Le Social Justice Warrior TradeMark

J’ai hésité avant de publier cet article, écrit à la va-vite pour moi-même, pour me défouler, pour extérioriser une certaine forme de colère. je l’avais écrit à l’origine contre les SJW. Etant donné que je le rend finalement public, je préfère le diriger contre les « SJWTM » (Social Justice Warrior TradeMark, soit mon portrait du parfait petit militant casse-bonbon), parce que ce n’est pas très juste de viser « le SJW » qui peut-être quelqu’un de vraiment chouette et ne pas mériter du tout ce portrait au vitriol. Mais il se fait rare. A part cette légère modification, je publie donc le texte en l’état. J’assume son inutilité totale, mais il m’a fait du bien à écrire, alors j’espère que certains trouveront qu’il fait du bien à lire. Et si vous vous sentez visés… Bon courage!

Les Social Justice Warrior me les brisent.

Le SJW modèle est en colère, et il veut que tout le monde le sache. Sa colère est énorme, massive, explosive et ne doit pas être bridée. Mais mon coco, c’est pas tout d’être en colère. la colère n’est pas une fin en soi. C’est même rien d’autre qu’un début, d’être en colère. Encore faut-il en faire quelque chose, de cette colère. Trouver des façons militantes, créatives, transformer cette colère en quelque chose de positif, car c’est ce qu’elle est, la colère, elle est une force, elle est un moteur, elle te pousse vers l’action. Et tu en fais quoi?

Le SJWTM agit en rond, tourne dans son bocal comme un poisson. Sa colère, il ne sait plus où la mettre. il la dirige contre tout et n’importe qui, au petit bonheur la chance.

Le SJWTM a le droit de te parler comme à une merde, et même de te harceler et n’a pas peur de te pousser au suicide, car il sait que c’est pour la Bonne Cause. Faire chier les gens qui ne sont pas d’accord avec lui, c’est l’idée la plus proche qu’il se fasse de la justice sociale.

Le SJWTM est con. Il croit qu’il existe des réponses bêtes, simples et méchantes à des questions complexes.

Le SJWTM veut de la justice, et qu’on ne bride jamais l’expression de sa colère. Si on lui demande s’il est juste que n’importe qui se prenne la colère de n’importe qui dans la gueule, il va te dire que t’es qu’un oppresseur parce que de toutes façons c’est un problème qui arrive aux autres, donc c’est pas grave. Le SJW ne veut pas réfléchir à des questions compliquées. Si t’es pas avec lui, t’es contre lui. Donc t’es un oppresseur qui doit check ses privilèges.

Le SJWTM se pose des questions compliquées et difficiles auxquelles il n’existe pas de réponse toute faite, mais refuse de trop réfléchir et d’entrer dans des débats constructifs où tout le monde ne sera pas d’accord avec tout le monde. Il se pose des questions complexes et y répond par l’adhésion à une pensée sectaire, toute faite et pré-mâchée, de peur de se tromper ou de contrarier ceux qui s’y connaissent mieux que lui dans ce jeu-là. Le SJW a peur de réfléchir par lui meme, il n’est pas habitué à tant de liberté. le SJW préfère qu’on lui dise quoi penser, même s’il ne comprend pas exactement pourquoi il faut penser ceci ou cela.

Le SJWTM ne sait pas pourquoi il ne faut pas être abolitionniste(1), alors il demande à d’autres SJW de lui dire pourquoi, pour qu’il puisse le répéter comme un perroquet à des gens qui sont abolitionnistes. Et il croit qu’il milite.

Le SJWTM préfère adhérer à une pensée prémâchée, prédigérée, que réfléchir par lui même. Il préfère se soumettre à une hiérarchie recomposée légèrement différente de celle à laquelle il est habitué et contre laquelle il cherche en vain à se révolter, mais pas trop différente quand même. S’écrasant volontiers devant la brutalité de ceux qui en savent plus long que lui sur les lois et les règles de ce microcosme, il dominera les autres à son tour aussitôt qu’il le pourra.

Le SJWTM se dresse avec plus ou moins courage contre certaines injustices, pour s’écraser devant d’autres quand elles proviennent de ce milieu qu’il chérit. Comme tout humain, et bien malgré lui, il est plus sensible à certaines injustices que d’autres, il n’a pas de mot assez dur pour qualifier certaines oppressions, il crache une haine sans limite au visage de ceux qui perpétuent un certain type d’injustices, pour en perpétuer lui-même d’autres à son tour, au nom de la Justice Sociale.

Le SJWTM vit dans un univers de telle subjectivité qu’il ne peut jamais se mettre d’accord avec personne, à moins d’adhérer à la pensée d’un gourou sans le moindre esprit critique. Il prétend ne pas hiérarchiser les oppressions, parce que c’est mal, on le lui a appris. Mais en luttant contre certaines, il en perpétue d’autres.

C’est que, je le disais plus haut, le SJWTM est en colère, et ne sait que faire de cette colère, qui fermente en lui comme un poison, sans jamais se transformer en une force d’action vers quoi que ce soit de constructif. Le SJW a toujours une bonne raison pour ne rien faire de sa colère, il ne sait pas faire, il trouve ça trop dur, il est trop jeune ou inexpérimenté, il passe trop de temps sur facebook (sic) ses recherches d’emploi lui prennent trop de temps (re-sic) ou encore, il doit trouver le temps de sortir son chien (re-re-sic). Militer, pour lui, revient à cracher son venin, sans jamais s’arrêter deux minutes pour penser en terme de stratégie, en terme de « qu’est ce qui va se passer si je fais telle chose ». Le SJWTM ne se demande jamais « est-ce que ça sert à quelque chose de répondre à ce commentaire insultant sur facebook ». Il répond parce qu’il est persuadé que militer c’est ça, que la militance revient à faire sortir sa colère et que quand il aura fini, ça ira mieux, que le monde sera bien plus juste qu’avant et que tous ses problèmes seront réglés. Mais à force de faire exploser la colère au visage de n’importe qui, elle nous revient bien souvent dans la gueule, et nous ressemblons à une bande de cocktails molotov tous enfermés dans un carton de nitroglycérine.

Le SJWTM croit que la colère s’évacue en hurlant, alors que hurler, ça casse juste les couilles. Le SJWTM m’en veut d’ailleurs à mort parce que j’ai écrit « casser les couilles », et que plus tôt je l’ai traité de con, ce qui est sexiste, cissexiste et j’en passe. Le SJW voudrait faire évoluer le langage, il hurle donc sur tous les gens qui utilisent des termes oppressifs en pensant que quand il aura bien fini de hurler sur tout le monde, le langage ne sera plus oppressif. Ou alors, il créé des laboratoires plus ou moins secrets sur les internets pour inventer des insultes pas oppressives et au final pas du tout insultantes donc totalement inutiles.

Le SJWTM veut des milieux safe, alors il saute à la gorge des gens qui ont dit un mot plus haut que l’autre. Il insulte et méprise tous ceux qui ne sont pas d’accord, se rengorge de son petit pouvoir comme le flic de bas étage qu’il ne devrait pas être, mais qu’il devient peu à peu. Quand il n’y a plus que des amis à lui et des gens totalement soumis dans son groupe facebook, le SJW est content. Il pense que c’est safe. Il a juste viré tous les gens qui ne sont pas d’accord avec lui ou qui ne supportent pas son autoritarisme.

Le SJWTM veut renverser l’oppression, et se comporte comme un petit macho viriliste, avec cependant un vocabulaire légèrement différent. Le SJW pisse autour de son territoire comme le dernier des « mecs cis hétéro » qu’il méprise tellement fort (à plus forte raison quand il en est un).

Quand le SJWTM est vraiment trop vener, encore plus que d’habitude, il prend un mec ou une meuf lambda, de préférence un mec, de préférence cis et hétéro, mais il fait avec ce qu’il a sous la main, il le harcèle, l’insulte, le traîne dans la boue, il fait un « meme » avec sa tête pour montrer que cette personne est vraiment une sous-merde, et il diffuse ça sur ses milieux safe. Il se marre bien avec ses potes safe, et il va se coucher heureux, en se disant que décidément la justice sociale c’est bien cool, et que demain on ruinera la vie d’une autre personne.

Le SJWTM est vraiment une sous-merde, en fait.

 

[(1) Je dis pas qu’il faut être abolitionniste. J’en suis revenue. Seulement j’aime bien que les gens sachent pourquoi ils pensent ce qu’ils pensent ou croient penser. L’anti-abolitionnisme de principe est un bon exemple.]

88 réflexions au sujet de « Le Social Justice Warrior TradeMark »

  1. Merci, ça fait du bien de voir que des personnes sensées peuvent prendre du recul sur le milieu SJW sans pour autant faire dans l’anti-féminisme ! Peut-être que tu devrais tout de même mettre un avertissement comme https://deuxdoigtsdanslamarge.wordpress.com/2012/07/23/chroniques-du-bord-de-lamer/ pour éviter, ou plutôt limiter, la récupération par lesdits anti-féministes. Ah, et sympa le clin d’œil à mélange instable (http://melange-instable.blogspot.fr/2014/04/source-ma-ete-fait-remarquer-la-tres.html), j’aime beaucoup l’ironie sur « ™ », c’est plus efficace que le terme « doxa ».

    • Merci pour les liens, je connaissais l’article de Mélange Instable, il est vraiment bien, mais pas l’autre, et j’ai pas fini de le lire (ça a l’air bien long) mais le début me plaît vraiment beaucoup.

      • J’ai lu cet autre article et je l’ai trouvé très en phase avec le tien (et très intéressant). Comme quoi, tu n’es pas la seule à vouloir pousser ce genre de coup de gueule !

        • Indépendamment d’un commentaire global sur l’article de Lauren Plume (qui provoque des sentiments contrastés chez moi), je suis surprise du rapprochement des deux liens.

          L’article de Deux doigts dans la marge est très intéressant et pointe des dérives des mouvements humanistes en analysant leurs mécanismes. Je suis ravie d’avoir lu cet article.

          En revanche, l’article de Mélange instable est un tel concentré de haine et de mauvaise foi qu’il me semblerait plutôt illustrer ce que l’article précédent dénonce, qu’en renforcer l’analyse. Il pratique le « strawman » (citer une phrase, puis à partir de cette phrase énoncer toute une théorie qui n’a rien à voir avec le propos initial pour mieux la démolir) et pointe du doigt les « féministes™ » comme les personnes à ridiculiser, humilier et faire taire. En énonçant les caractéristiques qui vous rendent coupables d’appartenir à ce groupe honni : les opinions à ne pas avoir, les catégories sociales auxquelles ne pas appartenir, l’angle sous lequel vous devez aborder telle ou telle lutte, les mots à ne pas utiliser.

          En réalité, j’ai été tellement choquée par le ton de l’article que j’ai été incapable de le finir.

          Du coup bcy, pouvez-vous m’éclairer sur les raisons pour lesquelles vous rapprochez un article qui dénonce les dérives du féminisme, et notamment le bashing de telle personne ou tel groupe, avec un article qui se vautre dans ces pratiques ? Il y a probablement quelque chose qui m’a échappé parce qu’à ce stade, je suis vraiment perplexe.

          • Je pense pas que Mélange Instable fasse ce que je dénonce ici. Elle dénonce une tendance réelle du féminisme, son but n’est pas de pointer du doigt telle ou telle personne, enfin je pense.

