La nouvelle salope

Le monde évolue, le sexisme aussi. Cet article a pour but de montrer comment des croyances misogynes peuvent perdurer dans le discours ambiant, tout en étant plus ou moins cachées derrière certaines apparences, à travers l’exemple du slut-shaming. Le slut-shaming peut en effet prendre bien d’autres formes que de simplement estimer qu’une femme ne doit pas avoir de sexualité.

Je vais donc m’adresser beaucoup dans cet article à un personnage inventé de toutes pièces, mais représentatif: le gentil mec de gôche.

Toi. Oui, toi, là, le gentil mec de gôche, ouvert d’esprit et qui joue vaguement de la guitare, c’est à toi que je parle. Non, tu n’as pas le monopole du sexisme, loin de là. Pourquoi toi, alors? Parce que tu a beau te croire « ouvert » et « tolérant » et « pas sexiste pour un sou », ça m’agace. Parce que tu l’es, sexiste. Oh oui, peut-être un chouïa moins que les petits fachos du style JV.com, mais beaucoup plus que tu ne le crois. Et si je m’adresse à toi c’est parce que ton sexisme avance masqué derrière des discours, dissimulé à chaque coin de mot.

Toi qui n’a rien à dire sur ce que les femmes font de leur corps, « mais »… Toi qui t’imagine qu’une fille qui veut coucher avec toi veut forcément que sois son petit ami… Toi qui va laisser échapper un terme du genre « fille facile »… Toi qui est tellement pas sexiste du tout que si tu penses que ton ex est une grosse salope parce qu’elle t’a quittée ou qu’elle a osé refaire sa vie, ça ne peut qu’être vrai. Les filles bien ne larguent pas les mecs. Pas toi en tous cas, qui est si gentil.

C’est toi le genre de gars qui va fièrement décréter que les femmes font ce qu’elles veulent de leur corps, mais… Lire la suite

Pourquoi je ne suis pas pro-sexe

D’un côté y a les pro-sexe, de l’autre des gens qui ne se diront jamais anti-sexe.
Un jour, alors qu’on parlait de la prostitution, une amie m’a dit: « je suis pro-sexe ».
« Mais moi aussi je suis pro-sexe », ai-je pensé. Qui songerait à être anti-sexe? Seulement, la prostitution, c’est du sexe pour les clients. Pour les prostituées, c’est un peu plus compliqué. C’est à elles de le dire, mais j’ai l’impression que c’est avant tout du travail. Et que ça concerne surtout la sexualité des clients.

Mais pourtant j’ai pensé: mais moi aussi, je suis pro-sexe. Le sexe, je suis même hyper trop pour. Personne ne se dirait anti-sexe, après tout. Le sexe, c’est cool, tout le monde aime le sexe.

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où je pense que la sexualité de chacun devrait lui appartenir, donc ok on devrait avoir le droit de vendre un service sexuel, mais aussi on devrait avoir le droit de ne pas le faire, et ça c’est compliqué dans un monde régi par l’argent. Et si on a le droit de l’acheter, on a peut-être aussi l’obligation de le vendre, non?

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où j’aimerais que le sexe soit libre, le consentement éclairé, loin des contraintes qui toujours poussent les femmes (en particulier) à faire du sexe sans désir, juste parce qu’il faut manger ou juste parce qu’il faut « sauver son couple », pour sauver son couple il faut s’allonger, pour sauver son couple il faut sucer, c’est écrit dans Elle. Et sauver son couple, c’est une question de survie. Je suis pro-sexe parce que je voudrais que le sexe soit libéré de toutes ces contraintes et soit autre chose que quelque chose qu’une femme donne à un homme en échange de conversation, d’argent, de sécurité affective, de mariage, de cadeaux, de lessive ou de vaisselle. Je voudrais que le sexe soit pour le sexe, qu’on fasse l’amour pour les raisons qu’on veut, mais que ces raisons ne soient pas des contraintes, ne soient pas des pressions, des injonctions.
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Du sexe sans désir

J’ai conclu « Quand séduire devient faire céder » par une question très simple: pourquoi certains hommes veulent absolument obtenir du sexe de personnes qui ne les désirent pas?

Je voudrais revenir brièvement là-dessus. Ceci n’est pas vraiment un article à part entière, juste une mise au point. Par cette question, je voulais mettre en lumière l’absurdité du comportement de certains hommes. Or, ça n’a pas vraiment marché puisque beaucoup de gens sont partis d’une mauvaise base pour comprendre la question. Ainsi, beaucoup de gens ont répondu totalement à côté de la plaque. Je vais revenir dessus parce que c’est un très bon exemple de comment une question peut être mal interprétée et comprise (et donc vouée à ne jamais recevoir la moindre trace de réponse), et c’est aussi une illustration de certains aspects de la rape culture.

Non, quand je demande « pourquoi veux-tu du sexe d’une personne qui ne te désire pas », « parce que personne ne me désire » n’est pas une réponse. Cela ne répond pas à la question. Je vais continuer à vous demander: Mais POURQUOI veux-tu du sexe d’une personne qui ne te désire pas?

Il y aurait plein de choses à dire d’ailleurs sur ce « mais personne ne me désire bouhou ouin » (Male Tears à la clé). Je pense qu’en réalité les choses ne sont pas si simples. Mais ce n’est pas le sujet ici. Ce que je veux dire avant tout c’est que ça ne répond pas à la question. Lire la suite

Poire le violeur : quand « séduire » devient « faire céder »

Céder n’est pas consentir.
Nicole Claude-Mathieu

Apprendre à séduire, quelle brillante idée.

Vous vous souvenez? J’avais parlé de Poire, le nice guy, le pauvre mec qui n’avait pas confiance en lui, qui voulait séduire mais qui ne savait pas faire, qui se plantait lamentablement, et qui accumulait la frustration et la rancœur jusqu’à haïr l’objet de son désir.

Ha les femmes, toutes des salopes. Veulent même pas sortir avec moi. Non mais j’vous jure.

Et puis il avait reçu des conseils, à droite, à gauche, il avait lu, il s’était dit: maintenant je n’ai plus envie d’être un loser. Maintenant je vais séduire, je vais être comme tous ces mecs qui ont des femmes. (Car Poire confond avoir et être, ou du moins il s’imagine qu’avoir est la clé du bonheur. Pauvre petit gars).

Poire devint Poire le player.

Et puis…

Voilà.

Comment un petit mec timide devient un agresseur sexuel? Lire la suite