Les victimes coupables, ou Yaka et Yakapa au dur pays de la réalité

Après un petit résumé des croyances sur le viol, j’aimerais me pencher sur un aspect particulier de ces croyances, qui est très présent dans les discours aussitôt qu’on parle de viol. Il s’agit de la responsabilité des victimes. Mais pourquoi cette responsabilité? Comment s’exprime-t-elle dans les discours? Que font les victimes qu’il ne faudrait pas faire? Débuts de réponses.

1/ La responsabilité des victimes, ou comment ne pas se faire violer

Commençons par noter cette subtilité grammaticale : on dit plutôt « elle a été cambriolée » ou « elle a été assassinée ». Or, on dit généralement « elle s’est faite violer »… On devrait dire en toute logique « elle a été violée » si l’on considère qu’elle n’a rien fait pour cela. On peut se faire baiser, on peut se faire sucer, on peut se faire sodomiser, mais on ne peut pas se faire violer. On est violé.
Hé oui, ça parait insignifiant, mais dire, par exemple, « l’enfant s’est fait mordre » n’est pas exactement la même chose que « l’enfant a été mordu » ! Dans le premier cas, on imagine plus volontiers que le bambin a eu la mauvaise idée d’aller emmerder un chien patibulaire ou mettre son doigt dans la cage du perroquet; dans le second cas, il semble qu’il n’ait rien fait de spécial, que ce soit la faute à pas de bol.

C’est subtil, me direz-vous. Mais le fait est que, si la responsabilité des viols et agressions sexuelles (et également des violences conjugales, par exemple) est mise sur le dos des femmes, c’est rarement affirmé sans complexe, souvent suggéré de façon détournée. Et c’est parfois assez subtil.
J’ai cité dernièrement cet article de Crêpe Georgette à propos de la peur irrationnelle du viol inculquée aux femmes. Dans les commentaires, très nombreux, on peut souvent lire un glissement vers la responsabilité des femmes en matière de viol. Pour résumer, « il faut bien prévenir les femmes, sinon elles vont se faire violer ». Et d’expliquer comment on fait pour ne pas se faire violer – sous entendu, comment on ne fait pas pour se faire violer…

Tarquin et Lucrèce par Titien

Représentation du viol de Lucrèce par Tarquien. Titien, vers 1568-1571

Florilège:

« Honnêtement je trouve ce sujet assez réac, dans le sens où je suis une fille, et je ne me suis jamais laissé faire par un mec qui a pu aller trop loin avec moi (j’entend par là les mains au cul dans les transport en commun, les commentaires sur ma personne, etc), et j’ai toujours réussi à me faire respecter. Donc peut être qu’il serait temps de s’affirmer? »

Il suffit donc de se faire respecter pour ne pas être violée? Autant dire que le viol n’existe pas.

« Je pense qu’avant de changer le monde entier, la solution revient à se changer sois même en se posant les bonnes questions. Penser qu’on est une victime (avoir peur, guetter) revient à agir comme tel et ceci attire tout les blaireaux. (…)Donc pour résumer, soyez fortes tout le temps, ne vous plombez pas de doutes, ne vous construisez pas comme des victimes. Vous êtes comme tout le monde libres d’évoluer et de ne pas vous faire pourrir la vie par le premier crétin venu, OU PAR VOUS MEMES, prenez cette liberté avec force et personne ne pourra vous la refuser.

Le pire c’est que ce n’est pas dit d’une façon méchante ni accusatrice, mais ça veut quand même un peu dire « les filles, ne vous faites pas violer, si vous vous conduisez de telle ou telle manière vous ne serez jamais violée ».

Imaginez-vous que vous tombez sur une forum ou un blog de geeks qui se pleignent des multiples remarques, arachages de caleçons, tête dans la cuvette etc.
Ces mêmes geeks pourraient légitimement se dire que ce n’est pas leur faute et que le monde est pourri.
Le problème change de variables, mais au final il reste le même, mais comment voyez-vous le problème une fois celui-ci déplacé ?

Mmmmh… Remplaçons « geek » par « femme ». Voilà ce que ça donne:

Imaginez-vous que vous tombez sur une forum ou un blog de femmes qui se pleignent des multiples remarques, arrachages de soutien-gorge, fellation forcée, etc. Ces mêmes femmes pourraient légitimement se dire que ce n’est pas leur faute et que le monde est pourri.

No comment. Si, en fait c’est tellement horrible que ça me fait marrer. Mais vraiment.

Plus loin, une femme remarque:

Je crois qu’ici vous touchez un point crucial qui est le respect de soi-même. Quelle femme ayant un minimum de respect pour elle-même adopte une position farfelue dans le métro pour éviter une supposée agression ? Commencez par vous respecter vous même et on vous respectera.

Ha ben alors y a pas de problème ! Pourquoi on s’emmerde avec ces histoires de viol, c’est si facile de ne pas se faire violer.

Hé oui, c’est tellement facile, en fait, de ne pas se faire violer ! Un certain Resh nous conseille :

Déjà éviter de se retrouver seule avec un ou des mecs qu’on ne connait pas ou peu.

Ha ben oui, suis-je sotte. Evidemment, ça ne m’arrive JAMAIS de me retrouver seule avec des mecs que je ne connais pas ou peu. Je veux dire, qui rencontre des inconnus au cours de sa vie? Ha oui, tout le monde. Ben après faut pas se plaindre, hein, faut « assumer ». Détail amusant, le même précise plus loin:

Ah mais je n’ai jamais dis qu’il ne fallait pas se méfier aussi des gens qu’on connait…

Et de soutenir ensuite que non non, on enferme pas du tout les femmes dans la peur, la preuve c’est qu’on voit des femmes dans la rue. Tant qu’y a des femmes dans la rue la nuit, tout va bien alors ! Problème, selon lui se promener la nuit c’est apparemment prendre le risque d’être violée… Difficile de trouver une cohérence au propos. Mais on ne nous en veut pas de « prendre le risque » d’être violées en fréquentant des gens qu’on connait ou des gens qu’on connait pas: l’important, c’est d’assumer.

On a le droit d’être timide, oui, comme on a le droit d’être un connard alors.
Quand on prend un droit il faut en assumer les conséquences : se faire marcher dessus par les connards quand on est faible. Comme les connards assumerons une vie de frustration et de rapports de force, quoi qu’il arrive on subit la conséquence de ses actes.

On a donc le droit, nous les femmes, de sortir seule la nuit, mais faut « assumer ». Que faut-il comprendre?

A noter que ces les généreux dispensateurs de conseils anti-viol ne manquent pas de blâmer également les agresseurs, et ce faisant ils croient être du côté des victimes. Mais, sans même s’en rendre compte, ils mettent les victimes presque au même niveau de responsabilité que les agresseurs, comme si un viol était quelque chose qui se faisait à deux. En gros le discours c’est « oui le viol c’est terrible, aussi voilà comment ne pas se faire violer ».  Comment leur expliquer que parfois, les femmes n’ont aucun autre choix que d’être violées?

Juste pour rigoler, voici le commentaire d’un certain Mickaël Rousseau, qui lui, n’hésite pas à affirmer clairement, d’un air docte:

Je ne comprends pas bien votre point de vue. La gent masculine devrait davantage violer ? Ou bien on devrait arrêter de psychoter autour du viol ? Vous vous contredisez dans vos commentaires. D’autant plus que dans la majorité des cas, le viol est mérité, voire même demandé par la « victime » qui ne se pose ainsi que pour traîner le pauvre bougre devant le tribunal et réclamer des dommages et intérêts.

Merci Mickaël, grâce à toi on sait que les femmes sont toutes des PUTE MITO. Apparemment, la subtilité n’est pas à la portée de tout un chacun; pour rassurer celles et ceux qui seraient au bord de la syncope en lisant ça, rappelons tout de même que cette personne est célèbre sur le web pour sa connerie monumentale, dont la misogynie n’est qu’un des très nombreux symptômes*.

Enfin, peu subtil également, un certain « j’ai bien ri » se gausse:

Si tu veux pas qu’on te fasse des frottis dans le métro, il suffit de ne pas se coller aux dégénérés qui ont la gueule pour l’emploi.

Que ferait-on sans ces précieux conseils anti-viol…

Mais pour autant, on aurait tort de croire que les cons ont le monopole des croyances sur le viol. Pour signaler à quel point ces mythes sont prégnants dans la société, notons que cela arrive même dans les milieux féministes et pro-féministes. Daniel Welzer-lang évolué déjà dans les milieux féministes et travaillait sur la construction de la masculinité dans une optique antisexiste, lorsqu’il se heurta à ses propres croyances au sujet du viol.

« En 1986, mon amie de l’époque me téléphone un jour et me dit qu’elle vient d’être violée, en remontant chez elle. C’était une militante féministe, qui pratiquait le Taïchichuan, elle m’annonce ça et je ne comprends rien. Je ne comprends pas comment elle, qui sait se défendre, a été violée quand même. On discute beaucoup, on parle des heures et des heures, et je me rends compte que d’une certaine manière je lui fais porter une responsabilité dans le viol qu’elle a subi. Et comme j’étais toujours dans un groupe d’hommes à Lyon, on a commencé à en parler entre nous – ma copine était connue de tous. Je commence à parler de mes réactions, qui m’étonnaient quand même, et on s’est rendu compte dans le groupe que c’était un peu général : on avait tous la même position, on était tous d’accord pour se battre contre le viol des femmes, mais quand même il y avait des moments où on se demandait : pourquoi ça leur arrive ? D’une manière ou d’une autre, on avait tendance à penser – pas aussi directement, je grossis un peu le trait – qu’il y avait peut-être quelque chose de l’ordre de la provocation de la part des femmes, pour certains viols. » (1)

Bien sur, cette croyance est très présente dans la presse. Je cite ici un passage du 5ème article de « sexisme et sciences humaines » consacré aux mythes sur le viol, qui porte sur leur présente dans les médias.« A peu près 65% (102) [des articles de presse analysés dans une étude] colportaient au moins un mythe sur le viol, elle ment étant le mythe le plus répandu (présent dans 42% des articles). Elle en avait envie (de la relation sexuelle violente) était le mythe qui arrivait en deuxième position (dans 31% des articles). »

2/ Mais au fait, pourquoi les femmes chercheraient-elles à être violées?

Je me suis demandée pourquoi faire porter la responsabilité aux victimes. Est-ce parce que l’idée d’un viol est trop horrible pour que les gens regardent la réalité en face? Peut-être en partie. Mais je pense surtout que cette croyance trouve ses fondements dans notre vision de la sexualité.

Tout simplement, on dépeint la sexualité masculine comme active, agressive, envahissante; on montre, à l’inverse, la sexualité féminine comme quelque chose de passif. La séduction féminine est supposée être passive, il suffit de mettre un décolleté et d’attendre. Mais encore une fois, le système viriarcal se heurte à un problème de logique: séduire, c’est faire quelque chose… C’est vouloir  quelque chose, et agir en conséquence.  Alors comment séduire passivement? On en arrive à des absurdités absolument risibles, comme le fait de condamner le « racolage passif ». Comment définir le racolage passif, comme le punir, puique celui ou celle qui racole passivement… ne fait rien du tout?

Les femmes font donc quelque chose, même quand elles ne font rien. Parce qu’elles sont passives. Notons que je pourrais disgresser un peu sur l’inhibition de la sexualité des femmes, qui les enferme dans des rôles passifs notamment en matière de séduction et de sexualité, mais ça me ferait sortir de mon propos. Notons simplement que cette inhibition, ce n’est pas seulement rendre les femmes passives; c’est aussi les faire passer, d’une certaine façon, pour des êtres asexués. Dans une optique sexiste, la femme n’est pas le sujet du désir, elle en est seulement l’objet. Elle est donc un être pur, angélique, en danger d’être salie par la sexualité masculine, invasive, étrangère, agressive…

Vous voyez ou je veux en venir? La sexualité « normale », telle que décrite dans les médias, telle qu’encouragée par l’éducation genrée, se rapproche du viol. Elle n’est pas le viol, mais elle a quelque chose du viol, dans l’imaginaire collectif. C’est d’ailleurs pourquoi le viol a malheureusement une image si glamour, presque romantique en fait…

Publicité avec viol

Un exemple de représentation glamour du viol dans l'espace public.

Quoi de plus étonnant, au final, que les gens s’imaginent que le viol est un acte sexuel « normal »? Puisque pour eux, le sexe, c’est la femme qui allume discrètement l’homme, sans le vouloir vraiment (puisqu’elle n’a pas vraiment de libido, la pauvre petite chose, seulement l’envie un peu perverse – car déplacée – de déclencher l’appétit sexuel d’autrui), la femme qui opère activement des stratagèmes passifs (porter un décolleté, s’asseoir comme ci ou comme ça) pour pousser l’homme à agir.

C’est pourquoi, dans mon résumé des mythes sur le viol, j’ai mis en 1) « le viol est une agression sexuée » contre « le viol est un acte sexuel ». Cela me parait un point très important, puisque, si les gens font porter la responsabilité aux victimes, c’est qu’ils s’imaginent que ça fait partie de sa sexualité à elle, que la sexualité « normale » pour une femme, c’est d’être prise par un homme, d’être « un peu violée ». Or, un viol, puisqu’il est non consenti, n’a pas de rapport avec la sexualité de la victime, et ne relève que de la sexualité de l’agresseur.