          • Je réponds à Lauren (le bouton « répondre » n’apparaît pas sous votre commentaire, j’imagine que vous préféreriez que je m’en tienne là).

            Je tiens simplement à ajouter que frustrée de ma première impression, j’ai lu ultérieurement l’intégralité du site de Mélange Instable, histoire de savoir un peu mieux de quoi il retourne.

            J’ai appris beaucoup de choses intéressantes. Certains articles m’ont vivement intéressée.

            Mais apparemment, Mélange Instable est entrée en conflit avec certaines féministes appartenant au groupe des « abolitionnistes » et ce conflit s’est durci au fil du temps.

            Indépendamment de mon sentiment sur le fonds (j’ai l’impression d’une reproduction d’une sorte de conflits de classe au sein des mouvements féministes), sur la forme, Mélange Instable finit par reproduire certains mécanismes d’exclusion : toutes les féministes appartenant à ce groupe seraient hypocrites et malfaisantes, en plus elles appartiennent aux classes sociales supérieures, en plus en majorité ce sont des mecs, et puis elles sont putophobes, etc. etc.

            J’ignore l’historique, apparemment Mélange Instable auraient subi des remarques très déplacées de la part d’une féministe abolitionniste et une de ses amies aurait fait l’objet d’outcoming forcé, j’ignore les faits, il est possible que ce soit exact.

            Mais je maintiens que cet article de Mélange Instable ne lui fait pas honneur (alors que globalement son site m’a fait plutôt bon effet), et n’est pas une très bonne illustration de votre thèse… Puisque cela illustre justement ce qui me met mal à l’aise dedans.

            De manière générale, j’ai beaucoup de mal avec la dichotomie bonne et mauvaise féministe, y compris portée par des personnes de sensibilité féministe.

            On a peut-être d’autres priorités que de se distribuer les bons ou mauvais points ?

  2. Les gens qui gueulent en ligne parce qu’ils ne sont pas valides et peuvent pas se lancer dans des manifs, des associations etc te remercient au passage des piques que tu leur lances.

    • J’ai jamais parlé de ça. C’est une interprétation qui t’appartient, elle ne reflète en rien ma pensée, ni ce qui est écrit dans cet article.

  3. Comme d’habitude tres bon article.
    J’ajouterais aussi que ces gens veulent garder le debat pour eux tout seuls et se caracterisent par l’exclusion. Je n’ai par exemple pas le droit d’avoir d’opinion sur l’ecologie sans etre vegetarien, et meme si je l’etais on me rembarerais pour ne pas etre vegetalien.
    Le truc que je trouve particulierement etrange c’est l’aspect inclusif de tous les sujets, dans le sens ou les SJWTM sont forcement feministes+vegetariens+support des homosexuels/trans+defence des gros et je ne comprends pas bien pourquoi il faut avoir tout le bingo pour defendre une de ces causes ou etre credible dans le mileu.
    Genre j’ai vu un debat sur reddit ou une personne etait contre le fait qu’on dise qu’on pouvais etre en bonne sante en pesant 160kg se faire rembarrer parcequ’il etait blanc hetero…
    Bref de loin ca a l’air d’une drole de secte.

    • Je suis évidemment pour le véganisme, contre le sexisme, la grossophobie et tout ce que tu cites. Mais quand tu dis que de loin ça ressemble à une secte, ben je suis assez d’accord. Et même de près. En fait, a partir du moment où on attend des gens qu’ils adoptent des idées ou des modes de pensée alors qu’ils ne les comprennent pas, je ne vois pas l’intérêt.

  4. Il y a peut-être moyen de se déculpabiliser de ce « portrait au vitriol » d’un social justice warrior qui n’existe pas vraiment en se disant que ceci est plutôt une liste de travers à éviter.

    Bon… après, vu certains milieux militants, je me méfierais même d’une reprise abusive de ce que je viens de dire, et où chacun attribuera des genre de « points de pureté », en fonction du nombre de travers évités (ou pas). -_-

    • c’est absolument une liste de travers à éviter, y compris pour moi-même. Je crois que peu de gens correspondent exactement à ce profil.
      Et oui ce que tu dis risque bien d’arriver…

  5. Juste une petite question : Est ce que vous considérez n’avoir aucun de ces travers que vous dénoncez ? Est ce que vous n’avais jamais agi ainsi ?

    Sinon, vous avez des exemple de militantisme constructif ?

    • 1) Pas du tout. Je pense que j’ai agi ainsi et je le regrette. Et en plus, ça risque de m’arriver encore. Mais j’espère que non.
      2) Question compliquée. J’ai pas de solution toute prête pour militer, je pense que c’est difficile de réellement faire des efforts pour changer les choses, et tout le monde ne peut d’ailleurs pas le faire et je respecte ça (d’autant plus qu’à certaines périodes de ma vie j’en suis incapable); en même temps, il y a plein, plein de façons constructives de militer. J’en avais déjà un peu parlé dans « militer c’est chiant ». POUR MOI, on milite réellement à partir du moment où non seulement on a l’espoir et l’intention de changer quelque chose, de rétablir un peu plus de justice (même à petite échelle) dans le monde, mais qu’on fait aussi l’effort de penser, ne serait-ce qu’un tout petit peu, en terme de stratégie, c’est à dire: « qu’est ce qui va se passer si je fais ça? ça va changer quoi? Quel est mon objectif? »

      Il peut y avoir plein de façons de militer de façon constructive: ça peut être discuter, informer, organiser, créer des groupes, soit pour informer, soit pour apporter du soutien à des gens qui en ont besoin. ça peut se faire en ligne aussi hein, je ne suis pas du tout dans la croyance que ce qui est sur internet n’est pas « la vraie vie ». Mais ça peut être distribuer des repas, apporter de l’écoute et du soutien à des personnes en difficulté, donner des informations claires et fiables par exemple sur le véganisme, faire des travaux de traduction de textes importants, rédiger des articles… (a savoir que je considère pas spécialement cet article-ci comme un article militant). Par exemple.

  6. Bonjour!

    Alors je dois avouer que votre article m’a quelque peu énervé. J’imagine que vous y verrez l’évidence : voici un SJWTM qui se comporte en SJWTM! Le voici offensé, le voilà commentant!

    Mais que l’on se détende: oui, votre article possède de la justesse. Je l’admet. Je trouve que la violence, surtout lorsqu’elle pousse au suicide, n’est pas bonne. Je ne participe pas aux bashings, et laisse la place aux personnes qui pourraient tenir des griefs à ce point mortels contre quelqu’un, si elles veulent s’exprimer, parce que ce n’est, je pense, absolument pas bien d’agir à leur place en ce cas là.

    Mais je trouve limite, vraiment limite, tout le reste de ce que vous dite. Que l’on manque de courage parce qu’on n’essaie de se battre que derrière un écran. Vous ne le dites pas comme ça, bien sûr ( vous savez quelles limites vous ne pouvez pas dépasser, n’est-ce pas… ? ) mais tout le mépris que vous ressentez pour les personnes qui le font se ressent dans votre ton ( vous voulez un petit commentaire de texte pour vous le prouver? Je sais que non: vous savez parfaitement ce que vous ressentez à notre égard. ) Oh, que j’aimerais faire autrement! Mais mon état mental et ma transidentité ne me le permettent pas. Alors je me contente d’internet. Et je me sens mal, nul de faire ça, car oui, je ne suis pas Le Grand Militant qui manifeste dans la rue à plein poumons. A côté, Facebook, cela craint. Mais vous voyez? Je ne peux pas faire autrement. Et je n’ai pas le choix.

    Et je sens bien que vous me méprisez, moi et les autres, pour cela. Sans doute, vous qui consacrez, pour ce que j’en sais, une grande partie de votre vie au militantisme irl, tout ça doit vous sembler une grosse rigolade.

    Mais ça, c’est parce que vous le pouvez. Et oui, vous en avez le privilège . ( ouuups je parle de privilège! Dieu que je suis SJWTM! Qu’on me coupe la tête! Mieux vaudrait, c’est vrai, éviter d’évoquer vos possibles oeillères au risque infâmant d’être le vilaiiiiin SJW ) Alors, c’est aisé, pour vous, de se dire qu’il nous suffirait de sortir dehors. C’est aisé, de dire que nos combats sont petits et vils et mesquins. C’est aisé, de vous moquer de nous. Vous savez quoi? Quasi tout le reste du monde le fait, alors… Vous n’avez même pas à chercher de l’inspiration, ou du soutient: ça vient tout seul. Si facile… Mais je croyais pourtant que c’était pour nous, le facile. Non?

    En tout cas, militer dehors, vous pouvez. Et ce que vous pouvez, aussi, c’est ne pas ressentir de colère au commentaire facebook qui vous explique que vous êtes un monstre qui ne mérite pas de vivre. Car ce commentaire, il ne vous est pas adressé, en raison de vos privilèges. Et vous pouvez vous dire  » oh, c’est nul », mais ça ne va pas plus loin. D’où le fait que vous vous dites: mais pourquoi ils s’énervent, hein? Moi, ça me fais rien! Et que vous passez à la suite. Car la misogynie, elle n’est pas présente de la même manière que la transphobie. On ne vous dit pas que vous n’existez pas parce que vous être une femme. Oh, jamais vous ne ressentirez ça, qu’on vous dise que vous n’exister pas. Jamais.

    Alors oui, vous voyez, quand vous vous moquez du fait que je m’énerve pour un petit commentaire de rien du tout, quand vous méprisez ma réaction épidermique quand on rejette purement et simplement mon existence: ça m’énerve. Parce que je n’ai pas envie d’être méprisé pour ça: pour en avoir assez qu’on me dise que je ne devrais pas exister. Franchement, déjà qu’on me dit un truc pareil, j’ai VRAIMENT pas besoin d’une dose de mépris en plus. Vous me suivez?

    Oh, et puis quand vous vous plaignez que l’on écoute religieusement certain-e-s : eh bien, sachez que c’est justement par l’écoute des personnes qui subissent les choses qu’on peuvent savoir ce qu’elles vivent. ‘Fin, si vous demandez à une autre personne, je vois pas comment elle pourrait savoir. Je veux dire, c’est logique? J’en reviens pas d’avoir à vous dire ça? Vous pensez vraiment qu’il faut mieux suivre la libertayyy de pensayyy ( régie par des systèmes oppressifs qui nous retirent en fait cette liberté, mais OSEF pas vrai ? La vrai libertay c’est faire ce qu’ON VEUT :) :) :) ) plutôt que les gens qui vous disent: eh, tu me fais mal, là, arrête ?

    M’enfin, ça ne m’étonne pas de vous: vous avez de trop grands privilèges. Eh OUI je réitère, mais si vous n’étiez pas vous, si vous ne les aviez pas: vous comprendriez. Vous comprendriez que quand le monde entier veut votre peau, on s’énerve.

    Parce que vous ne comprenez pas, et c’est clair dans votre article à la façon que vous avez de vous placer dans la tête de ces SJWTM mystérieux. Vous voyez des personnes agir en s’amusant dans l’idéal d’une justice future. Vous y voyez une moralité, un ego, et du fun. Ce que vous ne voyez pas, c’est que ce n’est pas une question de justice. Ce n’est pas non plus une question de société. Ce n’est même pas une question d’avenir. Simplement, quand je lis ce commentaire qui me tue, oui, me tue, parce qu’il cherche à détruire mon existence même, alors je ne peux que réagir. Ça n’a jamais été une question d’idéal, de combat, de militantisme. Ce n’est pas un jeu. Ça se passe de mot. C’est un sentiment.

