo est totalement hors de propos. Evidemment c’est gratuit pour les femmes parce que ce sont des services pour les hommes et qu’ils veulent des femmes. Tu t’es bien sur pas arrêté 2 minutes pour te demander POURQUOI y a plus d’hommes que de femmes qui veulent entrer dans les clubs libertins? Non, vive l’égalité, les femmes aiment moins le sexe que les hommes, c’est ça? (à ce sujet: http://lesquestionscomposent.fr/lemytheduprivilegefeminin/)
          Les milieux libertins ne proposent qu’une sexualité totalement patriarcale et normée. Et je parle pas de l’homophobie (j’ai jamais vu/entendu parler d’homosexualité masculine dans les milieux libertins, en revanche l’homosexualité féminine y est largement acceptée… En tant que plaisir visuel pour les hommes, bien sur). Je n’ai jamais vu/entendu autant de stéréotypes sur les genres que dans ces milieux soi disant « ouverts » et gnagna et gnagna. Ouverts, mon cul.
          C’est gratuit pour les femmes parce qu’il faut fournir de la meuf et que les mecs payent pour ça.
          Et ça sert à rien de dire « say la société qui est sexiste, pas le libertinage ». Oui bien sur c’est la société qui est sexiste, les clubs libertins n’ont pas inventé le sexisme. Pour autant personne n’est obligé d’enfoncer le clou, on peut même prendre un peu de recul.

          « SI c’est gratuit c’est que c’est toi le produit » c’est peut-être un slogan, mais ça veut dire quelque chose. ça veut dire: arrête toi deux minutes et demande-toi pourquoi c’est gratuit et où est ton intérêt là dedans et où est le profit à t’offrir quelque chose de gratuit (à moins que tu considères que si les femmes ne payent pas c’est juste par pure gentillesse et sans le moindre intérêt: lol). ça veut pas dire que si on te propose un truc gratuit tu dois refuser. ça veut pas dire que les femmes n’ont aucun intérêt à entrer dans un club libertin (bien qu’elles en aient peu, sinon on les ferait payer). Mais ça veut dire en l’occurence que ce sont des lieux dont les affaires reposent sur le portefeuilles d’hommes qui cherchent des femmes, et si ce sont les hommes qui cherchent des femmes, ça veut pas dire que « c’est la nature » gnagnagna. ça veut dire que c’est un certain type de sexualité qu’on te propose, et pas « le » sexe. ça implique plein de choses par rapport aux expériences que tu peux vivre ou non dans un tel lieu.

          Mais encore faudrait-il voir plus loin que « le sexe » et « pas le sexe ». « le sexe » ça n’existe pas. « le sexe » c’est une donnée biologique qui n’a rien à voir avec les sexualités des gens et ce que les gens font dans leur pieu ou dans les clubs.
          Pour le reste tu interprètes.

        • On discutait avec des amis sur la question : le polyamour est il de gauche et le libertinage de droite ? Au delà d’un quelconque intérêt de la réponse (sans doute faible), était émergé de la discussion cette notion vraiment importante : le polyamour consiste à ne s’accorder aucun droit de propriété l’un sur l’autre, alors que le libertinage maintient cette notion, c’est juste qu’on est plus prêteur, et de préférence en espérant une contrepartie.

  3. Si l’on peut m’accorder un droit de réponse ( j’ai le droit de douter, tu supportes très mal la contradiction ) , je n’ai rien inventé, le polyamour ce n’est rien d’autre que la désinstitutionnalisation de la cellule familiale.
    A terme, ça ne produira rien d’autre que des individus narcisso-hédonistes ( c’est grosso modo le cas des enfants issus des unions extra-conjugales, je n’invente rien c’est décrit dans les études sociologiques. )
    Les arguments c’est , pour simplifier et parce que je n’ai pas le temps de tout détailler :
    – l’indifférenciation progressive du rôle père/mère , avec légitimation des comportements individualistes ce qui est source de tensions
    – Disparition des rites d’accompagnement , qui sont essentiels pour structurer le psychisme d’un enfant
    – Une pression de socialisation , qui n’est pas forcément très saine ( société zapping, culture de l’instantané..)
    – On observe chez de plus en plus d’enfants une expression symptomatique portée sur l’axe passivité-dépendance avec une grande fragilité narcissique, sur l’axe pervers narcissique avec des sujets sans culpabilité utilisant au mieux leurs intérêts les autres, et enfin un axe psychopathe à minima qui s’exprime surtout par une discontinuité relationnelle avec des partenaires nombreux et changeant , ne pouvant supporter des engagements brefs , avec une personnalité très sensible aux gratifications immédiates.

