Tout ça pour ça.

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Il n’est pas mon habitude de mettre des selfies ici. Encore moins d’une autre partie du corps que le visage. C’est un peu intime, quoi. Et je parle très peu de moi sur ce blog, d’habitude. Mais ce matin, j’ai pensé que je pouvais faire exception à ma réserve habituelle. Car ce matin je me suis regardée dans la glace et j’ai vu ça.

Oui, regardez bien. A droite. Cette chose inconnue. Regardez mieux. On voit trois poils et demi qui se battent en duel. Vous les voyez? Ah mais je vous entends d’ici demander « d’habitude, elle parle de sujets de société, de militantisme, de lutte, de changer le monde, et tout ça, enfin de trucs importants quoi, et voilà qu’elle vient nous rebattre les oreilles avec ses 3 poils d’aisselle, ça y est on a perdu l’elfe ».

Bon, je vous remet le contexte. Hier j’ai reçu 2 demandes d’interview dans la même journée. J’avais déjà répondu à celle-ci, dans l’obs, il y a quelques temps. Suite à cette interview de l’obs, j’ai reçu de nombreux commentaires haineux (attention si vous allez voir les commentaires, ça pique, si vous êtes maso y a aussi ceux de facebook) et j’ai même reçu une lettre d’insultes sur mon facebook privé. Plusieurs personnes m’ont dit que je faisais honte au féminisme, que je n’avais rien compris à ce noble combat et que je desservais la cause.

Ah oui, et j’oubliais, il m’a été proposé de passer à la télé, dans l’émission « c’est mon choix ». J’ai refusé car j’avais peur qu’il y ait une certaine violence dans les discussions et les réactions du public, je n’avais pas envie d’être en position de devoir me défendre, qu’on me dise que je suis dégueulasse ou des choses comme ça. Mais bon, on me l’a proposé, quoi.

J’ai été interviewée une fois parce que j’ai fondé le collectif food not bombs montpellier et une fois pour parler de véganisme. Je reçois donc plus de demandes d’interview pour mes poils que pour tout le reste réuni. En fait, je dois avouer que ça me saoûle un peu qu’on m’interviewe bien davantage pour un détail (mineur, je trouve) de mon apparence physique plutôt que pour des choses que je fais. Je veux dire, je lis, j’écris, je discute, je fabrique des choses, j’élève un enfant, je suis végane, j’ai voyagé, je réfléchis, j’ai plein d’idées sur tout. Et on m’interviewe pour parler de mes poils axillaires. Je réponds avec plaisir (quand il ne s’agit pas de m’exposer trop comme je pense que c’est le cas à la télé), et puisque les gens y mettent de l’enjeu, alors il y en a. Mais ça montre à quel point la société a grand besoin du féminisme.

Certes, j’ai dit dans l’Obs que ma non-épilation avait, à mon avis, une portée féministe. Mais vous savez, pour être honnête, je n’y croyais pas plus que ça à ce moment-là. Enfin, pas autant que maintenant. Disons que je ne voyais pas ça comme quelque chose de spécialement très transgressif, comme quelque chose d’important, je n’y mettais pas tellement d’enjeu. Je me disais que je gagnais du temps et de l’argent, et que la peau de mes aisselles n’était plus irritée en permanence comme c’était le cas avant et que c’était plutôt une bonne chose. Je me disais que de toutes façons je m’étais habituée comme ça, que j’avais la flemme de m’épiler et voilà. Je ne mettais pas à cette absence d’épilation une bien grande portée féministe. Les réactions que l’article a eues m’ont faite changer d’avis. J’écrivais en commentaire à l’article que ces commentaires m’avaient fait « prendre contact avec l’aspect subversif de ma démarche » (oui j’aime bien me citer moi-même yakoi). Il y a même des personnes se disant féministes qui ont des propos assez violents pour condamner ce que je fais (enfin, ce que je ne fais pas, plutôt).

J’ai été comparée à des singes (je trouve pas ça insultant, mais ça l’est pour les personnes qui le disent en tous cas), on m’a dit que je devais être dégueulasse, puer, on a comparé l’arrêt de l’épilation avec le fait d’arrêter de se laver ou de se torcher les fesses, on m’a dit que c’était crade, moche, et j’en oublie… Et surtout que ça n’avait rien de féministe et que je desservais la cause. Juste pour voir à quel point ça va loin, voici un message que j’ai reçu, attention ça pique les yeux:

« Encore une speudo – feminisme sans cervelle… lol… tu dois avoir le QI d’ une femen, j’ imagine… tu crois vraiment qu’ en ne pas t’ epillant les dessous de bras tu vas faire vraiment avancer le feminisme… le Vrai? … encore une petite conne sans cervelle qui fait reculer et discredite le vrai combat du femnisme… t’ as demarche est sale, malsaine et sert à rien….tu te considères comme un feminisme… va en Turquie, dans certains pays arabes… mais te proclame pas feminisme… tu fais honte aux Grandes Feminismes : Simone de Beauvoir doit se retourner dans sa tombe… avec des mal baisées de ton genre… t’ es feministe et vegan…bref t’ es une fille à la mode….c’ est tout… tu sentir le fumier et la bouze… c’ est tout… va te faire soigner… la speudo feministe de 24 ans« 

 

Donc voilà, ce qu’il y a d’intéressant dans ces réactions, c’est de voir à quel point les gens y mettent de l’enjeu et surtout ce déni que ça ait quoi que ce soit à avoir avec une démarche féministe. Y a aussi que je dois toujours me justifier en disant que chacune s’épile si elle en a envie. C’est normal de ne pas distribuer des bons points de féminisme en fonction de si les femmes s’épilent ou pas. Mais même quand je précise que c’est totalement une question de liberté, je suis quand même perçue comme une menace. Oui, parfaitement, comme une menace, j’ai réfléchi avant d’écrire ce mot. Le gars qui m’a écrit le message que j’ai cité, il habite pas dans la même ville que moi, il me connait pas, sans doute il me rencontrera jamais de sa vie. Il les verra pas, mes poils sous les bras. (D’ailleurs, même les gens que je côtoie dans la vraie vie, en général ils ne voient rien, je me balade pas en top les bras levés toute la journée été comme hiver). Mais pourtant, il y met de l’enjeu, assez pour retrouver mon facebook personnel et m’écrire un message. Il y met de l’enjeu féministe, aussi. Opposant le vrai féminisme et celui des poils sous les bras.

Je me rappelle, une fois, j’étais chez un vague pote, et on parlait de féminisme. Je lui ai dit que la plupart des hommes avaient peur du féminisme, qu’ils avaient des préjugés. Il était d’accord avec moi et il m’a répondu quelque chose comme: « il s’imaginent que t’es une poilue! ». A cette époque, j’envisageais déjà de cesser l’épilation. J’ai rien dit, mais j’ai réfléchi. Je me suis dit: quel rapport avec les poils? Le fait que je sois « poilue » change qui je suis, change la portée de mes propos.

Pour beaucoup de gens il y a deux féminismes, disons qu’il y en a un respectable, fait de personnes sérieuses, et un où les femmes se laissent pousser les poils sous les bras; et bien sur, le second est non seulement vu comme un « faux féminisme », mais il est perçu comme menaçant, d’une certaine façon. Faux, menaçant, dangereux, mais aussi futile, se « trompant de combat ». Mais ce qui est fou c’est quand même que la classification entre sérieux/futile, entre vrai et faux féminisme, se fait en fonction d’un critère physique esthétique. Vous voyez, comme je ne m’épile pas, le gars m’oppose à Beauvoir. Comme si je pouvais pas avoir lu Beauvoir (et je l’ai lue, entre autres) et avoir des poils sous les bras. Comme si je pouvais pas lire, écrire, penser, réfléchir et avoir des poils sous les bras. Comme si tout ce que je disais n’avait plus d’importance parce que j’ai des poils sous les bras.

Et l’enjeu est de taille. En même temps, si le combat était si futile, si mon féminisme porte pas plus loin qu’un pet de moineau, alors pourquoi toutes ces réactions, ces commentaires, ces messages, ces insultes? Pourquoi prendre la peine de m’écrire, pourquoi y mettre autant d’enjeu? J’ai un peu réfléchi à ça, puis j’ai lu cet excellent article d’antisexisme.  Je vous en conseille vivement la lecture, mais j’ai surtout trouvé très intéressante l’idée d’un « retour de bâton »: pour résumer brièvement, le gain de certaines libertés pour les femmes se serait vu compensé par d’autres formes de contraintes, dont des normes de beauté très sévères:

« Ce développement de l’industrie cosmétique au moment où les femmes gagnaient un peu en indépendance a été interprété comme une façon de limiter leur liberté nouvellement acquise26. Ce type de retour de bâton ne serait pas le premier de ce genre. »

Et il y a également l’idée, très intéressante au regard de ce dont je parle ici, que les normes de beauté exigées des femmes seraient une sorte de marque de soumission:

« En effet, la « beauté » qu’on requiert des femmes n’est pas quelque chose de neutre politiquement. Les pratiques de beauté ne sont pas seulement pénibles ou anxiogènes : elles peuvent être analysées comme des actes de subordination, comme une sorte de génuflexion collective face au pouvoir masculin.« 

En lisant cette dernière phrase, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec les réactions que j’ai reçues et que j’ai trouvé totalement disproportionnées. Cela répond au moins en partie aux questions que je me posais, comme: pourquoi ce type qui ne me croisera sans doute jamais dans toute sa vie s’intéresse à mes poils d’aisselle au point de me pondre un pavé? Pourquoi tant d’enjeu autour de ça? Pourquoi opposer un féminisme respectable lisse, et un féminisme dangereux poilu?

