Alternatives Véganes a besoin de votre soutien !

En Décembre prochain aura lieu le plus grand rassemblement végane de France. Organisé par une équipe de bénévoles véganes et menée par un professionnel de l’évènementiel (végane lui aussi bien sur), ce salon promet d’être incontournable. Outre l’aspect festif et fédérateur pour les véganes, l’objectif est de réunir un maximum de personnes intéressées de près ou de loin au véganisme, à la libération des animaux et  à la préservation de l’environnement.

alterPour moi, ce projet est crucial, non seulement pour la promotion du véganisme auprès du grand public, ce qui me tient beaucoup à cœur, mais aussi en ce qu’il s’inscrit dans un projet de transformation de la société vers un monde plus juste pour les animaux (y compris humains). Les Questions Composent est donc partenaire du projet.

Si ce salon a lieu (ce que j’espère très fort), je participerai très probablement à une conférence sur le thème du véganisme et de l’exploitation des animaux. J’espère rencontrer un maximum de personnes qui me connaissent virtuellement, et ce sera aussi l’occasion de revoir des personnes que j’ai déjà eu le plaisir de croiser.

Beaucoup de choses sont prévues, bien sur il y aura de nombreuses dégustations de cuisine végane, des démonstrations culinaires, des découvertes de produits non testés, des rencontres avec les associations, des conférences, et si le budget le permet, un espace enfant, un espace restauration, de nombreux ateliers, et bien d’autres projets (vous pouvez aussi proposer des choses).

Bien sur, un salon d’une telle envergure représente un énorme travail d’organisation mais aussi des fonds pour le lancer. Alternatives Véganes fait donc appel à toute personne intéressée par le projet pour contribuer, afin que cet évènement puisse avoir lieu et être aussi mythique et génial que ce que j’espère. Cliquez ici pour en savoir plus et faire partie des contributeurs !

Le mythe du privilège féminin et pourquoi vos male tears me fatiguent

On a cru parfois l’entendre, euphémisme pour dire qu’on nous en rebat les oreilles en permanence: Poire le Nice Guy veut plein de choses. Du sexe, de l’affection, du sexe, des relations, du sexe, de la reconnaissance, du sexe.
Pour le Nice guy, les femmes n’ont qu’à claquer des doigts pour obtenir tout cela, et en quantité illimitée. Il estime donc qu’il y a un privilège féminin. Il se sent lésé, et tient à le faire remarquer. Les femmes ont tout ce qu’il veut, lui. Et c’est pas juste.CBBcUcoWEAAPpzi
A priori, sans trop s’arrêter pour réfléchir, disons un lendemain de cuite sans se rappeler ce qu’on a fait la veille, d’où on se trouve, ni qu’il existe un truc nommé le patriarcat, ça pourrait sembler à peu près fondé: les femmes obtiennent plus facilement ce que veut le Nice Guy. Mais est-ce tellement vrai? Une fois pour toute, je me propose de déboulonner ce mythe.

Entendons d’abord ce à quoi pense Nice Guy en disant « femme ». Il pense à une femme jeune, mince, blanche, cis, hétéro. Il sait bien qu’il existe des personnes de tout âge, de toute constitution physique, y compris malades, handicapées, vieilles, etc… qui se définissent comme « femme ». Mais ce n’est pas à elles qu’il pense. Il les exclut naturellement, s’appropriant le concept « femme » comme correspondant plus ou moins à ses fantasmes.
Mais le Nice Guy pourrait nous répondre que ok, certaines femmes sont seules, etc…, mais qu’à handicap égal, on va dire, les femmes sont « favorisées » puisqu’elles obtiennent du sexe ou des relations « plus facilement ».
Sache que je t’envie, Nice Guy, de croire de telles choses. Je t’envie vraiment. C’est la marque de ton immense privilège, et même si je me vois en devoir de le déconstruire, tu peux te réjouir tous les jours de ta vie pour avoir ce privilège, même les jours où tu ne baises pas. Si.

De quoi parle vraiment le Nice Guy quand il souhaite obtenir du sexe ou des relations?

