Social Justice Warriors, notre violence n’est pas virtuelle

Cet article sera sans doute un peu hermétique à certaines personnes puisque je l’ai écrit principalement en réponse à la violence ayant lieu dans les milieux militants sur les réseaux sociaux et en particulier sur Twitter Je préfère m’exprimer ici et non pas sur Twitter car d’une part j’ai quitté ce réseau pour les raisons que j’explique ici; d’autre part le format de toutes façons ne le permettrait pas, écrire un article est plus demandeur de temps et d’énergie mais me permet de m’exprimer avec beaucoup plus de liberté.

Comme le savent sans doute les utilisateurs de ces réseaux, à qui s’adresse cet article, l’acronyme SJW (pour Social Justice Warrior) désigne, de façon plutôt péjorative, bien que parfois méliorative, les militants égalitaristes qui s’y trouvent. Je suis navrée d’utiliser un tel mot, gentils SJW dont je suis parfois, mais j’en ai plein le cul. Plein de cul de votre violence. Et même, puisque c’est de l’intérieur que je l’ai constatée, et de l’intérieur que je souhaite en critiquer les excès, de Notre violence. Je suis désolée pour la longueur outrageusement excessive de cet article, qui n’intéressera qu’une partie de mes lecteurs, mais j’en ai gros sur la patate.

Depuis longtemps, j’essaie d’alerter sur la violence des milieux militants sur internet, et en particulier sur Twitter (les raisons n’en sont pas très claires pour moi). Il m’est invariablement répondu que la colère des uns est légitime, que la culpabilité des autres est avérée. Preuve qu’on ne se comprend pas. Je n’ai jamais dit le contraire, je ne parle pas de ça. Il est mal vu de questionner l’usage certains outils militants, comme un crime de lèse-majesté. Pourtant, peu importe le bien-fondé et l’utilité de ces outils: TOUT peut être questionné, et tout doit être réfléchi.
Quant à la violence, il m’est répondu continuellement: soit qu’elle est pur produit de mon imagination (je serais une sorte de drama-queen voyant de la violence là où elle n’est pas), soit que ses auteurs sont eux-même victimes de violences. Pour la première partie, je regrette de ne pas disposer d’une imagination à la hauteur: injonctions au suicide, harcèlement, publication des coordonnées IRL de personnes harcelées, j’ai vu passer tout ça dans un silence à peine troublé par quelques protestations timides. Et encore d’autres « petites violences » sur lesquelles je vais revenir.
Quant au fait que les auteurs de violences en soient eux-même victimes, je n’en doute pas une minute. La violence ne vient jamais de nulle part. Ce n’est pas pour autant ce qui la rend juste, souhaitable ou légitime. Qu’on puisse comprendre, expliquer cette violence, c’est une chose. Qu’on lui laisse libre cours en est une autre, et quand bien même seuls les coupables seraient châtiés (ce qui n’est pas le cas, c’est ce que je vais tenter d’expliquer ici) on peut s’interroger sur de tels procédés et sur leurs conséquences effectives. Cette violence est-elle un moyen efficace de combattre les oppressions et de lutter pour plus de justice? J’en doute fort, et je vais tâcher d’expliquer pourquoi.

La légitimité de la colère et de son expression

Je voudrais d’abord dire un mot en faveur de l’expression de la colère, pour être sure que je me fais bien comprendre quand je parle des limites de certains concepts.
Dans les sphères militantes, il n’y a pas que des gens qui ont décidé d’être militants parce qu’ils n’avaient rien à faire le week-end. Il y a des gens qui font face à une déshumanisation constante de la part de la majorité de la société. Prenant conscience de l’oppression dont ils sont victimes, il est normal et sain qu’ils se mettent en colère. Et non seulement leur colère est légitime, mais attendre d’eux qu’ils ne l’expriment pas, ou qu’ils l’expriment d’une certaine façon (sans trop faire de vagues, en restant poli et courtois) constitue encore une forme de déshumanisation. Être en colère, c’est d’une certaine façon, exister en tant qu’individu, en tant qu’être humain qui a ses propres désirs, aspirations, etc…

Vouloir museler toute forme de colère est une profonde violence qui ne dit pas son nom parce qu’elle peut être exercée de façon extrêmement polie et courtoise. C’est d’ailleurs une violence de laquelle sont victimes beaucoup de gens dès l’âge le plus tendre, dès leurs premières manifestations de colère (donc d’individualisation). Il est impossible pour moi d’ignorer les traumatismes qui résultent d’un tel traitement.
Aussi, quand je parlerai ici de violence, je voudrais qu’il soit bien clair que je ne cautionne en aucun cas tout discours visant à évanouir la colère des discours ou des débats militants.
Quant aux discussions entre militants, elles sont souvent houleuses, et il ne pourrait en être autrement. Des gens discutent de sujets importants ou graves qui les touchent profondément, il est donc naturel que les débats puissent être houleux. Exiger que les discussions soient lisses et courtoises en toutes circonstances n’est pas seulement irréaliste, c’est aussi museler ce qu’il y a de plus important dans le militantisme: le fait que les gens soient profondément impliqués dans ce qu’ils défendent. Et au final, c’est également une forme de violence.

Je ne plaide pas ici pour une « non-violence » creuse au bénéfice des gens dont la violence des propos ou des actes serait plus difficile à voir et à expliquer. Je ne plaide pas pour une « bienveillance » de surface qui profiterait uniquement aux oppresseurs. Je suis autant que n’importe qui, favorable à l’expression de soi, y compris de la colère. Et pourtant, je pense qu’une certaine forme de bienveillance est compatible avec la colère. C’est même précisément ce qui l’autorise, d’un certain point de vue, puisque s’autoriser à être en colère, c’est s’autoriser à exister, à s’indigner des injustices qu’on subit. C’est donc être bienveillant avec soi-même. Si des gens sont bienveillants envers vous, ils ne vous reprocheront jamais de vous mettre en colère, et d’ailleurs il n’est pas question d’injonctions culpabilisantes à la bienveillance, ce qui est un non-sens total (puisque ce n’est pas bienveillant).

D’autres causes de la violence?

Il est souvent nécessaire de s’autoriser à s’indigner, d’exprimer sa colère. Néanmoins, j’observe parfois que les gens prennent difficilement en considération que tel ou tel sujet soit difficile également pour ses contradicteurs. Et j’ai le sentiment que cela nous divise.

J’observe également une chose très importante et qui me pose un énorme problème. J’observe que ce ne sont pas les personnes concernées par une oppression qui crient le plus fort, mais les « alliés » (personnes non concernées mais se plaçant du côté des opprimés). Bien sur, les alliés ont aussi le droit d’être en colère, témoins de terribles injustices, violences, brutalité, oppressions… On peut aussi, pour des raisons personnelles, dues à notre histoire, être très en colère par rapport à une oppression que ne nous concerne pas directement. Je respecte ça. Néanmoins, en voyant que les alliés font toujours plus de bruit que les opprimés, j’ai parfois le sentiment qu’on leur « vole » leur colère, et qu’une fois de plus, on les silencie, les noyant sous un discours qui certes, reprend certaines de leurs revendications, mais du coup ne leur appartient plus autant qu’il le devrait. De plus, tous les opprimés ne peuvent pas être d’accord entre eux… Leur colère n’est pas homogène, elle n’est pas forcément partagée par chacun de la même façon. Que penser que la « colère » sans cesse exprimée par les alliés?

Pour parler de quelque chose qui me concerne, quand je vois un homme proféministe insulter violemment des gens tenant des propos sexistes, peu importe à quel point il a raison et qu’ils ont tort, je me méfie. Pourquoi cette virulence? Bien sur, il est parfois confortable pour moi que certains hommes défendent des concepts féministes, mais c’est une arme à double tranchant. Au final, ça se transforme parfois en injonctions à revendiquer ceci ou cela (exemple, un homme qui me dit de ne pas m’épiler parce que ma liberté, de me revendiquer salope parce que c’est trop bien l’appropriation du stigmate… et j’en passe). De plus, même si je pense personnellement que les hommes ont un rôle à jouer dans le féminisme, ce n’est certainement pas celui d’exprimer NOTRE colère face à notre déshumanisation. Ils ont bien sur le droit d’être en colère, mais n’étant pas directement concernés, ils peuvent faire passer leurs affects après l’efficacité de leur militantisme. Aussi, je me méfie de ceux d’entre eux qui font preuve d’une grande virulence à l’égard de leurs contradicteurs, car je les soupçonne (peut-être pas toujours avec raison, certes, je veux bien accorder aux gens le bénéfice du doute jusqu’à un certain point) de vouloir s’approprier la lutte féministe, d’en faire des caisses sur leur indignation afin d’obtenir la médaille du meilleur allié (j’y reviendrai), voire même d’utiliser le féminisme comme prétexte pour gueuler bien fort sur des gens.

Face au constat que ce ne sont pas les plus opprimés qui font le plus de bruit et aussi que ceux ne sont pas les personnes concernées qui sont les plus vindicatives, force est de constater que l’expression d’une colère légitime face à la déshumanisation dont on est victime n’est pas la seule raison de l’agressivité ayant court dans les milieux militants. J’en veux pour preuve l’agitation qui règne dans le milieu végane/antispéciste. Si toute cette violence n’était QUE le résultat de cette colère légitime, le mouvement végane serait relativement calme et pacifiste par rapport à ceux qui sont portés (ou censés être portés) par les opprimés, ou du moins dans lesquels les opprimés s’expriment. Or, c’est plutôt le contraire que j’observe: les militants véganes sont parmi les plus virulents. Bien sur, les véganes ont le droit d’être en colère face aux traitements immondes que les humains infligent aux animaux. Mais n’étant pas concernés, ils devraient globalement être en capacité de faire passer leurs affects après les questions d’efficacité militante, de stratégie, etc… Or, c’est plutôt l’inverse qui se passe: les affects passent avant tout, au détriment de l’efficacité, davantage que dans les autres mouvements. Je reviendrai là-dessus dans un autre article, mais c’est pour moi ce qui se passe quand, par exemple, les militants antispécistes hurlent « assassins » sur un restaurant ou un commerce lors d’une manifestation. L’efficacité stratégique de cette attitude est selon moi proche de zéro. Le seul résultat positif est que les militants se sont défoulés. De même, beaucoup de véganes me soutiennent que montrer des images les plus horribles qu’ils puissent trouver est une bonne stratégie, du moins que cela va convaincre au moins quelques personnes. Mais j’y vois moins une stratégie efficace qu’une forme de défouloir.

Le concours du meilleur allié?

Un autre phénomène qui est particulièrement prégnant dans le milieu végane, c’est celui du concours du meilleur allié ou de la course à la médaille. On discute sans arrêt de qui est le meilleur végane, de qui est le plus beau ou intelligent parmi les personnes qui consomment beaucoup, peu ou pas d’animaux, occultant les victimes derrière une lutte des dominants entre eux (les humains). A moindre échelle, ce phénomène est présent dans les autres luttes, quoique combattu généralement par les opprimés. Combien de fois les femmes féministes répètent à des hommes que le souci n’est pas de savoir à quel point ils sont « des mecs biens »? Combien d’antiracistes expriment leur lassitude ou leur mépris face aux blancs qui se prennent pour des héros parce que « moins racistes » ou ayant fait une mission humanitaire? Il existe même des termes spécifiques: Nice Guy, White Saviour, Chevalier blanc…

Malheureusement, le concours du meilleur allié peut prendre des formes plus ou moins subtiles. Et en tant qu’allié, il est parfois difficile de comprendre ses propres motifs pour agir. Un allié peut sincèrement croire être en train de « défendre les opprimés » quand il s’éternise dans un débat stérile pour faire valoir son point de vue comme juste (comme une fin en soi). Et parfois, personne ne peut dire avec certitude ce qu’il en est. Au final, on se retrouve avec de longs débats houleux, plein d’incompréhensions et d’agressions réciproques, parce que chaque personne a voulu avoir raison face à l’autre. Les concernés ont tendance à fuir ce genre de discussions parce qu’elles sont extrêmement pénibles pour eux. Les véganes en sont bien sur les spécialistes, mais ce ne sont pas les seuls. Combien de fois j’ai fini par abandonner un débat sur le féminisme pour finalement laisser les hommes parler entre eux, pro-féministes contre machos assumés? Bien sur, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, les pro-féministes ne doivent pas (pas d’après moi, en tous cas) se taire en toutes circonstances (les hommes ouvertement sexistes ne se tairont pas, eux). Mais c’est bien de garder ça à l’esprit, d’observer ce qui arrive.

Sur les dichotomies allié-concerné, opprimé-oppresseur, opprimé-privilégié

Dans les paragraphes précédents, j’utilise des dichotomies qui sont d’usage très courant dans le militantisme : les concernés contre ceux qui ne le sont pas, les opprimés contre ceux qui ne le sont pas (et donc privilégiés, voire oppresseurs d’un certain point de vue: les blancs, les hommes, les cis, etc…)
Il est important de faire ces distinctions, et comme vous le voyez, tout ce que j’ai écrit n’aurait aucun sens sans ces distinctions. Néanmoins, ces dichotomies sont en elles-mêmes critiquables, questionnables dans certaines situations. L’existence d’opprimés et de privilégiés n’est bien évidemment pas fausse, en aucune façon, mais les conséquences de cet état de fait peuvent différer d’une situation à l’autre, rien n’est aussi simple, d’autant plus qu’il existe de très nombreuses oppressions (certains réacs anti-SJW nous le rappellent souvent, comme si ce constat invalidait nos points de vue) qu’elles se croisent de différentes façons et qu’il est difficile de les avoir en vue. Cette dichotomie ne devrait pas, selon moi, constituer la fin de tout, être la seule grille de lecture du monde, et c’est ce que je reproche au milieu militant, en particulier sur les réseaux sociaux. Je n’ai aucun problème à ce que les gens se posent eux-même de multiples étiquettes en fonction de leurs orientations sexuelles, de leurs genres, de leurs neuroatypie etc, en revanche je refuse de voir les gens, les êtres humains, comme des assemblages de privilèges et d’oppressions.

