La nouvelle salope

Le monde évolue, le sexisme aussi. Cet article a pour but de montrer comment des croyances misogynes peuvent perdurer dans le discours ambiant, tout en étant plus ou moins cachées derrière certaines apparences, à travers l’exemple du slut-shaming. Le slut-shaming peut en effet prendre bien d’autres formes que de simplement estimer qu’une femme ne doit pas avoir de sexualité.

Je vais donc m’adresser beaucoup dans cet article à un personnage inventé de toutes pièces, mais représentatif: le gentil mec de gôche.

Toi. Oui, toi, là, le gentil mec de gôche, ouvert d’esprit et qui joue vaguement de la guitare, c’est à toi que je parle. Non, tu n’as pas le monopole du sexisme, loin de là. Pourquoi toi, alors? Parce que tu a beau te croire « ouvert » et « tolérant » et « pas sexiste pour un sou », ça m’agace. Parce que tu l’es, sexiste. Oh oui, peut-être un chouïa moins que les petits fachos du style JV.com, mais beaucoup plus que tu ne le crois. Et si je m’adresse à toi c’est parce que ton sexisme avance masqué derrière des discours, dissimulé à chaque coin de mot.

Toi qui n’a rien à dire sur ce que les femmes font de leur corps, « mais »… Toi qui t’imagine qu’une fille qui veut coucher avec toi veut forcément que sois son petit ami… Toi qui va laisser échapper un terme du genre « fille facile »… Toi qui est tellement pas sexiste du tout que si tu penses que ton ex est une grosse salope parce qu’elle t’a quittée ou qu’elle a osé refaire sa vie, ça ne peut qu’être vrai. Les filles bien ne larguent pas les mecs. Pas toi en tous cas, qui est si gentil.

C’est toi le genre de gars qui va fièrement décréter que les femmes font ce qu’elles veulent de leur corps, mais… Lire la suite

B12: entre sciences et croyances

La B12, cette vitamine qui fait tant parler d’elle… Comment une seule petite vitamine peut-elle être autant source de polémiques, alors que tant d’autres vitamines, minéraux et oligo-truc-machins nous sont nécessaires? J’ai déjà parlé de cette fameuse vitamine, j’y reviens aujourd’hui avec un article long mais qui s’imposait. Accrochez vous, parce qu’on va parler créationnisme, La Terre D’abord, cartésianisme, études des marchands de café, lobbies laitiers et caca de gorille.


Si des véganes vont ont dit que le végétalisme rendait fort, intelligent, beau, riche et célèbre et faisait revenir l’élu-e de votre cœur en 48 heures, ils vous ont menti. Certes, se passer de viande expose moins à certains problèmes de santé, comme par exemple les maladies cardiovasculaires et les cancers(ref1)(ref2), mais d’autres préoccupations spécifiques à cette alimentation s’imposent. Elles n’ont rien d’insurmontable, il faut simplement être un peu vigilant. Les végétaliens devront par exemple faire attention à leurs apports en calcium (ref2)(ref3) ou en vitamine D(ref2). Cependant, la supplémentation n’est pas systématiquement nécessaire pour tous ces éléments. La seule vitamine dont la supplémentation est obligatoire pour les végétaliens est la vitamine B12.

Je ne détaillerai pas ici toutes les informations relatives à la vitamine B12. Des informations utiles se trouvent dans ce document documenté et sourcé. En clair, il existe un consensus scientifique bien établi selon lequel les seules sources fiables(note1) de vitamine B12 dans le régime végétalien sont les aliments enrichis (encore rares en France) et les suppléments (comprimés ou ampoules). Malgré ce consensus bien établi, beaucoup de véganes renâclent encore à l’idée de prendre une supplémentation…

Le refus de la vitamine B12: pourquoi?

Il existe, au sein même du mouvement végane, toute une frange de personnes qui refusent la complémentation en vitamine B12. Or, contrairement à ce qu’on peut lire ça et là sur le web (mais y a-t-il encore des gens qui croient tout ce qu’on raconte sur internet? La réponse est oui malheureusement), la nécessité pour les végétaliens de se supplémenter en B12 n’est pas vraiment un sujet de débats contradictoires dans la communauté scientifique (y compris en ce qui concerne les scientifiques véganes). Et les risques liés à une carence en vitamine B12 sont bien connus. Et ils sont graves: anémie, fausses couches, malformations, retards de croissance, troubles moteurs… A l’inverse, il n’y a aucun risque à se supplémenter en B12.

