Petit guide argumentaire à l’usage des carnistes

Vous aimez la viande, mais vous ne trouvez aucune bonne raison d’en manger? Qu’à cela ne tienne: un bon gros paquet de mauvaises raisons pourraient faire l’affaire. Voici plusieurs sophismes couramment utilisés pour justifier la consommation de viande. Si vous faites face à un végétarien récalcitrant au steak-frites, ou encore à votre propre conscience, vous pourrez piocher allègrement parmi ces arguments, dans l’ordre que vous désirez et sans vous soucier le moins du monde de suivre un fil cohérent. Certes, ces arguments peuvent être facilement contrés si on les présente individuellement dans une discussion logique, mais il suffit de les enchaîner très vite les uns à la suite des autres pour que votre interlocuteur omnivorophobe™ n’ait plus aucune envie de discuter avec vous et tourne les talons dépité, vous abandonnant à votre puissante Raison. Avec un peu d’entraînement, vous pourrez les enchaîner si rapidement que tout végétarien dans un rayon de moins d’un kilomètre se mettra à baver de la mousse en remuant les bras. Quand à votre conscience, elle se ratatinera sagement dans un coin de votre cerveau, ou si elle n’y trouve pas de place, vous pourrez la ranger dans un autre organe de votre choix ou encore dans un tiroir, un carton du grenier ou une poire à lavement.

Mesdames et Messieurs… Les Zarguments

1) les classiques

Le cri de la carotte Lire la suite

Le destin des animaux

Après avoir abordé le mystère de la viande de chat et des diverses façons dont elle engendre ou non un tabou, et dont ce tabou est justifié, je voudrais revenir sur un élément de ce tabou qui est particulièrement révélateur de la façon dont l’animal est pensé dans la société.

D’abord un bref résumé des attitudes des gens vis-à-vis de la viande de chat. En simplifiant un peu (mais pas tant que ça), il y a deux catégories de réactions:

 

1) Cela ne me dérange pas de manger du chat, puisqu’on mange d’autres animaux.

2) Ca me dérange / C’est mal de manger du chat.

Elles-mêmes se déclinent en plusieurs sous-catégories:

1-a) Ca ne me dérange pas du tout de manger du chat

1-b) Ca ne me dérange pas de manger du chat, à condition de ne l’avoir pas vu vivant avant

etc…

 

2-a) C’est mal de manger du chat et il n’y a pas besoin de l’expliquer car tout le monde le sait

2-b) C’est mal de manger du chat parce que les chats sont fondamentalement différents des animaux que l’on mange (vaches, cochons, poules).

2-c) C’est mal de manger du chat parce que les chats ne sont pas élevés pour être mangés, mais si c’était le cas, ça cesserait d’être mal.

 

C’est sur cette dernière proposition que je souhaiterais me pencher.

Notons que 2-b et 2-c peuvent être regroupées en une proposition qui dirait que les chats ne sont pas faits pour être mangés. Mais quand quelqu’un justifie ainsi le tabou de la consommation de viande de chat, on ne sait pas s’il se réfère plutôt à 2-b, donc s’il pense que les chats ne peuvent pas être mangés parce que ce n’est pas dans leur nature; ou s’il se réfère à 2-c, donc s’il pense que les chats ne peuvent pas être mangés parce que ce n’est pas dans notre culture. Dans ce dernier cas, cela pourrait changer.

 

Je voudrais revenir sur 2-c parce que c’est une position que j’ai adopté quand j’étais plus jeune et que je mangeais de la viande. J’avais été scandalisée parce que j’avais appris qu’en Chine, on mangeait des chats et des chiens. J’avais discuté de cela avec des gens qui m’avaient objecté, à juste titre, que moi aussi je mangeais de la viande. Mais ce n’était pas pareil, soutenais-je, parce que les animaux que je mangeais étaient élevés pour être mangés, alors que les chats ne l’étaient pas. Je me souviens qu’un ami m’avait répondu qu’en chine, on élevait des chats et des chiens pour les manger, donc que c’était pareil.

Je me souviens avoir très mal encaissé cette discussion. J’étais à court d’arguments rationnels. On ne peut pas élever des chiens pour les manger ! Puis j’avais fini par admettre que ce n’était pas si mal que ça, mais seulement si c’était des chiens élevés pour être mangés et non pas des chiens ayant vécu comme animaux de compagnie. La pilule avait tout de même du mal à passer, mais je n’avais plus aucun argument. Seulement des sentiments…

Ai-je remis en question ma propre consommation de viande pour autant? Non.

 

Beaucoup plus récemment, après que j’ai cessé de manger des animaux, je me souviens avoir abordé avec une amoureuse des chevaux, qui aimait l’équitation, la question de la viande de cheval. Je sentais que la viande de cheval n’était pas un sujet auquel elle aimait penser. Sa position sur le sujet tenait en une phrase: Elle ne trouvait pas immoral la consommation de viande de cheval, mais à condition qu’il s’agisse de chevaux élevés spécifiquement pour cet usage. Je ne compris pas pourquoi, et je lui demandais de développer. Mais elle fut incapable de me dire le pourquoi de sa position. « Je ne sais pas », me répondit-elle. (Si je me souviens bien, je lui avais pas dit que j’étais végétarienne, ce qui permet parfois d’avoir des discussions plus posées). J’insistai un peu, mais je ne pus pas avoir plus de précisions… Si ce n’est qu’elle ne trouvait pas si moralement neutre que cela d’élever des chevaux pour les manger, puisqu’elle-même n’en mangeait pas. Mais tant qu’ils étaient élevés pour ça, ça allait.