Je reviens sur le texte de Daniel Wezler-Lang. Voici la suite de l’extrait que j’ai cité ci-dessus (ou l’auteur racontait qu’il s’était heurté à ses propres croyances sur le viol):

« Quand les groupes non-mixtes marchent bien, c’est-à-dire quand les gens arrivent à parler d’eux – et naturellement je parle ici des groupes d’hommes – qu’ils ne sont pas terrorisés par n’importe qui, on trouve des choses surprenantes. Par exemple, on s’est rendu compte que nous, hommes cools, gentils, « différents », quand nous faisions l’amour avec nos copines, nous avions quand même des trucs assez communs dans la tête, et notamment un de ces trucs c’était qu’on avait l’impression de forcer quelque chose. Il y avait une part d’érotisation qui émanait du fait de prendre quelque chose, ce qu’on pourrait rapprocher de l’appropriation, de la domination, et, en travaillant un minimum on se rend compte qu’il y a un rapport avec le viol. Cela ne veut pas dire qu’on était des violeurs. Je veux dire que dans le cinéma qu’on se faisait tous quand on faisait l’amour avec nos copines, il y avait quelque chose qui avait rapport au viol. » (1)

Sortir des mythes sur le viol, ne serait-ce pas, dans un premier temps, sans aller jusqu’à imaginer une sexualité alternative, prendre conscience que notre vision de la sexualité, et jusqu’à notre sexualité elle-même, sont fortement influencées par notre éducation sexiste?

3/ Quelques mots sur les conséquences

A lire les citations ci-dessus, qui conseillent gentiment les femmes pour leur éviter d’être violées, on peut déjà avoir une idée des conséquences du viol. La victime est niée, voir même accusée d’avoir fait quelque chose de mal. Elle va être traitée de menteuse, parce qu’elle dit avoir été violée alors qu’en fait, on imagine qu’elle a simplement eu une relation sexuelle avec un gars un peu brutal, mais quelle importance puisqu’elle le voulait?

depressionPour les autres femmes, et c’est justement ce que voulait dénoncer Valérie du blog Crêpe Georgette, c’est la peur, la restriction de la liberté. Ne pas s’habiller comme-ci, ne pas marcher comme ça, ne pas sortir à telle heure, à tel endroit, ne pas fréquenter d’inconnus, ne pas porter de jupes au collège… Ne jamais, d’une façon ou d’une autre, prendre le risque, car si l’on prend le risque, c’est qu’on l’a voulu d’une façon ou d’une autre.

Cela restreint énormément la liberté, car les femmes n’ayant aucun moyen d’exprimer clairement leur désir sexuel tout en restant dans la norme, on va supposer qu’elles expriment un désir sexuel quand elles font des choses aussi banales que porter une jupe (à noter que le port du pantalon est illégal en France pour les femmes, à moins de faire du vélo ou du cheval).

Les gens qui dispensent généreusement leurs conseils anti-viol n’ont pas l’air de réaliser ce que cela implique que de parler de règles de prudence en matière de viol. Ainsi, l’un d’eux fait remarquer: « je me demande aussi, dans les cas de viols en intérieur, quel est le pourcentage de cas où les victimes sont entrées librement chez le violeur ou l’ont laisser entre librement chez elles. »

Une femme entre chez un inconnu, on dira qu’elle a manqué de prudence, pire, qu’elle était déjà plus ou moins d’accord pour coucher avec lui, et que donc il ne l’a pas vraiment violée. Là ou c’est absolument terrible, c’est que ça signifie que quand une femme entre chez un homme, alors elle doit être disponible sexuellement pour lui. Sinon, on l’accusera soit d’avoir voulu être violée, soit de mentir en prétendant l’avoir été. L’agression ne sera donc pas reconnue comme telle.

Cela encourage aussi énormément le viol. Dans la tête de l’homme, « elle est venue chez moi » signifie un début de consentement. Et comme lafâme ne consent jamais tout à fait à être baisée, autant dire que pour certains, on ne peut pas parler de viol si une femme est entrée chez un homme.

Les femmes sont donc disponibles sexuellement pour tous les hommes chez qui elles se rendent de leur plein gré, pour tous les hommes qui entrent chez elles, pour leur copain, pour leur mari… Croyez-le ou non, ça m’est déjà arrivé de rentrer chez un homme sans désirer coucher avec lui. J’ai déjà laissé entrer des hommes chez moi sans avoir envie de coucher avec eux. Je me suis déjà promenée la nuit dans la rue habillée de façon sexy sans avoir envie de coucher avec qui que ce soit. J’ai déjà été en couple, j’ai déjà dormi avec mon copain sans vouloir coucher avec lui. J’ai même un jour dormi avec un parfait inconnu rencontré en boîte, dans mon propre lit (un lit à une place) et je n’avais pas envie de coucher avec lui, donc nous n’avons pas couché ensemble. Je réalise aujourd’hui que j’ai eu de la chance que ce soit quelqu’un qui ne croie pas à toutes ces foutaises sur les prétendues envies secrètes des femmes, car s’il m’avait violée je n’aurais pas eu le droit de me plaindre.

Mais je revendique le droit de dormir avec qui je veux, dans la tenue que je veux; je revendique même le droit d’initier une interaction sexuelle avec quelqu’un et de l’interrompre si finalement je n’ai pas envie d’aller plus loin. Je pense surtout que les hommes ne sont pas des crétins insensibles totalement dirigés par leurs hormones et esclaves de leurs pulsions. Je pense que les hommes peuvent parfaitement se passer d’un rapport sexuel ou l’interrompre sans que ce soit le drame de leur vie.

70% des femmes jouissent « rarement ou jamais » au cours d’un rapport sexuel, et ça n’a pas l’air de les rendre complètement folles. Et on veut nous faire croire que les hommes, eux, ne pourraient pas se retenir d’avoir un rapport sexuel avec éjaculation s’ils sont excités d’une façon ou d’une autre? Foutaises.

cerveau homme

Que c'est drôle.

4/ Quelques mots sur les incompréhenions entre hommes et femmes

A propos du prétendu désir de viol des victimes, il me semble qu’il y a aussi un problème de culture des genres et de communication.

Les hommes ont tendance à imaginer que les femmes essaient de les « allumer » même quand elles ne font rien. J’ai souvent été assez surprise d’entendre de la part d’hommes parfaitement équilibrés, des propos tels que « cette façon de danser, ça veut dire baise-moi », ou « cette façon de s’habiller, ça veut dire qu’elle a envie de se faire baiser ». Je regardais la femme en question, et à chaque fois je disais « mais pas du tout ! tu as trop d’imagination ! » Pourtant les hommes étaient toujours d’accord entre eux.

On pourra suggérer que je suis un peu naïve… Mais si moi, femme, je ne comprends pas ce que veut dire une autre femme quand elle porte une mini-jupe ou quand elle danse de telle ou telle façon, alors il est hautement probable que moi-même je suscite les mêmes réactions, sans me douter de rien. Car il peut très bien m’arriver de porter une mini-jupe et de danser sensuellement (enfin… si je savais danser). Et du coup, je sais maintenant que ça pourrait être interprété comme « baise-moi ».

Une fois j’ai eu envie de dire « mais arrête un peu avec tes histoires, si elle avait envie de dire « baise-moi », tu crois pas qu’elle te le dirait plutôt que de faire des trucs qui n’ont rien à voir? » Mais je n’ai rien dit parce que ce n’est pas entièrement vrai. On en revient à l’inhibition de la sexualité des femmes. Les femmes n’ont pas le droit de baiser un mec, ni de lui demander directement de les baiser (certaines le font, mais ça ne correspond pas aux normes de genre). On imagine donc qu’il existe une sorte de langage secret de la femme: si elle danse comme-ci ou s’habille comme-ça, alors c’est qu’elle a envie de sexe. Le problème, c’est qu’il peut effectivement arriver qu’une femme ayant envie de se taper un mec ne trouve rien d’autre à faire que de s’habiller ou danser de façon suggestive… Les hommes finissent donc par enregistrer « si elle s’habille comme ça, c’est qu’elle a envie ». Mais la vérité c’est qu’une femme ayant envie de sexe ne fait rien. L’homme, lui, a besoin de savoir si une femme a envie de sexe ou non, il se rabat donc sur des éléments imprécis et flous comme la tenue, le regard, la façon de se déplacer… C’est un jeu dangereux.

Ainsi on en arrive à un paradoxe: en inhibant la sexualité de la femme, on la transforme en proie, en objet sexuel disponible pour qui-n’en-veut. Ne pouvant pas exprimer clairement sa sexualité, elle devient sexuelle en permanence ! C’est une exemple de la façon dont le puritanisme mène à l’hyper-sexualité, et à la frustration des hommes comme des femmes.

5/ Le pouvoir de la norme: rendre acceptable n’importe quoi

Pour conclure, je me permettrai un parallèle avec les droits des animaux. Il y a quelques jours, un ami que je connais peu (oui, je fréquente des hommes que je connais peu, dingue non?) m’explique pourquoi il mange de la viande (en fait, le pire danger avec les gens que vous connaissez peu, c’est pas qu’ils vous violent, mais qu’ils vous expliquent pourquoi ils mangent de la viande). Par politesse, et aussi parce que je pense qu’il avait besoin de me dire ça pour des raisons à lui, je l’ai écouté.

Je l’ai écouté m’expliquer que c’est un contrat. On nourrit les animaux, et en échange, ils nous donnent leur lait, leur viande. J’ai eu beau essayer de lui expliquer que les animaux ne nous donnent rien (on leur prend, de gré ou de force), qu’ils n’ont rien signé, rien accepté; que si un animal entre dans un abattoir c’est qu’il n’a aucun autre choix, que quand on égorge un animal cela n’arrive que parce qu’on ne lui laisse aucun autre choix que d’être égorgé, qu’on veille soigneusement, quand on tue un animal, à ce qu’il n’ait aucun moyen de s’échapper; j’ai bien senti que cette réalité ne l’atteignait pas. Pour lui, et pour de nombreuses personnes qui consomment des produits animaux, les animaux sont consentants. La preuve, c’est qu’ils acceptent, en apparence, leur part du contrat, la cohabitation avec les humains… Le fait que les animaux reçoivent des soins quand ils sont malades, le fait qu’ils naissent, grandissent en captivité, tout ça est perçu comme un ensemble de signaux de consentement, consentement qu’ils ne pourraient donner de vive voix puisqu’ils ne parlent pas notre langage. Mais qu’on suppose, de façon fort pratique, qu’ils donnent passivement.

Comment ne pas y voir un parallèle avec le viol?

Tous les jours des animaux sont maltraités et tués, et des femmes sont violées. C’est une réalité qui est très dure à comprendre, qu’on aimerait bien ne pas comprendre, mais cela n’arrive que parce qu’illes n’ont aucun autre choix. C’est terrible car cela ouvre la porte à une empathie pour ces victimes qui ne peuvent que subir, empathie impossible  quand on imagine que les victimes sont consentantes (inutile d’essayer de me mettre à sa place, puisque moi je ne souhaite pas être maltraité-e). Mais, puisque cela arrive tous les jours, puisque tous les jours les femmes sont victimes de sexisme et les animaux de spécisme, puisque le monde marche comme ça, on imagine donc que ce n’est pas si terrible. Les femmes sont un peu faites pour être violées, les poulets sont un peu faits pour être égorgés, ça ne doit pas les déranger comme ça dérangerait un homme(2). Ca ne doit pas être si terrible que ça le serait pour ceux qui ne sont pas faits pour ça, c’est à dire ceux à qui, normalement, ça n’arrive pas.

On peut faire des parallèles avec d’autres formes d’oppression. Un jour, à bord du navire qui le conduisait dans les Galapagòs, Darwin se fâcha avec le capitaine. Celui-ci déclarait que des esclaves avaient affirmé  qu’être esclaves ne leur posait pas de problème. C’était une époque où l’esclavage des Noirs était considéré par la majorité de la population comme sain et normal. Darwin osa simplement suggérer qu’une telle affirmation n’a pas vraiment de valeur quand elle est proférée en présence des maîtres, ce qui lui valu de ne plus être invité à la table du capitaine ! Hé oui, certaines formes d’oppression évoluent, on oserait plus affirmer de nos jours que les esclaves sont consentants pour être exploités. Mais tous les systèmes d’oppressions fonctionnent de façon similaire.

(1) Daniel Welzer-Lang, L’utilité du viol chez les hommes. Je vous conseille de lire le texte en entier, qui est très intéressant et qu’on peut trouver gratuitement en pdf sur internet.

(2) En réalité les hommes sont également victimes de viol, pas aussi souvent que les femmes mais assez régulièrement pour que ce soit mentionné. Les hommes victimes de viol sont ceux qui n’ont pas assez fait preuve de leurs qualités viriles au goût de leurs agresseurs.

* petit ajout: j’apprend que Mika n’est pas le véritable auteur de cette remarque, c’est décevant. Mais je laisse quand même comme ça, parce que ça ajoute une touche de rigolo, et après tout, bien que l’orthographe soit un peu trop soignée, cette pensée profonde est assez représentative de la philosophie du PROFET.

A lire aussi:
Les aventures de Yaka et Yakapa: petit guide anti-viol
Les violeurs
Viol: la faute à qui

67 réflexions au sujet de « Les victimes coupables, ou Yaka et Yakapa au dur pays de la réalité »

  1. Foucault avait proposé qu’on sorte le sexe du code pénal : il avait été mal compris puisqu’on l’avait soupconné de vouloir depenaliser le viol. il souhaitait simplement qu’on en donne une definition non sexuelle. le viol est un acte de domination, de violence n’ayant rien à voir de près ou de loin avec du sexe. je prends souvent l’exemple de la claque, qui est le même geste qu’une caresse. nul ne dirait qu’il s’agit d’une caresse violente. alors je pense qu’il faut créer une définition pénale qui ne dit pas que le viol c’est du sexe sous contrainte. cela n’est pas du sexe et cela n’a aucun rapport avec ; sinon on crée les confusions dont tu parles au dessus.