    C’est de la survie.

    Et tant que vous ne comprendrez pas ça, alors, vous ne ferrez que rendre ça un peu plus difficile. Notre survie.

    • Alors… Normalement je laisse pas passer les commentaires de gens dont j’estime qu’ils n’ont pas compris l’article, rapport au fait que lire les articles n’est pas optionnel pour commenter, question de respect élémentaire. Et aussi pour m’économiser l’énergie de répéter totalement mes propos. Mais je crois détecter ici une incompréhension qui mérite d’être clarifiée. Cet article étant un coup de gueule, il peut ne pas être assez compréhensible.

      Il n’est pas question ici d’opposer le fait de militer « en dehors de chez soi » à celui de militer en ligne. Cette dichotomie a de moins en moins de sens dans notre société où tout se fait de plus en plus par écran interposé. Je pense qu’on peut parfaitement militer en ligne de façon efficace, ce n’est vraiment pas la question. Je n’oppose pas « sortir de chez soi » et « rester chez soi », je ne comprends pas ce que ça vient faire là. J’oppose se comporter comme un petit flic rageux qui remet chacun à sa place, ou être ouvert d’esprit, tolérant, radical peut-être mais avant tout humain. J’oppose lutter pour son égo ou pour un peu plus de justice. Militer en ligne n’impose pas de se comporter comme un petit chef autoritaire. ça n’impose pas d’être idiot et de ne pas supporter les nuances. ça n’impose rien, en fait. On peut faire des tas de trucs utiles en ligne. La seule différence pour moi entre militer et ne pas militer, c’est que militer s’articule dans un effort de changement du monde, donc exige un minimum de pensée logique, stratégique, ne serait-ce qu’avoir une vague idée de ce qu’on désire changer et de comment on va faire. Et je n’oppose pas non plus vraiment lutter pour soi ou pour les autres. Même si je ne nie pas mon privilège et il est possible que des choses m’échappent.

      Autre chose, j’en ai pas reparlé parce que j’en avais déjà parlé dans « militer c’est chiant », mais tout le monde n’a pas les ressources pour militer, et c’est quelque chose que je respecte parfaitement. De fait, les « militants » ont le privilège de pouvoir militer. Donc ce serait totalement injuste de mépriser ceux qui ne l’ont pas (les gens plus occupés par leur survie ou celles de leurs enfants…).

      Ensuite, je l’ai peut-être pas assez insisté là-dessus aussi, parce que j’en avais déjà parlé dans mon dernier article, mais je ne suis pas opposée EN SOI à l’expression de la colère explosive des personnes qui subissent l’injustice. Pour clarifier ma position, je considère que tu as parfaitement le droit d’exploser à la gueule des gens dont tu estimes qu’ils nient ton existence (même s’ils ne le font pas « exprès »). Simplement, si l’expression de la colère dans les milieux militants s’arrêtait à ça, ce serait beaucoup plus peaceful. Ce que je pense utile de dénoncer, c’est que l’expression de la colère n’est pas le début et la fin de tout, que même si elle est compréhensible et donc acceptable dans certains cas, venant de certaines personnes (comme toi), elle n’est pas pour autant une règle et une norme. Et le fait que tu sois trans et que donc tu vives des injustices très dures, ça explique que tu aies beaucoup de colère à sortir. En fait, si seules les personnes trans gueulaient fort, je ne trouverais rien de spécial à en redire. Mais je ne crois pas que les personnes trans gueulent plus en moyenne que les cis, ou du moins, même si je sens chez certains vraiment beaucoup de colère, j’ai pas pour autant l’impression qu’ils sont davantage portés sur ce que je dénonce ici. J’ai même l’impression que les cis gueulent plus fort, au cas où on se demanderait de quel côté ils sont, il faudrait absolument pas qu’ils passent pour de méchants transphobes (préoccupation souvent majeure chez les gens qui ont des privilèges). J’en parlais déjà dans mon dernier article, celui sur la violence chez les SJW, donc je veux pas trop me répéter. Mais c’est quelque chose qui a plusieurs effets pervers, dont celui de faire des « milieux militants » des milieux finalement assez violents (et pas spécialement pour les cis, mais pour les personnes fragiles en général, donc plutôt pour les gens moins privilégiés je pense).
      En fait, c’est une question de sens de la mesure, aussi. Je pense effectivement que l’expression de la colère est nécessaire et utile à un moment donné, mais pour autant, je trouve complètement con d’en faire une règle absolue, voire une norme, genre plus les gens gueulent fort, mieux c’est, genre on va bien gueuler partout et surtout personne absolument jamais n’a le droit de me dire que là c’est un peu excessif. Comme si l’excès n’existait pas, mais surtout, comme si la colère était le début et la fin de tout. Comme si y avait rien d’autre à faire que gueuler. De fait, certains militants (et je pense principalement à des personnes cis, hein) ne font QUE gueuler et rien d’autre. Ce n’est que mon opinion personnelle mais je pense qu’ils ne servent à rien et qu’ils ont plus besoin de thérapie que de justice sociale.

      Et oui, être cis est un grand privilège, dont je n’aurais jamais tout à fait conscience parce que je ne vis pas la transphobie. En revanche, je sais pas si j’aurais écrit cette série d’articles si j’avais pas de grandes fragilités, rapport entre autres au fait que je sois NA et longtemps dépressive et que toute cette violence me touche particulièrement. Je veux dire, cet article est totalement aussi l’expression d’une colère trop longtemps rentrée. Et indépendamment de leur genre, je trouve que les personnes qui me méprisent le plus pour mes derniers articles et méprisent le plus les gens qui dénoncent la violence dans le milieu militant font preuve d’un validisme assez violent.

  7. Tu parles d’abolitionnisme en ce qui concerne le travail du sexe ou la viande (et les oeufs le lait etc) ?

    Sinon je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec toi. Je pense que les personnes non-concernées devraient s’abstenir totalement de péter des câbles, et faire l’effort de rester pédagogues (ou au pire se taire, renvoyer directement à un article de personne concernée etc), même si c’est compréhensible qu’elles s’énervent. Donc les végans n’ont pas à péter des câbles « pour un rien » (je parle pas du cas où on vient les emmerder à répétition et où illes finissent par craquer), tout comme les hommes cis pro-féministes, les blancs antiracistes, etc etc.

    Par contre, que les personnes concernées laissent rien ou pas grand chose passer c’est plutôt normal même si c’est pas forcément ultra-productif ou agréable. Je pense en particulier au point sur les SJWTM qui (au nom de la safitude) sautent sur celleux qui sont pas d’accord. Lorsqu’une personne non-concernée n’est pas d’accord avec une personne concernée, le plus souvent (de très, très loin) c’est elle qui a tort, et même si c’est pas le cas, c’est souvent pas à elle de le dire (par exemple c’est pas à des NT de reprendre des NA qui auraient de la psychophobie intériorisée, même si sur le fond ils auraient raison dans leurs propos). Bref, les alliés ont en fait assez peu de légitimité à exprimer des désaccords en général.

    Après, les désaccords entre personnes concernées (et le cas où c’est un.e allié.e qui gueule) là c’est autre chose.

    • Je parlais de la prostitution. Je n’ai pas vraiment de position là-dessus, mais j’ai déjà assisté à des discussions où plein de personnes non concernées disaient qu’il fallait être abolitionniste car il faut « écouter les premières concernées » (adage très répandu chez les SJW, et très juste à la base mais utilisé n’importe comment, en l’occurence je trouve ça totalement idiot puisque les « premières concernées » ne sont pas une masse homogène de personnes toutes d’accord les unes avec les autres).
      Et oui bien sur je reste contre toute utilisation d’animaux à des fins alimentaires dans notre société.
      J’ai pas vraiment d’avis sur ce que tu dis. Le truc, c’est que comme je le disais sur l’article précédent, d’une part ce n’est pas forcément les personnes concernées qui pètent le plus de câble. Evidemment ça n’a pas la même valeur et je ne considère pas du tout ça de la même façon. Mais il y a aussi le fait qu’on voit toujours le schéma « personne concernée gueulant sur une personne non concernée » alors qu’en réalité on sait pas toujours avec certitude si la personne qui se fait gueuler dessus est concernée ou non. D’ailleurs, c’est peut-être aussi pourquoi les gens se présentent en faisant la liste de leurs oppressions et de leurs privilèges (ok ça peut être pratique mais elles font ce qu’elles veulent, moi je n’ai pas DU TOUT envie de me présenter comme ça).
      Bref, c’est compliqué en réalité. Mais ce que je veux dire c’est que je ne suis pas contre toute expression de colère, même explosive, même disproportionnée (pour peu que je puisse en juger bien sur). ça peut arriver, et ça peut être au fond justifié même si on comprend pas toujours (surtout si on n’est pas concerné bien sur). Ce qui me fait rager, c’est que ça devienne la règle, la norme, que tout le monde se permette ça, avec une totale indifférence des situations, des contextes qui changent, du fait que la colère explosive, ça peut faire mal, et que le monde n’est pas uniquement constitué de gens légitimement outrés qui hurlent contre leurs oppresseurs, que c’est plus compliqué en réalité, qu’on peut viser n’importe qui et faire des dégâts, et comme si, au final, l’expression de la colère et de l’indignation réglaient réellement les problèmes. Alors oui, je pense que l’expression de la colère est, à un certain moment, totalement nécessaire, et je pense effectivement qu’elle ne doit pas être trop bridée et normée. Mais tout ne réside pas là-dedans, ce n’est pas le début et la fin de la justice sociale.

      Et pour avoir traîné sur pas mal de groupes Facebook, ils sont totalement invivables. Comme sur twitter, il y a un échec monumental, à mon avis, en ce qui concerne le fait de créer des espaces « safe ». Puisque les gens (pas seulement les concernés hein, les gens) ne laissent rien passer, ça revient à sélectionner uniquement les personnes qui sont sensibilisées à toute forme d’oppression, et comme en réalité personne ne l’est, ces groupes ne sont fréquentés que par les personnes ayant autorité et leurs amis (qui peuvent occasionnellement dire une connerie) et des gens qui vont dire « amen » à tout ce qu’on leur dira, sans réfléchir à si ce qu’ils disent est réellement problématique, juste par soumission aveugle à l’autorité. Donc ce sont des lieux vraiment désagréables puisque par exemple on pourra t’ordonner de « changer de ton immédiatement » parce que t’ « exprimes d’une façon péremptoire » (vécu), on m’a déjà dit que ma façon de parler ne passerait jamais sur tel groupe parce que j’utilise des litotes (ça ne s’invente pas) et on m’a déjà harcelée pendant une semaine parce que j’avais genré un enfant, que je savais pas qu’il fallait pas, et que je ne pouvais pas trouver un ordinateur pour modifier mon message (ils n’ont même pas voulu le supprimer eux-même, c’est dire à quel point c’était une question de soumission et pas de « safe »).