Même les féministes le font. Y a un article féministe qui circule pas mal, dans lequel l’autrice essaie de casser les clichés, et notamment elle rassure ses lecteurs sur le fait qu’être féministe ne signifie pas être « poilue » ou « lesbienne ». Elle pensait sans doute pas à mal en écrivant ça. Elle serait peut-être bien en peine d’expliquer en quoi il est mal d’être poilue ou lesbienne, en quoi ça réduirait l’impact ou l’importance de nos luttes, en quoi on ne serait plus aussi dignes d’être écoutées. Je vais pas vous ressortir les chiffres, mais entre violence conjugale, viol, harcèlement, inégalités au travail, précarité, et j’en passe, c’est quand même une lutte importante, le féminisme. Et pourtant il faut croire que quelques poils sous les aisselles en réduisent la portée. Pourquoi? Quant au truc sur les lesbiennes, ce n’est ni plus ni moins qu’une forme d’homophobie, c’est pas le sujet ici mais je me dois tout de même de le faire remarquer, parce que c’est grave.

Je le redis, parce qu’on me le demande souvent, j’oblige personne à faire comme moi. Une féministe qui s’épile n’est pas moins féministe, ni une plus mauvaise féministe, qu’une qui ne s’épile pas. Cependant, je constate que le fait de ne pas s’épiler change beaucoup la façon dont les gens perçoivent nos luttes. Et c’est ce qui m’encourage à continuer de ne pas m’épiler. Parce qu’il faut pas seulement que les gens écoutent ce que j’ai à dire, il faut qu’ils m’écoutent alors que j’ai des poils sous les bras. Et ça, quand même, c’est tout une lutte en soi. ça veut dire que mon corps doit vraiment m’appartenir, ça veut dire que ça me regarde moi et personne d’autre. Ça veut dire tout simplement que, que je sois épilée ou non, ça ne change rien à la portée de mes propos, ça ne change rien à la validité de mes ressentis, de mes raisonnements ou de mes analyses, ça ne change rien au fait de savoir si on doit m’écouter. Ça veut dire que, même si je me soumet pas à ce dictat de l’épilation (oui c’est un dictat, venez pas dire le contraire après avoir lu les commentaires), ben je suis quand même une personne, je suis quand même quelqu’un, un être humain, que je mérite le respect autant que n’importe qui. Ça veut dire que je devrais pas avoir besoin de m’épiler pour qu’on m’écoute, pour qu’on me respecte. Ça veut dire que je suis un être humain indépendamment de mon physique, comme… Ben, comme un homme, quoi. Les hommes sont beaucoup plus facilement considérés comme des êtres humains à part entière indépendamment de leur potentiel de baisabilité, vous ne trouvez pas? J’aime beaucoup cette définition selon laquelle le féminisme est « l’idée radicale que les femmes sont des personnes« .

Alors voilà. A la fois, on le voit sur cette photo, c’est pour ça que je l’ai prise: c’est rien, rien du tout, c’est trois poils et demi qui se battent en duel. Et pourtant les gens y mettent tellement, mais tellement d’enjeu, tellement d’importance, que c’en est dément. Et je trouve que ça dit beaucoup. Et si ces quelques poils changent la personne que je suis ou l’importance de ce pour quoi je lutte, ou le sérieux avec lequel on doit prendre ce que je dis, c’est que je suis quand même un peu, pour les gens, un morceau de viande avant d’être un être humain. Et ça, c’est important, et ça doit changer.

Le Social Justice Warrior TradeMark

J’ai hésité avant de publier cet article, écrit à la va-vite pour moi-même, pour me défouler, pour extérioriser une certaine forme de colère. je l’avais écrit à l’origine contre les SJW. Etant donné que je le rend finalement public, je préfère le diriger contre les « SJWTM » (Social Justice Warrior TradeMark, soit mon portrait du parfait petit militant casse-bonbon), parce que ce n’est pas très juste de viser « le SJW » qui peut-être quelqu’un de vraiment chouette et ne pas mériter du tout ce portrait au vitriol. Mais il se fait rare. A part cette légère modification, je publie donc le texte en l’état. J’assume son inutilité totale, mais il m’a fait du bien à écrire, alors j’espère que certains trouveront qu’il fait du bien à lire. Et si vous vous sentez visés… Bon courage!

Les Social Justice Warrior me les brisent.

Le SJW modèle est en colère, et il veut que tout le monde le sache. Sa colère est énorme, massive, explosive et ne doit pas être bridée. Mais mon coco, c’est pas tout d’être en colère. la colère n’est pas une fin en soi. C’est même rien d’autre qu’un début, d’être en colère. Encore faut-il en faire quelque chose, de cette colère. Trouver des façons militantes, créatives, transformer cette colère en quelque chose de positif, car c’est ce qu’elle est, la colère, elle est une force, elle est un moteur, elle te pousse vers l’action. Et tu en fais quoi?

Le SJWTM agit en rond, tourne dans son bocal comme un poisson. Sa colère, il ne sait plus où la mettre. il la dirige contre tout et n’importe qui, au petit bonheur la chance.

Le SJWTM a le droit de te parler comme à une merde, et même de te harceler et n’a pas peur de te pousser au suicide, car il sait que c’est pour la Bonne Cause. Faire chier les gens qui ne sont pas d’accord avec lui, c’est l’idée la plus proche qu’il se fasse de la justice sociale.

Le SJWTM est con. Il croit qu’il existe des réponses bêtes, simples et méchantes à des questions complexes.

Le SJWTM veut de la justice, et qu’on ne bride jamais l’expression de sa colère. Si on lui demande s’il est juste que n’importe qui se prenne la colère de n’importe qui dans la gueule, il va te dire que t’es qu’un oppresseur parce que de toutes façons c’est un problème qui arrive aux autres, donc c’est pas grave. Le SJW ne veut pas réfléchir à des questions compliquées. Si t’es pas avec lui, t’es contre lui. Donc t’es un oppresseur qui doit check ses privilèges.

Le SJWTM se pose des questions compliquées et difficiles auxquelles il n’existe pas de réponse toute faite, mais refuse de trop réfléchir et d’entrer dans des débats constructifs où tout le monde ne sera pas d’accord avec tout le monde. Il se pose des questions complexes et y répond par l’adhésion à une pensée sectaire, toute faite et pré-mâchée, de peur de se tromper ou de contrarier ceux qui s’y connaissent mieux que lui dans ce jeu-là. Le SJW a peur de réfléchir par lui meme, il n’est pas habitué à tant de liberté. le SJW préfère qu’on lui dise quoi penser, même s’il ne comprend pas exactement pourquoi il faut penser ceci ou cela.

Le SJWTM ne sait pas pourquoi il ne faut pas être abolitionniste(1), alors il demande à d’autres SJW de lui dire pourquoi, pour qu’il puisse le répéter comme un perroquet à des gens qui sont abolitionnistes. Et il croit qu’il milite.

Le SJWTM préfère adhérer à une pensée prémâchée, prédigérée, que réfléchir par lui même. Il préfère se soumettre à une hiérarchie recomposée légèrement différente de celle à laquelle il est habitué et contre laquelle il cherche en vain à se révolter, mais pas trop différente quand même. S’écrasant volontiers devant la brutalité de ceux qui en savent plus long que lui sur les lois et les règles de ce microcosme, il dominera les autres à son tour aussitôt qu’il le pourra.

Le SJWTM se dresse avec plus ou moins courage contre certaines injustices, pour s’écraser devant d’autres quand elles proviennent de ce milieu qu’il chérit. Comme tout humain, et bien malgré lui, il est plus sensible à certaines injustices que d’autres, il n’a pas de mot assez dur pour qualifier certaines oppressions, il crache une haine sans limite au visage de ceux qui perpétuent un certain type d’injustices, pour en perpétuer lui-même d’autres à son tour, au nom de la Justice Sociale.

Le SJWTM vit dans un univers de telle subjectivité qu’il ne peut jamais se mettre d’accord avec personne, à moins d’adhérer à la pensée d’un gourou sans le moindre esprit critique. Il prétend ne pas hiérarchiser les oppressions, parce que c’est mal, on le lui a appris. Mais en luttant contre certaines, il en perpétue d’autres.

C’est que, je le disais plus haut, le SJWTM est en colère, et ne sait que faire de cette colère, qui fermente en lui comme un poison, sans jamais se transformer en une force d’action vers quoi que ce soit de constructif. Le SJW a toujours une bonne raison pour ne rien faire de sa colère, il ne sait pas faire, il trouve ça trop dur, il est trop jeune ou inexpérimenté, il passe trop de temps sur facebook (sic) ses recherches d’emploi lui prennent trop de temps (re-sic) ou encore, il doit trouver le temps de sortir son chien (re-re-sic). Militer, pour lui, revient à cracher son venin, sans jamais s’arrêter deux minutes pour penser en terme de stratégie, en terme de « qu’est ce qui va se passer si je fais telle chose ». Le SJWTM ne se demande jamais « est-ce que ça sert à quelque chose de répondre à ce commentaire insultant sur facebook ». Il répond parce qu’il est persuadé que militer c’est ça, que la militance revient à faire sortir sa colère et que quand il aura fini, ça ira mieux, que le monde sera bien plus juste qu’avant et que tous ses problèmes seront réglés. Mais à force de faire exploser la colère au visage de n’importe qui, elle nous revient bien souvent dans la gueule, et nous ressemblons à une bande de cocktails molotov tous enfermés dans un carton de nitroglycérine.

