Militer c’est chiant

Toutes ces injustices dans le monde t’indignent? Tu pense qu’un monde meilleur est possible? Tu crois en des valeurs égalitaristes, féministes, antispécistes et autres trucs très chouettes en -iste?

C’est bien, tu es mur pour militer!

Ou pas.

Militer n’est pas une obligation. Militer prend du temps, de l’énergie. Nous sommes tous pris dans des vies parfois difficiles. Nous avons nos problèmes. Certains d’entre nous subissent d’ailleurs des injustices sociales (sexisme, racisme) qui sont handicapantes et qu’ils doivent eux-même déconstruire pour avoir une meilleure vie.

Militer peut aussi être un privilège. La mère célibataire de 3 enfants milite rarement… Militer peut être difficile, voire impossible, pour certaines personnes, qu’elles soient jeunes et dépendantes de leurs parents, vieilles et isolées… Bien sur, grâce à internet, des possibilités se sont ouvertes, qui n’existaient pas avant. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile…

mots - copieMiliter nécessite des ressources

Militer, c’est donner de son temps et de son énergie pour faire le monde un peu meilleur qu’il ne l’est. C’est beau, c’est chouette, c’est altruiste, et parfois on ne peut pas le faire. Militer demande des ressources, alors que certaines personnes n’arrivent déjà pas à réunir assez de ressources pour vivre normalement. Attention, je ne parle pas ici (que) de ressources matérielles: ça peut compter, mais je parle surtout de temps, d’énergie. Car militer est très consommateur d’énergie.

Je pense qu’on pourrait trouver beaucoup, beaucoup d’exemples pour illustrer ce que j’essaie d’expliquer. Mais je vais prendre celui que j’ai sous la main: le mien.

Quand mon fils est né, je n’avais parfois plus l’énergie de me cuisiner un bol de pâtes. Je ne sais pas exactement comment j’en suis arrivée là, parce qu’honnêtement, d’un point de vue extérieur, rien ne semblait si difficile: je n’avais pas de problèmes graves dans ma vie, je ne suis même pas mère célibataire, mon fils n’a aucune maladie ou handicap spécial. Il était juste là, avec un immense besoin d’attention, sans doute supérieur à la moyenne, mais ça n’a rien d’inhabituel. Sans doute qu’être mère a réveillé quelque chose chez moi que j’avais jusque là réussi à endormir. Ce fut une longue dépression post-partum qui s’installa. Et je ne pouvais rien faire. Je me sentais impuissante.

Malgré cette condition, je me suis évertuée à continuer les actions Food Not Bombs dans ma ville. J’étais très fière d’avoir lancé le collectif, j’avais investi beaucoup de moi-même dans ce projet, et je ne voulais pas abandonner. Après seulement un ou deux mois d’absence, j’y suis retournée avec mon bébé en écharpe. Le collectif avait alors (et a toujours) une façon très lourde de fonctionner puisque nous n’avons pas de cuisine fixe pour préparer les repas et devons à chaque fois trouver une cuisine, organiser l’évènement, transporter du matériel en plus de la récup’, etc… C’était donc très difficile pour chacun. De plus, les membres du collectif ne réalisaient pas, je pense, l’état d’épuisement dans lequel j’étais (mais ce n’est pas du tout de leur faute, c’est moi qui aurais du être plus lucide). J’ai un souvenir assez pénible d’être allé faire des courses pour le collectif alors que je n’avais pas l’énergie de les faire pour moi-même et que je ne mangeais que des pâtes (quand j’arrivais à me traîner suffisamment pour me les faire cuire).

Rétrospectivement, franchement, c’était une erreur. Avant cela, j’avais donné beaucoup de moi-même, et aller faire les courses était une broutille à côté de toute la peine que je m’étais donné pour faire marcher le projet. Sauf que tout ce que j’avais fait, je l’avais fait avec joie. Même trimballer 15kg de légumes à pieds sur 3km, je l’avais fait avec joie, parce que j’avais envie que ça marche, et parce que même si c’était difficile, j’avais l’énergie pour le faire. Quelques mois après la naissance de mon fils, je n’avais plus l’énergie. J’avais presque le sentiment de me faire exploiter (alors que c’était mon choix de participer, personne ne m’y avait forcé).