    • Je ne savais pas, merci pour l’info (à propos de la proposition de Foucault). C’est vrai que des fois c’est un peu absurde comment on distingue « viol » et « agression sexuelle » comme si pas de pénétration = pas de viol. Le problème c’est que c’est pas évident de définir objectivement le viol: le viol serait un acte sexué (au moins pour l’auteur, mais peut-être que, par exemple, frapper peut être sexué pour lui? comment savoir?) qui a pour but d’affirmer sa domination sur quelqu’un. Dur dur…

  2. Dans la loi, le viol est considéré comme tel lorsqu’il y a une pénétration. Mais cela peut être tout acte de pénétration, par un sexe, un doigt, un objet …
    S’il n’y a pas pénétration ce n’est pas considéré comme un viol.

  3. Je suis arrivée ici après avoir lu l’article de Crepe Georgette.
    Et je trouve votre analyse très fine. ça fait réfléchir.

  4. Certaines choses me paraissent évidentes mais quand on lit les commentaires que tu analyses on se rend compte que c’est loin d’être le cas. Dire qu’une femme est violée et non qu’elle s’est violée, ça change vraiment tout. Il est vraiment toujours utile (malheureusement) de remettre les choses à leur place et rappeler qui est coupable et qui est victime. J’ai eu un haut-le-coeur en voyant la pub de dolce et cabana, il y a eu des réactions suite à cette pub ?

  5. Salut Lauren!
    Merci bcp pour ta réflexion, qui m’apporte qqch. chose de profond. Tout ce que tu as écrit est super pertinent. J’ai été violée à 14 ans, niée, accusée, etc. alors je me retrouve bien dans ce que tu décris. Jai mis des annees a comprendre que j’étais la victime! J’ai alors recherché mon agresseur pour lui parler. Il pensait que j’avais été conscentente… (au coups? Insultes? Humiliations??)
    Une histoire banalement tragique. J’en ai fait un bouquin de reflexions sur les rapports H&F, d’ailleurs, et ton texte enrichira le mien. Je me suis souvent dit que la religion avait (depuis des lustres) instauré un patriarcat où la sexualité était réprimée (afin de contrôler les masses), et que ces tabous amenaient les gens à des déviances.
    Y’a un fossé entre garçon & fille que je n’ai jms compris (dès que des mecs sont en présence d’une fille ils changent d’attitude, sont timides, ne savent plus comment se comporter, etc…), je suis un peu garçon manqué et j’ai tjs choisi mes copains en fonction de leur naturel et de leur « entièreté » vis à vis de moi. Hors de question d’être vue dès le premier abord comme une « conquête possible ». Juste comme un autre être humain sympa.
    Je lutte contre ce sexisme au quotidien puisque même dans les dessins animés pour bébés le héros garçon est celui qui donne des fleurs à la fille, qui doit la séduire, ou jouer le fort pour la défendre (les bugs bunny & co c’est hyper sexiste finalement!!)
    Bref, merci, ton texte est cool et c’est grâce aux mentalités comme la tienne que le monde avance! T’es un héros ;-)

    • Merci pour ton témoignage. Je me retrouve un peu dans ce que tu dis vis-à-vis des amis masculins. Finalement il n’y a pas beaucoup de garçons avec qui une fille peut juste être amie, être soi-même, discuter. Beaucoup te voient comme une « autre » inquiétante (« OMG en plus elle parle » O_o), ou un partenaire de cul potentiel, ou la copine a bidule… horrible. Sinon oui les dessins animés sont sexistes, mais aussi les jouets, les livres, tout contribue à ce que les filles et les garçons grandissent dans des univers différents.

    • Je suis absolument d’accord avec ce qui est dit ici.
      Je n’ai pas grand chose à rajouter si ce n’est que dans toutes les grandes religions connues, la femme est toujours « un danger » pour l’homme. Car elle est considérée comme celle qui va faire dévier l’homme de sa route. Celle qui va lui faire commettre des pêchés. Alors elle est voilée, mise dans un gynécée, cachée des yeux des hommes. Alors que finalement lorsque l’on pose réellement la question, on les cache tout simplement parce que les hommes ne savent pas se contrôler. Lorsqu’ils voient une femme il y a toujours un aspect sexuel qui est envisagé.
      Le problème est bien éducatif et il remonte à bien longtemps.

      • C’est pas faux… Mais d’une façon générale, les gens sexistes ont toujours tendance à accuser les femmes de tout. C’est de leur faute si y a des viols, des avortements, si les gamins sont autistes ou débiles, si y a du chômage ou que sais-je encore…

        • D’un certain côté, les femmes reproduisent un schéma malgré elles en enseignant à leurs filles de ne pas provoquer le désir de l’homme, dès lors elles se sentent coupables du désir de l’homme. Les femmes s’insurgent que leur petit fiston ne soit pas un tombeur qui fait craquer toutes les filles…
          il y a un schéma qu’il faut casser, nous participons en tant que mère à ce système… c’est déplorable mais réel. Quant aux pères n’en parlons pas, le nombre de fois où je me suis fait traiter de « pute » parce que j’avais le malheur d’avoir un décolleté, fière d’arborer ma féminité naissante alors que j’étais vierge.

      • « les hommes ne savent pas se contrôler » : un autre mythe à propos du viol. C’est comme si tu disais « les femmes ne savent pas se servir d’une perceuse ».

        Quand on a appris aux femmes qu’elles en étaient incapables par nature, et qu’elles risquaient de se salir si elles essayaient, et qu’elles pouvaient facilement se dispenser de le faire puisque des hommes seraient toujours prêts à s’en charger, elles ont du mal à changer là-dessus.

        Elles sont néanmoins toujours parfaitement capables, 1. de réaliser qu’elles peuvent 2. d’apprendre/d’essayer 3. de le faire à volonté. La première étape étant la seule difficile.

        Ben pour ce qui est de « se retenir », pareil. Les hommes s’entendent dire qu’ils en sont incapables, que ça nuirait à leur image plus qu’autre chose, et qu’ils peuvent s’en dispenser. Du coup si ils ne font pas l’effort de remettre ça en cause, cette chose facile : ne pas agresser autrui, devient difficile.

        Mais dans les deux cas, la victime de son conditionnement de genre reste tout de même une personne, autonome, intelligente, capable, et surtout responsable. Un homme qui prétend que « c’est plus fort que lui » est aussi ridicule et malhonnête qu’une femme qui prétend que « c’est pas un truc pour elle ». Avec une différence notable entre ces deux exemples : les conséquences.

  6. Ping : Les aventures de Yaka et Yakapa | Les Questions Composent

  7. La remarque sur la posture à prendre dans le métro, me rappelle un passage d’une série japonaise…
    Des écolières discutent entre elles, et l’une d’elles dit qu’elle a trouvé la parade contre les attouchements sexuels dans les transports en commun, et montre une posture ridicule au possible (l’air quasi morte, et grimaces) qui ferait fuir les prédateurs sexuels…
    La posture m’avait fait bien rire à l’époque, mais met en perspective la peur d’être violée/agressée sexuellement bien présente dans la vie de tous les jours.

    • C’est assez terrible au japon, les femmes ont peur de se faire tripoter dans le métro mais c’est surtout que si ça leur arrive elles n’osent rien dire ! Je ne suis resté qu’une semaine au japon mais j’ai trouvé que c’était une société très très « genrée » (importante division des genres) pour ne pas dire sexiste. Après ce n’est peut-être pas comparable, je ne comprend pas tout de la culture japonaise.

  8. bravo pour cette analyse, j’ai l’impression de lire ce que je pense…

    (désolé, juste une petite remarque pas intéressante, au début :
    « on dit généralement « elle s’est faite violer »… »
    en effet c’est une erreur trop répandue, il faudrait dire « elle s’est fait violer », sans le « e » : le participe passé de faire est toujours invariable quand il est suivi d’un infinitif. voilà j’arrête d’être chiant)

    • C’est vrai que ca me semblait bizarre, merci pourla precision. par contre ton commentaire est alle dans les indesirables pour une raison que j’ignore et j’avais oublie de le valider.

  9. « elle s’est fait violer », sans le e !
    Bravo pour cette analyse, c’est toujours très agréable de te lire et ça fait du bien de lire des trucs intelligents…

  10. Wouaaa, je suis assez choquée des réactions de certaines. Comment peut-on dire ça.
    J’ai subi des attouchements, de la part de mon meilleur ami. Je n’ai rien fait de bizarre, j’ai un comportement normal, je ne l’ai pas « cherché ». Il m’a coincé et j’ai été pétrifiée.
    Donc non, on ne le cherche pas, ça nous arrive tout simplement. Et moi ce n’était « que » des attouchements, je dois m’estimer « heureuse, il y a pire » et « c’est aussi de ma faute car amitié fille garçon c’est trop ambiguë », ha oui et » je n’avais qu’à me défendre aussi », et « ce débardeur était trop décolleté aussi, c’était un appel ».
    Voilà ce qu’on m’a dit.
    Il m’a fallu beaucoup de temps pour me reconstruire. seule. je n’ai pas pu en parler, je ne pouvais pas me battre contre ceux là. Homme ou femme, jeune ou vieux, professionnels ou non, j’ai eu des réactions de ce style là.
    Donc oui, aujourd’hui je porte des jupes courtes, avec des décolletés, je sors, je rencontre des gens et je traine tout le temps avec des hommes, car on apprend des erreurs de son passé, oui c’est vrai, mais je n’avais fait aucune erreur, donc je n’ai pas à changer mon comportement pour quelque chose que je n’ai pas fait.

    • Le truc c’est que les gens vont jamais essayer de comprendre, d’écouter, d’être empathiques. Ils vont jamais s’imaginer dans les situations ou s’interroger sur les motivations des un-e-s et des autres. Donc on va dire « ha ben si elle a rien dit c’est qu’elle était d’accord ». Les femmes sont toujours soupçonnées d’être d’accord, dans le doute…
      Je crois qu’on se rend même pas compte à quel point notre liberté est restreinte, c’est dur d’en prendre conscience. Moi j’ai toujours essayé de vivre ma vie, mais je me rend compte récemment que la société a eu raison de certaines de mes libertés…

  11. La responsabilisation des personnes violées (« c’est leur faute, d’une façon ou d’une autre ») vient à mon avis du fait qu’on ne veut pas penser le viol pour soit ou pour un(e) proche. C’est plus confortable d’imaginer que ça n’arrive qu’aux autres, qu’à celles (et ceux) qui provoquent ce genre de situations.
    Sinon, on se met à penser que cela peut nous arriver à nous. Et ce n’est pas « entendable » pour de nombreuses personnes.
    Cela revient également à se pencher sur la façon dont on éduque les garçons et à remettre en question une société depuis toujours patriarcale.
    Sans parler de l’héritage judéo chrétien qui pèse lourd dans la balance quoi qu’on dise sur la laïcité toute fraiche dans notre pays.
    Enfin, ce traitement par le mépris et la culpabilisation du viol permet également de garder de faibles statistiques, par muselage implicite des victimes, et ainsi d’éviter un vrai questionnement sur les multiples violences sexuelles faites aux femmes (et aux hommes dans une moindre mesure).

  12. Il y a de ça, bien sur, mais pas que. Dans le cas d’un cambriolage, d’un meurtre, etc… On ne veut pas non plus penser qu’on peut en être victime, et pourtant, on ne met pas à ce point la faute sur le dos des victimes. Je pense qu’être victime de viol, dans l’esprit des gens, ce n’est pas seulement avoir subi une agression horrible, mais c’est aussi être coupable de quelque chose, d’une déviance, d’une trangression des règles etc… Le viol est une punition. Il est aussi perçu comme un acte sexuel touchant à la sexualité de la victime, comme s’il s’agissait de faire l’amour, donc si on ne veut vraiment pas, soi-disant, on ne « se fait » pas violer. Dans l’esprit des gens, le viol c’est pour les salopes, celles qui ont voulu même si elles ne l’ont pas dit clairement (d’ailleurs selon les normes puritano-viriarcales en vigueur, une femme ne dit jamais clairement si elle a envie de sexe, alors comment accorder du crédit à celles qui disent qu’elles ne voulaient pas). Comme tu le soulignes, c’est un gros problème d’éducation.

  13. Bonsoir !

    Il y a quelque chose qui me vient à l’esprit aussi et qui – à mon avis – pourrait expliquer en partie cette construction autour du viol : la religion. Enfin, les trois religions monothéistes surtout.

    Ces trois pourvoyeuses de misogynie qui ont dépensé tant d’énergie à déposséder les femmes de leurs corps pour en faire le jouet des hommes et dont le seul droit était de fermer leurs gueules : Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni à prendre de l’autorité sur l’homme mais elle doit demeurer dans le silence » Saint-Paul, Bible, Timothée, Livre I. C’était là le premier commandement de La Fâme : « Ta gueule, tu fermeras ». Bref, je digresse.