Le SJWTM croit que la colère s’évacue en hurlant, alors que hurler, ça casse juste les couilles. Le SJWTM m’en veut d’ailleurs à mort parce que j’ai écrit « casser les couilles », et que plus tôt je l’ai traité de con, ce qui est sexiste, cissexiste et j’en passe. Le SJW voudrait faire évoluer le langage, il hurle donc sur tous les gens qui utilisent des termes oppressifs en pensant que quand il aura bien fini de hurler sur tout le monde, le langage ne sera plus oppressif. Ou alors, il créé des laboratoires plus ou moins secrets sur les internets pour inventer des insultes pas oppressives et au final pas du tout insultantes donc totalement inutiles.

Le SJWTM veut des milieux safe, alors il saute à la gorge des gens qui ont dit un mot plus haut que l’autre. Il insulte et méprise tous ceux qui ne sont pas d’accord, se rengorge de son petit pouvoir comme le flic de bas étage qu’il ne devrait pas être, mais qu’il devient peu à peu. Quand il n’y a plus que des amis à lui et des gens totalement soumis dans son groupe facebook, le SJW est content. Il pense que c’est safe. Il a juste viré tous les gens qui ne sont pas d’accord avec lui ou qui ne supportent pas son autoritarisme.

Le SJWTM veut renverser l’oppression, et se comporte comme un petit macho viriliste, avec cependant un vocabulaire légèrement différent. Le SJW pisse autour de son territoire comme le dernier des « mecs cis hétéro » qu’il méprise tellement fort (à plus forte raison quand il en est un).

Quand le SJWTM est vraiment trop vener, encore plus que d’habitude, il prend un mec ou une meuf lambda, de préférence un mec, de préférence cis et hétéro, mais il fait avec ce qu’il a sous la main, il le harcèle, l’insulte, le traîne dans la boue, il fait un « meme » avec sa tête pour montrer que cette personne est vraiment une sous-merde, et il diffuse ça sur ses milieux safe. Il se marre bien avec ses potes safe, et il va se coucher heureux, en se disant que décidément la justice sociale c’est bien cool, et que demain on ruinera la vie d’une autre personne.

Le SJWTM est vraiment une sous-merde, en fait.

 

[(1) Je dis pas qu’il faut être abolitionniste. J’en suis revenue. Seulement j’aime bien que les gens sachent pourquoi ils pensent ce qu’ils pensent ou croient penser. L’anti-abolitionnisme de principe est un bon exemple.]

Social Justice Warriors, notre violence n’est pas virtuelle

Cet article sera sans doute un peu hermétique à certaines personnes puisque je l’ai écrit principalement en réponse à la violence ayant lieu dans les milieux militants sur les réseaux sociaux et en particulier sur Twitter Je préfère m’exprimer ici et non pas sur Twitter car d’une part j’ai quitté ce réseau pour les raisons que j’explique ici; d’autre part le format de toutes façons ne le permettrait pas, écrire un article est plus demandeur de temps et d’énergie mais me permet de m’exprimer avec beaucoup plus de liberté.

Comme le savent sans doute les utilisateurs de ces réseaux, à qui s’adresse cet article, l’acronyme SJW (pour Social Justice Warrior) désigne, de façon plutôt péjorative, bien que parfois méliorative, les militants égalitaristes qui s’y trouvent. Je suis navrée d’utiliser un tel mot, gentils SJW dont je suis parfois, mais j’en ai plein le cul. Plein de cul de votre violence. Et même, puisque c’est de l’intérieur que je l’ai constatée, et de l’intérieur que je souhaite en critiquer les excès, de Notre violence. Je suis désolée pour la longueur outrageusement excessive de cet article, qui n’intéressera qu’une partie de mes lecteurs, mais j’en ai gros sur la patate.

Depuis longtemps, j’essaie d’alerter sur la violence des milieux militants sur internet, et en particulier sur Twitter (les raisons n’en sont pas très claires pour moi). Il m’est invariablement répondu que la colère des uns est légitime, que la culpabilité des autres est avérée. Preuve qu’on ne se comprend pas. Je n’ai jamais dit le contraire, je ne parle pas de ça. Il est mal vu de questionner l’usage certains outils militants, comme un crime de lèse-majesté. Pourtant, peu importe le bien-fondé et l’utilité de ces outils: TOUT peut être questionné, et tout doit être réfléchi.
Quant à la violence, il m’est répondu continuellement: soit qu’elle est pur produit de mon imagination (je serais une sorte de drama-queen voyant de la violence là où elle n’est pas), soit que ses auteurs sont eux-même victimes de violences. Pour la première partie, je regrette de ne pas disposer d’une imagination à la hauteur: injonctions au suicide, harcèlement, publication des coordonnées IRL de personnes harcelées, j’ai vu passer tout ça dans un silence à peine troublé par quelques protestations timides. Et encore d’autres « petites violences » sur lesquelles je vais revenir.
Quant au fait que les auteurs de violences en soient eux-même victimes, je n’en doute pas une minute. La violence ne vient jamais de nulle part. Ce n’est pas pour autant ce qui la rend juste, souhaitable ou légitime. Qu’on puisse comprendre, expliquer cette violence, c’est une chose. Qu’on lui laisse libre cours en est une autre, et quand bien même seuls les coupables seraient châtiés (ce qui n’est pas le cas, c’est ce que je vais tenter d’expliquer ici) on peut s’interroger sur de tels procédés et sur leurs conséquences effectives. Cette violence est-elle un moyen efficace de combattre les oppressions et de lutter pour plus de justice? J’en doute fort, et je vais tâcher d’expliquer pourquoi.

La légitimité de la colère et de son expression

Je voudrais d’abord dire un mot en faveur de l’expression de la colère, pour être sure que je me fais bien comprendre quand je parle des limites de certains concepts.
Dans les sphères militantes, il n’y a pas que des gens qui ont décidé d’être militants parce qu’ils n’avaient rien à faire le week-end. Il y a des gens qui font face à une déshumanisation constante de la part de la majorité de la société. Prenant conscience de l’oppression dont ils sont victimes, il est normal et sain qu’ils se mettent en colère. Et non seulement leur colère est légitime, mais attendre d’eux qu’ils ne l’expriment pas, ou qu’ils l’expriment d’une certaine façon (sans trop faire de vagues, en restant poli et courtois) constitue encore une forme de déshumanisation. Être en colère, c’est d’une certaine façon, exister en tant qu’individu, en tant qu’être humain qui a ses propres désirs, aspirations, etc…

Vouloir museler toute forme de colère est une profonde violence qui ne dit pas son nom parce qu’elle peut être exercée de façon extrêmement polie et courtoise. C’est d’ailleurs une violence de laquelle sont victimes beaucoup de gens dès l’âge le plus tendre, dès leurs premières manifestations de colère (donc d’individualisation). Il est impossible pour moi d’ignorer les traumatismes qui résultent d’un tel traitement.
Aussi, quand je parlerai ici de violence, je voudrais qu’il soit bien clair que je ne cautionne en aucun cas tout discours visant à évanouir la colère des discours ou des débats militants.
Quant aux discussions entre militants, elles sont souvent houleuses, et il ne pourrait en être autrement. Des gens discutent de sujets importants ou graves qui les touchent profondément, il est donc naturel que les débats puissent être houleux. Exiger que les discussions soient lisses et courtoises en toutes circonstances n’est pas seulement irréaliste, c’est aussi museler ce qu’il y a de plus important dans le militantisme: le fait que les gens soient profondément impliqués dans ce qu’ils défendent. Et au final, c’est également une forme de violence.

Je ne plaide pas ici pour une « non-violence » creuse au bénéfice des gens dont la violence des propos ou des actes serait plus difficile à voir et à expliquer. Je ne plaide pas pour une « bienveillance » de surface qui profiterait uniquement aux oppresseurs. Je suis autant que n’importe qui, favorable à l’expression de soi, y compris de la colère. Et pourtant, je pense qu’une certaine forme de bienveillance est compatible avec la colère. C’est même précisément ce qui l’autorise, d’un certain point de vue, puisque s’autoriser à être en colère, c’est s’autoriser à exister, à s’indigner des injustices qu’on subit. C’est donc être bienveillant avec soi-même. Si des gens sont bienveillants envers vous, ils ne vous reprocheront jamais de vous mettre en colère, et d’ailleurs il n’est pas question d’injonctions culpabilisantes à la bienveillance, ce qui est un non-sens total (puisque ce n’est pas bienveillant).

D’autres causes de la violence?

Il est souvent nécessaire de s’autoriser à s’indigner, d’exprimer sa colère. Néanmoins, j’observe parfois que les gens prennent difficilement en considération que tel ou tel sujet soit difficile également pour ses contradicteurs. Et j’ai le sentiment que cela nous divise.

J’observe également une chose très importante et qui me pose un énorme problème. J’observe que ce ne sont pas les personnes concernées par une oppression qui crient le plus fort, mais les « alliés » (personnes non concernées mais se plaçant du côté des opprimés). Bien sur, les alliés ont aussi le droit d’être en colère, témoins de terribles injustices, violences, brutalité, oppressions… On peut aussi, pour des raisons personnelles, dues à notre histoire, être très en colère par rapport à une oppression que ne nous concerne pas directement. Je respecte ça. Néanmoins, en voyant que les alliés font toujours plus de bruit que les opprimés, j’ai parfois le sentiment qu’on leur « vole » leur colère, et qu’une fois de plus, on les silencie, les noyant sous un discours qui certes, reprend certaines de leurs revendications, mais du coup ne leur appartient plus autant qu’il le devrait. De plus, tous les opprimés ne peuvent pas être d’accord entre eux… Leur colère n’est pas homogène, elle n’est pas forcément partagée par chacun de la même façon. Que penser que la « colère » sans cesse exprimée par les alliés?

