Attachement et autonomie chez l’enfant: considérations éthologiques et ethnologiques

J’ai expliqué dans l’article précédent en quoi nos conceptions actuelles de l’éducation, et en particulier de l’acquisition de l’autonomie, reposent sur des prémisses héritées du patriarcat. Selon ces théories, la relation mère-enfant fusionnelle serait étouffante et nocive non seulement pour l’enfant mais également dangereuses pour la famille. De plus, sans une rupture précoce et provoquée par les parents (traditionnellement par le père, mais avec la complicité de la mère, bien qu’il y ait des variantes dans les théories actuelles), l’enfant n’apprendrait jamais l’autonomie et resterait toujours dépendant, fragile et vulnérable.

Dans ces théories, le lien mère-enfant est considéré avec une très grande méfiance, comme quelque chose de potentiellement dangereux. De plus, les besoins de proximité exprimés par le petit enfant sont souvent qualifiés de « caprices », comme n’étant pas des « vrais besoins ». Quant à l’attachement de la mère à son enfant, il serait carrément criminel…

Retour aux bases : d’où vient l’attachement?

I- Le lien mère-jeune chez mes mammifères: généralités

L’attachement entre la mère et l’enfant n’est pas propre à l’espèce humaine. De tels liens d’attachement existent chez tous les mammifères(1). L’attachement apparait très vite dans le comportement du jeune. Chez les mammifères nidifuges, comme le mouton, il apparait dans les heures ou les quelques jours suivant la naissance (c’est un peu plus rapide pour la mère). Chez les nidicoles, comme le chien, il est un peu plus tardif car le nouveau-né est limité dans ses capacités sensorielles et met un peu plus de temps à être capable de reconnaître sa mère. Il est cependant assez rapide puisque les chiots seront attachés à leur mère à peu près au moment où ils ouvriront les yeux, vers l’âge de 15 jours, parfois 3 semaines. De plus, quelle que soit la maturité du jeune à la naissance, la mère s’attache rapidement à sa progéniture et réagira à ses vocalisation de détresse (le tout jeune chiot ne sait pas reconnaître sa mère mais criera néanmoins s’il a froid, faim ou s’il est seul).

Qu’est-ce que l’attachement et comment s’exprime-t-il? L’attachement est un comportement naturel chez le jeune mammifère. Il se manifeste par un bien-être de l’individu réuni avec le partenaire d’attachement, et au contraire par un état de détresse lors de la séparation, et bien sur par un comportement de recherche de contact (puisque ces contacts sont source de bien-être). En éthologie on mesure l’attachement par l’observation des comportements mais aussi par des marqueurs physiologiques: par exemple la séparation va provoquer une augmentation de l’activité locomotrice, des vocalisations de détresse, et une augmentation des marqueurs de physiologiques de stress: accélération respiratoire et cardiaque, élevation du taux d’hormones comme l’adrénaline ou le cortisol. A l’inverse, la réunion avec le partenaire, mais aussi les contacts physiques avec celui-ci, sont sources d’apaisement qui peut également se mesurer par des marqueurs physiologiques: baisse du rythme cardiaque, production d’hormones apaisantes comme l’ocytocine, baisse du cortisol, etc.

Il y a, principalement, trois choses importantes que j’ai apprises au cours de mon travail sur les comportements d’attachement chez le jeune mammifère:

  1. L’attachement est un besoin primaire. Il s’exprime nécessairement chez tout jeune mammifère. Dans l’histoire évolutive, l’attachement a rempli un rôle important dans la survie des espèces. Généralement, le petit s’attachera à sa mère puisque c’est elle qui assure les soins et le nourrissage chez les mammifères. Mais en l’absence de mère, le petit s’attachera à n’importe quel congénère, y compris d’une autre espèce; en l’absence de congénères ou si ceux-ci ne l’acceptent pas, il s’attachera à n’importe quoi: un abreuvoir, un ballon en mousse, un mannequin couvert de fourrure… En ce qui concerne aussi bien les humains que les autres animaux, ils exprimeront nécessairement un comportement d’attachement envers leur parent ou le congénère qui s’occupe d’eux, même si celui-ci est maltraitant.
  2. La relation d’attachement à la mère conditionne la future vie sociale (et sexuelle) du jeune et c’est cette relation qui lui permet de continuer son développement psychosocial et d’acquérir l’autonomie. Quand tout se passe normalement, le petit construit avec sa mère (ou la personne qui s’occupe de lui) un lien d’attachement particulier dit « attachement primaire« . C’est cet attachement qui lui permettra de nouer des relations avec d’autres congénères. La mère constitue en effet une base de sécurité qui va permettre au jeune d’exprimer un comportement exploratoire et social. En l’absence de la présence sécuritaire de sa mère, le jeune n’exprime pas de comportement exploratoire et ne cherche pas à interagir avec des congénères (ou moins, selon son âge et son degré d’autonomie). Il cherche à rejoindre sa mère ou reste prostré.
  3. Sauf cas particuliers, l’attachement du petit à la mère est réciproque (la mère s’attache même un peu plus vite au petit que l’inverse, probablement parce que ses capacités cognitives sont plus développées). Lorsque le petit émet des vocalisations de détresse (ce qui arrivera nécessairement s’il est en total isolement social), la mère intervient aussitôt, ce qui a pour effet de le calmer. Dans des conditions habituelles, on n’observe jamais de mère ne réagissant pas aux appels de son petit. Il est rare que les mères se séparent de leurs petits (sauf pour les lapines qui ont un comportement maternel un peu particulier).

Notons que chez l’humain, l’enfant peut recevoir des soins de sa mère, mais également de son père ou de n’importe quel membre de l’entourage. Selon Bowlby, le fondateur de la théorie de l’attachement, l’enfant construit un lien d’attachement primaire avec la personne qui prend soin de lui, et ce premier attachement conditionne ses liens ultérieurs et son acquisition de l’indépendance. Il semblerait que certains auteurs(2) aient depuis suggéré que le rôle de partenaire d’attachement et de base sécurisante puisse être rempli pour l’enfant par plusieurs personnes. Néanmoins, la théorie de l’attachement primaire me semble valable non seulement pour l’immense majorité des mammifères pour lesquels seule la mère s’occupe de sa progéniture, mais également dans le cas de nombreuses cultures (y compris la notre) dans laquelle les femmes assurent l’essentiel des soins aux enfants. Ce qui ne veut pas dire, bien sur, que les hommes soient incapables de remplir ce rôle. Simplement, ils ne le font pas beaucoup(3). En fait cela ne change pas grand chose à ce que je vais développer car en admettant que plusieurs adultes se partagent le rôle de premiers partenaires d’attachement dans la vie de l’enfant, l’important est que ce rôle soit occupé et fournisse à l’enfant une base sécuritaire.

Les comportements d’attachement chez le petit humain sont pour l’essentiel semblables à ceux qu’on observe chez les autres jeunes mammifères. Les théories de l’attachement en éthologie se fondent d’ailleurs sur les recherches de Bowlby et d’autres spécialistes de la petite enfance, et les tests comportementaux visant à mesurer le lien d’attachement sont fondamentalement semblables chez l’enfant, le chien, l’agneau ou d’autres animaux.

Résumons. Le jeune est attaché au parent qui prend soin de lui. Il exprime un besoin de proximité avec ce parent, besoin qui s’exprime notamment par des vocalisations de détresse si le parent le laisse seul. Ce besoin est aussi essentiel que le besoin d’être nourri; les expériences complètement tordues et cruelles de Harlow sur les macaques rhésus ont d’ailleurs montré que chez le petit singe, le besoin de contact physique avec la fourrure pouvait prévaloir sur le besoin à être nourri (et d’ailleurs ses singes privés de partenaire d’attachement étaient complètement fous et incapables de lier des relations sociales par la suite). Non seulement la proximité avec le parent est nécessaire pour le bien-être du petit, mais cette proximité constitue une base sécurisante qui lui permet d’explorer son environnement et de lier contact avec d’autres congénères. Si on prive le petit de la présence de sa mère, il ne cherche qu’à la rejoindre sa mère, ou reste prostré. Au contraire, en sa présence, il explore l’environnement, joue, interagit avec les autres, etc.

Conclusion: qu’est-ce qui cloche?

On comprend un peu mieux, à la lumière de ces éléments, pourquoi les parents ont tellement de difficultés à laisser pleurer leurs enfants, malgré les conseils avisés des pédagogues qui conseillent notamment aux mères de « ne pas être trop fusionnelles ». Cela fait des dizaines de millions d’années que les mères sont intervenues immédiatement pour faire cesser les pleurs de leurs petits, et tout à coup, pour des raisons un peu tordues (voir l’article précédent), il faudrait qu’elles les laissent hurler dans leur coin, considérant leur comportement comme un « caprice ». Traiter de caprice le besoin exprimé par le bébé de se trouver auprès d’un adulte réconfortant, c’est tout simplement aberrant. Beaucoup d’animaux ne laissent jamais leurs petits seuls, et même chez ceux qui le font, ils répondent immédiatement aux cris de détresse s’ils le peuvent. Bien sur, dans les conditions de vie actuelles, certains parents se trouvent parfois dans l’incapacité de répondre rapidement aux pleurs de leurs enfants. Mais les laisser pleurer exprès « pour leur bien« , sous prétexte de casser la « relation fusionnelle », c’est complètement idiot.

De plus, en ce qui concerne la rupture du lien mère-enfant qui serait soi-disant nécessaire à l’épanouissement de ce dernier, cette prétendue nécessité de rupture de la part du père ou des parents ne repose sur rien et semble totalement contre-intuitive quand on voit comment fonctionnent les autres animaux. En effet c’est au contraire une relation sécurisante  avec sa mère qui va permettre au petit d’aller à la rencontre du monde et de s’éloigner d’elle progressivement. Chez les animaux, le petit acquiert progressivement de plus en plus d’autonomie, et finit par se désintéresser de sa mère tout simplement parce qu’il a de moins en moins besoin d’elle. Il arrive parfois que ce soit la mère qui empêche le petit de téter quand il est presque adulte, ou qu’elle s’éloigne volontairement, soit parce qu’elle est fatiguée d’allaiter et qu’il est assez grand, soit parce qu’elle a d’autres petits dont elle doit s’occuper, mais le petit est à ce stade quasiment autonome et qu’elle accepte ou non de continuer à l’allaiter, il n’y a aucune conséquence sur le développement psychoaffectif du jeune puisque l’autonomie est de toutes façons déjà acquise à ce moment-là. Si dans les premiers stades de développement du jeune mammifère, la proximité avec la mère est permanente, l’éloignement se fait en fait progressivement et il est le fruit de l’initiative du petit aussi bien que de la mère, et certainement pas d’un agent extérieur. L’allégation selon laquelle le père ou le parent doit casser la relation fusionnelle en se séparant de force de l’enfant, contre la volonté de ce dernier, est totalement fantaisiste et ne repose sur aucune observation réelle. Les psys ont réussi à mettre dans la tête des gens que si on laisse un enfant dormir avec ses parents, il ne voudra jamais dormir seul ou n’en sera jamais capable. Pourtant, dans les familles pratiquant le sommeil partagé, il est courant que les enfants demandent au bout d’un moment à avoir leur propre chambre, ce qui est un comportement tout à fait normal.