 

Je me rappelai alors que, bien des années plus tôt, ma position avait été la même en ce qui concerne la viande de chien et la viande de chat.

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSzYt9wX7eQ_EIDzvH-22bV_0ZswjtrcSjiYlbfeDlstCrXfGAY

Image tirée de marksdailyapple.com, où l’auteur justifie la consommation de viande de cheval par le fait que « les autres animaux aussi sont intelligents et ont des sentiments ». Etrange quand on y pense…

 

 

Etant maintenant végétarienne, je peux désormais penser à ce genre de problèmes d’une façon nouvelle, dénuée de culpabilité. Etre végétarien permet de réfléchir quasi objectivement aux problèmes de la viande. Les gens qui mangent de la viande n’aiment pas trop en parler, ni y penser. A chaque fois qu’on aborde le sujet, on sent qu’ils sont mal à l’aise et ils sautent souvent sur la première occasion de passer à autre chose. Si je n’avais pas été végétarienne, je n’aurais surement pas pu écrire le long article d’hier sur la consommation de viande de chat !

 

Donc j’ai pu me souvenir assez clairement de ce que je pensais de la viande de chien, de la façon de l’obtenir et de la raison qui m’avait poussée à soutenir qu’il est mal de manger de la viande de chien, parce que les chiens ne sont pas élevés pour leur viande.

En fait au cours de la conversation, j’étais subtilement passé de la position 2b à la positon 2c. Au début, je pensais que les chiens ne pouvaient pas être mangés, un point c’est tout. Mise en face de mes contradictions, j’avais fini par passer à la position 2c: ils ne peuvent pas être mangés parce qu’ils ne sont pas élevés dans ce but. Tout simplement parce que même si 2c n’est pas logique, il recèle au moins un semblant de logique, alors que 2b est encore moins logique. Les chiens ne sont pas faits pour être mangés… Pourquoi? Par qui sont-ils « fait » ou « pas faits » pour un usage précis par rapport aux humains? Dieu? La nature? Une entité divine quelconque qui créé les animaux pour un usage précis? 2c est moins mystique, puisqu’elle répond: par l’homme. Les chiens ne sont pas faits pour être mangés par l’homme, puisque l’homme fait les chiens pour lui servir de compagnons, et les cochons pour lui servir de nourriture.

 

Bien sur je ne me serais pas satisfaite de cette réponse si je n’avais pas une profonde aversion par rapport au fait de penser aux façons de produire la viande. Si je me suis contentée d’un 2c, c’est parce que cela me permettait d’avoir reglé la question et de pouvoir penser à autre chose. Voilà malheureusement comment souvent, l’esprit humain fonctionne.

 

En analysant ce qui m’avait tellement indignée en imaginant que les Chinois mangeaient des chiens, un mot me vient à l’esprit: trahison. Les chiens sont nos amis, les emmener dans un abattoir pour les tuer, c’est les trahir. J’avais alors été obligée d’envisager que les animaux domestiques élevés pour leur viande subissent eux aussi une trahison. Mais je m’étais rassurée en me disant qu’ils n’avaient pas ce contact privilégié avec l’homme, qu’ils ne lui faisaient pas confiance.

Bien sur ce n’était pas aussi clair dans mon esprit que ce que j’énonce là. C’était flou et ça avait tout intérêt à le rester.

En effet, s’il est bien triste de prendre un chien de compagnie et de l’emmener confiant à l’abattoir,ça reste beaucoup moins cruel du point de vue de l’animal que de prendre un chiot et de l’élever de telle sorte qu’il faille l’y traîner sans qu’il n’ait aucune confiance. Mais dans le second cas, il n’y a pas vraiment cette idée de trahison…

 

Je suis maintenant étonnée de constater qu’on peut se mentir à ce point. Ce raisonnement était absurde. En fait ce n’était pas un raisonnement, c’était un non-raisonnement. Chez l’omnivore confronté à la viande, l’émotion l’emporte généralement sur la raison. Seuls les végétariens peuvent réfléchir objectivement à propos de la viande.

 

Je ne suis pas la seule à avoir eu ce genre d’idées décousues. Je viens d’aller faire un tour sur un forum d’amoureux des chiens, et sur 13 pages, les gens sont outrés, scandalisés que dans d’autres cultures on mange de la viande de chien. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils changent d’avis quand on leur fait remarquer qu’eux-même mangent d’autres animaux. Ils changent d’avis… Sur la consommation de chien. Pourquoi pas sur la consommation d’autres animaux? Sans doute parce qu’il est difficile moralement de comprendre qu’on a toujours fait quelque chose de mal.

