Toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil

Je vais vous raconter une histoire que vous connaissez déjà. Comme vous la connaissez déjà, pour la rendre un peu plus intéressante, et aussi parce que j’ai faim, les protagoniste auront des noms de fruits.

Il était une fois un garçon qui s’appelait Poire.

Poire fréquentait des filles. On lui avait appris qu’il fallait être gentil avec les filles, et Poire était de toutes façons quelqu’un de gentil. Il n’y avait pas besoin de le lui dire deux fois. Il était donc gentil.

Le voisin de Poire s’appelait Melon. Melon n’était pas gentil du tout, lui. Il faisait pleurer les filles et elles allaient se faire consoler par Poire. Celui-ci, bien sur, désapprouvait fort sa conduite. Lui, Poire, c’était un mec bien. Il respectait les filles, il les écoutait, il blaguait avec elles, bref, c’était leur ami.

Et pourtant, Poire enviait un peu Melon. Il ne comprenait pas. Il avait beau être gentil, serviable, agréable et tout, il restait désespérément célibataire.
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Give me pen

« Tout comme elle-même avait accompagné sa mère du temps de son mutisme,
elle emmenait désormait Blanca dans ses visites aux pauvres, chargée de cadeaux de consolation.
-Cela nous aide à avoir bonne conscience, expliquait-elle à Blanca.
Mais cela n’aide en rien les pauvres. Ce n’est pas de charité qu’ils ont besoin, mais de justice. »
Isabel Allende, La maison aux esprits.

 

 

« Hello ! Hello ! Hello !  Hello !  Hello !  »
C’est un flot ininterrompu de « hello ». Au début j’ai répondu, mais au lieu de me rendre mon sourire comme le fait tout le monde dans le village, il a enchainé: « Give me pen! ».
Ca sonnait comme un ordre. Je n’ai malheureusement rien à lui donner, et d’ailleurs je ne m’y sens pas obligée. Face à mon refus, il reprend.
« Hello! Hello! Hello! »
Il n’est pas comme tous les villageois qui me saluent en Anglais. Celui-ci a le « Hello » péremptoire, agressif même, et tout sauf gratuit.
« Hello! Sitka! Money!
-No, sorry.
-Pen! Gi’ me pen !
-….
-Hello! Hello! Hello! »

Je n’arrive pas à lire. Je lève les yeux vers lui, je vois un petit visage brun et renfrogné qui me fixe sans sourciller. Pour être certain que j’ai bien compris ce qu’il voulait, il sort un stylo et me le montre. Naïvement, je me demande ce qu’il peut bien faire d’un stylo puisque, manifestement, il en a déjà un. Mais enfin, je ne suis pas niaise au point de penser qu’il ait des ambitions studieuses. A cette heure-ci, il n’est pas à l’école. Il est planté devant moi, sur le quai de la gare, et exige un stylo. Je baisse les yeux à nouveau. Il reprend:
« Hello. Hello. Hello. Give me pen ».

Je n’ai rien contre les gens qui donnent des stylos aux enfants. Indubitablement, ça part d’un bon sentiment. Mais il faut reconnaître que ça ne leur fait pas du bien, à ces gosses.
Je n’ai rien non plus contre le fait de donner quelque chose. Il y a des gens qui n’ont rien. Parfois, on se sent désemparé, face à la misère du monde, on est envahi d’un insupportable sentiment d’impuissance. Je sais ce que c’est de se sentir comme très injustement privilégié face à des gens très injustement pauvres. Je trimballe avec moi 2000 euros de matériel photos et il y a des gens qui ne peuvent pas se payer une paire de chaussures ! Je me sens mal quand je pense à ça. J’aimerais faire quelque chose, réparer l’injustice, même si je devais avoir moins pour moi.