Qu’est-ce que le sexe? A quoi ça sert? Le Nice Guy veut le sexe. Il ne pense pas au comment, au pourquoi, au qu’est-ce que c’est. Qu’est-ce que le sexe et est-ce vraiment ce que veut le Nice Guy, comme il l’affirme avec une telle véhémence?
J’affirme pour ma part que « le sexe » ou encore « l’acte sexuel » n’est pas ce que recherche le Nice Guy. Réfléchissons: je pourrais aller chercher un passant dans la rue, n’importe lequel, et lui proposer de sodomiser Mr Nice Guy. C’est un acte sexuel, non? Hé bien pourtant, j’ai dans l’idée que Mr Nice Guy ne sera pas satisfait d’une telle proposition.

C’est que le Nice Guy est hétéro, lui! C’est même sa fierté (il se moque des gays « gentiment », utilise pédé comme insulte mais sans penser à mal, et l’idée d’être gay le fait beaucoup rire sans qu’on sache vraiment pourquoi). Bon ok, Nice Guy, les mecs ne t’attirent pas. C’est ton droit. Même si tu chouines, tempête et tape des pieds quand une femme te fait remarquer qu’elle n’est pas attirée par toi. Ne pas être attirée par toi est un droit aussi inaliénable que ton droit de ne pas être attiré par un homme. Mais ce n’est même pas vraiment la question.

Ce n’est pas ici qu’une question d’orientation sexuelle, mais de représentations. Car si on proposait plutôt à Mr Nice Guy de se faire sodomiser par une femme, le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous, à moins éventuellement qu’il espère qu’autre chose se passe. En fait, le Nice Guy ne veut pas un acte sexuel: il veut être pénétrant. Il veut pénétrer une femme, c’est ça qu’il veut. Et il se plaint  en rond que les femmes n’aient qu’à claquer des doigts pour être pénétrées, comme si pénétrer et être pénétré.e, c’était exactement la même chose. Evidemment ça ne l’est pas, mais le Nice Guy croit que les femmes aiment naturellement être pénétrées, que ça ne les dérange pas, et même un peu (avoue!) qu’elles sont faites pour cela. Il croit que le sexe, pour les femmes, c’est ça.
Si on peut aisément voir plus loin que le rapport pénétrant-pénétré dans l’axe sexuel (fort heureusement, la sexualité humaine n’est pas qu’une histoire de bâtons et de trous) on peut, en fait, voir même plus loin que l’acte sexuel lui-même. Car l’acte sexuel n’est pas important en soi, ce qui compte, c’est ce qu’il signifie. Et pour Mr Nice Guy, ce qui compte n’est pas en soi d’être stimulé sexuellement (sans quoi sa main droite suffirait), ce qui compte est justement d’être pénétrant. à la limite, le plaisir n’est pas si important que ça. Un Nice Guy qui a baisé (qui a pénétré une femme), même s’il n’a eu aucun plaisir, peu importe: il a baisé. Un Nice Guy qui vient de se taper une branlette cosmique à lui retourner complètement le cerveau, bon ok il a eu du plaisir, mais il n’a pas baisé. Son problème est intact. Son problème n’est pas le plaisir, c’est la domination, la position sociale qu’il croit que lui confère l’acte sexuel pénétrant.

Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est donc d’être pénétrées. Il ne propose pas une relation sexuelle égalitaire dans laquelle chacun aurait un plaisir égal et ferait ce qu’il lui plait. Ce n’est pas ce qui compte pour lui. Non pas qu’il soit incapable de donner du plaisir, mais c’est la façon dont il envisage la sexualité qui est repoussante pour les femmes, voire même dangereuse. Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est d’être objets de son désir. Bien sur, il est généralement loin d’en avoir conscience, et je pense que cet article va énerver beaucoup d’hommes. Mais c’est pourtant le cas. Aux hommes qui ne comprennent pas pourquoi nous, les femmes, ne reconnaissons pas notre privilège de pouvoir « avoir du sexe » quand on veut, je réponds clairement: globalement, vous ne nous proposez pas du plaisir, vous nous proposez d’être vos objets sexuels (j’ai plein de mots plus vulgaires qui me viennent à l’esprit mais ils sont très violents et par égard pour les femmes qui me lisent, je laisse aux lecteurs et lectrices le soin de les imaginer). Or, si être un objet sexuel peut faire travailler notre mental, parce que nous sommes un peu conditionnées à ça, notre éducation ne réussit pas complètement à faire de nous des serpillères. La plupart des femmes, quand bien même elles fantasmeraient sur la chose, ne sont pas assez lavées du cerveau pour vous servir d’objet masturbatoire juste parce que vous en avez envie. Nous avons nos désirs, nous avons nos plaisirs, et c’est ça que vous n’entravez pas. Vous servir d’objet masturbatoire ne nous intéresse pas, c’est pourquoi il vous semble si difficile d’obtenir du sexe. Vous ne cherchez pas à partager, vous cherchez à nous prendre quelque chose. Vous croyez d’ailleurs que baiser une femme, c’est lui prendre quelque chose. Bien sur que le sexe, en lui-même, ne nous prend rien. Mais dans la façon dont vous percevez inconsciemment l’acte sexuel, c’est le cas. Et concrètement, les croyances ont tendance à se traduire en faits. On pourrait dire qu’un homme qui baise une femme comme un objet, sans lui donner de plaisir, lui prend effectivement quelque chose.