    Mais bon, tu as raison le polyamour et le divorce c’est très bien, ça fabrique des individus sains dans un environnement stable.

    • Je suis toujours frappée par l’ethnocentrisme des analyses sociologiques (voire même des études « scientifiques ») occidentales. Il y a des dizaines d’autres sociétés qui ont d’autres modèles que le mariage à vie/monogamie ou polygamie/autorité parentale par le père biologique. J’ai même un scoop, dans les sociétés agricoles de structure simple où ce sont les femmes et les enfants qui vont chercher l’eau, font les travaux agricoles, et gardent les animaux, ils ont un bien meilleur sens de l’orientation que les hommes adultes.
      Il est certain que les enfants qui ont grandi loin des normes de la société occidentale traditionnelle analysent leurs problèmes à cette seule aune, mais cela ne veut pas dire que c’est intrinsèque à l’être humain.

      • De toutes façons les réacs ne se préoccupent que des faits qui les arrangent et vont dans le sens de leurs pseudo-analyses. Et pour justifier les oppressions ou les normes sociales on prétend qu’elles sont « naturelles » et « biologiques » (ce qui est une version moderne de « c’est dieu qui l’a dit »). Rien de nouveau sous le soleil. On prétendait déjà que la société irait à sa perte si les femmes avaient le droit de vote ou la pilule contraceptive, plus tard c’est les homos les coupables, ou le polyamour. Je trouve bien plus crédibles les réacs d’hier qui prétendaient que le divorce mènerait à la fin de la civilisations, que ceux d’aujourd’hui qui prétendent que c’est le mariage gay. Mais ils ont tous en partie raison: la « civilisation » basée sur l’écrasement de l’individu par les lois de la société se fissure de toutes part avec l’apparition de libertés individuelles, même si elles sont dérisoires. Maintenant il manquerait plus qu’on se rende compte qu’on peut être homosexuel/divorcé-e/transgenre/polyamoureux/Monoparental/childfree/et j’en passe (bref n’importe quoi d’autre que papa-mama-enfants-lienssacrésdumariage), et être parfaitement heureux. bien sur, les exemples ne manquent pas, mais il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

    • Y a plusieurs choses qui me dérangent avec ton argumentation:
      « , je n’ai rien inventé, le polyamour ce n’est rien d’autre que la désinstitutionnalisation de la cellule familiale. »

      En même temps, la cellule familiale classique est peut-être dépassée ? Comme l’était la monarchie à une époque. Je ne dis pas que toute les familles classiques sont abusives, mais certaines sont des freins à la liberté et au développement de l’individu.

      « A terme, ça ne produira rien d’autre que des individus narcisso-hédonistes  »
      Narcissique ? C’est marrant, mais plus bas tu parles de pervers narcissique (donc pas juste narcissique). En fait les pervers narcissiques, pour ne les avoir hélas que trop fréquentés, sont justement pour une majorité des purs produits de la famille traditionnelle.

      Pourquoi ? Parce les pervers narcissiques sont souvent nés d’abus familiaux eux-même, et surtout parce qu’ils deviennent par la suite extrêmement possessif, tant avec leurs enfants qu’avec leur conjoint. Ils ont donc besoin d’une cellule familiale traditionnelle pour justifier leur domination. Le plaisir ne les intéresse pas, ils veulent dominer un être vivant. Coucher avec une femme (dans le cas d’un homme hétéro PN) n’a aucun intérêt s’il ne peut pas le raconter comme il raconterait sa victoire à un championnat. Et comme ils ont peur de l’éphémère, il ne peut s’agir d’un plan cul, le PN doit pouvoir dire « c’est ma femme » « elle est une partie de moi » « je suis cool car je couche avec elle ».

      Pour avoir déjà discuté de polyamour avec des PN, les réactions sont toutes similaires: ils en sont purement dégoutés au mieux, voir ne comprenne pas en quoi ça diffère de l’adultère. A la limite, ils accepteraient de le pratiquer seulement si ça leur donnait une image de « gagnant » qui « pécho beaucoup », mais refuserait catégoriquement à leur conjoint de faire de même. Il s’agirait plus de se construire un harem que de liberté amoureuse.

