Vivre plusieurs relations

Mine de rien, très lentement et avec beaucoup de résistance, les mœurs évoluent. En tous cas, on me pose de plus en plus de questions sur le « polyamour » (berk, que j’aime pas ce mot) ou plus généralement sur le fait de vivre plusieurs relations amoureuses et/ou sexuelles avec le consentement de toutes les personnes impliquées. Je vais tenter de répondre à au moins une partie d’entre elles.

A propos de la notion de consentement libre

La notion de consentement est complexe: la vie est faite de choix, mais aussi de contraintes qui influent sur ces choix. En terme de relations multiples, il n’y a pas d’un côté la pure et simple trahison et de l’autre le fait de multiplier les relations avec la bénédiction enthousiaste de tous ses partenaires. Parfois (souvent) c’est plus compliqué, il y a des tas de façons de vivre le fait qu’un.e de ses partenaires ait d’autres relations. Cependant, je pense qu’on peut s’accorder à dire que le consentement libre et éclairé est un objectif. Mais je constate, quand j’en discute avec des vrais gens, que la vie est décidément parfois plus compliquée que la théorie.

Attention, je ne suis pas en train de dire que vivre le polyamour est nécessairement compliqué et/ou nécessairement douloureux. Je pense que l’objectif de tout un chacun est de vivre ses relations dans le bonheur et une certaine légèreté. Personne n’a réellement envie de se prendre la tête, enfin je pars de ce principe en tous cas. Mais il existe de nombreuses barrières qui peuvent empêcher de vivre plusieurs relations de façon simple et satisfaisante pour tout le monde. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas possible.

Le polyamour, ok mais pour qui?

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Je finirai par ouvrir une coopérative fruitière

Ça fait 3 ans et demi maintenant que j’ai écrit « toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil ». Si vous pouviez d’ailleurs arrêter de le commenter, ça m’arrangerait. Je supprime de toutes façons tous les nouveaux commentaires. Le débat est clos. Cela m’agace prodigieusement de devoir débattre et débattre encore sur un article si vieux et que je n’écrirai certainement plus de la même façon aujourd’hui. Peut-être certaines choses n’étaient-elles pas assez claires, bien que les femmes semblent parfaitement comprendre le propos dans l’ensemble, contrairement aux hommes (l’élite intellectuelle de notre nation, vous savez, ceux qui possèdent quasiment tout le pouvoir politique mais sont supposément trop stupides pour savoir se servir d’un lave-linge).

Quand même, il y a quelque chose qui revient en permanence dans les réactions, pas seulement à cet article mais en général; c’est ce besoin irrépressible de critiquer les choix amoureux des femmes.

Donc on va revenir sur notre triangle amoureux fruitier. Poire aime Cerise. Cerise aime Melon. Poire pense que Melon est un connard. C’est l’éternelle histoire, le grand cycle de la vie qui recommence. Dans les films, Poire finit par évincer Melon et chopper Cerise à la fin. Pourquoi? Parce que c’est Poire qui écrit les scénarios des films.

Si je devais résumer les commentaires pleurnichards que j’ai reçus, en synthétisant un maximum (oui d’ailleurs si vous pouviez éviter de m’envoyer des romans et de me raconter toute votre vie en long, en large et en travers, alors que je ne vous connais même pas, je trouve que c’est tout simplement un manque de considération de votre part de faire ça, bref) ça donnerait un peu ça: « Ouin, tu parles que de Poire, et pas de Melon qui est un méchant, ni de Cerise qui blablablabla ». Ce à quoi j’ai répondu au début: non, il n’y a rien à dire, ils sont là pour peupler l’univers de Poire, le sujet c’est Poire et personne d’autre, l’article parle de Poire, seulement il fallait bien une meuf et un gars. Ce sont des figurants, si vous voulez.

Melon ou le mauvais garçon

Depuis j’ai quand même un peu réfléchi à la question, donc je vais reformuler cette réponse. Et finalement c’est important de le préciser. On va commencer par Melon. Pourquoi ne pas critiquer le comportement de Melon? Hé bien c’est simple: Melon n’existe pas. Il n’existe tout simplement pas. Je disais plus haut que dans les films, la meuf finit toujours avec Poire, parce que Poire écrit les histoires. Pourquoi c’est Poire qui écrit les histoires, et pas Melon? Hé bien parce que quasiment tous les hommes sont au moins un peu « Poire ». Le « gentil garçon » est un mythe d’identification, c’est ce que pensent les hommes à propos d’eux-même. C’est un personnage construit à partir du regard des hommes sur eux-même. Ils sont toujours « le gentil garçon qui aime la fille et si seulement elle pouvait se rendre compte à quel point je suis un mec génial ». Et Melon est aussi un mythe masculin, mais construit en miroir de Poire, à son opposé, un personnage construit à partir du regard des hommes pour les autres hommes. Melon c’est l’Autre, le « mec pas assez bien pour elle ». C’est pour ça que ça n’a aucun intérêt de parler de Melon. Lire la suite

Tout ça pour ça.

