Militer c’est chiant

Toutes ces injustices dans le monde t’indignent? Tu pense qu’un monde meilleur est possible? Tu crois en des valeurs égalitaristes, féministes, antispécistes et autres trucs très chouettes en -iste?

C’est bien, tu es mur pour militer!

Ou pas.

Militer n’est pas une obligation. Militer prend du temps, de l’énergie. Nous sommes tous pris dans des vies parfois difficiles. Nous avons nos problèmes. Certains d’entre nous subissent d’ailleurs des injustices sociales (sexisme, racisme) qui sont handicapantes et qu’ils doivent eux-même déconstruire pour avoir une meilleure vie.

Militer peut aussi être un privilège. La mère célibataire de 3 enfants milite rarement… Militer peut être difficile, voire impossible, pour certaines personnes, qu’elles soient jeunes et dépendantes de leurs parents, vieilles et isolées… Bien sur, grâce à internet, des possibilités se sont ouvertes, qui n’existaient pas avant. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile…

mots - copieMiliter nécessite des ressources

Militer, c’est donner de son temps et de son énergie pour faire le monde un peu meilleur qu’il ne l’est. C’est beau, c’est chouette, c’est altruiste, et parfois on ne peut pas le faire. Militer demande des ressources, alors que certaines personnes n’arrivent déjà pas à réunir assez de ressources pour vivre normalement. Attention, je ne parle pas ici (que) de ressources matérielles: ça peut compter, mais je parle surtout de temps, d’énergie. Car militer est très consommateur d’énergie.

Je pense qu’on pourrait trouver beaucoup, beaucoup d’exemples pour illustrer ce que j’essaie d’expliquer. Mais je vais prendre celui que j’ai sous la main: le mien.

Quand mon fils est né, je n’avais parfois plus l’énergie de me cuisiner un bol de pâtes. Je ne sais pas exactement comment j’en suis arrivée là, parce qu’honnêtement, d’un point de vue extérieur, rien ne semblait si difficile: je n’avais pas de problèmes graves dans ma vie, je ne suis même pas mère célibataire, mon fils n’a aucune maladie ou handicap spécial. Il était juste là, avec un immense besoin d’attention, sans doute supérieur à la moyenne, mais ça n’a rien d’inhabituel. Sans doute qu’être mère a réveillé quelque chose chez moi que j’avais jusque là réussi à endormir. Ce fut une longue dépression post-partum qui s’installa. Et je ne pouvais rien faire. Je me sentais impuissante.

Malgré cette condition, je me suis évertuée à continuer les actions Food Not Bombs dans ma ville. J’étais très fière d’avoir lancé le collectif, j’avais investi beaucoup de moi-même dans ce projet, et je ne voulais pas abandonner. Après seulement un ou deux mois d’absence, j’y suis retournée avec mon bébé en écharpe. Le collectif avait alors (et a toujours) une façon très lourde de fonctionner puisque nous n’avons pas de cuisine fixe pour préparer les repas et devons à chaque fois trouver une cuisine, organiser l’évènement, transporter du matériel en plus de la récup’, etc… C’était donc très difficile pour chacun. De plus, les membres du collectif ne réalisaient pas, je pense, l’état d’épuisement dans lequel j’étais (mais ce n’est pas du tout de leur faute, c’est moi qui aurais du être plus lucide). J’ai un souvenir assez pénible d’être allé faire des courses pour le collectif alors que je n’avais pas l’énergie de les faire pour moi-même et que je ne mangeais que des pâtes (quand j’arrivais à me traîner suffisamment pour me les faire cuire).

Rétrospectivement, franchement, c’était une erreur. Avant cela, j’avais donné beaucoup de moi-même, et aller faire les courses était une broutille à côté de toute la peine que je m’étais donné pour faire marcher le projet. Sauf que tout ce que j’avais fait, je l’avais fait avec joie. Même trimballer 15kg de légumes à pieds sur 3km, je l’avais fait avec joie, parce que j’avais envie que ça marche, et parce que même si c’était difficile, j’avais l’énergie pour le faire. Quelques mois après la naissance de mon fils, je n’avais plus l’énergie. J’avais presque le sentiment de me faire exploiter (alors que c’était mon choix de participer, personne ne m’y avait forcé).

Mais militer, ça demande des efforts. Je ne pouvais pas militer sans faire d’efforts. Et quand vivre est en soi un effort, on ne peut pas forcément militer. Et ce, même si c’est quelque chose qui nous apporte aussi beaucoup d’énergie, qui nous remplit de positif et nous aide à affronter les difficultés de la vie. Pour ça, on doit faire les choses avec cœur, et on doit en être capable, émotionnellement, spirituellement, matériellement, etc…

Après avoir réalisé ce qui se passait en moi, j’ai cessé de contribuer au Food Not Bombs, pour n’y revenir qu’occasionnellement plus tard. Même maintenant, je ne participe plus à toutes les distributions, alors que je n’en ai jamais raté une seule quand j’étais enceinte. J’écris cela avec amertume car j’aimerais beaucoup faire plus. Mais même si c’est douloureux pour moi de ne plus être au top, j’essaie de me respecter et de ne pas faire plus que ce dont je me sens capable. Je pense que faire autrement n’apportera rien de bon, ni à moi, ni au collectif, ni aux causes qu’il défend.

