L’antispécisme pour les nuls

Beaucoup de sites sur le végétarisme ont leur FAQ, mêlant parfois végétarisme et/ou véganisme et antispécisme, ou n’évoquant que le végétarisme. J’ai à mon tour écrit une petite FAQ qui  répond aux objections les plus courantes contre l’antispécisme. Par un soucis de clarté et de concision, je n’y ai placé que les objections que je juge pas trop dénuées de bon sens. Le but de ce texte n’est pas de convaincre du bien-fondé de l’antispécisme, mais de le rendre accessible à des gens qui, parfois, croient sincèrement comprendre de quoi il s’agit, mais n’ont pas tout à fait saisi en réalité, ce qui est très compréhensible. Par exemple, le point 17 relève d’une déformation courante de la pensée antispéciste, à laquelle j’ai cru pendant très longtemps. 

L’antispécisme pour les nuls

A lire avant toute chose
L’antispécisme est une idéologie opposée à l’idéologie dominante. C’est à dire qu’elle est contraire à ce que vous avez appris dès votre plus jeune âge. Si vous lisez ce texte (en entier ou une partie) en ayant peur d’être influencé par un point de vue différent du votre, vous perdrez votre temps. Si vous le lisez parce que vous êtes réellement intéressé par ce que les antispécistes ont à dire, vous y trouverez les réponses aux objections les plus courantes, ce qui vous permettra de vous forger une opinion plus facilement. Cependant, si vous désirez vraiment connaître le sujet, la lecture de cette petite FAQ ne vous dispense pas de lire directement les auteurs antispécistes.
De plus, les réponses données dans cette FAQ n’engagent que moi, même si je pense que la plupart des antispécistes et des vegans seront d’accord dans l’ensemble, ce n’est pas vrai pour tous, et même ceux qui sont d’accord avec la façon dont je réponds auraient peut-être répondu autre chose.

1) je suis allé sur quelques sites de protection des animaux et j’ai regardé des vidéos sur le végétarisme ou sur les animaux, mais je n’ai pas été convaincu.
Je n’ai pas été convaincue non plus par ce genre de choses. Sur internet, peu de sources donnent véritablement un aperçu clair et compréhensible de la pensée antispéciste, qui permettrait à une personne lambda de comprendre de quoi il s’agit réellement. Et même si ces sites webs, écrits et vidéos relèvent implicitement de ce mode de pensée. La pensée antispéciste est construite en opposition à la pensée spéciste qui est l’idéologie dominante. Il est donc logique et normal que la plupart des gens ne connaissent que l’idéologie dominante, et discuter avec des gens qui ont adopté une idéologie alternative ne permet pas forcément de décider si l’on est pour ou contre leur idéologie, car il est malheureusement rare que de telles discussions aboutissent à une véritable compréhension de leur façon de penser.
Or pour décider qu’une idéologie est mauvaise, encore faut-il la comprendre réellement.

2) Je n’ai rien contre le véganisme, tant que c’est un choix personnel et qu’on n’essaie pas de me convaincre. Chacun fait ce qu’il veut.
Cette remarque peut sembler légitime et pertinente. Mais elle l’est uniquement dans un mode de pensée spéciste. La pensée antispéciste se distingue précisément par le fait que les êtres vivants bénéficiant de l’éthique ne sont pas uniquement les humains, mais aussi certains animaux. De ce point de vue il est absurde de dire « chacun fait ce qu’il veut » en parlant du fait de manger de la viande, puisqu’il faut tuer des animaux pour cela. Le choix de manger de la viande concerne aussi l’animal qui doit être tué pour qu’on puisse le manger.

Quand quelqu’un me dit « je mange de la viande, c’est un choix personnel » j’en conclus donc qu’il ne comprend pas ce qu’est l’antispécisme, car s’il le comprenait, il comprendrait aussi que dire cela n’a aucun sens pour moi. Cela reviendrait à dire à une féministe que battre sa femme est un choix personnel.

3) Je ne pense pas que les animaux puissent être sujets de droit.
Les animaux ont déjà certains droits dans notre société. Maltraiter ou tuer certains animaux peut être passible d’amendes ou d’autres peines. La loi L214 du code rural définit les animaux domestiques comme des êtres sensibles disposant de certains droits. Doit-on abolir ces lois et faire en sorte que tuer ou maltraiter n’importe quel animal de n’importe quelle façon ne puisse pas être puni? De plus, si l’animal ne doit pas être sujet de droit, alors que les humains doivent l’être, il faut définir en quoi seul l’humain mérite des droits. A ce sujet, voir les points 6 à 10.

4) Les animaux peuvent avoir certains droits, mais c’est toujours l’intérêt de l’humain qui doit primer.
Faire primer l’intérêt de l’être humain sur celui, même beaucoup plus important, d’un autre animal est ce qu’implique la pensée spéciste. C’est donc précisément ce à quoi s’opposent les antispécistes.
Considérer comme plus important l’intérêt, même futile, d’un humain, sur n’importe quel intérêt ou presque d’un autre animal, est une décision qui repose sur l’idée de la supériorité de l’humain sur les autres animaux. Or, les antispécistes ne croient pas en la supériorité absolue d’une espèce sur l’autre (voir point 6).

5) Les animaux se mangent entre eux. L’humain est un animal. Il mange donc d’autres animaux.
Les humains (du moins certains d’entre eux, voir point 6) font beaucoup de choses que les autres animaux ne font pas. Comme par exemple réfléchir à ce qu’ils mangent, ou encore avoir conscience qu’il existe d’autres consciences que la sienne propre. C’est pourquoi les humains de notre culture ne mangent généralement pas d’autres humains, parce que nous estimons que c’est contraire à l’éthique (mais ça n’a pas toujours été le cas dans toutes les cultures).
La pensée antispéciste ne prétend pas qu’il n’est « pas naturel » ou « pas normal » de manger de la viande. Elle porte sur un autre débat. Elle pose une base de réflexion pour définir une éthique. Si nous estimons que manger de l’humain n’est pas éthique et que manger d’autres animaux l’est, alors nous devons le prouver.

6) L’humain est supérieur aux autres animaux: il peut lire, écrire, utiliser un ordinateur.

Les humains possèdent sans nul doute des capacités que n’ont pas les autres animaux.
Néanmoins, il  est intéressant de constater que ces 3 caractéristiques de l’humain que j’ai citées (et qui m’ont toutes été proposées, avec plusieurs dizaines d’autres, pour expliquer la supériorité de l’homme sur l’animal) ne sont pas partagées par tous les humains. Certains humains ne savent ni lire, ni écrire, ni utiliser un ordinateur.
A l’inverse, certains animaux peuvent apprendre à utiliser un ordinateur (notamment les grands singes et les cochons).
Si on ne mangeait que les animaux qui ne savent pas utiliser un ordinateur, on pourrait manger certains humains et pas certains cochons. Les antispécistes estiment que le critère de savoir ou non utiliser un ordinateur n’est pas celui sur lequel on doit se baser pour décider si l’on attribue ou non des droits à un être vivant. (voir point 8)

7) un cochon peut apprendre à utiliser un ordinateur, mais il ne peut pas en construire un, ni comprendre comment ça marche, ni construire une ville. C’est ce qui distingue les humains des autres animaux.

Certains humains (et pas d’autres) peuvent élaborer un plan d’architecture, ou empiler des briques, ou designer et construire des canalisations, etc. Mais aucun humain ne peut construire une ville. Il en est de même pour les ordinateurs. Nous les utilisons, mais sans forcément comprendre comment ils marchent de A à Z.

On voit ici que la pensée spéciste se construit sur la base de ce que les humains construisent ensemble et non pas de ce qu’ils peuvent faire ou non individuellement. L’antispécisme s’intéresse à des individus, tandis que le spécisme s’intéresse à leur nature, c’est à dire à des concepts qu’ils représentent dans la culture.

8) Mais ils peuvent participer à construire quelque chose. Aucun cochon ne pourra jamais participer à la construction d’une ville ou d’un ordinateur.
Comme il est dit en réponse à la remarque 6, certains humains ne pourront jamais participer à la construction d’un ordinateur: jeunes enfants atteints d’une maladie du cerveau, personnes atteintes d’alzheimer, déficients mentaux… Pourtant on considère généralement que ces gens sont des sujets de droit parce qu’ils appartiennent à l’espèce dont d’autres membres savent construire des ordinateurs.
On peut adhérer à cette idée. Comme il est dit dans le point 6, les antispécistes considèrent, pour leur part, que les capacités intellectuelles ne sont pas importantes lorsqu’il faut décider si l’on attribue ou non des droits à un être vivant. Ils considèrent donc, à plus forte raison, que les capacités intellectuelles des individus de la même espèce sont sans importance. D’un point de vue antispéciste, on prendra plutôt en compte des caractéristiques comme la capacité à ressentir la douleur, le plaisir ou les émotions. Ainsi, la douleur physique infligée à un animal sera prise en compte indépendamment de l’espèce et de l’intelligence rationnelle de cet animal: on la prendre en compte simplement parce qu’elle existe, qu’elle est perçue par l’animal.