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Il n’est pas mon habitude de mettre des selfies ici. Encore moins d’une autre partie du corps que le visage. C’est un peu intime, quoi. Et je parle très peu de moi sur ce blog, d’habitude. Mais ce matin, j’ai pensé que je pouvais faire exception à ma réserve habituelle. Car ce matin je me suis regardée dans la glace et j’ai vu ça.

Oui, regardez bien. A droite. Cette chose inconnue. Regardez mieux. On voit trois poils et demi qui se battent en duel. Vous les voyez? Ah mais je vous entends d’ici demander « d’habitude, elle parle de sujets de société, de militantisme, de lutte, de changer le monde, et tout ça, enfin de trucs importants quoi, et voilà qu’elle vient nous rebattre les oreilles avec ses 3 poils d’aisselle, ça y est on a perdu l’elfe ».

Bon, je vous remet le contexte. Lire la suite

Le Social Justice Warrior TradeMark

J’ai hésité avant de publier cet article, écrit à la va-vite pour moi-même, pour me défouler, pour extérioriser une certaine forme de colère. je l’avais écrit à l’origine contre les SJW. Etant donné que je le rend finalement public, je préfère le diriger contre les « SJWTM » (Social Justice Warrior TradeMark, soit mon portrait du parfait petit militant casse-bonbon), parce que ce n’est pas très juste de viser « le SJW » qui peut-être quelqu’un de vraiment chouette et ne pas mériter du tout ce portrait au vitriol. Mais il se fait rare. A part cette légère modification, je publie donc le texte en l’état. J’assume son inutilité totale, mais il m’a fait du bien à écrire, alors j’espère que certains trouveront qu’il fait du bien à lire. Et si vous vous sentez visés… Bon courage!

Les Social Justice Warrior me les brisent.

Le SJW modèle est en colère, et il veut que tout le monde le sache. Sa colère est énorme, massive, explosive et ne doit pas être bridée. Mais mon coco, c’est pas tout d’être en colère. la colère n’est pas une fin en soi. C’est même rien d’autre qu’un début, d’être en colère. Encore faut-il en faire quelque chose, de cette colère. Trouver des façons militantes, créatives, transformer cette colère en quelque chose de positif, car c’est ce qu’elle est, la colère, elle est une force, elle est un moteur, elle te pousse vers l’action. Et tu en fais quoi?

Le SJWTM agit en rond, tourne dans son bocal comme un poisson. Sa colère, il ne sait plus où la mettre. il la dirige contre tout et n’importe qui, au petit bonheur la chance.

Le SJWTM a le droit de te parler comme à une merde, et même de te harceler et n’a pas peur de te pousser au suicide, car il sait que c’est pour la Bonne Cause. Faire chier les gens qui ne sont pas d’accord avec lui, c’est l’idée la plus proche qu’il se fasse de la justice sociale.

Le SJWTM est con. Il croit qu’il existe des réponses bêtes, simples et méchantes à des questions complexes.

Le SJWTM veut de la justice, et qu’on ne bride jamais l’expression de sa colère. Si on lui demande s’il est juste que n’importe qui se prenne la colère de n’importe qui dans la gueule, il va te dire que t’es qu’un oppresseur parce que de toutes façons c’est un problème qui arrive aux autres, donc c’est pas grave. Le SJW ne veut pas réfléchir à des questions compliquées. Si t’es pas avec lui, t’es contre lui. Donc t’es un oppresseur qui doit check ses privilèges.

Le SJWTM se pose des questions compliquées et difficiles auxquelles il n’existe pas de réponse toute faite, mais refuse de trop réfléchir et d’entrer dans des débats constructifs où tout le monde ne sera pas d’accord avec tout le monde. Il se pose des questions complexes et y répond par l’adhésion à une pensée sectaire, toute faite et pré-mâchée, de peur de se tromper ou de contrarier ceux qui s’y connaissent mieux que lui dans ce jeu-là. Le SJW a peur de réfléchir par lui meme, il n’est pas habitué à tant de liberté. le SJW préfère qu’on lui dise quoi penser, même s’il ne comprend pas exactement pourquoi il faut penser ceci ou cela.

Le SJWTM ne sait pas pourquoi il ne faut pas être abolitionniste(1), alors il demande à d’autres SJW de lui dire pourquoi, pour qu’il puisse le répéter comme un perroquet à des gens qui sont abolitionnistes. Et il croit qu’il milite.

Le SJWTM préfère adhérer à une pensée prémâchée, prédigérée, que réfléchir par lui même. Il préfère se soumettre à une hiérarchie recomposée légèrement différente de celle à laquelle il est habitué et contre laquelle il cherche en vain à se révolter, mais pas trop différente quand même. S’écrasant volontiers devant la brutalité de ceux qui en savent plus long que lui sur les lois et les règles de ce microcosme, il dominera les autres à son tour aussitôt qu’il le pourra.