Laisser la parole aux concernés est quelque chose de primordial dans les luttes sociales. Je suis entièrement convaincue de ça. Je suis fatiguée de vivre dans une société où les hommes parlent des femmes, où les blancs parlent des noirs, où tout le monde parle des femmes voilées sauf elles comme si le fait de porter un voile t’enlevait toute possibilité d’émettre une réflexion intelligente, etc… Bien sur, le fait de subir une oppression ne donne pas un diplôme d’expertise dessus. Mais les gens en sauront toujours plus sur ce qu’ils vivent que sur ce qu’ils lisent, entendent, imaginent ou voient à la télé. Et trop souvent, les opprimés sont privés de parole sur leur propre situation, comme s’ils étaient incapables de la moindre analyse, de la moindre réflexion sur leur vie, comme s’il fallait être homme, cis, hétéro, blanc, etc… pour savoir des choses. Voir sans cesse la parole sur sa propre situation confiée à des « experts » ne la vivant pas, et par-dessus le marché voir leur avis considéré comme « neutre » alors que le notre serait « biaisé » par l’expérience (ce qui est faux, on parle toujours d’un certain point de vue, la neutralisé n’existe ni d’un côté, ni de l’autre), voilà qui fait entièrement partie de l’oppression, et constitue une forme de plus de déshumaniation.

Laisser la parole aux opprimés est donc primordial si on veut espérer avancer. Si j’essaie de nuancer cette dichotomie, ce n’est pas pour remettre ça en question, mais parce qu’il en découle, comme de tout constat militant qui est juste à la base, des règles strictes appliquées sans réfléchir, et cela pose problème. Certes, il est vrai qu’on s’exprime toujours d’un certain point de vue. Il est vrai aussi que de savoir « d’où »s’exprime l’interlocuteur, cela apporte des éléments de compréhension de son message. Tout ne s’arrête pas à ça, mais ça peut aider. Par exemple, critiquer une norme sociale imposée aux femmes, comme l’épilation, c’est différent si l’on est une femme, qui subit donc cette norme sociale, qu’un homme, pour qui c’est un peu facile de critiquer ce qu’il ne comprend pas de l’intérieur. ça ne veut pas dire qu’il n’a pas le droit de critiquer, mais on peut s’interroger sur sa compréhension du phénomène, voire même sur ses motivations,sans pour autant lui faire un procès d’intention (on a vu des proféministes faire ainsi la promotion de leur fétichisme de la pilosité féminine, et ça pour moi ce n’est pas acceptable).

Néanmoins, comme je le disais, « d’où on parle » n’est pas le début et la fin, ce n’est pas la clé de tout. On peut étudier, savoir certaines choses sans forcément les vivre, à l’inverse on peut vivre des oppressions sans en avoir conscience et même en les perpétuant (des femmes peuvent être ouvertement sexistes, etc… sinon ce serait trop simple). Mais surtout, dans la vie en général mais plus encore sur internet, nous devons accepter que nous ne savons pas toujours d’où parlent les gens. Nous ne savons pas toujours à qui nous nous adressons, et nous devons absolument garder à l’esprit que ce mystère, s’il est handicapant parfois pour nous comprendre les uns les autres, n’est pas nécessairement à lever. Dans certaines situations, il peut être très violent de s’enquérir de la position de son interlocuteur, surtout quand c’est fait d’une façon brutale, et certains « militants » semblent oublier toute décence quand il s’agit de demander à son interlocuteur des informations personnelle afin d’évaluer la pertinence de ses propos. Pire encore, de plus en plus de personnes n’hésitent pas à décider eux-même à qui ils parlent, parfois dans le but évident de pouvoir rejeter les propos qui ne les arrangent pas. Il est extrêmement violent d’imposer ainsi une identité à une personne s’exprimant ainsi sur une oppression, surtout quand c’est pour lui nier le droit à la parole.

A titre personnel, sur twitter, j’étais continuellement qualifiée d’hétérosexuelle par des gens qui ne sont pas d’accord avec moi, et je me défendais constamment de l’être. Des gens m’imposent cette orientation sexuelle sur la base de rien du tout, si ce n’est leur biphobie crasse. J’ai également été qualifiée de « neurotypique » un certain nombre de fois, en particulier pendant le harcèlement que j’ai subi après avoir eu des propos problématiques par rapport à la neuroatypie. Certes, je peux comprendre que mon point de vue était biaisé et blessant envers les autres personnes neuroatypiques, mais m’exorter ainsi au silence en  m’imposant une identité n’était pas la moindre des violences, d’autant plus que mes protestations par rapport à ce point ont été totalement ignorées. Les gentils SJW oublient trop facilement qu’on internalise nos propres oppressions et donc qu’on peut tenir des propos oppressifs sans forcément être en situation de privilège, et dans certaines situations ils refusent carrément de l’entendre, peut-être parce que c’est plus gratifiant d’être les gentils contre les méchants?

Il est également courant de silencier les personnes s’exprimant sur la transphobie en leur disant qu’elles sont cis et donc n’ont rien à dire. C’est extrêmement violent car rien ne dit que les personnes en question sont bien cis. D’ailleurs il s’est parfois avéré peu après ces échanges houleux, que la personne ainsi silenciée était en réalité trans.

Tout ceci est très compliqué et il y a plusieurs points qui posent problème:
1) imposer à l’autre une identité est une violence en soi. Dire « tu es hétéro », « tu es cis », juste pour avoir raison, alors qu’on ne sait pas à qui l’on s’adresse, est violent.
2) Faire ça dans une tentative pour faire taire la personne est encore une violence supplémentaire. Dire « ta gueule sale cis » à une personne peut-être trans, c’est tout simplement inacceptable. Je ne comprends pas comment on peut accepter de telles pratiques dans un mouvement qui dit vouloir rendre la parole aux opprimés. D’autant plus que les personnes qui disent ça sont parfois elles-mêmes cis. On marche sur la tête.
3) Une violence supplémentaire découle du fait que beaucoup d’oppressions ne peuvent pas être révélées au grand public par les gens qui les subissent. Une personne trans, ou non-hétéro, prostituée ou ex-prostituée, victime de viol ou d’autres abus, etc… N’a pas forcément envie d’en faire profiter tout le monde. On impose donc le silence sur leurs propres oppressions au personnes n’étant pas outées publiquement. On les silencie, on les pousse à l’outing sous menace de silenciation et de harcèlement, on leur impose une identité imaginaire pour les faire taire, on les isole encore un peu plus, on les nie. C’est quelque chose qui me met particulièrement en colère. Je ne sais pas si les SJW ont conscience qu’ils accordent plus de points de crédibilité à la victime qui raconte bien son viol en long et en large par rapport à celle qui ne veut pas en parler? Sans parler des fois où la victime est carrément outée par quelqu’un d’autre…
4) Même par rapport aux oppressions n’ayant pas de « placard », on induit une hiérarchie entre les personnes subissant ces oppressions. Les personnes neuroatypiques, par exemple, sont plus ou moins informées sur ce qu’est la neuroatypie. Il en est de même pour certaines oppressions qui ont aussi un placard (par exemple on peut très bien être dans le flou à propos de son genre et ne pas disoposer d’informations sur la transidentité, on peut aussi être trans mais ne pas vouloir à un moment X que tout le monde soit au courant, et ça peut peut-être même être un mélange confus des deux?).
5) Enfin, dans cette atmosphère toxiques d’agressions, censées être dirigées uniquement contre les « oppresseurs » mais dirigées en fait au petit bonheur la chance contre n’importe qui n’ayant pas sa carte d’opprimé officiel, on échoue lamentablement à créer des espaces safe. Je ne sais pas s’il est possible de créer des espaces safe sur Twitter, mais ce dont je suis certaine, c’est qu’on ne peut pas y arriver comme ça. Le fait de ne se poser aucune limite dans la violence verbale envers les personnes supposées être des « oppresseurs » en présumant de leur identité, de leur vie, de leurs luttes, de leurs intentions, etc… finit par créer une atmsophère toxique dans lequel les personnes les plus vulnérables qui espéraient trouver un refuge, un espace d’accueil et de compréhension, risquent à tout moment d’être violemment rejetées.

Ceci rejoint l’introduction de l‘article de Quinnae:

La rage, et souvent la colère vaine, incontrôlée, qui frappent à l’intérieur et à l’extérieur de nos communautés, ont un prix: la création d’un climat de toxicité et de peur qui, non seulement sape nos idéaux les plus élevés mais abîme aussi les soutiens communautaires pour celleux qui en ont le plus besoin. En effet, la peur est un des coûts les plus lourds de cette culture de la rage.

Comme on le voit dans cet extrait, ce que Quinnae appelle la « culture de la rage » n’est pas seulement un problème quand elle vise une personne parlant de ses propres oppressions. Empêcher les dominante de pérorer entre eux sur les oppressions qu’ils ne subissent pas, c’est une chose. Exprimer sa colère face à propos blessant, c’en est une autre et c’est aussi très valable. En revanche, revendiquer le droit à une violence sans limite face aux propos blessants ou oppressifs, voilà qui est un problème pour beaucoup de personnes, puisque cela entretient un climat de peur. Certes, la dichotomie « concerné/non concerné » existe individuellement pour chaque personne face à chaque oppression, mais elle n’existe pas pour l’ensemble de la population par rapport à l’ensemble des oppressions. Ce que je veux dire, c’est que quasiment tout lemonde a d’un côté des privilège, et de l’autre, subit une ou plusieurs oppressions. Or, à en croire les militants du « tout ou rien », il y aurait d’ûn côté les pauvres opprimés victimes, et de l’autre les méchants oppresseurs (dont la figure du « mec blanc cis hétéro – mais la liste des oppressions ne s’arrête pas à 4, que je sache?), donc ce ne serait pas grave d’être violent car on serait toujours violent envers les oppresseurs, et ceux qui protesteraient ne feraient que se plaindre de leur problème d’égo de dominant blessé.
Force est pourtant de constater que le harcèlement vise toujours des personnes vulnérables, et par-dessus le marché, se concentre presque toujours sur elles quand elles sont en situation de fragilité temporaire: dépression, difficultés de la vie, harcèlement par des personnes extérieures au milieu militant…

De plus, on arrive là à s’interroger sur le but même de notre militantisme: a-t-on le moindre espoir de faire changer d’avis qui que ce soit? J’ai l’impression que tous les militants ne sont pas dans une optique d’éducation, de discussions constructives autour des privilèges, de déconstruction, bref de faire changer les gens dans le bon sens. Ils ont leurs raisons de se dire militants ou de se regrouper. Mais cela me pose problème quand on rame dans le sens inverse. Je pense personnellement que cet aspect est primordial: conscientiser les gens sur les oppressions en général, qu’ils les subissent ou non, afin d’aller vers plus d’égalité, ne serait-ce qu’au sein du milieu militant en lui-même, puis vers l’extérieur dans un esprit d’ouverture, de progression. Or, comment y arriver quand les gens n’osent pas parler de peur d’être violemment harcelés? Comment les gens peuvent s’éduquer s’il n’y a aucun débat possible? Comment parler de problèmes graves et qui touchent les gens, dans une atmosphère d’agressions permanentes?

 

Quand à l’espoir de créer des espaces safe, il échoue lamentablement. Beaucoup de personnes quittent Twitter à cause de la violence que véhicule ce milieu. Les plus bouchés prétendent que ce sont les personnes « oppressives » ou « problématiques » qui s’en vont et que cela permet d’avoir justement des espaces safe. Ce qui me pose deux problèmes:
1) D’abord, le fait de taxer une personne de « plus problématique » ou « moins problématique ». On peut dire qu’un propos est problématique, d’accord. On peut dire qu’une personne a souvent des propos problématiques, ok. Mais on ne peut pas dire « telle personne est plus problématique que telle autre » comme ça, dans l’absolu. Ce serait exactement le même problème que si on estimait que « telle personne est plus déconstruite que telle autre ». On parle toujours d’un certain point de vue, personne n’a la vérité absolue. Et voir les outils militants détournés pour dire en gros, avec des mots un peu déguisés, qu’il existe des personnes plus mauvaises que d’autres, ça me dérange. On peut bien sur trouver telle personne infréquentable ou pénible, mais ça ne veut pas dire que cette personne est mauvaise « dans l’absolu » et doit être bannie. Les personnes qui pensent ça doivent croire qu’elles sont seules sur twitter, qu’elles ont le pouvoir de décider qui est bien et qui ne l’est pas en fonction de ce qui les arrange.
2) Le deuxième problème c’est que, même si on essayait de classer les personnes en fonction du nombre d’oppressions qu’elles subissent, ce qui a peu de sens mais je veux bien me plier à l’exercice pour montrer l’inanité et la dangerosité de ces propos… Hé bien non, ce ne sont pas les personnes les plus « dominantes » qui quittent twitter. Je n’ai jamais vu un mec cis hétéro valide etc… Partir de twitter suite à un harcèlement ou parce qu’il trouvait le milieu trop violent. Ces gens restent. Les gens qui quittent twitter sous la pression sont généralement les plus fragiles, les plus isolés socialement; ce ne sont ni les gens les moins capables de remise en question, ni les plus privilégiées, ni ceux qui ont les propos les plus discriminatoires ou blessants. Ce sont simplement les gens qui supportent le moins la violence. Dois-je préciser que statistiquement ce ne sont pas les « mec cis hétéro valide CSP+  » qui supportent le moins la violence, mais plutôt les gens subissant des oppressions, handicaps et discriminations dans leur vie? Faut-il vraiment exclure ces personnes? Est-ce le prix à payer de la « safitude »? En réalité, ce sont justement les personnes les plus sensibles, ayant le plus besoin d’un espace safe qui s’en vont les premières. Je vois même certaines personnes les juger sur leur « faiblesse » et se réjouir d’être entre personnes plus dures. C’est une attitude profondément méprisante, validiste et, selon moi, qui va à l’encontre toutes les valeurs prétendument pronées par les SJW, valeurs d’égalitarisme, de respect de chacun dans sa différence. C’est même une attitude viriliste n’ayant rien à envier aux masculinistes. Plus j’y pense, et plus j’ai peur que nous ne re-créions une sous-société n’ayant rien à envier au patriarcat dans sa violence et son exclusion brutale de certaines personnes en fonction de critères abritraires.