9) Tu compares les déficients mentaux à des animaux.
Cette remarque ne m’est pas faite si souvent que les autres, mais elle est très intéressante. En effet, en tant qu’antispéciste, je considère que les capacités intellectuelles sont sans importance dans l’attribution de droits à un être vivant. Or, les spécistes considèrent justement le contraire.  Selon la pensée spéciste, le fait d’appartenir à l’espèce humaine confère des droits aux déficients mentaux. Un antispéciste, lui, considèrera qu’un déficient mental, qu’un nouveau-né ou qu’un malade d’alzheimer doivent posséder des droits non pas en fonction de ce qu’ils ont été, seront ou auraient pu être, ou de ce que sont les individus de la même espèce qu’eux. Au contraire, un antispéciste considèrera que ces gens doivent recevoir des droits à cause de ce qu’ils sont.
Les antispécistes considèrent donc que c’est la pensée spéciste qui dévalorise certains humains, et non pas la pensée antispéciste.

10) Le critère d’intelligence est important car si les animaux souffrent, ils ne savent pas qu’ils souffrent.
Le problème de la conscience est un sujet vaste et complexe. Néanmoins, il me semble évident que les animaux savent qu’ils souffrent, sinon ça ne leur servirait à rien. Et ce même s’ils ne le savent pas de la même façon que les humains, chaque espèce étant différente. Peut-être ne savent-ils pas qu’ils savent qu’ils souffrent, mais leur souffrance est perçue par leur subjectivité, par leur conscience.
Pour la plupart des antispécistes, le fait qu’un être vivant ressente de la souffrance est un critère suffisant pour prendre en compte l’existence de cette souffrance. A quel niveau il a conscience de cette souffrance est un critère qui est peut être pris en compte parmi d’autres, mais qui n’est pas le critère central.

11) les animaux ont peut-être intérêt à ne pas souffrir, mais ils n’ont pas d’intérêt à vivre car ils n’ont pas de conscience d’eux-même.
Encore une fois, la conscience est un sujet complexe. Mais il faut d’abord faire remarquer que, comme la capacité à utiliser des ordinateurs et/ou à comprendre comment ils marchent, la conscience de soi n’est ni propre à l’humain, ni partagée par tous les humains. Certains animaux ont conscience d’eux-même, on peut le constater notamment par le test du miroir: éléphants, dauphins, grands singes et d’autres espèces se reconnaissent dans un miroir. Par contre, les enfants acquièrent cette capacité au cours de leur vie, et donc tous les enfants n’ont pas conscience d’eux-même. Certains adultes déficients mentaux non plus. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de leur faire du mal sous ce prétexte.
De plus, notons que la souffrance est un mécanisme nécessaire à la survie.  Au sujet des animaux qui sont conscients mais dont on suppose (sans certitudes absolues, cependant) qu’ils ne sont pas conscients d’eux-même, il est important de noter que dans certaines situations, ils préfèreront généralement endurer une plus grande souffrance s’ils estiment que cela leur permettra de survivre. Par exemple, les renards, chats, chiens, ragondins, et d’autres animaux, lorsqu’ils se prennent dans des pièges, se rongent la patte pour aller ensuite se mettre à l’abri. Ils s’occasionnent ainsi de grandes douleurs physiques dans le but de sauver leur vie.
Les consciences animales sont mystérieuses pour nous, il est en fait assez hasardeux de supposer que les animaux ne voient pas d’intérêt à leur propre vie. Nous constatons qu’ils n’aiment pas souffrir car, lorsqu’on leur inflige une douleur physique, ils crient et essaient d’échapper à la source de douleur. On peut constater aussi que s’ils se sentent en danger, ils mettront toutes les ressources dont ils disposent dans la fuite ou le combat, comme le ferait un humain. Il est donc farfelu de décréter que les animaux n’ont pas de volonté de se maintenir en vie.

12) Mais si on tue un animal sans qu’il sache qu’il va mourir, ça ne lui fait aucun mal.
Cette question est délicate parce qu’elle touche à des sujets très profonds, comme les raisons qu’on les êtres vivants de vouloir vivre ou ne pas vivre, et le rôle de la conscience de soi dans l’intérêt à vivre ou la peur de la mort. Tous les antispécistes ne sont pas d’accord entre eux sur ce sujet.
Cependant la grande majorité s’accordent à dire que si l’on accepte ce postulat (selon lequel un être incapable de se projeter dans l’avenir n’a pas d’intérêt à ne pas être tué), on doit l’appliquer à tous les êtres qui sont incapables de se projeter dans l’avenir, y compris les humains.
Certains antispécistes considèrent que la capacité à se projeter dans l’avenir est un critère de droit pertinent, et cette capacité dépend en partie de l’espèce. Mais la plupart s’accordent à dire qu’il demeure contraire à l’éthique d’abréger la vie d’un animal, même incapable de se projeter dans l’avenir. Autrement dit, même si l’animal ignore qu’il a un intérêt à vivre,  ça n’empêche pas qu’il en ait un, et qu’on doive le respecter (puisque nous, nous savons qu’il a un intérêt à vivre).
A ce sujet, lire par exemple http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article70
Dernière remarque: les capacités des animaux à se projeter dans l’avenir sont très mal connues, de même que leur connaissance de la mort, ainsi que leurs capacités à imaginer des concepts. La capacité à penser en terme de concepts abstraits est caractéristique de l’intelligence humaine, mais n’est pas spécifique de celle-ci. En règle générale, toutes les caractéristiques importantes de l’intelligence humaine peuvent être trouvées à divers degrés dans le règne animal.

13) Les déficients mentaux pensent à leur façon, alors que les animaux ne pensent pas.
Les animaux ont une forme de pensée qui leur est propre et qui leur permet notamment de prendre des décisions en fonction de plusieurs facteurs environnementaux, psychiques etc… Et également de résoudre certains problèmes. Le fait qu’un animal puisse résoudre un problème qui lui est posé suggère l’existence d’une forme de pensée animale, différente de la notre.

D’un point de vue scientifique et rationnel, rien de permet de dire qu’un humain pense et qu’une vache ne pense pas. Le cortex, siège de la conscience, est plus étendu chez l’humain. Mais la vache possède aussi un cortex, et son cerveau fonctionne globalement de la même façon, à la différence que certaines zones sont plus développées et d’autres moins (le cortex olfactif est plus développé par exemple).

14) les animaux n’ont pas de désir de vivre ou de ne pas souffrir, ils réagissent uniquement par instinct.
Je réagis également par instinct en retirant ma main du feu lorsque je sens la brûlure: personne ne m’a appris à le faire. Or, face à un danger par exemple, un animal peut réagir de la même façon en donnant une réponse comportementale innée, ou au contraire utiliser ses expériences et réagir en fonction de ce qu’il a appris. L’instinct est souvent le mot qu’on utilise lorsqu’on ne comprend pas les ressorts du comportement des animaux: par exemple, on parle d’instinct migratoire, alors que la migration est un comportement en grande parie appris, et non pas inné. On ignore sur quels éléments de leur environnement se basent les oiseaux pour décider du moment exact de la migration, mais ces éléments sont pourtant transmis d’une génération à l’autre.

15) Peu importe, je pense quand même que l’humain est supérieur aux autres espèces. Même si tous les humains n’ont pas les mêmes capacités intellectuelles, le fait d’appartenir à l’espèce humaine est un critère de droit.
C’est un droit de penser ça. Cependant, la supériorité des espèces les unes par rapport aux autres relève de la croyance, et non pas d’un raisonnement scientifique. A noter qu’il n’y a pas de consensus absolu en biologie sur la définition d’une espèce. (Pour en savoir plus, lire « les espèces non plus n’existent pas »)

16) Ton raisonnement n’est pas scientifique non plus.
L’antispécisme repose sur un raisonnement rationnel, tandis que le spécisme repose sur un point de vue naturaliste qui relève de la croyance: opposition de « l’homme » et de « la nature ». Un humain posséderait un « quelque chose » d’indéfinissable qui le rendrait supérieur à tout autre animal, et peu importe leurs intelligences, leurs sensibilités et leurs qualités respectives. On appelle ce quelque chose conscience, intelligente, capacité d’abstraction, langage, etc, mais ces caractéristiques de l’humain, réelles ou supposées, ne sont jamais propres à l’humain ni partagées par tous. Il s’agit en réalité d’une essence humaine, d’une nature, d’une projection de l’esprit, un quelque chose qui relève de la croyance et n’a pas d’existence scientifique concrète.
Etre antispéciste revient, en quelque sorte, à considérer l’être humain comme un animal et non pas comme une entité mi-animale et semi-divine, ce qui est en opposition avec l’héritage de la pensée judéo-chrétienne. L’intelligence humaine n’est donc qu’une forme intelligence parmi d’autres qui ne confère pas un statut particulier.