      Ensuite, pour l’hédonisme, depuis quand vouloir chercher son plaisir et éviter les déplaisirs est un mal, tant que ça ne nuit pas à autrui ? Le respect du bonheur et de la liberté d’autrui devrait être la seule limite.

      « Mais bon, tu as raison le polyamour et le divorce c’est très bien, ça fabrique des individus sains dans un environnement stable. » Encore une fois, tu parles de « fabriquer » des individus comme s’il s’agissait de machines. Mais ça ne marche pas comme ça, un enfant, s’il est élevé par des parents géniaux, peu importe leur situation, il sera heureux et se développera de façon positive. Peut-être sera-t-il anticonformiste si les parents le sont et lui auront appris que la société traditionnelle a des failles, mais est-ce un mal tant que l’on respecte la limite « liberté et bonheur d’autrui » ? Et quand bien même, un enfant a son libre-arbitre, il finira un jour par remettre en question ce que lui aura appris ses parents pour faire ses propres choix.

       » l’indifférenciation progressive du rôle père/mère , avec légitimation des comportements individualistes ce qui est source de tensions »

      Père/mère n’est pas un « rôle » comme on distribuerait un rôle lors d’une pièce de théâtre. On éduque son enfant pour lui apprendre à vivre heureux par lui-même, parce qu’on l’aime, pas parce qu’on a un « rôle ». Quand à l’individualisme, je t’invite à regarder la définition wikipedia: « L’individualisme est une conception philosophique, politique, sociale et morale qui tend à privilégier les droits, les intérêts et la valeur de l’individu par rapport à ceux du groupe. Il prône l’autonomie individuelle face aux diverses institutions sociales et politiques (la famille, le clan, la corporation, la caste…) qui exercent sur lui de multiples pressions. Il ne faut pas confondre individualisme et égoïsme. Contrairement à la compréhension populaire, ce n’est que péjorativement que l’individualisme peut se rapprocher de l’égoïsme et se définir comme une tendance à ne vivre que pour soi. »

      C’est plutôt une bonne chose d’avoir une société individualiste, non ? Ça évite plus de tension que ça n’en créerait si les individus ne se sentent plus oppressés dans leur liberté.

      Selon moi en fait, on ne devrait même pas réfléchir en terme de monogamie ou polyamour. Il devrait juste y avoir « j’aime cette/ces personne(s) et elle(s) m’aime(nt) ». Et la question du nombre ne devrait même pas se poser. Seul la liberté, le bonheur, et le respect de la liberté et le bonheur d’autrui, sans chercher à « structurer » la vie des gens.

  4. Le parallèle poly/mono avec les attirances amoureuses/sexuelles, je le fais depuis quelques temps et je le trouve plutôt utile. :)
    Est-ce que tu as vécu des réactions similaires lorsque tu dis que tu es végane et lorsque tu dis que tu as plusieurs relations ?
    De mon côté, j’ai l’impression d’avoir eu parfois des « je pourrais pas, je suis trop jaloux » qui ressemblait fort à des « je pourrais pas, j’aime trop la viande ». Comme si les gens se sentaient immédiatement obligé de défendre leur propre manière de vivre, alors que dans ce cas, je m’étais contenté de poser ce qu’il en était pour moi.

    • Ben y a peut-être un peu de ça… Mais bon, c’est général en fait comme réaction, dès que tu fais quelque chose qui sort un peu de l’ordinaire, les gens sont un peu pénibles avec ça. Après y a des spécificités. Je trouve qu’avec le véganisme les gens sont vachement sur la défensive, pour ce qui est du polyamour ils ont un peu trop tendance à juger.

  5. Une étude récente évoque l’hypothèse que les IST pourraient être à l’origine de la monogamie.
    Voir le résumé ici : http://www.lexpress.fr/actualites/1/styles/a-l-origine-de-la-monogamie-les-mst_1782060.html
    Et l’étude entière (en anglais), mais je ne l’ai pas encore lue :
    http://www.nature.com/ncomms/2016/160412/ncomms11219/full/ncomms11219.html

    En gros, en fonction de la taille des groupes humains, la dynamique des IST est différente. Il semble qu’initialement la polygynie prédominait partout, mais au fur et à mesure que les groupes sociaux grandissent, la monogamie s’est imposée.
    En effet, dans les petits groupes sociaux (type chasseurs-cueilleurs de 20-30 personnes), les IST ont tendance à s’éteindre d’elles-mêmes. Quand on atteint une taille critique (environ 300 personnes), les IST deviennent endémiques, avec des répercussions sur la mortalité et la fertilité. D’où l’apparition, dans l’histoire de l’humanité, de la monogamie comme système dominant, avec tout son cortège de normes morales pour le justifier et l’imposer.