    Tu parles de l’inhibition du désir et de la sexualité des femmes dans nos sociétés ; c’est tout de même la Sainte Église qui a entamé, promu et largement répandu ce processus : nous n’étions à leurs yeux que de viles tentatrices descendantes d’Ève la fautive qui a séduit ce pauvre Adam. Des êtres à la solde de Satan qu’il faut réprimer comme il se doit. Ils ont encouragé et encouragent encore les hommes à disposer de nos corps comme eux l’entendent et je doute que le viol ne fasse pas partie de ce processus de contrôle de nos corps.

    De toute façon, le trio culpabilité-punition-pénitence sont des « valeurs » soutenues par la pensée judéo-chrétienne, alors partir du principe que l’on l’a bien mérité si l’on se fait violer entre tout à fait dans cette optique et régit notre société toute entière. Quand il nous arrive quelque chose, on l’a TOUJOURS cherché et le viol (surtout le viol et le vol) ne coupe pas à cette vision culpabilisante. « Qu’est-ce que tu as fait pour subir tel ou tel affront ? »

    De toute façon, je crois que le viol a et à toujours eu une sorte de fonction sociale : c’est une arme. Une arme contre la femme violée, évidemment, en premier lieu mais aussi une arme contre toutes les femmes dont on peut enlever certaines libertés en les en menaçant sans arrêt, parfois contre des peuples/ethnies (viols de guerre), contre une communauté (les viols de lesbiennes pour les « remettre dans le droit chemin »), contre la maladie (des gamines se font (faisaient ?) violer en Afrique du Sud à cause d’une superstition débile : « coucher » avec une vierge guérirait du SIDA et j’en passe probablement.

    Peut-être ai-je été un peu confuse mais je dors peu en ce moment et j’ai écrit comme ça me venait.

    Ça ne m’a pas empêché d’oublier d’évoquer les pornos qui montrent des femmes dire « non-non » avant de dire « oui-oui » quand elles se sont rendues compte que, quand même, rien ne vaut une b*** dans son vagin ! On en me fera jamais croire que ça n’a jamais eu aucune influence ! Mais j’imagine qu’une autre personne à dû l’évoquer.

    • Je vois la religion non pas comme une cause des problèmes qu’on décrit ici, mais plutôt comme un outil très efficace pour restreindre la liberté des femmes. Il y aurait peut-être sujet à débat. Mais en effet un certain christiannisme a longtemps opprimé les femmes, et traine encore ses relents autour de lafâme moderne.

      Tu parles du porno, c’est sans doute vrai mais pour moi le porno n’est qu’une toute petite partie de cette « culture du viol ». Dans la culture non pornographique et donc souvent accessible à tous, la femme qui dit non-non puis oui-oui est très répandue même si c’est souvent montré de façon moins évidente, plus pernicieuse.

    • « Qu’est-ce que tu as fait pour subir tel ou tel affront ? »

      Je suis un homme mais on m’a pourtant également sorti le même genre de remarque quand je me suis fais agressé à l’age de 18 ans en sortant seul d’un spectacle la nuit : « mais qu’est-ce que tu as fais pour qu’ils viennent t’agresser ? Et puis d’abord, qu’est-ce que t’as été foutre à aller voir seul un spectacle en pleine nuit au lieu d’y aller accompagné de plusieurs potes ? » et ce, non seulement de la part de mon entourage mais également de la police quand j’ai été porté plainte (dit d’une manière un peu plus diplomate certes, encore que, mais ça revenait au même).

      Donc voilà, je ne cherche pas à minimiser quoique ce soit concernant ce que peuvent endurer les femmes, mais simplement à nuancer en témoignant que ce genre de remarques, on doit aussi se les farcir quand on est un mec.

      • C’est absolument pas comparable et je trouve insultant et déplacé de faire une comparaison entre les réactions à une agression physique subie par un homme et les réactions à un viol. Le viol a une fonction sociale, il fait partie d’un fonctionnement de la société, et sa fonction est de restreindre la liberté des femmes (à s’habiller comme elles le veulent, à sortir). A peine 2% des viols sont suivis d’une condamnation de l’agresseur. Le viol est un crime sexiste qui a pour but de « remettre les femmes à leur place ». Les femmes passent leur temps à avoir peur d’être violées dès qu’elles mettent un pied dehors.
        Certes une agression c’est pas drôle et tu peux tomber sur des abrutis qui ne comprennent pas pourquoi on t’a agressé et ne comprennent pas ta souffrance, mais ce n’est pas un viol, ce n’est pas quelque chose dont on te menace depuis que tu es petit et une fois qu’il te tombe sur la gueule on te dit « on t’avait prévenu, si ça t’est arrivé c’est que tu l’as quand même un peu voulu et que tu es une salope ».
        Franchement si y a un truc qui m’énerve, c’est les hommes qui n’ont pas conscience que la condition des femmes est différente de la leur, et qui se croient quittes parce qu’ils souffrent aussi de la violence et du sexisme. Beaucoup de gens souffrent de la violence et presque tout le monde souffre du sexisme, mais je trouve insultant de ne pas reconnaître que la condition féminine cristallise des souffrances particulières et que les femmes ont un statut inférieur dans la société, auquel elles sont perpétuellement ramenées.

        • Je pense que dans ce commentaire, tu te trompes complètement de guerre et tu mets injustement ce garçon, qui n’a a priori rien à voir avec les attitudes que tu décries, au même rang que les grands culpabilisateurs, voir que les violeurs lui-même. Ce qui est peut-être un peu rapide.

          Pour bien commencer, en revanche : un grand merci pour ton article. Il est vraiment très intéressant, particulièrement autour des concepts de séduction passive et de la part de viol dans la sexualité classique et communément acceptée.

          Agression et viol ne sont pas comparables en terme de gravité, néanmoins le viol est aussi une agression et par conséquent il y a matière à discuter et à réfléchir. Cela n’enlève rien au fait que je considère le viol (masculin ou féminin) comme une des pires choses qui soit, au même niveau que toutes les autres formes de torture.
          En passant : j’habite(ais) les beaux quartiers et si, depuis tout petit la menace du racket, de l’agression, du viol aussi et de toutes les malveillances du monde a clairement pesé. Mes parents en ont toujours eu peur. La pression aurait été bien plus forte si j’étais une femme, mais tu ne peux pas tout expliquer par le machisme et la place de la femme dans la société. C’est d’ailleurs à mon sens ce qui rend le viol (notamment féminin) si terrible dans ses conséquences : il est à la croisée entre différentes normes sociales, en particulier toutes celles qui touchent à l’idée de souillure et de contamination et celles qui touchent à la place voulue-passive de la femme dans la société.

          Le mécanisme pointé ci-dessus, le fameux « tu l’as bien cherché », a une composante générale et une interprétation machiste… et dans sa composante générale, il se retrouve véritablement à tous les niveaux.
          Comme René Girard l’avait développé (La Violence et le Sacré), je pense que nos sociétés sont encore très marquées par l’idée mythologique (plus que biblique, privilège de l’ancienneté) de la souillure et de la corruption. Toutes les cultures rejettent l’assassin, mais aussi le malade et la victime. A différents niveaux bien sûr… rejet de tous ceux qui ont été touchés par la violence, par le mal : c’est une manière de protéger le groupe et donc de se protéger soi-même.
          Dire « Tu l’as bien cherché » n’est pas de la cruauté pure et simple. Dans le « Tu l’as bien cherché », il y a sous-entendu un ensemble de circonstances particulières qui font que, dans le contexte, « Tu l’as bien cherché ». L’idée n’est pas seulement d’isoler par incompréhension mais d’isoler pour mettre une distance entre les individus. Pour créer une séparation entre la victime et soi-même, pour pouvoir se dire : moi, je ne suis pas une victime. Moi ça ne peut pas m’arriver. Et ça n’arrive qu’aux autres. Aux victimes, vous l’avez compris.
          Hypocrisie et ironie, puisque personne ne nait victime, et personne n’est victime avant de l’être. Mais c’est un mécanisme de défense tout à fait efficace. La violence et la douleur ont toujours été considérées comme contagieuses (et, de fait, dans certaines circonstances elles le sont tout à fait). C’est une horrible mise en quarantaine, et une dégradation sociale. On éloigne le contaminé tout en s’assurant d’effacer toute preuve pouvant le relier à nous.

          Je reviens donc à ma petite introduction : je pense que tu te trompes de combat en réagissant de la sorte. D’une part l’homme n’est pas l’ennemi ; les normes sociales qui le sont. D’autre part faire croire que le viol est absolument unique et au-dessus de tout ne fait que le mystifier et le rendre plus incompréhensible, inaccessible… non pas pour les violeurs mais pour les victimes et surtout leur entourage. Comprendre n’est pourtant pas excuser, pour reprendre les paroles d’Hannah Arendt, et s’il ne faut jamais oublier les spécificités de ce fléau (mot volontairement mystique), il n’en demeure pas moins (et malheureusement) banal. Et il recoupe avec d’autres fléaux, souvent de moindre ampleur.
          Le refuser et rendre le viol et surtout ses victimes inaccessibles est malheureusement jouer le jeu de l’exclusion, et s’accrocher à un statut de paria par excellence. De paria parmi les parias certes… mais de paria quand même.

          Désolé pour la longueur du pavé, j’ai parfois du mal à condenser !

          Et encore merci à l’auteure pour cet article.
          (Commenter 1 an après ça fait bizarre, mais tant pis…)

  14. Merci, merci, et heu.. au fait, j’ai dit « merci » ? pour cet article réfléchi et bien écrit qui permet de vraiment mettre les points sur les « i » vis-à-vis de ce qui est malheureusement une croyance trop commune sur le désir féminin.

    Parce que moi aussi, ça peut m’arriver de dormir avec des potes, d’aller chez des mecs, de laisser des mecs entrer chez moi, de vouloir danser et m’habiller comme je veux, et tout ça sans vouloir coucher avec qui que ce soit ; et je constate effectivement et malheureusement que si certaines personnes sont assez humaines pour le comprendre et respecter mon désir (ou plutôt en l’occurrence mon non-désir), ce n’est pas le cas pour beaucoup qui interprètent à outrance. Et le danger de ces interprétations, c’est qu’on vient souvent à s’interroger sur soi et les motivations profondes de ses actes (et si, au fond, je mettais une mini-jupe pour attirer le chaland ?..), alors… encore merci pour avoir remis les pendules à l’heure, tu as été très claire :)

  15. Je découvre ton blog grâce à une de tes lectrices, Lilou.
    Sans dire amen à tout ce que tu écris (d’ailleurs ce serait être l’archétype de ce que tu rejettes que de m’approprier ta pensée !), j’aime ton franc-parler, et ton implication intellectuelle.

    Cet article sur le viol et les prétendus moyens de le prévenir me touche particulièrement.
    Je n’ai jamais été réellement victime d’agression (bizarrement il n’est pas arrivé à ses fins : est-ce lui qui a été trop faible, ou moi, petite chose fragile et naïve, qui ai été suffisamment forte ?…), mais, en couple depuis de longues années, je subis la sur-protection de mon compagnon. Oui, c’est un peu alambiqué comme problème, ça paraît assez éloigné de ton sujet… et pourtant ça repose sur une logique très simple, qui semble implacable aux yeux de mon cher et tendre, et qui commence sérieusement à me courir sur le haricot : je ne peux pas nouer de liens avec des hommes « inconnus » (sic) de lui sans qu’il n’en dorme plus la nuit.
    Eh oui, puisqu’il ne les connaît pas, il ne peut pas juger de leur fiabilité… « Tu comprends, j’ai confiance en toi, mais eux… enfin ce sont des hommes, quoi »… Trois possibilités :
    n°1 – soit il craint que je le trompe (il m’a juré que là n’est pas le problème, et sans vouloir me vanter encore heureux parce que je suis une sainte)
    n°2 – soit il craint que je ne résiste pas aux séductions perverses de ces mâles qui évidemment ne m’adressent jamais la parole que dans l’espoir de tirer un coup (alors là, c’est le pompon… en gros je suis une irresponsable, je subis totalement la volonté masculine, quels que soient son objet et son mode d’expression…en somme il faudrait rétablir l’ancien modèle social qui faisait passer la femme de la tutelle paternelle à la tutelle maritale, jusqu’à ce que, si elle a de la chance et de l’argent, elle se retrouve veuve et qu’on la laisse crever à peu près en paix)
    n°3 – soit il craint que je me fasse violer (les hommes seraient des bêtes incapables de gérer leurs hormones alors ? Bah c’est bizarre, nos amis masculins ne m’ont jamais sauté dessus, pourtant ils ne sont pas eunuques… bizarre, bizarre… ah, mais si, j’ai compris : c’est sa présence à lui qui impose le respect aux hormones mâles concurrentes ! Merci, ô valeureux chevalier qui préserve ma vertu, que deviendrais-je sans toi !)