Cependant, être vegan ne signifie pas uniquement qu’on est antispéciste. Encore faut-il se soucier, par exemple, de la justice, car je peux très bien décider que même si c’est injuste de tuer des cochons pour les manger, je vais le faire quand même parce que la société m’y autorise. La décision de ne pas le faire ne relève pas de la science, mais du désir de justice que possèdent certaines personnes et pas d’autres (ceci dit sans aucun jugement de valeur). On ne peut pas obliger les gens à se soucier d’obtenir un monde plus juste s’ils n’en ont pas envie. Ce que dit l’antispécisme, c’est qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’humain et les autres animaux car le naturalisme est une croyance. Rien n’empêche de penser de façon naturaliste, notamment si l’on croit en une religion qui définit l’homme comme un être semi-divin. Remarquons cependant que beaucoup d’athées adoptent une telle vision naturaliste, qui relève pourtant du mysticisme.

17) Si je t’écoute, la vie d’une fourmi vaut celle d’un humain.
Ce n’est pas ce que je dis. La valeur de la vie peut être fonction de beaucoup de choses. C’est un débat compliqué et difficile, tout comme comparer les valeurs de vies humains entre elles. Pour donner un début de réponse, un antispéciste estimera la vie d’une fourmi non pas en fonction de son appartenance à l’espèce « fourmi » mais en essayant de savoir si cet individu (la fourmi) accorde de la valeur à sa propre existence, si elle a un intérêt à vivre, si elle souffre, etc. Il est possible qu’une fourmi n’accorde aucune valeur à sa propre existence, étant donné son système nerveux peu développé. La plupart des antispécistes évitent cependant d’écraser des fourmis car il est quasi impossible de vraiment savoir si une fourmi ressent quelque chose.
L’espèce d’un animal n’est pas un critère en soi, mais en revanche, le fait qu’un animal appartiennent à telle ou telle espèce peut impliquer beaucoup de choses en ce qui concerne ses intérêts. Par exemple, une carotte n’a pas de système nerveux. Ainsi, l’antispéciste acceptera de manger des carottes non pas parce qu’elles appartiennent à l’espèce « carotte » mais parce que, n’ayant pas de système nerveux, une carotte ne peut expérimenter la douleur ou la peur. En revanche, un veau peut ressentir toute une variété d’émotions, comme le désir de se trouver près de sa mère, ou la détresse d’en être séparé. Ces émotions, ainsi que d’autres caractéristiques de ce que ressent l’être vivant, c’est à dire toutes les informations qui arrivent dans ses centres nerveux et la façon dont elles sont traitées, (douleur physique, stress, ennui, plaisir, etc) doivent être prises en compte à partir du moment où elles existent, si l’on veut traiter l’être vivant de façon éthique. On ne peut pas prendre en compte la souffrance d’une carotte parce qu’elle n’existe pas.

La valeur de la vie est un sujet compliqué car on ne sait pas de quoi on parle exactement; par exemple il est évident qu’un humain vaut davantage pour un autre humain qu’une fourmi. On accorde plus de valeur à la vie des êtres vivants qui nous sont proches qu’à ceux qu’on a jamais vus, parfois de façon indépendant à leur espèce (par exemple si mon chat meurt, je serais très triste, alors que des humains meurent en ce moment et ça ne me fait pas pleurer). Les antispécistes ne sont pas tous d’accord entre eux sur ces sujets, certains ne voient pas l’intérêt de hiérarchiser les valeurs des vies les unes par rapport aux autres, car ils estiment que toute vie est précieuse à partir du moment où elle possède une subjectivité, une conscience. D’autres ne s’accordent pas sur les critères valables pour décider de la préciosité d’une vie. A noter qu’il faut parfois décider quel humain a la vie la plus digne d’être vécue, par exemple dans le cas de greffes d’organes lorsqu’on manque de donneurs. On peut imaginer que ce ne sont pas des décisions faciles à prendre.

18) Tu t’appuies sur l’existence d’un système nerveux pour décider si les êtres vivants souffrent ou non. Peut-être que les plantes ressentent quelque chose.
Je m’appuie sur des données scientifiques. Je peux te montrer comment une poule souffre, t’expliquer comment ça marche, par quels mécanismes elle ressent la douleur et y répond (de même que le plaisir), et quel est le rôle de la douleur dans le processus évolutif qui lui a donné naissance. Tout porte à croire que les plantes ne souffrent pas, non seulement parce qu’elles n’ont pas d’organes de réception, traitement et gestion de la douleur; mais surtout parce que dans leur histoire évolutive, leur survie a été basée sur des mécanismes qui n’impliquent pas la douleur. Comme je l’ai dit dans le point 11, la douleur est un mécanisme qui permet la survie. Les plantes sont capables de répondre à des stimuli environnementaux sans avoir recours à un système nerveux, donc sans éprouver de douleur ou d’émotions. Si une plante ressentait de la douleur par exemple quand on coupe une de ses feuilles, ça ne lui servirait à rien puisqu’elle serait incapable de réagir en fonction.
Les réactions des plantes à leur environnement sont comparable aux réactions du corps humain qui ne passent pas par les voies nerveuses, comme par exemple les réactions du système immunitaire. Nous sommes inconscients de ces réactions,  nous ne les ressentons pas, et pourtant elles nous affectent physiquement. Nous ne pouvons percevoir ces réactions que lorsqu’elles influent sur nos centres nerveux (par exemple si une défense immunitaire provoque une réaction inflammatoire). Un humain sans cerveau peut avoir des réactions immunitaires, ainsi que des réactions inflammatoires, mais ne peut pas ressentir l’effet douloureux de ces réactions. Il en est de même pour une plante. A ceci près qu’un humain sans cerveau ne peut vivre que quelques minutes au maximum après la naissance.

Pour plus de détails, lire « Pour en finir avec le cri de la carotte« .

19) Tout le monde n’a pas la même éthique.
Je n’oblige personne à avoir la même éthique que moi,  et d’ailleurs je n’ai pas le pouvoir d’obliger qui que ce soit à avoir une éthique tout court. Cependant, le fait que je possède moi-même une éthique antispéciste implique que je me soucie du sort des animaux. Or,  les gens peuvent avoir beaucoup de raisons de ne pas adopter la pensée antispéciste, mais force est de reconnaître que très, très peu de gens la comprennent. Et il est impossible d’adhérer à quelque chose que l’on ne comprend pas. Il est également est impossible d’adhérer à une idéologie à partir du moment où l’on a décidé qu’on y adhèrerait pas, et j’ai parfaitement conscience que quelqu’un qui lirait cette FAQ en ayant décidé d’office qu’il n’adhèrerait pas aux idées que j’y développe ne sera pas convaincu. A vrai dire, le but n’est pas vraiment de convaincre, mais plutôt de rendre plus compréhensible et accessible l’antispécisme en répondant aux objections les plus courantes, qui relèvent, pour la plupart d’entre elles, non pas d’une opposition idéologique, mais d’une incompréhension.

20) Tu culpabilises les gens qui mangent de la viande.
Je ne juge personne pour manger de la viande. J’en ai moi-même mangé pendant très longtemps. Pourtant, je suis toujours la même personne, simplement j’ai réfléchi au sujet d’une façon nouvelle, ce qui fait que j’ai décidé d’arrêter d’en manger. Ca n’a pas transformé ma personnalité. Je pense que ce serait mieux si chacun questionnait ses choix de vie et les confrontait à l’éthique et à des réflexions sur la valeur de la vie, sur nos raisons d’agir et sur tout un tas de sujets. Mais je ne peux obliger personne à le faire, ni à tirer les mêmes conclusions que moi. Et je ne juge pas non plus les gens en fonction de ça.
A noter que même si je vous jugeais en fonction du fait que vous soyez de vilains mangeurs de viande ou  de gentils végétariens, ou des intelligents qui réfléchissent ou des bêtes qui ne réfléchissent pas, etc… quelle importance cela devrait avoir pour vous? N’est-ce pas plus important de vous demander ce que vous estimez être le meilleur choix possible? Vous avez une vie, vous avez une personnalité, vous avez un cerveau. Ce serait dommage de prendre des décisions en fonction des jugements des autres.

21) L’humain mange de la viande depuis la nuit des temps.
C’est vrai. J’estime néanmoins que l’ancienneté d’une pratique ne la justifie pas dans un cadre de réflexion éthique. De plus, le fait de ne plus être en situation de survie nous permet de nous intéresser à l’éthique, ce qui est une chance.