Pour parler de quelque chose qui me concerne, quand je vois un homme proféministe insulter violemment des gens tenant des propos sexistes, peu importe à quel point il a raison et qu’ils ont tort, je me méfie. Pourquoi cette virulence? Bien sur, il est parfois confortable pour moi que certains hommes défendent des concepts féministes, mais c’est une arme à double tranchant. Au final, ça se transforme parfois en injonctions à revendiquer ceci ou cela (exemple, un homme qui me dit de ne pas m’épiler parce que ma liberté, de me revendiquer salope parce que c’est trop bien l’appropriation du stigmate… et j’en passe). De plus, même si je pense personnellement que les hommes ont un rôle à jouer dans le féminisme, ce n’est certainement pas celui d’exprimer NOTRE colère face à notre déshumanisation. Ils ont bien sur le droit d’être en colère, mais n’étant pas directement concernés, ils peuvent faire passer leurs affects après l’efficacité de leur militantisme. Aussi, je me méfie de ceux d’entre eux qui font preuve d’une grande virulence à l’égard de leurs contradicteurs, car je les soupçonne (peut-être pas toujours avec raison, certes, je veux bien accorder aux gens le bénéfice du doute jusqu’à un certain point) de vouloir s’approprier la lutte féministe, d’en faire des caisses sur leur indignation afin d’obtenir la médaille du meilleur allié (j’y reviendrai), voire même d’utiliser le féminisme comme prétexte pour gueuler bien fort sur des gens.

Face au constat que ce ne sont pas les plus opprimés qui font le plus de bruit et aussi que ceux ne sont pas les personnes concernées qui sont les plus vindicatives, force est de constater que l’expression d’une colère légitime face à la déshumanisation dont on est victime n’est pas la seule raison de l’agressivité ayant court dans les milieux militants. J’en veux pour preuve l’agitation qui règne dans le milieu végane/antispéciste. Si toute cette violence n’était QUE le résultat de cette colère légitime, le mouvement végane serait relativement calme et pacifiste par rapport à ceux qui sont portés (ou censés être portés) par les opprimés, ou du moins dans lesquels les opprimés s’expriment. Or, c’est plutôt le contraire que j’observe: les militants véganes sont parmi les plus virulents. Bien sur, les véganes ont le droit d’être en colère face aux traitements immondes que les humains infligent aux animaux. Mais n’étant pas concernés, ils devraient globalement être en capacité de faire passer leurs affects après les questions d’efficacité militante, de stratégie, etc… Or, c’est plutôt l’inverse qui se passe: les affects passent avant tout, au détriment de l’efficacité, davantage que dans les autres mouvements. Je reviendrai là-dessus dans un autre article, mais c’est pour moi ce qui se passe quand, par exemple, les militants antispécistes hurlent « assassins » sur un restaurant ou un commerce lors d’une manifestation. L’efficacité stratégique de cette attitude est selon moi proche de zéro. Le seul résultat positif est que les militants se sont défoulés. De même, beaucoup de véganes me soutiennent que montrer des images les plus horribles qu’ils puissent trouver est une bonne stratégie, du moins que cela va convaincre au moins quelques personnes. Mais j’y vois moins une stratégie efficace qu’une forme de défouloir.

Le concours du meilleur allié?

Un autre phénomène qui est particulièrement prégnant dans le milieu végane, c’est celui du concours du meilleur allié ou de la course à la médaille. On discute sans arrêt de qui est le meilleur végane, de qui est le plus beau ou intelligent parmi les personnes qui consomment beaucoup, peu ou pas d’animaux, occultant les victimes derrière une lutte des dominants entre eux (les humains). A moindre échelle, ce phénomène est présent dans les autres luttes, quoique combattu généralement par les opprimés. Combien de fois les femmes féministes répètent à des hommes que le souci n’est pas de savoir à quel point ils sont « des mecs biens »? Combien d’antiracistes expriment leur lassitude ou leur mépris face aux blancs qui se prennent pour des héros parce que « moins racistes » ou ayant fait une mission humanitaire? Il existe même des termes spécifiques: Nice Guy, White Saviour, Chevalier blanc…

Malheureusement, le concours du meilleur allié peut prendre des formes plus ou moins subtiles. Et en tant qu’allié, il est parfois difficile de comprendre ses propres motifs pour agir. Un allié peut sincèrement croire être en train de « défendre les opprimés » quand il s’éternise dans un débat stérile pour faire valoir son point de vue comme juste (comme une fin en soi). Et parfois, personne ne peut dire avec certitude ce qu’il en est. Au final, on se retrouve avec de longs débats houleux, plein d’incompréhensions et d’agressions réciproques, parce que chaque personne a voulu avoir raison face à l’autre. Les concernés ont tendance à fuir ce genre de discussions parce qu’elles sont extrêmement pénibles pour eux. Les véganes en sont bien sur les spécialistes, mais ce ne sont pas les seuls. Combien de fois j’ai fini par abandonner un débat sur le féminisme pour finalement laisser les hommes parler entre eux, pro-féministes contre machos assumés? Bien sur, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, les pro-féministes ne doivent pas (pas d’après moi, en tous cas) se taire en toutes circonstances (les hommes ouvertement sexistes ne se tairont pas, eux). Mais c’est bien de garder ça à l’esprit, d’observer ce qui arrive.

Sur les dichotomies allié-concerné, opprimé-oppresseur, opprimé-privilégié

Dans les paragraphes précédents, j’utilise des dichotomies qui sont d’usage très courant dans le militantisme : les concernés contre ceux qui ne le sont pas, les opprimés contre ceux qui ne le sont pas (et donc privilégiés, voire oppresseurs d’un certain point de vue: les blancs, les hommes, les cis, etc…)
Il est important de faire ces distinctions, et comme vous le voyez, tout ce que j’ai écrit n’aurait aucun sens sans ces distinctions. Néanmoins, ces dichotomies sont en elles-mêmes critiquables, questionnables dans certaines situations. L’existence d’opprimés et de privilégiés n’est bien évidemment pas fausse, en aucune façon, mais les conséquences de cet état de fait peuvent différer d’une situation à l’autre, rien n’est aussi simple, d’autant plus qu’il existe de très nombreuses oppressions (certains réacs anti-SJW nous le rappellent souvent, comme si ce constat invalidait nos points de vue) qu’elles se croisent de différentes façons et qu’il est difficile de les avoir en vue. Cette dichotomie ne devrait pas, selon moi, constituer la fin de tout, être la seule grille de lecture du monde, et c’est ce que je reproche au milieu militant, en particulier sur les réseaux sociaux. Je n’ai aucun problème à ce que les gens se posent eux-même de multiples étiquettes en fonction de leurs orientations sexuelles, de leurs genres, de leurs neuroatypie etc, en revanche je refuse de voir les gens, les êtres humains, comme des assemblages de privilèges et d’oppressions.

Laisser la parole aux concernés est quelque chose de primordial dans les luttes sociales. Je suis entièrement convaincue de ça. Je suis fatiguée de vivre dans une société où les hommes parlent des femmes, où les blancs parlent des noirs, où tout le monde parle des femmes voilées sauf elles comme si le fait de porter un voile t’enlevait toute possibilité d’émettre une réflexion intelligente, etc… Bien sur, le fait de subir une oppression ne donne pas un diplôme d’expertise dessus. Mais les gens en sauront toujours plus sur ce qu’ils vivent que sur ce qu’ils lisent, entendent, imaginent ou voient à la télé. Et trop souvent, les opprimés sont privés de parole sur leur propre situation, comme s’ils étaient incapables de la moindre analyse, de la moindre réflexion sur leur vie, comme s’il fallait être homme, cis, hétéro, blanc, etc… pour savoir des choses. Voir sans cesse la parole sur sa propre situation confiée à des « experts » ne la vivant pas, et par-dessus le marché voir leur avis considéré comme « neutre » alors que le notre serait « biaisé » par l’expérience (ce qui est faux, on parle toujours d’un certain point de vue, la neutralisé n’existe ni d’un côté, ni de l’autre), voilà qui fait entièrement partie de l’oppression, et constitue une forme de plus de déshumaniation.

Laisser la parole aux opprimés est donc primordial si on veut espérer avancer. Si j’essaie de nuancer cette dichotomie, ce n’est pas pour remettre ça en question, mais parce qu’il en découle, comme de tout constat militant qui est juste à la base, des règles strictes appliquées sans réfléchir, et cela pose problème. Certes, il est vrai qu’on s’exprime toujours d’un certain point de vue. Il est vrai aussi que de savoir « d’où »s’exprime l’interlocuteur, cela apporte des éléments de compréhension de son message. Tout ne s’arrête pas à ça, mais ça peut aider. Par exemple, critiquer une norme sociale imposée aux femmes, comme l’épilation, c’est différent si l’on est une femme, qui subit donc cette norme sociale, qu’un homme, pour qui c’est un peu facile de critiquer ce qu’il ne comprend pas de l’intérieur. ça ne veut pas dire qu’il n’a pas le droit de critiquer, mais on peut s’interroger sur sa compréhension du phénomène, voire même sur ses motivations,sans pour autant lui faire un procès d’intention (on a vu des proféministes faire ainsi la promotion de leur fétichisme de la pilosité féminine, et ça pour moi ce n’est pas acceptable).