Alors, si la nécessité de prendre cette vitamine est si importante et scientifiquement établie, pourquoi existe-t-il un tel débat au sein de la communauté végane pour savoir si oui ou non il faut prendre ces fichues pilules? La réponse (que je vais essayer de développer ici) tient à une idéologie qui, et j’insiste sur ce point, ne relève pas du véganisme, bien qu’elle y soit malheureusement bien souvent associée. Il s’agit d’une idéologie de type religieux, équivalent à une sorte de culte irrationnel de la « Nature » et du « naturel ».

la nature c'est bô.

 Mais qu’est-ce que le naturel? Et quel fucking rapport avec le véganisme?

C’est quand on cherche à définir « le naturel » ou « la nature » qu’on prend conscience de toute la complexité de ce concept. Le Larousse en ligne, par exemple, ne donne pas moins de 9 définitions du mot « nature ». On y retrouve des concepts relatifs à l’essence, à l’origine des choses et à la réalité. Certaines définitions du terme « nature » se rapprochent d’une idée de divinité, de création divine:

Ensemble de forces ou principe supérieur, considéré comme à l’origine des choses du monde, de son organisation

Le terme « nature » envoie également à des concepts de pureté, de non-transformation, en opposition aux artifices, à ce qui est produit par l’action humaine. Éthymologiquement, « nature » vient du latin « natura » qui signifie: « ce qui existe depuis la naissance, ce qui n’a pas été transformé ou altéré ». Quand on cherche à définir ce qu’est la nature, on se retrouve en face de concepts relatifs à l’origine des choses, à leur essence, leur origine ou leur définition. Le « naturel » renvoie, lui, à la spontanéité, à la non-intervention face à une voie tracée, à un « devenir » intact*. Lire la suite

Ces enfants trop bruyants

J’ai récemment réagi sur Twitter à l'(excellent) article de Mme Déjantée Territoires d’enfants, territoires d’adultes: à qui appartient l’espace? (lisez-le, c’est un ordre). Plusieurs personnes ont trouvé ça intéressant, donc je vais essayer de synthétiser ce que j’en disais dans un mini-article.

L’article de Mme Déjantée met en lumière le fait que l’espace urbain soit considéré comme appartenant principalement aux adultes, avec un fractionnement de plus en plus important entre les groupes: tel espace est réservé aux enfants, des lieux de vie en général ils sont soit exclus, soit à peine tolérés.

Cela m’a renvoyé à une discussion désagréable que j’ai eue il y a quelques temps avec certains Child-Free intolérants (nb: je suis totalement solidaire des child-free, j’en parle ici, mais y a vraiment des gens intolérants, d’ailleurs ce n’est pas propre aux CF de toutes façons). Donc des gens sur un groupe CF m’ont dit en gros, qu’ils avaient fait le choix de ne pas faire d’enfants (ok très bien), et que, par conséquents, ils n’avaient pas à subir le choix des gens d’en avoir (?). Comprenez: ne pas subir l’horrible présence d’enfants dans l’espace public.

Interloquée, je leur ai demandé: mais mon gosse, j’en fais quoi? Dois-je rester avec lui enfermée à la maison, dois-je me passer de transports en commun et ne jamais aller dans les supermarchés? Aucune réponse bien concrète ne m’a été apportée: d’après eux, je n’ai simplement pas à « imposer la présence de mon enfant » dans l’espace public (rues, squares, bus etc…). Avec options insultes: sale pondeuse, t’avais qu’à avorter, etc…

Cette volonté de compartimenter l’espace pour exclure femmes et enfants de la sphère publique, est un des signes les plus évidents de l’oppression particulière qui unit les femmes et les enfants: c’est à la fois de l’âgisme et de la misogynie. La rue appartient aux hommes adultes, les autres sont juste tolérés sur leur territoire. Or, de mon point de vue, non seulement j’ai parfaitement le droit de circuler, mais mon enfant aussi. Je ne pense pas que la rue appartienne davantage à un homme adulte qu’à un jeune enfant. Et ce, même si les enfants sont parfois bruyants. Lire la suite