 

Pour résumer

Le spécisme est un héritage de la culture judéo-chrétienne. C’est une façon de penser qui concède à tout être humain une valeur supérieure à tous les autres êtres vivants, et lui accorde des droits particuliers, en vertu de caractéristiques diverse liées aux valeurs-phares de l’humanisme, les plus valorisées par la culture judéo-chrétienne et patriarcale: intelligence, rationalité, capacité d’abstraction, etc. Ces caractéristiques ne sont pas les raisons pour lesquelles l’homme est dit supérieur aux autres animaux, mais elles sont en réalité pensées comme des symptômes de la supériorité de « l’homme » sur « l’animal », censée aller de soi et être liée à une essence ou une nature humaine, opposée à l’essence ou la nature animale.

L’antispécisme s’oppose à cette vision naturaliste des êtres vivants et s’intéresse non pas à ce que les individus représentent, mais à ce qu’ils ressentent. La souffrance d’un individu est prise en compte de façon indépendante des valeurs culturelles que cet individu incarne et qui, bien souvent, lui sont étrangères. Ce qui importe n’est pas la rationalité ou les capacités d’abstraction de l’être qui souffre, mais la simple existence de sa souffrance, perçue par une conscience, une subjectivité.
Cette position peut être illustrée par une citation de Jeremy Bentham:
La question n’est pas « peuvent-il raisonner? » ni: « peuvent-ils parler? » Mais: « Peuvent-ils souffrir? »

71 réflexions au sujet de « L’antispécisme pour les nuls »

  1. Eh ben, sacré travail !

    Ça me semble un bon résumé de l’antispécisme. Juste ton affirmation du judéo-christianisme de la pensée spéciste qui me dérange, puisque la pensée spéciste, on la retrouve dans toutes les autres cultures.
    Personnellement, j’y verrais plus une origine opportuniste avec justification à posteriori. Genre « pour survivre, je mange de la viande, et après je dis que c’est pas grave, ce n’était qu’un animal ».

    • Je ne suis pas sure que dans les autres cultures, (du moins celles qui n’ont pas été occidentalisées) la consommation de viande soit justifiée de la même façon, en faisant appel à la non-rationnalité ou à l’absence de conscience des animaux. D’ailleurs, pour les gens qui vivent proches de la nature, je pense que ça ne leur viendrait pas à l’esprit de nier que les animaux aient une conscience.

      Ca ne veut pas dire que ces cultures ne sont pas spécistes, mais le spécisme que nous rencontrons dans la vie de tous les jours, je pense que c’est un héritage de la bible. Dieu aurait créé les animaux pour servir à l’homme, être semi-divin mais avec une part animale. Mais cela dit c’est vrai que je n’avais pas forcément pensé à ça, si j’ai raison alors il doit exister plusieurs forme de spécisme.

      Il ne faut pas oublier cependant que certaines cultures sont, ou ont été végétariennes, et que d’autres ont pratiqué l’anthropophagie, et pas forcément dans le cadre de rituels mais aussi pour se nourrir (comme les Pascuans par exemple).

      Cela dit, c’est vrai que la justification a posteriori est souvent ce qui fait que les gens ont un discours spéciste et leur fait dire des choses qui sont en quelque sorte extérieures à leur propre façon de penser.

  2. OK, je comprends mieux. Effectivement, dans nos contrées, le spécisme est judéo-chrétien et se justifie sur cette base.
    J’avais compris tes propos comme parlant du spécisme en général, et pas du spécisme dans notre culture.

    • C’est vrai que de ce côté là ce n’est pas très clair… Faudra peut-être que je le modifie

  3. Joli travail !

    Un point dans la conclusion m’interpelle en particulier : « valeurs-phares de l’humanisme, les plus valorisées par la culture judéo-chrétienne et patriarcale: intelligence, rationalité, capacité d’abstraction, etc ». C’est vrai que c’est toujours les mêmes facultés qui sont mises en avant, on ne va pas parler de nos capacités de compassion, de notre sens moral, etc. Je trouve ça très significatif de la société dans laquelle on vit, qui valorise énormément la puissance (qu’elle soit physique, intellectuelle, sociale, etc).

    Dire qu’on a tous les droits sur les autres parce qu’on est plus intelligents, c’est juste une variante à peine déguisée de la loi du plus fort.

    • C’est vrai. Les gens déploient parfois des argumentaires pour démontrer que l’humain est l’espèce la plus intelligente, mais ils ne se demandent jamais en quoi c’est pertinent, par rapport éventuellement à d’autres qualités. Pour eux il n’y a pas besoin de démontrer que quelqu’un est valable parce qu’intelligent, c’est très fortement ancré dans la culture.

  4. « Par un soucis de clarté et de concision ».
    Je n’en attendais pas mieux de la part de quelqu’un qui fait un tour du monde.

  5. Par rapport au critère non pertinent de l’intelligence, je vous rejoins totalement et cite Francione :

    « Nous proclamons que l’intelligence humaine est moralement précieuse en soi parce que nous sommes des humains.

    Si nous étions des oiseaux, nous dirions que la capacité à voler est moralement précieuse en soi. Si nous étions des poissons, nous dirions que la capacité à vivre sous l’eau est moralement précieuse en soi.

    Mais en dehors de telles proclamations évidemment auto-intéressées, il n’y a rien de moralement précieux en soi dans l’intelligence humaine. »

    • C’est tout à fait vrai, et en plus, si demain des extraterrestres plus intelligents que nous (si cela est possible selon nos critères) débarquaient sur terre, nous ne leur reconnaitrions certainement pas le droit de nous traiter comme nous traitons les animaux.

  6. J’aime beaucoup tes articles, ils sont précis, faciles à lire et à comprendre, et en même temps ta démarche de raisonnement reste implacable.

    Je me permets d’imprimer ton article, il me sera très utile pour renseigner ma famille à noël !

  7. Je suis une grande admiratrice de tes articles qui m’apportent inspiration et soutien. Mais le tableau que tu dresses de la culture judéo-chrétienne dans celui-ci m’a quelque peu dérangée.

    Comme Fushichô, je ne pense pas qu’on puisse attribuer l’ancrage du spécisme dans notre société uniquement à ses origines judéo-chrétiennes.
    De nombreux philosophes ont étayé la théorie selon laquelle l’homme est supérieur à l’animal, et parmi eux, si je ne m’abuse, certains s’opposaient au judéo-christianisme.

    Tous les athées ne sont pas antispécistes, loin s’en faut, et tous les judéo-chrétiens ne sont pas spécistes.
    Je suis moi-même catholique et vegan.

    Enfin, ce qui me dérange surtout, c’est le terme « semi-divin ». Je suis d’accord sur le fait que la Bible place l’homme comme un être supérieur aux animaux, en revanche nul homme ne peut-être considéré comme semi-divin (hormis Jésus qui, dans la religion catholique, est une entité divine, faisant partie de la Trinité).
    Le fait que « Dieu ait fait l’homme à son image » ne donne en aucun cas le statut de semi-divinité aux hommes.

    D’ailleurs, en adoptant une religion monothéiste, les judéo-chrétiens reconnaissent leur infériorité et leur humilité face à ce Dieu. Quand bien même ils imaginent être supérieurs à toute autre créature terrestre, cela ne leur confère pas pour autant une semi-divinité.

    Selon moi, ce sont plutôt les spécistes athées qui auraient tendance à considérer l’homme comme un être semi-divin puisque supérieur à tout, n’ayant pas d’entité « au-dessus » de lui.

    Cet aspect mis à part, je trouve ton article comme toujours très bien construit. J’ai entendu de vive-voix certaines des réflexions que tu cites et je suis heureuse d’avoir, une fois de plus, des arguments pour répondre grâce à toi.

    • Je pense qu’on peut très bien être à la fois opposé au judéo-christiannisme et porter certaines de ses valeurs. Comme d’ailleurs l’antispécisme s’oppose à l’humanisme, mais garde en lui des valeurs socio-culturelles qui sont pourtant issues de cette même culture. (je dirais qu’il garde le meilleur et jette le reste).

      L’expression « être semi-divin » est peut-être exagérée, (semi-ange serait plus juste) mais la bible confère tout de même à l’homme une place proche de Dieu que les autres animaux n’ont pas. Puisque l’homme est fait à l’image de Dieu (et non pas les autres animaux) et animé du souffle divin. Quant aux athées, ils ne font bien souvent que remplacer le Dieu de la bible par une autre forme de divinité qui ne porte pas son nom, et qu’ils appellent la Nature, ou l’Ordre naturel, avec ou sans majuscule… Quand les gens disent « la nature nous a fait omnivores » ou « la nature a fait les animaux pour qu’on les mange », il n’y a aucune différence avec le fait de dire « dieu a fait les animaux pour que l’Homme les mange ». C’est exactement la même argumentation, seuls les termes changent.

      Mais je ne crois pas du tout que le christiannisme ou le judaïsme soient incompatibles avec l’antispécisme. Tout dépend comment on interprète. Mais traditionnellement la plupart des pratiquants de ces religions placent l’Homme au-dessus des autres animaux. Ca n’empêche pas qu’on puisse penser sa religion autrement. Il y a bien des groupes de chrétiens et de juifs végétariens. Par contre j’ai un oncle qui est contre le végétarisme car il dit qu’il faut manger de la viande parce que Dieu l’a dit (religion juive). Ce qui, à mon humble avis, est une grossière erreur d’interprétation, mais là on rentre dans des débats théologiques. Mais c’est juste pour dire que les gens peuvent pratiquer une même religion et avoir des avis très différents sur ce sujet.