Bien sur, le Nice guy dit aussi parfois vouloir aussi autre chose que du sexe: de l’attention, des caresses, etc… Mais tout Nice Guy digne de ce nom déclamera un discours enflammé sur la tendresse dont il a besoin, l’attention dont il a besoin, l’amour dont il a besoin, sans forcément envisager que tout ne tourne pas uniquement autour de ses besoins. Il n’est  jamais nulle question de ce dont sa partenaire pourrait avoir besoin. Je ne dis pas que les Nice Guys sont incapables de donner de la tendresse, en fait je pense que tout le monde en est capable. Simplement, ce n’est pas ce qui compte à ses yeux. Et finalement, la façon dont il exprime son désir de façon égocentrique, en ne tenant pas vraiment compte de la personne qui lui prodiguerait l’attention et l’amour dont il a besoin, constitue une fois encore un discours réifiant. La personne qui donne de la tendresse n’est dans ses mots plus une personne, mais un anonyme distributeur à bisous. Qu’importe sa personnalité, qu’importe ce qu’elle pense, ce qu’elle vit et la façon dont elle expérimente ce rapport amoureux. Je caricature à peine, pour les besoins de la démonstration.

Bien sur, je généralise un peu plus haut en parlant de pénétration. Il y a des cas où ce que je dis sur la pénétration ne va pas exactement correspondre. Cependant, cette histoire de pénétration est exactement représentative de ce qu’est un Nice Guy. Même si ce n’est pas exactement la pénétration qu’il recherche, c’est la symbolique que le patriarcat lui attribue qui l’intéresse. Autant dire que le sexe n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. L’essence même du Nice Guy, c’est qu’il est en recherche d’une sorte de bonheur dont il se fait une idée plus ou moins précise, mais qui nécessite l’utilisation comme objet d’un autre être humain. Le Nice Guy souhaite utiliser quelqu’un comme moyen pour ses propres fins. C’est ce qui, pour nombre de féministes, est si insupportable chez lui: il se pose en victime, il se prend pour une victime et se plaint de sa position qui serait, selon lui, en bas de l’échelle sociale. Mais dans le même temps, son positionnement est celui d’un oppresseur. Il souhaite utiliser les femmes pour réaliser ce qu’il souhaite, plaisir passager ou bonheur durable, et il croit dur comme fer qu’elles lui doivent d’être ce qu’il veut qu’elles soient. Il refuse de voir en elles des êtres humains autonomes qui existent pour leurs propres objectifs de vie et n’ont pas pour devoir de le servir, ni de le récompenser (même s’il est très gentil avec elles).

male-tearsPas tous les hommes, l’elfe tu nous caricatures t’es vraiment pas sympa espèce de sale féminazgul

Pas tous les hommes, on va me dire. Pas tous les Nice Guy. Qu’importe. Tout le monde n’est d’ailleurs pas obligé de se sentir visé par ce que j’écris, même si je me doute que cette lecture risque d’être pénible à ceux qui se reconnaîtront dans le personnage. Ce que je décris là n’est pas un phénomène individuel, mais global, car construit socialement. Les hommes veulent du sexe parce que le sexe est fait pour eux. Les hommes veulent du sexe parce qu’ils veulent pénétrer et que pour eux, ce mot veut dire dominer, consommer, détruire.