Malheureusement, il n’y a rien que je puisse faire de vraiment utile. Car donner des stylos, donner quelques roupies, est-ce une solution? N’est-ce pas se décharger de sa culpabilité d’occidental sur un pauvre gosse? N’est-ce pas l’utiliser, d’une certaine façon? Malheureusement, si l’on croit bien faire, ça ne lui rend pas service. C’est, en réalité, instaurer une relation malsaine avec les enfants. Pour preuve, l’un de ces petits exigeurs de stylos, quand je lui ai dit que je n’avais rien à lui donner, m’a rétorqué dans un anglais approximatif:
« si, tu en as un, je l’ai vu ».
C’est vrai, j’ai toujours un stylo sur moi, et un carnet. Puisque, partout ou je vais, j’écris.
Ce gamin ne comprend pas pourquoi je ne lui donne pas mon stylo. Et c’est bien normal: il ne comprend pas non plus pourquoi d’autres touristes lui ont donné des stylos. Tout ce qu’il voit, c’est que les touristes, ça donne des stylos. Et je ne sais toujours pas ce qu’il en fait, sans doute les revend-il. Mais pas pour acheter du pain, qu’il a refusé quand je lui en ai proposé.
C’est une relation malsaine que les touristes, pétris de bonnes intentions, entretiennent avec ces enfants. Car donner, donner sans connaitre l’autre, sans comprendre ses besoins, sans dialoguer avec lui, sans faire le moindre effort réel d’empathie ni de rapprochement des cultures, c’est malsain. Cela introduit un déséquilibre dans la vie des gens, plutôt que de les aider. Au lieu de bien travailler à l’école comme le souhaitaient pour lui les donneurs de stylos, ce gosse passe sa journée à trainer dans la gare et sur les chemins poussiéreux, il cherche des touristes et les suit jusqu’à obtenir des roupies ou des stylos. Il ne sait  peut-être ni lire ni écrire, mais il a appris en tous cas à obtenir ce qu’il veut. J’ai l’habitude d’être harcelée et j’ai pour principe de ne jamais rien donner aux gens pour de mauvaises raisons, comme par exemple pour me débarrasser d’eux. Mais je vous assure qu’il eut été mille fois plus confortable de lui donner mon stylo, quitte à en racheter un ensuite, juste pour avoir la paix, plutôt que de subir sa compagnie désagréable et un vague sentiment de culpabilité propre à ma culture (la culture, si criticable et critiquée qu’elle soit, est quelque chose dont on ne se débarasse pas si facilement). Dont je me débarrasse en essayant de voir les choses comme elles sont: je n’ai pas à donner des stylos à des gamins, je le ferais si ça pouvait rendre les choses meilleures, mais ce n’est visiblement pas le cas.

Je crois aussi que les touristes sous-estiment, ou surestiment les enfants, surtout les enfants pauvres. Ils sous-estiment leur intelligence et surestiment leurs vertus. Les gamins pauvres grandissent vite, vieillissent vite. Les innocents et les naïfs, ce sont les touristes, pas eux.
La relation qu’ont ces gamins avec les touristes est malsaine. D’abord ils ne demandent pas des stylos: ils les exigent et feront tout ce qu’ils peuvent pour en obtenir, quitte à y passer la journée s’il le faut. Ensuite ils ne comprennent ni pourquoi certains leur en donnent, ni pourquoi d’autres ne leur en donnent pas. Pour finir, « merci » est un mot tout à fait absent de leur vocabulaire, ils n’ont aucune raison de remercier puisqu’ils ne savent pas le pourquoi du comment du don, ne font aucune différence entre ceux qui donnent par générosité et ceux qui donnent pour avoir la paix.

Il y a beaucoup de formes de mendicité. Bien différents sont les gosses de Siem Reap, par exemple, qui mendient parce que, semble-t-il, ils ne mangent pas toujours à leur faim… Quand ils sont plusieurs, ils promettent de partager. Quand on leur donne, que ce soit du pain, des fruits ou des galettes de riz, ils disent merci, car ils savent pourquoi ils demandent, et ils savent du même coup pourquoi on leur donne. Même si ça ne règle pas leurs affaires, ou très temporairement, c’est un plaisir de leur donner juste pour voir leur sourire. Et ça nous aide, nous les voyageurs, à nous sentir moins coupables, mais il y a surtout eu un contact humain, quelque chose s’est passé.

Dans le nord du vietnam, j’ai rencontré des gosses qui, eux, mangent sans problème à leur faim, mais que les touristes ont habitué à réclamer des bonbons et autres saloperies qui leur donnent des caries. Ce sont des enfants qui, certes, ne vivent pas dans le petit confort des fesses qu’on a en Europe, leurs vêtements sont sales et déchirés, mais ils mangent plus équilibré que bien des enfants européens. Sauf quand les touristes les gavent de sucreries. « Mais les pauvres, ils ne mangent jamais de bonbons! ». Mais on peut très bien vivre heureux toute sa vie sans avoir jamais mangé un bonbon. Les bonbons sont un peu comme les cigarettes, ils ne nous manquent que quand on y a trop goûté. Je ne mange presque jamais de bonbons, et je ne suis pas malheureuse. C’est sur, les enfants aiment les bonbons, mais les touristes aiment surtout se prendre pour de grands seigneurs généreux, alors qu’ils ne font que pourrir des enfants qui vivent bien sans eux. Ils n’ont pas de bonbons, mais ils ont parfois de ces fruits délicieux, juteux et sucrés, que nos enfants n’ont pas en Europe.