Mais militer, ça demande des efforts. Je ne pouvais pas militer sans faire d’efforts. Et quand vivre est en soi un effort, on ne peut pas forcément militer. Et ce, même si c’est quelque chose qui nous apporte aussi beaucoup d’énergie, qui nous remplit de positif et nous aide à affronter les difficultés de la vie. Pour ça, on doit faire les choses avec cœur, et on doit en être capable, émotionnellement, spirituellement, matériellement, etc…

Après avoir réalisé ce qui se passait en moi, j’ai cessé de contribuer au Food Not Bombs, pour n’y revenir qu’occasionnellement plus tard. Même maintenant, je ne participe plus à toutes les distributions, alors que je n’en ai jamais raté une seule quand j’étais enceinte. J’écris cela avec amertume car j’aimerais beaucoup faire plus. Mais même si c’est douloureux pour moi de ne plus être au top, j’essaie de me respecter et de ne pas faire plus que ce dont je me sens capable. Je pense que faire autrement n’apportera rien de bon, ni à moi, ni au collectif, ni aux causes qu’il défend.

Militer, c’est quoi?

Militer, c’est se confronter au monde.
Pour organiser un Food Not Bombs par exemple, il faut trouver des personnes motivées, les joindre, les organiser (ce n’est pas à chacun de le faire mais quelqu’un doit bien le faire…). Il faut, dans notre cas, trouver un lieu pour cuisiner, ce qui demande pas mal d’énergie à chaque fois (heureusement que ce n’est plus moi qui le fais car autant dire que le Food Not Bombs Montpellier n’existerait plus…). Il faut ensuite se rendre aux récup’, collecter puis charrier des tonnes de légumes. Il faut ensuite décider quoi faire avec, puis les cuisiner, préparer les repas, stocker pour le lendemain, puis tout trimballer à nouveau, installer le stand, puis il faut distribuer les repas, avec le sourire, parler aux gens, répondre aux questions, être positif. Puis à la fin il faut tout remballer et aller faire la vaisselle, ce qui franchement est la partie la plus pénible.
Il a aussi fallu rédiger des tracts, trouver de quoi les photocopier, faire des réunions, créer un forum, tenir le blog…
Je prend l’exemple du Food Not Bombs parce que c’est quelque chose que je connais bien, mais c’est aussi assez représentatif de ce qu’est le militantisme: ça demande beaucoup d’efforts, et finalement on obtient peu en échange, donc pour le faire il faut vraiment être prêt à donner de soi. Mais toute action militante implique de s’investir et de faire des efforts.
Par exemple, tenir un stand contre la viande, c’est très mignon, mais si on n’est pas prêt à débattre avec calme et courtoisie face à des gens qui vous nous dire que les vaches n’ont pas de conscience de toutes façons et qu’elles sont faites pour être mangées, alors je pense honnêtement que ça ne sert à rien de tenir un stand, sinon à se faire mousser. Se faire mousser n’est d’ailleurs pas un crime, mais ça ne devrait pas occulter le véritable intérêt du militantisme, qui est de faire changer les choses. Et on ne change pas le monde sans faire des efforts.

Militer, ce n’est pas seulement faire des choses super intéressantes et enrichissantes.

Militer, c’est parler avec des gens qu’on aurait bien envoyé chier dans un autre contexte, mais on n’est pas là pour ça mais pour les sensibiliser, les éduquer. Pas pour se défouler, pas pour exprimer nos sentiments.

Un jour, à un Food Not Bombs, un papy m’a dit: « c’est facile de trouver du travail, il suffit de le vouloir, c’est tout. vivre dans la rue, c’est un choix ». Y avait des SDF juste à côté. Franchement, ça met en colère d’entendre des trucs pareils.

À chaque action pour les animaux, on nous traite de « brigitte bardot » ou d’extrémistes, les gens passent en disant « mmmh la viande c’est bon » et on doit discuter sans s’énerver avec des gens qui nous disent toutes sortes d’arguments qui figurent dans le Bingo végétarien.

Bingo carniste.

Bingo carniste.

Et ça ce sont des exemples où je ne suis pas concernée par l’oppression. Mais quand tu es concerné c’est évidemment sans commune mesure. Qu’un mec vienne me dire que les femmes n’ont qu’à rester à la maison pour pas se faire violer, je vois rouge.