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  13. J’ai une question. Si tous les humains étaient végétariens, il y aurait moins d’animaux. Qu’en penser, sous l’angle de l’antispécisme, en considérant par ailleurs, qu’on pourrait traiter les animaux de la manière suivante : leur procurer une vie satisfaisante et les tuer sans souffrance. La question est donc : vaut-il mieux une vie satisfaisante mais écourtée, ou pas de vie du tout ?

    • Remplace dans ta phrase « animaux » par « être humains », « enfants » ou « noirs », et tu as ta réponse d’un point de vue antispéciste.

      • Ça donnerait ça : « qu’en penser, sous l’angle de l’antispécisme, en considérant par ailleurs, qu’on pourrait traiter les êtres humains de la manière suivante : leur procurer une vie satisfaisante et les tuer sans souffrance. »

        ou s’il s’agit de l’autre phrase :

        « Si tous les humains étaient végétariens, il y aurait moins de noirs. »

        Ça ne répond pas à ma question qui est :

        Vaut-il mieux une vie satisfaisante mais écourtée, ou pas de vie du tout ?

        Et qui s’appliquait bel et bien à toutes les formes de vie capables de ressentir la satisfaction.

        • Vaut-il mieux se préoccuper de la réalité (des animaux qui souffrent pour engraisser des banquiers et des singes dégénérés) ou d’un problème métaphysique sans aucun rapport avec la réalité, qui même une fois résolu ne pourra mener à aucune situation ou application concrète ?

          Et sinon pour répondre à ta question : aucun intérêt de la poser du point de vue d’un individu genre, un poussin qui vivrait et souffrirait/ou qui ne vivrait pas (qu’est-ce t’en sais que ça marche comme ça ?), faut prendre du recul et reposer la question.

          Vaut-il mieux un système qui pollue l’eau, la terre, l’air, qui détruit 90 milliards de vies par ans (sans compter la pèche) pour produire de la bouffe mauvaise pour la santé des gens qui les consomment, et mauvaise pour la santé des gens qui la produisent (on les affame pour nourrir le bétail, quand ils ne s’empoisonnent pas le corps et l’esprit dans un champ bourré de pesticides ou un abbatoir).
          En plus, ça bouffe plein de pétrole et d’eau et ça fout des tensions inutiles entre les « peuples ».

          Et puis merde, c’est facile de poser ta question quand t’es pas toi-même dans une couveuse destiné à finir en nugget. Lis « dois-t-on manger les animaux », tout y est pour commencer.

          Et si tu veux quand même une réponse à ta question : tu préfères être un objet, avec une fonction déterminée d’avance et pas de liberté, ou un sujet qui choisit (ou qui croit au moins choisir) ce qu’il fait de sa vie ? La plupart des humains sont à la fois un peu des objets (ils ont une fonction) et des sujets (ils font ce qu’ils veulent quand ils veulent, malgré tout). Les animaux d’élevages/esclaves, sont des objets : ils ont une fonction, et c’est tout, ils ne font JAMAIS ce qu’ils veulent. Tu préfèrerais quoi ? Pourquoi les animaux préfèreraient pas la même chose que toi ?
          (c’est de Kant, la différence objet/sujet, j’éspère que ça répond à peu près à ta question ..)

          • Dans une perspective antispéciste, ce qui est intéressant est de comparer le traitement des animaux et celui des humains, et non pas de comparer le sort d’animaux qui existent à d’autres animaux qui n’existent pas (ou des humains à d’autres humains). C’est un peu comme ces gens qui, lorsqu’on dénonce la condition féminine en France (bas salaire, sous-représentation dans les sphères du pouvoir, précarité, harcèlement sexuel etc…) nous répondent: « mais quand même vous êtes mieux traitées que les afhganes alors fermez vos gueules ». Mais ce qui intéresse les féministes est de comparer la condition des femmes à celles des hommes, et non pas à celle d’autres femmes dans d’autres contextes sociaux.

            Sous cette lumière, voilà où mène ton argument: à nous demander s’il serait conforme à l’éthique de faire naître des petits chinois (ou n’importe quel autre type d’humain hein, c’est un exemple), mettons par exemple des enfants de prisonniers en Chine, pour s’en servir disons à fabriquer des trucs (téléphones portables, chaussures, ou quoi que ce soit) puis les tuer une fois qu’il deviennent moins rentable (comme on le fait avec les vaches à lait ou les poules pondeuses) et utiliser des parties de leur corps (par exemple pour la recherche scientifique). Et on justifierait ça en disant: il vaut mieux cette vie-là que pas de vie du tout.

            Ou alors, on prend l’option welfariste: on fait naitre des petites chinois, on les fait travailler mais que 7 heures par jour, on leur donne des jouets, et on les tue quand leur rentabilité baisse et on utilise leur corps pour la science. C’est exactement le principe de la « viande heureuse » (ou autres produits animaux: lait, oeufs). Sauf que là c’est des humains, et là on se dit houlala c’est horrible, alors que quand c’est des animaux on trouve des tas de justifications. Or, ces justifications ne sont pas plus valables dans un cas que dans l’autre. Mettons que nos petits chinois soient retardés mentalement, qu’ils n’aient pas vraiment conscience de la mort, va-t-on trouver cela plus éthique pour autant?

            L’idée de la libération animale, c’est que les animaux méritent de ne pas être traités comme des moyens pour nos fins, que leur vie ne nous appartient pas. Ce n’est pas une idée très compliquée. Peut-être qu’elle fait appel à des notions philosophies profondes, mais si tu penses que c’est nécessaire de démontrer par a+b que mon exemple des petits chinois n’est pas éthique, je n’ai pas forcément envie de rentrer dans ce genre de débat. Je ne suis pas là pour faire de la philosophie, je m’intéresse à des choses concrètes, tout le monde sait que ce serait horrible de faire ça, et si des gens pensent que ça ne le serait pas, je ne pense pas que c’est avec eux que je vais changer le monde.

          • Marc Dutroux a dit à son procès qu’il valait mieux pour Julie et mélissa une vie écourtée que pas de vie du tout … mais cet argument pourtant imparable ne lui a pas permis d’être acquitté … va comprendre.

  14. Je comprends tout à fait que pour être en accord avec les valeurs portées par l’antispécisme, être végé va de soi dans le monde tel qu’il est.

    Après lecture de vos réponses, dont je vous remercie du temps fourni pour les écrire, je comprends effectivement mieux le gouffre qui sépare les antispécistes du reste des gens sur la question animale.

    Ma question n’était pas un argument. Je n’ai pas à y porter de réponse moi-même car elle n’aurait pas d’intérêt dans mon système de valeurs, même poussé à l’utopie. C’était de la curiosité, je ne l’avais pas trouvée dans cet article.

    Puisqu’on en est à des suggestions de lecture, j’ai bien pris note du titre du livre de Jonathan Safran Foer, et vous conseille pour ma part « La Première et Dernière Liberté » de Jiddu Krishnamurti.

  15. Cet article m’ouvre les yeux sur le fait que si on reconnaît comme légitime la domination de l’Homme sur l’Animal, on ne peut pas décemment condamner les autres formes de domination… Et ça me perturbe parce que j’adore le lait et la crème fraîche! J’aurais bien envie de me défendre en disant que, par exemple, si on prend soin du mouton, il ne sera pas traumatisé par le fait qu’on lui prenne sa laine et peut-être même que s’il savait parler il nous la troquerait en échange d’une bonne boustifaille… mais ça reviendrait à dire qu’on peut exploiter les gens sans leur consentement tant qu’on prend soin d’eux, comme tu l’as illustré avec les Chinois. Ca me perturbe aussi parce que j’ai un cheval (qui vit au pré), un chien et deux chats en appartement et finalement, je les opprime, et je me sens monstrueuse. Ils ne sont pas malheureux, je les aime, mais ils ne sont pas libres.

    Bref, autre aspect de la chose. Si nous cessons d’avoir recours aux animaux, croyez-vous que nous nous contenterons de les remettre en liberté, ou pensez-vous que les gens vont en profiter pour les trucider pour les empêcher de nous « nuire » puisque de toute façon on n’a pas besoin d’eux? Bon en même temps ils sont voués à la mort donc autant mourir libre. Mais que va-t-il advenir de leur « espèce » (vache, cochon, canard…) ?Et ne risquons-nous pas une culture encore plus intensive pour combler? Je suis parfaitement d’accord avec vous, mes questions ne sont pas des arguments contre, mais de simples interrogations.