    Nos discussions sur le sujet sont toujours extrêmement houleuses ; il omet la raison n°1 (et heureusement pour lui…), mais jongle entre la n°2 et la n°3 – selon mon agressivité, il assume plus ou moins le fait de me considérer comme responsable d’une éventuelle agression. J’essaie de lui répondre, mais sa logique est trop profondément ancrée pour qu’il m’entende :
    Raison n°2 : je suis un être doté de conscience, de raison, et de volonté (pourtant il le sait, je suis têtue comme une mule…). Ça fait des années que je suis fidèle, ce n’est pas parce que j’ai une conversation privée avec un homme que je vais me faire hypnotiser ou je ne sais quoi !
    Raison n°3 : j’ai plus de chances de me faire violer par un parfait inconnu dans la rue, dans le bus, à mon travail, à la fac, que par un type auquel j’aurais accordé ma confiance…

    En général, la dispute prend fin quand je lui demande ce qu’il préconise : que je ne sorte plus sans son accord, que je ne sois jamais seule, et que je soustraie aux regards licencieux de ses congénères ? Oui, en gros j’achète une burqa et je reste à la maison…
    Il n’a jamais su quoi répondre…

    • Je ne voudrais certainement pas donner raison à ton ami, mais en ce qui concerne ta réponse à la raison 3, statistiquement la plupart des viols sont le fait de personnes de l’entourage de la victime. Bien sur ce n’est qu’une statistique, ça ne s’applique qu’à l’échelle de la population et ça ne veut pas nécessairement dire que TOI tu as plus de chance d’être agressée par un connu que par un inconnu, ça dépend peut-être des contextes sociaux, je ne sais pas. Mais enfin ça fait réfléchir.
      De toutes façons, la privation de liberté est la conséquence du viol qui touche aussi les femmes qui ne se font pas agresser. Tu n’as pas le droit de vivre une vie sociale normale parce que tu es une femme (même si ton compagnon ne te le dira jamais en ces termes). La menace du viol pèse sur toi et te restreint dans ta liberté, ainsi s’il t’arrive quelque chose, on dira que tu l’as cherché… en exerçant ta liberté d’être humain. C’est un système très pervers.

      Donc je pense qu’il ne faut pas avoir peur (plus facile à dire qu’à faire) et exercer notre liberté du mieux qu’on peut.

      Peut-être que ton compagnon est jaloux mais qu’il ne veut pas l’admettre. Si c’est le cas ce n’est pas sa confiance en toi qui est en cause, mais en lui-même, la jalousie c’est avant tout une insécurité personnelle dont on rend les autres responsables. Demande-lui s’il interdit à toutes les femmes de son entourage (mère, soeurs, amies) de rencontrer des inconnus? Si non, alors il y a un problème de possessivité. A noter que dans la pensée machiste, on ne peut pas faire confiance à une femme, puisque l’on va considérer que la séduction (comme l’amour) n’est pas quelque chose qui se fait à deux, mais que l’homme fait à la femme. Donc il est possible que ton ami ait peur que tu le « trompes » non pas parce qu’il ne te fait pas confiance, mais par sexisme ordinaire; parce qu’il pense que si un homme viril te séduit, tu n’y peux rien ou presque…

      Bien sur, je ne peux pas te dire quoi faire. Personnellement je suis contre le principe même de couple… Mais quand même, dans la mesure où je peux donner un avis, je pense qu’il est important que tu exerces ta liberté le plus possible.

      • Pour la raison n°3, tu as raison, les statistiques me donnent tort. Pourtant comme toi je pense que cela ne vaut pas la peine de vivre l’échine courbée… Que ferait-on si on devait s’empêcher de vivre « au cas où » ? Si on réfléchissait ainsi, chacun d’entre nous n’aurait guère d’alternative au suicide, tout est tellement potentiellement dangereux ! et si je me faisais renverser, et si ma maison brûlait, et si mon chien m’égorgeait, et si j’avalais mon verre d’eau de travers… Je doute que les paranoïaques aient une espérance de vie très élevée…

        Ce midi je crois qu’on a atteint une sorte d’apothéose, s’en était presque beau : Monsieur m’a reproché… de ne pas avoir précisé « en couple » sur mon profil FB. Il est parti vexé parce qu’il n’a pas compris pourquoi j’étais devenue furieuse…
        Pourtant corrigez-moi si je me trompe, mais si je traduis, il m’a quand même dit que ça l’ennuyait que je ne sois pas étiquetée « réservée » – comme une table au resto ! il a raison, d’autres pourraient choisir de s’y installer…

        Bref, j’arrête de raconter ma vie, merci à toi pour ton analyse de tous ces sujets de société épineux qui touchent bien des gens d’une manière ou d’une autre, et merci de m’avoir répondu.
        Ça m’a soulagé de pouvoir écrire quelque part que, bien qu’étant quelqu’un de formidable sur de nombreux points, mon compagnon est un paranoïaque rétrograde et… castrateur !

  16. Bonjour,
    Merci pour ce patient décorticage. J’y retrouve mes propres analyses : ça fait du bien.
    Mon « Manifeste pour des hommes debout » t’intéressera sûrement, vu ta façon de penser. N’hésite pas à aller sur mon blog.
    Encore bravo et merci.
    Virginie

  17. Ping : Harcèlement de rue: qu’est-ce que ça veut dire? | Les Questions Composent

  18. Merci. Je me croyais coupable d’attirer la convoitise, je me demandais quoi changer pour que ça cesse, mais que je m’habille de façon soignée (et non pas « sexy ») ou pas, maquillée ou pas, les cheveux propres ou gras, j’ai toujours droit à « charmante, salut princesse, t’as un numéro, t’es trop belle, ça va, c’est votre chien » et tout le tralala. Il y a même un homme de ma rue qui me harcèle pour que je vienne à ses cours de salsa alors que ça fait trois fois que je lui dis non. Et justement, si je réponds de manière négative, ou même si je ne réponds pas du tout, sans même leur jeter un regard, la plupart du temps je me fais insulter. Je ne sais plus quoi faire. Si je ne dis rien, c’est mauvais, si je suis agressive, c’est mauvais. La seule « bonne » réponse serait « amen » et c’est révoltant. Grâce à toi je sais que je ne peux rien y faire et qu’on m’emmerdera toute ma vie!

    Pour en revenir à la question de la tenue vestimentaire, mon ex – qui soit dit en passant était assez violent – m’empêchait de mettre des robes trop courtes ainsi que des bas et porte-jarretelles car selon lui ça veut dire « j’ai envie de me faire baiser ». Impossible de lui faire entrer dans la tête que les bas sont parfois plus pratiques et moins contraignant que des collants. Maintenant je suis seule et je fais CE QUE JE VEUX. Et merde à tous ceux que ça dérange. C’est tout de même révoltant de se dire que le seul moyen qu’on aurait de se sentir protégée c’est d’ « appartenir » à un homme.

  19. J’ai tendance à être assez pointilleux sur l’emploi des mots et des tournures grammaticales et, misère, je ne m’étais jamais interrogé sur la subtilité pointée au début de l’article ! Je ne me laisserai plus aller à utiliser cette tournure là : bien que pour beaucoup les mots soient futiles, je suis persuadés qu’ils sont parmi les éléments qui fondent une culture et un mode de pensée général.

    Sinon j’ai lu :

    « Finalement il n’y a pas beaucoup de garçons avec qui une fille peut juste être amie, être soi-même, discuter. Beaucoup te voient comme une « autre » inquiétante (« OMG en plus elle parle » O_o), ou un partenaire de cul potentiel, ou la copine a bidule »

    Hormis moi, j’en connais quand même pas mal des mecs comme ça ^_^
    Et puis il n’y a pas forcément d’antagonisme entre amitié, partenariat culier et copine bidulaire… Mais c’est une autre discussion ça !

  20. Ping : Les victimes coupables, ou Yaka et Yakapa au dur pays de la réalité | Les Questions Composent | Fem | Scoop.it

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  23. Cet article me rappelle ma propre agression, me la renvoie en pleine figure. Me montre ce qu’on aurait dû dire à toutes les personnes concernées, ce qu’on aurait dû leur apprendre, pour que cette chose ne se soit pas passée.

    Le salaud qui m’a fait ça, qui était mon petit ami de l’époque, qui a pris ce qu’il voulait prendre, qui m’a prise, brutalement, sans me demander mon avis, sans la moindre attention à mon égard, parce que c’était l’Homme, et qu’il pensait que c’était comme ça qu’on se conduisait en Homme, parce que personne ne lui avait donné les bonnes bases, visiblement. Qui s’est insurgé hautement quand je lui ai dit qu’il me faisait peur, quand trois semaines après les faits, il s’étonnait que je ne le laisse plus me toucher. Qui a pensé que s’excuser suffirait à le dédouaner de son acte, comme s’il avait simplement cassé un verre. Ce salaud qui vit aujourd’hui tranquillement, sans être inquiété.

    Ma mère, qui, lorsque j’ai enfin trouvé le courage de lui en parler, a passé un quart d’heure de montre entier à excuser mon agresseur, à le justifier, à m’expliquer que « tous les hommes étaient comme ça », que c’était « normal », que la prochaine fois, il me faudrait « fermer les yeux et penser à la France » ; qui m’a dit que je n’avais pas à être choquée, puisque je « n’étais pas vraiment amoureuse ». Suis-je bête ! Au temps pour moi et toutes les victimes de viols commis par de parfaits inconnus ; comment être traumatisées, puisque vous ne connaissez pas votre agresseur ? Avant de m’expliquer ensuite qu’il n’y avait pas de traumatisme non plus quand on est amoureuse de son agresseur, puisque ça fait partie du « devoir »… Alors on a le droit de ne pas trouver un tel acte normal quand ?

    Mon père, qui, quand ma mère a vendu la mèche au cours d’une dispute, m’a posément dit, dans les yeux, que je l’avais « bien cherché », que je « méritais » ce qui m’était arrivé -sans avoir voulu écouter mon histoire, bien sûr-, et que je ne pouvais espérer aucune aide de sa part puisque, recrue de honte et de culpabilité, j’avais osé en parler à un autre médecin que lui… C’est vrai que c’est tellement facile de discuter sexualité et agressions avec son propre père. J’avais mérité ce viol, paraît-il, parce que ce garçon n’était « pas fait pour moi ». Parce que je l’avais rencontré sur Internet -ce qui n’était pas le cas-, où « on ne trouve que des tarés ». La première excuse à la con était suffisante pour se laver les mains du sort de son enfant, qui est passée du stade de petite fille chérie à traînée, marquée au fer rouge du péché qu’elle a subi pourtant sans consentement, mais qui la laisse définitivement coupable, salie, souillée. Le coupable ? « Inutile de me dire qui c’est, je ne veux pas le savoir ». « Ça y est, c’est fait, c’est passé, maintenant, on passe à autre chose ». Non. Je n’y arrive pas. Ce type m’aurait agressée à coups de couteau ou d’arme à feu, tu te serais précipité pour me venger. Mais puisque ce type m’a violée, ça fait de moi la coupable. Évidemment.

    Les flics, auprès de qui j’ai tenté de porter plainte. Qui se sont mis à trois pour me cuisiner, m’interroger en beuglant, M’ACCUSER, bon sang !! D’oser porter plainte, qui m’ont expliqué que mon viol n’était qu' »un rapport un peu vif que j’aurais mal pris », qui ont démonté chacun de mes arguments, un par un, qui ont estimé que la peur, la culpabilité et la honte n’étaient pas des motifs valables pour avoir mis trois mois avant de trouver le courage de pousser la porte du commissariat. Qui m’ont reproché de ne pas m’être assez défendue, de ne pas m’être battue, d’être restée prostrée, désemparée (« Alors vous étiez d’accord, puisque vous ne vous êtes pas débattue ! ») Qui m’ont dit que je devais avoir honte d’oser troubler la tranquillité d’un pauvre garçon, que je ne mesurais pas les conséquences de mon acte, que je venais porter plainte par caprice. Par caprice ! Ces flics qui m’ont virée de leur poste sans avoir écrit une SEULE ligne sur leur formulaire, alors que la loi les oblige pourtant à enregistrer tout dépôt de plainte pour viol. Ces flics qui ont soigneusement oublié de me dire que j’avais dix ans pour porter plainte après les faits. Ces flics qui se sont rangés spontanément du côté de mon agresseur, parce que la victime d’un viol l’a forcément toujours bien cherché. Ces flics qui se sont montrés ostensiblement odieux et incompétents. « Vous vous rendez compte que vous allez détruire sa vie, au moins, mademoiselle ?! » Et la mienne de vie, elle n’a pas été détruite, peut-être ? Ces flics qui m’ont vue éclater en sanglots en jubilant avant de quitter la pièce, satisfaits du devoir accompli et d’avoir remballé une autre hystérique capricieuse.

    J’ai pu ne pas sombrer totalement grâce à une poignée de copines et à un numéro de téléphone vert où j’ai enfin pu entendre quelqu’un qui me disait que ce qui m’était arrivé était horrible, anormal, que je ne l’avais mérité en rien, qu’il fallait que je me batte. Que ce que j’avais subi ne devait pas me dissuader de continuer à vivre. Pourtant, c’est pas l’envie qui m’en a manqué, qui me manque encore, de faire en sorte que tout s’arrête.

    Je reporterai plainte. Je veux qu’il y ait une trace écrite de ce que ce type m’a fait. Pour pouvoir effectivement passer à autre chose.
    Pour commencer à me dire en toute légitimité que non, tous les hommes ne sont pas comme ça.

    Merci pour cet article. Ce n’est pas aux femmes de se faire entendre dire « ne vous faites pas violer ». C’est aux hommes qu’il faut dire « ne violez pas ».

    • Je suis sans voix. C’est vraiment scandaleux. J’espère que tu arrives à te reconstruire et à ne plus souffrir, je te le souhaite, même si j’imagine qu’on n’oublie pas.