      Est-ce qu’on a besoin de tels conflits idiots pour faire des groupes safe? Est-ce qu’on a besoin que chaque personne soit parfaitement au courant de ce qu’on peut dire ou pas dire sur chaque oppression? C’est complètement idiot. La première condition pour créer un lieu safe, c’est la bienveillance. On peut être très au fait de comment fonctionnent plein d’oppression et être totalement insupportable. Et on peut ne pas l’être et savoir s’excuser quand on a blessé quelqu’un. ça demande aussi du coup pas mal de pédagogie, réexpliquer beaucoup les mêmes choses, et oui ça c’est chiant, mais c’est complètement nécessaire. Je demande pas, bien sur, qu’on exige qu’une personne soit bienveillante envers quelqu’un qui vient de la blesser, ce serait absurde d’exiger ça. Mais que le groupe, d’une façon générale, essaie plutôt de calmer les choses (sans brider l’expression de la colère), de profiter de sa situation de privilégié pour se permettre d’être plus pédagogue et plus diplomate envers la personne qui a fait une erreur, plutôt que d’attiser les conflits. En fait, les alliés veulent tellement montrer qu’ils sont du bon côté, qu’au lieu d’être moins en colère que les concernés, ils gueulent 10 fois plus fort. Il s’agirait pas que quelqu’un puisse dire que j’ai laissé passer un propos x-phobe, donc je gueule 10 fois plus fort que les X. Sauf que du coup, en quoi c’est aidant et apaisant pour eux? On leur vole leur colère, voilà ce qu’on fait à mon avis.

      • Pour la prostitution j’ai pas vraiment de position là-dessus, et je préfère donc laisser parler les personnes concernées justement, abolo comme pro-légalisation. Surtout que les deux ont des arguments qui tiennent relativement la route (vu de l’extérieur). A mon avis, dans ces cas-là (où il y a un gros désaccord parmi les concerné.es) mieux vaut se taire et se tenir en retrait quand on l’est pas.
        Même si dans les faits, dans les médias on entend surtout des abolos non-concernés (les féministes « mainstream » type OLF, ou pire les mecs de Zeromacho, pour la plupart cis het, qui splainent à tour de bras). Ca veut pas dire que personne ne splaine dans l’autre camp mais surtout que les médias surexposent un des deux camps, mais c’est une autre question.

        Sur le reste je vois ce que tu veux dire. Bon après, Twitter comme tu l’expliquais c’est vraiment la pire plateforme pour tout ce qui est ou se veut, de près ou de loin, militant. Ca encourage le fait de répondre vite et court (sous peine d’être pris de vitesse), et donc mécaniquement ça crée des shitstorm, ça pousse les gens à pas réfléchir, on retweette donc tout le monde est au courant que « Untel a dit ça » (ce qui est pas forcément utile, même si c’est un dérapage) en moins de deux et ça remonte ensuite même dans le futur plus lointain, on répond vite donc ça encourage l’agressivité et/ou les malentendus (qui eux-mêmes poussent les gens à s’énerver encore plus), etc.

        Bref, facebook c’est déjà mieux je pense, enfin, sur certains groupes du moins, parce que groupes avec pas excessivement de monde, admins etc. Même si les comportements dont tu parles existent largement on est bien d’accord.

        En fait, on est aussi d’accord sur le principal : si les allié.es laissaient les concerné.es s’exprimer en restant en retrait, et éventuellement intervenaient de manière pédagogue et calmante envers la personne qui dérape (si elle comprend pas) pour lui expliquer (afin que les concernés ne doivent pas se taper la pédago), et éventuellement bannissent mais seulement si la personne en face s’obstine, refuse de s’excuser etc, et qu’il y avait donc QUE les concerné.es qui gueulaient (quand illes en ont besoin), ça éviterait la plupart des conflits. Et aussi qu’une fois qu’un conflit est résolu et que la personne a compris sa bourde et s’est excusée, on remet pas ça sur le tapis.

        Il y a en effet pas mal d’allié.es qui soit recherchent (même inconsciemment, même un peu) des cookies, soit ont tellement peur de mal faire que du coup pour compenser ils en font des caisses (et souvent trop), soit s’investissent mentalement de la mauvaise manière dans la cause dont ils sont alliés et donc s’emportent facilement, ou les trois à la fois.

      • Je me demande un truc;

        Je vois assez souvent écrit dans les commentaires et articles sur le sujet qu’il est légitime :
        1) que les concerné soit en colère
        2) qu’ils puisse exprimer cette colère comme bon leur semble

        Autant je comprends bien le 1, vu la violence de certaines oppression, autant le 2, je vois pas forcément en quoi c’est légitime ou justifiable. C’est compréhensible, puisque qu’il se peut que quelqu’un qui vit des opressions violentes puisse s’énerver et être violent, mais j’ai souvent l’impression de lire que c’est normal, justifié, et légitime. Voir même utile. Pourtant j’ai pas l’impression que ça aille de soi, du coup j’aurais aimé savoir pourquoi ça semble évident à la plupart des féministes insertionnelles ? Y’a t-il des articles qui expliquent ou justifie ça ?

          • Bah c’est justifiable parce que comme l’a dit une personne (trans, en parlant de la transphobie, mais ça marche aussi pour la psychophobie, le sexisme, etc) plus haut, parfois, gueuler quand (comme personne concernée) on subit une agression (même involontaire, même une micro-agression etc) c’est une question de survie (primo). Et on ne sait jamais si la personne en face (la personne concernée qui s’emporte donc) n’est pas dans cette situation.

            Et que seules les personnes concernées peuvent réellement savoir si c’est grave ou pas et si ça justifie de gueuler ou pas (secundo).

            Et que c’est à ces personnes de décider ce qui est normal et justifiable sur « comment lutter contre leur oppression et comment la vivre/la « supporter »/y survivre ».
            Même si toi ou moi on a l’impression à un moment que ça dessert leur cause c’est pas à nous d’en décider et de fait on sait moins bien qu’elleux ce qui sert ou dessert leur cause.

            Donc des personnes externes sont pas légitimes à dire que c’est pas normal ou pas justifiable.

          • Et (pour prendre un exemple), disons des féministes qui s’emporteraient, même si ça desservait en effet leur cause de le faire à ce moment t précis, des mecs cis (les non-concernés en l’occurrence) n’auraient pas à leur faire remarquer.

            L’auto-détermination c’est aussi laisser les gens concernés choisir comment ils gèrent sans donner des leçons (même si elles sont ou semblent vraies).

            La seule limite c’est que la personne qui se défend contre un truc oppressif doit pas en créer un autre par la même occasion. Par exemple, si une personne sort un truc psychophobe sur les attentats (que les auteurs étaient des fous, et que c’est la folie qui cause ça), en tant qu’autiste je vais pas me défendre en disant « non c’est à cause de l’Islam » (et donc répondre à la psychophobie par le racisme et l’islamophobie). De même on répond pas au racisme par le sexisme, etc etc.

          • Ok, je comprends ça.

            Mais y’a pas une limite que l’on pourrait trouver, pas seulement le renforcement de d’autre opressions, mais à partir du quel tout le monde pourrait être d’accord sur le fait que même quelqu’un qui subit une opression violente, cette limite n’est pas à franchir.

            Par exemple, une limite au delà duquel on en est plus au « ok c’est normal, il/elle peut se permettre il/elle est concernée », mais on serait plus dans l’insulte et l’irrespect que rien ne justifie ?

            Cela semble évident dans le cas de la team porée que ça gène pas de pousser quelqu’un au suicide. Mais est-ce que ce serait pas le cas aussi quand quelqu’un se fait harceler ou insulter parce que c’est par exemple un mec blanc qui n’a pas conscience de ses privilèges ?

            Parce que j’ai l’impression quand même que répondre à quelqu’un qui est concernée et qui insulte ou harcèle des gens quelque chose du genre : « ton comportement n’est pas normal, tu n’as pas à insulter ces personnes. » je vois pas vraiment ça comme du splaining. Même si ces insultes étaient à l’encontre d’un mec blanc qui a fait une blague raciste ou transphobe.

            En gros, pour essayer de résumer mon point de vue, parce que je trouve pas ça simple à expliquer :
            prenons Mr A, un mec cis qui vient de faire une blague sexiste.
            Concernée B : « ta blague est sexiste et opressive, arrête d’en faire. » -> ça ça me parait ok.
            Concernée C : « en plus ta blague était pourrie et pas drole » -> ça me parait ok aussi, ou en tout cas compréhensible, même si c’est pas forcément efficace comme militantisme.
            Concernée D : « tu es un abruti »
            Concernée E : « qui twitter, tu vaux rien »
            Concernée F : « Va te pendre »
            Concernée G : « Regardez en 2011 il avait posté ça ce gros con. Ha et en plus y’a intel qui le suis, intel est un con myso aussi. Ce intel en plus avait posté ça en 2010 sur facebook, on va le ressortir contre lui et contre le A qui avait posté la blague. Ha et on va spammer son ASK de questions aggressives en rapport avec des tweet de 2010 ou par rapport a ses connaissances. »etc…
            Pour moi quelque soit le niveau de bêtise de la blague de A et l’opression qu’elle renforce, les propos des concernées D à G ne me parraissent pas justifiables.

            J’espère que c’est clair, et merci pour ta réponse en tout cas sharlin.

          • En fait ce qui ressort dans ce que tu dis là, c’est qu’il est assez difficile de trouver la limite, d’autant plus que ce genre de choses arrive avec un effet de groupe et donc ça peut escalader assez vite. Et malheureusement pour les SJWTM qui adorent avoir des petites cases et des petites règles bien précises décidées à l’avance pour surtout s’épargner le moindre effort de réflexion, à appliquer comme des flics, hé bien je crois que c’est surtout une question de bon sens, de sens de la mesure, de réflexion au cas par cas en fonction de ce qu’on vit, et de prise en compte de l’autre (y compris «  » »le dominant » » » » c’est à dire celui qui va apparaitre comme tel à un moment donné, même s’il est dépressif ou prolo), de prise en compte de l’humanité de chacun, et peut-être de faire passer les individus avant la « Cause » aussi juste soit-elle.

    • Moi je trouve que la réaction « va te pendre » est inadmissible et psychophobe de toute façon, puisque on sait pas si la personne en face a pas des fragilités mentales, ça trivialise le suicide etc, donc là on rentre dans le « répondre à une oppression X par une oppression Y ». Et le harcèlement en G va trop loin. Et est aussi oppressif en soi puisqu’il peut toucher là encore des personnes particulièrement fragiles en face.

      Par contre le « tu n’es qu’un abruti » je me vois mal blâmer la personne concernée qui dit ça.
      Quand j’étais admin d’un groupe, j’aurais par exemple trouvé ça déplacé en tant que blanc de faire la police (même light) à des personnes non-blanches s’énervant de cette manière contre des racistes. Ou en tant que mince (en cas de grossophobie), puisque c’est les cas qui se sont présentés.

      Déplacé, parce que ça serait encore une manière de (re)prendre/affirmer mon pouvoir/privilège sur elleux, en leur disant comment illes doivent exprimer leur colère ou mécontentement, en validant telle manière et en rejetant telle autre. Alors que je profite justement d’un privilège, corollaire de leur oppression que je vis pas.

      Et en sens inverse ça m’énerve beaucoup quand des personnes hétéros (ou homos en cas de biphobie) « neutres » me disent de « respecter les opinions » des biphobes et homophobes, ou de rester calmes face à elleux, alors que je leur ai pas demandé l’heure.

  8. Je conçois deux gros problèmes aux relations (d’agression notamment) entre individus : notre nature d’animaux sociaux et le court terme de notre propre existence.