Subtweets, médisances et déformations de propos

Le subtweet consiste à twitter à propos d’une personne ou d’un groupe de personnes qu’on prend soin de ne pas citer. C’est critiquable en soi, mais selon moi, cela ne pose réellement problème que quand on fait cela dans le but de décrédibiliser une personne ou un groupe sans lui donner la possibilité de se défendre. Cela s’accompagne presque systématiquement de déformation des propos cités. Les personnes qui lisent les subtweets ne peuvent qu’adhérer aux propos de leur auteur; seule une minorité aura la curiosité d’aller remonter à la source des propos critiqués, un plus petit nombre de personnes aura encore le sens critique nécessaire pour prendre de la distance par rapport aux déformations du propos. Cette pratique entretient donc un esprit de clans, les gens se voyant choisir l’un ou l’autre camp, sans aucune possibilité de dialogue posé et argumenté. Cela s’accompagne fréquemment des « petites violences » que j’ai citées au-dessus: la personne critiquée se verra par exemple devenir  » un militant cishet » même si ce n’est pas le cas, et peu de gens remettront au cause cet aspect.

Pour montrer l’importance du problème, j’ai moi-même un esprit critique particulièrement acéré (on me reproche régulièrement d’avoir trop d’esprit critique, de passer mon temps à tout remettre en question, de trop critiquer, de trop réfléchir etc…). Pourtant, il m’est souvent arrivé d’écouter les propos d’une personne et d’adhérer sans réserve à ce qu’elle disait, puisque d’une part elle reprenait des propos qui semblaient totalement indéfendables, d’autre part c’était une personne que je suivais et donc que j’appréciais et au point de vue de laquelle j’accordais de l’importance (NB: je ne parle pas de quelqu’un en particulier, cela s’est répété avec plusieurs personnes). Ce n’est que plus tard et un peu par hasard, ou voulant vérifier moi-même à quel point la personne citée disait n’importe quoi et avait des propos oppressifs et dangereux, que je me rendais à l’évidence: sans être forcément d’accord avec ce que je lisais, ça n’avait pourtant plus rien à voir avec ce qu’en disait la personne qui avait subtweeté à ce sujet. Au lieu d’une personne saine et raisonnée face à une personne disant n’importe quoi, je me trouvais face à deux points de vues divergents, mais tous deux défendables et censés. Je me rendis compte que plusieurs personnes avaient l’habitude de déformer complètement des propos pour mieux les critiquer sans risquer d’être contredits. Je ne peux présumer de leurs intentions, et si je leur accorde entièrement le bénéfice du doute, je dirais qu’ils ont simplement mal compris à la base ce qu’ils avaient lu, mais je ne peux m’empêcher parfois d’y soupçonner une certaine malveillance, et en tous cas je peux au moins dire que ces gens font preuve de mauvaise foi. D’autant plus quand c’est moi qui suis visée (et d’autant plus que c’est par des gens que j’ai bloqués il y a longtemps, qui donc me stalkent sans vergogne ET déforment mes propos). Je donnerai un exemple récent à la fin de cet article.
Bien sur la mauvaise foi n’est pas un problème grave en soi, ce qui me pose plus de soucis, c’est ce qui en résulte: des formation de clans, les gens sont montés les uns contre les autres, s’opposant parfois violemment à des personnes dont ils ne comprennent parfois même pas vraiment le point de vue, ne les ayant pas directement lues! On pourrait d’ailleurs le leur reprocher, mais il faut une certaine curiosité pour aller lire la prose de quelqu’un quand une personne de confiance nous l’a résumée en disant que c’est oppressif, que c’est de la merde, que c’est n’importe quoi, et par-dessus le marché en ayant dressé un portrait au vitriol de l’auteur-e.

Déshumanisation, le harcèlement du dimanche

Toutes les violences que je viens de citer participent à générer une atmosphère toxique, en particulier pour les personnes les plus fragiles. Cependant, elles seraient beaucoup moins importantes si elles étaient pratiquées de façon isolée. Malheureusement, il arrive souvent que les violences individuelles évoluent en véritable harcèlement, se poursuivant parfois sur d’autres plate-formes (en particulier ask puisqu’elle offre la possibilité d’envoyer facilement des messages de façon anonyme), et même « IRL » (en dehors d’internet), et pouvant durer très longtemps.

Je n’ai pas de mot pour décrire la violence du harcèlement, en particulier quand elle émane d’une communauté à laquelle on a cru ou souhaité appartenir pour se protéger de la violence du monde extérieur

Cet article est déjà outrageusement long, et la déshumanisation mériterait un article à elle seule. Le principe même de Twitter, plus que toute autre réseau social, incite à se comporter en consommateur, comme si chaque compte twitter existait pour procurer une sorte de divertissement. Ce ne sont plus des humains dont on partage ou dont on discute les idées, ce sont des personnages presque fictifs que l’on consomme et que l’on jette quand on a fini de les utiliser. Ce n’est pas gravissime en soi, mais on voit les dérives que cela génère quand les gens se mettent à 40 pour faire quitter twitter à une personne qui a dit une connerie, en l’insultant et en la harcelant jusqu’à ce qu’elle craque.
Le problème que me pose cette attitude n’est pas qu’elle soit simplement sadique. Je crois que les personnes qui prennent réellement plaisir à faire souffrir quelqu’un sont minoritaires, si elles existent. Le problème est que les gens font ça en toute ignorance, en toute indifférence de la souffrance qu’ils provoquent chez les autres, d’autant plus que la souffrance la plus importante provient généralement de l’acharnement non pas d’une seule personne, mais d’un groupe.

Les personnes harcelées auront beau parler de leur souffrance, elles seront moquées, tournées en ridicule, d’une façon n’ayant rien à envier au harcèlement ordinaire que l’on peut voir dans les cours d’école, dans toute sa banale cruauté.
Parmi les personnes les plus sensibles à ces procédés, on trouve des victimes de toutes sortes d’oppressions, fragilisées par leur situation sociale (personnes rejetées en raison de leur orientation ou de leur identité de genre, mères célibataires isolées socialement, personnes précaires, personnes dépressives ou souffrant d’autres troubles mentaux). Peu importe les raisons, la fragilité de ces gens est le résultat de leur histoire personnelle, et n’est en rien risible. Les harceleurs s’amusent avec ces personnes tel le « scientifique » barbare qui ouvre un rat pour voir comment c’est fait à l’intérieur, sans prêter la moindre attention au fait qu’il s’agisse par ailleurs d’un être ressentant la souffrance.
Finalement, le plus horrible avec les shitstorm, c’est qu’elles arrivent presque toujours le dimanche. C’est à dire que tourmenter quelqu’un jusqu’à ce que qu’il soit en larmes derrière son écran, fasse des crises d’angoisse ou passe des nuits d’insomnie, c’est finalement une manière comme une autre de passer le temps. La distance que les écrans interposés mettent entre les gens permet si facilement d’oublier qu’on a affaire à des êtres humains, et non pas des machines ou des punching-balls, qu’on en arrive là, sans complexes.
Il arrive bien sur que les harceleurs se justifient en évoquant tels propos ou actes problématiques de leur victime, mais je ne crois pas qu’ils s’abaisseraient à de telles distractions si c’était réellement un souci de justice sociale qui les animait. Il existe de nombreuses façons de militer et aucune ne justifie de toutes façons de déshumaniser ainsi une personne. Aucune façon de militer ne nécessite ni ne justifie d’encourager une dépressive au suicide, ou autres horreurs du même style que je n’ai pas le courage de citer. Il y a d’autres moyens de militer, et ce moyen n’en est finalement même pas un. Militer répond à un besoin de justice sociale, ce n’est pas un loisir stupide et destructeur dans lequel on s’amuse vaguement sans avoir conscience de la souffrance qu’on provoque.

Fin

Ayant reçu plusieurs messages alarmants, je me vois obligée de supprimer la fin de cet article. Ce n’est pas de gaité de cœur que je me censure ainsi, croyez-le bien.

Je tiens tout de même à préciser trois choses importantes:

1) Le but de cette dernière partie était de m’exprimer contre le harcèlement en ligne quelles que soient les choses qu’on puisse reprocher aux personnes harcelées, même si c’est grave. Peu importe ce que j’ai écrit de maladroit, vrai ou faux, je ne dévie pas sur ce point.

2) Je n’ai jamais défendu, banalisé, excusé ou relativisé le viol, même juste un peu, même sans faire exprès, même une fois au chalet. Les gens qui écrivent cela mentent lamentablement. Je suis simplement contre le harcèlement, c’est tout. Qu’on se comporte comme des êtres humains et qu’on traite les gens comme des êtres humains, du début à la fin, point final.

3) Les conséquences du harcèlement peuvent être graves et j’ai parfois peur pour mes amis, mes proches qui subissent du harcèlement. L’autre but de cette dernière partie était aussi d’exprimer à quel point j’ai peur, puisque je pense très sérieusement qu’il est possible qu’une personne soit poussée aux dernières extrémités par le harcèlement en ligne. J’ai peur que les gens que j’aime commettent l’irréparable dans un moment de fragilité à cause du harcèlement. Je ne peux pas passer cela sous silence, quand bien même je me sens en danger à cause de certaines réactions à mon article, et peut-être aussi justement pour ça (malgré le fait que j’ai quitté Twitter pour ne plus être le punching-ball des justiciers du dimanche après-midi).

C’est tout. Je ne m’exprimerai pas plus sur le sujet, et je suis sincèrement et profondément désolée auprès de toutes les personnes que j’ai involontairement blessées.

66 réflexions au sujet de « Social Justice Warriors, notre violence n’est pas virtuelle »

  1. Comme à ton habitude, tu as su mettre ton don de l’expression écrite au service de la conscience éclairée. Je n’ai pas assisté aux débats sur tweeter dont tu parles et que tu critiques si finement. Heureusement d’ailleurs, car j’aurai une fois de plus pété les plombs et serais tombé dans cette même violence que paradoxalement j’exècre, d’autant plus que je peux en être parfois l’auteur.
    S’il ne faisait pas si chaud, facteur ayant pour moi, et pour beaucoup d’autres, la particularité d’amoindrir la réflexion, j’aurais aimé commenter et accompagner ta critique des classifications rhétoriques, si banalement et toute fois inconsciemment utilisées par ceux que tu dénonces à si juste titre. Car à ce stade de violence militante que tu dénonces, et auquel j’ai parfois assisté, si ce n’est subis, sur Face de Book par exemple, la réponse que tu opposes à ces comportements risque de n’être perçue si ce n’est appréciée, que par ceux qui s’en défendent. La dénonciation de la  »grammaire » rhétorique de ces débats stériles et violents mettrait, dans mon esprit, un terme poli et définitif à la dialectique militante toxique, en hissant le débat au niveau de la structure et non plus des procès d’intention ou du contenu. C’est un peu ce que tu fais ici, d’ailleurs.
    En tout cas, bravo pour ton coup de gueule ! Et Merde aux connards !

  2. Belle réflexion. Me dit souvent que y’a une grosse différence entre la forme et le fond. C’est à dire qu’on peut défendre la meilleure cause, le meilleur fond, avec les formes, les techniques les plus pourries, à tendance sectaire, bouc émissaire on, police de la pensée, gonflement de l’égo etc. Pour moi, les 2 doivent être légitimes, forme et fond. Or jamais aucune forme ne m’a convenu dans les groupes militants que j’ai croisé, c’est pourquoi je ne m’engage dans rien (en plus de ma paresse il faut bien le dire, et aussi d’un passé qui me suffit en matière de violences psy. J’en suis à « pour vivre heureux vivons cachés » et exprimons nos véritables idées seulement avec les vrais amis. Je sais que c’est pas l’idéal pour faire advenir un vrai changement sociétal, hein, mais pour le moment ça restera comme ça jusqu’à preuve du contraire.) Et puis twitter, mais quelle daube quoi. On peut rien développer, c’est drama queen à outrance, alliances perfides, effectivement cours de récré à fond et cie. Ce truc ne permet que de rédiger des slogans, c’est le haché-menu de la pensée sous forme de néolibéralisme, c’est aussi de la conso de personnages comme tu dis. Je déteste ce média, bien que je m’y sois parfois laissé prendre.
    Bref, continue comma ça, je kiffe ta lucidité, et aussi ton courage que je n’ai pas à t’engager sur la « scène publique ».