On pourrait néanmoins croire que l’humain est un animal totalement à part sur le plan du comportement des bébés. En réalité, c’est la culture occidentale qui est très particulière au niveau des pratiques de maternage, si on la compare aux autres cultures dans le monde. Je suis loin d’avoir en ethnologie les mêmes connaissances que j’ai en éthologie, ce chapitre sera donc un peu plus succinct, mais je vais tout de même essayer de donner un petit aperçu des pratiques de soins aux enfants dans le monde.

II – Le lien mère-enfants ou parent-enfants:
considération ethnologiques

Dans de nombreuses cultures ce sont les mères qui s’occupent des bébés, même si on observe des populations dans lesquelles les pères assurent l’essentiel ou au moins la moitié des soins (notamment chez les Aka, en Afrique). Il existe de nombreuses populations dans lesquelles les enfants bénéficient de ce qu’on appelle aujourd’hui un maternage proximal, c’est-à-dire qu’au regard de nos critères culturels traditionnels, leurs mères seraient considérées comme outrageusement fusionnelles…

Réponse aux pleurs
Un document(4) concernant les pleurs des enfants rapporte les pratiques de maternages de plusieurs cultures qui contrastent avec ce que nous avons l’habitude de voir dans la culture occidentale.

Chez les chasseurs cueilleurs !Kung San du Kalahari, les pratiques de maternage radicalement différentes [des pratiques occidentales] (…). Les bébés sont portés verticalement pendant plus de 80% du temps, allaités «en continu» (moyenne quatre fois par heure, durée une à deux minutes) et la réponse au moindre couinement ou agitation est quasi instantanée.
Dans une étude réalisée en Corée du Sud, (…) à l’âge de un mois, le temps passé seul pour ces bébés coréens est de 8,3 %, ce qui contraste fortement avec le chiffre de 67,5 % mesuré chez des enfants nord-américains. L’attitude des mères vis à vis des pleurs est également très différente puisque les mères coréennes répondent à la plupart des épisodes de pleurs comparativement à un échantillon de mères américaines qui pendant les trois premiers mois ne répondent délibérément qu’à 46 % de ces épisodes.

 

Sommeil
Dans l’article Dormir avec son bébé du site Cododo(5), on apprend que de très nombreuses cultures pratiquent le sommeil partagé avec les bébés. Le bébé dort soit avec sa mère, soit avec ses deux parents, ou avec d’autres membres de la famille. Même chez les sociétés dites « à berceau » dans lesquelles les enfants ont leur propre dispositif de couchage, il est extrêmement rare que les enfants dorment ailleurs que près du lit de leurs parents. En fait cela ne semble être le cas que dans la culture occidentale. Plusieurs cultures considèreraient même que faire coucher un nouveau-né tout seul est une forme de maltraitance. Quand j’ai expliqué à un ami Indien qu’en France on laisse dormir les bébés tout seuls, il a eu l’air très surpris et choqué.

Allaitement
Si pour des psys comme Rufo, allaiter après 6 mois est un abus sexuel, alors l’immense majorité des femmes dans le monde abusent sexuellement de leurs enfants. En effet, dans la plupart des cultures non-occidentales, les enfants sont sevrés entre deux et quatre ans(6)(7). C’était encore le cas jusqu’au XIXème siècle en Occident, lorsque des médecins ont commencé à conseiller un sevrage précoce, entre 9 et 12 mois (on est encore loin des 3 mois maximum préconisé par Rufo); cette période a d’ailleurs correspondu à une augmentation de la mortalité infantile(6)… La culture occidentale est à peu près la seule, à ma connaissance, à sevrer les enfants si tôt, et à remplacer le lait maternel par un lait de substitution. Que ce soit en Australie, en Afrique, en Amérique, ou en Asie, les enfants sont allaités tard, et ça ne semble pas être un problème.

Quelles conséquences sur les enfants?

Est-ce que les enfants qui dorment avec leurs parents, sont allaités tard et ne sont pas laissés longtemps à pleurer deviennent débiles ou développent des problèmes psychoaffectifs? Il semblerait que ce soit le contraire.

Reprenons le document sur les pleurs des bébés cité plus haut(4). Les pratiques de maternage décrites, celles des Coréennes et des Kung San du Kalahari, entraineraient une réduction de la fréquence et de la durée des pleurs. De plus, si l’autrice ne donne pas de recette miracle pour calmer les pleurs prolongés des bébés que l’on observe parfois dans nos sociétés, elle fournit néanmoins des données intéressantes: d’une part, dans les sociétés où les mères ont pour habitude d’intervenir rapidement pour faire cesser les pleurs, les enfants pleurent moins souvent et moins longtemps. D’autre part, en occident, les bébés élevés selon un type de parentage proximal (portés souvent, réponse rapide aux pleurs et sommeil partagé) ont tendance, statistiquement, à moins se réveiller la nuit et à pleurer moins (même si on peut également observer des pleurs prolongés avec un parentage proximal). Cependant un maternage proximal adopté plus tardivement (après trois mois) ne semble pas avoir d’influence sur les pleurs prolongés. Je vous renvoie au document pour plus de détails.

Ces données scientifiques sont totalement contraires à ce à quoi on pourrait s’attendre en écoutant les théories de nos psys. Les mères coréennes ou Kung San, mais aussi celles de nombreuses cultures Africaines, Australiennes, Asiatiques, etc… devraient s’attendre à un comportement tyrannique de la part de leurs enfants, qui hurleraient à longueur de temps pour les contrôler. Il semble au contraire que ces enfants maternés crient beaucoup moins souvent et apprennent à communiquer mieux.

Un mot sur les objets transitionnels. Les observations (expérimentales ou accidentelles) de jeunes mammifères privés de partenaire d’attachement que j’ai citées plus haut semblent dire quelque chose au sujet de ces objets. En effet, le jeune privé de tout congénère auquel il pourrait s’attacher, développera un lien d’attachement avec un objet(8). Si certains psys et professionnels de l’enfance présentent la relation avec l’objet transitionnel (le doudou) comme incontournable dans le développement de l’enfant, il semble que ce ne soit pas si évident que ça. D’une certaine façon, l’objet en question est moins « transitionnel » que substitutif. On observe ce comportement d’attachement à un objet chez de nombreux enfants occidentaux, mais il est rare ou absent dans d’autres cultures. Une étude résumée dans cet article montre que plus les contacts mère-enfant sont nombreux et prolongés, moins les enfants recourent à un objet transitionnel.

Toutes ces observations nécessitent de remettre en question les théories selon lesquelles il faut mettre de la distance entre le bébé et ses parents. Le bébé humain est totalement dépendant et immature, c’est donc normal qu’il crie quand on le laisse seul. Considérer ce comportement comme problématique ou pathologique revient à ne pas savoir ce qu’est un bébé. Vouloir laisser le bébé hurler pour qu’il « s’habitue » à la solitude est absurde puisque, ce faisant, on perturbe en fait la relation d’attachement primaire, on prive l’enfant d’une base sécurisante, et donc on entrave son acquisition de l’autonomie qui lui permettra, à terme, d’être capable de rester seul(9). Voir dans les pleurs une tentative de manipulation perverse de la part de l’enfant « tout-puissant » est un point de vue culturel totalement biaisé et que les observations scientifiques contredisent.

Les observations du comportement animal et de pratiques humaines dans des cultures non-occidentales permettent d’esquisser un autre portrait de l’enfant. Des théories plus modernes et plus solidement étayées par des faits scientifiques vont dans le sens de ces observations. Voir notamment Sept choses que les parents doivent savoir à propos des pleurs du bébé et Non, l’empathie ne rend pas les bébés capricieux sur le site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire.

Au final, les théories de soi-disant experts de la psychanalyse et de la psychologie infantile aboutissent à la culpabilisation des mères, à la maltraitance des enfants et entravent leur développement psychoaffectif. Malgré toute la bonne volonté des parents, les besoins des enfants peuvent être négligés. Il est difficile de mesurer l’impact que ces théories ont sur le comportement ultérieur des enfants…

 
(1) Il existe aussi chez les oiseaux et plusieurs autres reptiles, mais il se met en place de façon légèrement différente, et je ne l’ai pas étudié en détails. Dans cet article, je me base sur les recherches bibliographiques que j’ai effectuées dans le cadre de mon mémoire de fin d’études qui portait sur l’attachement chez l’agneau. Mes recherches portaient principalement sur les comportements d’attachement chez le petit mammifère et certains fonctionnements neuroendocrinologiques de ces comportements. Il serait un peu trop fastidieux de lister la bibliographie ici, mais je la garde à disposition pour qui n’en veut.

(2) Voir notamment les observations de Roberston.

(3) Je ne veux pas fâcher les papas qui s’investissent beaucoup dans l’éducation de leurs enfants, et pas seulement pour « couper le cordon » mais aussi pour les soins quotidiens, couchage, nourrissage etc… Mais ces hommes sont loin d’être une majorité à l’heure actuelle, même si des progrès existent.

(4) Gisèle Gremmo-Feger, Un autre regard sur les pleurs du nourrisson

(5) Voir le site du cododo, partie ethnologie.

(6) Cheryl Mutch, Le sevrage de l’allaitement – Paediatr Child Health. 2004 avril; 9(4): 259–263.

(7) Voir cet article sur info-allaitement qui cite de nombreuses sources

(8) Des expériences comme celles de Harlow consistent à priver les bébés singes de tout partenaire d’attachement. Mais cela arrive aussi accidentellement dans les très grands troupeaux de moutons, car les brebis ont un comportement maternel très sélectif et rejettent tout agneau qui n’est pas le leur. Dans ce contexte, un agneau privé de sa mère peut donc s’attacher à un abreuvoir par exemple, ou à un tronc d’arbre. Evidemment ils ne survivent pas très longtemps. Si l’éleveur prend en charge l’agneau et le nourrit, l’agneau construira un lien d’attachement primaire avec lui.