Bien sur, beaucoup de femmes aiment le sexe. Seulement, on dirait parfois que le sexe ne nous aime pas. Si c’est pour se faire pilonner par un marteau piqueur, personnellement j’aime autant jouer une partie de scrabble. Or, c’est ce que proposent 99% des mecs. Certes, il me serait extrêmement facile d’aller me faire utiliser sans ressentir aucun plaisir. Seulement, je n’en ai pas plus envie qu’un Nice Guy a envie de se faire sodomiser pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Ce qui fait que pour moi, comme pour beaucoup de femmes, trouver un partenaire sexuel est en fait quelque chose d’assez délicat et difficile. Sans oublier ce que les Nice Guy ont l’énorme chance de pouvoir oublier perpétuellement, mais ce que les femmes gardent en permanence à l’esprit: les risques de viol. Beaucoup plus d’hommes que vous ne le croyez sont des violeurs. Notamment, la plupart des hommes ne comprennent absolument pas que, quand ils ont eu une relation sexuelle consentie avec une femme, la forcer plus tard à une autre relation sexuelle est un viol. Pas si c’est fait sans violence, pas si c’est fait avec juste des mots, pas si elle n’a « pas assez » dit non.

Et c’est en partie à cause de ça, mes chers petits Nice Guys, que vos larmes de crocodile me fatiguent. Je suis en fait plutôt empathique, je peux compatir avec plein de choses, et je sais que c’est pas drôle d’être seul-e ou de se sentir frustré-e, ça je peux parfaitement l’entendre. Seulement, vos envies et désespoirs de baiser, on les entend en long, en large et en travers, à longueur de journée, et on n’arrive pas à parler d’autre chose sans que vos problèmes ne reviennent constamment sur le tapis. Entendez nos envie de ne pas être violées, ou brutalisées ou tuées (car oui, une minorité de Nice Guy vont jusqu’à tuer, une minorité suffisamment importante pour entrer dans les statistiques). Ok, on a compris que vous avez très envie de baiser, mais personne ne vous doit une relation sexuelle ou amoureuse. Et entendez que nous avons des problèmes un peu plus sérieux que les vôtres; entendez que par contre, le droit à l’intégrité physique, vous nous le devez, c’est notre droit, et globalement il n’est pas respecté. La plupart des femmes subissent des violences de la part d’hommes au cours de leur vie.

Oh oui je sais, vous n’êtes pas comme ça. Vous n’êtes pas violents. Vous allez me le dire, me le chanter sur tous les tons dans les commentaires: « moi, je suis un mec bien, moi ». Aussitôt qu’on parle de la violence que nous subissons, vous nous parlez de vos problème et vous essayez de prouver que vous êtes « un mec bien ». Si vous n’êtes vraiment « pas comme ça », pourquoi est-ce que vous êtes incapable d’entendre que parfois, il n’est pas toujours question de vous tout le temps, que parfois les gens ont leurs problèmes et que vous ne pouvez pas toujours être au centre de l’attention? Si vous n’êtes « pas comme ça », pourquoi vous n’arrivez pas à comprendre que les problèmes de viol et de violence sont importants, plus importants que de prouver que vous êtes un mec bien? L’effort d’empathie qu’il faut pour ne pas mettre son égo sur la table quand quelqu’un parle des violences physiques ou sexuelles qu’il ou elle a subi est réellement minime, et pourtant je constate que pour certains hommes, c’est quasiment impossible.

Est-ce que vous avez vraiment envie d’être ce mec qui, alors qu’on lui parle de souffrances graves, ramène la conversation à lui en essayant de prouver qu’il n’est « pas comme ça »? Est-ce que vous pensez que ça aide? Est-ce que vous pensez que c’est sérieux? Que ça nous intéresse, même?

L’autre jour sur Twitter, on parlait des agressions sexuelles dans les transports en commun sur des mineures, et un Nice Guy Chevalier Blanc a cru bon de venir déclarer qu’attention, tous les hommes ne sont pas comme ça et d’ailleurs faut pas juger trop vite parce que c’est pas ce qu’on croit. On parlait de se faire tripoter par des vieux porcs dans le bus à l’âge de 14 ans. Le niveau d’empathie de ce mec est carrément négatif. Et il croit qu’avec cette remarque, on va s’imaginer qu’il n’est « pas comme ça » et surtout, il croit que ça nous intéresse! C’est complètement dingue. Les hommes ne réagiraient pas comme ça s’ils avaient la moindre idée concrète de ce dont on parlait. Mais pourtant, on a beau en parler sur tous les tons, le plus clairement possible, on dirait que cette réalité leur échappe. On parle de nos expériences dans le vide, personne n’écoute. Si bien que, alors que je ne souhaites évidemment pour rien au monde que ce genre de choses arrive à qui que ce soit, une partie de moi souhaiterait presque que ce mec subisse ça, pour qu’il comprenne enfin ce que c’est et que c’est autrement plus grave que « une personne dans le monde a mal jugé une autre personne ». Comme si c’était le seul moyen, puisque les mots, semble-t-il, ne suffisent pas. Nous ne sommes pas écoutées.