    • « Je sais que c’est pas l’idéal pour faire advenir un vrai changement sociétal, hein »

      Ou peut-être que si.
      C’est les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. :)

  3. « Si vous étiez des êtres doués de la moindre once d’humanité » pour conclure un article qui réclame qu’on arrête de déshumaniser ses interlocuteurs•trices… je gage qu’il s’en trouvera qui ne saisiront pas l’ironie ;-P

    Quant au fait de s’acharner en grand nombre sur une personne jusqu’à ce que le décès d’icelle s’ensuive, ça porte un nom : lynchage. La dilution de responsabilité sera d’autant plus importante, dans l’exemple que tu cites, qu’il n’y a pas eu de violence physique en jeu — ou « pire encore », rétorquera-t-on, que la victime de ce harcèlement était le seul auteur de violence physique (les viols) et on repart pour un tour dans le jeu des hiérarchies débiles.

    Plus généralement, l’ironie la plus cinglante qui me frappe dans ce que tu décris tout au long de l’article, c’est la façon dont il a pu arriver à certaines personnes, pourtant souvent elles-mêmes « lanceuses d’alertes » (pardon, j’ai besoin de deux minutes pour m’étoufer sur le terme que je viens d’employer : je voulais dire « initiatrices de vagues de vindicte ciblée ») ont pu se dire à l’occasion outrées de ce fonctionnement « en meute ». Sans pour autant en tirer la moindre « epiphany »…

    Bref, la violence endogène en milieu militant, même dirigée vers son extérieur, c’est caca !

  4. Félicitation pour cet article certes un peu long (quoique). Tu as fait parti des personnes qui ont déclenché mes remises en question et mes prises de conscience et c’est toujours un grand plaisir de te lire.

    Cet article m’a beaucoup plût, faisant moi-même parti des personnes subissant le moins d’oppression, j’ai parfois tendance à dériver vers un syndrome du « nice guy », merci donc de me permettre, en m’éclairant sur mes propres défauts, de me remettre toujours plus en question sur mes idées et mes prises de positions, tout en m’éclairant sur les personnes moins favorisées des débats (et de mon entourage par extension, genre ce que pourrait subir ma fille pour ne donner qu’un seul exemple).

    Bref, merci, continue à écrire.

  5. En résumé je dirais :toute action injuste meme pour une cause juste porte en elle sa propre malédiction

  6. J’apprécie de lire tes articles et je me rallie généralement aux idées que tu développes. Quand ça n’est pas le cas, au moins la lecture m’aura donné l’occasion de réfléchir à pourquoi. Et c’est essentiel, selon moi, de questionner, réfléchir et chercher des réponses. Je désire que tu poursuives tes publication et je souhaite ton retour sur Twitter.

    J’accepte la colère, la mienne comme celle des autres. Tandis que je rejette la violence, en commençant par être vigilant à ne pas en être moi-même à l’origine. Je condamne le harcèlement, je ne concède aucune excuse aux auteur⋅e⋅s et n’accorde aucune légitimité à des juges-bourreaux (voire parties) autoproclamé⋅e⋅s. La Justice doit être un des mécanismes qui permettent de faire société et non un moyen d’exclure des gens de la société.
    Trop de violences parmi les gens que je fréquente en milieu associatif ou côtoie sur les réseaux sociaux ont conduit à une retraite salutaire. Une communauté ne devrait pas être anxiogène. Néanmoins je ne contribue pas à changer la situation soit que je ne me sente pas légitime (si je bénéficie de privilèges, voire si je peux éventuellement perpétuer l’oppression), soit que je ne trouve pas les mots pour expliquer que je reconnais la souffrance, accepte la colère mais refuse la violence (craignant d’en devenir destinataire).

  7. Merci pour cet article. Il induit chez moi la réflexion suivante.
    Je me demande à quel point cette violence pourrait être évitée si au lieu de s’exprimer en s’investissant de toute notre personne pour défendre nos idées (que ce soit sur Twitter ou sur tout autre support) on laissait simplement nos idées surgir et combattre entre elles – sous notre œil resté ainsi plus froid et distant.

    Certes, nos expériences personnelles viennent au secours des idées mais ne les embourbent-elles pas parfois également dans l’ornière du particuliarisme – qui devrait céder place à des données statistiques et plus générales pour conférer aux idées un caractère davantage universel ?

    Et n’y-aurait-il pas dans ces lynchages collectifs une cruelle volonté de se distinguer et de faire entendre plus fort son nom pour s’accaparer plus d’attention et de followers ? Éléments superficiels mais que je sais possiblement appréciables quand on dialogue et échange longuement via les supports virtuels.

    Il me semble qu’on ne devrait débattre que des idées, pas des personnes – d’autant plus sur internet, média par excellence pour le faire. Cela nécessite un anonymat général mais je pense qu’on gagnerait pas mal en efficacité – non ?

    • Ben en fait c’est souvent exactement ce qui se passe dans le cas du mec pro-feministe et du mec anti-feministe qui debattent pendant que la fille en a marre et se cassent… Pour les deux mecs, ce n’est « que » des idees et ils sont libres de ne pas etre directement touches, alors que la fille n’a pas le choix, elle.

      Quand on est victime de discrimination/oppression, on n’a pas trop le luxe de mettre son ressenti et ses experiences personnelles de cote.

      • PS : Je ne defends pas les actes de harcelement / menaces / manipulation / intimidations, tout ca depasse clairement la ligne. En fait, je ferais une difference entre « colere » purement emotionnelle et « discours haineux », qui contient une part d’ego, et de premeditation.

        Mais je pense que l’anonymat general est une fausse bonne idee, ca pousse plus a l’invisibilisation des personnes marginalisees et au renforcement des idees majoritaires qu’autre chose. Et je pense qu’il est vital pour les victimes d’oppression de pouvoir se reconnaitre entre elles.

        • Lever l’anonymat c’est forcer les gens à sortir du placard. Twitter c’est aussi un espace public. Est-ce que chaque personne ayant par exemple un passé de travailleuse du sexe, ou encore chaque personne ayant été victime de viol, etc… a envie que tout le monde soit au courant?

  8. Ping : Féminisme et bienveillance | Pearltrees

  9. Merci pour cet article.

    je me suis reconnu dans certaines de tes descriptions. Dans le fait de défendre avec énergie une cause, pas seulement par révolte, mais aussi pour se sentir moralement supérieur aux autres. Et aussi de défendre ces causes, mais surtout quand c’est facile et qu’on ne se met pas en danger (Internet est parfait pour ça).

    Tu dis que cet article sera peut-être hermétique, mais j’ai rien suivi à ce qu’il se passe sur tweeter (j’y suis pas) mais finalement il m’a fait comprendre que je suis plus un « pharisien » qu’un vrai militant. Je viens de comprendre que ça serait beaucoup plus courageux et utile de m’outer au boulot (et d’une certaine façon luter contre l’homophobie, ce que bizarrement je n’ai jamais osé faire…) que de profiter de situations faciles pour me convaincre que je suis un chevalier blanc du féminisme. Par lâcheté je me suis approprié cette lutte pour mon autosatisfaction. (D’ailleurs, je viens de me dire que si je fais mon mea culpa ici c’est sûrement pour la même raison, se sentir « propre »…)

    Bref, ce n’est pas la première fois qu’un de tes articles me remet en question (je ne pense pas être le seul…), et à ce titre il est sûrement plus efficace pour changer les choses que tous les tweets du monde.

    • Je suis d’accord avec le fond de ton commentaire, ceci dit, c’est JAMAIS un devoir de s’outer au boulot (ni où que ce soit d’ailleurs), que ce soit comme homo, bi, trans, non-binaire, neuroatypique etc. C’est bien de le faire quand on le souhaite mais il y a pas de « je devrais ».

      (petit HS -encore que).

  10. Merci pour ce chouette article. Je ne fréquente aucun réseau social mais cette réflexion fais écho a une discussion que j’ai eu avec un ami cette semaine, sur le problème de la colère quand on veut faire valoir son idée, le problème des émotions VS la pure rationalité, et le problème qu’on rencontre quand une personne est confondue (ou se confond elle-même) avec ses idées… se fait attaquer pour ce qu’elle pense, ou se sent continuellement et personnellement attaquée par les gens qui attaquent ses idées. Son point de vue était de dire que la colère et les émotions même si elles sont humaines, sont plutôt a laisser de coté quand on échange des idées avec son prochain, qu’en général ces discutions là sont contre-productives car tout le monde se braque, qu’il faut distinguer « convaincre » et « persuader »…
    Je ne sais pas si je pourrais être aussi Zen que lui en permanence, mais je me rend compte qu’en effet ma colère face aux injustices n’aide pas forcément mes idées a passer. C’est ultra-frustrant mais c’est un fait. Ca a amorcé une réflexion assez profonde chez moi, à laquelle ton article fait écho, même si j’ai encore du mal a trouver un équilibre là dedans (en effet, invalider et vouloir faire taire la colère qu’une personne ressent face a une injustice c’est hyper violent, mais pour nous même il faudrait pouvoir en avoir conscience, l’accepter, puis la digérer, et ne pas la lancer à la face d’autrui avec le maximum de force possible dans l’espoir de lui faire adopter notre point de vue…)

    J’en profite pour dire que je n’ai jamais bien compris comment/pourquoi il y avait autant de militantisme sur Twitter !? Je le sais parce qu’en suivant l’un ou l’autre blog j’entend parler de gros drama comme ca une fois de temps en temps, mais la plateforme me parait pas du tout adaptée… (même si souvent les twitteurs (?) ont un blog en parallèle, justement). Les messages sont super courts, c’est vraiment pas idéal pour débattre et échanger des idées à mon sens… :-/

    • Votre lien est riche en ultra simplification et en mauvaise foi. Marx dit quand même que la religion est l’opium du peuple, il est assez loin de défendre les religions.

      Son idéologie n’est d’ailleurs pas basé sur les oppression, mais sur la lutte des classes. Une grosse base de son travail repose sur le « qui sert à quoi », le prolétariat étant la classe « utile » (je résume à l’extrême avec ces thermes) qui doit donc renversé la bourgeoisie et établir la dictature du prolétariat (c’est à dire tout simplement la méritocratie).

      Mélanger comme vous le faite idéologie marxiste et vénération des émotions est donc une simplification abusive.

      Qui plus est, l’article est complètement biaisé. Par exemple, dire que la laïcité française est actuellement utilisée massivement par les islamophobes, FN en tête, c’est une réalité. Ce n’est pas parce qu’on dit ça qu’on est pour la laïcité anglo-saxonne, qui ne cherche pas à modérer les religions.

  11. Ping : Dems7 | Pearltrees

  12. J’apprécie l’article et je suis d’accord sur la question du harcèlement et de la violence. Et j’admets qu’il est très violent de demander aux gens de s’outer (et gerbant de les outer sans leur demander), et inadmissible et stupide de présumer que la personne en face est NT, cis, blanche, homme etc.

    Ceci dit, savoir d’où parle la personne en face a quand même une importance. Ça donne le choix aux personnes concernées de ne pas débattre de leur propre oppression avec des « splainers » (mansplainig, cisplaining, neurosplaining etc). En tant que agenre, attiré par des personnes de mon genre assigné (donc « homo ») et autiste ça m’emmerde de devoir débattre avec des cis, des NT et des hétéros qui se ramènent avec leurs préjugés, leur méconnaissance et SURTOUT leur grande gueule qu’on entend déjà à toutes les sauces ALORS QU’ON LEUR A PAS DEMANDE L’HEURE…) sur ces questions-là. Alors que si j’entends des concernés tenir les mêmes propos problématiques je serais plus motivé au dialogue.

    Et je suis blanc mais j’ai quand même un peu (beaucoup) envie de taper mes « congénères » qui se permettent de donner leur avis sur le racisme et comment lutter contre, parlent de racisme anti-blanc et sortent que par « liberté d’expression », si les personnes de couleur peuvent utiliser le mot « nègre » entre elles alors pourquoi eux ne pourraient pas. Dans ces cas-là, j’essaye de justement ne pas intervenir (sauf si vraiment personne le fait) pour laisser la parole aux concernés et de rester diplomate (si quelqu’un doit gueuler c’est pas moi), mais ça me tue un tel manque de décence…
    (accessoirement, même si je leur donne pas raison et que le côté chevalier blanc est en trop, je comprends que les allié-e-s puissent s’emporter aussi face à des remarques pareilles, quitte à tomber dans un autre travers). (et je comprends aussi que les concerné-e-s aient besoin d’exprimer leur colère, si même des personnes non-concernées réagissent comme ça alors quand on vit le truc…).

    Du coup je sais pas trop comment il faudrait faire, pour pouvoir identifier les « splainers » (et donc les ignorer ou leur faire remarquer qu’ils sont pas concernés au lieu de perdre du temps sur elleux), sans forcer les personnes concernées qui ne le souhaitent pas à s’outer.