Militer, c’est quoi?

Militer, c’est se confronter au monde.
Pour organiser un Food Not Bombs par exemple, il faut trouver des personnes motivées, les joindre, les organiser (ce n’est pas à chacun de le faire mais quelqu’un doit bien le faire…). Il faut, dans notre cas, trouver un lieu pour cuisiner, ce qui demande pas mal d’énergie à chaque fois (heureusement que ce n’est plus moi qui le fais car autant dire que le Food Not Bombs Montpellier n’existerait plus…). Il faut ensuite se rendre aux récup’, collecter puis charrier des tonnes de légumes. Il faut ensuite décider quoi faire avec, puis les cuisiner, préparer les repas, stocker pour le lendemain, puis tout trimballer à nouveau, installer le stand, puis il faut distribuer les repas, avec le sourire, parler aux gens, répondre aux questions, être positif. Puis à la fin il faut tout remballer et aller faire la vaisselle, ce qui franchement est la partie la plus pénible.
Il a aussi fallu rédiger des tracts, trouver de quoi les photocopier, faire des réunions, créer un forum, tenir le blog…
Je prend l’exemple du Food Not Bombs parce que c’est quelque chose que je connais bien, mais c’est aussi assez représentatif de ce qu’est le militantisme: ça demande beaucoup d’efforts, et finalement on obtient peu en échange, donc pour le faire il faut vraiment être prêt à donner de soi. Mais toute action militante implique de s’investir et de faire des efforts.
Par exemple, tenir un stand contre la viande, c’est très mignon, mais si on n’est pas prêt à débattre avec calme et courtoisie face à des gens qui vous nous dire que les vaches n’ont pas de conscience de toutes façons et qu’elles sont faites pour être mangées, alors je pense honnêtement que ça ne sert à rien de tenir un stand, sinon à se faire mousser. Se faire mousser n’est d’ailleurs pas un crime, mais ça ne devrait pas occulter le véritable intérêt du militantisme, qui est de faire changer les choses. Et on ne change pas le monde sans faire des efforts.

Militer, ce n’est pas seulement faire des choses super intéressantes et enrichissantes.

Militer, c’est parler avec des gens qu’on aurait bien envoyé chier dans un autre contexte, mais on n’est pas là pour ça mais pour les sensibiliser, les éduquer. Pas pour se défouler, pas pour exprimer nos sentiments.

Un jour, à un Food Not Bombs, un papy m’a dit: « c’est facile de trouver du travail, il suffit de le vouloir, c’est tout. vivre dans la rue, c’est un choix ». Y avait des SDF juste à côté. Franchement, ça met en colère d’entendre des trucs pareils.

À chaque action pour les animaux, on nous traite de « brigitte bardot » ou d’extrémistes, les gens passent en disant « mmmh la viande c’est bon » et on doit discuter sans s’énerver avec des gens qui nous disent toutes sortes d’arguments qui figurent dans le Bingo végétarien.

Bingo carniste.

Bingo carniste.

Et ça ce sont des exemples où je ne suis pas concernée par l’oppression. Mais quand tu es concerné c’est évidemment sans commune mesure. Qu’un mec vienne me dire que les femmes n’ont qu’à rester à la maison pour pas se faire violer, je vois rouge.

Mais quand tu milites, ta colère, tu ne te contentes pas de la hurler à la face du monde. Tu essaies d’en faire quelque chose de constructif. Tu ne la refoules pas forcément, tu ne la considère pas comme illégitime et malvenue, surtout quand c’est ce que ce monde injuste t’a appris et que tu voudrais changer cela. Mais tu en fais quelque chose d’utile, tu la transcendes. C’est ça, militer.

Oui c’est dur, oui tout le monde ne peut et ne doit pas le faire; et oui, nous ne sommes pas égaux face à cela.

Je ne jette pas la pierre aux gens qui sont en colère et ne peuvent rien faire d’autre que de hurler. Certains ont besoin d’exprimer cette colère, ça peut être une question de survie. Je dis simplement qu’ils ne militent pas en faisant ça. Peut-être qu’ils militent à d’autres moments de leur vie, mais pas quand ils hurlent, à mon avis. Pour prendre un exemple plus clair, quand j’explique posément à une personne en quoi le sexisme de ses propos me pose problème, et que je prends sur moi pour ne pas m’emporter et rester calme afin que mes propos puissent avoir une portée, je milite. Au contraire, quand je dis quelque chose comme « va te faire foutre espèce d’étron puant et va trimballer ton machisme dégueulasse ailleurs », je ne suis pas en train de militer. Je suis en train de me défouler. Ce n’est pas la même chose. ça me fait peut-être du bien sur le moment, mais ça ne change pas le monde, pas vraiment. Ça ne fait pas partie d’une stratégie pour changer les choses et rendre la vie un peu moins injuste. C’est juste des insultes. Et si légitime que soit ma colère, si révoltants soient les propos qui me font réagir ainsi, ça n’en fait pas du militantisme pour autant.