On donne des bonbons au petit Vietnamien comme on jette des cacahuètes aux singes du zoo. Non pas que les gens soient ouvertement méprisants, mais ils sont, inconsciemment, consescendants et égocentriques. Cette condescendance merdique envers les gens des pays pauvres transparait lorsqu’on réalise que ces généreux distributeurs à bonbecs ne donnent des friandises ni aux adultes étrangers, ni aux gosses de leurs propres pays…

Non, les gens d’ici n’ont pas de bonbons, mais ils ne vivent ni ne mangent comme nous le faisons en France. Non,  notre manière de vivre n’est pas la seule, ni la meilleure, ni une référence pour eux. S’ils sont heureux ou malheureux, ce n’est pas de posséder ou de ne pas posséder ce que nous, nous avons, ce dont nous croyons avoir besoin dans notre pays, là-bas, loin. Ca n’a juste rien à voir.

Que dirait-on si des étrangers riches venaient balancer des trucs de chez eux à nos enfants, parce qu’ils supposent qu’on est malheureux si on n’en a pas, des trucs pas très bons pour leur santé et qui les habituent à en demander toujours plus?

 

Donner des stylos est à priori une meilleure idée que donner des bonbons. Malheureusement, cela revient souvent au même, en réalité. Donner comme ça, sans dire ni faire comprendre pourquoi, sans chercher à comprendre, sans établir de contact humain, ce n’est pas donner, c’est distribuer. C’est instaurer une relation malsaine avec des enfants au sein d’une population qui est pourtant l’une des plus chaleureuses que j’ai connues, des gens qui sont parfaitemet capables, à tout âge, d’échanger, d’établir un contact humain avec quelqu’un d’une autre culture. Car les habitants de ce petit village sont curieux, sympathiques et ouverts aux autres, et rien n’est plus facile que d’échanger quelques mots et quelques sourire avec eux. Il n’y a pas besoin de leur donner des stylos pour ça. La personne la plus désagréable que j’y ai rencontré, c’est ce gosse, pourri par les touristes, transformé par eux en petit zombie à stylos.

 

Je le répète, j’ai parfaitement conscience des excellentes intentions des touristes. Mais voilà le résultat.

Il a beau avoir des stylos, ce n’est pas pour autant qu’il a un avenir enviable. Car à trainer sur les routes en suivant les touristes et en les harcelant jusqu’à en obtenir quelque chose, il apprend beaucoup de choses, certes. Mais pas à lire ni à écrire, et ne se prépare aucunement à faire d’autres études que celles de la rue.

 

Après une brève recherche sur Internet, je me suis aperçue que je ne suis heureusement pas la seule à penser ainsi, et j’ai pu voir confirmer mon intuition à propos du devenir des stylos, qui sont le plus souvent revendus. Pire, j’apprend dans certains endroits touristiques, les gamins mendiants gagnent plus d’argent que leurs parents. De quoi les encourager à un bel avenir de demandeurs de stylos…

Si vous voyagez dans un pays où il y a beaucoup de pauvreté, ne donnez pas des stylos aux gosses. Il y a d’autres solutions pour apaiser sa conscience, voire même pour vraiment agir afin d’aider les plus démunis. Ce site concerne les enfants du Maroc, mais la situation semble à peu près similaire, à quelques détails près. Vous pourrez y lire quelques conseils en ce qui concerne la charité.

 

Mais il ne faut pas oublier une chose. Quand on fait la charité, on ne règle pas le problème de la pauvreté. Se flageller, culpabiliser sont des attitudes non constructives. La seule bonne réaction face à toute cette misère que l’on constate autour de nous, c’est de réfléchir à la façon de la faire disparaître; et je n’ai pas de solution, mais plus j’y réfléchis, plus je me dis que la solution vient de notre société, de celle qui s’enrichit sur le dos des autres. Celle qui importe ses t-shirts et ses peluches du tiers monde parce que la main d’oeuvre y est moins chère.