    Opprimé-es ou pas, ermites ou sociables, en marge du monde ou carrément en dehors, c’est toujours par rapport aux autres qu’on se définit. Qu’on se dise semblable ou totalement différent-e de l’autre, même sans vouloir hiérarchiser, on établit déjà des groupes ; donc des entités qu’on peut potentiellement opposer, avec plus ou moins de violence… Et je crois que sur ce plan-là, le risque d’aller trop loin concerne tout le monde.

    Il faudrait anticiper davantage, agir en fonction des autres et pas seulement de soi, et sur une échelle de temps plus longue que notre seule existence. Ça, c’est le plus délicat ! Le long terme, d’une certaine façon c’est l’idéal à atteindre, le truc plus abstrait et pas toujours évident à défendre… La plupart des gens vivent dans le « ici et maintenant », qu’on aimerait parfois oublier mais qui toujours nous rattrape. Entre une action à long terme dont la positivité est encore hypothétique, qui demande un effort d’imagination et de confiance, et une action à court terme dont l’effet est peut-être moins noble mais tellement plus concret… C’est une remise en question permanente de tout ce qu’on peut faire ou penser. Le long terme inspire, le court terme rassure. Dans les deux cas, on peut avoir raison ou tort ; mais selon, on est fixé-e plus ou moins vite. Finalement c’est peut-être ça qui est déterminant : la patience ?

    Pour en revenir aux SJW™ les plus enragé-es qui font de la colère leur attitude par défaut, qui ne s’entendent que dans le mépris de telle ou telle personne tombée en disgrâce, ça me semble un triste constat d’échec ! S’il fallait changer quelque chose dans nos comportements sociaux, ce serait bien ça… On pourrait me dire que je « vis dans le monde des Bisounours » mais pour moi, des idées aussi bêtes que « aimez-vous les uns les autres », « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas ce qu’on te fasse » — sous leur apparente naïveté, sont juste fondamentales. Au lieu de tracer autour de soi un cercle de plus en plus restreint, où ne subsistent finalement que ceux et celles qui nous ressemblent, il faudrait s’efforcer d’inclure toujours davantage de personnes dans le cercle des gens dont on se soucie… Et remettre en question tout groupe ou individu qui nous intime de faire l’inverse. Il n’y a qu’en tête-à-tête avec soi-même qu’on est vraiment safe… safe et seul-e.

  9. Bonjour,
    Je suis plutôt en accors avec ton article et le côté sectaire et excessif qu’on peut rencontrer dans certains cercles vegeta*iens ou feministes. Et où on voit apparaître des comportements violents pourtant condamnés quand venant d’autres.
    Toutefois, je suis un peu perplexe sur le passage sur les insultes non oppressives…
    Peut être que j’ai mal compris ton propos,mais en quoi le fait que l’insulte ne soit plus oppressive ne la rend plus insultante?
    Je trouve que c’est plutôt une bonne initiative de trouver des insultes non oppressives. Mais peut être que tu parles là aussi des excès dans cet aspect là ?

    Encore merci de partager tes pensées,c’est intéressant !

    • C’est juste un constat, tous les ateliers de créations d’insulte non oppressives auxquelles j’ai assistés, débouchent presque toujours sur des insultes totalement gentillettes du genre « espèce de tofu pourri » (oui parce que « surimi » est oppressif envers les poissons, je n’invente absolument rien). Alors bon, je sais, ça peut paraître insignifiant comme préoccupation. Mais le fait est que personne n’utilise jamais de telles insultes, du moins pas dans le but d’insulter vraiment, et que là où on sent venir un « va te faire enculer fils de pute » c’est totalement vide de sens de plutôt sortir un « va compter tes orteils espèce de tofu pourri ». Au final, même si je suis tout à fait pour le fait d’essayer de changer le langage (ce qui passe par une somme d’efforts individuels, entre autres) je trouve que les ateliers créés dans ce but brassent souvent de l’air et sont très chronophages pour des résultats pas vraiment à la hauteur du temps investi.

      • « va compter tes orteils espèce de tofu pourri »

        Je viens de devenir instantanément fan de cette insulte, et je compte désormais l’utiliser à ma guise, aussitôt que la situation l’exige.

        Et si t’es pas contente, va donc te limer la corne dans un coin vilaine licorne bancale. (c’est oppressif ou pas si on utilise un animal qui existe pas ?)

        • Je suis pas sure. D’ailleurs « va compter tes orteils » est peut-être oppressif envers les gens qui ont des orteils en plus ou en moins.

          • Impie Validiste, tu mérites le purgatoire masculiniste.

            Ou peut-être « Va faire la bise à ton idole après avoir manger de l’ail »

            C’est un sentiment d’humiliation non oppressive que tout le monde pourrait ressentir, ça me parait assez universel.
            Ou alors : « Je te souhaite que tes frites n’aient plus jamais de gout pour toute l’éternité +2 minutes »
            ça c’est un peu méchant quand même, sans être oppressif parce qu’une frite c’est une patate.

      • Ah oui, effectivement là on tombe dans de l’insulte plus du tout insultante!
        Et ce que tu racontes de l’atelier ca fait un peu branlette cérébrale, donc je comprends mieux ce que tu voulais dire dans l’article, merci d’avoir pris le temps de répondre :)
        J’avais trouvé cet article des Echos des Sorcières pas mal, car les insultes proposées gardent quand même le côté méchant et libérateur de l’insulte: http://lechodessorcieres.net/insulter-sans-opprimer/
        Dommage, les commentaires sont désactivés mais il y avait une que j’aime bien « bois mes règles », elle fait toujours un effet de ouf celle ci
        Bon après, j’avoue que j’ai du mal à insulter que dans ce registre non oppressif car souvent ca sort tout seul.

  10. Ce que je trouve très révélateur dans cet article, c’est la manière dont il débute.
    « J’ai hésité avant de publier cet article, écrit à la va-vite pour moi-même, pour me défouler, pour extérioriser une certaine forme de colère.(…) J’assume son inutilité totale, mais il m’a fait du bien à écrire, alors j’espère que certains trouveront qu’il fait du bien à lire. Et si vous vous sentez visés… Bon courage! »
    C’est probablement ça, le vrai pouvoir des SJW. Finir par nous faire douter de la légitimité de nos émotions, et de notre droit à les exprimer.
    Finir par nous faire penser que lorsque notre colère est légitime, tous les abus sont justifiés. Mais lorsqu’elle n’est pas légitime, alors nous n’avons plus qu’à la ravaler.

    • J’avoue que quand j’ai écrit ce texte je me suis dit que j’aurais jamais le courage de publier, j’avais trop peur de me prendre une shitstorm de plus ou que des gens qui comptent pour moi se détournent de moi. Et puis je me suis dit tant pis, fuck, j’ai pas envie de céder à ce truc, c’est malsain.

  11. Salut Lauren,

    J’ai toujours été dubitative par rapport à cette histoire d’insulte non oppressive. Pour moi une insulte est par nature une oppression ; elle fera de la chose nommée une insulte. Pour ne pas être oppressive, il ne faut pas insulter, tout simplement. Ce qui n’est pas une mince affaire…

    Sinon, pendant quelques temps, j’ai été sur un groupe FB Végane, plus jamais ça, les admines passaient leurs temps à faire des crises de pouvoir, je trouvais ça totalitaire.

    Je finissais par trouver ça dangereux : aucun mec cis ne pouvait rien dire à une femme cis même si c’était juste, exact, bienveillant. Finalement, on devenait ce qu’on dénonçait.

    J’ai préféré fuir…

    Bises et bonne chance à toi

    • Les insultes style Tintin « marin d’eau douce » par exemple (et tous les coprolithes, déchets, excrémistes etc) c’est oppressif pour toi ?

      http://lechodessorcieres.net/insulter-sans-opprimer/

      Bon sur ce site, certaines sont gentillettes certes (pas toutes), mais elles me semblent pas oppressives (c’est le but remarque), puisqu’aucune ne vise un groupe opprimé.

      • Hello Sharlin,

        Oui, pour moi  » marin d’eau douce  » est plutôt une insulte oppressive, tu vas sans doute trouver que je vais trop loin mais cette insulte me paraît homophobe… C’est comme si on disait :  » ce marin n’est pas un  » vrai de vrai « . ( un vrai homme, quoi )

        Mais ce qui est important pour moi, c’est que l’insulte est faite pour blesser, pour faire du mal, pour  » oppresser  » l’autre, ( même si on peut essayer d’éviter de verser dans l’oppression systémique )

        En faisant d’un mot une insulte, on le salit, et on opprime ce mot. Par exemple : PD n’est pas une insulte… c’est l’abréviation de pédéraste. Sale juif n’est pas une insulte, ça désigne un juif qui n’est pas propre. Mais quand soi-même on pense être PD ou juif ( ou autre ) est dégradant, alors ça devient une insulte…

        Donc inventer des insultes est pour moi une manière de  » salir  » des mots.

        Et je préfère me dire qu’il vaut mieux éviter d’insulter.

        ( ce que je n’arrive bien-sûr pas à faire ! )

      • Euh, Pée me semble pas du tout SJWTM, on peut ne pas être d’accord avec elle sur la question des insultes, mais en tout cas sa démarche (de ne pas insulter) semble être une démarche visant à ne pas blesser les gens (en plus de ne pas opprimer), donc c’est plutôt le contraire des SJWTM de l’article, qui elleux se foutent de blesser la personne en face et sont facilement oppressifs par la même occasion puisqu’ils se tromperont de cible (en croyant une personne trans qui n’a rien dit cis par ex) ou casseront une personne fragile.

        Sinon marin d’eau douce peut avoir un côté viriliste ouais et c’est vrai que la plupart des insultes peuvent être oppressives. Ta position, Pée, se défend et fait réfléchir en tout cas.

        • Pour moi ce qui caractérise le SJWTM ce n’est pas d’avoir telle ou telle idée, mais l’absence totale de réflexion, donc en effet je dirais pas que ce commentaire en relevait.
          A propos du virilisme, ça me fait penser qu’on pourrait dire beaucoup de choses sur le virilisme chez les SJWTM à mon avis.

        • Non, je ne crois pas être une SJWTM, parce que je ne passe pas mon temps à reprendre les gens lorsqu’ils insultent. Ou même parlent… Et je ne dis pas que je n’insulte jamais, ça m’arrive souvent aussi. Et comme tout le monde le mot  » con  »  » putain « , me viennent dans les moments de colère, alors que ce sont des insultes sexistes… ( En + je suis une femme cis !)

          Seulement si on me demande mon avis, je le donne, c’est tout. ^^

          Je réfléchissais…
          Je me disais par exemple que si j’insultais quelqu’un en lui disant :  » patate « , ou  » banane « , je traite l’autre d’être déficient mentalement, et donc c’est validiste…

          Je ne trouve vraiment pas ça facile d’insulter sans être oppressif !

  12. J’ai l’impression que le problème vient un peu du fait qu’il est très difficile aux gens de mettre totalement leur égo et leur frustration de côté (une sensation que tu as peut-être ressenti en prenant des champignons?) . L’égo est un moteur, la gratification aussi.

    En ce qui concerne l’égo : on essaye tellement d’être nobles que nous faisons la police au sein de nous-même. Ce que les SJWTM critiquent si durement chez les autres, ce sont souvent des choses qu’elles-ils se reprochent à elles-eux-même, et par peur que les autres s’en aperçoivent ( ou se rendent compte de leur passé honteux en tant que non SJWTM) préfèrent attaquer.