Faut-il éduquer tout le monde?

Parfois les gens disent « on n’a pas à éduquer tout le monde » (les hommes, les blancs, les cis…). En disant cela, ils réagissent avec raison contre l’idée selon laquelle puisqu’ils sont victimes d’injustices et/ou puisqu’ils se disent militants, ils doivent nécessairement être pédagogues avec tout le monde, tout le temps, que c’est leur devoir. Autrement dit, qu’ils sont obligés de militer tout le temps. Ils ont raison de dire cela, car personne ne peut être obligé de militer, ça doit relever d’un choix éclairé. De plus, personne ne peut militer tout le temps, c’est humainement impossibles car les ressources d’un être humain sont limitées.

Mais il y a un mais. On n’a pas à éduquer tout le monde, c’est vrai. Une féministe, par exemple, a raison de penser que ce n’est pas son devoir d’être gentille et patiente avec tout mec venant étaler son machisme et demandant à ce qu’elle le fasse changer d’avis. Mais je tiens à attirer l’attention sur un simple fait: si nous, féministes, n’éduquons pas les gens et ne les sensibilisons pas au sexisme, alors qui le fera? Je ne dis pas que c’est le devoir de chacun-e et à tout instant. Mais je pense que si on veut rendre la société moins sexiste, et lorsque l’on s’en sent capable, alors il n’y a pas d’autre solution que d’éduquer, de sensibiliser, de discuter avec le plus de calme et de courtoisie possible, et de trouver le moyen d’apprivoiser sa colère, de l’exprimer de façon constructive et utile, ou alors de la garder pour des situations privées. Encore une fois, personne n’est obligée de faire ça. Et vous avez le droit d’insulter un troll macho. Seulement, ce n’est pas du féminisme dans le sens où ce n’est pas un acte militant, c’est un acte personnel qui vous sert à vous mais qui ne va pas forcément changer les choses. Et même si cet acte révèle vos points de vue féministe, ce n’est pas du militantisme pour autant.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le militantisme ne doit choquer personne et doit être doux et gentil. Non, certainement pas. Le militantisme met souvent les gens mal à l’aise et c’est tout à fait légitime. Les féministes dénoncent le viol, les violences conjugales. Dénoncer le viol, c’est dénoncer les violeurs (ou alors sinon ça veut dire qu’on traite le sujet comme si les femmes se violaient toutes seules et que donc on fait n’importe quoi). Dans mon article précédent, j’ai dénoncé le harcèlement, donc des hommes sont venus me dire que ce n’était pas bien, parce qu’ils se sentaient attaqués en tant qu’hommes. Si je dénonce le viol, ou la violence conjugale, ce sera pareil. Pour prendre un autre exemple, dénoncer le massacre des animaux peut mettre mal à l’aise les gens qui mangent de la viande. On ne peut pas forcément faire autrement à moins d’édulcorer le discours militant au point qu’il perde de sa substance et au final ne serve plus à rien. Bien sur qu’on doit dénoncer, même si certaines personnes auront à affronter leur conscience, voire même leur identité, ce qui n’a rien de facile. Mais je voudrais mettre l’accent sur le fait que faire changer les gens, ça demande certaines conditions. Parfois, choquer ou provoquer dans le but d’amener une réflexion, ça peut être salutaire, bien sur. Pour autant, l’attaque frontale ne donne la plupart du temps pas le moindre résultat et voire même des résultats contraires à ceux qu’on espérait… Par exemple, si on milite pour les droits des animaux, insulter quelqu’un parce qu’il mange de la viande, en le traitant de monstre ou d’abruti, ne donne jamais aucun résultat. Alors qu’en discutant le plus posément possible, on peut amener une réflexion. C’est fatiguant et pesant, et les résultats ne sont presque jamais visibles, mais c’est la seule solution. Même si les gens sont sur la défensive et sortent tous les arguments du bingo, il est possible que plus tard ils changent d’avis, en partie grâce à cette discussion. Mais pour ça il faut faire l’effort.

Donc oui, militer c’est éduquer les gens, le plus efficacement possible, et donc ça demande des efforts. Bien sur, dans le cadre d’une discussion, les efforts doivent aller dans les deux sens: si j’essaie d’expliquer à quelqu’un ce qu’est la culture du viol, en lui fournissant plusieurs liens et outils pour qu’il se renseigne par lui-même parce que le concept est difficile à résumer, et qu’il n’en consulte aucun, alors je peux estimer qu’il ne fait pas les efforts nécessaires et que du coup je n’ai pas forcément envie de me décarcasser pour une telle personne (ce qui revient à peu près à jeter ses énergies dans les toilettes et à tirer la chasse…). Donc je baisse les bras. Après j’ai le choix entre l’ignorer et l’insulter, mais dans les deux cas je ne milite plus.