(9) Bien sur je ne veux pas tomber dans l’excès inverse et prétendre que tout enfant qu’on a laissé pleurer 2 minutes sera gravement traumatisé… L’important est à mon avis que l’enfant ait une base sécurisante, qu’il puisse comprendre que ses parents sont là pour lui. Il n’a pas besoin de parents parfaits et disponibles à tout instant, ça n’existe pas de toutes façons. Je parle ici plus de théorie que de pratique. Dans la vraie vie, il peut y avoir plein de raisons de laisser pleurer un bébé mais j’affirme simplement ici que la raison « il faut qu’il s’habitue » (à en chier?) est mauvaise et fondée sur des contre-vérités.

90 réflexions au sujet de « Attachement et autonomie chez l’enfant: considérations éthologiques et ethnologiques »

  1. Ça me fait penser au film « 300 » ou ils expliquent comment faire des enfants forts (tu le jette dans la fosse s’il a l’air faible, très jeune tu le bat et tu l’envoie tuer des loups en solitaire… »

    Ça fait parti du fameux fantasme « Faut souffrir pour être fort ». On se rend compte avec le recul que c’est plutôt « faut souffrir pour être névrosé, perdre toute son empathie, et admettre de devenir une personne cruelle qui fera la même chose »

    • C’est pas plutôt : « Faut souffrir pour être belle » … ? ce qui explique pourquoi je n’aime pas souffrir n’ayant jamais eu la moindre intention d’être belle …
      Par contre : « Il est nécessaire de faire souffrir pour se croire fort » est un leitmotiv de base chez le pervers, et sa mère (du leitmotiv en question) : « Il faut souffrir pour prendre plaisir » est la structure de base de tous ces raisonnements qui ont guidés les tyrannies, familiales comme sociales depuis la nuit des temps. Ces règles évoquées plus haut, concernant ces suggestions de maltraitance, comme le ciment d’une bonne éducation, sortent de la bouche de Pervers Narcissiques. Pervers du latin perversus «renversé» dans le sens d’inversé, sous-entendu qui fait du mal pour prendre du plaisir dans cet exemple. Narcissique venant de la mythologie avec ce jeune homme conçu d’un viol, prénommé Narcisse, qui tomba amoureux de son reflet dans l’eau au point de s’y noyer … Peut-être faudrait-il tous les noyer … pour qu’ils cessent enfin de faire souffrir l’humanité pour leur rare plaisir d’impuissants psychiques et affectifs. L’accord ici est au masculin mais le féminin s’y conjugue aussi à merveille. Mais avant d’occire le bouc-émissaire ou de brûler la sorcière n’oublions pas que chacun de nous a des comportements de ce type dans sa besace … Je n’en voudrais pour preuve que l’indispensable humour noir, juif ou anglais qui fait tant de bien à être formuler à propos des autres et tant de mal a être entendu à propos de soi, lorsqu’on est indisposé…

  2. Impossible de ne pas penser à tes articles en lisant ce poème de Khalil Gibran:

    Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
    Parlez-nous des Enfants.
    Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
    Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
    Ils viennent à travers vous mais non de vous.
    Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
    Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
    Car ils ont leurs propres pensées.
    Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
    Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
    pas même dans vos rêves.
    Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
    mais ne tentez pas de les faire comme vous.
    Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

    Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
    L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
    pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
    Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
    Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

  3. Par rapport à la volonté occidentale de sevrer les enfants à 3 mois, ca m’étonnerai pas que ca soit dans une logique capitaliste. On ne tire aucun profit à ce qu’une mère allaite, en revanche on en tire un max quand on empeche les mères d’allaiter pour remplacer par des laits maternisés issus de l’élevage. On remercie à nouveau le lobby du lait.

        • Ha oui mais dans ce cas ça ne devrait pas être un problème. Quand même quand je regarde autour de moi j’ai pas l’impression que la plupart des gens (hommes ou femmes) iraient travailler s’ils avaient le choix.

        • Heuuuu ! Travailler ?
          Je crois qu’il faudrait cesser de faire cet amalgame indécent et manipulatoire à propos du travail … Il y a l’activité de l’être humain comme des autres animaux qui est incessante, indispensable, incontournable quoi qu’en disent ceux qui se protègent de la tyrannie du Banksterisme en mimant et glorifiant une inactivité finalement bien douloureuse pour les organismes que nous sommes. Il y a le besoin de gagner sa vie dans un système où l’on ne peut plus se nourrir simplement de la cueillette et du jardinage et où toute inter-action se chiffre et toute transaction se monnaie d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a le travail, instrument de torture, comme son étymologie le suggère, pour nombre d’humains … L’humain comme les animaux n’a pas envie de travailler … il s’active pour créer, pour inter-agir, pour s’épanouir … Il travail pour survivre dans un système qui le presse comme un citron pour que d’autres bien plus fainéants mais bien organisés en retirent les fruits à sa place … Vous n’avez pas envie de retourner travailler, vous avez envie de retrouver votre place parmi les autres, vous avez envie d’être identifié comme utile, vous avez envie de sortir du vase clos de votre foyer ou de votre culture familiale, vous avez envie de gagner de l’argent pour vous sentir plus riche, etc … mais vous n’avez pas envie de travailler … est-ce qu’un condamné à envie d’aller en prison ?

          • Merci de m’expliquer ce que je veux, c’est sympa.
            Apparemment je suis un cas exceptionnel : j’aime ce que je fais, et qui est communément appelé « travail ».

          • Le mot allemand pour travail est dérivé de « fierté ». Cela ressemble le beaucoup à ce que vous décrivez dans : « il s’active pour créer, pour inter-agir, pour s’épanouir »

      • Se remettre à travailler n’implique pas nécessairement d’arrêter l’allaitement… (c’est compliqué, certes, mais c’est faisable !)

        • Oui c’est vrai aussi… Encore que j’ai l’impression que les femmes sont mal accompagnées et mal informées dans ce choix, comme dans beaucoup d’autres choix d’ailleurs! Encore une fois, « femme » et « choix » sont des termes à réconcilier…

          • Il serait bon que l’on puisse aller travailler avec son bébé en écharpe pour pouvoir le materner et l’allaiter tout en restant active et en apportant l’argent nécéssaire au foyer… Est ce que ça existe quelque part dans les pays occidentaux?

          • J’ai entendu parler d’une femme politique qui était allé à une réunion importante avec son bébé en écharpe. Je trouve ça bien, mais il faudrait aussi que la parentalité soit mieux partagée avec les hommes. Cela dit il faudrait aussi que les bébés puissent rester plus longtemps avec leurs parents, mais pour l’instant ce cas fait figure d’exception…

          • Exact, c’est une députée italienne, et elle n’est pas allée à 1 réunion importante, mais à toutes les assemblées hebdomadaires de son parlement, pendant plus de 3 ans, avec son enfant. D’abord en écharpe, puis au fur et à mesure de la croissance de sa fille. Elle avait expliqué son geste par la nécessité tout d’abord, mais avait aussi bien sûr évoqué le côté militant impliquant qu’une femme ne devrait pas avoir à choisir entre ses enfants et son travail, et que la société ferait bien de considérer que les enfants n’empêchent pas de travailler si tant est qu’on leur donne une place qui le permet. Merci pour ce billet très intéressant :)

    • Ah qu’il est beau le lobby de l’eau, ah qu’il est laid le lobby du lait !

      Sinon bravo pour la richesse de cette synthèse qu’il sera difficile de contredire.

    • Depuis quelques années, les professionnels de la périnatalité et petite enfance tendent à favoriser l’allaitement maternel. Une très grande majorité de ces professionnels vous disent que l’allaitement maternel est le moyen le plus naturel pour « donner a manger à un nourrisson » et qu’en plus cela favorise le bien-être du nourrisson grâce à la proximité avec la mère et donc un développement psychique harmonieux de l’enfant.

      • En fait ca me semble tellement évident que je me demande comment il peut y avoir un débat. La composition du lait maternel s’adapte au gamin, en fonction du terme auquel il est né, de son poids, de sa croissance… Le lait est créé pour satisfaire 100% des besoins de la croissance de l’enfant au milligramme pres. Les laits maternisés ont tous la même composition, de trucs de synthèses, tres souvent les gamins gerbent tout alors il faut rajouter de la farine dedans…

        • Ne diabolisons pas le lait maternisé pour autant. Ma mère a eu 4 enfants. Ma sœur cadette et moi avons été allaitées plusieurs mois (je ne sais pas combien exactement) et nous avons chopé toutes les maladies infantiles imaginables. Les deux derniers ont été nourris au biberon dès le départ et n’ont quasiment jamais été malades petits.
          Corrélation n’est pas causalité, certes, mais le lait maternisé n’est pas « mauvais ».

          • J’ai été nourrie au lait maternisé aussi et j’en suis pas morte, il n’est peu être pas mauvais du point de vue santé (ca reste à prouver cependant), mais du point de vue moral il l’est certainement. Des vaches sont violées, leurs veaux leurs sont arrachés, pour qu’on puisse pomper leur lait servant à fabriquer le lait en poudre qu’on vends aux jeunes parents.
            Maintenant si tu me parles de laits maternisés fait à partir de riz ou de soja j’ai rien à dire contre ça.

          • Je ne suis pas sûr qu’il y est tant de lait de vache que ça dans du lait maternisé.
            Après est-ce que le soja OGM est tellement mieux ?

          • Le soja est déconseillé pour les enfants en bas âge. Cela dit, c’est un préjugé de penser que tout soja est OGM. En fait le soja OGM est surtout destiné à l’alimentation du bétail. La plupart du soja utilisé dans les produits végétariens de type lait de soja, tofu etc… est non-OGM et souvent produit en France.

            Pour les laits maternisés, il existe des laits pour nourrissons vegans à base de riz et d’amande.

            (cela dit je connais quelqu’un qui a été allaité au lait de soja même pas maternisé car allergique au lait animal et à l’époque il n’y avait pas de lait maternisé végétal et il va très bien… Mais bon faut pas généraliser, les laits donnés au nourrissons doivent être formulés spécialement bien sur).