    C’est un résumé du résumé que j’ai lu… Donc oui, c’est sans doute un peu simpliste, et non, je ne sais pas si ça résume fidèlement l’étude originale.
    Mais ce genre de considérations peut aider à déconstruire le modèle de Jean-Michel Réac. Notons que le « polyamour » serait à reconstruire par là-dessus, vers l’avant, puisqu’il ne s’agit pas ici de « déconstruire » pour revenir à l’état primordial de polygynie…!

  6.  » je continue de penser que le polyamour a une certaine portée féministe. ».
    J’avoue avoir un peu de mal avec cette phrase: non pas parce que je pense qu’une femme doit porter une ceinture de chasteté ou quoi que ce soit de ce genre (chacun fait ce qu’il veut de son cul, non mais oh quoi!) mais parce que la dérive inverse est très facile. Ainsi, on passe du « la femme doit être pure et coucher avec le moins de mec possible » à « si t’as pas connu au moins 3 types différents et la sodomie avant ta majorité, et ben t’es rien d’autres qu’une grosse coincée qui ne sait pas profiter de la vie ».
    J’ai conscience que tu ne vois pas les choses de cette façon (je crois me souvenir que tu avais parlé des asexuels une autre fois) mais la dérive est effectivement un danger. La plupart des gens n’arrivent pas comprendre qu’on puisse fonctionner différemment d’eux et il peut être très difficile de supporter la pression du « tout sexuel » actuel.

    • Mais c’est un peu ce dont je parle dans cet article en fait, enfin du moins ce sont des problématiques qui se rejoignent. Je n’aime pas ce que devient le polyamour, je m’en méfie, aussi pour les raisons que tu évoques. En résumé, ça doit rester une question de liberté.

    • La portée féministe du polyamour est dans la base strictement égalitariste qu’il propose. Pour le coup, les hommes et les femmes y sont à la même enseigne (par opposition au libertinage, ou même si ça pourrait ne pas l’être, ça l’est de fait). J’aurais tendance que c’est déjà une approche féministe. En dehors du fait que sociologiquement on trouve chez les poly pleins de féministes, véganes, contestataires et même débout parfois, décroissants et qui votent non à la constitution européenne.

      • Quelqu’un faisait remarquer sur twitter à juste titre qu’il n’y a pas d’égalité dans les rapports de genre dans une société patriarcale (y compris dans les relations polyamoureuses), et que la notion de liberté dans une société oppressive quelle qu’elle soit est très discutable. Je suis d’accord avec toi, mais je dis ça pour nuancer, ça me parait important de le préciser. Paradoxalement, je crois qu’il faut se méfier de tout discours sur la liberté. D’ailleurs la liberté est sans arrêt mise en avant par les libertins, qui adorent se croire subversifs. De fait, beaucoup de femmes se méfient de certains hommes polyamoureux (quand ce n’est pas du polyamour lui-même, mais je crois qu’il y a aussi pas mal de préjugés qui rentrent en jeu) et même avec une expérience du polyamour globalement très positive, je vois bien comment le concept commence à être utilisé à tort et à travers.

  7. Ha ha ha, il y a peu de temps je me demandais « tiens, mais à quoi ça peut ressembler ce truc à la mode qu’on appelle polyamour? », parce que je me posais des questions assez concrètes sur comment on fait lorsqu’on aime plus d’une personne en même temps… Et voilà cet article. Merci!
    (et je suis d’accord que ce serait bien que la Famille papa-maman-enfant cesse d’être LE modèle dominant; bien que j’aie grandi dans une famille formidable)

  8. C’est un sujet qui me touche beaucoup.

    Je ne souhaite pas faire souffrir. A fortiori les gens que j’aime.

    Les rares hommes qui m’intéressent ont souvent de nombreuses certitudes sur le fonctionnement d’un couple, et beaucoup d’attentes (exclusivité, disponibilité sexuelle – même si ce n’est JAMAIS
    admis tel quel…, projection du couple dans le futur avec mariage et enfants). Et ils pensent généralement que ce modèle est le seul éthique, respectueux, romantique.

    Je n’ai pas envie d’être responsable de l’épanouissement sexuel de quelqu’un (ma libido est très valonnée, avec des périodes… sans).
    Je ne veux pas d’enfants. Ni me marier. Ni avoir des comptes à rendre sur ce que je ressens. Je ne crois pas que ce soit un crime de tomber amoureuse.