En fait, le plus juste serait évidemment que chaque personne s’éduque elle-même et que je n’ai pas à avoir de longues discussions chiantes sur le sexisme ou autres, des discussions où je vais toujours rabâcher les mêmes évidences et faire face aux mêmes arguments (qui figurent d’ailleurs dans des bingos, dont le ressort humoristique repose justement sur le caractère ultra répétitif des arguments ou remarques). J’aimerais que chacun se prenne en main et se renseigne, se questionne, se sensibilise, pour qu’au final le sexisme disparaisse de la société, ainsi que toutes les oppressions. Mais ça n’arrivera pas. Même si je le souhaite le plus fort du monde, et même si franchement c’est injuste que ce ne soit pas le cas, ça n’arrivera jamais. Donc il faut qu’il y ait des gens pour se sortir les doigts du croupion et faire quelque chose. Et le pire, c’est qu’on est même pas surs qu’on arrivera à mettre fin à la moindre injustice. Mais militer, c’est essayer.

249144_532111493514391_1470574863_nCe que militer est selon moi (liste non exhaustive):

  • Militer, c’est expliquer.
  • Militer, c’est expliquer, réexpliquer, re-réexpliquer, se répéter encore et encore.
  • Militer, c’est chercher des façons créatives de toucher les gens.
  • Militer, c’est réfléchir, confronter, organiser ses idées, écrire. C’est être le plus pédagogue possible.
  • Militer, c’est parfois éplucher des tonnes de navets et laver des seaux entier de salade… Ou encore tenir des pancartes sous la pluie… Ou tous ces trucs pénibles qu’on fait pour la bonne cause.
  • Militer, c’est rassembler les gens. C’est s’organiser, se retrouver, se réunir, discuter, expliquer, tenir compte de l’avis des autres.
  • Mettre en place des stratégies pour toucher le maximum de monde, que ce soit dans la rue, sur les réseaux sociaux ou via les médias.

Ce qui militer, toujours selon moi, n’est pas:

      • Envoyer chier quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi.
      • Insulter les gens, même si on a de bonnes raisons.
      • Insulter les gens, même si on a d’excellentes raisons et que ça nous fait du bien.
      • Ignorer les gens quand les insulter ne nous fait pas du bien.
      • Perdre certains amis et en trouver d’autres. Même si ça peut être une conséquence du militantisme, je pense que ce n’en est pas en soi.
      • Signer des pétitions en ligne pour les petits chatons qui meurent de faim là bas dans le monde. Pas plus que donner un Euro à un SDF. C’est utile mais j’ai du mal à appeler ça militer.
      • Faire la courses aux « like », aux « followers » et autres points de popularité…
      • Partager des trucs sur les réseau sociaux. Je sais que plein de gens ne seront pas d’accord avec moi, mais pour moi cliquer sur le bouton « partager » de Facebook ne constitue pas en soi un acte militant. Si mettre en place une stratégie pour faire bouger les choses en utilisant les réseaux sociaux est une forme de militantisme, partager des trucs qui nous touchent ou nous bouleversent sur notre page Facebook ou Twitter est souvent plutôt une façon d’exprimer quelque chose. Je n’y vois généralement pas du militantisme.Poster de jolies images et des jolis slogans sur les réseaux sociaux, même si c’est en rapport avec une cause qu’on souhaite défendre.
      • Faire la police du militantisme: décider qui est un bon militant et qui ne l’est pas.
      • Classer les gens en bonnes et en mauvaises personnes au nom d’une cause.

Militer, c’est aussi peut-être se remettre en question, avancer, réfléchir, lire. Ou du moins, il est nécessaire d’en passer par là pour être militant.

Bien sur, on peut militer en partie pour le plaisir. Le militantisme peut nous servir, aussi. Mais est-ce qu’on n’a pas vite fait de se proclamer militant alors qu’on ne fait finalement pas grand chose pour changer le monde? La question qu’on pourrait se poser, c’est: pour quoi je fais ça, quel est le but premier? Qu’est-ce que j’espère obtenir en échange?

Ne dressons pas le portrait du militant parfait, celui qui donne de soi sans compte et sans jamais, jamais rien attendre en échange, parce qu’il n’existe peut-être pas, parce que personne n’est parfait, parce que nous sommes humains. Mais pour autant, peut-on militer sans espoir de faire changer les choses? Peut-on militer sans faire passer au moins un peu la cause qu’on défend avant son ego, son besoin de popularité, ou son besoin d’exprimer des émotions?