    C’est comme une « orthorexie » de la pensée, très proche finalement de la pensée judéo-chrétienne que nous critiquons souvent, qui fait que l’on se sent observé.e et jugé.e pour des réflexes dont nous ne sommes pas forcément responsables. Les SJWTM sont des gens à l’égo fragile avec un gros manque de reconnaissance, je pense. Leur confiance en elles-eux est alimentée par la supériorité morale qu’ils pensent avoir sur les autres. Plus ils-elles nient leur part d’animalité et le rôle de leur cerveau (qui est paresseux et adoooore les préjugés) dans leur quête de noblesse d’âme, plus ils-elles auront tendance à se défouler sur les autres.

    Car le militantisme est difficile et rares sont les gratifications. On assiste à des progrès non linéaires, des retours en arrière, l’arrivée de nouveaux « opposants ».

    Je ne fréquente plus trop de « safe zone », je ne crois pas au concept de safe zone. Je trouve que cela revient à peu près au même que l’Etat d’Urgence face aux attentats. Si l’on se met à considérer les personnes et non les systèmes et les racines des oppressions comme des ennemis, et si l’on oublie de fouiller plus profond dans la psyché humaine, on risque vite de laisser la haine (réaction viscérale) prendre le pas sur la raison (qui lui fait brûler beaucoup de sucre à notre pauvre cervelle de singe vaguement « évolué »).

    • En fait, je crois que la Safe zone est un leurre, ça n’existe pas une safe zone, il faut toujours se défendre quelque part…

      • Oui, et je trouve que dans ce qui est supposé être une safe zone, il y a « guerre civile », parce que même si les SJW se sentent révolutionnaires, ils-elles sont en fait super réac et sont finalement des produits de leur temps : ils-elles sont en compétition, aiment la méritocratie, accumulent les oppressions, les années de militantisme ou les luttes comme d’autres accumuleraient les médailles, aiment se mettre en avant, se targuent d’avoir « une grande gueule », et veulent se sentir uniques, tel-les des sages qui auraient tout compris, « pas comme tous ces moutons ».

        C’est très significatif de la sincérité de leur démarche. Ils-elles veulent créer une safe zone qui soit une étlite de grands initiés, au lieu d’éduquer « les moutons » et rendre les idées accessibles au plus grand nombre.

        • Oui enfin les safe spaces ont quand même leur utilité et restent indispensables, SJW ou pas.

          Avoir des endroits pour discuter/s’entraider/s’amuser en paix, sans devoir faire de la pédagogie, subir du splaining et des attitudes de dominants, etc c’est quand même super important.

          D’ailleurs, sur tous les groupes neuroatypiques non-mixtes que je fréquente (ouverts aux neurotypiques donc) c’est une vraie catastrophe à ce niveau.

          • Enfin, je nuance.
            Mixte veut pas toujours dire non-safe (seulement très très souvent), et non-mixte veut pas toujours dire safe.

            Mais en tant qu’admins/gérants, c’est clair qu’il faut faire encore 10 fois plus gaffe dans un espace mixte que non-mixte aux conduites oppressives.
            Or souvent c’est pas le cas.

            Au final je préfère quand même mes groupes où des fois des gens (y compris moi une fois ou deux) se font sauter dessus parce qu’on les accuse (avec raison) d’avoir commis une bourde (même si c’est un peu rude) et où les gens font gaffe, que ce genre de groupes où tout le monde s’en fout, où on t’invite à respecter les opinions (les clichés) de biphobes au nom de la courtoisie, où des gens parlent de « question juive » (en encensant Mein Kampf) pépère et les autres disent que c’est la liberté d’expression, etc.

            En fait, quand il y a pas des admins staliniens (et des membres globalement solidaires de la démarche) sur les questions d’oppression c’est la fête du slip direct, et au final c’est encore bien plus violent pour bien plus de monde.

          • Je comprend pas en quoi c’est nécessaire d’agresser les gens en groupe quand ils commettent une bourde.
            Enfin, je parle pas d’encenser mein kampf, je n’appelle pas ça une bourde d’ailleurs. Mais les petites erreurs que n’importe quelle personne animée par un réel désir de justice sociale peut commettre. ça peut arriver à tout le monde de dire quelque chose de déplacé ou d’ignorer que tel ou tel propos est discriminant ou blessant. Je comprend pas en quoi c’est si impossible que ça de faire remarquer avec bienveillance quel tel propos n’était pas approprié, sans se comporter comme un flic (« ton propos est machinphobe, retire-le et excuse toi » <- le summum de la pédagogie selon les SJWTM). Alors oui, ça prend plus de temps et d'énergie d'expliquer et d'être sympa, mais si les gens sont prêts à ne faire aucun effort, alors y a pas d'espaces safes.

          • « Au final je préfère quand même mes groupes où des fois des gens (y compris moi une fois ou deux) se font sauter dessus parce qu’on les accuse (avec raison) d’avoir commis une bourde  »

            Sauter dessus / accuser : ben je ne vois pas du tout en quoi c’est safe du coup.

            J’ai fait partie de groupes militants et bien que certain.es sont gavant.es à persister à ne pas comprendre quelque chose, je ne me suis jamais permise de les agresser pour la simple et bonne raison que je n’aime pas qu’on m’agresse, surtout là où je suis censée être « safe ». Je leur expliquais, je leur filais des liens et s’ils/elles continuaient à déblatérer des conneries et à ne pas respecter la charte du groupe, je me permettais de les inviter à occuper leur temps ailleurs et à ne pas me faire perdre le mien.

            Parce que je n’ai pas d’énergie à dépenser à faire la flic, mon énergie je veux la dévouer à ma cause, et je veux y sensibiliser les gens, et ce flicage, ces harcèlements et ces batailles d’égo qui caractérisent les SJWTM, me fait me dire que toute la démarche est égoïste, immature et irréaliste : ilselles veulent un monde complètement adapté à eux/elles, dans lequel tout le monde est au même niveau d’oppression qu’eux/elles (ou au même niveau de végane purTM) et tellement occupé.es à bâtir leur petite forteresse, ilselles en oublient qu’ilselles doivent continuer à informer et rester ouvert.e au monde extérieur, qui, je suis désolée, ne se remettra pas spontanément en question tout seul au niveau des injustices.

            C’est gavant, tout.e militant.e a connu cet agacement de devoir éduquer les gens. Mais il y a une infinie de causes pour lesquelles se battre, et tout un tas de gens qui ne considèrent pas que se battre pour une cause fera d’eux/elles de meilleures personnes, et qui n’auront donc jamais ni l’envie/le besoin de s’éduquer sur les différentes oppressions et injustices de la société.

            La psychologie humaine est ainsi faite que, quant bien même on peut nous soumettre des faits, si nous n’avons pas le désir de nous conformer à ces faits, alors nous trouverons une parade pour ne pas changer d’attitude (dissonance cognitive).

            Je ne comprends pas que les SJWTM qui sont des gens très émotifs, qui ont du mal à prendre du recul et qui partent très vite dans la colère, ne puissent pas comprendre que 1/ les autres gens n’ont pas forcément l’envie/la capacité/le besoin/ d’être au niveau niveau de SJ qu’eux/elles.

            2/ cette vision d’un monde meilleur avec plus de justice sociale est la nôtre, et ce n’est pas la vision de la majorité. Des personnes se battent pour que je n’ai pas le droit d’avorter, elles pensent aussi protéger un monde en voie de disparition qui leur est cher, parce que leur vision d’un monde « safe » est différente de la mienne. Il faut se faire entendre, cela ne veut pas dire agir exactement comme les bigots.

        • En théorie je suis d’accord avec toi. Mais en pratique sur plusieurs groupes très actifs et peuplés, et remplis de beaucoup de gens peu déconstruits (qui viennent en général se défendre les uns les autres -et en rajouter une couche chacun *- dès qu’on fait remarquer, même diplomatiquement, une bourde à l’un d’eux), c’est presque impossible de passer du temps à parlementer avec chacun jusqu’à ce qu’ils aient compris. A moins d’avoir une énorme équipe d’admins, qui a le temps et le dévouement pour ça.
          *Avec facilement plus de 50 coms en 10 minutes, dont les coms sur les coms, et bien sûr les trucs problématiques complètement mélangés au reste.

          Et donc dans ces cas-là, le seul truc viable selon moi c’est de modérer en mode flic, tout en mettant dans les cas les plus courants un lien vers un article qui explique le truc (et éventuellement d’expliquer dans les cas les plus particuliers), et de sévir si la personne veut toujours pas comprendre et s’obstine rapidement ensuite.

          On a essayé sur un gros groupe (de plus de 1000 personnes et avec beaucoup beaucoup d’actifs réguliers) d’y aller en douceur, pédago, etc, mais c’est ingérable et surtout c’est les personnes opprimées qui ont fini par partir parce qu’elles se prenaient quotidiennement des trucs, en général petits, (principalement du racisme, de l’islamophobie, de la psychophobie) dans la gueule.

          Bon par contre ta solution (que des alliés -ou des concernés motivés- se dévouent pour expliquer en détail et pédagogiser) elle est viable pour les petits groupes.

          • Bon, ça c’était sur la question de « modérer comme des flics » (ou faire remarquer comme des flics), après même comme ça, ça nécessite pas pour autant de shitstormer, stalker etc la personne. Là dessus tout le monde ici est d’accord je pense.

        • Hello,

          En fait je me disais que si tu veux créer une  » safe zone « , même si c’est à mon avis illusoire, ce sera une zone où tu ne pourras pas militer, tu seras entouré-e de personnes d’accord avec toi, et tu devras exclure les autres.

          Donc, il faut voir quel est ton objectif : militer, ou bien te retrouver dans un endroit où tu peut respirer un peu.

          • Le truc c’est que dans les endroits non militants faits pour échanger et se sentir safe, je me suis toujours sentie horriblement mal: le moindre mot de travers, le moindre truc que tu peux dire qui serait pas complètement adéquat, et hop t’es fichée, tu peux te faire insulter et traiter comme de la merde. Je me sentais complètement fliquée…

          • Parce-que dans les endroits militants c’est moins pire, tu trouves ? Pour quelle raison, tu crois ? Ça ne correspond pas à mon vécu. :-/

  13. Merci pour cette article.

    J’ai vécu cette expérience hier … Une personne exactement comme tu le décris, admin d’une page que je suivait et dont j’ai commenté un article sur l’utilisation du terme « violer » pour rire… et qui n’as pas compris mon commentaire, s’est attardé sur mon exemple en ne prenant pas la peine de comprendre l’ironie dedans et surtout en pensant que je voulais faire une blague. Suite à ça mon commentaire s’est retrouvé supprimé (probablement fb qui joue des tours) et ça lui as fait penser que j’avais supprimé car je n’assumait pas ma bêtise. Sur mon profil public elle est donc venu commenter un statut où je m’exprimer sur le fait que combattre l’oppression par l’oppression était vraiment stupide. A partir de là c’est aller très loin et plutôt que d’accepter mes excuses, elle préfèrent penser que je suis oppressif, que je suis pro-viol, que je ne sais pas me remettre en question, que je me pose en victime et surtout que ce n’est pas de l’harcèlement ce qu’elle fait… et qu’elle n’attend qu’une chose que je la bloque quand j’ai finis par lui dire que j’allais le faire car discuter avec c’était comme pisser dans un violon.