      • Merci.
        Ça fait quelques mois que j’ai repris les procédures. J’ai pris un avocat, écrit au procureur. J’ai été prévenue que ce serait long, difficile, qu’une situation de parole contre parole pouvait ne déboucher sur rien, que mon agresseur pouvait sortir du tribunal sans la moindre charge contre lui.
        Mais je ne céderai pas. Je veux qu’il y ait une trace. Que cette fois-ci, une de ses victimes ose le dénoncer. Quelques membres de ma famille ont tenté de me dissuader de porter plainte. Parce que « ça ne servira à rien ». Parce que « ça ruinera *ma* réputation ». Parce que « je n’ai qu’à oublier ».
        Je REFUSE.
        Je n’oublierai JAMAIS.
        Je veux qu’il se rende compte que son acte a eu des conséquences et que s’il s’avise de recommencer, il aura ça sur son casier.
        Je sors la tête de l’eau. Je recommence à croire que tous les hommes ne sont pas comme lui. Je recommence à vivre, travailler, retomber amoureuse. J’ai gagné.
        Merci encore de partager ces articles, il y a encore tant à faire sur le sujet.

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  28.  » Pour lui, et pour de nombreuses personnes qui consomment des produits animaux, les animaux sont consentants. »

    WTF?!
    C’est tout ce qu’il reste de feu le bon sens paysan, c’est bien triste…

    Les animaux de ferme, à la base, sont une richesse. La vache est soignée parce que sans elle le champ n’est pas labouré, sans son travail elle ne mange pas en hiver et le paysan non plus. La perte d’une vache (souvent de l’unique vache) est donc un drame, au contraire la naissance d’un veau une grande occasion de réjouissance.
    On a commencé à manger les veaux à partir du moment ou tout ça est parti en sucette grave. (Avant, soit on avait des génisses et c’était super, soit on avait des bœufs, dans la mesure ou garder un mâle non castré vivant quand il y a déjà un mâle dans la ferme n’est pas gérable, le bétail à des pulsions sexuelles qui rendent les mâles agressif lors du passage équivalent à l’adolescence, ils se mettent à agresser toute personne de sexe féminin passant à portée et c’est très douloureux pour le dos. Je pense que c’est juste mortel par la suite.)

    Manger un animal est traditionnellement un choix cornélien ou dicté par l’impossibilité de gérer autrement: soit qu’il n’y a plus à manger, soit qu’il n’y a pas assez à manger pour toutes les bêtes (je parle de passer l’hiver, là, donc de réserves). Aujourd’hui on fabrique exprès des espaces exigus absurdes pour élever un trop grand nombre de bêtes malheureuses, mal soignées, bourrées de cachets et autres, et soi-disant ces bons soins seraient la contrepartie du fait de les massacrer sauvagement mais dans la bonne humeur. WTF?

    Dans la petite et jolie ferme de mémé, (comprenez par la que je parle de la meilleure situation possible actuellement pour une vache) les vaches laitières sont heureuses de passer à la trayeuse mais bon, comme l’excès de lait dans les mamelles (due à une surproduction voulue et organisée) est une torture pour elles, je ne suis pas certaine que l’on puisse parler de joie totale en ce qui les concerne. C’est plutôt comme aller chez le dentiste. (NB: il ne faut pas confondre les laitières avec celles qui vêle, contrairement à une idée reçue le lait d’une vache qui à un petit n’est pas vraiment consommable. Enfin, il l’est mais c’est pas vraiment le même goût. Bon, c’est dégeu, quoi. Les laitières sont une race particulière sélectionnée pour sa production de lait, c’est d’ailleurs complètement parti en sucette aussi et ce qui est chouette c’est que, comme ce sont les grosses boites style lactel qui décident des prix au litre, en gros qui font la loi, leur loi, c’est pas parti pour faire autre chose qu’empirer. La je parle au niveau général.)
    Voilà bon, imaginez-vous aller chez le dentiste tous les jours à 18h parce que vous avez mal. C’est plus ou moins la vie d’une laitière. Ça donne trop envie.

    Pour les ovins, ça se rapproche un peu des vaches. J’aime bien préciser aux citadins que la queue des moutons est naturellement longue jusqu’aux sabots, et que le dessin des toutes petites queues courtes vient du fait que l’on coupe celles des brebis pour que les béliers puissent plus facilement les violer quand elles ne sont pas consentantes. (Sans quoi, en fait, elles se servent de cette longue queue pour les déloger en avançant pour se dégager et le bélier ne peut rien faire.)
    Comme quoi, il y a bien du beau et du grand parallèle entre la manière dont les animaux domestiqués sont traités et celle avec lesquelles les femmes sont traitées. (Dans le cas des femmes, c’est la parole qui est coupée: au niveau du passer outre lors de la négation du refus, puis au niveau du statut de victime par la suite. Même résultat: le bélier à moins d’inquiétudes à avoir à assouvir ses pulsions.)

    Pour les poules, elles n’ont en temps normal rien à battre de leurs œufs. En fait, certaines poules pondent parfois de manière absurde, genre du haut du perchoir: l’œuf s’éclate dans la fiente. Les poules noires sont différentes, elles aiment couver (je ne sais pas pourquoi les noires spécifiquement) et il faudrait être complètement idiot pour ne pas donner à la poule l’occasion de couver. Une poule qui couve tient à ses œufs, c’est super mignon. Je <3 les poules noires.
    Il n'est pas possible de garder longtemps en vie un coq adulte si l'on a pas suffisamment de poules pour satisfaire son égo, comme beaucoup d'animaux, il devient agressif. Et, bon, une charge de coq les ergots en avant, qui vise les yeux, c'est juste très incompatible avec la vie sociale et la présence d'enfants.

    Les lapins, c'est super fragile et lorsqu'il y en a trop dans la même cage ils attrapent des maladies et meurent par dizaines. Comme ça se reproduit vite, le choix est entre 1/multiplier les cages à l'infini 2/voir crever tous les lapins 3/manger une partie des lapins 4/pas de lapins.

    Etc etc.
    En conclusion, on pourra chercher de midi à 14h non seulement aujourd'hui parler de bien être animal dans les élevages est absurde, les paysans n'ent ont juste pas les moyens, mais en plus même en imaginant la ferme idéale de mémé (celle que je décris dans ce post, qui n'est pas un mythe pour moi qui l'ai vécue ado mais qui reste un truc très passé de mode ) il n'est à AUCUN moment question de contrat entre les animaux et l'homme pour les bouffer au final. Quelle excuse pourrie. Mémé tue des coq, des béliers et des lapins parce que sinon le coq va crever les yeux de la petite, le bélier lui casser le dos en 2 et les lapins crever. Il n'y a aucune forme de contrat la dedans: les éléments perturbateurs de l'équilibre de la ferme son éliminés, point. Et, puisqu'accessoirement ils sont comestibles, mémé les vend tout bien ficelés sur le marché le jeudi matin et on les bouffe, mais c'est complètement secondaire dans la logique.

    Les animaux ne sont JAMAIS consentements pour qu'on les tue. C'est consternant de lire un truc pareil! Oui, ils se laissent faire (du moins, chez mémé). Évidemment: on les égorge par sidération (l'elfe explique le concept dans un autre billet, à propos du "naked man", c'est exactement *très exactement* le même principe. Sauf pour les volailles, qui comprennent très vite de quoi il retourne.)
    Imaginer vous un instant à la place de l'agneau, que vous avez soigné depuis sa naissance et qui à confiance en vous. Il se laisse faire… Chacun de vos gestes n'a été que caresse envers lui, ou geste de soin. Il n'a rien à craindre.

    Tout comme la gamine de 10 ans en vacances chez son oncle chéri…

    Bref, tout ça pour dire que le parallèle est vraiment juste.
    (En tous cas pour ce qui concerne la ferme de mémé, ou tout est joliment pittoresque. Parce que bon, l’élevage de masse, c'est trop psychopathe pour pouvoir être comparé à autre chose que la traite sexuelle et le proxénétisme à grande échelle.)

  29. Bien que je ne sois pas toujours d’accord avec l’Elfe, je trouve qu’elle met le doigt sur les véritables fondements d’un système d’oppression dont le patriarcat fait partie. Cet article montre bien comment le patriarcat s’y prend pour normer et différencier les comportements de genres autour de la conservation de la domination masculine inconstestable. Celle-ci s’étaye sur le controle de la sexualité féminine en la consignant dans une norme passive permettant de maintenir les femmes dans un statut d’objet plutôt que de sujet quant à l’usage de leur propre corps seule ou en interaction avec l’autre.
    Ce système normatif tient sur le renouvellement continue maintenu par les conditionnements sociaux depuis la plus tendre enfance de la légitimité des hommes à exprimer leurs pulsions dans la sphère sociale et l’illégitimité des femmes à faire de même. Les hommes sont légitimes à exprimer leurs pulsions sexuelles quelle que soient la forme alors que les femmes doivent retenir leurs pulsions. C’est par cette légitimité de la pulsion masculine que le viol demeure d’une certaine manière légitime dans nos sociétés.
    Or je vous pose la question qu’est-ce qui différencie l’humain de l’animal ? La capacité de se distancier de ses pulsions. Le système patriarcal est donc un système qui promeut une société d’animaux sociaux gouvernés par leurs pulsions et légitimes à exercer leur domination sur l’autre moitié de l’espèce dont la pulsion doit être réprimée à tout prix.
    Dernière question : dans une telle société, notre espèce mérite t’elle vraiment le titre pompeux d’humanité ?
    A mon sens non, l’humanité reste encore à accoucher et c’est aux femmes que revient cette tâche.

    Un homme en colère est un homme fort alors qu’une femme en colère est une hystérique (une malade qu’il faut soigner ou éloigner de la société)
    Un homme sexuellement actif et agressif est valorisé dans sa virilité alors qu’une femme sexuellement active est une salope.
    Jusque dans l’intimité les femmes jonglent avec des injonctions contradictoires.
    Une femme expérimenté qui livre sa sensualité avec générosité est une « chaudasse » juste bonne à baiser, un homme expérimenté qui exprime sa virilité dans le rapport sexuel est un « bon coup ». Dans le même registre le tombeur est un Don Juan (qualificatif valorisant), une femme vivant une sexualité équivalente est une salope nympho (qualificatif psychiatrique dévalorisant).

    Pour résumer une femme qui assume sa féminité aussi librement que les hommes expriment leur virilité est une salope.
    Le constat pour un début de 21ème siècle est triste : il n’y a toujours ni égalité ni liberté pour la moitié de l’humanité, la même moitié qui permet à l’espèce de perdurer d’ailleurs dans ce système patriarcal dysfonctionnel et déviant.

    Dans l’exemple de la danse, ce qui est bafoué selon moi c’est l’expression du féminin sacré qui bien que faisant appel à un registre sensuel voire érotique peut très bien être totalement décorrélé de toute volonté de séduction.
    Une femme peut prendre soin d’elle, se mettre en valeur par le vêtement, la danse, uniquement par désir d’honorer sa propre féminité sans que cela implique la recherche d’un partenaire sexuel.
    Il s’agit donc d’une incompréhension fondamentale du destinataire réel du comportement. Si les femmes peuvent avoir des comportements sexués invitant la Beauté à des fins non sexuelles, les hommes eux n’agissent et n’interprètent la Beauté dont le vecteur est la femme qui danse par exemple que par rapport à la possibilité d’un rapport sexuel. Une femme peut aller en boite pour le seul plaisir de la danse, un mec va en boite pour lever du gibier. Ils ne peuvent pas imaginer que la beauté puisse NE PAS LEUR ETRE ADRESSEE. C’est dans cette incapacité des hommes à produire des comportements dont le destinataire ne serait intérieur pas dans la sphère sociale directe que se situe une différence fondamentale entre les hommes et les femmes.
    Le registre comportementale des femmes est donc plus riche que celui des hommes et chez la femme le sexué et le sexuel sont moins fortement corrélé que chez les hommes.

    La simple pensée que les femmes puissent ne pas avoir recours à l’organe masculin pour être sexuellement active et que la science permette aux femmes de procréer sans eux plonge les hommes dans une angoisse de castration et annihilation qui justifie l’acceptation de l’existence de lobbys masculinistes et discrédite le féminisme.

    Là où j’invite l’auteure à s’interroger c’est qu’elle semble défendre l’application d’un statut de victime tout en décriant le fait que les femmes soient cantonnées dans un norme passive d’objet dont la caractéristique principale est d’être totalement sous l’emprise de la volonté d’un sujet extérieur.
    La question que je me pose est donc celle-ci : réclamer un statut de victime pour les femmes est-elle la meilleure façon de faire progresser l’égalité ou renforce t’elle au contraire le système que l’on cherche à changer ?
    Il est rare qu’un système dominant se condamnes lui-même. D’ailleurs ça ne marche pas comme on peut le constater dans la manière dont est traité le viol encore au 21ème siècle qui est exposée dans cet article et dans certains témoignages.

    Je n’ai pas la solution, j’ai le sentiment que nous sommes toutes et tous un peu coincés dans des impasses et qu’il nous faut inventer. Mais une chose me semble certaine, l’égalité sera réellement effective quand les femmes n’auront plus besoin de réclamer de multiples statuts de victimes auprès de la société. Comment s’y prendre pour en arriver là ? J’avoue que je penche plus pour une solution personnelle propre à chaque femme évoluant dans son chemin de conscience.