    • Ouep et aussi, quand toutes les usines de viandes auront fermé, qu’est-ce qu’on donnera à manger à Félix.
      C’est marrant comme questions, mais c’est tellement théorique et lointain que ça n’a pas grand-chose à voir avec la réalité, et avec ce que tu peux faire concrètement pour Limiter les dégâts : voter avec ton argent en achetant pas des produits immoraux. Et éventuellement, sensibiliser les autres aux sujets, en essayant de pas les rebuter.

      Tes animaux ne font certainement pas partie de ceux qui sont malheureux, pas de quoi te torturer pour ça.

      Une culture encore plus intensive, nop, plutôt l’inverse : 40% des céréales cultivées dans le monde sont cultivées pour nourrir le bétail … Représente toi aussi la quantité d’eau polluée par ledit élevage de bétail, l’énergie qu’il faut pour cultiver et transporter toutes les céréales jusqu’à l’usine, tous les bestiaux ici et là … Pour le coté « folklore du XXIème siècle », imagine-toi 18 millions de tonnes de lisier de porc. C’est le produit annuel en Bretagne, 30% du total Français, et que dalle comparé aux États-Unis. Autant dire que la gourmandise des carnistes est un tout petit peu sale.
      Donc non, t’inquiètes, c’est pas des cultures de riz et de lentilles qui vont salir plus que Ça.

      Et puis, l’issue réaliste, c’est que les usines de viande vont se dépeupler progressivement avec la demande qui baissera, faut pas t’attendre à une Grande Libération subite du bétail. Juste faire de ton mieux pour réduire la demande, donc la production.

    • Je comprend que ce soit perturbant. J’ai d’ailleurs eu une véritable passion pour le fromage et d’autres produits laitiers. Cela dit, je pense que le processus de prise de conscience peut être long, et on n’est pas toujours capable de faire le lien et prêt à se passer de ses produits. Certains ne le font jamais. De toutes façons, je pense que l’important c’est de avant tout de considérer cette exploitation comme non légitime.

      Pour les moutons, c’est un peu plus compliqué. D’abord la tonte est très douloureuse, et ils subissent de nombreuses maltraitance, lors de la tonte mais aussi du simple fait de leur domesticité.
      Certains antispécistes ont des animaux domestiques chez eux. Ca pose beaucoup de questions, car ces animaux existent à cause de la domestication. Mais on peut tout de même avoir de bonnes relations avec eux, leur rendre la vie agréable. C’est déjà pas mal.

      Sinon je pense que dans une optique de libération animale, on arrêterait simplement de faire se reproduire les animaux. Leur reproduction est entièrement contrôlée, et se passe même très souvent sans accouplement (pour les vaches laitières par exemple). La question de l’extinction des espèces que nous avons créées se pose souvent, mais est-ce qu’il ne s’agit pas d’une sorte de peur devant un éventuel monde différent, donc inconnu? Certains antispécistes ne se posent pas la question, d’autres sont pour la disparition des espèces domestiques, d’autres encore pensent qu’on pourrait vivre une autre relation basée sur la cohabitation (ce n’est pas utopique, certaines populations dans le monde ont des relations avec des animaux qui sont différentes des nôtres et me font penser qu’une cohabitation harmonieuse est possible). A noter que l’élevage, de par la confiscation de terres qu’il implique, ainsi que la pollution, est responsable de la raréfaction et de la disparition de nombreuses espèces sauvages.

      Autre information de taille, 70% des terres cultivées, soit 30% des terres disponibles servent à faire pousser de la nourriture pour le bétail ! Hé oui, car les animaux, avant qu’on les mange, eux, ils mangent aussi, et beaucoup. Par exemple avec un demi hectare de terrain, on peut produire soit 70kg de barbaque de boeuf, soit 10 000 kg de pommes de terres. Bon c’est un exemple extrême parce que le boeuf est particulièrement gourmand en fourrage (la viande de boeuf a un rendement très faible), plus que le poulet par exemple, et la patate a un excellent rendement à l’hectare. Mais ça fait réfléchir. Bien sur je ne suis pas pour le poulet puisque je pense que les poulets aussi ont le droit de vivre, mais même le poulet qui a un bon rendement (pour de la viande), il faut bien trouver les céréales quelque part, et il apporte évidemment moins de calories que les aliments qu’il consomme ! (ben oui c’est logique, il en utilise une partie pour lui-même: croissance, respiration, fonctions vitales, etc).

      Plein d’infos au sujet des conséquences de l’élevage sur le site http://www.viande.info/

      • Merci à vous deux pour les liens et les éclaircissements. Je ne consomme déjà pas beaucoup de viande et poisson (deux ou trois fois par mois), mais je vais tenter de réduire les produits laitiers (dur dur) et autres produits non alimentaires issus de l’exploitation animale, et également de sensibiliser mon entourage qui aime les animaux autant que moi mais qui, également comme moi, n’avait peut-être pas réalisé que nous les exploitions autant.

        Le sujet n’est pas là mais j’ai connu ton site il y a quelques jours à cause d’une marche nocturne du groupe féministe Ovaires et Contre Tous de Bordeaux qui est passée par ma rue, et m’a amenée à effectuer quelques recherches sut le net. Je retrouve dans les déclarations féministes des formulations que j’employais sans réaliser que j’étais donc féministe et que le fait d’être sans cesse rabaissée n’est ni normal ni une fatalité. Je partage tes articles (je n’en ai pour le moment lu qu’une partie) sur facebook, et même si pour l’instant malgré ce que je pense j’ai sans doute parfois un comportement de dominée, j’espère un jour me sortir totalement de la tête ces principes patriarcaux et être capable d’expliquer le féminisme aux autres. En attendant je continue d’apprendre en lisant tes articles et également les commentaires, toujours très intéressants. Et merci de m’avoir initiée à l’antispécisme :)

        • Merci à toi de donner un sens à notre foi dans l’humanité ! :D

          http://www.vegetarismus.ch/heft/f2010-2/accro.htm

          Les peptides opïoides qu’on produit en bouffant des laitages, ça rend salement accro. Tu peux réduire les doses pour te sevrer / faire une détox macrobiotique au riz complet / te doper au thé vert quand l’envie arrive / whatever, faut juste savoir que c’est de la came, donc tu peux galérer un peu à décrocher.

          • Et c’est bête parce que je n’ai quasiment que ça dans mon frigo… Quand j’aurai décroché j’achèterai un frigo plus petit. Economies d’énergie.

  16. Je viens de lire le site veganisme.fr, avec en prime des liens vers des boutiques en lignes, et quand je vois tous les produits vegans existant je me sens beaucoup plus d’attaque!

  17. C’est passionnant. Je suis tombée dans le blog comme Obélix dans la marmite (mais un peu plus vieille). C’est la première fois que je rencontre le terme et la pensée « antispéciste ». Du coup j’imagine que je suis une spéciste en voie de déspécisation à son insu, option cerveau ouvert mais resistant au changement par fatigue de vie un brin aliénée, tout ça. J’héberge un chat que je ne considère pas comme « mien », mais dont je suis consciente de la dépendance à mon égard étant donné sa domestication, pour autant je n’avais jamais pris le temps de considérer la question du droit des animaux, tout en sachant qu’elle était là. J’espère que la définition est à peu près claire.

    Bref, j’ai une question. Au-delà de ce que cela implique, perso, de remise en question pour ma pomme, c’est le point 19 qui m’intéresse. Parce que tu le décris très justement tout au long de l’article : spécisme, antispécisme sont deux visions du monde, systèmes de pensées, de valeurs cohérents (je veux dire : avec leur propre logique interne et ses conséquences d’organisation sociale et écologique… attention, je ne défends pas la cohérence des contenus du spécisme) qui ne peuvent tout simplement pas se comprendre. Ce n’est pas une question de faute : la logique de l’un est inaudible à l’autre, et inversement.

    On a le même problème de traduction dans le dialogue inter-religieux (désolée, gros mot). Et l’expérience de quelques siècles de mise autour d’une table de systèmes de pensées sans dénominateur ni logique communs, c’est que si les parties sont motivées par le désir de convaincre, il est au minimum certain qu’il n’y aura pas de dialogue (conséquence light) – donc personne ne bouge ni dans un sens, ni dans l’autre, et parfois y’a des morts (dégât collatéral).

    Antispécisme – spécisme : comment faire la traduction entre les deux systèmes pour que chacun puisse commencer à comprendre la logique et la cohérence de l’autre, celle-là même qui lui est a priori inimaginable ? Pour que l’antispécisme soit déjà reconnu comme pensée ni plus ni moins légitime que le spécisme ? Concrètement, quels moyens pour ce dialogue ?