 

Les raisonnements tordus qu’on déploie malgré soi pour ne pas être quelqu’un de mauvais ne font pas de nous des personnes meilleures, malheureusement.

 

Si l’on se défait des normes sociales et qu’on essaie de savoir, en soi-même, ce qui est le plus juste, il faut cesser de se laisser emporter par ses émotions négatives. La seule façon de savoir ce qui est juste est de se mettre à la place des autres. On est obligé de constater que les animaux se fichent de savoir pourquoi ils ont été élevés et que ça ne rend pas leur mort moins douloureuse d’avoir été élevés pour la viande. Au contraire,  le chien tué par une main amie ne meurt-il pas plus heureux que le chien qu’on a trainé de force jusqu’à l’abattoir, et qui sentait déjà la mort bien avant de voir ses congénères subir leur sort? Si on regarde les choses de façon absolument objective, on se rend compte que le premier était moins stressé, qu’il a eu une mort plus douce.

Je ne pense pas que les chevaux que mangent les gens devraient être élevés dans ce but. Je pense qu’il serait plus charitable pour les chevaux que ce soit leurs amis humains qui les tuent, plutôt que des inconnus qui les terrorisent déjà quand ils les approchent. Maheureusement, ce serait plus charitable pour l’animal tué, mais moins pour celui qui tient le couteau. En réalité, tuer un animal n’est déjà que trop difficile, pour nous les humains.

 

Peut-être que le fait qu’un animal soit destiné à mourir rend sa mort moins difficile à supporter, parce que c’était déjà triste, depuis le début. Peut-être que ce renversement de situation (que l’animal destiné à vivre soit soudain destiné à mourir) est trop violent, trop brutal, pour que nous puissons le supporter. Finalement, notre compassion trop partielle rend plus pénible encore le sort des animaux.

Le gars qui mangeait des chats

Zerh
◦    tain jai un mec dans mes contacts
◦    on me di qu’il mange des chats
◦    not sure if serious

L’elfe

◦    Oo
◦    sérieux??

Zerh

◦    ouais
◦    enfin
◦    je lui ais pas demandé
◦    on me raconte peut etre des bobards
◦    même si je vois pas pourquoi

L’elfe
◦    mais genre il mange des chats
◦    il les trouve ou?
Zerh
◦    sois a la spa soit il les capture
◦    je vais lui demander tiens
L’elfe

◦    bonne idee

Zerh
◦    je lui ai parlé une fois dans ma vie avant quil majoute sur facebook, genre ya 6 mois
◦    premier second contact: « SALUT, TU MANGES DES CHATS ? »
◦    jespere presque que la réponse est oui sinon cest moi le mec bizarre
L’elfe
◦    XD
◦    alors?
Zerh

◦    il me dit que oui mais je pense qu’il se fout de ma gueule
◦    je joue le jeu pour voir

L’elfe

◦    ha bon
◦    il dit ou il les trouve?

Zerh

◦    « tu as jamais eu de probleme a piquer les chats des voisins? »
◦    le mystere demeure semi entier
◦    je penche pour la connerie
◦    mais
◦    on vit dans un monde ou on sait jamais
L’elfe

◦    il dit pas ou il les a trouvé?
Zerh

◦    soit en dons soit ceux des voisins
L’elfe

◦    …

Zerh

◦    il tend des pieges aux chats de la rue en donnant a manger il me dit
L’elfe

◦    et il les tuerait et les cuisinerait
Zerh

◦    voila
L’elfe

◦    demande lui ce qu’il fait avec les peaux
Zerh

◦    des abats jours
◦    je penche pour la connerie

L’elfe

◦    là oui
◦    tu devrais lui dire que les moufles ça rapporte plus que les abats jours

Zerh

◦    oui ^^
◦    ah tiens

◦    -et tu connais Sophie* ?
◦    -Oui

◦    elle y croyait vraiment (pffff qu elle est naïve cette petite)
◦    moi: croyait vraiment que quoi?
◦    que je mangeais des chats
◦    moi: ah c’est faux en fait ?

L’elfe

◦    merde j’aurai pas d’abat jour en peau de chat
Zerh

◦    pourquoi tu mangerais pas de chats ? c’est une idée plutot bonne en réalité
◦    je veux dire, au prix de la viande

L’elfe

◦    yen a plein les refuges…
Zerh

◦    voilà
◦    ok ça devient bizarrre:

◦    tu connais la moule voyageuse ? »
◦    moi: je connais le concombre masqué
◦    « bon, la moule, c est la pussy … »
◦    moi: la quoi ?
L’elfe

◦    je sais pas s’il mange des chats, mais il est bizarre.
Zerh

◦    il mange pas de chats

 

*Le nom a été changé pour préserver la vie privée des anonymes amis de Zerh

Ce dialogue (authentique, sur facebook) est étrange. En effet, que se passe-t-il? L’individu non-nommé, appelons-le Robert, fait courir le bruit qu’il mangerait des chats. Zerh lui demande confirmation, au risque de passer lui-même pour quelqu’un de bizarre, le fait de manger des chats étant totalement hors-norme. Robert déclare qu’il capture des chats et les mange, espérant sans doute créer un effet de provocation. Si c’est le cas, c’est totalement raté.