    • Il ne faut pas confondre la victimisation avec le fait de se reconnaître comme victime ou potentielle victime.
      Pour faire court, je pense qu’il faut savoir se reconnaître comme victime, dans le but de ne pas -ou ne plus- en être une.
      Être victime n’est ni honteux, ni infâmant, et ça ne veut en aucun cas dire qu’on est que cela, qu’on est faible, stupide, soumis, etc… On peut être ou avoir été victime (par exemple d’un viol) et se montrer forte, autonome, etc. Il existe des victimes de plusieurs oppression, par exemple des femmes noires qui subissent à la fois racisme et sexisme toute leur vie, qui font preuve d’une force morale et d’un courage à toute épreuve face à la vie, courage dont je soupçonne fortement d’être incapables les hommes blancs cis valides hétéro (etc…) qui leur font la vie dure, tout simplement parce qu’ils n’en ont pas besoin.
      (attention je dis pas que les victimes d’oppression ne se rendent pas responsables d’autres oppressions: femmes racistes, racisés sexistes, etc…)

      De plus, il ne faut pas confondre ce que j’appelle « les femmes » (c’est à dire en tant que classe sociale subordonnée aux hommes) avec « les femmes » individuelles qui ne constituent pas une entité homogène.
      Oui, les femmes sont victimes du patriarcat (en tant que classe sociale), et oui les femmes peuvent et savent être autre chose que des victimes. De plus comme toute catégorie opprimée, les femmes vivent de façon inégale (entre elles) les injustices qui leur sont faites. Certaines s’en sortent mieux que d’autres, et il ne faut pas oublier l’intersectionnalité des oppressions.

      • Je suis tout à fait d’accord avec les distinctions que tu décris entre processus de victimisation et les individus victimes.
        Cependant, partant du fait démontré par Bourdieu que l’oppression n’est possible que par coopération (consentement conscient ou non) des opprimés, je souhaitais lancer le débat sur la question de la pertinence de faire reconnaitre un statut de victime pour les femmes.
        Est-il possible depuis un statut de victime reconnu par la société d’oeuvrer en même temps et par la suite pour l’égalité ?
        Je parle ici du registre symbolique qui façonne les valeurs d’une société et qui conditionne de façons multiples les individus. Dans ce registre, statut social de victime potentielle et égalité des sexes peuvent-il cohabiter ?
        Il me semble qu’il y a là une tension dont on peine à sortir.

        • Je ne suis pas du tout d’accord avec Bourdieu. Nicole Claude-mathieu a fait une critique très convaincante du concept de coopération des opprimé-e-s dans « céder n’est pas consentir ».
          De plus je ne comprend pas pourquoi se reconnaitre victimes irait contre l’égalité, à moins qu’on entretienne des clichés et des stigmates autour de la notion de victime?

          • Je n’ai pas envie d’entrer dans un débat théorique. Je crois que Bourdieu comme Nicole Claude-Mathieu (que je n’ai pas lu), apportent chacun un éclairage valable sur le sujet car la sociologie n’est pas une science exacte. Cependant il faut bien comprendre que pour la masculinité « céder c’est consentir ».
            Si je fais appel à Bourdieu c’est tout simplement parce que les phénomènes qu’il décrit je les ai observés dans tous les domaines (travail, sentimental) et que le concept de domination silencieuse m’a paru tout à fait pertinent. Pour garder leurs mecs, les femmes indépendantes consentent à participer passivement ou activement au mode de construction d’une virilité archaïque basée sur la domination même si elle est passive et silencieuse. Ceci m’a même été explicitement confirmée par plusieurs de mes amies. Je ne parle même pas des tactiques de séductions féminines qui la production d’une fragilité pour attirer le mâle-protecteur. Ceci est autre mode de domination inversé. De ce point de vue je reconnais aux femmes une part de responsabilité dans la reproduction du système de domination patriarcale car encore une fois ce sont bien les femmes qui éduquent les jeunes générations les 20 premières années de leurs vies. Comment expliquer dès lors que si peu de choses aient changées en tous cas en France ? Si les femmes s’étaient réellement intérieurement libérée de ce paradigme patriarcal, nous n’en serions pas là en 2013.
            Je souligne le fait que les identités de genres ne se construisent pas indépendamment les unes des autres mais bien plutôt dans un jeu en miroir, les uns aux dépends des autres.
            Et attention je ne veux pas dire que les victimes de viols sont responsables, elles sont victimes d’un paradigme patriarcal qui est entretenu par les hommes ET par les femmes.

  30. Au moment de quitter cette page, je tombe de nouveaux sur le titre et une idée me vient concernant responsabilité et culpabilité.
    La culpabilité est un ressort du système patriarcal. Nous avons du mal à penser en dehors de ce référentiel tant il nous enserre depuis des siècles. Les religions fonctionnent sur ce ressort et le contrôle de la pulsion sexuelle de la femme aussi. Une femme n’a pas la droit d’avoir de pulsion sexuelle, elle ne doit être qu’un receptable passif de la pulsion sexuelle masculine.

    En tant que personne (avant d’être une femme je suis une personne) responsable, que pourrais-je imaginer qui fasse appelle au registre de la responsabilité plutot que de la culpabilité. On pourrait imaginer que la condamnation d’un homme ayant violer une femme ou porter atteinte à son intégrité physique ou psychique, soit condamné à en payer les conséquences et la réparation. Par exemple la prise en charge thérapeutique de la femme même si l’Elfe n’aime pas les psy ;-) Au-delà des psys, il existe des aidants qui peuvent aider à la guérir même s’ils sont rares …
    Je ne sais pas … Dans certains pays nordiques, ils mettent en oeuvre la castration chimique pour les délinquants sexuels. Je ne suis pas vraiment favorable à la généralisation de ce genre de méthodes qui suppriment le symptome mais pas la cause du problème. C’est encore une méthode patriarcale « problème visible, solution efficace ». Efficace peut-être mais durable certainement pas.
    Je préfèrerais que l’on s’attaque aux véritables causes qui font que les hommes n’apprennent pas à retenir leurs pulsions. Pourquoi n’apprendrait-on pas aux hommes à mettre en forme leurs pulsions et je ne parle pas de déguisements comme les phénomènes de players. Ma vision s’approche sans doute de celle d’Aldous Huxley qui avait imaginé une société basée sur la sexualité tantrique tellement galvaudée de nos jours.

    Je constate simplement que la relation sexuelle bien souvent n’en est pas une au sens d’une relation qui s’inscrit dans un respect et un désir partagé ou chacun se donne à l’autre. Bien souvent le relation sexuelle est un rapport, une sorte de combat ou monsieur doit performer et madame doit jouir pour valider la performance de monsieur. Ici il n’y a pas de rencontre, il n’y a que deux êtres embourbés dans leur solitude duelle parodiant un acte de fusion.

  31. Je découvre aujourd’hui ton blog, d’où ce commentaire tardif.
    Je trouve intéressant cette notion de consentement chez l’animal (« intéressant » ne veut pas dire que je l’approuve). J’avais été très surprise de découvrir, dans mon cours sur la religion grecque antique, l’existence, lors du sacrifice d’animaux, d’un consentement de la victime : on l’aspergeait d’eau, ce qui provoquait une réaction (mouvement de la tête ?), interprétée comme un consentement. Soit dit en passant, le sacrifice d’êtres humains comporte apparemment la même phase de consentement. L’idée était, je pense, de ne pas encourir la vengeance de forces supérieures toujours liée au fait de répandre le sang (rappelons que la religion grecque a une vision de l’animal anthropomorphique). Je ne pensais pas que cette idée pouvait encore exister dans notre société de surconsommation et que ce rituel du consentement pouvait s’adapter à l’abattage à grande échelle. Mais « ton ami » a manifestement résolu le problème !
    PS : perso je suis végétarienne depuis l’enfance et je n’en peux plus de ces gens qui me parlent longuement de leur besoin de manger de la viande bien rouge. Comme toi, je me demande ce qui leur fait croire que ça peut m’intéresser.

  32. Là encore tu tapes très juste ; mais le parallélisme avec les animaux m’a semblé un peu hors-sujet, genre « hop je case mon quota végan ». xD

    Ceci dit en effet la société porte un regard très lourd sur les personnes violées, hommes ou femmes, et rend difficile non seulement la plainte, mais sa démarche elle-même.

    Et en effet, il faudrait apprendre aux enfants dès le plus jeune âge que d’une part, leur corps leur appartient donc ils ont le droit de dire « non » (je dis « les enfants  » en me disant qu’ils deviendront des adultes, riches de cet enseignement) ; et d’autre part, lorsqu’ils sont plus vieux, leur expliquer qu’une relation doit toujours être consentie.

    Cela évitera aux petits coqs de penser qu’un non énergique équivaut à un oui lascive, et aux petites copines violées de se taire ou de modifier le récit de ce qui s’est passé…

    • Je penses que tu n’adhères pas aux propos concernant le spécisme juste parce que tu ne considères pas le spécisme comme une oppression. Pour toi les animaux sont faits pour être bouffés, comme pour d’autres les femmes sont faites pour être baisées. Mais du coup tu ne peux pas vraiment le leur reprocher sans t’interroger sur toi-même.

  33. Bonjour à vous,
    tout d’abord, je dois vous dire que je ne sais absolument pas si je poste ceci au bon endroit, aussi si mon commentaire est supprimé je le comprendrais parfaitement.
    J’aimerais faire part de mon témoignage, ayant été victime d’abus de la part de mon ex et ayant eu à subir le statut de « victime coupable » que tu exprimes si bien.

    Je suppose que pour pouvoir expliquer cela je dois raconter plus en détails mon histoire avec ce type.
    Tout a commencé lorsque j’avais seize ans. A cette époque j’allais mal dans ma vie (et encore, cette phrase sonne comme un euphémisme après réflexion). J’étais seule, je sortais d’une relation assez chaotique, mes relations avec mon père se dégradaient de jour en jour, mes « amis » m’avaient tous tourné le dos… C’est à cette époque que j’ai commencé à boire, à me mutiler. Que j’ai arrêté de manger. Puis que j’ai commencé à prendre des médocs en grande quantité. Puis à prendre de la morphine, en doses de plus en plus importantes.
    Je suis rentrée en contact avec T. le lendemain d’un nouvel an bien trop arrosé.
    Il venait de se faire quitter, était malheureux, moi aussi. Bref, sans trop épiloguer sur le pourquoi du comment on a finit par se mettre ensemble (trop ?) rapidement. Il m’avait fait arrêter l’alcool et la morphine, en les remplaçant par le pétard. J’ai jamais vraiment su si c’était une bonne ou une mauvaise chose.
    Lui fumait énormément, il dealait.
    C’était un homme assez obsédé par le sexe. Par la vision de la femme comme d’un objet. C’était un genre de « Poire » que tu décrivais dans certains de tes autres articles, mais en plus… « subtil », si j’ose dire. Mais comme tu l’as dit Poire n’est après tout qu’une caricature.
    Au début il me semblait vraiment être quelqu’un de bien. Mais quand il parlait des filles qui l’avaient rejeté, abandonné… il était très loin d’être tendre. Quand il me parlait de ses histoires d’amour passées, tout semblait se limiter au sexe. Au sexe, et à tout les efforts qu’il avait fait pour les rendre heureuses alors qu’elles, ces ingrates, l’avaient lâchement abandonné. Je pense que ça aurait du me mettre la puce à l’oreille.
    Moi j’étais vierge.

    Enfin, j’avais eu des relations… avec des femmes. Je ne me sentais pas attirée par les hommes. Par le sexe avec eux.
    Il le savait mais m’avait bien fait comprendre que « pas de sexe, pas de relation ». Je n’avais jamais connue de vraie histoire avec un homme avant alors… ben j’ai pris ça pour une vérité incontestable. Même encore aujourd’hui, presque trois ans plus tard je garde encore quelques « séquelles » de cette « éducation », que j’essaie de combattre malgré tout.

    Bref, le soir fatidique, impossible de me détendre, mais impossible de protester non plus. Mon seul réflexe défensif ? Serrer les cuisses et faire une crise d’angoisse.
    Il était déçu et ne s’est pas gêné pour me le faire comprendre. Enfin, il a tout de même essayé de me calmer (d’un autre côté je pense qu’il savait pertinemment que si je ne me calmais pas je ne lui donnerais jamais ce qu’il voulait) mais voyant que ses mots étaient sans effet il a décidé de me faire fumer un pétard supplémentaire.
    C’est là que j’ai lâché le fatal : « Fait le si tu veux. »
    Aujourd’hui je me dis qu’aucun homme normalement constitué n’aurait pu prendre ça pour un consentement total.

    J’en ai parlé bien plus tard à mon meilleur ami (première personne à qui je m’étais confiée à propos de l’envers de ma relation avec T.) qui, consterné, avait prit une pose avant de me dire : « Un mec normal il se serait arrêté à la crise d’angoisse sans poser de question. »
    Je pense que ce sont ces paroles qui m’ont fait me poser des questions sur la « normalité » de ma relation avec T.

    Je ressassais.

    Je ressassais ses paroles désobligeantes sur mon physiques, bien qu’elles se voulaient flatteuses. Parlant de ma poitrine ouvertement à ses potes. De ma lingerie. De nos rapports sexuels.
    Il se vantait en me mettant en avant, en me mettant à nue, comme un enfant exposerait sa nouvelle console pour impressionner les copains dans la cour de récré.
    Mais je n’étais pas une console, j’avais une conscience et des sentiments.

    Un jour, après une dispute, il m’avait dit de le rejoindre dans un endroit un peu à l’écart pour m’annoncer qu’il me quittait.
    Quelque part je me dis que j’aurais du accepter ça. Que ça m’aurait épargné le pire. Mais non, j’ai préféré pleurer, pleurer, supplier. Me montrer pitoyable et désemparée.
    Il avait accepté de faire un « test ». Si ça s’arrangeait on restait ensemble, sinon il se tirait.