    Au plaisir de te lire…

    • J’avoue que ne sais pas trop comment répondre à ta question. Dans la majorité des cas, quand on explique la logique antispéciste à quelqu’un, il a une réaction de rejet. Soit il refuse d’écouter, soit il écoute en cherchant la faille, dans le but de prouver que la logique spéciste est la meilleure. Donc il n’y a pas de dialogue. On en vient d’ailleurs souvent à des arguments aberrants.
      Moi la meilleure chose que j’ai trouvé jusque là c’est d’éviter d’en parler avec les gens qui ne veulent pas en parler, même si parfois c’est très agaçant car ils peuvent avoir une façon agressive de signaler leur refus d’en parler, parfois en étant très partisans tout en refusant le dialogue (par exemple en disant que ça ne sert à rien de discuter avec des gens sectaires, et toc, et on n’en parle plus). Mais je pense qu’il faut prendre sur soi. J’essaie toujours de parler avec les gens quand ils montrent une ouverture, mais j’ai aussi le don pour les mettre assez vite en face de leurs contradictions, ce qui peut être une expérience désagréable.
      Et puis on est pas de bois, on est des militants, quand je parle de la viande à quelqu’un qui mange de la viande, c’est aux animaux torturés que je pense, ça me fait mal, c’est difficile d’encaisser un « chacun son éthique » comme ça sans sourciller. Mais bon c’est comme ça, on peut pas forcer les gens à s’ouvrir, tout ce qu’on peut faire c’est être là quand ils acceptent le dialogue.

      Je sais pas si j’ai bien répondu à ta question…

    • « Antispécisme – spécisme : comment faire la traduction entre les deux systèmes pour que chacun puisse commencer à comprendre la logique et la cohérence de l’autre, celle-là même qui lui est a priori inimaginable ? »

      Sous-entendu, on vit dans un monde peuplé par une majorité de gens sensibles à la logique et à la cohérence d’un discours ? Capables de changer leurs habitudes rapidement, accessibles à la science et à la raison ?
      Je crois que les humains, jusque là, fonctionnent essentiellement à la preuve sociale : ils font comme les autres. Comme les figures d’autorités pour lesquels ils ont de l’affection, ou comme ceux qu’ils identifient comme « les meneurs », « les meilleurs que moi », « ceux qui savent ce qu’ils font ». Un mélange d’influences, que l’égo transforme en « personnalité ».

      L’échange d’idées sans intention autre que l’échange d’idées c’est une belle utopie, c’est possible entre un petit nombre d’intervenants si chacun comprend clairement que l’échange d’idée doit être serein, gratuit, sans ingérence, et que le but c’est l’enrichissement intellectuel mutuel. Genre commencez votre échange par définir la forme et le but de l’échange.

      Dialogue inter-religieux … Se mettre d’accord sur quelques objectifs communs concrets ? Sur les raisons de l’objectif, et sur comment parvenir à des résultats ? Y a pas à convaincre qui que ce soit activement, juste agissez selon vos sacrés préceptes. Nop ?

      En végétarisme c’est assez simple : intérêts communs potentiels avec un carniste : bien-être animal/santé physique/santé morale, philosophie/écologie/humanitaire ?
      a)Rien à foutre/refuse d’y croire ?
      => pas d’objectifs communs.
      b) Intérêt commun trouvé ?
      => Aider le carniste à transformer « l’intérêt » en changement concret et utile de ses habitudes.

      Trouvez vous des intérêts communs entre religions et des actions concrètes et utiles à mener.

      Jsais pas non plus si ça répond à la question ou si j’enfonce des portes ouvertes …

  18. Ping : Ton argument a des dommages collatéraux | Les Questions Composent

  19. Bonjour
    (Je n’ais pas lut tout les commentaires)
    Peut-on être antispeciste et manger de la viande? Parce que personnellement je ne me considère pas supérieur mais il s’avère juste que je mange de la viande au même titre qu’un autre carnivore. Ça fait partie de mon alimentation quoi.

    • On peut être antispéciste et manger de la viande comme un mec peut être féministe et battre sa femme.
      C’est à dire que l’antispécisme est une idéologie et qu’il reste à l’appliquer dans la vie concrète.

      Tu ne manges pas de la viande au même titre qu’un « autre carnivore » puisque tu n’es pas carnivore mais omnivore, et que donc en tant qu’être humain pensant et conscient, tu as le choix de manger de la viande ou non. Même si en l’occurence, dans notre société, le choix de manger de la viande est un « choix passif », un choix par défaut: la plupart des gens le font parce qu’ils l’ont toujours fait. Mais c’est néanmoins un choix qu’on fait à chaque repas: lentilles avec ou sans saucisses, lardons ou tofu fumé, steak ou pastèque, etc. Et ce choix implique un autre être vivant, l’animal de boucherie. C’est pas forcément évident à réaliser parce que les cris et hurlements des animaux résonnent dans les abattoirs très loin des supermarchés et même des villes, et on fait pas forcément le lien entre le jambon sous plastique et l’animal qui a été abattu. Mais d’une certaine façon quand on achète le jambon on commandite l’abattage de l’animal, ou du moins on cautionne un système qui enferme, maltraite et tue des animaux.

    • « Peut-on être antispeciste et manger de la viande? »

      Oui, à condition de manger aussi de la viande d’humains issue de l’industrie.

      • Bonjour l’elfe,
        Je consulte ce blog depuis quelque temps et l’apprécie beaucoup. Je voudrais répondre en particulier à cette question « Peut-on être antispéciste et manger de la viande ? » et te demander ton avis sur ma réflexion.
        Pour ma part je pense que oui, dans la mesure où le problème est de tuer les animaux pour les manger. Du coup manger des cadavres d’animaux morts pour une autre raison (mort naturelle, accident…) et non pas tués dans le but d’être mangés est à mes yeux compatible avec l’antispécisme.
        Je précise qu’en théorie, cela s’applique à tous les animaux, humains compris, et que je ne vois pas plus le problème de manger des cadavres humains que des cadavres d’animaux, du moment qu’on ne les a pas tués.

        Cette idée m’est venue suite à la lecture de cet article sur un Monsieur excentrique qui mange les animaux tués sur la route : http://blogs.afp.com/makingof/?post%2F2013%2F10%2F03%2Fragout-blaireau-ecrase#.Un1perOKxAv
        J’ai d’ailleurs appris que manger de la viande faisandée avait longtemps été une pratique courante et appréciée dans plusieurs civilisations (cf « Viande pourrie gastronomique » http://fr.wikipedia.org/wiki/Conservation_de_la_viande) donc j’imagine que ça ne pose pas de problème sanitaire particulier.
        Voilà, si tu as un avis cela m’intéresse bien ! Bonne continuation en tout cas.

        • c’est difficile pour moi d’avoir un avis là-dessus (j’ai failli gerber en lisant l’article) mais je sais qu’à certaines périodes préhistoriques les humains pouvaient se nourrir de cadavres d’animaux, tués par des prédateurs ou autres, et il semblerait même que nos ancêtres aient été charognards avant de se mettre à chasser. Ça ne date donc pas d’hier. Je crois aussi que le charognage existe dans certaines régions d’afrique (dans la savane) car il est difficile d’attraper certains animaux, mais ils savent faire fuir les gros prédateurs.

          • Merci pour tes réponses (sur les 2 articles) ! Et désolé pour le côté peu ragoûtant de mon exemple :-s je crois que si j’avais dû rendre visite à ce monsieur comme la journaliste j’aurais réellement vomi !

  20. Merci pour ce long argumentaire qui m’a beaucoup éclairé sur la pensée anti-spécisme. Je tombais souvent sur ce terme dans des articles sur le végétarisme/véganisme mais j’avais du mal à le comprendre et à le situer. Ca donne même envie d’aller plus loin dans cette réflexion !

  21. Ping : Spécisme | Pearltrees

  22. Eh bien je dois être spéciste alors. Je pense que la forme humanoïde est la plus évoluée de la chaine d’évolution de la vie, que l’être humain a des origines divines, qu’il n’est pas un animal comme on veut nous le faire croire, et que par là même ce stade d’évolution devrait l’amener à respecter profondément tous les autres règnes (minéral, végétal, animal).

    Je dirai que c’est justement ce stade de supériorité de la conscience, et donc de la sensibilité, qui devrait permettre à l’être humain de ressentir en lui la souffrance animale, et donc de choisir naturellement de ne pas consommer de chair animale.

    Les enfants souvent rejettent la viande instinctivement. Bien sur, ensuite, tout est fait culturellement par la société pour les mater et les cadrer, faire accroire que manger de la viande, c’est « normal », faire peur avec le mythe des protéines, inculquer la pyramide alimentaire orchestrée par les industriels, etc..
    C’est encore ce dieu émasculé de haine génocidaire des monothéismes, qui aime tant faire souffrir, massacrer humains et animaux, qui a rabaissé la notion de supériorité à forcément être celle d’une volonté de nuire, de soumettre, de violer, forcer, tuer.. :/
    D’ailleurs, je pense que l’humain est profondément bon, et que par la même ses origines divines ne peuvent pas venir de ce dieu cruel et misogyne des religions. J’ose croire que nôtre vrai créateur nous a été caché. J’en suis même certain. Mais, c’est pour moi plus du domaine de la foi et du ressentit que de la rationalité, donc je ne perdrai pas mon temps à expliquer ceci.