    Par ailleurs je possède un blog sur fb également… et l’admin non contente d’avoir était bloqué sur mon compte est venu sur mon blog continuer à me dire d’arrêter de me poser en victime… d’autres ont pris partie pour elle … et c’est allez à un point où je me suis retrouver en larme … mes parents ne trouvant pas mieux à me dire que c’était de ma faute.

  14. Moi je lis ça dans ma tête je me représente le SJWTM comme un zombie.
    (à la place de faire « servooooo » il fait « homme blanc cis het valiiiiiiide »)

    Sinon je suis bien d’accord. Bon sang que j’en ai marre de cette pensée pré mâchée qui envahit les internets à tout va. T’es concerné mais t’es pas d’accord ? Ah ben t’es pas déconstruit (je sais pas, il faut s’enlever quelle partie du cerveau pour se déconstruire correctement ?).
    Tu as une objection sur un truc dans le contexte français ? On te renvoie vers des tumblr américains pour te prouver que t’as tort.
    Et puis ça crie, ça gueule (enfin ça met des capslock) dans tous les sens et ça ne lit rien, n’écoute rien surtout pas les concernés en vrai, juste ceux qui confirment ce qui est dit.
    Bref, si ton article pouvait faire avancer un peu le schmilblick ça serait bien.

    Et +1000 pour les insultes non oppressives. Je savais même pas que ça existait mais bon sang que c’est con.

  15. Si je suis votre logique, ça signifierait que vous êtes une sosiale justice warrior parce que vous ne faite que dire des truques aux lieu de faire exploser des abbatoires par exemple.

    • Dire des truques est une partie importante et indispensables dans les luttes sociales. Tout dépend quels truques on dit et comment on les dit.

      • Enfin vous m’avez répondu. Merci beaucoup. Je fais partie des gens qui se sont fait bloquez directe dès le premier commentaire il y a un an de ça. J’ai lue les règlements et d’après ce que j’ai lu, on a pas le droit de dire que………… Désolé. Je vais allez voir les article sur la vioence faite aux enfants et dire mon opignion si ça ne vous dérenge pas.

  16. Salut,

    Il y a quelque chose qui m’échappe… au début de ton article, tu écris « ce n’est pas très juste de viser « le SJW » qui peut-être quelqu’un de vraiment chouette et ne pas mériter du tout ce portrait au vitriol. » Mais à la base, SJW, c’est un terme péjoratif, non ? C’est même un « meme » si j’en crois cette page : http://knowyourmeme.com/memes/social-justice-warrior

    En gros, ne pourrait-on pas dire qu’un « SJW » est un fanatique ?

    Car après tout, l’une des définitions de fanatique (dans le CNRTL), c’est : « Celui, celle qui adhère à une cause, à une doctrine religieuse, politique ou philosophique avec une conviction absolue et manifeste à leur égard un zèle aveugle pouvant entraîner des excès. »

    Sinon, j’imagine que tu dois être bien occupée, mais je tenais à écrire ma déception de ne pas pouvoir te lire plus souvent. Je ne suis pas toujours d’accord avec ce que tu écris, mais je trouve toujours tes propos intéressants.

    • Know Your Meme, un site internet remarquable quand il s’agit de décider de la pertinence politique d’une action ou d’un groupe militant. Merci pour cette poilade.

      • Après, j’ai pris ce site comme exemple, mais une simple recherche Google apporte le même résultat : le terme « Social Justice Warrior » est péjoratif/ironique. On est dans l’excès. C’est pourquoi je trouve que qualifier à la fois quelqu’un de « SJW » tout en pensant qu’il peut être « vraiment chouette » est un peu contradictoire.

        • Le terme est péjoratif à la base, mais certains se l’approprient et le revendiquent. Et ça peut être mon cas aussi. donc non il n’y a rien de contradictoire.

          • Disons que « SJW » on est beaucoup à se le réapproprier, parce que c’est le truc que nous sortent tous les transphobes/homophobes/sexistes/racistes… un minimum au courant des memes justement, dès qu’on leur fait remarquer (surtout si on ne met pas 15 tonnes de miel pour leur dire ce qui ne va pas).

            Et en général, ils sortent la carte « SJW » justement quand ils savent qu’ils ont tort et n’ont plus d’arguments.
            Ou quand on n’a pas envie de parlementer 140 ans, et qu’on leur dit juste « ton article/tes propos/ton geste/ton sketche/whatever est transphobe, retire-le stp ».

            Un peu comme d’autres diraient « hey on est pas chez les FEMEN ici » si une personne leur fait remarquer du sexisme.
            (au passage, les FEMEN posent des tas de problèmes je le sais, mais c’est pas le sujet ici, c’est juste la réaction du sexiste de base que je décris).

            Du coup, SJW est au départ une insulte, mais dans la bouche de gens oppressifs. Qui a été reprise comme un truc positif par des militants/sympathisants.
            Et qui a ensuite, de nouveau, repris un sens négatif (pour de bon cette fois), à cause des comportements décris dans l’article.

  17. Pas mal la comparaison avec la secte. Pour ma part ce que je connais de ces espaces-étouffoirs bourrés de donneurs/ses de leçons en manque de reconnaissance arborant une série de qualificatifs vraissemblablement issus de la mouvance US et à peine exclusifs (pour ne pas dire classistes à certains égards) me laisse un sentiment amer mêlé de déception voir de craintes quant à l’avenir des espaces militants. Au final j’en viens tout de même à penser que les gourous et leurs sbires sont tout de même un peu plus fins concernant leurs modes de recrutement voire de manipulation, et oui, les réseaux (a ?)sociaux comportent non pas des personnes mais des ressources à utiliser à l’infini alors allons-y gaiement, épidermiquement, et faisons fi de tout ce que nous condamnons dans le principe (et lequel), punissons en effet, colportons des ragots pour se faire mousser et que personne ne se demande pourquoi certain-e-s individu-e-s s’exilent ou disparaissent, parfois à jamais (et pas seulement dans un cadre IRL supposé dénoncer injustices, privilèges ou discriminations).

    Au contraire, que tout le monde se taise de peur d’être la prochaine victime, la prochaine qui semblera s’allier avec le « clan ennemi », qui dira le mot de trop, le truc pas conforme avec les normales saisonnières de la sacro-sainte saftitude, ou qui se cantonnera trop dans son silence (suspect, ça aussi), silence concernant son avis ou sa vie, en effet (et je passera là outre la rengaine des « premier-e-s concerné-e-s » souvent balancé à la carte au risque d’en refoutre un pavé !).

    Mes souhaits de créer des groupes fédérateurs et bienveillants sur bou-bouc se sont je me souviens bien vite étiolés face à certains comportements au point où je me demande si certains de ces groupes et / ou individu-e-s n’ont finalement pas l’ambition de nous faciliter davantage le quotidien dans le monde dans lequel nous vivons, tant il peut sembler limite libérateur (et ça n’est pas peu dire) face à ce que ces derniers transmettent avec force violence dans leurs petits espaces bornés. Un comble au demeurant.

    Il me semble que les forums permettaient un peu moins à certains profils de s’ériger (ah, l’érection, on en revient, parfois c’est un peu ça aussi, mentalités machistes et dominatrices bonsoir) ainsi qu’aux membres de se familiariser avec les êtres humains cachés derrières les pseudos, de consulter avec plus de facilité ce qui avait pu être dit à un autre moment, etc.

    En tout cas je le dis et le redis, même si je pense qu’il est tout à fait possible (mais alors bon courage) de militer sur Twitter en compagnie, ces comportements dogmatiques, cette propension à se défouler contre qui ne pense pas de la même manière à un instant T ou ne maîtrise pas suffisamment les codes en vigueur ou encore plus simplement (et ça n’est pas incompatible loin s’en faut) le fait de semer la peur et / ou la zizanie pour demeurer sur son trône en carton pâte est vraiment tout sauf du militantisme. C’est même tout le contraire quelque part.

  18. Bonjour,
    Ce que vous dites des « SJWTM » me rappelle ce que devenaient des copains et des copines à l’époque où l’interweb n’existait pas.
    -Certains s’engageaient dans la « Cause » parce qu’ils avaient une réserve de rage et de mal-être et que la « Cause » leur fournissait un exécutoire.
    -Certains passaient plus de temps dans des comités Tartempion à discuter de détails des slogans qu’à agir.
    -Certains s’imaginaient que leur statut de SJWTM les rendaient infaillibles. Quelque soit le sujet, l’Autre avait tort parce qu’il n’était pas SJWTM.
    -Certains se muaient en Robespierre, excluant et virant à qui mieux mieux tous ceux qui n’étaient pas à la hauteur (surélevée) de leur idéal de pureté de SJWTM.
    Et pendant ce temps là, le monde tournait et bougeait, et leur Cause n’avançait pas, ces SJWTM étant plus -désolé pour la comparaison- obsédés de savoir qui pissait le plus loin que de faire réellement avancer leur Cause auprès de leurs concitoyens car « les vrais gens étaient trop c0ns pour comprendre le génie de notre Cause ».

    Je suis à la fois fasciné et attristé que 30ans après, l’histoire se répète…

  19. Bon, je reviens vers toi, parce que je viens de croiser ce type de personnes sur un groupe fb.

    Tout y était : le groupe qui se ligue pour se silencier, utilisant les attaques personnelles, qui m’accuse de propos oppressifs et de minimiser et nier une oppression (oppression que je vis moi-même) simplement parce que je n’étais pas d’accord et essaye de m’intimer (et intimider) de « me remettre en question », aucun argument (sauf que « ça les choque blabla »). En gros, « j’aime pas ton avis donc ta gueule ».

    Et puis, une des personnes qui a lancé ça, est coutumière de ce genre de fait, créer des dramas, tenter de remporter tous les débats comme des joutes en faisant tomber l’adversaire, se poser en victime tout le temps (pour faire taire), n’accepter que les oppressions qui lui paraissent fondées à lui (et déclarer que certains sont de faux opprimés et donc balayer tout ce qu’ils disent d’un revers de la main), diffamer des gens (en prenant des propos coupés de leur contexte)…

    Mais le pire c’est même pas lui, c’est tous les autres qui ont suivi. Par effet de groupe. Parce que j’ai OSE ne pas être d’accord avec l’opinion majoritaire du groupe (*) et ne pas juste convenir qu’ils avaient raison et me la fermer. Parce que c’est un sujet sensible pour eux (enfin, pour moi aussi hein mais ça on s’en fout), et que du coup ils tolèrent pas la moindre divergence d’opinion.
    (* même si il y a des personnes qui ont liké mes coms et m’ont parlé en privé mais n’ont pas osé s’exprimer en public…).

    Et bien sûr, je suis certain qu’ils ont déjà été colporter partout que j’étais un connard oppressif, etc.
    (j’espère juste qu’ils vont pas foutre la merde entre mes amis IRL et moi, c’est le risque dans ce genre de milieux où tout le monde se connaît au moins au 2ème ou 3ème degré, où tout le monde fréquente les mêmes groupes IRL comme virtuels…).

    Là je suis un peu dégoûté. Je suis un SJW, je le reste et j’en suis fier. Mais les SJWTM me les brisent, à moi aussi.
    Je pensais échapper à ça en restant sur les groupes pas trop craignos, mais en fait, non.