Mais quand tu milites, ta colère, tu ne te contentes pas de la hurler à la face du monde. Tu essaies d’en faire quelque chose de constructif. Tu ne la refoules pas forcément, tu ne la considère pas comme illégitime et malvenue, surtout quand c’est ce que ce monde injuste t’a appris et que tu voudrais changer cela. Mais tu en fais quelque chose d’utile, tu la transcendes. C’est ça, militer.

Oui c’est dur, oui tout le monde ne peut et ne doit pas le faire; et oui, nous ne sommes pas égaux face à cela.

Je ne jette pas la pierre aux gens qui sont en colère et ne peuvent rien faire d’autre que de hurler. Certains ont besoin d’exprimer cette colère, ça peut être une question de survie. Je dis simplement qu’ils ne militent pas en faisant ça. Peut-être qu’ils militent à d’autres moments de leur vie, mais pas quand ils hurlent, à mon avis. Pour prendre un exemple plus clair, quand j’explique posément à une personne en quoi le sexisme de ses propos me pose problème, et que je prends sur moi pour ne pas m’emporter et rester calme afin que mes propos puissent avoir une portée, je milite. Au contraire, quand je dis quelque chose comme « va te faire foutre espèce d’étron puant et va trimballer ton machisme dégueulasse ailleurs », je ne suis pas en train de militer. Je suis en train de me défouler. Ce n’est pas la même chose. ça me fait peut-être du bien sur le moment, mais ça ne change pas le monde, pas vraiment. Ça ne fait pas partie d’une stratégie pour changer les choses et rendre la vie un peu moins injuste. C’est juste des insultes. Et si légitime que soit ma colère, si révoltants soient les propos qui me font réagir ainsi, ça n’en fait pas du militantisme pour autant.

Faut-il éduquer tout le monde?

Parfois les gens disent « on n’a pas à éduquer tout le monde » (les hommes, les blancs, les cis…). En disant cela, ils réagissent avec raison contre l’idée selon laquelle puisqu’ils sont victimes d’injustices et/ou puisqu’ils se disent militants, ils doivent nécessairement être pédagogues avec tout le monde, tout le temps, que c’est leur devoir. Autrement dit, qu’ils sont obligés de militer tout le temps. Ils ont raison de dire cela, car personne ne peut être obligé de militer, ça doit relever d’un choix éclairé. De plus, personne ne peut militer tout le temps, c’est humainement impossibles car les ressources d’un être humain sont limitées.

Mais il y a un mais. On n’a pas à éduquer tout le monde, c’est vrai. Une féministe, par exemple, a raison de penser que ce n’est pas son devoir d’être gentille et patiente avec tout mec venant étaler son machisme et demandant à ce qu’elle le fasse changer d’avis. Mais je tiens à attirer l’attention sur un simple fait: si nous, féministes, n’éduquons pas les gens et ne les sensibilisons pas au sexisme, alors qui le fera? Je ne dis pas que c’est le devoir de chacun-e et à tout instant. Mais je pense que si on veut rendre la société moins sexiste, et lorsque l’on s’en sent capable, alors il n’y a pas d’autre solution que d’éduquer, de sensibiliser, de discuter avec le plus de calme et de courtoisie possible, et de trouver le moyen d’apprivoiser sa colère, de l’exprimer de façon constructive et utile, ou alors de la garder pour des situations privées. Encore une fois, personne n’est obligée de faire ça. Et vous avez le droit d’insulter un troll macho. Seulement, ce n’est pas du féminisme dans le sens où ce n’est pas un acte militant, c’est un acte personnel qui vous sert à vous mais qui ne va pas forcément changer les choses. Et même si cet acte révèle vos points de vue féministe, ce n’est pas du militantisme pour autant.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le militantisme ne doit choquer personne et doit être doux et gentil. Non, certainement pas. Le militantisme met souvent les gens mal à l’aise et c’est tout à fait légitime. Les féministes dénoncent le viol, les violences conjugales. Dénoncer le viol, c’est dénoncer les violeurs (ou alors sinon ça veut dire qu’on traite le sujet comme si les femmes se violaient toutes seules et que donc on fait n’importe quoi). Dans mon article précédent, j’ai dénoncé le harcèlement, donc des hommes sont venus me dire que ce n’était pas bien, parce qu’ils se sentaient attaqués en tant qu’hommes. Si je dénonce le viol, ou la violence conjugale, ce sera pareil. Pour prendre un autre exemple, dénoncer le massacre des animaux peut mettre mal à l’aise les gens qui mangent de la viande. On ne peut pas forcément faire autrement à moins d’édulcorer le discours militant au point qu’il perde de sa substance et au final ne serve plus à rien. Bien sur qu’on doit dénoncer, même si certaines personnes auront à affronter leur conscience, voire même leur identité, ce qui n’a rien de facile. Mais je voudrais mettre l’accent sur le fait que faire changer les gens, ça demande certaines conditions. Parfois, choquer ou provoquer dans le but d’amener une réflexion, ça peut être salutaire, bien sur. Pour autant, l’attaque frontale ne donne la plupart du temps pas le moindre résultat et voire même des résultats contraires à ceux qu’on espérait… Par exemple, si on milite pour les droits des animaux, insulter quelqu’un parce qu’il mange de la viande, en le traitant de monstre ou d’abruti, ne donne jamais aucun résultat. Alors qu’en discutant le plus posément possible, on peut amener une réflexion. C’est fatiguant et pesant, et les résultats ne sont presque jamais visibles, mais c’est la seule solution. Même si les gens sont sur la défensive et sortent tous les arguments du bingo, il est possible que plus tard ils changent d’avis, en partie grâce à cette discussion. Mais pour ça il faut faire l’effort.