Mis en face de son propre canular, Robert ne sait plus l’expliquer. Pourquoi est-ce bizarre de manger des chats, et, finalement, pourquoi ne le fait-il pas? Il se met alors à raconter n’importe quoi pour changer de sujet.

 

Le canular n’est pas drôle, parce que l’idée de manger du chat n’est pas incongrue dans l’absolu, elle l’est dans un certain contexte et son incongruité peut très vite devenir nulle.

 

Je ne vais pas ici développer ce qu’est le carnisme, idéologie définie par la sociologue Melanie Joy. Il existe une bonne page Wikipedia à ce sujet, Cela a également été abordé dans les cahiers antispécistes. Le point important est que le carnisme, qu’on peut définir brièvement comme une idéologie selon laquelle il est éthique de manger certains animaux et pas d’autres, le point important, donc, c’est que la carnisme est l’idéologie dominante.

 

Lorsque j’ai abordé le sujet du welfarisme et de la façon dont la protection des animaux, si elle est logique, aboutit nécessairement sur l’abolitionnisme, j’ai évoqué, peut-être à travers les lignes, l’idée d’une rupture sociale. Par exemple dans l’article au titre explicite: « Du welfarisme à l’abolutionnisme, ou comment la cohérence éloigne des normes« . Extrait:

 

« il ne faut pas se voiler la face, il est nécessaire de renoncer à énormément de ses croyances et des idées que l’on a apprises, pour aller jusqu’à l’abolitionnisme. »

 

Celui qui veut protéger les animaux et rester cohérent doit donc rompre. Rompre avec l’idéologie dominante. Rompre surtout avec la pensée naturaliste qui permet au spécisme d’exister. Et rompre avec le carnisme qui rend tabou certaines viandes et non pas d’autres. Une fois qu’on est plus solidaire de cette idéologie, on peut encore moins comprendre la blague.

Manger du chat ?

Me rappelant cette conversation, je me suis demandée, par curiosité, si les gens mangeaient parfois des chats et comment ils percevaient cela en général. Car je sais intuitivement qu’ils le perçoivent différemment de moi. Ne serait-ce que parce que mon point de vue a considérablement changé suite à cette rupture. Vous pouvez remarquer le ton assez calme de la conversation, on parle de manger des chats, sans savoir si l’histoire du mangeur de chat est vraie ou non. Il y a quelques années, j’aurais été outrée, scandalisée, d’apprendre que quelqu’un attirait de pauvres chats innocents et les tuait pour ensuite les manger. J’aurais ressenti un profond dégoût à l’évocation d’une pratique aussi cruelle.

 

Aujourd’hui, je m’en fiche. Me soucier qu’un type attire des chats chez lui, les tue et les mange ? Certes, l’idée ne me remplit pas de bonheur. Mais il faut avoir conscience de certaines réalités. En France, un milliard d’animaux terrestres sont tués par an pour la consommation humaine. Un milliard, et sans compter les poissons et autres animaux marins, ni nombreux  qu’on ne peut même pas les compter (et en plus, il faudrait compter aussi ceux qui sont rejetés à l’eau mort ou agonisants, ainsi que les baleines et dauphins piégés par les filets). Et ces animaux ne sont pas moins innocents que d’éventuels chats errants. Un grand nombre ne sont encore que des bébés (veaux, agneaux, mais aussi les poulets de chair âgés de 36 jours) et la plupart sont très jeunes.

Alors, si je devais me mettre dans tous mes états parce qu’un seul barge capture des chats et les mange, je n’aurais pas fini de hurler aux quatres vents. D’ailleurs, serait-il vraiment si barge que ça? Après tout, comme dit Zerh, la viande coûte cher et les chats sont gratuits. Il y en a trop, même. On les tue de toutes façons  dans les refuges, en grand nombre, et personne n’arrive jamais vraiment à savoir ce que deviennent leurs cadavres, on dit qu’on en ferait des farines, de la colle… C’est plausible. Mais les manger, apparemment, serait transgressif, alors qu’on élève des animaux spécialement pour ça.

Sur Facebook, à une époque, il y avait eu un scandale parce qu’une bande de jeunes avaient cuisiné et mangé un chat. On criait à la cruauté. Les photos étaient assez explicites, avec les étapes de dépeçage du chat, des morceaux de pattes coupées dans l’évier… On voyait les étapes de la préparation du cadavre puis les jeunes attablés en train de manger le chat. On peut encore voir ces images sur ce site, et on peut aussi constater  à quel points les commentaires sont haineux. Je me souviens de m’être étonnée de ça à l’époque, alors que la plupart des gens que je cotoie mangent de la viande. On m’avait répondu que c’était scandaleux que les jeunes filles soient « morte de rire » en mangeant le chat. Je n’ai pas l’impression qu’à Noël autour des tablées de foie gras et de dinde, les gens se sentent obligés de tirer la tronche parce qu’ils mangent des animaux morts, et en plus, si on me tuait pour me manger, je ne pense pas que ça me toucherait beaucoup que les gens fassent la gueule en mon honneur. A plus forte raison si j’étais un chat (ou une dinde).

