Poire le nice guy: portrait robot

Je pense vous avoir suffisamment bourré le mou, chers lecteurs, avec le personnage de Poire. Pourtant, je vais reparler de lui, hé oui.
Rappelons les faits. Je sais que pour certains, et surtout certaines(1), ce sera très redondant. Mais je reçois encore et toujours des commentaires de gens qui n’ont rien compris à l’article originel. Et je ne les publie pas, parce que je ne vais pas réexpliquer la vie à chaque personne individuellement, d’autant plus que ce genre de commentaires expriment en général plutôt une réaction de défense qu’une recherche de vérité, qu’une demande de précision ou qu’un supplément d’informations. Pour faire court, en plus d’être à côté de la plaque, ils n’ont d’intérêt que pour ceux qui les écrivent.

Mais bon, je suis gentille, vous vous souvenez, j’aime les fleurs et les papillons. Donc je vais revenir sur l’article. Ca me permettra d’étoffer un peu, et de préparer la suite…

Poire est un personnage que je n’ai pas inventé, je lui ai juste donné un nom et j’ai analysé son comportement d’un point de vue féministe, ce qui n’avait pas été fait à ma connaissance. Poire est déjà connu sous le nom de « nice guy », bien que d’une façon un peu différente puisqu’il n’est habituellement pas analysé sous l’angle des rapports de genre, mais comme un cas individuel, à part. Ce qui est problématique dans la mesure où il représente quelque chose d’extrêmement courant dans le comportement des hommes. C’est un peu comme considérer le viol comme un évènement isolé: ça ne tient pas. C’est un phénomène social.
Certains tentent d’expliquer le « poirisme » (ou l’existence du « nice guy ») par des interprétation fantaisistes. Dans un grand élan machiste, on accuse les mères, les femmes en général, et même le féminisme, de l’existence de tels comportements masculins. Certains réacs évoquent aussi l’absence de construction de la masculinité par la disparition du service militaire. Des trucs comme ça. Or, j’ai justement montré en quoi le « Poirisme » était justement le fait du patriarcat (ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres facteurs, mais il me semble difficile d’analyser le phénomène d’un point de vue sociologique sans évoquer le patriarcat). Il est possible que des analyses sérieuses aient tenté d’expliquer le pourquoi du Poirisme, mais je n’en connais aucune. Dans les « explications » courantes, le Nice Guy est un Nice Guy parce qu’il est con, parce que sa maman est conne de l’avoir mal élevé, parce qu’il a pas assez de couilles, parce que les femmes sont des chieuses, parce que les féministes racontent des conneries, parce que les filles sont trop superficielles et idiotes pour savoir avec qui elles devraient coucher, parce que les filles préfèrent les connards par masochisme ou stupidité féminine, ou pour aucune raison particulière.

Alors, qui est Poire?

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Misère sexuelle mon cul

Quand on parle d’abolir la prostitution, on finit toujours par se heurter à la célèbre Misère Sexuelle. La Misère Sexuelle, c’est quoi? Ce sont les hommes qui sont trooooop en manque de sexe, les pauvres, et il faut bien les satisfaire sexuellement, sinon hé bien ils sont trop malheureux.

Même si la misère sexuelle existait en ces termes, la prostitution consisterait à coller un mignon petit pansement sur une tumeur de la taille d’une pastèque. Donc elle ne règle pas le problème, évidemment, et en plus, elle fait des victimes. Déjà, ça me pose un problème qu’on sacrifie des femmes pour « sauver » des hommes, ce qui apparait, en fait, de différentes manières à chaque fois qu’on essaie de justifier la prostitution: quand le psy dont j’ai parlé hier explique les hommes auraient des besoins sexuels alors que les femmes auraient besoin d’amûûûr et seraient incapable de distinguer l’amour du sexe, ça ne le dérange pas outre mesure que certaines femmes (les prostituées) servent d’outil sexuel. Mais quoi d’étonnant là-dedans lorsqu’on s’aperçoit que c’est, en fait, le fondement même de la division de la gent féminine en Putes et Saintes. Les Putes, traditionnellement, ce sont une petite partie des femmes, que l’on sacrifie aux hommes pour pouvoir « sauver » les autres. C’est d’ailleurs pour cela que l’église a émis de nombreuses position pro-prostitution:

Par la suite, la tradition chrétienne considère la prostitution comme un moindre mal. Les Pères de l’Église en témoignent, d’Augustin d’Hippone au IVe siècle qui estime qu’elle est naturelle et permet de protéger les femmes honorables et les jeunes filles du désir des hommes, jusqu’à Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, qui juge qu’elle est nécessaire à la société comme les toilettes à une maison : cela sent mauvais, mais sans elle(s), c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais.