Bien sur, si des gens ont envie de se dire militants, c’est leur droit. De toutes façons, eux savent ce qu’ils font ou ne font pas et pourquoi ils le font, personne ne fera la police pour vérifier ça. Mais simplement, ce n’est pas ma définition du militantisme. Et je pense qu’il faut tout de même placer une frontière entre ce qu’on fait pour soi et ce qu’on fait dans le but de changer le monde, même si parfois la limite peut être un peu plus floue que ça dans la réalité.

Certains ne manqueront pas de dire que je donne des leçons de militantisme. En fait, je pense que tout militantisme se doit d’être ouvert à la critique et donc au perfectionnement (même si ce n’est l’obligation de personne d’être parfait). Je pense qu’un militantisme qui dédaigne la critique est un militantisme mort. Bien sur, je ne fais ici que donner mon avis, ce qui n’est pas grand chose, ce n’est qu’un avis parmi des millions d’autres, et cet avis est susceptible d’évoluer. Je ne voudrais d’ailleurs pas qu’on utilise mon opinion pour condamner certains militants en mode « ce ne sont pas des vrais militants » parce qu’on n’a pas vraiment besoin de ça. Je voudrais simplement que chacun-e qui lise ce texte réfléchisse en son âme et conscience et décide ce qui pour elle, pour lui, est du militantisme ou n’en est pas, et pourquoi.

Commencer par soi

Pour être claire, oui, je pense qu’on a vite fait de se déclarer militants alors qu’à aucun moment on essaie de changer autre chose que sa propre vie. Et attention, c’est très bien d’essayer de changer sa propre vie. En fait, je pense qu’il faut passer par là, parce que tout changement commence par soi-même. Je pense que quand une personne a été traitée injustement, qu’elle a du refouler sa colère, la contenir, la taire au fond d’elle, et qu’enfin elle peut reprendre contact avec cette colère, et se dire que non, ce n’était pas normal d’être traitée comme ça, que non elle n’a pas toujours à se taire, qu’elle a le droit d’en vouloir, qu’elle a le droit aussi de ne pas être parfaite, qu’elle a le droit d’exprimer de la colère tout simplement, sans être « punie » pour cela, alors ce n’est pas le moment d’exiger de cette personne qu’elle prenne encore plus sur soi. Exprimer sa colère de façon brute, sans fard, est parfois nécessaire à certaines personnes. C’est peut-être aussi ce qui les amènera plus tard à être capables de militer, mais le but n’est pas là: le but est qu’elles se sentent mieux, de rétablir un peu l’injustice. En ce sens, le féminisme n’est pas seulement un mouvement militant, c’est aussi quelque chose qui peut aider les femmes, et peut-être aussi les hommes, à aller mieux. Pour une femme qui a toujours eu peur de marcher dans la rue, réaliser soudain que ce n’est pas normal et que ce n’est pas de sa faute peut être réellement salvateur. Réaliser qu’on a le droit d’être insultante envers un agresseur, que c’est légitime et que ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes, c’est bien. Mais ce n’est pas ce qui fait de nous des militantes. Même si ça peut à terme y avoir contribué, ou être une étape nécessaire. D’ailleurs, un féminisme qui ferait attention de ne pas heurter les pauvres hommes et de ne pas trop se mettre en colère parce que c’est pas joli pour une dame, serait un militantisme mou qui ne va pas bien loin…

Je ne vous reprocherai pas de vous faire passer avant la cause que vous avez envie de défendre parce que je pense que ce serait un total contresens. Je pense que personne ne peut vous reprocher de ne pas militer, si ce n’est vous-même (mais il faut aussi se souvenir d’être bienveillant avec soi, puisque nous avons souvent un long passé de culpabilisation). N’oubliez pas que militer demande des ressources et apporte parfois très peu en échange.

Je ne vous reprocherai pas non plus de vous dire militants alors que vous ne correspondez pas à ma définition du militantisme (quand bien même j’aurais la possibilité et l’envie de regarder de près ce que vous faites ou ne faites pas, ce qui n’est pas le cas). Je pense que c’est typiquement ce que je met dans la case « non-militantisme »: classer les militants en vrais ou en faux. ça n’a que peu d’intérêt, ce qui a de l’intérêt c’est de s’approprier la réflexion et de se demander ce qu’on est prêt à fournir ou non comme efforts. A la limite, les mots ne sont pas importants: vous pouvez vous dire militants et ne rien faire. Mais le but de cet article, c’est que chacun puisse se poser les questions suivantes:

  • Est-ce que j’ai envie de faire changer les choses?
  • Est-ce que je crois au changement, même un peu?
  • Est-ce que j’ai l’énergie, les ressources pour agir?
  • À quel moment est-ce que je vais m’occuper d’une cause à défendre et à quel moment est-ce que je vais m’occuper de moi-même et de mes besoins?
  • Comment est-ce que je vais agir exactement? Par quel moyen?

Ce n’est qu’en se posant ces questions qu’on pourra réellement faire avancer les choses.