Néanmoins, comme je le disais, « d’où on parle » n’est pas le début et la fin, ce n’est pas la clé de tout. On peut étudier, savoir certaines choses sans forcément les vivre, à l’inverse on peut vivre des oppressions sans en avoir conscience et même en les perpétuant (des femmes peuvent être ouvertement sexistes, etc… sinon ce serait trop simple). Mais surtout, dans la vie en général mais plus encore sur internet, nous devons accepter que nous ne savons pas toujours d’où parlent les gens. Nous ne savons pas toujours à qui nous nous adressons, et nous devons absolument garder à l’esprit que ce mystère, s’il est handicapant parfois pour nous comprendre les uns les autres, n’est pas nécessairement à lever. Dans certaines situations, il peut être très violent de s’enquérir de la position de son interlocuteur, surtout quand c’est fait d’une façon brutale, et certains « militants » semblent oublier toute décence quand il s’agit de demander à son interlocuteur des informations personnelle afin d’évaluer la pertinence de ses propos. Pire encore, de plus en plus de personnes n’hésitent pas à décider eux-même à qui ils parlent, parfois dans le but évident de pouvoir rejeter les propos qui ne les arrangent pas. Il est extrêmement violent d’imposer ainsi une identité à une personne s’exprimant ainsi sur une oppression, surtout quand c’est pour lui nier le droit à la parole.

A titre personnel, sur twitter, j’étais continuellement qualifiée d’hétérosexuelle par des gens qui ne sont pas d’accord avec moi, et je me défendais constamment de l’être. Des gens m’imposent cette orientation sexuelle sur la base de rien du tout, si ce n’est leur biphobie crasse. J’ai également été qualifiée de « neurotypique » un certain nombre de fois, en particulier pendant le harcèlement que j’ai subi après avoir eu des propos problématiques par rapport à la neuroatypie. Certes, je peux comprendre que mon point de vue était biaisé et blessant envers les autres personnes neuroatypiques, mais m’exorter ainsi au silence en  m’imposant une identité n’était pas la moindre des violences, d’autant plus que mes protestations par rapport à ce point ont été totalement ignorées. Les gentils SJW oublient trop facilement qu’on internalise nos propres oppressions et donc qu’on peut tenir des propos oppressifs sans forcément être en situation de privilège, et dans certaines situations ils refusent carrément de l’entendre, peut-être parce que c’est plus gratifiant d’être les gentils contre les méchants?

Il est également courant de silencier les personnes s’exprimant sur la transphobie en leur disant qu’elles sont cis et donc n’ont rien à dire. C’est extrêmement violent car rien ne dit que les personnes en question sont bien cis. D’ailleurs il s’est parfois avéré peu après ces échanges houleux, que la personne ainsi silenciée était en réalité trans.

Tout ceci est très compliqué et il y a plusieurs points qui posent problème:
1) imposer à l’autre une identité est une violence en soi. Dire « tu es hétéro », « tu es cis », juste pour avoir raison, alors qu’on ne sait pas à qui l’on s’adresse, est violent.
2) Faire ça dans une tentative pour faire taire la personne est encore une violence supplémentaire. Dire « ta gueule sale cis » à une personne peut-être trans, c’est tout simplement inacceptable. Je ne comprends pas comment on peut accepter de telles pratiques dans un mouvement qui dit vouloir rendre la parole aux opprimés. D’autant plus que les personnes qui disent ça sont parfois elles-mêmes cis. On marche sur la tête.
3) Une violence supplémentaire découle du fait que beaucoup d’oppressions ne peuvent pas être révélées au grand public par les gens qui les subissent. Une personne trans, ou non-hétéro, prostituée ou ex-prostituée, victime de viol ou d’autres abus, etc… N’a pas forcément envie d’en faire profiter tout le monde. On impose donc le silence sur leurs propres oppressions au personnes n’étant pas outées publiquement. On les silencie, on les pousse à l’outing sous menace de silenciation et de harcèlement, on leur impose une identité imaginaire pour les faire taire, on les isole encore un peu plus, on les nie. C’est quelque chose qui me met particulièrement en colère. Je ne sais pas si les SJW ont conscience qu’ils accordent plus de points de crédibilité à la victime qui raconte bien son viol en long et en large par rapport à celle qui ne veut pas en parler? Sans parler des fois où la victime est carrément outée par quelqu’un d’autre…
4) Même par rapport aux oppressions n’ayant pas de « placard », on induit une hiérarchie entre les personnes subissant ces oppressions. Les personnes neuroatypiques, par exemple, sont plus ou moins informées sur ce qu’est la neuroatypie. Il en est de même pour certaines oppressions qui ont aussi un placard (par exemple on peut très bien être dans le flou à propos de son genre et ne pas disoposer d’informations sur la transidentité, on peut aussi être trans mais ne pas vouloir à un moment X que tout le monde soit au courant, et ça peut peut-être même être un mélange confus des deux?).
5) Enfin, dans cette atmosphère toxiques d’agressions, censées être dirigées uniquement contre les « oppresseurs » mais dirigées en fait au petit bonheur la chance contre n’importe qui n’ayant pas sa carte d’opprimé officiel, on échoue lamentablement à créer des espaces safe. Je ne sais pas s’il est possible de créer des espaces safe sur Twitter, mais ce dont je suis certaine, c’est qu’on ne peut pas y arriver comme ça. Le fait de ne se poser aucune limite dans la violence verbale envers les personnes supposées être des « oppresseurs » en présumant de leur identité, de leur vie, de leurs luttes, de leurs intentions, etc… finit par créer une atmsophère toxique dans lequel les personnes les plus vulnérables qui espéraient trouver un refuge, un espace d’accueil et de compréhension, risquent à tout moment d’être violemment rejetées.

Ceci rejoint l’introduction de l‘article de Quinnae:

La rage, et souvent la colère vaine, incontrôlée, qui frappent à l’intérieur et à l’extérieur de nos communautés, ont un prix: la création d’un climat de toxicité et de peur qui, non seulement sape nos idéaux les plus élevés mais abîme aussi les soutiens communautaires pour celleux qui en ont le plus besoin. En effet, la peur est un des coûts les plus lourds de cette culture de la rage.

Comme on le voit dans cet extrait, ce que Quinnae appelle la « culture de la rage » n’est pas seulement un problème quand elle vise une personne parlant de ses propres oppressions. Empêcher les dominante de pérorer entre eux sur les oppressions qu’ils ne subissent pas, c’est une chose. Exprimer sa colère face à propos blessant, c’en est une autre et c’est aussi très valable. En revanche, revendiquer le droit à une violence sans limite face aux propos blessants ou oppressifs, voilà qui est un problème pour beaucoup de personnes, puisque cela entretient un climat de peur. Certes, la dichotomie « concerné/non concerné » existe individuellement pour chaque personne face à chaque oppression, mais elle n’existe pas pour l’ensemble de la population par rapport à l’ensemble des oppressions. Ce que je veux dire, c’est que quasiment tout lemonde a d’un côté des privilège, et de l’autre, subit une ou plusieurs oppressions. Or, à en croire les militants du « tout ou rien », il y aurait d’ûn côté les pauvres opprimés victimes, et de l’autre les méchants oppresseurs (dont la figure du « mec blanc cis hétéro – mais la liste des oppressions ne s’arrête pas à 4, que je sache?), donc ce ne serait pas grave d’être violent car on serait toujours violent envers les oppresseurs, et ceux qui protesteraient ne feraient que se plaindre de leur problème d’égo de dominant blessé.
Force est pourtant de constater que le harcèlement vise toujours des personnes vulnérables, et par-dessus le marché, se concentre presque toujours sur elles quand elles sont en situation de fragilité temporaire: dépression, difficultés de la vie, harcèlement par des personnes extérieures au milieu militant…

De plus, on arrive là à s’interroger sur le but même de notre militantisme: a-t-on le moindre espoir de faire changer d’avis qui que ce soit? J’ai l’impression que tous les militants ne sont pas dans une optique d’éducation, de discussions constructives autour des privilèges, de déconstruction, bref de faire changer les gens dans le bon sens. Ils ont leurs raisons de se dire militants ou de se regrouper. Mais cela me pose problème quand on rame dans le sens inverse. Je pense personnellement que cet aspect est primordial: conscientiser les gens sur les oppressions en général, qu’ils les subissent ou non, afin d’aller vers plus d’égalité, ne serait-ce qu’au sein du milieu militant en lui-même, puis vers l’extérieur dans un esprit d’ouverture, de progression. Or, comment y arriver quand les gens n’osent pas parler de peur d’être violemment harcelés? Comment les gens peuvent s’éduquer s’il n’y a aucun débat possible? Comment parler de problèmes graves et qui touchent les gens, dans une atmosphère d’agressions permanentes?