    J’avais été comme « soulagée ».
    J’avais la sensation d’avoir besoin de lui, de ne pas pouvoir vire sans lui. Aujourd’hui je me rends compte que j’étais juste manipulée. Je ne suis même pas certaine d’avoir été amoureuse de lui. Je ne l’ai jamais désiré. N’ai jamais apprécié ses contacts physiques avec moi. Jamais approuvé son comportement.
    Je n’ai jamais été heureuse en sa compagnie. Sans drogues pour y aider, du moins.

    Je me souviens qu’après cette discussion j’étais allée retrouver une amie qui m’avait fournit de la morphine. Et hop, 40mg, une bonne bière de punk à chien et on oublie tout !

    J’aurais pu relativement tenir le coup, je pense. S’il n’y avait pas eu ce soir là.

    On était chez lui avec deux amis. On s’amusait, on était éclatés, on s’en branlait un peu de tout. On écoutait du son, on fumait, on picolait… puis nos amis sont partis.
    T. a commencé à m’embrasser. Je n’aimais pas ça, mais avais l’impression de lui « devoir ». Puis il a appuyé sur mes épaules, pour me faire descendre jusqu’à sa queue.

    « Non. »

    Je l’ai dis fort, distinctement, de manière suppliante.
    Mais il a appuyé plus fort sur mes épaules lorsqu’il a senti que je voulais remonter, me redresser.
    Donc je me suis résignée et exécutée.
    J’ai déboutonné son pantalon, retiré son caleçon, et il me l’a enfournée dans la gorge si fort que j’ai du lutter pour ne pas vomir.

    Je me souviens avoir ressenti de la honte. Du désespoir. Une sensation indescriptible, comme si, en l’espace de quelques minutes j’étais passée d’être humain à… objet.

    La suite vous pouvez la deviner : il s’est contenté de me prendre comme il aurait prise une poupée gonflable sur son canapé sans un mot, sans aucune préparation, sans aucun préliminaire.

    Le lendemain j’avais du mal à marcher.
    Aller au toilette me brûlait.
    Je n’avais jamais entendu parler des déchirures, ni des infections urinaires. Puis je m’y suis accoutumée, c’est devenu mon quotidien.
    Ces rapports non consentis ont continué de plus en plus douloureux, de plus en plus violents comme s’il avait prit conscience ce soir là que j’étais à sa merci, que s’encombrer de douceur ou de respect avec moi était inutile puisque dans tout les cas maintenant j’avais pleinement conscience que mon corps ne m’appartenait plus.

    Peu à peu, je me vidais.
    Je maigrissais à vue d’œil. Les marques de lames étaient de retour sur mon ventre, mes cuisses, mes avant-bras, additionnées aux bleus.

    Les bleus…
    T. était… dérangé.
    Il avait un goût prononcé pour le sang. La douleur, la soumission. Les morsures. Il me mordait au sang, me pénétrait violemment, sans aucun préliminaire, parfois jusqu’à 4 fois par nuit. Un putain de nymphomane détraqué.

    Je me demande aujourd’hui comment personne n’a fait pour le voir. Parce que je souriais ? C’est tellement facile de berner quelqu’un. Il suffit de sourire.

    J’étais de plus en plus mortifiée.
    J’avais l’impression qu’il me haïssait, qu’il me méprisait.
    Au fond je suppose que c’était un peu le cas, mais qu’il le cachait sous une sorte de condescendance affligeante.
    J’étais une créature pitoyable, détruite, et démunie de toute personnalité. J’étais sa chose.

    Ce cauchemar a cessé quand il m’a larguée.
    J’ai mis un an avant de raconter ce qui m’était arrivé. A mon meilleur ami.
    Toutefois, j’avais été incapable de formuler le mot « viol ». Il m’aura fallu un an de plus pour le faire.

    Il y a quelques mois, après avoir composé un numéro vert j’ai décidé de porter plainte contre lui.
    N’étant malgré tout pas très sûre de moi, j’avais décidé d’en parler à une amie que je considérais comme proche, malgré qu’elle soit en contact avec lui. Ceci dit ils ne se parlaient plus depuis un certain temps. Elle avait toujours été relativement objective quoique j’ai pu lui dire, comment j’aurais pu me douter qu’en quelques phrases seulement elle détruirait tout les efforts que j’avais pu faire pendant ces deux années pour me reconstruire ?
    Lorsque je lui ai annoncé que je voulais aller voir la police quand bien même je n’étais pas encore certaine de vouloir porter plainte elle a dit :

    « Ca te servira à rien alors, t’as juste besoin d’en parler, vas pas voir les flics pour ça, il doit bien y’avoir des psys gratuits qui sont spécialisés dans ce genre de sujet non ? »

    Ma réponse a été cinglante :

    _ En fait, t’arrives juste pas à accepter qu’il m’ait violée.

    La sienne encore plus :

    _ Et toi tu acceptes pas le fait que T. soit mon ami et que oui, en effet j’ai du mal à accepter la réalité parce que je l’aime, lui aussi. »

    S’en sont suivies des accusations toutes plus cruelles les unes que les autres comme quoi je fabulais, que je pétais un câble et qu’elle avait pas envie que son « ami » finisse en taule pour mes délires, que j’exagérais, que j’inventais.
    Elle est ensuite allée prévenir T. de ce que je voulais faire, et ce dernier s’est empressé de m’envoyer son chien de garde de meilleur pote qui s’est fait un plaisir de me balancer à la gueule les pires choses qu’il pouvait trouver. Globalement son discours n’était pas si différent de celui de mon « amie ». Que cette histoire datait d’il y a deux ans, que je n’avais pas de preuves, pas de témoins, que j’avais mis trop longtemps à en parler, ce n’était pas crédible. Que c’était illogique, que je paraissais plus heureuse lorsque j’étais avec T., que j’étais tarée, perturbée, une manipulatrice qu’il fallait interner, une mythomane… c’est là que quelque chose a changé en moi.
    La haine et la souffrance que je refoulais depuis deux ans se sont changées en mépris. En mépris profond que je lui ai montré en démontant avec un calme désarmant chacun de ses argument, chaque chose qu’il pouvait dire. Il n’avait pas plus de preuves de l’innocence de T. que je n’en avais de sa culpabilité. Il a finit par arrêter.

    Maintenant je vais m’adresser aux filles qui ont vécu, qui vivent, qui vivront peut-être (ce que je ne souhaite pas), ce que j’ai vécu. Aux filles qui se taisent par peur de la pression de leur entourage.
    Vous n’êtes pas responsables de quoique l’on a pu vous faire. Même si vous aviez bu, fumé. Même si vous étiez un peu trop sexy. Même si c’était votre copain, votre mari, votre ami. Même si vous aviez eu beaucoup de relations sexuelles avant cela. Même si vous êtes une travailleuse de sexe ou une actrice porno.
    Un viol est un viol, peu importe ce que l’on peut tenter de vous faire croire. Vous n’êtes pas et ne serez jamais responsables de rien. Ce n’est pas vous le problème, ce n’est pas votre comportement, votre attitude ou votre tenue.
    Vous êtes victimes et il est de votre devoir de ne jamais, jamais croire toutes ces personnes qui pourraient essayer de trouver une excuse à votre agresseur ou de dédramatiser ce que vous avez vécu.

    Ne vous taisez plus. N’ayez pas peur de vous faire entendre.
    Vous n’êtes pas seules, nous sommes nombreuses. Nous avons vécu des choses différentes et semblables à la fois. Mais nous avons toutes le même combat, le même fardeau.

    Battez-vous.

    • Ton témoignage est très difficile à lire, j’imagine qu’il a du être pas évident à écrire non plus, donc je te remercie.
      Merci aussi pour ton message, de rappeler que les victimes ne sont pas responsables d’être victimes.

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  35. Ma meilleure amie m’a un jour raconté son viol par son petit ami, le jour de son anniversaire. Elle était vierge, lui aussi et il ne voulait plus l’être. Elle avait 17 ans, lui 18.

    J’ai essayé désespérément de la convaincre de faire quelque chose, de porter plainte. J’étais prêt à l’accompagner là-dedans. Cela faisait presque 10 ans quand elle me l’a raconté. Et puis elle a laissé passer le délai.

    Elle ne voulait pas passer par ce que racontent trop de femmes : l’incrédulité, l’accusation de la victime, la honte, la violence du violeur qui essaye à tout prix de sauver ce qu’il peut… Ça me met encore aujourd’hui énormément en colère, mais je la comprends au fond.

  36. La photo de cerveau de mec est assez marrante !

    Pour être plus sérieux, le type qui sort que les animaux sont consentants pour se faire défoncer, c’est tout de même assez grotesque… À un moment, il faut assumer qu’on « chasse » (comme tout animal) la viande pour se nourrir. La bête n’est bien évidemment pas consentante, il faut arrêter ce délire. Il ne faut pas non plus avoir honte de les tuer pour les manger, c’est la nature qui est faîtes ainsi…

    Pour en revenir au sujet du viol, je suis tombé il y a quelques mois sur un tumblr qui publiait le témoignages des personnes violées (femmes comme hommes), il en ressortait que souvent elles n’osaient pas en parler et tout ceci restait impuni (ce qui n’est pas nouveau). Non, ce qui était plus flippant en lisant les témoignages c’est que beaucoup de personnes se considèrent comme violées alors que dans la tête du bonhomme (le présumé violeur) il n’a sûrement pas cette même impression !

    C’est flippant car en lisant ça, je me suis dit que j’étais peut-être moi aussi un violeur malgré-moi et même chose pour les gens de mon entourage. J’ai l’image du viol violent moi, avec une fille qui n’est clairement pas consentante et qui le démontre ou le fait savoir clairement. C’est à dire cris + coups + pleurs + femme qui se débat + vêtements arrachés.

    Peut-être que cette image du viol est un cliché mais c’est celle que j’en ai en tête personnellement.

    Le problème c’est que certaines personnes sont tellement flippées qu’elles n’opposent aucune résistance d’après les témoignages. Alors il n’existe pas de violence pure, c’est à dire que le type n’a pas besoin de donner des coups ou bien de déchirer les vêtements de la femme. Autrement, il n’y a aucune résistance claire, pas de cris, ni de pleurs souvent… Rien d’alarmant donc ou qui indiquerait un viol.

    Les femmes sont tellement ambigües aujourd’hui avec tout ce qui concerne le sexe, certaines veulent des trucs bestiaux, d’autres des choses plus douces et d’autres des délires bizarres… Bref, c’est très compliqué de s’adapter à la femme en face de soit surtout avec toute la pression qui gravite autour du sexe de nos jours et ce « besoin » d’être un bon coup quand on est un homme. Il faut pas être chiant, il faut savoir être doux mais en même temps bestial, etc…

    Personnellement ça m’est arrivé d’avoir des rapports plus ou moins bestiaux avec des coups d’un soir ou des exs par exemple. Je considère ça plus comme étant un « jeu » de séduction où la nana résiste légèrement pour me rendre dingue plutôt qu’un viol à part entière. C’est là où est l’ambiguïté car pour certaines c’est une vraie résistance car elle ne VEULENT PAS, il est donc possible de parler de viol dans ce cas présent et pour une autre ce sera un jeu servant à faire monter le désir. Le problème c’est que dans le premier cas, la femme n’oppose aucune résistance claire alors que dans les deux cas le comportement est très similaire sauf que pour l’une c’est considérée comme un viol alors que pour l’autre c’est un jeu.

    C’est en ça aussi qu’il y a un vrai problème (d’après les témoignages que j’ai lu dans tous les cas) car c’est pas clair du tout dans la tête des mecs. Une femme qui me dit non clairement, je vais pas continuer à tenter quelque chose alors que c’est non.

    Je tiens à dire aussi que je suis un mec civilisé, il faut donc remettre ça dans son contexte. Je vais pas tenter d’aller baiser la première venue dans la rue comme ça et sous prétexte qu’elle dit pas clairement non… Ca se passe généralement dans un contexte précis, je connais déjà un minimum la personne, je l’ai déjà embrassée, il y a donc une intimité qui s’est créée, ensuite je vais chez elle (ou elle vient chez moi) puis la suite inutile de trop l’étaler. Mais comme tu le dis, une femme que j’ai embrassée peut très bien accepté un rdv chez moi sans avoir la parfaite intention de faire l’amour (même si c’est peu probable). Je n’y vois pas d’inconvénients mais dans ce cas-là il faut clairement dire non si je tente et pas dandiner comme si elle attendait que ça…

    Je ne cherche pas à attiser le jeu de la victime-coupable mais certaines victimes vont parfois chercher leurs viols un peu trop loin à mon sens… À ce rythme là, puis de la 3/4 des mecs ont déjà violés une femme sans le savoir. Je respecte les femmes mais de savoir que je suis peut-être un violeur pour une femme avec qui j’ai couchée, c’est inacceptable pour moi (et ça l’est sûrement pour beaucoup d’hommes).

    Alex

    • Mec, tu es responsable de tes actes, et c’est très simple, si tu as le moindre doute, TU as la responsabilité de garder ta bite dans ton pantalon.
      Blâmer les victimes comme tu le fais ne sert qu’à éviter de regarder tes responsabilités et face, et de ne pas te sentir coupable pour les potentielles agressions que tu as perpétrées. Voire même à en faire de nouvelles, parce que ton plaisir prime sur l’intégrité physique de tes partenaires (mais bon c’est sans coup de poing dans la face donc ça va, tu es un GENTIL violeur quoi).

      Evolues ou ferme-là, merci.

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