Militer sur internet, militer dans la vraie vie

J’avoue que derrière cet article, il y a en partie le fait que je m’interroge de plus en plus sur le militantisme sur les réseaux sociaux. J’en ai déjà parlé sur ask, mais pour moi twitter ne sert pas à militer. Je ne dis pas qu’on ne peut pas l’utiliser pour militer, mais je ne l’ai jamais utilisé comme ça. J’ai relayé des infos militantes parfois, j’ai poussé beaucoup de coups de gueule, j’ai parfois relayé des témoignages que je pensais utiles (personnes racisées, personnes trans, etc…) et twitter m’a aidée à être plus lucide sur certaines oppressions. Mais c’est surtout une plate-forme que j’utilise pour me distraire et qui ne me demande aucun effort ni aucune concentration (donc bien pratique quand on s’occupe d’un bébé en même temps…). Donc j’aurais franchement du mal à appeler ça militantisme. Que d’autres aient envie de se dire militants, pourquoi pas, mais j’avoue que je suis parfois un peu fatiguée de voir des gens se dire militants alors qu’une grosse partie (mais #NotAllTwittos bien sur) ne font que gueuler en remuant les bras. Ils ont le droit de gueuler, ils ont même le droit d’appeler ça militantisme, mais ce n’est pas mon avis. De plus, je me demande quelle proportion de personnes lisent réellement des articles, sans parler de ceux qui en écrivent ou participent à des actions militantes quelles qu’elles soient, ou font de temps en temps un effort pour être pédagogue avec quelqu’un? Je sais que j’ai un peu l’air de faire la police du militantisme, alors que c’est ce que je dénonçais avant. Mais si je dis ça, c’est parce que je pense qu’il ne faut pas se laisser abuser par Twitter, qui est une sorte de vaste cour de récré dans laquelle on se fait embrigader dans des mouvements de groupe auxquels on n’ose pas s’opposer parce que « c’est pour la bonne cause » (celle des femmes, des trans, etc…) alors que je pense que pour être militant, il faut avant tout être capable de penser par soi-même. Et aussi de faire passer une certaine objectivité, et une certaine liberté de pensée, avant les effets de groupe et le besoin de popularité. Pour moi, Twitter est presque une plate-forme anti-militante dans le sens où elle n’encourage pas la réflexion, le dialogue et la remise en question, mais plutôt le buzz et le besoin de popularité. Quand un dialogue tente de s’installer malgré tout, on est souvent gêné par les limites de caractères et souvent le dialogue tourne court. L’agressivité est aussi fortement encouragée.

Quant à Facebook, j’avoue avoir tenté de l’utiliser pour militer, mais franchement ça n’a pas duré longtemps. Facebook est un outil super pour partager des photos de mon gamin qui se renverse son assiette de spaghettis sur la tête. Ou pour rester en contact avec les gens quand je voyage. Je ne dis pas que partage pas de temps en temps un article intéressant, mais ça reste assez limité.

Enfin, un petit mot sur les actions de rue, bien qu’il y aurait beaucoup à en dire… Ce que je considère comme du faux militantisme n’est pas forcément réservé à internet. Même participer à des stands ou des manifs n’est pas forcément du militantisme à mes yeux, tout dépend de la façon dont on le fait. J’ai participé à des stands super, où il y avait un vrai dialogue, où on essayait de toucher les gens. Et d’autres beaucoup moins efficaces, où on ne faisait que choquer la population et prêcher des convaincus. Un exemple me revient à l’esprit: on avait étalé des photos gore, et une personne s’approche en disant « mais qu’est-ce que c’est que cette horreur? ». Une militante répond sèchement: « c’est ce que vous mangez ». La passante est partie énervée, non sans avoir protesté qu’elle était végétarienne. Je ne jette pas la pierre à cette militante, qui est très jeune et a le droit à l’erreur, mais je pense que c’est assez représentatif d’à quoi servaient certaines de nos actions: se défouler, se réunir entre personnes convaincues (un peu convaincues aussi d’être mieux que les autres…) et taper sur les méchants tueurs d’animaux.  Dans le même esprit, est-ce qu’insulter les gens assis à la terrasse d’un Macdo lors d’une manif pour le végétarisme peut apporter quoi que ce soit à la cause des animaux, ou est-ce qu’il s’agit simplement d’affirmer sa supériorité morale et de répondre à son besoin d’appartenir à un groupe, une communauté? Et ça c’est quelque chose qu’on voit dans beaucoup de manifs. Je ne jette pas la pierre encore une fois, j’ai déjà du faire des choses comme ça, et à la limite ce n’est pas très important. Ce qui est important à mon sens, c’est de réaliser que ce n’est pas du militantisme

Ajout (26/11/2014)

Plein de choses ont déjà été dites sur cet article et je n’en suis déjà plus satisfaite. Quand je l’ai écrit je voyais bien que ce n’était pas une réflexion très aboutie, mais j’ai décidé de tout de même l’écrire, donc merci aux gens qui m’ont apporté de la critique constructive car c’est justement dans ce genre de cas que c’est le plus nécessaire ! Je vais donc ajouter quelques questions-réponses. Si j’ai mal compris vos objections, n’hésitez pas à le faire remarquer.