      • Ahah, tu te fous de ma gueule! C’est ton droit :)
        À vrai dire, je trouve que ta définition du spécisme est tellement complexe et brumeuse, que le sens premier en devient difficile à cerner. Une définition en quatre mots pour mon petit cerveau d’inculte sans diplômes n’aurait pas été de refus. J’ai mis des je partout, car je préfère donner mon (petit) point de vue d’individu. A+

        • je pense pas que tu aies vraiment envie de comprendre quoi que ce soit. Et je me fous pas de ta gueule, je fais simplement remarquer par une boutade que c’est impossible de contredire quelqu’un qui dit « j’ai raison parce que dieu l’a dit », même s’il dit les pires foutaises. C’est à ça que sert le monstre en spaghettis volants.

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme

          • Ah d’accord, je ne connaissais pas le pastafarisme, autant pour moi. On ne se comprends pas parce qu’on n’utilise pas la même grille de lecture. Tu expliques de manière rationnelle, en disant que c’est de la science, comme si elle n’était pas aussi une affaire de croyances. Comme si beaucoup de théories modernes étriquées de la science n’étaient pas un état de fait visant à limiter la compréhension de l’humanité. Je ne peux pas le prouver « scientifiquement » donc ça n’existe pas se dit l’athée. Je te dis que je crois que l’humain a des origines divines, mais pas celles mensongères qu’on nous as fait croire. Je suis donc naturaliste et donc spéciste alors, concept selon toi tirant ses sources dans la judéo-chrétienté. Sauf que mon Dieu n’est pas celui des monothéismes, alors je suis dans la croyance d’un point de vue scientifique. D’accord, pourtant je connais un bigot qui m’a soutenu scientifiquement que jésus a vraiment existé fouilles archéologiques à l’appuie, quand je pense qu’il n’a jamais existé et est un mensonge pour tromper l’humanité. L’archéologie comme la science contient foule de mensonges. Alors je pourrai dire pareil pour mon Dieu Ea, tant on retrouve de traces de son existence des millénaires avant JC, c’est « scientifique ». Bah non, nous vivons dans un monde de mensonges ou même les quelques preuves apportés sont souvent tronquées, donc je préfère croire en mes ressentis et avoir une foi. Dans le spécisme, on parle d’une supériorité de l’espèce donc, et de droits. Et en ce qui concerne le végétarisme, le droit que l’homme s’arroge de tuer des animaux pour se nourrir, les considérant comme une espèce inférieure. Dans l’anti-spécisme, l’homme n’a donc pas de supériorité sur l’animal. D’accord. Tu parles de conscience sans y inclure la sensibilité, comme si la supériorité de conscience de l’humain n’incluait pas une sensibilité exacerbée à la souffrance animale qui fasse qu’il puisse se détourner facilement du massacre des animaux. Et encore, parler de conscience de la sorte est bancal car figé, la conscience n’est pas une chose immobile qui n’est modelée par aucuns facteurs, mais plutôt quelque chose qui se façonne jours après jours en fonction de beaucoup de choses.. Je réitère ce que j’ai dis, c’est la supériorité de l’espèce humaine et ses ascendances divines qui devrait la pousser à être végétarienne et à se nourrir sans générer de cruauté et de souffrances. Une supériorité dans le sens de « l’éthique » pour parler en tes termes, pas dans le sens de s’arroger le droit de tuer. Je suis spéciste, mais je ressent aussi intensément le mal fait aux animaux, et ça n’est pas une élucubration mentale. Donc je suis à moitié d’accord avec toi, car je suis aussi contre la souffrance animale, la cruauté, et pro-végétarien.

          • C’est ça ton argumentation? Tu comprend rien à la science donc tu préfères imaginer n’importe quoi et prendre ça comme vérité universelle? De préférence quand ça t’arrange et quand ça te met en avant comme « être supérieur » (youpi, je suis un être supérieur, comme par hasard).

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  29. Post intéressant. J’avous ne pas avoir lu tous les commentaires. Ma remarque e peut-être déjà été faite, dans ce cas désolé de faire un doublon.
    Dans le point deux, tu affirmes « De ce point de vue il est absurde de dire « chacun fait ce qu’il veut » en parlant du fait de manger de la viande ». Pour moi ce n’est pas le cas. Chaque personne fait ce qu’elle veut, car son choix lui appartient. Le problème est de mettre tous les arguments en sa connaissance pour qu’elle fasse un choix réel, en pleine conscience des conséquence de ses actes. Sinon, nous les vegans lui imposons sa manière de vivre; on frôle la dictature.

    Pour le reste, merci de cette mise au point, j’ai même trouvé quelques arguments supplémentaires face à des questions…étranges.

    • Tu parles de dictature des véganes sur les omnivores, mais que dire de la dictature des humains sur les animaux?

    • Je pense que chaque homme devrait être libre de traiter les femmes comme des objets sexuels, pourvu que l’on soit en mesure de lui fournir une abondante prose anti-sexiste.

      Comme ça, chacun pourra faire son choix en toute connaissance de cause, sans la menace d’une dictature féministe.

      J’ai bon ?

  30. Ping : Ce sera un jardin extraordinaire | lapetiterosette

  31. Tiens, j’ai pensé à toi en lisant cet article :
    http://www.slate.fr/story/79630/dauphin-loutre-pingouin

    qui porte sur notre tendance à juger le comportement animal selon nos propres critères, et à voir certains animaux « mignons », du coup, comme symbole de la gentillesse, de la douceur… (un peu comme ce que tu disais sur les papillons), au lieu de les voir comme ils sont.

  32. Je suis anti spéciste mais je parle d’unité de vie souvent pour ne choquer personne, car on a tout déformé.
    On doit s’attendre à des critiques à chaque fois, il faut donc bien lire Peter Singer et d’autres. Merci de ces explications claires.
    Etre antispécisme signifie être plein d’amour, c’est comme être un vrai chrétien pour ceux qui le sont. Cela demande du cerveau surtout.
    C’est aussi être un peu bouddhiste, un peu jaïn sur les bords, comprenne qui peut.
    Courage à vous, amis de la vie.

  33. Voilà quelque temps déjà que je m’interroge sur notre représentation et notre appréhension des créatures vivantes si bien que, de recherches en recherches, je suis tombée sur votre site. L’article m’a paru intéressant, jusqu’à l’argument des fourmis. Et là, pardon, mais c’était quand même un peu fort de roquefort. Quoi, l’antispéciste n’écrase pas de fourmis? Pas même les rouges qui vous mordent parce que vous n’aviez pas vu, pauvre humain débile que vous êtes, que vous aviez choisi de faire votre pique-nique et de vous extasier sur la beauté de la nature juste à côté d’une fourmilière? Réflexe de survie, me direz-vous. Mais qu’en est-il de tous ces insectes qui nous pourrissent nos nuits (et nos jours), qu’en est-il, aussi, des parasites qui, si je ne m’abuse, sont bel et bien des créatures vivantes, même si on préfèrerait ne pas les inviter à manger chez soi (ou en soi): moustiques, poux, vers intestinaux, et j’en passe! Ah mais, leur cortex est moins bien développé, comprenez, pas comme le mignon petit veau ou le chat des voisins. C’est amusant, ça me rappelle certaines théories défendues, à un certain moment, par de certains scientifiques… ceux-là même qui justifiaient la supériorité de l’homme européen sur tous les autres… (et je n’emploierai pas le terme de « racisme », que j’abhorre, précisément parce que l’employer c’est déjà, en un sens, admettre une classification des hommes en « races », ce qui n’a aucun sens). En un mot, la théorie antispéciste a, comme toute théorie d’ailleurs, qu’elle soit scientifique ou religieuse, ses limites: vos arguments se contredisent et votre réflexion, même si elle part d’une éthique louable, possède ses failles à même titre qu’une autre. Partant de là, il me semble franchement déplacé d’utiliser le ton condescendant qui est le vôtre, en réponse aux commentaires d’utilisateurs qui ne partagent pas votre point de vue. Un peu de réflexion, cela est bon; mais veillez, à l’avenir, d’agrémenter vos propos d’un peu plus de modestie et de considération à échelle… humaine.

    • C’est marrant de m’accuser de condescendance pour écrire juste après « mais veillez à l’avenir blablabla proutprout ».
      Enfin bon, sur le fond, j’écris un article qui répondra peut-être à une partie de tes questions. Et non, je n’ai jamais écrasé volontairement une fourmi.

  34. Ping : Introduction à l’antispécisme « Encres Brûlantes

  35. Ping : Antispécisme et droits des animaux | Pearltrees

  36. Je suis depuis peu antispéciste et je compte bien participer à la marche pour la fin du spécisme le 27 Aout 2016 . Je viens de faire un article sur le sujet dans mon blog genevievebrichet.blogspot.com et je recommande ton article. Excellent !

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