  4. Merci pour cette série d’articles. Le sujet est assez délicat dans la mesure où il touche à nos enfants et que chacun a sa propre expérience.
    Je suis d’accord avec vos conclusions : inciter les parents à ne pas répondre aux pleurs d’un nouveau-né est totalement contre-productif. Tout d’abord cela va à l’encontre de ce qu’ils souhaiteraient faire (comment rester de marbre quand on entend son propre enfant tout juste né pleurer?) et ne créera pas chez l’enfant ce sentiment de sécurité qui lui permet de découvrir le monde avec confiance. C’est vraiment déplorable que de telles théories soient soutenues par des types médiatisés, et qu’elles trouvent un écho, parfois chez des parents désemparés qui ont au contraire besoin d’être rassurés.
    J’insisterais juste sur le fait que, dans notre société, cette confiance peut se créer même si le père ne prend « que » son congé paternité, si la mère n’allaite pas, et si elle reprend le travail à la fin de son congé maternité. Vous le dites d’ailleurs à certains moments dans vos articles : les parents ne peuvent pas toujours répondre aux besoins de « présence » de l’enfant. Faire ces choix (ne pas allaiter, travailler), cela ne veut pas dire que l’on n’a pas ce besoin d’attachement en tête. Et la réalisation de cet attachement peut très bien se faire dans ces conditions.
    Outre ce petit rappel, je vous remercie pour ce travail. Certains exemples d’expériences et de théories de pseudo scientifiques et pédopsychiatres sont stupéfiants de cruauté…

  5. Ça me fait plaisir de voir que je ne suis pas anormale. Je ne supporte pas de laisser un bébé pleurer (mais, n’importe quel bébé, que ça soit un bébé humain, un bébé chat, n’importe quoi). Je déteste qu’on me balance que c’est « parce que t’es une fille » alors que je pense juste être capable de compassion (injonctions sexistes, tout ça…). De fait, des tas de gens trouvent que mon chat est trop « gâté », que je suis trop « fusionnelle » avec, alors que, juste, je n’ai fait que lui donner ce qu’elle attend de moi (liberté en tout, affection, traitement d’égal à égal, car oui, je considère que mon chat est mon égal, que c’est mon ami, pas mon bien).
    Et si un jour j’ai un enfant, j’ai bien l’intention de l’élever de la même manière, avec amour, douceur et compassion, sans violence, sans cri, sans oppression (et du coup, sans jamais le laisser pleurer sans rien faire).

  6. « Au final, les théories de soi-disant experts de la psychanalyse et de la psychologie infantile aboutissent à la culpabilisation des mères, à la maltraitance des enfants et entravent leur développement psychoaffectif. »

    A la fac, j’ai eu l’occasion des théories totalement contraires à celles que tu décris, à savoir que si tu ne réponds pas au moindre cri de ton enfant instantanément, tu es une mauvaise mère. Beaucoup de théories psychanalytiques traditionnelles sont d’ailleurs basées là-dessus (Winnicot et Mélanie Klein, il me semble).

    Finalement, peu importe la théorie abordée, on retrouve toujours l’idée qu’on (en fait, principalement la mère…) en fait « trop » ou « pas assez ».

    C’est aussi à chacun de voir quelle distance il ou elle peut / veut mettre entre son enfant et lui, et ce qui est possible de faire pour que le développement psychique de chacun (celui de l’enfant, mais aussi celui des parents, si ils sont malheureux, ça va forcément retentir sur l’enfant !) soit le plus harmonieux possible pour chacun.

    D’autre part, beaucoup de choses dépendent des âges de la vie, et il existerait bien un âge où l’enfant met en avant son nouveau sentiment de toute-puissance auquel, il faudra, à un moment donné, mettre certaines limites, ne serait ce que pour éviter les situations dangereuses (comme par exemple, un enfant qui courre partout parce qu’il « explore » ses capacités physiques et à qui on demande, ou on oblige si besoin, de nous tenir la main dans la rue, pour éviter qu’il ne soit renversé par une voiture ou autre).

    Le problème, c’est que chaque âge est différent, et que tout évolue très vite avec un enfant (il y a des progrès spectaculaires entre 0 et 3 ans !). Toute généralité n’est donc pas forcément bonne à prendre, en particulier quand elle vise à culpabiliser les femmes, qui le sont constamment concernant leurs enfants, peu importe le choix qu’elles font.

    • De toutes façons les femmes sont toujours culpabilisées quoi qu’elles fassent. Malheureusement c’est pas nouveau et ça rend extrêmement délicat de parler d’éducation ou de plein de sujets.
      Je ne crois pas qu’il y existe une telle chose que le « sentiment de toute-puissance ». Ca me parait tordu comme concept.

      • Pour avoir eu des enfants, carrément que ça existe !
        Un enfant ne sait pas ce qu’est la frustration de ne pas avoir dans l’instant ce qu’il désire. Ca s’apprend, mais ça n’est pas naturel.

        Et les laisser pleurer et affronter leur frustration est TRES mal vu de la part de 99% des parents. Je me suis fait traiter de beaucoup de choses pour avoir répondu que je n’accourais pas au moindre pleur de ma progéniture. Et on a cherché à me faire culpabiliser, bien entendu.

        Pour moi c’est quelque chose qui tient de l’éducation. La vie ne fait pas de cadeau plus tard, et on ne peut pas accéder à tous les désirs de son enfant, « pour son bien ». Parce que ce n’est pas pour son bien, à plus ou moins long terme. Plus on laisse durer le mythe, plus la désillusion sera importante lorsqu’il sera confronté à la réalité de la vie. C’est le choix que nous avons fait avec mes deux filles. Je n’ai pas l’impression qu’elles s’en portent plus mal…

        • C’est une pure interprétation de ta part. Ce n’est pas parce qu’un enfant est trop immature pour gérer la frustration qu’il se croit « tout-puissant ». La frustration on doit apprendre à faire avec, on ne nait pas avec la capacité d’y faire face, de gérer ses émotions, etc. Y a des adultes qui supportent plus mal que d’autres la frustration ou qui se laissent plus facilement envahir par leurs émotions en général sans être capable de prendre du recul, c’est pas pour ça qu’on estime qu’ils se croient « tout-puissants ». C’est encore un concept pseudo-psycho-philosophique pondu par les psychanalystes qui adoooooorent interpréter à tout va.

          • Ben, je trouve justement que les adultes qui font des « caprices » lorsqu’ils n’ont pas ce qu’ils souhaitent dans l’instant (et je ne parle pas simplement de ressentir de vives émotions) entrent tout à fait dans cette catégorie.

            Après, qu’on utilise le terme de « toute-puissance » ou pas, parce qu’on le trouve trop « fort » pour ce que ça évoque, pourquoi pas… Mais dans l’idée, ça me parait pas déplacé.
            Enfants, et adultes compris.

            Et je ne tiens pas ça de quelques pseudo-psycho-philosophopsychanalystes. Simplement de mon observation personnelle.

          • Ca reste interprétatif. Il m’arrive dans la vie d’être frustrée. Et même si généralement, j’arrive à penser à autre chose, à positiver, etc… Hé bien une frustration peut me mettre de mauvaise humeur. Je trouverais totalement tiré par les cheveux que quelqu’un estime que parce que je suis de mauvaise humeur pour n’avoir pas eu quelque chose que je voulais, alors ça veut dire que j’estime que tout m’est dû et que je peux avoir n’importe quoi en claquant des doigts.
            C’est pareil pour les enfants: l’enfant veut faire un Nième tour de manège, mais ce n’est pas possible. Or, il en a vraiment envie. Comme c’est un enfant, et que son cerveau est immature, il se laisse submerger par cette envie, il ne pense qu’à son envie contrariée de faire son tour de manège qu’il voulait vraiment, et il fait une crise. Quelle que soit la décision qu’on prenne (lui laisser faire un dernier-dernier tour ou alors, si ce n’est pas possible, l’accompagner dans l’expérience de cette frustration – ou, comme beaucoup de parents font, l’ignorer et le traiter de capricieux) je trouve que supposer que, parce qu’il se heurte à la frustration, il imaginait qu’il peut faire tout ce qu’il veut quand il veut, c’est vraiment une interprétation qui est tirée par les cheveux.

            Ce n’est pas parce qu’il est frustré de ne pas faire autant de manège qu’il veut qu’on doit interpréter cette expression de frustration comme une manifestation de surprise par rapport au fait qu’il CROYAIT qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait! Il est frustré de pas faire ce qu’il veut à ce moment-là et dans ces conditions-là, voilà tout. Et d’ailleurs, la plupart des parents sont parfaitement conscients que ce type de réactions dépend aussi de si l’enfant a sauté sa sieste ou s’il a mal mangé, mal dormi ou s’il a eu telle ou telle contrariété. Or, ce n’est pas parce que l’enfant est un peu fatigué qu’il se croit davantage tout-puissant que s’il était en pleine forme, non? Ca montre bien que ce n’est pas d’un sentiment de tout-puissance qu’il s’agit mais d’une simple incapacité à faire face aux petites contrariétés de l’existence.

            Et d’ailleurs, la gestion de la frustration est un aspect important de l’éducation de nos enfants car nous vivons dans une société où la frustration a une grande importance, où nous avons très souvent affaire à elle, et les enfants ne sont simplement pas armés pour faire face à ces perpétuelles frustrations, car c’est quelque chose qui s’apprend !

          • En même temps, un bébé n’étant pas capable de s’exprimer verbalement, on est un peu obligé d’être dans l’interprétation. Et c’est d’ailleurs ce que tu fais également dans tes 3 derniers articles en parlant des divers besoins de l’enfant. Certaines interprétations sont foireuses et d’autres non mais l’on n’a guère d’outils indiscutables pour le savoir.

          • Disons qu’y a interpréter et interpréter. Des fois on est obligé en effet. Moi j’applique surtout la règle de parcimonie (comme en sciences en fait): je privilégie l’explication qui me parait la plus simple. Ca veut pas dire que je peux pas me tromper bien sur.

          • La question de la toute-puissance d’un enfant, qui démarre avec l’apparition du « non », donc de sa capacité à choisir par le langage, est abordée par de nombreux psychologues.

            Il faut savoir, que de façon générale, je prends beaucoup de psychologues pour des guignols. Bowlby est l’un des rares qui trouve grâce à mes yeux.
            Bowlby défend l’idée, comme tu l’as précisé, que l’enfant a besoin (c’est donc une nécessite) des soins parentaux pour se développer (et donc développer des liens d’attachement forts avec ses figures parentales).

            Cela dit, Bowlby s’est inspiré des théories de son époque, avec tout ce qu’elles ont pu être influencées par les éléments de l’époque où elles ont été formulées (Seconde Guerre Mondiale).

            Si tu regardes bien, de Winnicot à Bowlby, de Mélanie Klein à Spitz (tous considérés comme de grands pontes de la recherche sur le développement de l’enfant en psychologie), tous défendent l’idée (et culpabilisent souvent les mères…) qu’un enfant doit être porté H24, contre sa mère pendant ses deux premières années.

            Par ailleurs, et là encore, je n’invente rien, ils expliquent souvent que la première séparation de la mère et de l’enfant se situe au moment où l’enfant apprend à marcher et à parler (ce qui se situe, pour un enfant qui va bien, dans un laps de temps assez rapproché, seulement quelques mois) : cette séparation est donc le fruit de la naissance d’un sentiment de toute-puissance chez l’enfant qui commence à exploiter à la fois son potentiel physique (je peux échapper à mes parents si je ne veux pas faire ce qu’on me demande, comme aller me coucher par exemple) mais aussi son potentiel langagier, avec la possibilité de dire « non », et de refuser autrement qu’en tournant la tête.