 

Etudiantes mangeant un chat

Les rapaces et les chatons

Je me souviens aussi d’un article sur le blog d’une vétérinaire, qui était scandalisée parce qu’elle avait rencontré un éleveur de rapaces qui nourrissait parfois ses oiseaux avec des cadavres de chatons. Je lui avais demandé ce qu’il y avait là de si horrible alors qu’elle achetait elle-même des parties d’animaux tués pour les manger, y compris des bébés animaux (car, à tort ou à raison, je sentais que c’était le genre de personne à me répondre qu’on peut tuer des adultes mais pas des petits(1) ). Sa réponse fut renversante: ce n’est pas la même chose, parce que les animaux qu’elle mangeait « étaient vendus directement découpés dans des barquettes« , et non pas entiers. Je lui fis remarquer qu’il y avait certaines opérations nécessaires pour qu’un animal vivant soit transformé en morceaux dans des barquettes, et que mêem si on ne les voyait pas, elles étaient tout aussi désagréables, sinon plus; mais il n’était guère facile de discuter avec elle, car c’était un sujet très sensible pour elle et elle avait du mal à être calme et à s’exprimer de façon logique (2). L’argument de la nécessité de manger de la viande était impossible à brandir car elle savait parfaitement que les rapaces ont davantage besoin de viande pour vivre que les humains. Finalement, plutôt que d’admettre qu’il n’était pas éthique de tuer des animaux pour s’en nourrir sans nécessité, elle finit par déclarer que finalement, il était éthique de nourrir les rapaces avec des cadavres de chatons, mais qu’il fallait tuer les chatons sans qu’ils ne souffrent, ou quelque chose comme ça. Puis, l’article disparut de son blog.

 

(1) Quand on y réfléchit, le fait qu’il soit plus éthique de tuer des adultes que des jeunes est souvent assené comme s’il s’agissait d’une évidence, alors que cela mériterait discussion. Personnellement, je ne sais pas si tuer des bébés est beaucoup plus grave que tuer des adultes. J’aurais tendance à dire que s’il m’apparait grave, intuitivement, de tuer des enfants, c’est avant tout parce qu’ils sont sans défense. Mais il en est de même de la plupart des animaux de boucherie, petits ou grands. Et d’ailleurs, tuer un être sans défense nous révulse, mais est-ce vraiment plus grave que de tuer un être à qui l’on a donné une chance de s’en sortir? Et si oui, pourquoi? Je trouve difficile de répondre.

(2) Certains attribuent aux végétariens le rôle de personnes irrationnelles et contrôlées par leurs émotions, face à des omnivore supposés rationnels. C’est généralement plutôt le contraire en réalité.

 

Pourquoi pas du chat?

Alors, finalement, que pensent les gens de manger du chat? Cela varie énormément d’une personne à l’autre. Certaines personnes, surtout des hommes(3), vont dire que manger du chat ne leur poserait aucun problème, mais parmi ces gens, il y en a qui précisent qu’ils ne devraient pas voir l’animal avant. En d’autres termes, ils admettent qu’ils devraient occulter une partie de la réalité, car qu’ils l’aient ou non rencontré, l’animal a existé vivant.

Détail d’importance, si quelqu’un vous affirme que manger du chat ne le dérangerait pas, et que vous lui demandez pourquoi ça ne le dérangerait pas, il vous répondra systématiquement: « on mange bien d’autres animaux, pourquoi pas du chat? ». Autrement dit, ces gens vont justifier une pratique spéciste -manger du chat- par une autre pratique spéciste: manger du cochon ou du poulet. Au lieu de cela, ils pourraient utiliser les mêmes arguments qui sont couramment mis en avant pour justifier la consommation de viande (naturalisme, santé, etc). Mais ils ne le font pas. En fait, cela me fait penser que l’unique raison pour laquelle certaines personnes disent pouvoir manger du chat, c’est parce qu’ils se rendent compte d’eux-mêmes que le carnisme est absurde, mais qu’ils ne vont pas assez loin pour remettre en question le spécisme (le carnisme étant une sous-idéologie du spécisme).

Mais la plupart des gens ne sont pas du tout à l’aise avec le fait de manger du chat et ne font même pas semblant de l’être. Un internaute ayant demandé sur yahoo answers s’il était légal de manger du chat, les réponses montrent que le sujet est gênant: rires, moqueries ou accusations de démence. Mais aussi une réponse qui attise fortement ma curiosité:

 

Meuh oui, quelle question !
J’en fait des gibelottes délicieuses, avec du vin rouge et des petits lardons.
C’est une viande maigre au goût délicat, à la chair fine et qui tient bien à la cuisson.
Il vaut mieux acheter les chats vivants et les préparer toi-même, tu pourras ainsi récupérer les peaux et en confectionner de coquets paletots, toques ou manchons…ça fait de jolis cadeaux de Noël pas chers.
Il suffit juste d’être discret dans cette pratique qui n’est pas toujours bien perçue par les nombreux adeptes du « politiquement correct » pleins de sensiblerie qui pullulent.