J’ai du mal à être moi-même en empathie avec les Nice Guy car, bien qu’ils soient loin d’être tous sans exception des violeurs, ils se positionnent souvent en oppresseurs dans une dynamique qui fait exister le viol. Ils se positionnent en oppresseurs car ils partent du principe que seuls leurs désirs comptent, et osent fréquemment mettre en équilibre leur désir de pénétrer et le besoin des femmes à ne pas être violées, comme s’il y avait là une sorte de conflit symétrique. Ce n’est pas toujours exprimé clairement, mais c’est souvent ce que je constate. Quand je parle de viol sur ce blog et qu’un Nice Guy ramène la conversation sur son désespoir de non-baise, c’est exactement ce qui se passe. Ils ont également tendance à mettre en équilibre le besoin d’émancipation des femmes, ou leur besoin à l’intégrité physique (ne pas être violées, frappées, etc) avec leur besoin à eux de préserver une bonne image d’eux-même et de ne pas se voir ni être perçus comme violents ou comme faisant partie des oppresseurs. Or, ironiquement, c’est l’inverse qui se passe, car sans l’existence d’un système patriarcal, personne n’oserait jamais mettre ce deux types de besoins sur le même plan. Le besoin de ne pas subir un viol est beaucoup plus important que celui de préserver son égo, c’est presque une question de survie. En ramenant sans cesse la conversation à « je suis un mec bien », le Nice Guy se positionne en oppresseur dans un système patriarcal. Concrètement, discuter sans arrêt de savoir si tel mec est un mec bien ou pas, plombe considérablement les discussions et freine toute velléité féministe. C’est précisément la raison pour laquelle il existe des réunions féministes non mixtes: ça permet d’aborder des problématiques qui sont très rarement possibles à aborder quand il y a des hommes cis dans la pièce. Typiquement le Nice Guy ne comprend pas qu’on puisse parler de problèmes qui ne le concernent pas, qu’il ne comprend pas et sur lesquelles il n’aurait rien à dire: sa façon de participer à une conversation rejoint celle dont il envisage l’acte sexuel. Il pénètre la conversation, il prend et ne songe pas à donner en échange. Il parle et s’attend à être écouté, mais ne prend la peine d’écouter les autres que pour répliquer, et songer à la façon dont il devra se défendre. Il croit qu’il est important.

Ni de cette sexualité, ni de ce transfert d’amour à sens unique, ni de ces conversations à monologues, nous ne voulons. Nous ne souhaitons pas plus te servir d’objet masturbatoire au sens littéral que métaphoriquement, en écoutant tes malheurs et tes complaintes misogynes pendant que tu ignores royalement ce que les autres ont à dire. C’est pourquoi, à ton grand désespoir, je filtre les commentaires sur ce blog. Je ne te donnerai pas le loisir d’étaler ton sexisme crasseux à tous les regards, mais si tu as une once d’intelligence en toi, tu es capable de comprendre que c’est une chance que je t’offre. Avec celle, immense et précieuse, de te remettre un peu en question.

Les animaux d’abord

cochonVégane? Et l’écologie, alors? Et ta santé?

Ma santé, ça va, merci. Et je ne me lancerai pas – je ne me lancerai plus – dans une diatribe fustigeant la viande, ce poison, le lait cette arme de destruction massive, et sur comment je vais tellement mieux depuis que je suis végane et que j’ai perdu du gras du cul et toutes ces conneries. D’un élan désintéressé d’empathie fraternelle, d’une exigence de justice pour les animaux, le véganisme doit-il devenir un « mode de vie » branchouille? Si oui, alors allons-y, montrons nos beaux abdos et nos jolis cuisses fermes. Seul problème: les animaux s’en foutent.

Plus j’évolue dans le véganisme, et plus je me rends compte à quel point nous défendons mal les animaux. En fait, la plupart du temps, nous ne les défendons même pas, occupés que nous sommes à nous défendre nous-même. C’est clair que les véganes sont cools, intelligents et beaux. Et si nous étions tous cons et moches, devrait-on manger les animaux pour autant?