            C’est un peu, si on peut dire, la naissance de l’être social. Mais n’oublions pas, comme tu l’as signalé toi-même, qu’un enfant ne connaît pas les règles sociales : il ne sait pas ce que signifie « partager », il ne sait pas encore complètement ce que sont « les temps de vie » (temps de nuit, temps de jour, temps de repas, temps en collectivité, temps à la maison…). C’est là où chaque parent se retrouve dans la situation où il doit poser des limites à l’enfant, sans quoi, il ne peut acquérir aucune règle sociale qu’elle qu’elle soit (et qu’elle soit, comme tu l’évoques depuis plusieurs articles, à visée de domination ou non).
            Là où je te rejoins vraiment, c’est qu’on n’est pas obligé d’imposer à un enfant quelque chose sans essayer d’attiser sa compréhension au préalable. Il est inutile d’interdire à l’enfant de prendre un énième chocolat en hurlant « non », mais peut être en lui rappelant que ça risque de le rendre malade, il est également inutile de hurler sur un enfant qui s’apprête à toucher au four : il suffit de lui dire que c’est dangereux, de lui faire toucher quelque chose de chaud, en lui expliquant que ça l’est beaucoup plus et que ça fait mal, comme lorsqu’il s’écorche les genoux.

            Imposer juste parce qu’on le « pouvoir » d’imposer (en tant que parent) est un peu ridicule et n’a que peu de sens. Pour ça, je te rejoins.

            Mais la notion de toute-puissance n’est pas qu’une énième fumisterie… à moins que tu acceptes qu’on dise que la théorie de Bowlby en est une aussi…

          • Je ne comprend pas le rapport entre ce que tu expliques et une quelconque « toute-puissance »…

          • Le rapport entre la toute puissance et l’attachement, c’est qu’il y a beau y avoir un lien à créer avec l’attachement en gardant son enfant près de soi, il y aura forcément un acte de séparation par cette situation où l’enfant se conduit dans cette logique de toute-puissance.

            Même si je partage certaines de tes idées, je ne peux pas te suivre jusqu’au bout dans la voie que tu choisis avec les enfants.
            En connaissance de cause pour avoir participé activement à l’éducation de deux marmots, et en suivant le développement de tant d’autres dans mon travail…

          • « il y aura forcément un acte de séparation  »
            Oui, comme je l’ai expliqué dans l’article…
            « cette situation où l’enfant se conduit dans cette logique de toute-puissance. »
            Mais POURQUOI toute-puissance? En quoi l’enfant est « tout puissant »? Il est tout-puissant parce qu’on s’occupe de ses besoins? Quand je fais un calin à quelqu’un que j’aime, je suis tout-puissante, et quand je m’éloigne de cette personne pour faire autre chose, je suis impuissante? :/ c’est pas un peu complètement tordu?
            Je comprend vraiment, vraiment pas cette logique. Ca n’a aucun sens pour moi, désolée.

          • C’est normal, tu n’es pas une enfant ;) !

            Un enfant qui gagne en possibilité veut (et c’est bien normal !) immédiatement les exploiter !
            Dès lors qu’il apprend à marcher et à courir, la plupart des mômes, on ne les arrête plus ! Et dans ces cas là, on a plutôt intérêt à planquer les produits dangereux, bien fermer les placards et les tiroirs auxquels ont a pas super envie qu’ils accèdent…
            L’enfant se sent tout-puissant : il exploite donc son potentiel au maximum dès qu’il le peut. C’est ça que ça signifie.

            Et il le fait tant au niveau physique que verbal, en exprimant plus de choses, qu’elles soient agréables ou désagréables. Certains enfants se mettent par exemple à appeler leurs parents par leurs prénoms (ce qui les chagrine souvent un peu, quand même) juste pour le plaisir de « contrôler « une situation où ils sont capables de dire un mot pour un autre.

            La toute-puissance c’est précisément ça : se découvrir de nouvelles capacités et vouloir les exploiter au maximum pour assouvir ses envies (ainsi que les nouvelles envies qui naissent avec les nouvelles potentialités) sans aucune connaissance des comportements sociaux .
            Devant le « non » de ses parents lorsqu’il dépasse les bornes (mise en danger, saccage d’objets, refus de s’alimenter…), il devra alors apprendre que tout ne se fait pas quand on en a envie comme on en a envie.

          • « Un enfant qui gagne en possibilité veut (et c’est bien normal !) immédiatement les exploiter ! » Moi aussi… 
            « Et dans ces cas là, on a plutôt intérêt à planquer les produits dangereux, bien fermer les placards et les tiroirs auxquels ont a pas super envie qu’ils accèdent… » Quoi? tu veux dire que les enfants ne savent pas que les produits dangereux sont dangereux et qu’ils peuvent se mettre en danger en découvrant et en explorant? Fichtre.
            « 
            L’enfant se sent tout-puissant : il exploite donc son potentiel au maximum dès qu’il le peut. C’est ça que ça signifie.
             »

            Non, mais non, quoi.
            C’est un peu comme si tu me disais: 2+2=4 (oui) donc 4+4=8 (oui) et donc la capitale de la France c’est Moscou.

            Moi aussi j’exploite mon potentiel dès que je le peux. Tout le monde fait ça. Exemple quand j’ai un nouvel appareil photo je fais quoi? Hop, je me met à faire des photos, à bidouiller les réglages, à faire plein d’essais! Un nouvel ordinateur? Je change le fond d’écran, j’installe des trucs…
            Si j’avais jamais su marcher et que j’apprenais aujourd’hui, je me mettrais à courir partout! Il faudrait donc dire que je suis « toute puissante »?
            Cette notion de « toute-puissance » est complètement absurde! Au contraire ce que tu décris c’est de l’impuissance. Ne pas avoir connaissance des comportements sociaux est une expérience qu’ont connu les gens qui voyagent et s’immergent dans des pays à la culture différente… Tu ne comprend pas ce qui se passe autour de toi… Rien n’est plus éloigné de la « toute-puissance » que cette sensation d’être perdu et de devoir se raccrocher à n’importe quoi pour éprouver un sentiment de sécurité.

            Ce truc de toute-puissance est un concept âgiste parce que:
            -Il ne s’applique qu’aux enfants, supposés être totalement différents des adultes, presque « par nature », alors que tu décris des choses qui ne sont pas du tout propres aux enfants et d’autres qui le sont mais qui ne vont pas du tout dans le sens de ce que tu avances.
            -Y a un truc de conflit, de domination artificiellement créé par l’adulte via ce concept. En gros c’est pas « cet enfant découvre le monde, nous devons mettre sous clé les produits dangereux et lui expliquer les codes sociaux ». C’est « ce petit con se croit tout-puissant, il va devenir un monstre, montrons lui qui est le chef et qu’il n’a pas à être tout-puissant ».
            C’est un concept totalement fumeux et vaguement dangereux.

          • les volontés des « les autres » (animaux, femmes, enfants, salariés) sont dictés par leur instinct et pas vraiment dans leur intérêt. Ils n’en ont pas vraiment, d’intérêts, à part celui d’être canalisés dans notre intérêt à nous ..

            On pourrait appeler au lieu de « tout-puissant » « tout-expérimentant », c’est ça que font les gosses, et c’est comme ça que les adultes aussi apprennent n’importe quoi. A se servir d’un corps, d’un appareil photo, ou de la modalité « prise de distance avec les parents ». Tout-expérimentant. Un type qui crame quelques scientifiques en testant une bombe nucléaire dans le désert, il s’est pas un peu senti tout-puissant ? Ou tout-expérimentant ? C’est pile la même chose, sauf qu’avec un vocable adapté, on évite aux humains de se méfier de cette « volonté », « toute-puissante », qui est quand même bien connotée négativement, quand on parle d’un gosse.

            Tout-expérimentant, on protège le gosse de ses erreurs ; tout-puissant, on se méfie de ce petit monstre.

          • « attention, méfiez-vous des gens qui testent des trucs, qui réfléchissent à des changements, et des enfants qui se croient tout permis en explorant leurs possibilités. »

            Huhu. C’est les mêmes clowns qui ont peur du changement, et qui ont peur des enfants qui font des expériences sans flipper de ce qui va leur arriver.
            Les conservateurs, qui voudraient un monde figé dans lequel les gosses respectent des programmes précis comme du papier à musique (une marche militaire, sûrement).

            J’suis trop surpris.

    • Céder à tous les désirs de l’enfant est très différent du fait d’être là pour calmer les pleurs.
      Tu peux dire non à un désir tout en consolant l’enfant de la frustration générée. Etre « autoritaire » (à défaut de trouver un meilleur mot) tout en étant présente pour lui.

      Est-ce que vous vous rappelez de ce que vous ressentiez enfant ? Pour ma part lors des « caprices » que j’ai pu faire, je ne ressentais pas une sensation de puissance mais un véritable désespoir. Et les rares fois où mes parents ont finit par céder, je me suis surtout sentie mal, et l’objet de mon désir devenait brusquement insignifiant, et très décevant (c’était une bonne leçon d’ailleurs).

  7. Je suis en accord avec l’ensemble de l’article. Cependant, quand à la question de l’attachement comme quelque chose de « naturel », je ne suis pas d’accord. L’attachement est définitivement construit. Il se bâtit, il n’a rien d’inné et vos propos le démontrent plutôt bien. Je ne comprends pas, en ce sens, pourquoi vous insistez pour apparenter la notion d’attachement à celle de nature (tournure argumentative?).

    De plus, comparer l’être humain à un ensemble varié de mammifères qui ont, entre eux, des pratiques de parentage/maternage très variées, me semble douteux. Pourrait-on avoir, nous aussi, des comportements exclusifs à notre espèce?

    Dans un autre ordre d’idée, même si vous nuancez la question de l’attachement mère-enfant, l’ensemble de votre argumentaire repose néanmoins sur cette idée de lien primaire naturel et essentiel entre la mère et son petit humain. Je ne suis pas d’accord là non plus, même si ce lien, à cause de l’allaitement et de la suite logique de la grossesse vers les bras de la même personne, me semble être le plus logique, mais pas forcément le mieux, puisque le lien d’attachement se construit :).

    Enfin, j’ai un peu de difficulté avec des comparaisons entre des personnes « aborigènes » et des personnes « occidentalisées », comme si nous étions une version altérée de notre état de nature. Je n’y crois pas du tout et je trouve que cet argument est complètement irrationnel. Pour moi, il s’agit de cultures et non pas de différents degrés d’état de nature (avec nous à l’extrême pôle de l’être artificiel qui a renié sa nature).