1) Tu dis qu’insulter les gens c’est pas bien, mais toi-même tu l’as déjà fait/des fois il n’y a que l’insulte de possible

Je ne dis pas qu’insulter les gens c’est pas bien. Je dis que selon moi ce n’est plus militer. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire. Je ne dis pas que je ne l’ai jamais fait ni même que je ne le referai pas. Simplement je considère (encore une fois, je peux me tromper là-dessus mais c’est mon point de vue au moment où j’écris ceci) que militer c’est essayer de faire changer les choses alors qu’insulter c’est plutôt une certaine forme de renonciation.

2) Tu parles surtout de militer contre des oppressions qui ne nous concernent pas, mais il en va différemment des personnes qui sont au cœur d’une ou plusieurs oppressions.

Oui, c’est le gros défaut de mon article. Cela dit il n’est pas à jeter à la poubelle pour autant, puisqu’il est valable du coup au moins pour certaines situations… Mais c’est clair, je l’écrirais plus de la même façon après certaines remarques qu’on m’a faites. Si vous vous êtes sentis exclus ou blessés, je m’en excuse. Oui, je me suis placée surtout (bien que pas totalement exclusivement) d’un point de vue d’une personne non concernée. Et en fait c’est là que ma réflexion est inaboutie, c’est que je fais pas assez la distinction entre mettre de côté ses sentiments face aux injustices qui nous concernent ou qui concernent d’autres. Deor notamment fait remarquer: « Pour certaines personnes, s’opposer à un système d’oppression (…) est une nécessité vitale et pas toujours un choix. » Cette remarque est très juste; je tiens néanmoins à la nuancer par le fait que des gens peuvent très bien soutenir des oppressions donc ils sont victimes, afin d’y survivre le mieux possible (c’est la thèse développée dans « les femmes de droite » de Dworkin). Et je nuance cette nuance (oui) par le fait que les opprimés n’ont pas un choix éclairé en ce qui concerne le fait de « collaborer » ou non à une oppression, puisqu’ils ont beaucoup moins de clés pour choisir que les oppresseurs (et là le nom de l’autrice ayant élaboré cette thèse m’échappe totalement, si quelqu’un voit de quoi je veux parler…).

Bref quoi qu’il en soit, le problème se pose donc différemment pour les gens qui sont victimes d’injustice et qui n’ont d’autre choix que de se soulever contre l’oppression. C’est un peu à ça que je pensais que j’ai parlé de se réunir, se rassembler, s’organiser, etc… Oui, bien sur que faire ça c’est militer. Et je n’ai pas forcément pensé à toutes les façons dont les gens peuvent militer, et je m’en excuse mais du coup mon article ne recouvre pas toutes les façons de militer qui existent.

3) Tu parles surtout de militantisme visant les oppresseurs, mais militer c’est aussi créer des espaces safe, aider et soutenir les gens victimes de violences, etc…

Ca rejoint un peu ce que j’ai dit au-dessus: je n’ai pas assez insisté là-dessus. Mais par exemple, un Food Not Bombs, c’est faire de l’information et de la pédagogie, mais c’est aussi tout bonnement servir des repas. Donc oui, soutenir par exemple les femmes victimes de violences conjugales, en leur offrant une écoute ou un soutien matériel, c’est évidemment du militantisme. Ce point n’est pas très clair dans l’article

4) Tu dis que militer n’est pas séparer bons et mauvais militants mais c’est ce que tu fais dans cet article.

En fait, dans cet article, j’essaie de distinguer ce qui est du militantisme de ce qui n’en est pas (de mon point de vue). Je sais que c’est présomptueux, mais je pense que ça peut être utile. Je sais très bien aussi que ça peut être utilisé pour distinguer les bons ou vrais militants des mauvais ou des faux. Mais de toutes façons tout le monde fait déjà ça et personne n’a attendu mon article… Le but de l’article n’est pas de faire ça mais que chacun puisse avoir davantage d’outils pour s’interroger sur soi (les questions que je pose à la fin de l’article). Distinguer ce qui est du militantisme de ce qui n’en est pas, ce n’est pas s’attaquer aux personnes, ce n’est pas non plus s’attaquer à ce que font les personnes (car ne pas militer, ce n’est pas MAL, le matin quand je prend mon café je milite pas, j’ai le droit quand même). C’est simplement essayer de percevoir, de distinguer les motivations de différents actes. Qu’est ce que je cherche quand je répond à ce type sur internet? est-ce que ça va aider ma cause ou juste me défouler? Ça c’est une question qu’il faut à mon avis se poser souvent, et pas seulement pour la Cause mais avant tout pour soi. Le simple fait de se demander ça peut aider une personne à s’interroger du même coup sur ce qui la motive, ce qu’elle cherche, ce qu’elle peut obtenir ou ne pas obtenir en agissant, sur les choix qui se présentent à elle pour parvenir à son but, etc etc…