 

photopremierebouchcanineparis.jpg

Je n’arrive pas à savoir si cette personne est sérieuse ou non. Est-ce de la provocation? C’est possible qu’une personne mange du chat. En fait, le fait même de se demander si cette personne est sérieuse ou non démontre bien à quel point le carnisme est attaché à des normes culturelles changeantes. Le carnisme est purement culturel et Melanie Joy nous apprend que ses modalités varient beaucoup d’un pays à l’autre: à tel endroit, manger tel animal est normal, ailleurs c’est dégoûtant ou immoral, et cela peut changer assez vite. Dès lors, comment savoir si cette personne plaisante? Après tout, la consommation de chats n’a pas toujours été taboue en france, puisque certaines boucheries vendaient de la viande de chat et de chien encore jusqu’au XIXeme siècle (site: http://www.cdlb.org/viandechien.htm) ; et en plus, elle n’est pas taboue dans toutes les cultures, loin s’en faut. Mais pourtant, le tabou est si fort chez certaines personnes qu’on peut imaginer que ce message est un canular.

 

De même, sur internet, on trouve des recettes de chat, sans que l’on sache très bien si c’est de la provocation ou pas, ou si les gens qui les écrivent ont déjà eux-même mangé du chat.

 

Je pense pas que les personnes qui laissent des commentaires haineux sur l’article des étudiants ayant mangé un chat (dont j’ai parlé plus haut) soient pour la plupart végétariennes. Tout laisse à penser que seule une faible minorité d’entre eux l’est. Par exemple, l’un des commentateurs demande: « I don’t understand why they did that, there is no other meat to eat !? » (Je ne comprend pas pourquoi elles font ça, n’y a-t-il pas d’autre viande à manger?). Cette personne ne cherche pas à expliquer pourquoi il faudrait manger d’autres viandes plutôt que celle-ci, pas plus que les autres commentateurs ne cherchent à expliquer pourquoi il est mal de manger du chat. C’est comme si tout le monde savait que manger du chat est mal, et en même temps que manger d’autres animaux ne l’est pas, et tout ceci sans qu’il y ait besoin de le justifier ou de l’expliquer.

 

Enfin, il existe certaines personnes qui cherchent tout de même à justifier ce tabou, en évoquant une différence entre les chats et les vaches. Les chats sont gentils, jouent et font des calins, alors que les vaches sont stupides et ne font rien. C’est loin d’être vrai, mais notez bien que même si ça l’était, ça ne justifierait absolument rien. Décider de vie ou de mort sur un être sensible en fonction des affinités qu’on ressent avec lui? Ca n’a pas de sens. A moins que la vache ne soit pas un être sensible parce que les citadins ne la voient pas vivre(4).

 

Une logique encore plus mystérieuse est celle selon laquelle il est éthique de manger un animal, à condition qu’il ait été élevé pour ça. Ca parait absurde, mais cela revient à s’en remettre aveuglément à la norme sociale, qui décide de ce qui est bien ou mal, et non pas à prendre en considération l’animal, qui est totalement étranger, dans sa subjectivité, dans son désir de vivre et de jouir de la vie, au fait qu’il ait été élevé dans tel ou tel but par les humains. Mais j’y reviendrai.

 

Au niveau de la loi, on retrouve la même ambivalence que chez les gens par rapport à la consommation de viande de chat: elle peut être autorisée, interdite ou permise par un vide juridique… Voir par exemple cet article: Est-il légal de manger de la viande de chat?

Pour conclure, on peut toujours essayer de faire de la provoc en faisant remarquer que manger du chat est plus écolo que de manger des vaches… Mais on ne sait pas très bien qui l’on va réussir à provoquer, et plus que tout, le pourquoi demeure un mystère.

 

(3) Sexisme ordinaire. La « sensiblerie » est mal vue chez les hommes, mais aussi le fait d’être irrationnel. La société partiarcat autorise les femmes à se laisser diriger par leurs émotions, et même à être pénibles, allant jusqu’à valoriser la « fille chiante ». Après tout, ce ne sont que des femmes… Les hommes, eux, doivent rester froids et logiques.

(4) J’aborderai peut-être le sujet dans un article ultérieur, mais dans la période ou je suis devenue végétarienne, je me souviens de deux choses qui m’ont marquée: la façon dont on abat les poulets à la chaîne, et la tendresse que je me suis découverte pour les vaches. Je les trouve belles, intelligentes, douces, sensibles (bien qu’encore une fois, ce ne soit pas la vraie raison pour laquelle je ne les mange pas: je n’ai pas  aucune affinité particulière pour les truites, mais je ne les mange pas pour autant). Mais constater qui sont les vaches m’a profondément chamboulée et m’a permis d’accéder aux sphères de réflexions que la plupart des gens s’interdisent, celles qui mènent à l’antispécisme.