    • Je te cite:

      Ceci dit, savoir d’où parle la personne en face a quand même une importance.

      Certes, c’est pas mot pour mot ce que j’ai dit, mais je dis tout de même ceci dans l’article: «  Certes, il est vrai qu’on s’exprime toujours d’un certain point de vue. Il est vrai aussi que de savoir « d’où » s’exprime l’interlocuteur, cela apporte des éléments de compréhension de son message. »
      En plus, vu ce que j’ai développé avant, je pense qu’il est clair (pardonne moi si je me trompe) que je comprends parfaitement qu’on puisse vouloir s’enquérir de la situation de son interlocuteur.
      Pourtant, j’ai du mal à te suivre quand tu dis:

      Ça donne le choix aux personnes concernées de ne pas débattre de leur propre oppression avec des « splainers »

      Ok, alors… Qu’est-ce qui t’oblige à discuter avec tous les interlocuteurs qui viennent te parler?? Pourquoi ne pas simplement éviter la discussion avec une personne quand tu ne sais pas très bien d’où elle parle, et que du coup, tu n’es pas sûr de comprendre ce que cette personne a en tête exactement, que tu n’es pas sure que cette personne n’est pas en train de faire du splaining? Tu admets toi-même que c’est violent de demander aux personnes de s’outer, tu n’as pas envie de discuter avec des splainers, mais il reste une troisième voie: accorder aux gens le bénéfice du doute sans pour autant leur faire une confiance aveugle. Il reste la solution de ne tout simplement pas discuter avec eux. Et je ne te dis pas ça à toi en particulier: sur Twitter, j’ai l’impression que les gens se sentent obligés de répondre à tout le monde, de réagir à tout, qu’ils ne supportent pas de ne pas répondre, et donc de ne pas savoir exactement à qui ils parlent. Du coup, la protection de la vie privée n’est simplement pas possible dans cette situation.

      Après pour ce que tu dis sur les gens qui font du whitesplaining, à mon avis, le rôle des dominants est justement d’éduquer les autres. Parce que franchement, c’est insupportable pour les concernés de faire face à cette suffisance, cette déshumanisation, etc… Moi en tant que femme, je trouve extrêmement difficile de discuter avec un mec qui fait du mansplaining, parce qu’il va pas m’écouter, pas me prendre au sérieux, et si je finis par m’énerver (ce qui est légitime tout de même) il va me traiter d’hystérique, etc… Donc c’est très difficile. Après c’est critiquable dans la mesure où du coup c’est toujours les gars qui vont parler entre eux, et ce serait quand même mieux si les femmes n’étaient pas d’emblées prises pour des gourdes dans un débat sur le sexisme. Mais il y a quand même à prendre en compte que ce type d’éducation, il est vraiment beaucoup plus pénible à faire pour les concernés, à mon avis. Et je pense qu’un gars peut éduquer un autre gars, ça veut pas forcément dire qu’il va pas me laisser parler quand j’aurai un truc à dire. Après, y a pas de règle absolue à mon avis, c’est justement ce que je reproche au « twitter militant », d’ériger des règles pas connes du tout à la base mais qui sont appliquées bêtement.

      Par rapport à ta dernière question, franchement je pense pas qu’on puisse identifier forcément les splainers, et même si c’est chiant, c’est impensable à mon avis qu’on puisse tout comprendre et tout identifier sur internet. Déjà y a la vie privée des gens, unetelle est ex prostituée, untel est trans etc… voilà, on va pas outer les gens comme ça juste pour savoir qui parle. Ensuite, ben du coup on induit un truc c’est que les gens risquent tout simplement de mentir sur leur identité ou sur leur vie pour pouvoir splainer tranquillement. Et pire, du coup, je sais pas si c’est parce que ça pourrait exister ou si c’est parce que ça a déjà existé, mais les gens deviennent hyper méfiant, et j’ai déjà vu des gens exiger qu’untel PROUVE sa transidentité, qu’untel PROUVE sa bisexualité, se foutre de la gueule d’unetelle parce que « haha il se dit trans juste pour pouvoir mansplainer, trolol », créer une hiérarchie entre les trans binaires et les agenres, etc… Et ça se complique encore quand du coup les gens risquent de ne plus oser s’outer sous peine d’être la cible d’une telle méfiance, de moqueries, d’être sommés d’apporter des preuves etc… 
      donc au vu de tout ça je pense qu’il faut accepter qu’on puisse pas tout comprendre, et que la personne qui vient parler de choses qui PEUT ETRE la concernent pas, on pourrait se contenter de la laisser parler dans son coin… On est pas obligé de répondre à tout le monde, de retweeter tout le monde, d’écouter tout le monde. Je suis désolée si ça semble naïf, mais c’est ce que j’ai toujours fait personnellement, j’accepte de pas savoir, d’être dans le flou, de ne pas rattacher chaque discours à un profil connu, et je pense pas que ça me desserve politiquement…

      • En fait je suis assez d’accord avec ton dernier message. C’est vrai qu’on peut pas demander aux gens de s’outer, point, parce que (outre la violence du truc en soi) trop de dérives possibles. (j’avais même pas pensé au coup des splainers qui se feraient passer pour concernés, mais en fait la question se poserait forcément).

        Après je suis pas sur Twitter et je sais pas comment ça marche en détail donc là dessus je dirais rien. Et le portrait que t’en dépeins me donne pas envie d’y entrer.
        Je suis en revanche sur des groupes fb où les personnes qui ont des propos problématiques peuvent être reprises par les personnes concernées -parfois de manière très directe, parfois de manière pédagogue, au choix- et les allié-e-s marquent éventuellement leur soutien, mais c’est pas la personne en elle-même qui est jugée et définitivement marquée, juste un propos. (et seulement si la personne refuse de s’excuser -ou qu’elle insulte, harcèle, menace etc- elle est virée).

        En revanche (pour clarifier mon premier post), IRL j’ai déjà eu affaire à une association (neuroatypique) qui propageait des idées limite selon moi (en gros qui laissait entendre qu’on est « chez » les NT -comme des étrangers seraient « chez » les nationaux-, que donc c’est à nous de nous adapter et que l’assimilation est LA voie à suivre).
        Et là ça change la donne de savoir si ils étaient NT ou pas pour moi. Et en ce qui me concerne c’est pas un prétexte pour dire « ta gueule sale NT, J’AI RAISON » mais ça change réellement le raisonnement derrière. Des NA qui diraient ça généraliseraient trop leur expérience et leurs raisons de s’assimiler, ou croient qu’il est impossible d’espérer autre chose, et là on peut discuter, des NT qui diraient ça voudraient nous maintenir à notre place, et là on peut pas forcément discuter (si c’est un splainer buté) ou du moins pas de la même manière (justement en expliquant tout ce qu’on dit là, si la personne est ouverte).

        Mais ceci dit, au final tu as quand même raison, mieux vaut laisser du splaining risquer de se faire, et l’ignorer, que toute la violence que tu dénonces.

        Je sais, un mec (ou un AMAB perçu comme un mec par ses pseudo-pairs) sera plus écouté qu’une femme (réelle ou supposée) par les hommes et pourra éduquer ces derniers et faire moins de boulot pour elles (et eux), et idem pour beaucoup d’oppressions (beaucoup de blancs écouteront plus des blancs etc). Et en même temps faut pas non plus tomber dans le syndrome du chevalier blanc. Et faut savoir gérer un débat aussi. Bon après tout dépend des circonstances of course, milieu à vocation safe ou pas, famille amis ou boulot, personne en face plus ou moins ouverte etc. Comme tu le dis pas de règle automatique.

        • En fait dans le cas que tu cites c’est légèrement différent puisqu’il s’agit d’une asso…
          Du coup je ne sais pas trop ce qui est le mieux…
          D’ailleurs sur twitter je trouve que les gens ont tendance à réagir comme si tout personne plus ou moins « militante » était une asso, avec tout de même un niveau de responsabilité différent a mon avis

      • Le problème, c’est que les gens, sur Twitter, ne parlent pas dans leur coin. Twitter, comme les forums, comme tous le net « 2.0 » permet à tous le monde ou presque d’exposer ses idées.

        Ignorer une personne, c’est laisser son discours prospérer. Et donc laisser son idéologie gagner du terrain. C’est donc aussi risquer de voir son idéologie devenir marginalisée. Et ça n’a rien de négligeable, contrairement à ce que vous semblez croire.

        Et on ne peut pas combattre des idéologie sans combattre des gens. Ne serait ce que parce qu’on est un certains nombre à accorder plus de valeur à notre idéologie qu’à notre vie. On est un certains nombre à considérer que nos idéaux sont ce qui donnent un sens à notre vie, ce qui nous permet d’accepter cette dernière.

        Il faut bien admettre que la bienveillance (si tant est qu’elle existe vraiment et qu’elle ne soit pas juste une expression de l’endogamie) n’est pas adaptée pour lutter efficacement contre l’idéalisme. Et par conséquent, est ce que la bienveillance est viable (toujours en supposant qu’elle existe) ?

        • Je suis pas d’accord, rien n’oblige de s’en prendre aux gens personnellement. En simplifiant, tu as deux possibilités: soit tu combates les idées, soit tu combat les gens qui ont ces idées. Il faut bien prendre conscience de ce qui se passe: si tu combats quelqu’un, tu as un ennemi, tu le désignes comme ton ennemi et tu vas aller contre lui, l’insulter, l’exclure, le punir etc. Va-t-il pour autant changer de comportement?
          Si tu combats les idées de quelqu’un, tu as peut-être transitoirement un ennemi dans certains contextes mais si tu ne diriges pas ton énergie contre lui mais contre ses idées, il est possible qu’il change d’avis, qu’il évolue, etc…

          Bien sur c’est simpliste mais il y a du vrai. Et bien sur militer ne se résume pas QUE à convaincre les gens. Mais au final soit on prend les armes, soit on fait changer les gens. Et même si on fait la révolution, on peut pas la faire a 1 contre 1000, on peut rien faire tant qu’on est une faible minorité qui crache sur tous les autres.
          Ce qui se passe sur twitter, c’est que des que quelqu’un n’est pas d’accord avec quelqu’un ils sont ennemis a vie et pourront jamais discuter calmement et comprendre le point de vue de l’autre. Ça créé des clans, qui sont encore divisés en clans, et ainsi de suite. Aucune unité n’est possible, aucune solidarité. Les gens sont trop divisés parce que paf, t’es pas d’accord avec moi sur un truc un peu important pour moi donc t’es mon ennemi.
          Je dis pas qu’on peut être tous potes mais justement être potes et militer c’est pas tout a fait la même chose.
          Et je dis pas qu’on peut militer avec n’importe qui, mais y a un juste milieu.

          • Je ne pense pas qu’on augmente nos chance de faire changer les gens si on ne s’attaque pas à eux personnellement. Au contraire, la logique des piquet de grève, par exemple, était une logique d’intimidation. Et ça marchait.

            De plus, je pense que convaincre en attaquant les idées, ça va encore plus braquer les gens. Une attaque personnel, ça fait un ennemis. Sauf si elle est suffisamment violente, auquel cas ça fait une victime (pas forcément au sens où la personne meurt, si elle se retire du débat et s’isole du monde politique, c’est très suffisant). Attaquer les idées, au contraire, à tendance à renforcer le camps des gens qui suivent cette idées. Les attaques contre le christianisme ont renforcée l’union des chrétiens. La manif pour tous a été une réponse très violente, non pas à des attaques personnelles, mais à des attaques à une idéologie. Les seuls gens qu’on peut convaincre sont les gens qui sont assez peu impliqués dans leurs idéaux. Et souvent, ces gens là finissent par « ne pas faire de politique ». Et donc par ne pas vraiment renforcer l’idéologie.

            De même, je ne crois pas que le choix se limite à « prendre les armes ou convaincre ». Manipuler par de l’intrigue politicienne, utiliser les jeux de pouvoirs existant, intimider « dans le feutré », comme le font la plus part des groupes politiques, ça marche.

            La légalisation de l’avortement, par exemple, ne s’est pas faite parce qu’on a convaincu les gens. Elle s’est faite parce que Giscard avait besoin de Simone Veil dans son camps. Elle s’est faite parce que le mouvement féministe avait atteint une force suffisante pour pouvoir négocier une alliance politique avec une mouvement dominant, dans le cadre des luttes entre dominants. Et pour atteindre cette masse critique, permettant à un camps de dire « nous sommes suffisamment nombreux pour représenter un électorat unifié », une organisation hiérarchique, quasi militaire est un plus.

            A un moment, il faut se mettre à penser que le camps « progressiste » n’est pas un camps qui a une idéologie gentille et qui combat le camps des idéologie mauvaise. C’est juste un camps qui a une idéologie différente de l’idéologie dominante. Et la seule façon de savoir quelle idéologie mérite de régner, c’est la confrontation. Et cette confrontation ne me semble pas se mener via des débats d’idées.

            Honnêtement, quelle est la dernière pensée politique à être devenue dominante en occident suite à un véritable débat d’idée ?