 

En attendant, quand on a choisi de voyager dans un pays où des gens vivent dans la misère, nous devons affronter cette misère, avec au moins une petite partie du courage que montrent les miséreux. Car même si nous ne la vivons pas directement, elle nous touche, elle nous atteint, nous bouleverse. Et stylos ou pas, nous devons faire avec.

L’auto-flagellation

Dans la culture occidentale, on a une très forte tendance à l’auto-flagellation.

L’argument bidon du « tout ou rien » montre d’ailleurs comment, en se flagellant, on rend le véganisme absurde, et même le végétarisme, d’ailleurs. Ben oui, parce que, puisqu’on est des méchants, puisqu’on tue des acariens, puisqu’on avale de pauvres araignées pendant notre sommeil, puisqu’on pille la planète en affamant le tiers monde, pourquoi essayer d’être de meilleurs personnes et de faire moins de mal autour de nous?

Bad dobby! Bad dobby!

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L’omnivore défendant et le cri de la carotte

Le cri de la carotte est le dernier bastion derrière lequel se retranche l’omnivore culpabilisant.

 

J’en ai eu un bel exemple dans mes commentaires ces jours-ci.

 

L’omnivore culpabilisant, aussi appelé omnivore défendant, est un drôle d’animal.

Son comportement rappelle furieusement certains aspect du troll internet décrit par wikipedia: attaques sur la forme, sophismes, dire tout et son contraire, ne jamais répondre directement aux questions posées, provocations, agressivité latente.

 

Attention, qu’on se mette d’accord. Je ne parle pas de tout omnivore qui viendrait discuter sur ce blog ou un autre blog abordant le végétarisme ou sur un forum végétarien ou vegan. Non, je parle bien de l’omnivore défendant, c’est une catégorie bien spécifique.

 

Comment reconnaître un omnivore défendant?

Comme je l’ai dit, le logique végétarienne est cohérente et d’une logique rigoureuse. Elle est basée sur un raisonnement simple qui appelle certaines valeurs éthiques que l’on trouve dans notre société, mais de façon incomplète, comme je l’ai démontré. Cependant, aller au bout de ces valeurs implique de remettre beaucoup de choses en questions.

L’omnivore classique aura souvent une objection à faire à votre logique, une question à poser qui implique que vous pouvez peut-être vous tromper. C’est normal. En général, ce sont des choses qu’on a déjà entendu plusieurs fois, mais puisqu’on est là pour discuter, ça ne fait rien de se répéter. Et parfois, ce sont des idées relativement nouvelles, ou formulées d’une façon inédite, qui peuvent apporter de l’eau au moulin de notre réflexion, et c’est toujours bon à prendre. Quoi qu’il en soit, ce type de débats autour du végétarisme est toujours bon à prendre, puisque, du moins c’est mon avis, la réfléxion autour de ce type de sujets ne peut qu’être positive. Débattre de l’éthique, s’interroger autour de l’éthique, c’est déjà le début d’avoir une éthique. Moins on débattra, moins on réfléchira, plus on fera n’importe quoi et on aura des comportements dangereux.

 

L’omnivore défendant, lui, n’a pas vraiment d’objections à faire. Il souhaite, en deux lignes, vous faire comprendre que votre raisonnement est nul et ne vaut rien. Le plus vite possible, il souhaite clore le débat. Malheureusement, il n’a pas pris en compte le fait que votre discours est le résultat de plusieurs semaines, mois ou années de réflexion sur un sujet auquel lui-même a toujours soigneusement évité de penser. C’est pourquoi ses arguments sont systématiquement des choses que nous avons entendues mille fois.

L’oreille de l’omnivore défendant, si sourde aux protestations de l’agneau enlevé à sa mère, est cependant assez fine pour percevoir ce son que je n’ai jamais eu la chance d’entendre, le cri de la carotte.

 

Insolente Veggie faisait remarquer avec justesse, dans ce très bon article, qu’il est totalement stupide de comparer les animaux qu’on mange aux légumes tout en omettant de les comparer à l’être humain. En effet, nous sommes des animaux, il serait donc beaucoup plus juste, objectivement, de comparer l’agneau qu’on égorge à un bébé humain qu’on égorge, plutôt que de le comparer à une jeune carotte qu’on cueille.

 

Mais l’omnivore défendant n’a que faire de l’objectivité.