 

Quand à l’espoir de créer des espaces safe, il échoue lamentablement. Beaucoup de personnes quittent Twitter à cause de la violence que véhicule ce milieu. Les plus bouchés prétendent que ce sont les personnes « oppressives » ou « problématiques » qui s’en vont et que cela permet d’avoir justement des espaces safe. Ce qui me pose deux problèmes:
1) D’abord, le fait de taxer une personne de « plus problématique » ou « moins problématique ». On peut dire qu’un propos est problématique, d’accord. On peut dire qu’une personne a souvent des propos problématiques, ok. Mais on ne peut pas dire « telle personne est plus problématique que telle autre » comme ça, dans l’absolu. Ce serait exactement le même problème que si on estimait que « telle personne est plus déconstruite que telle autre ». On parle toujours d’un certain point de vue, personne n’a la vérité absolue. Et voir les outils militants détournés pour dire en gros, avec des mots un peu déguisés, qu’il existe des personnes plus mauvaises que d’autres, ça me dérange. On peut bien sur trouver telle personne infréquentable ou pénible, mais ça ne veut pas dire que cette personne est mauvaise « dans l’absolu » et doit être bannie. Les personnes qui pensent ça doivent croire qu’elles sont seules sur twitter, qu’elles ont le pouvoir de décider qui est bien et qui ne l’est pas en fonction de ce qui les arrange.
2) Le deuxième problème c’est que, même si on essayait de classer les personnes en fonction du nombre d’oppressions qu’elles subissent, ce qui a peu de sens mais je veux bien me plier à l’exercice pour montrer l’inanité et la dangerosité de ces propos… Hé bien non, ce ne sont pas les personnes les plus « dominantes » qui quittent twitter. Je n’ai jamais vu un mec cis hétéro valide etc… Partir de twitter suite à un harcèlement ou parce qu’il trouvait le milieu trop violent. Ces gens restent. Les gens qui quittent twitter sous la pression sont généralement les plus fragiles, les plus isolés socialement; ce ne sont ni les gens les moins capables de remise en question, ni les plus privilégiées, ni ceux qui ont les propos les plus discriminatoires ou blessants. Ce sont simplement les gens qui supportent le moins la violence. Dois-je préciser que statistiquement ce ne sont pas les « mec cis hétéro valide CSP+  » qui supportent le moins la violence, mais plutôt les gens subissant des oppressions, handicaps et discriminations dans leur vie? Faut-il vraiment exclure ces personnes? Est-ce le prix à payer de la « safitude »? En réalité, ce sont justement les personnes les plus sensibles, ayant le plus besoin d’un espace safe qui s’en vont les premières. Je vois même certaines personnes les juger sur leur « faiblesse » et se réjouir d’être entre personnes plus dures. C’est une attitude profondément méprisante, validiste et, selon moi, qui va à l’encontre toutes les valeurs prétendument pronées par les SJW, valeurs d’égalitarisme, de respect de chacun dans sa différence. C’est même une attitude viriliste n’ayant rien à envier aux masculinistes. Plus j’y pense, et plus j’ai peur que nous ne re-créions une sous-société n’ayant rien à envier au patriarcat dans sa violence et son exclusion brutale de certaines personnes en fonction de critères abritraires.

Subtweets, médisances et déformations de propos

Le subtweet consiste à twitter à propos d’une personne ou d’un groupe de personnes qu’on prend soin de ne pas citer. C’est critiquable en soi, mais selon moi, cela ne pose réellement problème que quand on fait cela dans le but de décrédibiliser une personne ou un groupe sans lui donner la possibilité de se défendre. Cela s’accompagne presque systématiquement de déformation des propos cités. Les personnes qui lisent les subtweets ne peuvent qu’adhérer aux propos de leur auteur; seule une minorité aura la curiosité d’aller remonter à la source des propos critiqués, un plus petit nombre de personnes aura encore le sens critique nécessaire pour prendre de la distance par rapport aux déformations du propos. Cette pratique entretient donc un esprit de clans, les gens se voyant choisir l’un ou l’autre camp, sans aucune possibilité de dialogue posé et argumenté. Cela s’accompagne fréquemment des « petites violences » que j’ai citées au-dessus: la personne critiquée se verra par exemple devenir  » un militant cishet » même si ce n’est pas le cas, et peu de gens remettront au cause cet aspect.

Pour montrer l’importance du problème, j’ai moi-même un esprit critique particulièrement acéré (on me reproche régulièrement d’avoir trop d’esprit critique, de passer mon temps à tout remettre en question, de trop critiquer, de trop réfléchir etc…). Pourtant, il m’est souvent arrivé d’écouter les propos d’une personne et d’adhérer sans réserve à ce qu’elle disait, puisque d’une part elle reprenait des propos qui semblaient totalement indéfendables, d’autre part c’était une personne que je suivais et donc que j’appréciais et au point de vue de laquelle j’accordais de l’importance (NB: je ne parle pas de quelqu’un en particulier, cela s’est répété avec plusieurs personnes). Ce n’est que plus tard et un peu par hasard, ou voulant vérifier moi-même à quel point la personne citée disait n’importe quoi et avait des propos oppressifs et dangereux, que je me rendais à l’évidence: sans être forcément d’accord avec ce que je lisais, ça n’avait pourtant plus rien à voir avec ce qu’en disait la personne qui avait subtweeté à ce sujet. Au lieu d’une personne saine et raisonnée face à une personne disant n’importe quoi, je me trouvais face à deux points de vues divergents, mais tous deux défendables et censés. Je me rendis compte que plusieurs personnes avaient l’habitude de déformer complètement des propos pour mieux les critiquer sans risquer d’être contredits. Je ne peux présumer de leurs intentions, et si je leur accorde entièrement le bénéfice du doute, je dirais qu’ils ont simplement mal compris à la base ce qu’ils avaient lu, mais je ne peux m’empêcher parfois d’y soupçonner une certaine malveillance, et en tous cas je peux au moins dire que ces gens font preuve de mauvaise foi. D’autant plus quand c’est moi qui suis visée (et d’autant plus que c’est par des gens que j’ai bloqués il y a longtemps, qui donc me stalkent sans vergogne ET déforment mes propos). Je donnerai un exemple récent à la fin de cet article.
Bien sur la mauvaise foi n’est pas un problème grave en soi, ce qui me pose plus de soucis, c’est ce qui en résulte: des formation de clans, les gens sont montés les uns contre les autres, s’opposant parfois violemment à des personnes dont ils ne comprennent parfois même pas vraiment le point de vue, ne les ayant pas directement lues! On pourrait d’ailleurs le leur reprocher, mais il faut une certaine curiosité pour aller lire la prose de quelqu’un quand une personne de confiance nous l’a résumée en disant que c’est oppressif, que c’est de la merde, que c’est n’importe quoi, et par-dessus le marché en ayant dressé un portrait au vitriol de l’auteur-e.

Déshumanisation, le harcèlement du dimanche

Toutes les violences que je viens de citer participent à générer une atmosphère toxique, en particulier pour les personnes les plus fragiles. Cependant, elles seraient beaucoup moins importantes si elles étaient pratiquées de façon isolée. Malheureusement, il arrive souvent que les violences individuelles évoluent en véritable harcèlement, se poursuivant parfois sur d’autres plate-formes (en particulier ask puisqu’elle offre la possibilité d’envoyer facilement des messages de façon anonyme), et même « IRL » (en dehors d’internet), et pouvant durer très longtemps.

Je n’ai pas de mot pour décrire la violence du harcèlement, en particulier quand elle émane d’une communauté à laquelle on a cru ou souhaité appartenir pour se protéger de la violence du monde extérieur

Cet article est déjà outrageusement long, et la déshumanisation mériterait un article à elle seule. Le principe même de Twitter, plus que toute autre réseau social, incite à se comporter en consommateur, comme si chaque compte twitter existait pour procurer une sorte de divertissement. Ce ne sont plus des humains dont on partage ou dont on discute les idées, ce sont des personnages presque fictifs que l’on consomme et que l’on jette quand on a fini de les utiliser. Ce n’est pas gravissime en soi, mais on voit les dérives que cela génère quand les gens se mettent à 40 pour faire quitter twitter à une personne qui a dit une connerie, en l’insultant et en la harcelant jusqu’à ce qu’elle craque.
Le problème que me pose cette attitude n’est pas qu’elle soit simplement sadique. Je crois que les personnes qui prennent réellement plaisir à faire souffrir quelqu’un sont minoritaires, si elles existent. Le problème est que les gens font ça en toute ignorance, en toute indifférence de la souffrance qu’ils provoquent chez les autres, d’autant plus que la souffrance la plus importante provient généralement de l’acharnement non pas d’une seule personne, mais d’un groupe.

Les personnes harcelées auront beau parler de leur souffrance, elles seront moquées, tournées en ridicule, d’une façon n’ayant rien à envier au harcèlement ordinaire que l’on peut voir dans les cours d’école, dans toute sa banale cruauté.
Parmi les personnes les plus sensibles à ces procédés, on trouve des victimes de toutes sortes d’oppressions, fragilisées par leur situation sociale (personnes rejetées en raison de leur orientation ou de leur identité de genre, mères célibataires isolées socialement, personnes précaires, personnes dépressives ou souffrant d’autres troubles mentaux). Peu importe les raisons, la fragilité de ces gens est le résultat de leur histoire personnelle, et n’est en rien risible. Les harceleurs s’amusent avec ces personnes tel le « scientifique » barbare qui ouvre un rat pour voir comment c’est fait à l’intérieur, sans prêter la moindre attention au fait qu’il s’agisse par ailleurs d’un être ressentant la souffrance.
Finalement, le plus horrible avec les shitstorm, c’est qu’elles arrivent presque toujours le dimanche. C’est à dire que tourmenter quelqu’un jusqu’à ce que qu’il soit en larmes derrière son écran, fasse des crises d’angoisse ou passe des nuits d’insomnie, c’est finalement une manière comme une autre de passer le temps. La distance que les écrans interposés mettent entre les gens permet si facilement d’oublier qu’on a affaire à des êtres humains, et non pas des machines ou des punching-balls, qu’on en arrive là, sans complexes.
Il arrive bien sur que les harceleurs se justifient en évoquant tels propos ou actes problématiques de leur victime, mais je ne crois pas qu’ils s’abaisseraient à de telles distractions si c’était réellement un souci de justice sociale qui les animait. Il existe de nombreuses façons de militer et aucune ne justifie de toutes façons de déshumaniser ainsi une personne. Aucune façon de militer ne nécessite ni ne justifie d’encourager une dépressive au suicide, ou autres horreurs du même style que je n’ai pas le courage de citer. Il y a d’autres moyens de militer, et ce moyen n’en est finalement même pas un. Militer répond à un besoin de justice sociale, ce n’est pas un loisir stupide et destructeur dans lequel on s’amuse vaguement sans avoir conscience de la souffrance qu’on provoque. Lire la suite