          • Pardon, mais appliquer la logique des piquets de grève au militantisme twitter, je n’arrive pas à trouver ça autre chose que risible.
            Voilà ce que ça donne: « change d’avis immédiatement et instantanément sur [truc] sinon tout le monde va te détester et t’humilier ».
            Non ça ne fonctionne pas. D’ailleurs si les grévistes ou n’importe quels militants qui ont changé l’histoire avaient appliqué cette même logique au sein de leurs rangs (car oui, dans chaque groupe militant il y a forcément des désaccords) ils n’auraient jamais remporté la moindre victoire. Il y a certes des rapports de pouvoir, mais ils ne doivent pas s’exercer n’importe comment au sein même des groupes au détriment des personnes les plus fragiles, tuant dans l’œuf le moindre espoir de solidarité et donc d’unité.
            Les discussions constructives en elles-mêmes ne changent pas le monde, pas à elles seules, mais elles son nécessaires pour avancer. Convaincre certaines personnes afin de constituer un mouvement un minimum unitaire et solidaire malgré les éventuels désaccords (il y aura TOUJOURS des désaccords) est indispensable à tout rapport de force dans un but militant. C’est exactement ce qui n’est pas possible sur twitter.
            D’ailleurs la façon dont tu considères les choses est assez symptomatique, tu considères que les rapports de pouvoir doivent d’exercer au sein du militantisme, contre certaines personnes n’ayant pas exactement les mêmes idées (ce qui en fait est le cas). Le militantisme twitter est du coup constitué de personnes qui se tapent sur la gueule les uns des autres avec très peu de confrontation avec le monde extérieur, et quand il y a confrontation il y a d’importantes divisions qui affaiblissent considérablement le mouvement, trop occupé d’ailleurs en général à se tirer dans les pattes pour en fait constituer un mouvement, et pour tenter le moindre changement sociétal.

          • Hmmm, je ne vois pas l’intimidation sur Twitter comme « change d’avis immédiatement et instantanément sur [truc] sinon tout le monde va te détester et t’humilier ». Mais plus comme « Tu ne tiens pas le discours qui me convient sur [truc], je vais donc te harceler jusqu’à ce que sois tu en change, sois tu disparaisse». Et dans cette optique, et bien, ça marche. La preuve, vous êtes partie de Twitter. Vous me direz que ça réduit le nombre de militant de Twitter. Et c’est momentanément vrai. Mais les gens qui détestent les systèmes d’oppression actuel finirons par revenir. Et s’il n’y a qu’un seul camps dans lequel militer contre, il se rangeront dans ce camps.

            Contrairement à vous, je ne crois pas que l’unité s’obtienne mieux par la solidarité. La meilleurs façon d’unifié un groupe, c’est l’inertie, suivit par la peur et la force (sous réserve d’avoir un ennemi commun).

            Je pense que le coté « part dans tous les sens » du militantisme Twitter n’est pas amener à rester. Et qu’il a tendance à être unifié par une main de fer dans un gant de fer. Une fois cette période de transition fini, il pourra alors s’attaquer directement à l’opposant.

            Vous dites qu’il y a toujours des désaccord. Et c’est vrai. Mais il existe un moyen de minimiser leur influence : La hiérarchie. Dans une armée (qui est quasiment la caricature d’un système hiérarchise), même s’il existe des divergence d’opinion, ces derniers sont complètement sans importance, parce que seul compte l’opinion des généraux. Il me semble que c’est ce qui est en train de se mettre en place dans le milieux militant. Et c’est ce qui peut leur permettre de vaincre les militants fachos. Après tout, si nous avons vaincu les Fasciste, c’est surtout grâce à la Russie Stalinistes.

            Je peux comprendre que pour une anarchiste comme vous, voir une telle évolution des milieux militants ne soit pas plaisant. Mais il est trop tôt pour dire que cette évolution ne va pas rendre le militantisme Twitter plus efficace.

          • Ha oui donc le fait que moi, je sois partie de twitter parce que je suis neuroatypique, dépressive, fragile psychologiquement, et que la violence de ce milieu me rendait physiquement malade et m’a collé des angoisses et des insomnies pendant des mois, et tout ça parce que UNE FOIS j’ai dit une connerie que j’ai regretté ensuite, c’est en fait une bonne chose pour le militantisme, parce que les personnes qui me harcèlent sont des genre de leaders et que c’est à eux de décider qui part ou reste pour le plus grand bien de l’humanité.

            Mais la violence du truc quoi. Je trouve ça incroyable. Franchement ça me donne envie de gerber.

            Et s’il n’y avait pas une telle violence dans tes propos, je crois que je serais en train de me bidonner. ton raisonnement est d’un ridicule à pleurer.

          • Je suis désolé si mes propos sont violent. Je ne cherche pas à ce qu’ils le soient. Mais permettez moi d’être en désaccord sur une chose. Ce n’est pas parce que vous êtes dépressive que les gens sur Twitter vous ont fait partir. C’est parce que vos propos les dérangeait. Pas forcément personnellement, mais aussi et surtout parce votre notoriété faisait de l’ombre à la leur. Il ne vous ont pas ciblé spécifiquement parce que vous êtes dépressive.

            Et je ne dis d’ailleurs pas forcément que c’est une bonne chose dans l’absolu (vu que pour moi, une telle phrase n’a absolument aucun sens). Je ne pense pas d’ailleurs que ceux qui vous ont chassé soient plus légitime que vous à diriger le militantisme. Je dis simplement que dans un contexte de guerre idéologique (ce qui est actuellement le cas), l’émergence d’une hiérarchie au sein d’un camps est un atout au sein même de ce camps.

            Je serais très heureux de vous voir développer le coté « ridicule » de mon argumentaire.

          • Mais t’es con que t’en peux plus, en fait. Pendant que j’ai été shitsormée pour avoir dit un truc jugé validiste, j’ai été moi-même victime d’un validisme immonde pour lequel jamais personne n’a été shitstormé ni ne s’est excusé, on m’a dit des trucs genre « non mais toi tu peux pas être neuroatypique ça se voit », « non mais tu as raté ton suicide ça prouve que tu es privilégiée et dominante » « tu es une perverse narcissique parce que tu dis que tu souffres donc tu essaie de nous manipuler ».
            J’ai été victime d’antisémitisme, mais bon c’est pas grave hein c’est moi la méchante. Jamais personne n’a été call-out pour tous ces trucs.
            En ce moment même, zerh est harcelé pour avoir écrit des conneries un peu sexistes y a 2 ou 3 ans et avoir été PUA quand il était ado, il est victime de biphobie, d’antisémitisme, de validisme, oklm. Et personne n’est shitstormé ni harcelé pour ça. Une autre militante est harcelée, slut-shamée, et infantilisée parce qu’elle couche avec un mec, ce qui selon ces abrutis sexistes soi-disant « militants » lui a fait perdre toute capacité de jugement. On lui dit de se suicider alors qu’elle est dépressive. Aucune de ces personnes n’aura de call-out.

            T’es vraiment le roi des imbéciles pour croire qu’il y a une logique militante derrière tout ça. Juste ouvre les yeux. ça n’a aucun sens.

            Franchement ton militantisme je me torche le cul avec.

          • @Mycroft: si je comprends bien, vous nous expliquez que la fin justifie les moyens, au fond. Peu importe les victimes collatérales (dues en l’occurrence au lynchage sur Internet, mais qui pourraient prendre des formes bien différentes: exclusions de militants « déviants », peut-être suicides, etc.), tant que l’idéologie l’emporte.

            Votre position relativiste (« C’est juste un camp qui a une idéologie différente de l’idéologie dominante ») est tout à fait valable, mais il faut se demander si la fin ne va pas être affectée et salie par ce genre de moyens (ce que dénonce en partie l’elfe, si je ne m’abuse).

            Puisque vous prenez vous-même l’exemple de Staline, restons-y. Vous pouvez voir ça comme une victoire à court terme, effectivement. Mais à long terme, ça a durablement décrédibilisé le socialisme réel, et a contribué à son rejet grandissant. Et c’est le problème de votre approche: attaquer les gens peut être efficace à court terme (cela étant, si l’on pousse votre logique à fond, ça ne peut que donner un nouveau Pol Pot une fois au pouvoir, mais bon…), mais à long terme, ça ne fera qu’entraîner un rejet total de l’idéologie alternative.

            Donc, si l’on met de côté l’aspect moral, du point de vue de la stratégie politique pure, votre approche me paraît extrêmement douteuse, en se révélant à terme contre-productive.

          • « non mais tu as raté ton suicide ça prouve que tu es privilégiée et dominante »

            C’est très violent de lire ça. Tout ce que je connais de toi, est ce blog qui « vaut le cout », vraiment. La petite parti que je connais de ton œuvre a de la valeur pour moi (même si je ne suis pas d’accord). Mon coté Saint-Bernard/paternaliste te ferait bien un gros hug pour calmer tes angoisses.

  13. Encore une fois, un article qui tape juste et fort.
    Les appels à la violence dans des milieux qui prônent la tolérance et l’acceptation de chacun m’ont toujours mise profondément mal à l’aise, même si j’ai pu participer à cette escalade (excusée et présentée comme légitime)… Cet article est une belle occasion de se remettre en question.

    Il y a autre chose qui me dérange vraiment dans certains cercles, c’est ce refus de fréquenter des personnes jugées intolérantes. Hop, on ne fréquente plus tel cercle parce qu’il n’est composé presque exclusivement que de blancs riches. Hop, on poste un truc sur Facebook en disant que ceux qui ne sont pas d’accord « n’ont qu’à me supprimer de leur liste d’amis ». Hop, on refuse de communiquer avec telle personne parce « qu’elle ne peut pas comprendre ».

    Mais qui espérons nous informer, dans ce cas? Tes articles sur Poire sont assez admirable parce qu’ils s’adressent aux premiers concernés pour les faire réfléchir, et non pour les accuser d’être de mauvaises personnes.
    Nous devrions nous adresser à tout le monde en partant du principe que c’est la première fois qu’ils entendent cette vision des choses. Et donc, ne pas les blâmer de ne pas avoir réfléchi à tout ça avant.

    Et en effet, ne pas faire de procès d’intention, « toi forcément tu penses comme ça parce que tu es comme ça  »
    D’autant plus que c’est ce que nous detestons qu’on nous fasse, pour la plupart d’entre nous.

    • Après ce dont tu parles c’est différent du propos de l’article. Ce dernier parle de harcèlement, de shitstorm, d’insultes en cascade, de menaces etc (et aussi d’attribution d’une identité, par exemple cis ou hétéro, sans fondement aux gens en face pour les faire taire). Ce qui n’est pas admissible ni excusable, là on est d’accord.

      Par contre, ne plus fréquenter certains types de personnes, c’est différent.
      Bon, sur fb, il y a de tout. Des espaces spécifiquement dédiés à la pédagogie, où tout le monde est accepté et on prend le temps d’expliquer, corriger etc, si la personne est ouverte d’esprit.

      Des espaces safe, faits pour les personnes concernées, et où les autres peuvent rentrer mais doivent se tenir à carreau (et sont prévenus à l’entrée hein) sinon ils restent pas longtemps, et ne doivent pas s’attendre à une pédagogie bienveillante si ils disent des conneries. Dans l’idéal les non-concernés y vont pour lire et écouter.

      Et enfin des espaces encore plus safe, où certaines catégories sont exclues. Par exemple, pas de mec cis. Ce qui est aisément compréhensible, parce que même si tout le monde ou presque a ou a eu des idées homophobes, transphobes, sexistes etc dans la tête sans le savoir, et qu’on peut souvent voir même des femmes, des trans etc en avoir, avec les mecs cis c’est quasi-systématique. Evidemment c’est pas « méchant » de leur part, en général ils s’en rendent pas compte, mais du fait de leur position ils sont les plus susceptibles d’en avoir (et évidemment le pire c’est quand en plus ils sont hétéros, CSP+, valides, NT, blancs etc).

      D’ailleurs même IRL j’ai bien remarqué (a posteriori, en revoyant toute ma vie passée), plus les gens ont des caractéristiques de dominants, moins ils sont safe et plus ils ont des attitudes, propos etc problématiques (sans le savoir en général).

      D’ailleurs moi-même je ne fréquente plus de ces personnes qui cumulent tout ou presque des caractéristiques dominantes, et même ceux qui cumulent un peu moins. Exemple : j’ai testé le milieu LGBT (forum et asso). Bon, le souci c’est que c’est quand même beaucoup (trop) de mecs cis, blancs, et aussi valides, NT, CSP+ ou étudiant pour le devenir (surtout dans l’asso). Le résultat c’est que c’est souvent pas beaucoup plus ouvert d’esprit que hétéroland, ni plus propice à la réflexion, au débat, qu’il y a trop de préjugés et attitudes oppressives etc. (sauf comme par hasard chez ceux qui correspondent pas à ce dont je parle).

      Et j’admets mon attitude (de ne fréquenter que des gens safe même IRL) est pas militante puisqu’elle permet pas d’éduquer les gens non-safe justement, mais franchement après les avoir fréquentés, ça me fait chier, j’ai plus la patience. (et puis soyons honnêtes on se les traîne déjà au boulot et en famille alors bon… pas en plus parmi les AMIS faut pas charrier quoi).

      Bref, tout ça pour dire que :
      même si il y a des gens « très » dominants qui valent vraiment le coup et des gens qui subissent des oppressions mais malgré tout restent oppressifs elleux-mêmes (femmes sexistes, homos transphobes et j’en passe), on a quand même plus de chances d’être safe en excluant les catégories de personnes profitant des oppressions.
      (d’ailleurs moi ça m’offusque pas d’être exclu en tant que blanc, par ex, à certains endroits, c’est normal à mes yeux).
      Et c’est pas « contre » eux qu’on les exclut de quelques endroits mais pour être nous-mêmes en espace safe.