Autant de phrases ou d’idées qui occultent le sort réservé aux animaux:

« Le régime naturel de l’homme est frugivore »
Tu m’en diras tant… Malheureusement, je pense que c’est faux, au mieux c’est inexact. C’est vrai que nous avons une morphologie plutôt frugivore comme les chimpanzées et les gorilles. Mais même nos lointains ancêtres australopithèques consommaient des petits insectes ou des restes de charognes, et c’est ceux qui avaient le régime le plus proche du frugivorisme. Les chimpanzées ont beau être majoritairement frugivores, ça ne les empêche pas d’attraper des singes plus petits et de les bouffer. Et quand on examine le régime alimentaire de nos ancêtres (grâce aux dents fossilisées), il n’apparait pas que le moindre d’entre eux n’ait été strictement végétalien. En fait, la question de savoir si « le régime naturel de l’homme est frugivore » n’a rien à voir avec la choucroute. Les chats ont beau être carnivores, ça ne les empêche pas de brouter de l’herbe, donc même s’il était avéré que nous étions frugivores, ce ne serait pas une raison pour ne pas manger de viande du tout. Ceci étant, le plus gros problème que cette affirmation me pose, ce n’est pas qu’elle soit fausse, mais qu’une bonne partie des gens qui profèrent ce genre d’ineptie sont convaincus que le problème est là. C’est à dire que s’ils changeaient d’avis sur le « le régime naturel de l’homme », ils se mettraient à manger de la viande et des produits animaux. Ce qui signifie que la vie des animaux n’a pas de valeur pour eux. Et si elle a en a une, alors je ne vois pas l’intérêt de rester aussi attachés à de telles croyances et de débattre sans fin pour savoir dans quelle mesure les produits animaux sont mauvais pour la santé, ou pour essayer de prouver qu’il y a bien un « régime naturel » végétalien pour l’être humain.

L'homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l'a conçu dans un but particulier. D'ailleurs, c'est une femme. Question suivante.

L’homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l’a conçu dans un but particulier. D’ailleurs, c’est une femme. Question suivante.

Cela vaut aussi pour des arguments de type « aucun animal ne tète le lait d’une autre espèce ». En fait, dans la nature, aucun animal n’a vraiment l’occasion de consommer du lait d’une autre espèce. Si on leur en offre, la plupart ne disent pas non. Bien sur, on peut souligner le fait que nous n’avons pas besoin de boire du lait de vache, mais par pitié, pas d’arguments dignes de la manif pour tous, du genre « c’est contre-nature beurk ». La nature n’a rien demandé, rien exigé. La production laitière exige d’exploiter des vaches, de les abattre à un âge très jeune, de tuer leurs petits, (alors oui il y a toujours un éleveur pour dire qu’il en tue pas ses veaux ou ses chevreaux, qui change de sujet 25 fois quand on lui demande ou il les met, pour finir par admettre à demi-mot qu’il les vend à des gens qui les tuent, alors merci mais ce n’est pas la peine de me raconter des salades). C’est pourquoi les véganes se passent de produits laitiers, ce qui est tout à fait possible. Je ne vois pas ce que Mère Nature vient faire là-dedans.

La viande et le lait sont des poisons, les mangeurs de viande sont en mauvaise santé, obèses, diabétiques…
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Militer c’est chiant

Toutes ces injustices dans le monde t’indignent? Tu pense qu’un monde meilleur est possible? Tu crois en des valeurs égalitaristes, féministes, antispécistes et autres trucs très chouettes en -iste?

C’est bien, tu es mur pour militer!

Ou pas.

Militer n’est pas une obligation. Militer prend du temps, de l’énergie. Nous sommes tous pris dans des vies parfois difficiles. Nous avons nos problèmes. Certains d’entre nous subissent d’ailleurs des injustices sociales (sexisme, racisme) qui sont handicapantes et qu’ils doivent eux-même déconstruire pour avoir une meilleure vie.