    Mais pour vos conclusions, même si je ne suis pas d’accord avec les bases de votre argumentation, je ne peux que vous approuvez. Bâtir un attachement solide avec un ou des personnes très proches est fondamental pour pouvoir aller vers les autres.

    • Heuuu je n’ai jamais dit que l’attachement n’était pas construit… Et je n’ai jamais parlé de « nature »…
      1) La capacité à construire un lien d’attachement est innée
      2) Construire un lien d’attachement est un besoin primaire chez tous les petits mammifères.
      Je ne vois pas d’où tu tires que l’attachement ne serait pas construit puisque je parle justement de sa construction qui est rapide chez le mouton et un peu plus longue chez les nidicoles comme le chien. Quant au concept de « nature » heu… J’ai juste une bibliographie longue comme le bras de littérature scientifique pour avancer ce que je dis dans cet article (du moins dans la première partie concernant les animaux). J’ai d’ailleurs précisé que je la tenais à disposition.
      Quand je dis que les tests comportementaux mis au point par des scientifiques pour mesurer l’attachement sont globalement les mêmes chez l’humain, le chien ou le mouton, c’est un fait, je suis désolée que ça ne te plaise pas où que tu entendes « on est comme les animaux il faut lécher notre petit et manger le placenta ». Mais l’article me semble très clair sur ces points, c’est une incompréhension de ta part. En fait je me demande si tu as lu l’article ou juste les titres des paragraphes, le titre et les photos.

      Et oui les humains ne sont pas différents des autres animaux sur de nombreux points. L’attachement en est un exemple et les mécanismes neuroendocrinologiques de l’attachement sont assez similaires d’une espèce de mammifères à l’autre (sans être identiques). L’humain ne fait pas exception. La seule particularité de l’humain à la limite est d’être un primate nidicole alors que les autres primates sont nidifuges, et qu’il a une enfance plus longue. Mais à part ça il n’y a pas de différences particulières au niveau des besoins d’attachement et des mécanismes d’attachement du jeune chez l’humain et chez les autres animaux. Si tu n’es pas d’accord il faudrait peut-être avancer quelques arguments.

      Mais bon. Moi j’ai parlé de lien d’attachement primaire (terme introduit par Bowbly et utilisé en éthologie) entre le petit et le « caregiver » (qui est souvent la mère). Toi tu parles de lien primaire NATUREL entre la mère et l’enfant. Heu, what the fuck?

      Pourquoi tu met « aborigènes » entre guillemets? Les Aborigènes sont les indigènes d’Australie. C’est mal? Il faut pas parler des gens qui ont une culture différente de la notre?
      C’est quoi ce gros délire avec des « degrés d’état de nature »?
      Je n’ai jamais parlé de version altérée de notre état de nature, tu délires totalement. J’ai parlé d’une particularité culturelle des occidentaux. Que tu le veuilles ou non, l’occident est à la base UNE culture (même si on peut le diviser en cultures de différents pays occidentaux). Notre façon de nous occuper des enfants dans la culture occidentale est particulière si on compare aux autres cultures dans le monde. C’est mal de faire de l’ethnologie? Ou ai-je dit que TOUTES les cultures non occidentales étaient « naturelles » ou « primitives »? Ou que TOUTES les cultures non-occidentales s’occupaient bien des enfants ou qu’elles utilisaient un maternage proximal. Il se trouve qu’à ma connaissance (qui est plutôt limitée en ethnologie, je l’admet) il semble que le maternage proximal soit plutôt la règle que l’exception si on regarde les différentes cultures dans le monde en voulant bien considérer la culture occidentale comme une parmi d’autres malgré le fait qu’elle soit très répandue sur plusieurs continents. Et il se trouve que, par exemple, si on observe de nombreuses cultures, la majorité pratiquent le sevrage tardif et le sommeil partagé (et quand je dis sevrage tardif c’est par rapport à nos critères culturels occidentaux). Je n’ai jamais prétendu que c’était le cas de TOUTES les cultures non-occidentales.

      Bon j’ai répondu à ce com mais je préviens je répondrai pas à tous les coms délirants dans le genre « j’ai lu en diagonale et j’ai rien compris mais je commente quand même parce que je suis persuadé de savoir ce que veut dire l’auteur même si j’ai lu que les 3 premières phrases de l’article ».

  8. « Sous le signe du lien » de Boris Cyrulnik semble dire la même chose que cet article, il date pourtant de 1989. Les psy n’ont pas évolué depuis ?

  9. Article très intéressant, je compte pas faire d’enfants dans l’immédiat mais ça me servira je pense…

  10. « on est encore loin des 3 mois maximum préconisé par Rufo »

    En fait je ne sais pas si des « experts » comme Rufo sont très influents dans le paysage pédiatrique français… En tout cas l’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif pendant au moins 6 mois. (http://www.who.int/mediacentre/news/statements/2011/breastfeeding_20110115/fr/)
    Je crois que tout ça, c’est vraiment à voir en couple, au cas par cas… Mères et pères sont soumis à des injonctions contradictoires, pro- ou anti-allaitement (et ces injonctions ne sont pas forcément issues du patriarcat, voir par exemple La Leche League… en fait les femmes sont aussi fortes que les hommes pour être prescriptrices d’injonctions envers les femmes). Et même si les parents ne sont pas sensibles aux injonctions extérieures, ils sont soumis à leurs propres désirs qui sont eux-mêmes contradictoires.
    Allaiter, c’est le mieux pour l’enfant, personne ne le conteste. Mais dans ce cas le père ne peut pas s’impliquer dans la fonction nourricière (qui est quand même une des fonctions principales pendant les tout premiers mois). Or, on demande aux pères de s’impliquer. Beaucoup de pères ont d’ailleurs au fond d’eux ce désir de s’impliquer. S’ils donnent le biberon, ils culpabilisent de priver leur bébé de leur alimentation idéale, ils culpabilisent de briser ce lien si privilégié entre la mère et son enfant. Et s’ils ne donnent pas le biberon, ils culpabilisent de laisser leur femme se lever la nuit pour nourrir leur bébé et faire tout le boulot (mais en même temps ils sont bien contents de pouvoir rester dormir). Les mères veulent aussi donner le meilleur à leur enfant (donc le lait maternel). Mais souvent, au moins au début, l’allaitement est très douloureux. Et parfois il y a des complications après la naissance (infection urinaire, etc) qui font que la mère est physiquement et nerveusement abattue, et est quasiment incapable d’allaiter. Il y a des pays, pas très loin de chez nous (par exemple l’Italie), où le ressenti de la mère n’a quasiment aucune importance et où on n’obtient pour toute réponse que le sempiternel credo « l’OMS recommande l’allaitement jusqu’à 6 mois », donc prenez votre antibiotique et souffrez en silence, mais surtout n’arrêtez pas l’allaitement. Alors que bon, l’allaitement artificiel est une alternative tout à fait convenable dans nos contrées, d’un point de vue nutritif en tout cas (ce qui n’est pas forcément le cas dans les pays où l’accès à l’eau potable est moins garanti). Bref, tout ça pour dire qu’il ne faut pas se mettre la rate au court-bouillon en voulant suivre à tout prix des principes, chacun fait comme il peut.

    Petite remarque encore sur le lien (ou non-lien) entre patriarcat et allaitement : il semble qu’en France on soit particulièrement des champions de l’allaitement artificiel. En Italie, où le patriarcat est encore plus marqué qu’en France, l’allaitement maternel est quasiment obligatoire (pression sociale très forte, y compris dans le milieu médical et para-médical). Mais les champions de l’allaitement maternel en Europe, ce sont les pays scandinaves, l’Allemagne, les Pays-Bas, etc, où le patriarcat est pourtant considérablement moins important qu’en France (mais où les mouvements « pro-nature » sont peut-être plus forts ?). Donc quelles conclusions en tirer ?

    En ce qui concerne le doudou (« objet transitionnel »), je suis d’accord : non seulement c’est une spécificité occidentale, mais en plus c’est une spécificité très récente ! Ma mère m’a dit qu’à l’époque où j’étais bébé (il y a une trentaine d’années… ça remonte quand même à un certain temps), quasiment aucun enfant n’avait de doudou, alors que maintenant c’est devenu une norme dont l’existence est formalisée dans les classes de maternelles, avec un « casier à doudou » dans lequel les enfants déposent leur objet transitionnel en arrivant le matin.

    • Personnellement, je n’ai pas fait une seule tâche ménagère pendant 3 mois pendant mon congé maternité, et mon conjoint se levait la nuit pour m’apporter notre bébé, il a passé une semaine à la maternité de 8h à 20h dans les bras de son père pendant que je me remettais très doucement de mon accouchement, il a d’ailleurs du coup construit en premier une relation privilégiée même si j’allaitais. Ma tante ne se réveillait même pas la nuit, mon oncle se levait, apportait le bébé, le mettait au sein, et attendait pendant que ma tante dormait toujours. Le père peut être totalement impliqué même pendant un allaitement

  11. Il se trouve que les mammifères ont trouvé une réponse formidable à la question de l’alimentation du petit, et c’est l’allaitement. Plus on étudie le lait maternel, plus on réalise que c’est plus qu’une simple nourriture – l’acidité du lait maternel, par exemple, favorise le développement d’une bonne flore intestinale chez le nourrisson (et l’intestin est un organe absolument crucial de notre organisme). Donc je trouve un peu étrange de dire « ah flûte, avec l’allaitement, le père ne peut pas s’impliquer dans la fonction nourricière » … Ben non. En l’occurrence, on a pas besoin de lui pour ça, on a nos seins. En revanche, ce que le père peut faire, s’il a envie de s’impliquer, c’est de veiller sur la mère. Prendre soin d’elle. Lui faire ses courses. Lui apporter à boire. S’installer à côté d’elle lorsqu’elle allaite et faire un câlin à trois. Planquer les horloges de la maison pour se mettre au diapason de cette vie qui débute. Si le bébé ne dort pas dans la chambre de ses parents, il peut se lever lui et l’amener à sa mère. Il peut aussi changer le bébé, faire ses lessives, le prendre dans ses bras, masser la mère, s’occuper des aînés, enfin, je ne sais pas, les exemples me manquent, mais si le père veut s’impliquer (ce qui est une excellente idée), il n’a que l’embarras du choix. Et si, pendant six mois, il ne s’occupe absolument pas de la nourriture du petit, ça ne me paraît pas super grave (il ne s’en est pas beaucoup occupé les neuf mois précédents et personne n’a l’air d’avoir trouvé ça flippant). Il aura bien le temps de s’y mettre plus tard – pas d’affolement : normalement, ce bébé ne va pas cesser de manger en grandissant …

    • Oui, le lait maternel est plus qu’une simple nourriture : n’oublions pas les anticorps maternels, qui passent ainsi au bébé et le protègent. Alors oui, la nature fait excellemment bien les choses et le lait maternel est un produit quasiment parfait pour le bébé. Ceci dit j’ai été allaité essentiellement au lait artificiel (à part les tout premiers jours) et je n’ai pas l’impression d’avoir de tares particulières, et je suis loin d’être le seul… L’environnement affectif a plus d’importance.