      (par contre j’y reviens, tout ce que je viens de dire ne défend pas la violence en milieu militant, juste l’exclusion de certaines catégories dominantes à certains endroits, et le fait de ne pas fréquenter -à titre perso- ces catégories).

      • Ton attitude de ne pas fréquenter les gens avec lesquels tu ne te sens pas en sécurité n’est peut-être pas militant en elle-même, mais je croi au fond que faire attention à soi, de cette façon ou d’autres façons, c’est ce qui permet aux gens de parfois trouver en eux les ressources pour militer. Si on ne commence pas par la base, on ne fera que brasser de l’air, à mon avis.

  14. Moi quand je lis tout ça j’ai l’impression que des gens ont réussi à construire un lieu où les statuts sociaux sont inversés : ceux qui sont dominés dans la société deviennent dominants (au moins en théorie) dans ce milieu, au sens où leur parole est considérée comme supérieure. Et ça n’a rien de différent par rapport à la société parce qu’on se base toujours sur des apparences pour juger le statut d’un individu.

    Du coup c’est compliqué parce que c’est en contradiction avec l’ambition mainstream de ces mouvements qui est plutôt égalitaire. Seule solution donc, virer tous ceux qui ont des ambitions trop égalitaristes et c’est à mon avis un peu ce à quoi mène ces comportements violents.

    Par exemple, je ne sais pas si je suis à l’ouest mais il me semble que les féministes qui sont pour la domination des femmes sur les hommes ça existe (la suite du scum manifesto ? Je suis inculte là-dessus, pardon si je dis n’imp !!). Du coup ces personnes n’accepteront jamais les hommes dans leur mouvement et n’accepteront jamais les gens qui pensent que les hommes peuvent être des alliés du féminisme. C’est pas possible, c’est contraire à leurs croyances. Donc ils virent ces gens, avec violence si besoin, du mouvement féministe, c’est obligé, non ?

    Bref, je me demande s’il n’y a pas des gens qui recherchent un espace de toute puissance qu’ils appellent pudiquement « espace safe ».

    Il est fort probable que je dise n’importe quoi (et provoquer n’est pas mon intention donc désolée si c’est l’effet que ça fait) mais en tout cas ça me frappe à la lecture et ça m’intéresserait de savoir si ça fait sens.

    • Je ne pense pas que les rapports de pouvoir sont inversés. Je pense que certains sont effectivement combattus, mais que d’autres restent inchangés, et même sont augmentés d’une certaine façon. Par exemple les personnes dépressives, fragiles, isolées etc… pour cause notamment de neuroatypie, ou de situation familiale difficile, de précarité… sont toujours dominées, d’une certaine façon, par les gens mieux portants, plus solides, ayant reçu davantage de la vie en terme de confiance en soi, de stabilité émotionnelle, etc… C’est une forme de validisme. Il y a beaucoup de validisme sur twitter.

  15. Ping : Droit de réponse | La Fille Pas Sympa

  16. Ping : Pourquoi je quitte les milieux militants sur internet

  17. Merci pour cette réflexion encore une fois brillante…j’ai assisté (de loin) à de telles shitstorm, ça m’a alarmée au plus haut point et ça m’incite à me tenir éloignée de tels milieux… et c’est vraiment triste d’en arriver là.
    Je me demande ce que ces réactions nous disent de la personnalités des personnes qui harcèlent et agressent de cette façon. Que recherchent-elles, quelles émotions les amènent à dérailler à ce point ? A quel moment est-ce qu’on en arrive à passer à ce point à côté de sa propre démarche ?
    J’ai pas de réponse bien sur mais ça me laisse assez désemparée

  18. Merci pour cet article.
    La violence, les insultes, me forcer à me definir (mon genre,ma sexualité, ainsi que ma couleur de peau), j’y ai eu droit.
    Et comme je ne voulais pas me définir « publiquement devant des inconnus », mon discours n’avait aucune valeur aux yeux des personnes avec lesquelles je discutais.
    Ce n’était même pas une discussion d’ailleurs, le but était simplement de me faire plier, de me persuader à tout prix. Alors que de mon coté j’étais dans la réflexion et le questionne ment (j’aime débattre avec des gens simplement pour le plaisir de la reflexion, pas pour avoir raison).
    Pas sur twitter, mais sur un autre réseau social.
    Ça m’a dégoutée du milieu.
    Je suis contente que des militants commencent à s’interroger sur tout ça.

  19. Bonjour,

    Je m’inquiétais de soudain ne plus te voir sur Twitter, de ne plus trouver ton compte, donc j’ai finalement atterris ici (et la date de parution de cette article démontre que, de toute évidence, ça fait bien trop longtemps que je ne suis pas passée sur ton blog).
    J’ignore les événements qui t’ont poussé à te retirer de Twitter – je ne devais pas être connectée ce jour là -, mais aillant été à de nombreuses reprises témoin de la violence que tu dénonces si justement dans cet article, j’imagine que ça a dû être extrêmement violent, et j’en suis désolée. J’espère que tu vas bien.

    Ça fait un moment que je suis des militant.e.s sur Twitter, et par conséquent je je suis obligée de me poser la question de cette violence. J’ai l’impression que dans leur colère et leur douleur, les gens oublient parfois que tout le monde est humain, imparfait, sensible, et que ce n’est pas en faisant du mal aux autres que l’on peut prétendre éradiquer le mal. Je dis « les gens », mais étant humaine moi aussi, je l’ai également fait. Pas pendant mes années Twitter (je crois, j’espère), mais à d’autres moments de ma vie. Et j’ai l’impression qu’à chaque fois, les militant.e.s finissent par se faire du mal, par se détruire mutuellement, au prétexte d’une phrase mal formulée, d’un propos ambigu ou mal interprété. Et que même si l’on hurlait qu’il y a malentendu, chacun.e refuserai de le voir, trop obsédé.e par l’envie d’écraser l’autre et, peut-être, une peur de reconnaître qu’à un instant, il y a eu erreur ?
    Je ne désespère pas de trouver une façon de fonctionner plus safe, plus respectueuse, mais pour le moment, je ne peux qu’essayer de naviguer entre les shitstorms, en essayant de ne pas prendre parti sans être sûre de rien, en essayant de prendre parti uniquement lorsqu’il s’agit d’arguments ou d’explications, et pas d’attaques ad hominem aillant pour unique but de briser l’autre.

    Quoi qu’il en soit, bonne continuation.
    Ta présence sur Twitter va me manquer.
    A bientôt pour un autre de tes supers articles, j’espère,

    Hel.

  20. Ping : Milieu militant, colère, neuroatypicité : mélange explosif dangereux | coupsdegueuledelau

  21. Ping : The Greater Good | Mardi Misandrie

  22. Merci de mettre ainsi en mots l’une des raisons majeures qui m’a fait quitter (avant même d’y être entrée tout à fait, à vrai dire) le militantisme, notamment à propos du genre, du sexisme et des relations. Il est extrêmement difficile de ne pas opiner avec facilité à tout ce que dit un groupe, quel qu’il soit, au final. Quand on sent un doute face à une idée communément admise comme vraie/bonne, ou simplement que l’on souhaite questionner cette idée, on tombe très vite au centre d’un cercle de harceleur-ses (je ne parle pas de violence sur Internet, ne l’ayant pas vécue, mais de conversations IRL).
    Et ce qui, selon moi, est le pire, et que tu décris très bien, c’est que cette exclusion, cette violence a lieu justement dans des milieux militants où l’on espère au contraire trouver des interlocuteur-ices luttant contre l’exclusion (typiquement pour moi, mais ce n’est qu’un exemple personnel et aucun groupe n’est meilleur ou pire qu’un autre à mon avis, le milieu LGBT, où j’ai trouvé une biphobie et aussi une phobie de genres définis différemment des habitudes immenses et très violentes).

    Finalement, plutôt que de discuter de nos colères et indignations dans des milieux fermés qui virent forcément à des groupes peu tolérants, je pense aujourd’hui que, bien qu’il soit toujours bon de discuter et se réunir, il est peut-être plus simple, plus sain, moins destructeur et alimenteur de rage de simplement vivre pour soi-même.

    En fait, je ne suis pas militante (bien que je l’aie été, et voudrais encore l’être bien souvent), et ton article m’aide à éclairer pourquoi.

  23. Bonjour. Je souhaite que vous preniez le temps de lire mon commentaire avant de le supprimer s’il vous plait. Très belle article. Moi aussi je suis confronté a tous les jour à la violence médiatique dans les commentaires youtube. La majorité du temps tu ne peux pas dialoguer avec un pro-quelquechose sans te faire passé pour un haineux raciste sans cœur et tous ce qui va avec. Tu dis a un végane que les gens sont trop con pour devenir gentil avec les animaux déjà qu’ils se fiche du sort des enfants pauvre même si ça leur fait de la peine, je me fait traité de sans cœur. Tu dis à un fermier que c’est mal de tuer une poule de façon aussi horrible, je me fait traité de chiffe moe qui regarde trop de Disney et qui donne des sentiments humains aux animaux. Il y a des extrémiste partout et je pèse mes mots, car j’ai remarqué que vous êtes assez proche du juste millieu comparé à ce que je lis la plupard du temps. J’ai même souvent effacé des commentaire que j’ai mis près d’une heur à écrire en me disant que mon interlocuteur est trop con pour comprendre mon commentaire.

  24. Bonjour,
    J’ai été un peu embarquée par ma vie tokyoïte, alors j’ai un peu oublier de visiter ton blog… Mais ça fait du bien de te lire à nouveau. Merci pour cet article :)
    En particulier pour ce qui est de la partie sur l’expression de la violence, je pense que tu as mis le doigt sur quelque chose de très important. (en tout cas, quelque chose qui me touche et sur lequel je n’aurais pas su mettre des mots aussi bien que toi)
    *Mode racontage de vie : ON*
    Comme tu le sais peut-être, je suis en école d’ingé. Récemment, pour ma réinscription, j’ai reçu les instructions par e-mail le 8 juillet, les démarches étant à effectuer pour le 27 juillet. Mes parents étant au fin fond de l’Alberta et étant moi-même à Tokyo, j’ai envoyé un e-mail au service des inscriptions pour leur expliquer ma situation et leur demander des détails sur les dates d’envoi, et sur les éventuelles possibilités de délai supplémentaire. Deux jours plus tard, je leur ai renvoyé un second e-mail les informant que je n’avais pas accès à la plateforme de réinscription. Et trois jours après ce second e-mail (après avoir réussi à me connecter à la plateforme), je leur ai signalé qu’il y avait une erreur sur mon logement, en mettant cette fois en copie mon responsable d’année et le service en charge du logement (dont j’ai reçu une réponse presque immédiate). Après une semaine à avoir été ignorée, j’ai fini par téléphoner. Depuis le Japon. Une charmante dame m’a répondu qu’elle avait trouvé mon e-mail « un peu sec » (cynique, peut-être, sec, je ne crois pas) et qu’elle s’était permise « d’attendre quelques jours », avant d’insister pour répondre à mes questions par téléphone (ce n’est pas elle qui paie) alors qu’elle les avait déjà toutes par écrit. Bref, j’ai écrit un e-mail en étant extrêmement stressée, et je pense avoir grandement pris sur moi pour minimiser ce stress dans l’écriture, tout en étant claire sur le fait que j’étais dans la merde, et on a décidé de me mettre encore plus dans la merde parce-que j’avais osé transparaître mon insatisfaction.
    Et malheureusement, j’ai beaucoup d’autres exemples de ce genre de comportements, même aujourd’hui dans mon école.

  25. « De plus, on arrive là à s’interroger sur le but même de notre militantisme: a-t-on le moindre espoir de faire changer d’avis qui que ce soit? » Je crois que tu poses là une question fondamentale.
    On voit de plus en plus dans les milieux militants une attitude dont le but semble d’être dans « le bon camp », de se flatter d’en être et de le revendiquer haut et fort, contre ceux qui ne sont pas du camp en question ou contre ceux qui sont encore trop mainstream ou pas assez ceci ou cela. A côté de ça, l’idée même de transformation sociale passe complètement à la trappe (si tant est qu’ils en fussent naguère proches)
    http://seenthis.net/messages/315340

    sur le même article de Quinnae que tu cites un passage très pertinent aussi:
    « J’ai longtemps affirmé (en privé) que notre phase actuelle de militantisme est empêtrée dans une logique de néolibéralisme et son emphase sur l’individu, de façons dont beaucoup d’entre nous ne sont pas conscients. Une grande part du militantisme Internet exalte le particulier au détriment du collectif, récompensant des épisodes individuels de catharsis et en leur attribuant une valeur d’estime considérablement plus haute que le travail de fond, plus âpre et moins théâtral, qui nourrit la communauté. »

    Plus ça va plus j’ai l’impression que le narcissisme et le néolibéralisme sont arrivés jusqu’à bouffer des valeurs humaines de base de bienveillance, d’honnêteté, de générosité minimales, qui permettent de vivre ensemble. Et les milieux militants n’en sont pas épargnés loin s’en faut. ça reste pour l’heure grandement dans un angle mort. Espérons que des constats comme celui que tu fais là gagneront de l’écho jusqu’à pouvoir commencer à sérieusement déconstruire ce narcissisme.

  26. Wow ! Je ne suis concerné ni de près, ni de loin par les événements que tu décris dans cet article mais justement, c’est édifiant.