Militer peut aussi être un privilège. La mère célibataire de 3 enfants milite rarement… Militer peut être difficile, voire impossible, pour certaines personnes, qu’elles soient jeunes et dépendantes de leurs parents, vieilles et isolées… Bien sur, grâce à internet, des possibilités se sont ouvertes, qui n’existaient pas avant. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile…

mots - copieMiliter nécessite des ressources

Militer, c’est donner de son temps et de son énergie pour faire le monde un peu meilleur qu’il ne l’est. C’est beau, c’est chouette, c’est altruiste, et parfois on ne peut pas le faire. Militer demande des ressources, alors que certaines personnes n’arrivent déjà pas à réunir assez de ressources pour vivre normalement. Attention, je ne parle pas ici (que) de ressources matérielles: ça peut compter, mais je parle surtout de temps, d’énergie. Car militer est très consommateur d’énergie.

Je pense qu’on pourrait trouver beaucoup, beaucoup d’exemples pour illustrer ce que j’essaie d’expliquer. Mais je vais prendre celui que j’ai sous la main: le mien.

Quand mon fils est né, je n’avais parfois plus l’énergie de me cuisiner un bol de pâtes. Je ne sais pas exactement comment j’en suis arrivée là, parce qu’honnêtement, d’un point de vue extérieur, rien ne semblait si difficile: je n’avais pas de problèmes graves dans ma vie, je ne suis même pas mère célibataire, mon fils n’a aucune maladie ou handicap spécial. Il était juste là, avec un immense besoin d’attention, sans doute supérieur à la moyenne, mais ça n’a rien d’inhabituel. Sans doute qu’être mère a réveillé quelque chose chez moi que j’avais jusque là réussi à endormir. Ce fut une longue dépression post-partum qui s’installa. Et je ne pouvais rien faire. Je me sentais impuissante.

Malgré cette condition, je me suis évertuée à continuer les actions Food Not Bombs dans ma ville. J’étais très fière d’avoir lancé le collectif, j’avais investi beaucoup de moi-même dans ce projet, et je ne voulais pas abandonner. Après seulement un ou deux mois d’absence, j’y suis retournée avec mon bébé en écharpe. Le collectif avait alors (et a toujours) une façon très lourde de fonctionner puisque nous n’avons pas de cuisine fixe pour préparer les repas et devons à chaque fois trouver une cuisine, organiser l’évènement, transporter du matériel en plus de la récup’, etc… C’était donc très difficile pour chacun. De plus, les membres du collectif ne réalisaient pas, je pense, l’état d’épuisement dans lequel j’étais (mais ce n’est pas du tout de leur faute, c’est moi qui aurais du être plus lucide). J’ai un souvenir assez pénible d’être allé faire des courses pour le collectif alors que je n’avais pas l’énergie de les faire pour moi-même et que je ne mangeais que des pâtes (quand j’arrivais à me traîner suffisamment pour me les faire cuire).

Rétrospectivement, franchement, c’était une erreur. Avant cela, j’avais donné beaucoup de moi-même, et aller faire les courses était une broutille à côté de toute la peine que je m’étais donné pour faire marcher le projet. Sauf que tout ce que j’avais fait, je l’avais fait avec joie. Même trimballer 15kg de légumes à pieds sur 3km, je l’avais fait avec joie, parce que j’avais envie que ça marche, et parce que même si c’était difficile, j’avais l’énergie pour le faire. Quelques mois après la naissance de mon fils, je n’avais plus l’énergie. J’avais presque le sentiment de me faire exploiter (alors que c’était mon choix de participer, personne ne m’y avait forcé).

Mais militer, ça demande des efforts. Je ne pouvais pas militer sans faire d’efforts. Et quand vivre est en soi un effort, on ne peut pas forcément militer. Et ce, même si c’est quelque chose qui nous apporte aussi beaucoup d’énergie, qui nous remplit de positif et nous aide à affronter les difficultés de la vie. Pour ça, on doit faire les choses avec cœur, et on doit en être capable, émotionnellement, spirituellement, matériellement, etc…

Après avoir réalisé ce qui se passait en moi, j’ai cessé de contribuer au Food Not Bombs, pour n’y revenir qu’occasionnellement plus tard. Même maintenant, je ne participe plus à toutes les distributions, alors que je n’en ai jamais raté une seule quand j’étais enceinte. J’écris cela avec amertume car j’aimerais beaucoup faire plus. Mais même si c’est douloureux pour moi de ne plus être au top, j’essaie de me respecter et de ne pas faire plus que ce dont je me sens capable. Je pense que faire autrement n’apportera rien de bon, ni à moi, ni au collectif, ni aux causes qu’il défend.

Militer, c’est quoi?

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