      Pour le reste, je suis tout à fait d’accord : il y a mille autres manières de s’impliquer pour le père. Je n’ai pas dit que c’était grave si le père ne peut pas s’impliquer dans la fonction nourricière, j’ai juste dit que c’était un désir (légitime) qui entrait en contradiction avec d’autres, et qui pouvait donc générer quelque part une (petite) frustration.
      Après personnellement je trouve ça un peu inutile de faire se lever le père pour aller chercher le bébé la nuit et le poser au sein de la mère… Je veux dire : les parents sont tellement fatigués après une naissance que je ne trouve pas que ça soit très stratégique de les réveiller tous les deux toutes les deux heures… Si la mère allaite, il vaut mieux que le père dorme la nuit pour qu’il soit plus utile en journée ensuite. Après, chacun fait bien sûr comme il veut.
      Personnellement, je n’avais pas besoin de me lever puisqu’on avait opté pour un lit bébé « annexe » qui s’attache au lit des parents. (Je découvre d’ailleurs maintenant que ce genre de lit est présenté sur internet comme un lit co-dodo alors que pour moi le « vrai » co-dodo c’est pas tout à fait ça.) Et surtout, il était hors de question que je mette le bébé au sein moi-même (comme dans l’exemple de la tante de lyly) tant c’était sensible pour la mère (et oui, ça se passe rarement facilement, au moins au début.)
      Après, tout ce que tu écris, Hélène, sur les différentes façons de s’impliquer pour le père, c’est bien beau et dans un monde idéal ce serait comme ça. Mais bien souvent dans la réalité les choses sont différentes… le père peut veiller sur la mère tant qu’il est là, mais il doit aussi en général retourner travailler quelques jours après la naissance (zéro jour de congé paternité en Italie, où on vivait à l’époque…), et dans ce cas la mère se retrouve toute seule avec le bébé toute la journée (et donc aussi toute la nuit si elle allaite). Pas facile ! Mais là c’est plus une critique de notre système socio-économique qu’autre chose…

      • Pour l’implication du papa, c’est vrai que je te répondais en ayant en tête cette idée, assez souvent entendue, que le « biberon permet au père de s’impliquer ». Franchement, il y a plein d’autres manières de le faire, y compris après la reprise du travail ! Se lever la nuit à la place de la mère n’est qu’un exemple. Et tant pis pour la frustration du père, c’est un bon début dans l’apprentissage de la parentalité ;) Blague à part, je comprends, et c’est vrai que c’est parfois difficile. Et, oui, bien sûr, on peut déplorer que le système socio-économique ne pousse pas franchement à la roue pour l’implication des pères …

        Par ailleurs, je te rejoins sur l’importance de l’environnement affectif, mais là encore, je vais rebondir sur quelque chose qu’on entend souvent. Ce truc, là, selon lequel « mieux vaut un biberon donné avec amour qu’un sein donné à contrecoeur » … Alors, oui, si l’allaitement veut dire « se faire violence au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant », c’est pas une bonne idée. D’ailleurs, malgré que je pense que le lait maternisé ne vaut pas le lait maternel, je soutiens que « ne pas avoir envie » est une raison parfaitement valable pour ne pas allaiter.

        Malgré cela, je ne dirais pas que l’affectif est le plus important. Est-ce que quelqu’un donnerait de l’eau sucrée à son bébé, ou du vin dilué, en disant « le plus important, c’est que je le lui donne avec amour » ? J’exagère, bien sûr, c’est juste pour souligner que l’affectif est important, certes, mais ne remplace pas les qualités nutritionnelles. On ne choisirait pas aussi souvent le lait artificiel si on n’était pas convaincus, merci le service de communication de Nestlé, que sa qualité est égale à celle du lait maternel.

        Ce que les fabricants de lait maternisé s’abstiennent bien de nous dire, aussi, c’est que leur produit coûte une blinde. L’allaitement, lui, est gratuit. Pas « moins cher ». Totalement gratuit.

        Ca n’est pas par hasard que leurs pubs valorisent tant l’affectif, justement : c’est le seul élément où sein et biberon sont équivalents. Leur produit est onéreux et de qualité moindre … comment vendre ça ? Ben, en mettant en valeur le fait qu’on peut donner un biberon avec amour – et que, finalement, l’amour, n’est-ce pas ce qui compte le plus ?

        (parenthèse : en anthropologie, on nous avait cité une étude très intéressante, menée quelque part dans le Nordeste brésilien – elle y montrait qu’il y était bien vu de nourrir son enfant au biberon, parce que ça prouvait qu’on avait un « protecteur » suffisamment riche pour pouvoir payer du lait en poudre … Dans un climat de grande violence, ce qui comptait le plus, ça n’était pas l’amour, en l’occurrence, mais la présence d’un protecteur (cf. « Death without weeping » de Nancy Scheper-Hughes.) L’allaitement, c’était bon pour les pauvresses délaissées, quoi … )

        J’avais lu aussi un article très bien vu qui disait que l’idéalisation de l’allaitement maternel servait lui aussi les intérêts des marchants de lait maternisé. Premier temps : faire l’apologie de l’allaitement, en des termes très emphatiques, expliquer que c’est vraiment le mieux du best du top que vous puissiez offrir à votre enfant … en gros : le Graal. Deuxième temps : continuer en disant que, bon, dans la vie, il y a des aléas, et que, parfois, on ne peut pas offrir la perfection à son enfant (vague pincement de culpabilité, air désolé). Troisième temps : tadaaa ! entre en scène le sauveur : le lait ma-ter-ni-sé. Bon, ça ne sera pas le mieux du best du fabuleux, mais c’est un produit de qualité, qui convient parfaitement à votre enfant, et comme, de plus, vous le lui donnerez avec amour … Et ouala ! Par ici la monnaie, merci :)

        Si je retrouve l’article, je le mettrai en lien. Je l’avais trouvé très pertinent.

  12. C’est paradoxal,d’un côté Rufo décrète qu’un allaitement « tardif » est un abus sexuel dont l’enfant ne se remet pas, et de l’autre pour les vrais abus sexuels, il déclare que en majorité les enfants n’en sont pas traumatisés (bah oui au fond ils veulent tous le pénis).

  13. Jeune père depuis 5 mois, je retrouve entièrement mes convictions dans les conclusions que tu fais. Notre petite dors avec nous (dans notre lit, pas dans un lit de cododo, juste la pour rassurer mes parents) et tète sa mère a volonté ou le biberon de la maternel quand maman est pas la. Pour autant elle est éveillée (au point que le médecin s’en étonne a chaque fois, hypocrisie ou réalité?), joyeuse (j’ai pas fait de stats mais je suis sur qu’elle rit plus qu’elle ne pleure, et elle sourit au moins autant), et elle est très sociable (sourit rapidement aux inconnus, mais je précise qu’elle n’a pas encore passé la phase de timidité maladive)
    Une remarque cependant: même si la pensée des psychologues qui annoncent « l’enfant est un monstre » ou « l’allaitement c’est mal » ne semble pas si répandu dans les milieux pédiatrique réellement au contact des enfants, il est vrai que les lieux communs sont légion parmi la population « classique » (comprendre : la population qui donne des conseils sans réfléchir a la question). Il n’y a pas deux jours j’entendais « mais elle dors encore avec vous? va falloir couper le cordon quand même ». Ce a quoi, ne voulant pas engager le débat j’ai répondu « bah pour l’instant ça va, pourquoi on changerait? »

    Sinon il me semble que Rufo est très loin d’être correctement considéré par les milieux en contact avec les enfants (nourrices, auxi de puériculture, instits et IUFM…)

    Enfin, comme il s’agit de mon premier comm, je me permet de te féliciter pour tes articles (depuis hier je lit le blog en loin en large et en travers) toujours argumentés, drôles et très bien écrit, souvent au vitriol et bien que je ne partage pas toutes tes convictions, c’est un vrai plaisir de te lire (Et puis c’est toujours utile de connaitre les arguments de l’ennemi (irony inside, puisqu’on ne se connais pas))

    Bonne continuation!!

  14. Ping : Structures familiales | Pearltrees

  15. Petit commentaire en passant, de la part d’une étudiante en psy (master du développement et de l’éducation).
    Tout d’abord, citer Rufo pour représenter le paysage des psys en France, ça me fait sourire/grincer des dents. Il n’a pas grande crédibilité chez les psy « scientifiques », tout comme Dolto, du moins ils sont à peine cités pendant nos études. (par contre du Bowlby/Harlow on s’en mange :/)
    Dans l’article tu dis « selon les psys », « les psys disent que », je voulais juste nuancer tes propos. Dieu sait comme j’abhorre la psychanalyse (et par conséquent une bonne partie de la psychologie clinique en France) et nos profs de clinique nous ont sorti pas mal de conneries, mais jamais ce que tu peux dire dans l’article : « il ne faut pas surtout pas faire ceci » ou « si les mères ne font pas ceci ». Je parle juste en tant qu’étudiante en psy hein, après dans leur pratique ils disent énormément de connerie, mais en tout cas on ne nous apprend pas à penser comme ça, le temps d’allaitement on s’en fout, où dort l’enfant jusqu’à un certain âge on s’en fout. Je précise qu’en psychologie du développement (ma spécialité donc), les profs passent leur temps à nous montrer les pratiques culturelles à travers le monde, à essayer de nous décentrer de notre point de vue ethnocentrique.

    • Ce à quoi je m’attaque ici c’est pas au discours « des psys » en général mais à celui qui trouve facilement écho dans les médias en raison de tendances culturelles ancrées, et qui est à mon avis nuisible et destructeur. Parce que les scientifiques, les experts, les gens qui ont fait des études, c’est bien joli, ils ont des avis intéressants, ils sont pas tous d’accord entre eux. Mais ce qui arrive dans la presse lue par le grand public, c’est autre chose. Et si je cite Rufo c’est pas parce qu’il est représentatif de ce que pensent « les psys » mais parce qu’il est représentatif du discours nauséabond qui arrive le plus facilement aux oreilles des gens et auquel on trouve un crédit étonnant. Il est d’ailleurs cité dans Elle, entre autres. On pourrait s’étonner qu’un type d’une telle misogynie soit relayé par des magazines destinés aux femmes (mais ce serait un peu naïf).