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Le végésexuel : un animal légendaire très intéressant, comme la licorne

Les végésexuels, le nouveau phénomène facheune. Oui, parce que végétarien, végétalien, c’est intéressant, certes, mais végésexuel, ça sonne carrément mieux, non? Y a « végé » mais y a surtout « sexuel ». Que demander de mieux?

Mais… Qu’est-ce qu’un végésexuel? C’est quelqu’un qui refuse de coucher avec un mangeur ou une mangeuse de viande. Pourquoi? Les raisons ne sont pas très claires, mais il parait que c’est à la mode. La preuve, tous les articles sur le véganisme en parlent – du moins quand ils sont écrits par des non véganes…
Hé oui, car parler des végésexuels dans un article sur le véganisme, cela confère plusieurs avantages non négligeables:

  • Ca permet de parler de SEXE. Et donc d’intéresser les gens. Parce que bon, le véganisme en soi, c’est pas assez intéressant pour la populâce. Le sexe c’est mieux.
  • Accessoirement, ça permet de faire passer les véganes pour des gens bizarres, vaguement sectaires, formant une sorte de groupe avec des règles de vie (si tu veux être végane tu dois faire comme ci et comme ça, et là seulement, tu as le droit de rentrer dans la grande confrérie des mangeurs de salade).
  • En attirant l’attention sur des conneries sans intérêt, ça permet surtout de passer sous silence les sujets un peu plus embarrassants, comme par exemple: doit-on arrêter de torturer des animaux pour notre confort. Entre se remettre en question et parler de zizis et de foufounes, le choix est vite fait.

Prenez cet article de rue89: Bonne nouvelle pour les vaches, les vegans progressent en France. Ho oui, quelle bonne nouvelle ! On apprend surtout que « certains végans (combien? lesquels? On ne saura pas, et l’étude citée n’en dit pas plus) refusent d’avoir des relations sexuelles avec des mangeurs de viande. »
Bigre.

C’est vachement intéressant. Tellement que ce n’est qu’après une tartine bien chargée sur la végésexualité, que l’article aborde le sujet mineur et très secondaire de la résolution du problème de la famine en Afrique. Mais qui s’en soucie?

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Viol: la faute aux violeurs

Le viol, ce fléau. Celui qui empêche les jeunes filles de bonne famille de sortir de chez elles, et les enferme dans la terreur de l’inconnu, de la nuit, de l’obscurité.

Mais pas d’inquiétude, braves gens, la justice veille. De temps à autre, on nous exhibe la vilaine tête d’un violeur sur les murs de Facebook, comme avant on l’exhibait sur la une des journaux, comme avant encore on nous la brandissait au bout d’une pique. C’est lui, le violeur, le méchant, le fou. Pendons-le !
Mais qu’a-t-il fait? Il a violé, pardi. Violé qui? Violé quoi? Et pourquoi, d’abord? On s’en fout, me hurle le comité pleurnichard des compatissant lointains des victimes dont ils ont vaguement entendu parler, signeurs de pétitions pour le bien et contre le mal et tourneurs de pouces. Va pas l’excuser non plus! Va pas l’expliquer ! Puisqu’on te dit qu’il est fou, méchant, vilain, dangereux, regarde sa tête sur les murs de facebook, il a bien une tête de psychopathe, non?

Mais moi, les pleurnicheries, je m’en fous. Ils peuvent même penser que je suis insensible et m’insulter en majuscules, si ça les rassure. Je suis prête à expliquer le violeur. Ni cautionner, ni pardonner (ce n’est à moi de pardonner), mais expliquer, oui. Je me dis qu’au fond, les victimes auraient juste préféré ne pas être des victimes. Alors je me demande: Pourquoi ?
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