    Je marche sur des oeufs là, étant moi-même affligé des tares d’être blanc, mâle, hétéro, valide, neurotypique (enfin je crois xD )… Ça fait un paquet de mots à découvrir et de définitions à retenir, d’un seul coup. Une sacrée liasse d’étiquettes aussi.

    Je crois qu’il y en a une qu’on a oublié de brandir : les cons (z’et connes) !

    Parce que ça, c’est malheureux mais personne n’est à l’abri… Des cons, il y en a partout et dans tous les groupes ; des cons victimes, des cons bourreaux, des cons qui s’ignorent et des cons qui le font exprès. Tout ça, indépendamment du (non-)militantisme ou d’une vie pas facile qui préserverait mystérieusement les oppressés d’être aussi des cons.

    Je suis atterré de ce que tu décris dans cet article, parce que naïvement je ne peux pas m’empêcher de penser que quand on se bat pour une cause juste, pour faire évoluer les mentalités, pour faire reculer l’intolérance, on est un peu moins vin que les autres — on s’oblige à ne pas l’être !

    Et puis en fait, non. Les cons sont vraiment partout.

    C’est le problème avec Internet, ça libère la parole, ça offre une tribune à qui veut, mais ça encourage aussi la lâcheté et la petitesse d’individus qui n’en diraient ou feraient pas le quart de la moitié du commencement… s’ils n’avaient pas d’écran derrière lequel s’abriter.

    L’ennemi, c’est la haine. Elle ne fait pas de quartier, pas de discrimination parmi ses victimes. Et même quand on milite, même quand on subit de multiples oppressions au quotidien, je ne vois pas comment on peut cautionner de telles attitudes, une telle malveillance envers quelqu’un qu’on ne connaît pas (et que visiblement on n’a pas envie de connaître). À quoi ça rime ??

    Certains pourront tenter de se justifier à travers une pseudo hiérarchie de la douleur, comme un street-cred qu’il faudrait mériter en ayant une vie la moins facile possible… Mais quand t’en viens à déchaîner sur d’autres la même violence que celle dont les pires cons te rendent victime, alors y’a pas à tortiller : t’es qu’un con (ou une conne) de plus et tu ne vaux pas mieux qu’eux.

    (Euh là c’était un « tu » rhétorique hein, c’est pas « tu » pour toi madame Plume ! Tu l’auras compris. ^^)

    Bref… Tu as probablement bien fait de quitter Twitter, si c’était bien le merdier que tu décris. Je pense que ce réseau encourage les comportements de type « cour d’école » ; de toute façon le nom et le logo donnent le ton ! On imagine très bien une volée de moineaux dans une arrière-cour, occupés à piailler le plus fort, à se chamailler… Celui qui attrape un bout de pain, comme on rédige un tweet « croustillant » parce que c’est le format court qui veut ça, aura son moment de gloire et une grappe de congénères à ses trousses ; pour un très bref instant mais c’est pas grave, on a tellement faim d’attention et de reconnaissance !

    Bref bis (tiens en voilà, un handicap : j’arrive pas à faire court)… J’espère que tu sauras faire fi des médisances et que tu continueras de critiquer, de réfléchir, et d’essayer de faire réfléchir tes lecteurs potentiels (et d’horizons divers). En faisant vivre ton site, en étant lue par un plus grand nombre, tu fais bien mieux que picorer de la merde sur Twitter ! Laisse les luttes de pouvoir à ceux que ça fait tripper, ils n’iront pas loin de toute façon.

    • *on est un peu moins CON que les autres (pas un peu moins VIN) ! stupide téléphone et sa correction d’alcoolisme.

    • Au final, qu’est ce que ça apporte de catégoriser les gens en « cons » et « pas cons », à part se mettre dans la seconde catégorie?
      C’est une vraie question.
      Les gens font beaucoup ça et je ne vois pas l’intérêt. Non seulement ça n’a aucune portée politique mais en plus ça dépolitise le propos. Et ça relativise tout puisque « on est toujours le con de quelqu’un ».
      Sinon merci pour tes encouragements

      • Certes, le mot « con » est avant tout un alias pratique pour désigner, dans un contexte donné, des gens dont on critique le comportement ; il ne constitue pas un argument en soi. :)

        Néanmoins, dans le cadre de ma réponse à ton article, c’était tout simplement un moyen de ne pas réécrire à chaque fois « individus prêts à exercer délibérément sur autrui une forme d’oppression dont ils sont eux-mêmes victimes » (ce qui, pour le coup, ne me semble pas vraiment prêter le flanc à « on est tous le con de quelqu’un »).

        • Oui mais à ce moment là c’est une attitude bien particulière alors que derrière « con » on peut mettre n’importe quoi. Et ce qui me gène dans le mot con aussi, utilisé comme ça, c’est que c’est un jugement, et en fait, je pense qu’on devrait réfléchir plutôt en terme de systèmes auxquels tout ou une partie des gens vont forcément se conformer (statistiquement), plutôt que d’individus qui agissent « bien » ou « mal » en distinguant les cons des pas cons (je sais pas si je suis claire, désolée je suis un peu fatiguée). Alors que dans la vraie vie y a pas, par exemple, d’un côté les sexistes, de l’autre les pas sexistes. Et pour les SJW c’est pareil, ils reproduisent tous plus ou moins des oppressions, de la même façon que tout le monde est plus ou moins sexiste, etc…
          Après je dis pas que je juge jamais les comportements des gens ou qu’il ne m’arrive jamais de dire « mais quel con celui là » ^^

  27. Très bel article ! (encore ,je suis de toute façon ta plus grande fan :p) , moi j’ai laissé tombé , j’en peux plus , je m’en suis pris plein la face , mais vraiment , de la part des uns des autres, de ceux qui militent pour la même chose, de ceux qui militent pour autre chose, de ceux qui militent autrement , de ceux qui ne militent pas , de ceux pour qui militer consiste à se disputer avec d’autres militants, de les fliquer , les juger , … de ceux pour qui militer consiste à rester entre soi ; échanger entre soi , et ne surtout pas aller se frotter au reste du monde (très agressifs ceux là bizarrement quand il s’agit de pourrir une « alliée » qui ne correspond pas à leurs critères) , de ceux qui t’insultent , direct comme ça , parceque tu es Charlie, parceque tu ne l’es pas , parceque sur tel ou tel sujet d’actualité tu n’es pas d’accord …. de ceux qui sont incapables de passer au dessus du fait qu’on peut être en désaccord sur un point mais d’accord sur l’essentiel …
    Bref j’ai arrêté , j’en peux plu . Je me laisse un temps off , avant de décider comment je , moi , toute seule, vais essayer de changer un peu les choses . Mais le militantisme en réseau , terminé . Les humains en groupe c’est mauvais , les humains en groupe sur internet c’est l’enfer . Bravo pour ton courage , j’ai essayé de dire ces choses que tu dis, et puis j’ai laissé tombé . J’ai besoin de dormir la nuit. Je pensais devoir me battre contre des sexistes, des violents, des dominateurs . J’ai finalement été battue par des militants de ma propre cause .
    à part ça encore une fois , j’aime beaucoup ce que tu fais . Alors bon courage!

  28. Bonjour,

    Je ne suis pas régulièrement ton site et donc je ne connais pas les événements précis auxquelles tu fais référence. Cela dit, ça correspond plus ou moins à ce que je ressens et vis dans mon contact avec les autres.

    La seule nuance que je ferais est que les outils comme twitter, facebook et ask ne sont que des amplificateurs de comportements qui existaient il y a déjà longtemps.
    Avant je militais et la violence des autres existait déjà et n’était pas piqué des vers non plus. La principale et importante différence, c’est que quand un débat avait lieu, il se déroulait entre maximum 10 personnes… Et puis à minuit, tout le monde au lit!
    Même hors des milieux militants, dès que tu as un forum, tu as toujours, toujours des gens désagréables qui cherchent autre chose que « la vérité ».

    Si je peux me permettre un conseil, c’est de te protéger. On n’est pas obligé de tout le temps se battre, de tout le temps participer à tous les débats, surtout face à des personnes qui n’ont de toute façon pas envie de t’entendre. Débattre (surtout dans de mauvaises conditions) demande de l’énergie. Moi j’ai considérablement diminuer mes participations aux débats et cela va beaucoup mieux. J’essaie de laisser passer du temps entre chaque réponse, pour réfléchir, prendre de la distance et ne pas trop être prise dans l’affect, et je trouve que si je participe moins mes interventions gagnent en efficacité.

    Je ne pourrais jamais par exemple tenir un blog : lire les commentaires haineux des uns et des autres me tuerait en moins d’une semaine – les commentaires positifs ont toujours moins d’effet que les négatifs.
    Par contre, vu que toi, tu en tiens un et que tu abordes ce sujet, je trouve que tu devrais continuer – à tenir ton blog et à traiter de ce sujet. Comme tu le dis, ton article est long et plein d’émotions aussi… tu devrais le couper en plus petits morceaux et faire un travail de réflexion sur chaque partie.
    Je crois que le problème que tu pointes est l’un des gros problèmes, non seulement des milieux militants mais des relations humaines en général, est que petit à petit, une réflexion émergera sur ce sujet. Ailleurs, cela a déjà commencé.
    Il y a quelque temps, je lisais :  » Les sentiers de l’utopie » écrit par Isabelle Frémeaux et John Jordan. Ils font le tour des communautés et de ce fait, la question des relations humaines se posent. Apparemment, au moins en Angleterre, la réflexion sur le sujet est déjà plus avancée.

    Bon, en tout cas, bon courage et bonne continuation,

  29. Je n’ai jamais aimé imposer mes idées de façon violente, et pourtant il m’arrive que quand je suis à bout, je le suis vraiment. Cependant, devoir provoquer la violence verbale entre membres de communauté, quelle soit militante ou autre, je ne l’ai jamais vraiment compris. Pourquoi cette envie de dominer dans ses idées ? Pourquoi ne pas accepter l’autre comme il est ? Est-ce qu’on chipotait sur les idées des soldats quand il y avait la guerre ? Peut être à long terme, si l’on sème cette zizanie, oui. Mais quand on veut aider à porter une idée, peut être que ce genre de disputes aussi sanglantes que malsaines peuvent cesser ?

    Même si j’ai des tendances à être ceci ou cela, j’essaye d’accepter l’autre tant on est d’accord sur beaucoup de choses. On ne peut pas être d’accord sur tout, bon sang ! Il faut savoir s’expliquer, au lieu de se renfermer dans son égocentrisme stupide ! Mais pourtant, il y a toujours des dominants, des exterminateurs « d’infidèles » (un peu comme les chrétiens)… Ceux là, je n’essaye même plus de discuter avec, sinon je sais qu’ils me détruiront.

    Pour en venir à toi, merci pour cet article, et surtout continue comme tu le sens, ne te fais pas détruire plus intensément par ceux qui veulent ta peau, et mène un combat à ta manière ! Moi en tout cas je serai prête à discuter calmement avec toi, même si je ne suis pas d’accord avec tout.

  30. Merci pour cet éclairage. Je partage ton approche et je suis ravie par ailleurs que tu aies évoqué la violence que l’on trouve chez certains véganes (je fais partie de la maison depuis plus de douze ans BTW et même constat). Hâte de lire l’article que tu souhaites y consacrer.

  31. Ping : Dépression au-dessus du jardin | entre2chaises

  32. Bonjour,
    Je découvre votre blog et une première question/suggestion me vient à l’esprit:
    Pourriez-vous mettre un lexique?
    Quand j’ai lu « abolitionniste », j’ai cru qu’il s’agissait d’être abolitionniste au sens du mouvement pour la libération des esclaves aux USA au XIXème siècle et je ne voyais pas vraiment qui pouvait aujourd’hui ne pas être abolitionniste…
    Et juré, c’est pas du trollage, mais pour un non-initié, y a beaucoup de mots/sigles pas compréhensible et la recherche google risque de donner des résultats aléatoires… (« NA », c’est quoi?)
    Merci. :)

    • NA = neuroatypique
      Désolée pour la confusion des termes, je ferai plus attention. Mais « abolitionniste » peut vouloir dire plein de choses différentes selon le contexte, j’aurai du préciser. On peut aussi être abolitionniste par rapport à la prison ou à l’exploitation des animaux (par exemple)…

  33. Le seul point où je diverge vraiment ici, c’est quand tu supposes que la plupart des gens ne cherchent pas à faire du mal/harceler. Pour ma part je vois l’ampleur que prend la moindre dispute sur ces réseaux et je vois que les gens adorent ça. Ils adorent que ça se batte et surtout qu’il y ai un méchant désigné clairement. Peu importe le sujet initial de la dispute, ça va glisser de grief en grief durant des heures, les nouveaux arrivant dans la partie ne sachant pas du tout comment cela a commencé, mais restant pour le sport.
    Les dimanches, les soirées, sauf si y a un truc populaire à la télé, c’est là que tape le plus. Et même quand je ne suis pas d’accord avec la personne visée au début, je finis par me sentir + proche d’elle en voyant comment on la traite.
    Au final y a ni réelle discussion ni débat, personne n’a parlé dans le but de faire évoluer les opinions, préjugés et mentalité, c’était juste un concours à celui/celle qui aurait la réplique la plus singlante, le meme ou le gif-réaction le plus marrant.
    Ça occupe, et c’est + facile que de préparer un papier ou faire de l’éducation populaire.

  34. Ping : Zététique et Féminisme

Les commentaires sont fermés.