      • Ya un monde entre ce dont les universitaires discutent entre eux, et ce que la doxa fait faire aux gens en pratique.
        L’Elfe essaye de lutter un peu contre le coté obscur de la Doxa, le manque et la rentation d’informations en gros.

        J’me demande ce que Freud aurait à dire sur des autorités qui pratiquent la rétention d’information. Sûrement il partirait de ce concept et il développerait : http://www.urbandictionary.com/define.php?term=full%20of%20shit
        (j’éspère faire rire l’un ou l’autre anarcho-psychanalyste ..)

        • Freud lui-même pratiquait ardemment la rétention d’information, quand ce n’était pas le mensonge caractérisé.

      • Vui je me doutais bien du but de l’article, j’ai juste pas pu m’empêcher de préciser qu’il y a un peu de bon dans l’univers psy :D

        • Oh et, en effet, Freud était maître dans l’art du mensonge. Mensonge organisé même. La question est : jusqu’à quel point croyait-il à ses mensonges ? Ca me donne envie de lire Le livre noir de la psychanalyse tout ça.

          • Y a pas de réponse définitive mais c’est vrai que le livre apporte des pistes et des éléments de réponse très intéressants.

        • D’un autre côté quelqu’un d’autre m’a fait un peu la même remarque donc c’était peut-être pas très clair sur ce point ^^

  16. (toujours fan, elfe)
    oui donc je sais pas si tu l’as lu mais voilà une étude ethnologique qui pourrait bien te plaire : Le concept du continuum – À la recherche du bonheur perdu de Jean Liedloff.

  17. Ping : Procréation & maternité | Pearltrees

  18. Super article, documenté, argumenté, bien tourné et tout et tout :-)
    Pour être mère de 4 enfants (désormais grands, ados et presque adultes), je peux témoigner que j’en ai entendu de toutes sortes à propos de mon maternage ! Que j’allais en faire des tordus, des capricieux, des dégénérés, des incapables de sortir des jupes de leur mère etc, etc…
    Ma première fille a souffert du fait que, jeune et sans possibilité de rencontrer d’autres opinions que les considérations mainstream qu’on pouvait lire dans la presse féminine ou les « manuels » à destination des jeunes mères inexpérimentées (Internet ne faisait pas encore partie du paysage quotidien… eh oui, premier bébé en 1995), j’ai effectivement commencé par essayer de la laisser pleurer pour « qu’elle devienne autonome » et tout et tout. Mais très vite, j’ai trouvé ça insupportable et contre nature.
    Bref, je vous passe l’évolution progressive de ma façon de faire, pour dire que j’ai pratiqué le cododo (LA solution évidente aux si terrrriiiiiiibles problèmes des bébés qui « ne font pas leur nuits » et vident leurs parents de toute substance), l’allaitement totalement à la demande (je me retrouve pas mal dans l’exemple de « l’allaitement en continu » des bébés du Kalahari) et prolongé (mon dernier fils a été complètement sevré, d’un commun accord entre lui et moi, pour son 5ème anniversaire), le portage en écharpe quasi-constant (ventre ou dos, mais bébé participait à toutes les activités quotidiennes) et toutes les autres « déviances » dont il est question dans votre article. Et miracle, mes grands bébés sont des

  19. oups… fausse manoeuvre, je continue :

    Mes grands bébés sont des ados et adultes parfaitement sains, sociables, autonomes, curieux, équilibrés, critiques, ouverts au monde, respectueux et pas « tout-puissants » pour deux sous ;-)

    J’ai même tenté, pour mon dernier garçon, l’aventure de la mal nommée « hygiène naturelle infantile », et je dois avouer que ce fut une expérience inoubliable et totalement déconcertante (positivement parlant) sur le plan de la communication possible entre un adulte et un bébé d’à peine quelques jours à quelques mois.

    Je ne regrette rien de ce parcours de maternage (et je pense que mes enfants non plus), car j’ai toujours eu l’impression d’être dans la justesse avec eux, d’agir en harmonisant mon instant maternel et mes convictions « intellectuelles », sans prise de tête ni culpabilisation excessive (car on sait que, de toute façon, les mères culpabilisent toujours par définition, mais c’est un autre débat ;-)).

    Encore bravo et merci pour cet article ainsi que tous les autres, toujours passionnants, riches et jouissifs à lire !

  20. Merci de cet article. Vous dites « Les pères ne le font pas beaucoup » et « même s’il y a des progrès » . J’aurais beaucoup aimé que vous en profitiez pour encourager ce progrès en veillant à reconnaître d’une part l’asymétrie qui comme vous le dites si bien est façonnée par le patriarcat et d’autre part en ne faisant pas, par le langage, uniquement reposer la réponse au bébé sur les mères…. C’est à dire en nous disant, que les adultes responsables du bébé se partage la réponse aux pleurs du bébé et construise sa base de sécurité affective tout en veillant à l’égalité entre eux…

    Je suis au pris comme énormément de femmes à me voir coincée entre le désir que la réponse aux besoins de mon bébé soit faite avec soin et devoir faire valoir que ceci est une responsabilité partagée, que je n’ai pas à y être assignée de manière obligatoire, … et ceci cause des tensions et voici de nouveau une nouvelle couche de culpabilisation qui survient… coupable de trop répondre, coupable de ne pas assez répondre, et aussi coupable de demander une égalité et une responsabilité partagée du soin de cet enfant que nous avons fait ensemble à ce que je sache… Bref, nous aurions tellement à gagner … j’aimerais beaucoup si vous contribuiez aussi à cette partie avec les mots dont vous disposez…

    • En même temps est-ce que c’est vraiment TA responsabilité de partager les soins parentaux? Ce serait pas un peu celle du père? Ce n’est pas aux femmes de « responsabiliser » les hommes, contrairement à ce que je lis malheureusement sur des sites ou magazines féminins/parentaux (ces derniers s’adressent d’ailleurs principalement à… devinez qui?). Si on estime que c’est aux mères de faire une place aux pères, c’est qu’on part encore du principe qu’au font c’est leur travail à elles de gérer la familles, les mômes, etc. Non, les pères doivent à mon avis prendre toute leur place dans les soins aux enfants, se bouger le cul tout seuls sans attendre qu’on le leur demande. Et rien qu’avoir à le demander prouver qu’il y a un déséquilibre.

      Après que faire concrètement face à cela? Je n’ai pas la réponse, mais commencer à mon avis par ne pas se culpabiliser à outrance, je pense que la culpabilité est un très sérieux problème pour les mères en particulier. Hé oui c’est facile de dire « il faut pas culpabiliser », dans la réalité concrète c’est très difficile, malheureusement, je n’ai pas de solution magique… :/

      J’ai dit qu’il y avait des progrès mais c’est une affirmation à nuancer. Il existe des couples égalitaires, mais statistiquement il n’y a pas tellement de progrès depuis les années 80 si l’on en croit les chiffres de l’insee. Les femmes s’occupent beaucoup plus des enfants que les hommes.

  21. Ping : attachement et autonomie chez l'enfant - PICO Maureen

  22. Bonjour,
    Encore un article passionnant , merci .
    Une petite chose importante pour moi , vous parlez des « psy » qui ont dit , fait , organisés, construit … des représentations erronées de l’attachement . Comme je suis psychologue , je fatigue de ces raccroucis , vous citez Bolby , il était psychologue aussi . Mon cursus comporte de l’éthologie , de la biologie, une étude crituque construite sur l’intégration des découvertes scientifiques dans le développement des humains . Ceci englobe la prise en compte des données de l’éthologie .
    Ce qui me conduit , en tant que « psy « à abonder dans votre sens . Ce que mon parcours n’intègre absolument pas, c’est la psychanalysec,e qui laisse d’ailleurs les gens très confus lorsque je le leur explique .
    Je pense que les présupposés anti-fusion que vous évoquez sont à la charge de notre ami Freud . L’ensemble des dérives qui ont suivi sont d’inspiration psychanalytiques … tout serait de la faute de la mère, de son attachement à lui , du fait qu’elle le prend pour un phallus, qu’elle l’étouffe, qu’elle veut le dévorer, le dresser en oriflamme, que son attacchement est suspect et incestieux, qu’il est le fruit de sa dégénérence congénitale, de son état de femme , donc d’homme raté/castré/incomplet.
    Dans cette perspective, la femme étant par nature coupable , dévorrante , incomplète et déficiente , il faut impérativement protéger l’enfant des mauvaises intentions égoistes qui l’animent ,et voici qui pointe le bout de son nez , la nécessité fondamenatale de la figure patriarcale .
    Ces tralala anti-attachement-fusion , est issu d’une culture psychanalytique, qui se fonde sur une construction qui a eu lieu dans un contexte de présuposés misogynes , et qui n’a pas été remis en question ni par Freud (qui était du genre patriarcal-hargneux) , ni par ses différents disciples, qui ont largement , au nom de ces présupposés fustigé le mariage pour tous, au nom du sacro saint caractère « indispensable » du père , contre la mère (bref du patriarcat) .
    La psychologie et la psychanalyse sont deux choses différentes qui se sont développées en parallèle . Avec quelques percées psychanialytiques dans la psychologie par moment selon les auteurs , mais les fondements ne sont pas les mêmes . La plupart des psy-chologues, ne partagent pas les thèses qui veulent que l’attachement soit une preuve de fusion délétère ou de dévorrement par la mère .

  23. Ping : Autonomie | Pearltrees

  24. Ping : Théorie de l'attachement | Pearltrees

  25. Ping : Attachement et autonomie chez l’enfant: c...

  26. Ping : Éducation | Pearltrees

  27. Ping : Attachement | Pearltrees

  28. Ping : Attachement et autonomie chez l’enfant: c...

  29. Je ne sais pas comment je suis tombée ici mais c’est heureux.
    A la lumière de ton article je me rends compte qu’aujourd’hui aimer son enfant sans contraintes est une lutte. Je suis plutôt partisane du maternage Proximal mais les récentes fêtes de noel sous les « tu l’allaites encore? » (Il a 7 mois) « tu l’etouffes, la nuit il doit être seul. Ce sera mieux pour toi et pour lui » m’ont fait faire un truc nase. J’ai laissé pleurer mon petit toute la nuit pour découvrir au matin qu’il avait fait un gros caca et, loin de lui, je l’ai laisse dedans toute la nuit… J’ai honte de me laisser influencer par ces bon penseurs à la con!

    • C’est normal de se laisser influencer, et d’être sensible aux jugements d’autrui. Mais à la fois c’est important de prendre de la distance par rapport à ça parce que les gens ont de telles exigences vis à vis des parents et en particulier des mères, que c’est invivable de s’en soucier plus que ça

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