Vous ne pouvez pas discuter avec un omnivore défendant, c’est simplement une perte d’énergie totalement stérile et inutile. Etant militante à mes heures (dans la vraie vie, pas seulement dans ce blog), je pense que mon énergie est beaucoup trop précieuse pour que j’explique à quelqu’un que les carottes n’ont pas de système nerveux alors que les cochons en ont un très proche du notre et la conscience très développée qui va avec. Ce sera de toutes façons pour m’entendre répondre quelque chose de très intelligent, comme le fait que les cochons n’ont pas de conscience parce qu’ils ne savent pas faire de mathématiques, que la suprêmatie de l’être humain lui permet d’agir sans éthique, que manger des êtres vivants c’est mal donc autant ne pas se préoccuper qu’ils aient une conscience ou sentent la douleur, que quand j’aspire mon tapis, je tue des acariens et que donc être végan ne sert à rien.

L’omnivore défendant n’est pas là pour défendre les acariens ni les bébés carottes. Il est là simplement pour répondre à l’accusation que, selon lui, vous portez sur son omnivorisme. Il est là pour défendre sa viande, et pour cela, il est prêt à toutes les bassesses intellectuelles. Il défendra son bifteack bec et ongles, au détriment de toute vraie logique.

 

Evidemment, la souffrance des plantes pourrait être un sujet de débat intéressant, mais il est tout à fait idiot d’en discuter avec un omnivore défendant qui vient de vous sortir le cri de la carotte. Déjà, il suppose généralement que vous n’y avez jamais pensé (on a un bel exemple ici), ce qui est idiot. Ensuite, il est incapable d’envisager les différences entre manger une carotte, qui est une racine tubérisée, et une pomme, qui est un fruit charnu, et qui est donc destiné par l’arbre à être mangée pour répartir les graines. Il ne connait pas l’existence du fruitarisme, et n’a pas envie d’en entendre parler. Selon lui, le fait qu’on soit obligés de manger des êtres vivants nécessite forcément de mettre à mort des êtres vivants conscients et sensibles (ou sentients), et de ne pas se préoccuper de l’éthique. c’est pourquoi j’objecte parfois que, tant qu’à ne pas soucier d’éthique, autant manger de l’humain. Mais il m’arrive accidentellement qu’en réponse, on me serve un discours réchauffé et moisi sur la Différence entre l’Homme et l’Animal (moi qui avait appris en cours de bio que les êtres humains étaient des animaux, ce qui expliquerait que nous faisons caca…) et la suprêmatie du premier sur le second, pour avoir inventé la bicyclette à ressorts et le peigne à soupape, alors que les lapins ne font que dormir, manger et niquer toute la journée.

 

Non seulement faire face à tous ces sophismes est épuisant et vain, mais en plus, pour mieux se défendre contre sa propre culpabilité, l’omnivore vous accusera perpétuellement de sensiblerie et se permettra d’être condescendant. Je viens d’écrire cinq articles longs et très argumentés, qui font appel à une logique rationnelle et à une éthique cohérente. J’aborde la question du véganisme avec une logique rigoureuse et une cohérence manifeste, ce n’est pas pour me faire accuser de sensiblerie et pour me faire traiter comme une pauvre petite chose portée par ses émotions, par quelqu’un qui vient juste défendre son steack et dont le discours est dirigé par une culpabilité latente. C’est l’hopitâl qui se fout de la charité.

 

Je n’ai pas envie d’entrer dans un tel débat, alors qu’on pourrait dire tellement de choses intéressantes sur la conscience supposée des plantes, sur le fruitarisme, sur les consciences humaines et animales et ce qui les lie ou ce qui les éloigne, sur la valeur de la vie… Je n’ai pas envie de discuter de tout cela avec quelqu’un qui est en train de défendre sa légitimité à manger de la viande. Manger de la viande est un plaisir futile, qui est bien au-dessous de toutes ces considérations, et qui oriente considérablement le débat vers le râs des paquerettes. Je pense que pour avoir un véritable débat, il faut réussir à garder une certaine objectivité. Quelqu’un qui n’est pas prêt à remettre en question sa consommation de viande n’est donc pas intéressant comme intervenant dans un tel débat.

 

C’est pourquoi je ne me foulerai pas pour répondre aux messages agressifs dans lesquels perce la culpabilité.

Je l’ai déjà montré à plusieurs reprises, mais cette fois, je le dis clairement.

Par contre, je suis tout à fait ouverte pour répondre aux questions venant de végétariens ou d’omnivores, je ne viendrai pas inspecter le contenu de votre assiette, promis. Mais je ne répondrai qu’à ceux qui désirent réellement une réponse.