Le CIV et les Djeun’z

Aujourd’hui je vais vous parler d’un site que j’affectionne particulièrement: Planet viandz.

Enfin, notre histoire n’est pas un long fleuve tranquille. Evidemment, je l’adore et je le déteste à la fois, vous vous en doutez. Mais la façon dont Planet Viandz heurte à la fois le bon goût, la logique, la bienséance, l’éthique, l’intelligence, la déontologie, la subtilité, et s’adresse aux jeunes en les prenant totalement pour des débiles tout en essayant de se mettre à leur niveau (débile donc), est de nature à provoquer une foule d’émotions chez moi, allant du vomissement à la crise de rire hystérique et passant par l’évanouissement.

Et moi, les émotions, j’aime.

L’article « spécial filles » (sic) « au secours, il y a du gras dans la viande » est tordant. On croirait voir un gros boucher moustachu ayant collé sur sa tête une casquette à l’envers et s’adressant à de jeunes adolescentes anorexiques (car oui, toutes les adolescentes sont anorexiques) en leur expliquant que la viande, c’est très branchouille. La fin est particulièrement drôle. Après un article qui dit en grois que oui bon ok hum la viande c’est gras, mais des fois, on peut enlever le gras, donc c’est moins gras, puis quand on mange gras on a moins faim après (j’ai envie de dire, trop tard on a mangé gras, mais bref), donc, l’article se conclut ainsi:

En guise de résumé, tu l’auras compris, la viande n’est certainement pas un aliment à bannir. Elle est plutôt un bon partenaire pour la ligne. Il suffit de varier parmi le choix très large que nous offrent les viandes de bœuf, veau, agneau, viande chevaline et leurs produits tripiers.

Le CIV. Parce que quelque part dans le monde, un boucher ventru et moustachu espère qu’une adolescente anorexique va se cuisiner des tripes de cheval.

Très savoureux également, le quizz « dégoût d’ou viens tu »,, qui nous donne un assez bon résumé de la façon dont le végétarisme chez les jeunes est perçu par le CIV, et à quel point ce dernier prend les adolescents pour des crêtins. Avec l’article « le bien être animal, une préoccupation de tous les instants » (sans intérêt, un de ces baratins creux et bien-pensants ou l’on apprend que si les cochons sont stressés, la viande est mauvaise) ce sont les deux références discrètes à la montée en puissance du végétarisme (et du flexitarisme, pour faire plaisir aux journalistes). Ainsi, voici les raisons qu’auraient les jeunes, pardon, les djeunz, de ne pas manger de viande.

Edifiant.

Mais le pire avec la propagande du CIV, c’est qu’elle arrive facilement à un cynisme qui outrepasse largement les limites de la bienséance, quand il s’agit de conseils nutritionnels donnés aux jeunes. On dirait que les producteurs et vendeurs de viande se fichent littéralement de rendre les gamins malades et obèses.

Prenons par exemple cet article nommé judicieusement « c’est c’que je préfère, point barre« . Je ne résiste pas au plaisir de le citer intégralement.

Les ados ! C’est fou ce que l’on peut écrire à votre sujet ! Il n’empêche que tous ces portraits ne te ressemblent jamais totalement, et c’est tant mieux ! Il y a
bien deux trois vérités qui traînent, mais dans l’ensemble, tu ne corresponds jamais exactement à ce que tu lis ou entends.

Pourtant sans tomber dans la caricature, il y a un fait absolument vérifié, la nourriture des ados est un peu, voire très différente… de ce qui est recommandé et que tu connais presque par cœur d’ailleurs !

Toi tu dis « C’est super quand c’est facile à transporter », les autres disent « Tout ce qui se transporte est gras et sucré ! ».

Toi tu dis « J’ai faim tout le temps, c’est normal, je suis en train de grandir ! », les autres disent « Tous ces grignotages, ça ne peut plus durer ! ».

Toi tu dis « Quand on mange, il faut se faire plaisir ! », les autres disent « D’accord, mais après ce qui est nécessaire au bon fonctionnement de ton corps ».

Toi tu dis « L’important dans un repas, c’est l’ambiance, les copains», les autres disent « l’équilibre alimentaire, il faut y penser ».

Toi tu dis « C’est quoi le problème ? », les autres disent « Pense à ce qui est bon pour ta santé ».

Et le plaisir dans tout ça ?

Le plaisir, c’est fondamental quand on mange, parce que manger sans plaisir, au secours, cela ne s’appelle pas manger, mais se nourrir. On ne va pas te refaire le coup de la madeleine de Proust
du cours de français, mais tu peux bien avouer que tu as un petit plat préféré bien connu dans la famille et qu’on te le sert chaque fois qu’on veut te faire plaisir, non ? Chaque personne a des
saveurs fétiches, des aliments qui lui rappellent des souvenirs et nous on dit : vive le PLAISIR !

DONC

Tous les aliments participent à la découverte du plaisir, et il faut se faire plaisir quand on mange, on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas répété !

Autour des aliments plaisirs, n’oublie pas de placer dans ton assiette ceux qui sont un peu, beaucoup, passionnément… absents, surtout que tu sais qu’ils sont tous importants pour ton corps
!