Le mythe du privilège féminin et pourquoi vos male tears me fatiguent

On a cru parfois l’entendre, euphémisme pour dire qu’on nous en rebat les oreilles en permanence: Poire le Nice Guy veut plein de choses. Du sexe, de l’affection, du sexe, des relations, du sexe, de la reconnaissance, du sexe.
Pour le Nice guy, les femmes n’ont qu’à claquer des doigts pour obtenir tout cela, et en quantité illimitée. Il estime donc qu’il y a un privilège féminin. Il se sent lésé, et tient à le faire remarquer. Les femmes ont tout ce qu’il veut, lui. Et c’est pas juste.CBBcUcoWEAAPpzi
A priori, sans trop s’arrêter pour réfléchir, disons un lendemain de cuite sans se rappeler ce qu’on a fait la veille, d’où on se trouve, ni qu’il existe un truc nommé le patriarcat, ça pourrait sembler à peu près fondé: les femmes obtiennent plus facilement ce que veut le Nice Guy. Mais est-ce tellement vrai? Une fois pour toute, je me propose de déboulonner ce mythe.

Entendons d’abord ce à quoi pense Nice Guy en disant « femme ». Il pense à une femme jeune, mince, blanche, cis, hétéro. Il sait bien qu’il existe des personnes de tout âge, de toute constitution physique, y compris malades, handicapées, vieilles, etc… qui se définissent comme « femme ». Mais ce n’est pas à elles qu’il pense. Il les exclut naturellement, s’appropriant le concept « femme » comme correspondant plus ou moins à ses fantasmes.
Mais le Nice Guy pourrait nous répondre que ok, certaines femmes sont seules, etc…, mais qu’à handicap égal, on va dire, les femmes sont « favorisées » puisqu’elles obtiennent du sexe ou des relations « plus facilement ».
Sache que je t’envie, Nice Guy, de croire de telles choses. Je t’envie vraiment. C’est la marque de ton immense privilège, et même si je me vois en devoir de le déconstruire, tu peux te réjouir tous les jours de ta vie pour avoir ce privilège, même les jours où tu ne baises pas. Si.

De quoi parle vraiment le Nice Guy quand il souhaite obtenir du sexe ou des relations?

Qu’est-ce que le sexe? A quoi ça sert? Le Nice Guy veut le sexe. Il ne pense pas au comment, au pourquoi, au qu’est-ce que c’est. Qu’est-ce que le sexe et est-ce vraiment ce que veut le Nice Guy, comme il l’affirme avec une telle véhémence?
J’affirme pour ma part que « le sexe » ou encore « l’acte sexuel » n’est pas ce que recherche le Nice Guy. Réfléchissons: je pourrais aller chercher un passant dans la rue, n’importe lequel, et lui proposer de sodomiser Mr Nice Guy. C’est un acte sexuel, non? Hé bien pourtant, j’ai dans l’idée que Mr Nice Guy ne sera pas satisfait d’une telle proposition.

C’est que le Nice Guy est hétéro, lui! C’est même sa fierté (il se moque des gays « gentiment », utilise pédé comme insulte mais sans penser à mal, et l’idée d’être gay le fait beaucoup rire sans qu’on sache vraiment pourquoi). Bon ok, Nice Guy, les mecs ne t’attirent pas. C’est ton droit. Même si tu chouines, tempête et tape des pieds quand une femme te fait remarquer qu’elle n’est pas attirée par toi. Ne pas être attirée par toi est un droit aussi inaliénable que ton droit de ne pas être attiré par un homme. Mais ce n’est même pas vraiment la question.

Ce n’est pas ici qu’une question d’orientation sexuelle, mais de représentations. Car si on proposait plutôt à Mr Nice Guy de se faire sodomiser par une femme, le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous, à moins éventuellement qu’il espère qu’autre chose se passe. En fait, le Nice Guy ne veut pas un acte sexuel: il veut être pénétrant. Il veut pénétrer une femme, c’est ça qu’il veut. Et il se plaint  en rond que les femmes n’aient qu’à claquer des doigts pour être pénétrées, comme si pénétrer et être pénétré.e, c’était exactement la même chose. Evidemment ça ne l’est pas, mais le Nice Guy croit que les femmes aiment naturellement être pénétrées, que ça ne les dérange pas, et même un peu (avoue!) qu’elles sont faites pour cela. Il croit que le sexe, pour les femmes, c’est ça.
Si on peut aisément voir plus loin que le rapport pénétrant-pénétré dans l’axe sexuel (fort heureusement, la sexualité humaine n’est pas qu’une histoire de bâtons et de trous) on peut, en fait, voir même plus loin que l’acte sexuel lui-même. Car l’acte sexuel n’est pas important en soi, ce qui compte, c’est ce qu’il signifie. Et pour Mr Nice Guy, ce qui compte n’est pas en soi d’être stimulé sexuellement (sans quoi sa main droite suffirait), ce qui compte est justement d’être pénétrant. à la limite, le plaisir n’est pas si important que ça. Un Nice Guy qui a baisé (qui a pénétré une femme), même s’il n’a eu aucun plaisir, peu importe: il a baisé. Un Nice Guy qui vient de se taper une branlette cosmique à lui retourner complètement le cerveau, bon ok il a eu du plaisir, mais il n’a pas baisé. Son problème est intact. Son problème n’est pas le plaisir, c’est la domination, la position sociale qu’il croit que lui confère l’acte sexuel pénétrant.

Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est donc d’être pénétrées. Il ne propose pas une relation sexuelle égalitaire dans laquelle chacun aurait un plaisir égal et ferait ce qu’il lui plait. Ce n’est pas ce qui compte pour lui. Non pas qu’il soit incapable de donner du plaisir, mais c’est la façon dont il envisage la sexualité qui est repoussante pour les femmes, voire même dangereuse. Ce que propose le Nice Guy aux femmes, c’est d’être objets de son désir. Bien sur, il est généralement loin d’en avoir conscience, et je pense que cet article va énerver beaucoup d’hommes. Mais c’est pourtant le cas. Aux hommes qui ne comprennent pas pourquoi nous, les femmes, ne reconnaissons pas notre privilège de pouvoir « avoir du sexe » quand on veut, je réponds clairement: globalement, vous ne nous proposez pas du plaisir, vous nous proposez d’être vos objets sexuels (j’ai plein de mots plus vulgaires qui me viennent à l’esprit mais ils sont très violents et par égard pour les femmes qui me lisent, je laisse aux lecteurs et lectrices le soin de les imaginer). Or, si être un objet sexuel peut faire travailler notre mental, parce que nous sommes un peu conditionnées à ça, notre éducation ne réussit pas complètement à faire de nous des serpillères. La plupart des femmes, quand bien même elles fantasmeraient sur la chose, ne sont pas assez lavées du cerveau pour vous servir d’objet masturbatoire juste parce que vous en avez envie. Nous avons nos désirs, nous avons nos plaisirs, et c’est ça que vous n’entravez pas. Vous servir d’objet masturbatoire ne nous intéresse pas, c’est pourquoi il vous semble si difficile d’obtenir du sexe. Vous ne cherchez pas à partager, vous cherchez à nous prendre quelque chose. Vous croyez d’ailleurs que baiser une femme, c’est lui prendre quelque chose. Bien sur que le sexe, en lui-même, ne nous prend rien. Mais dans la façon dont vous percevez inconsciemment l’acte sexuel, c’est le cas. Et concrètement, les croyances ont tendance à se traduire en faits. On pourrait dire qu’un homme qui baise une femme comme un objet, sans lui donner de plaisir, lui prend effectivement quelque chose.

Bien sur, le Nice guy dit aussi parfois vouloir aussi autre chose que du sexe: de l’attention, des caresses, etc… Mais tout Nice Guy digne de ce nom déclamera un discours enflammé sur la tendresse dont il a besoin, l’attention dont il a besoin, l’amour dont il a besoin, sans forcément envisager que tout ne tourne pas uniquement autour de ses besoins. Il n’est  jamais nulle question de ce dont sa partenaire pourrait avoir besoin. Je ne dis pas que les Nice Guys sont incapables de donner de la tendresse, en fait je pense que tout le monde en est capable. Simplement, ce n’est pas ce qui compte à ses yeux. Et finalement, la façon dont il exprime son désir de façon égocentrique, en ne tenant pas vraiment compte de la personne qui lui prodiguerait l’attention et l’amour dont il a besoin, constitue une fois encore un discours réifiant. La personne qui donne de la tendresse n’est dans ses mots plus une personne, mais un anonyme distributeur à bisous. Qu’importe sa personnalité, qu’importe ce qu’elle pense, ce qu’elle vit et la façon dont elle expérimente ce rapport amoureux. Je caricature à peine, pour les besoins de la démonstration.