À la limite, même si moi je considérais que telle ou telle personne n’est pas une « vraie » militante (ce qui franchement n’est pas le cas. Franchement. J’ai dit que je m’interrogeais sur le militantisme twitter, mais je ne vise absolument personne en particulier. Je sais qu’il est facile de se sentir visé: c’est simple, vous ne l’êtes pas), donc même si je considérais que machin est un faux militant en carton… Qu’est-ce que ça peut foutre, franchement? Ce n’est pas le but de l’article et je ne vois pas pourquoi les gens attacheraient autant d’importance à ce que moi je pense d’eux. L’important c’est ce qu’eux-même pensent d’eux, c’est déjà bien.

Enfin une remarque qui ne m’a pas été faite directement mais qui ressort un peu à travers certaines critiques, c’est que militer, ça a des définitions différentes pour chaque personne, que certaines personnes peuvent appeler « militer » ce que je définis ici comme ne pas militer, que pour certains le militantisme fait beaucoup plus partie de leur vie, etc… Oui, ok, c’est justement pourquoi c’est à chacun de s’interroger et non pas à bidule de dire à truc muche ce qu’il doit faire. Je donne mes définitions, on est libre de les adopter ou pas, et moi-même je peux très bien changer d’avis sur certains points.

Enfin, n’hésitez pas à me faire des suggestions, remarques, critiques, etc… aussi par rapport à ce que je viens d’ajouter.

La bonne façon de réagir

Suite à mon récent article sur le slut-shaming, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles qui s’habillent court, plusieurs personnes ont réagi en disant qu’il fallait « expliquer » à ces enfants ce qu’elles provoquent comme pensées ou regards en s’habillant ainsi, qu’il fallait les « prévenir », les « mettre en garde », afin qu’elles sachent « comment réagir ».

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de mon expérience, parce qu’elle est, je pense, assez représentative. À vrai dire ça me gène un peu de parler de ça, mais je pense que ça peut être utile à certains qui voudraient éventuellement comprendre certaines choses à propos de ce qu’est être une femme dans cette société. Peut-être que ça va choquer des gens, mais paradoxalement beaucoup de femmes s’y reconnaitront, au moins en partie.

Je vais sur mes 30 ans. Pour moi, le harcèlement de rue a commencé non pas quand j’avais 18 ans, ni même 16-17 ans. Le harcèlement de rue a commencé quand j’ai eu 12 ans.

12 ans c’est peu. 12 ans c’est quand tu es en classe de cinquième. 12 ans c’est un âge où on joue encore un peu aux barbies et aux polly pocket (oui vous savez ces petites jouets avec des maisons de poupées qui n’ont jamais de toilettes). 12 ans c’est quand je dessinais des chats dans les marges de mes cahiers à l’école.

Alors maintenant pour être claire, je vais décrire un peu plus précisément ce que j’entends par harcèlement de rue. La harcèlement de rue c’est les mecs (adultes) qui, par exemple:

  • T’alpaguent bruyamment dans la rue en te disant « t’es trop bonne » ou « oh les gros nichons » etc…
  • Te suivent. Te suivent en te parlant (que tu répondes ou non) ou en te demandant ton numéro de téléphone, si t’as un copain, si tu suces… Ne partent pas si tu le leur demande.
  • Te traitent de salope, de pute.
  • Te regardent littéralement comme si tu étais un paquet de viande, d’une façon totalement ostensible, des pieds à la tête.
  • Te regardent ostensiblement en sortant et remuant leur langue et/ou en passant leur langue sur leurs lèvres d’une façon absolument dégueulasse.
  • Te touchent le cul ou les seins vite fait en passant, ou dans l’ascenseur.

Je ne vais pas faire une liste exhaustive, je pense que ça donne une idée assez représentative du problème que j’essaie de dénoncer. Donc tu vois moi à 12 ans je vais au collège, je dessine des chats dans mon cahier de texte, et en sortant un mec me regarde en me faisant des signaux obscène avec sa langue ou me crie que je suis bonnasse. C’est du moins quand j’avais 12 ans que ça a commencé, ça s’est intensifié au fil des années et c’est vers 15-16 ans que je subissais ce genre de choses le plus souvent. Ce n’est que vers 22-23 ans que ça a vraiment commencé à diminuer. Aujourd’hui je suis beaucoup plus tranquille, même si ça m’arrive encore assez régulièrement. Lire la suite

Les crocodiles

La BD « les crocodiles » est enfin sortie en librairie !

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Un grand bravo à l’auteur ainsi qu’aux femmes qui ont témoigné dans cet album. Je suis très fière d’avoir écrit l’une des post-faces. J’espère que cet album aidera à sensibiliser les gens au harcèlement de rue. Pour en savoir plus, allez voir le tumblr Projet Crocodile.

À venir sur le blog, un article sur le harcèlement de rue.