    Paradoxalement, je suis assez peu volage. En général, la passion finit par se transformer en amour, laissant la place pour une nouvelle passion… Alors que la première personne
    m’est plus chère que jamais et que l’idée de la blesser m’horrifie. Ce qui me place dans une situation où je dois choisir entre amour et passion, entre une personne que j’aime et avec qui j’ai
    une histoire, des souvenirs, une loyauté profonde, une tendresse qui m’importe énormément… Et la personne qui me fait vibrer.

    Je trouve horriblement cruel de vivre ses relations « en série », en quittant une personne qu’on aime sous prétexte qu’une autre nous touche davantage.
    Je trouve horriblement frustrant de devoir refouler un sentiment amoureux naissant, sous prétexte que ce serait une trahison envers quelqu’un qu’on aime.

    Je trouve horriblement difficile d’expliquer à quelqu’un que « polyamoureux » ne signifie pas :
    – j’ai une libido très exigeante (voire « je suis une fille facile ») et j’aime multiplier les partenaires amoureux ;
    – je veux juste m’amuser, je me fous de blesser mes partenaires, s’ils souffrent c’est leur problème ;
    – je n’ai pas besoin de tendresse, d’engagement, de projets de couple, on s’emmerde pas avec tout ça.

    En fait, expliquer simplement que polyamour signifie que la relation est basée sur l’amour, et non sur le sexe.
    Expliquer que polyamour, c’est pas un type de relation bien définie. Que je n’ai pas d’idées préconçues. Qu’il faut juste en parler et se mettre d’accord.
    Que ce n’est pas tue-l’amour de définir les attentes de chacun… Ca s’appelle la liberté, et c’est le contraire de la démarche qui consiste à signer tacitement un contrat aux clauses préétablies
    par Hollywood et nos arrières-arrières-arrières grands-parents.
    Que ce n’est pas parce que la norme du couple m’asphyxie que je ne suis pas capable d’aimer. Ni prête à accepter des règles.

    J’ai tenté deux fois, dans ma vie, d’aller au-delà de la théorie, et j’ai échoué deux fois… L’un des partenaires accepte, l’autre pas.

    Je suis à nouveau amoureuse et j’avoue que je panique. Je suis en polyamour (pas de souci avec mon partenaire actuel, il me connaît, il a confiance en moi et sait que je ne le blesserai jamais).
    Mais je panique littéralement à l’idée de dire la vérité au garçon que je viens de rencontrer. J’en suis presque à souhaiter que je ne lui plaise pas, pour simplifier la donne. Et aussi amoureuse que je sois,
    je crois que je refuserai de quitter le garçon que j’aime si c’est le seul choix qu’il me laisse.

    Alors je suis intéressée par les retours d’expérience d’autres polyamoureux-ses.

    J’ajoute que l’argument selon lequel je n’ai qu’à fréquenter des hommes qui évoluent déjà dans la sphère polyamoureuse ne fonctionne pas : d’une part, je n’évolue pas moi-même dans cette sphère, je
    ne connais que deux autres personnes polyamoureuses ; mais surtout je ne choisis jamais de tomber amoureuse ! La simple idée me paraît aberrante. Ca existe ça, des gens qui choisissent leurs
    émotions en fonction d’un programme ?

  9. Ben je trouve quand même souhaitable qu’on puisse vivre nos relations comme on l’entend sans être taxé-e-s d’anormaux ou de pervers ou de je sais pas quoi, mais bon.

  10. Je te remercie de partager votre expérience, mais y a quand même un truc avec quoi je suis vraiment pas d’accord et qui me fait tiquer, c’est quand tu parles de « théorie du polyamour ». Alors non le polyamour c’est pas de la théorie, plein de gens le vivent, je le vis et ça n’a rien de théorique. C’est peut-être théorique pour toi, mais ça ne veut pas dire que ça n’existe pas. De toutes façons, si tu n’as pas besoin du polyamour, hé ben c’est comme ça, y a aucun problème.

  11. Performa’tif, je suis fan. Comme j’irais tout de suite chez ce coiffeur !
    Genre le coiffeur dit « vos cheveux sont magnifiques » et rien que le dire ça rend tes cheveux magnifiques.
    Peut-être on a pas besoin de la validation d’un coiffeur pour ça remarque, on peut le faire chez soi, c’est juste de la cheveux-positivité.

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