Le SJWTM se dresse avec plus ou moins courage contre certaines injustices, pour s’écraser devant d’autres quand elles proviennent de ce milieu qu’il chérit. Comme tout humain, et bien malgré lui, il est plus sensible à certaines injustices que d’autres, il n’a pas de mot assez dur pour qualifier certaines oppressions, il crache une haine sans limite au visage de ceux qui perpétuent un certain type d’injustices, pour en perpétuer lui-même d’autres à son tour, au nom de la Justice Sociale.

Le SJWTM vit dans un univers de telle subjectivité qu’il ne peut jamais se mettre d’accord avec personne, à moins d’adhérer à la pensée d’un gourou sans le moindre esprit critique. Il prétend ne pas hiérarchiser les oppressions, parce que c’est mal, on le lui a appris. Mais en luttant contre certaines, il en perpétue d’autres.

C’est que, je le disais plus haut, le SJWTM est en colère, et ne sait que faire de cette colère, qui fermente en lui comme un poison, sans jamais se transformer en une force d’action vers quoi que ce soit de constructif. Le SJW a toujours une bonne raison pour ne rien faire de sa colère, il ne sait pas faire, il trouve ça trop dur, il est trop jeune ou inexpérimenté, il passe trop de temps sur facebook (sic) ses recherches d’emploi lui prennent trop de temps (re-sic) ou encore, il doit trouver le temps de sortir son chien (re-re-sic). Militer, pour lui, revient à cracher son venin, sans jamais s’arrêter deux minutes pour penser en terme de stratégie, en terme de « qu’est ce qui va se passer si je fais telle chose ». Le SJWTM ne se demande jamais « est-ce que ça sert à quelque chose de répondre à ce commentaire insultant sur facebook ». Il répond parce qu’il est persuadé que militer c’est ça, que la militance revient à faire sortir sa colère et que quand il aura fini, ça ira mieux, que le monde sera bien plus juste qu’avant et que tous ses problèmes seront réglés. Mais à force de faire exploser la colère au visage de n’importe qui, elle nous revient bien souvent dans la gueule, et nous ressemblons à une bande de cocktails molotov tous enfermés dans un carton de nitroglycérine.

Le SJWTM croit que la colère s’évacue en hurlant, alors que hurler, ça casse juste les couilles. Le SJWTM m’en veut d’ailleurs à mort parce que j’ai écrit « casser les couilles », et que plus tôt je l’ai traité de con, ce qui est sexiste, cissexiste et j’en passe. Le SJW voudrait faire évoluer le langage, il hurle donc sur tous les gens qui utilisent des termes oppressifs en pensant que quand il aura bien fini de hurler sur tout le monde, le langage ne sera plus oppressif. Ou alors, il créé des laboratoires plus ou moins secrets sur les internets pour inventer des insultes pas oppressives et au final pas du tout insultantes donc totalement inutiles.

Le SJWTM veut des milieux safe, alors il saute à la gorge des gens qui ont dit un mot plus haut que l’autre. Il insulte et méprise tous ceux qui ne sont pas d’accord, se rengorge de son petit pouvoir comme le flic de bas étage qu’il ne devrait pas être, mais qu’il devient peu à peu. Quand il n’y a plus que des amis à lui et des gens totalement soumis dans son groupe facebook, le SJW est content. Il pense que c’est safe. Il a juste viré tous les gens qui ne sont pas d’accord avec lui ou qui ne supportent pas son autoritarisme.

Le SJWTM veut renverser l’oppression, et se comporte comme un petit macho viriliste, avec cependant un vocabulaire légèrement différent. Le SJW pisse autour de son territoire comme le dernier des « mecs cis hétéro » qu’il méprise tellement fort (à plus forte raison quand il en est un).

Quand le SJWTM est vraiment trop vener, encore plus que d’habitude, il prend un mec ou une meuf lambda, de préférence un mec, de préférence cis et hétéro, mais il fait avec ce qu’il a sous la main, il le harcèle, l’insulte, le traîne dans la boue, il fait un « meme » avec sa tête pour montrer que cette personne est vraiment une sous-merde, et il diffuse ça sur ses milieux safe. Il se marre bien avec ses potes safe, et il va se coucher heureux, en se disant que décidément la justice sociale c’est bien cool, et que demain on ruinera la vie d’une autre personne.

Le SJWTM est vraiment une sous-merde, en fait.

 

[(1) Je dis pas qu’il faut être abolitionniste. J’en suis revenue. Seulement j’aime bien que les gens sachent pourquoi ils pensent ce qu’ils pensent ou croient penser. L’anti-abolitionnisme de principe est un bon exemple.]