  20. Et puis tant qu’on y est, un autre truc me les brise depuis un moment. (Mais c’est un corollaire du reste).

    C’est l’esprit de clans, où tout le monde est incité à colporter des ragots sur tout le monde, et à parler de ce qui se passe sur les autres groupes et que « tel groupe il est pas safe ».

    Bien sûr, ça peut être utile de savoir que sur tel groupe, les admins ont du mal à gérer, ou ont une ligne plutôt « laxiste » et que du coup ça peut être trigger. Ou que telle personne est une harceleuse, un polymâle, etc.

    Pour autant, j’ai l’impression que pour beaucoup de gens, tous ces ragots ça devient une occupation en elle-même, un hobby. Et une manière de « consolider » leurs petits groupes. Quitte, du coup, à déformer ou exagérer les faits, et à chercher partout la petite bête pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

    Et puis ensuite, forcément, tout ça crée des gueguerres d’égo.
    Bon d’ailleurs, j’avoue, j’ai failli moi-même tomber dans ce piège ce soir, en donnant à tous mes amis les noms des personnes qui m’avaient cassé sur le fameux groupe et en allant leur tailler un costard un peu partout moi aussi, mais je me suis retenu. Mais c’est clair que forcément quand on se prend ce genre de trucs on est tenté de répondre…

    Pour finir, toute cette énergie et tout ce temps sont gaspillés à ça plutôt qu’à des choses constructives, et puis ça devient limite impossible d’avoir un vrai débat respectueux et calme sur une question un tant soit peu compliquée (cad, susceptible de diviser et de faire réfléchir).

    • ça me semble assez orienté (et pas d’une très bonne façon à mon avis) et pas très juste. Y a pas mal de choses qui me font tiquer. Par exemple le « shaming » n’est pas quelque chose qui met mal à l’aise la personne qui le subit, il s’agit d’un « outil » dans un système d’oppression, ou si on préfère le formuler comme ça, d’un type d’oppression particulier. Par exemple le fat shaming c’est une composante du sexisme. Bon après je dis pas que ça se prête pas à des détournements parodiques ce genre de vocabulaire, mais c’est pas inutile pour autant et c’est pas une fin en soi.
      Pis bon les trucs genre « il faut écrire nou.e.s »… C’est vraiment exagéré. Je peux pas blairer cette orthographe, et généralement pas non plus les gens qui l’utilisent, mais c’est quand même une minorité il me semble.

      Après je dis pas qu’y a rien de vrai dans cette série d’articles, mais je sais pas… C’est quoi le but en fait?

      Je dis pas non plus que mon article à moi est parfaitement juste. Mais c’est un coup de gueule, c’est pas forcément censé être juste, en tous cas, c’est pas censé être objectif et rationnel.

      edit: j’ai lu le 3ème article et je le trouve utile et intéressant, même si quelques trucs me font tiquer.

      • Quand tu dis que tu ne peux pas blairer ça, tu parle de « nou.e.s » ou de l’écriture inclusive en général ?

        Perso je pratique l’écriture inclusive, parce que je suis NB et que par exemple, je préfère « celleux » à « celles et ceux », dans le second cas ça sous-entend « les filles et les garçons ».
        De même, je préfère mettre « iels » que « ils » ou « elles » ou « ils et elles » pour un groupe de gens (même dans les groupes apparemment 100% masculins ou féminins il peut y avoir des NB).

        Je dis pas que tout le monde doit l’utiliser pour autant hein, c’est un choix perso.

        Après, « nou.e.s » clairement je vois pas l’intérêt, parce que c’est un mot déjà neutre à la base.
        Ou même dire les « gen.te.s » à la place des « gens », car même si historiquement « gens » était un mot masculin, aujourd’hui c’est utilisé de manière neutre.

        Il n’y a que les mots genrés qui ont intérêt à être rendus inclusifs.

        • Je suis pour l’écriture inclusive. Mais « nous » c’est neutre donc inclusif. Je peux pas blairer le fait de considérer qu’un mot peut pas être féminin s’il se termine pas en a ou en e (même chose pour « hétéra »). Et du coup on le rend non-inclusif en écrivant « noues » au lieu de « nous » donc si c’est mixte il faut le re-rendre inclusif en écrivant nou.e.s. Je trouve ça idiot et en plus ce n’est pas sans conséquence sur la portée des textes militants. Les gens non sensibilisés ils voient ça ils pigent rien, ils lisent même pas, ils se disent que c’est pas pour eux, y a un côté entresoi/élitiste. Après oui bien sur qu’il faut faire évoluer le langage. Je trouve « celleux » très bien et compréhensible même si je ne l’utilise pas souvent.
          Nb: ce n’est que mon opinion, écrire « nou.e.s » n’est pas un crime et je vais pas jeter des cailloux, je précise car sur internet ça monte vite…

  21. Sharlin, je suis curieuse de savoir avec quoi tu n’étais pas d’accord, quelle était ton opinion…

    Moi ce que je déteste c’est quand on te délégitime en faisant de ta phrase un meme…

    Mais sur le fond je te soutiens, et je trouve que beaucoup de personnes se prétendant anarchistes sont surtout très totalitaires…

    • Certains SJWTM ont fait des « meme » avec des photos de certains de mes proches et j’ai trouvé le procédé ultra violent à chaque fois. D’autant plus que souvent ça venait d’un petit désaccord à la base, il n’y avait rien de grave, et faire ce genre de chose, c’est vraiment faire monter le truc en mayonnaise. Franchement, je sais pas, ça me fait mal de voir ça.

      • Ben déjà, prendre la photo de quelqu’un sans son accord (en plus d’être illégal) pour humilier la personne, et faire que tout le monde sache bien (même IRL) que Untel a dit ça un jour (même des années après)… c’est juste dégueulasse quoi.

        En plus, forcément la phrase citée est tirée de son contexte. Or c’est pas pareil de dire une phrase (même super problématique) parce qu’on le pense, pour blaguer, pour ironiser sur les propos de quelqu’un d’autre, parce qu’on n’y a jamais réfléchi…

        Et, Pée, je préfère pas en parler ici parce qu’il y a probablement des gens avec qui je me suis écharpé qui lisent ce blog (qui est quand même bien connu dans le milieu), et j’ai pas envie qu’iels puissent dire ensuite « ohlala il est allé chouiner sur le blog de l’Elfe regardez c’est trop drôle » et en remettent une couche…

  22. Désolée de répondre alors que l’article commence à dater, je voulais juste dire que je l’ai trouvé très bien. Tu as parfaitement exprimé ce problème. J’ai moi-même eu une période SJWTM (à la différence que je ne harcelais personne), et je peux confirmer quelque chose :
    Le SJWTM répète ce qu’on lui dit comme un perroquet sans pour autant le comprendre parfaitement. Et surtout, il n’est même pas convaincu lui-même par ce qu’il dit. Et même, parfois, il est énervé par ce qu’il dit, il sait que ça ne correspond pas, ou pas tout à fait, à la réalité, mais il a un problème : il a peur de ne pas être d’accord avec son propre milieu pour ne pas être considéré comme une personne méprisable. Il ne veut pas être blessé. Il veut être reconnu, il veut être légitime, il veut qu’on l’aime parce qu’il se sent seul, mal dans sa peau, parce que, comme tu l’as dit, il est jeune et est loin de tout comprendre, il croit que le monde est divisé entre « les bons » et les « connards X-phobes », et que s’il commence à avoir des opinions qui ne correspondent avec celles de la majorité des « bons », il se retrouvera seul, coincé entre les X-phobes qu’il ne rejoindrait pour rien au monde, et les bons qui ne voudront plus de lui. Je pense que beaucoup de SJWTM sont, comme je l’ai été, forcés de l’être, forcés d’être d’accord sur tout pour éviter d’être « problématique » « oppresseur » « privilégié », parce qu’ils ont besoin de reconnaissance et parce qu’ils sont eux-même entourés de SJWTM, que leur seul moyen de « survie » est de copier les autres, parce qu’ils se feraient bouffer autrement. Ils peuvent avoir un esprit critique, être en désaccord sur quelque chose ou ne pas comprendre une autre chose, mais ne pas oser exprimer leur avis ou poser des questions, par pure peur du rejet.
    Je me demande si ce n’est pas la même chose pour certains oppresseurs d’ailleurs, homophobes, misogynes, racistes, etc, sauf que dans ce cas ils y sont obligés à cause d’un entourage qui les traiterait de bobos-gauchistes ou de féminazi contre la libertay d’expression au lieu d’oppresseur ou de privilégié X-phobe.
    Bref, tout ça était pour dire que voilà, ton article est bien. J’espère que mon commentaire ne suscitera aucun malentendu, parce que je me rends compte qu’il peut laisser entendre des choses que je n’aurais pas dites.

    • Ce que tu dis est super intéressant, j’avais pas vu les choses exactement comme ça (même si ça rejoint bien ce que je dis dans l’article), mais je trouve ça très pertinent.

  23. Ping : Le Social Justice Warrior

  24. Article qui définit fort bien Tumblr, et aussi certains espaces militants IRL…

    je n’ai pas la solution absolue pour remédier à ce problème mais je pense que revaloriser le marxisme et des concepts comme « les idées dominantes de la classe dirigeantes » pourrait être un début.
    en effet, si on se rappelle que les idées de la bourgeoisie sont partout, et donc qu’elles nous influencent sans cesse malgré nos efforts, nous avons plus de chances d’être indulgent•es envers celles/ ceux qui se trompent.

    de manière générale, l’analyse des oppressions que fait le SJW est souvent superficielles car elle prend peu ou pas en compte la classe sociale comme contradiction principale de la société actuelle. Du coup il passe son temps à s’énerver sur les gens privilégiés, alors qu’en réalité nous sommes tous/ toutes privilégiées sur au moins un point. tiens, le simple accès à internet (à la lecture, aussi) et à des cercles militants EST un privilège!

    En fait le SJW (et le camp progressiste en général) aurait besoin de penser sérieusement à des stratégies révolutionnaires (par exemple en s’intéressant aux gens qui font vraiment la révolution à l’heure actuelle, au Rojava ou en Inde avec les Naxalites) plutôt que de reporter sa colère sur l’imperfection minime d’autrui.

    mais je pense que les excès des SJW sont en fait symptomatiques de la politique de l’identité (voir : http://moufawad-paul.blogspot.fr/2013/04/10-theses-on-identity-politics.html http://moufawad-paul.blogspot.fr/2013/09/on-critique-of-identity-politics-and.html ) qui est trop individualiste pour contrer des problèmes de société.

    à noter que les séances de bashing (irl ou en ligne) sont aussi une manière de se faire mousser, d’être le/la militant•e parfait•e, alors que la moindre proposition de changement dans la manière de faire du militantisme est accueillie, au mieux avec indifférence, au pire avec mépris.
    Tiens exemple: ce matin j’ai fait remarquer à une AG de ma fac que massifier les mouvements étudiants en parlant du capitalisme en général aux gens, ça pourrait les politiser plus efficacement que leur distribuer des tracts (moches) qui ne permettent pas des débats de fond. on m’a répondu que ce serait du « paternalisme » (wtf?) et que « le mouvement va prendre tout seul, la mobilisation va se répandre » (lol?!)
    bref un peu d’auto-critique ne ferait pas de mal aux gauches occidentales, qui sont plus intéressées par l’apparence de radicalité que par la radicalité elle-même…

  25. C’est du génie.

    La prochaine fois que je pète le blindage d’un safe-space sjw je leur fous cet article dans la gueule.

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