Bien sur, je généralise un peu plus haut en parlant de pénétration. Il y a des cas où ce que je dis sur la pénétration ne va pas exactement correspondre. Cependant, cette histoire de pénétration est exactement représentative de ce qu’est un Nice Guy. Même si ce n’est pas exactement la pénétration qu’il recherche, c’est la symbolique que le patriarcat lui attribue qui l’intéresse. Autant dire que le sexe n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. L’essence même du Nice Guy, c’est qu’il est en recherche d’une sorte de bonheur dont il se fait une idée plus ou moins précise, mais qui nécessite l’utilisation comme objet d’un autre être humain. Le Nice Guy souhaite utiliser quelqu’un comme moyen pour ses propres fins. C’est ce qui, pour nombre de féministes, est si insupportable chez lui: il se pose en victime, il se prend pour une victime et se plaint de sa position qui serait, selon lui, en bas de l’échelle sociale. Mais dans le même temps, son positionnement est celui d’un oppresseur. Il souhaite utiliser les femmes pour réaliser ce qu’il souhaite, plaisir passager ou bonheur durable, et il croit dur comme fer qu’elles lui doivent d’être ce qu’il veut qu’elles soient. Il refuse de voir en elles des êtres humains autonomes qui existent pour leurs propres objectifs de vie et n’ont pas pour devoir de le servir, ni de le récompenser (même s’il est très gentil avec elles).

male-tearsPas tous les hommes, l’elfe tu nous caricatures t’es vraiment pas sympa espèce de sale féminazgul

Pas tous les hommes, on va me dire. Pas tous les Nice Guy. Qu’importe. Tout le monde n’est d’ailleurs pas obligé de se sentir visé par ce que j’écris, même si je me doute que cette lecture risque d’être pénible à ceux qui se reconnaîtront dans le personnage. Ce que je décris là n’est pas un phénomène individuel, mais global, car construit socialement. Les hommes veulent du sexe parce que le sexe est fait pour eux. Les hommes veulent du sexe parce qu’ils veulent pénétrer et que pour eux, ce mot veut dire dominer, consommer, détruire.

Bien sur, beaucoup de femmes aiment le sexe. Seulement, on dirait parfois que le sexe ne nous aime pas. Si c’est pour se faire pilonner par un marteau piqueur, personnellement j’aime autant jouer une partie de scrabble. Or, c’est ce que proposent 99% des mecs. Certes, il me serait extrêmement facile d’aller me faire utiliser sans ressentir aucun plaisir. Seulement, je n’en ai pas plus envie qu’un Nice Guy a envie de se faire sodomiser pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Ce qui fait que pour moi, comme pour beaucoup de femmes, trouver un partenaire sexuel est en fait quelque chose d’assez délicat et difficile. Sans oublier ce que les Nice Guy ont l’énorme chance de pouvoir oublier perpétuellement, mais ce que les femmes gardent en permanence à l’esprit: les risques de viol. Beaucoup plus d’hommes que vous ne le croyez sont des violeurs. Notamment, la plupart des hommes ne comprennent absolument pas que, quand ils ont eu une relation sexuelle consentie avec une femme, la forcer plus tard à une autre relation sexuelle est un viol. Pas si c’est fait sans violence, pas si c’est fait avec juste des mots, pas si elle n’a « pas assez » dit non.

Et c’est en partie à cause de ça, mes chers petits Nice Guys, que vos larmes de crocodile me fatiguent. Je suis en fait plutôt empathique, je peux compatir avec plein de choses, et je sais que c’est pas drôle d’être seul-e ou de se sentir frustré-e, ça je peux parfaitement l’entendre. Seulement, vos envies et désespoirs de baiser, on les entend en long, en large et en travers, à longueur de journée, et on n’arrive pas à parler d’autre chose sans que vos problèmes ne reviennent constamment sur le tapis. Entendez nos envie de ne pas être violées, ou brutalisées ou tuées (car oui, une minorité de Nice Guy vont jusqu’à tuer, une minorité suffisamment importante pour entrer dans les statistiques). Ok, on a compris que vous avez très envie de baiser, mais personne ne vous doit une relation sexuelle ou amoureuse. Et entendez que nous avons des problèmes un peu plus sérieux que les vôtres; entendez que par contre, le droit à l’intégrité physique, vous nous le devez, c’est notre droit, et globalement il n’est pas respecté. La plupart des femmes subissent des violences de la part d’hommes au cours de leur vie.

Oh oui je sais, vous n’êtes pas comme ça. Vous n’êtes pas violents. Vous allez me le dire, me le chanter sur tous les tons dans les commentaires: « moi, je suis un mec bien, moi ». Aussitôt qu’on parle de la violence que nous subissons, vous nous parlez de vos problème et vous essayez de prouver que vous êtes « un mec bien ». Si vous n’êtes vraiment « pas comme ça », pourquoi est-ce que vous êtes incapable d’entendre que parfois, il n’est pas toujours question de vous tout le temps, que parfois les gens ont leurs problèmes et que vous ne pouvez pas toujours être au centre de l’attention? Si vous n’êtes « pas comme ça », pourquoi vous n’arrivez pas à comprendre que les problèmes de viol et de violence sont importants, plus importants que de prouver que vous êtes un mec bien? L’effort d’empathie qu’il faut pour ne pas mettre son égo sur la table quand quelqu’un parle des violences physiques ou sexuelles qu’il ou elle a subi est réellement minime, et pourtant je constate que pour certains hommes, c’est quasiment impossible.

Est-ce que vous avez vraiment envie d’être ce mec qui, alors qu’on lui parle de souffrances graves, ramène la conversation à lui en essayant de prouver qu’il n’est « pas comme ça »? Est-ce que vous pensez que ça aide? Est-ce que vous pensez que c’est sérieux? Que ça nous intéresse, même?

L’autre jour sur Twitter, on parlait des agressions sexuelles dans les transports en commun sur des mineures, et un Nice Guy Chevalier Blanc a cru bon de venir déclarer qu’attention, tous les hommes ne sont pas comme ça et d’ailleurs faut pas juger trop vite parce que c’est pas ce qu’on croit. On parlait de se faire tripoter par des vieux porcs dans le bus à l’âge de 14 ans. Le niveau d’empathie de ce mec est carrément négatif. Et il croit qu’avec cette remarque, on va s’imaginer qu’il n’est « pas comme ça » et surtout, il croit que ça nous intéresse! C’est complètement dingue. Les hommes ne réagiraient pas comme ça s’ils avaient la moindre idée concrète de ce dont on parlait. Mais pourtant, on a beau en parler sur tous les tons, le plus clairement possible, on dirait que cette réalité leur échappe. On parle de nos expériences dans le vide, personne n’écoute. Si bien que, alors que je ne souhaites évidemment pour rien au monde que ce genre de choses arrive à qui que ce soit, une partie de moi souhaiterait presque que ce mec subisse ça, pour qu’il comprenne enfin ce que c’est et que c’est autrement plus grave que « une personne dans le monde a mal jugé une autre personne ». Comme si c’était le seul moyen, puisque les mots, semble-t-il, ne suffisent pas. Nous ne sommes pas écoutées.

J’ai du mal à être moi-même en empathie avec les Nice Guy car, bien qu’ils soient loin d’être tous sans exception des violeurs, ils se positionnent souvent en oppresseurs dans une dynamique qui fait exister le viol. Ils se positionnent en oppresseurs car ils partent du principe que seuls leurs désirs comptent, et osent fréquemment mettre en équilibre leur désir de pénétrer et le besoin des femmes à ne pas être violées, comme s’il y avait là une sorte de conflit symétrique. Ce n’est pas toujours exprimé clairement, mais c’est souvent ce que je constate. Quand je parle de viol sur ce blog et qu’un Nice Guy ramène la conversation sur son désespoir de non-baise, c’est exactement ce qui se passe. Ils ont également tendance à mettre en équilibre le besoin d’émancipation des femmes, ou leur besoin à l’intégrité physique (ne pas être violées, frappées, etc) avec leur besoin à eux de préserver une bonne image d’eux-même et de ne pas se voir ni être perçus comme violents ou comme faisant partie des oppresseurs. Or, ironiquement, c’est l’inverse qui se passe, car sans l’existence d’un système patriarcal, personne n’oserait jamais mettre ce deux types de besoins sur le même plan. Le besoin de ne pas subir un viol est beaucoup plus important que celui de préserver son égo, c’est presque une question de survie. En ramenant sans cesse la conversation à « je suis un mec bien », le Nice Guy se positionne en oppresseur dans un système patriarcal. Concrètement, discuter sans arrêt de savoir si tel mec est un mec bien ou pas, plombe considérablement les discussions et freine toute velléité féministe. C’est précisément la raison pour laquelle il existe des réunions féministes non mixtes: ça permet d’aborder des problématiques qui sont très rarement possibles à aborder quand il y a des hommes cis dans la pièce. Typiquement le Nice Guy ne comprend pas qu’on puisse parler de problèmes qui ne le concernent pas, qu’il ne comprend pas et sur lesquelles il n’aurait rien à dire: sa façon de participer à une conversation rejoint celle dont il envisage l’acte sexuel. Il pénètre la conversation, il prend et ne songe pas à donner en échange. Il parle et s’attend à être écouté, mais ne prend la peine d’écouter les autres que pour répliquer, et songer à la façon dont il devra se défendre. Il croit qu’il est important.

Ni de cette sexualité, ni de ce transfert d’amour à sens unique, ni de ces conversations à monologues, nous ne voulons. Nous ne souhaitons pas plus te servir d’objet masturbatoire au sens littéral que métaphoriquement, en écoutant tes malheurs et tes complaintes misogynes pendant que tu ignores royalement ce que les autres ont à dire. C’est pourquoi, à ton grand désespoir, je filtre les commentaires sur ce blog. Je ne te donnerai pas le loisir d’étaler ton sexisme crasseux à tous les regards, mais si tu as une once d’intelligence en toi, tu es capable de comprendre que c’est une chance que je t’offre. Avec celle, immense et précieuse, de te remettre un peu en question.