Ta manière de vivre te conduit à préférer les aliments qui se transportent facilement et là, c’est vrai qu’on trouve plus de produits sucrés ou un peu gras que des bâtonnets de carottes crues !
L’équilibre alimentaire ne se fait pas sur un seul repas mais sur toute une journée, voire une semaine. Réfléchis à ce que tu as ingurgité depuis le début de la journée et fais un micro effort pour rééquilibrer tout ça, à la maison ou à la cantine, surtout que tu sais bien que les aliments sucrés et gras doivent être réduits le plus possible !

Ton corps est en pleine croissance ! Variété, variété, sera donc le mot à te répéter.

 

Maintenant remontez sur votre chaise.

Passons sur l’intro du style « vous les ados, nous au CIV on vous comprend! » Si je me rappelle une seule chose de mon adolescence c’est bien le fait de se faire appeler « ado » avec un ton condescendant, paternaliste et faussement compatissant et « compréhensif » par de parfaits inconnus qui ne comprennent vraisemblablement rien. Mais laissons cela de côté et intéressons-nous au contenu de l’article.

Quand je suis devenue végane, cela m’a permis de redécouvrir les aliments, de détacher la nourriture des sentiments de frustration et de culpabilité, et d’apprendre à nouveau la satiété et la faim. Cela m’a permis de perdre 12 kilos en 3 mois sans avoir à faire d’efforts particuliers. J’ai donc à présent une assez bonne connaissance de ce qui est nécessaire en nutrition pour être en bonne santé, d’un point de vue comportement alimentaire, et un certain recul sur les problèmes posés par la société de consommation en terme d’alimentation.

Cet article explique parfaitement ce qu’il ne faut PAS faire:

1) Distinguer les aliments-plaisir (gras et sucrés) des aliments-santé (fruits, légumes).

N’importe quel aliment est un aliment plaisir quand on a FAIM. Le problème, c’est que lorsqu’on est saturé de graisses et de sucre, beaucoup d’aliments nous paraissent fades et sans saveur. C’est simplement le fait de trop manger et de manger une nourriture trop riche. Quand on a faim, une pomme, un fenouil, un concombre, un champignon cru sont savoureux. En plus, appeler « aliment plaisir » un gros gâteau à la crème quand on en mange tous les jours, c’est simplement ne pas savoir ce qu’est le plaisir. Le vrai plaisir de manger un gâteau disparait quand on en mange souvent.
Avec lui disparait tout plaisir de savourer une salade ou une soupe.

2) Associer le plaisir au calcul et à la culpabilité, et compter sur cette dernière pour s’alimenter

Donc voilà en gros ce que dit cet article: mange un aliment-plaisir (genre du bacon frit dans le saindoux, miam miam). Ensuite, culpabilise et mange  un fenouil cru sans sel, juste pour rééquilibrer les calories ingérées. Puis aies super faim, et jette-toi sur un aliment plaisir (miam, le  nouveau bigburger triple fromage !). Puis, culpabilise à nouveau et mange des
carottes crues sans sauce. Puis, aies faim… etc etc.

Bref, cède à tous tes caprices, la culpabilité de manger de la merde suffira à ce que tu soies en bonne santé.

Une telle vision de l’alimentation est dangereuse. De nombreux obèses restent obèses à cause de cette vision culpabilisante de la nourriture qui les empêche d’apprécier vraiment la vraie nourriture. Combien de personnes prennent un bigmac, une grande frite et un coca light? Combien de gros (désolée pour le terme) mangent des trucs hyper caloriques et puis dans un élan de culpabilité, évitent de mettre de l’huile d’olive dans leur salade, pour ne pas grossir, alors qu’une cuillerée d’huile ne représenterait même pas 1% des calories ingérées au repas précédent?

Bref, ces conseils sont évidemment dangereux et en plus, ils prennent vraiment les ados pour des crétins, en les brossant dans le sens du poil et en les tutoyant comme si ça donnait de la crédibilité.

Je propose de réécrire cet article pour qu’il soit encore plus clair et compréhensif. Voici ma correction:

Tu es un d’jeunz, nous on te comprend, on sait que tu manges des kebabs et que tes parents veulent te faire manger de la soupe! Halala ces adultes, ils sont pénibles à toujours te dire ce que tu dois faire. Les parents ça sert vraiment à rien, pas vrai? Nous on est pas comme ça! Tu as bien le droit de manger ce que tu veux! D’ailleurs on sait bien que tous les djeun’z comme toi aiment les kebab, tu es bien un d’jeunz non? Donc tu aimes les kebabs! Manges-en, c’est bon pour toi! HA mais heuuu n’oublies pas de manger un peu de soupe hein quand même.

Par contre, un mystère demeure, dont seuls les experts en jeunes du CIV doivent posséder la clé:

Ta manière de vivre te conduit à préférer les aliments qui se transportent facilement et là, c’est vrai qu’on trouve plus de produits sucrés ou un peu gras que des bâtonnets de carottes crues !

Pourquoi c’est difficile de trimballer des carottes crues???