Donc oui, militer c’est éduquer les gens, le plus efficacement possible, et donc ça demande des efforts. Bien sur, dans le cadre d’une discussion, les efforts doivent aller dans les deux sens: si j’essaie d’expliquer à quelqu’un ce qu’est la culture du viol, en lui fournissant plusieurs liens et outils pour qu’il se renseigne par lui-même parce que le concept est difficile à résumer, et qu’il n’en consulte aucun, alors je peux estimer qu’il ne fait pas les efforts nécessaires et que du coup je n’ai pas forcément envie de me décarcasser pour une telle personne (ce qui revient à peu près à jeter ses énergies dans les toilettes et à tirer la chasse…). Donc je baisse les bras. Après j’ai le choix entre l’ignorer et l’insulter, mais dans les deux cas je ne milite plus.

En fait, le plus juste serait évidemment que chaque personne s’éduque elle-même et que je n’ai pas à avoir de longues discussions chiantes sur le sexisme ou autres, des discussions où je vais toujours rabâcher les mêmes évidences et faire face aux mêmes arguments (qui figurent d’ailleurs dans des bingos, dont le ressort humoristique repose justement sur le caractère ultra répétitif des arguments ou remarques). J’aimerais que chacun se prenne en main et se renseigne, se questionne, se sensibilise, pour qu’au final le sexisme disparaisse de la société, ainsi que toutes les oppressions. Mais ça n’arrivera pas. Même si je le souhaite le plus fort du monde, et même si franchement c’est injuste que ce ne soit pas le cas, ça n’arrivera jamais. Donc il faut qu’il y ait des gens pour se sortir les doigts du croupion et faire quelque chose. Et le pire, c’est qu’on est même pas surs qu’on arrivera à mettre fin à la moindre injustice. Mais militer, c’est essayer.

249144_532111493514391_1470574863_nCe que militer est selon moi (liste non exhaustive):

  • Militer, c’est expliquer.
  • Militer, c’est expliquer, réexpliquer, re-réexpliquer, se répéter encore et encore.
  • Militer, c’est chercher des façons créatives de toucher les gens.
  • Militer, c’est réfléchir, confronter, organiser ses idées, écrire. C’est être le plus pédagogue possible.
  • Militer, c’est parfois éplucher des tonnes de navets et laver des seaux entier de salade… Ou encore tenir des pancartes sous la pluie… Ou tous ces trucs pénibles qu’on fait pour la bonne cause.
  • Militer, c’est rassembler les gens. C’est s’organiser, se retrouver, se réunir, discuter, expliquer, tenir compte de l’avis des autres.
  • Mettre en place des stratégies pour toucher le maximum de monde, que ce soit dans la rue, sur les réseaux sociaux ou via les médias.

Ce qui militer, toujours selon moi, n’est pas:

      • Envoyer chier quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi.
      • Insulter les gens, même si on a de bonnes raisons.
      • Insulter les gens, même si on a d’excellentes raisons et que ça nous fait du bien.
      • Ignorer les gens quand les insulter ne nous fait pas du bien.
      • Perdre certains amis et en trouver d’autres. Même si ça peut être une conséquence du militantisme, je pense que ce n’en est pas en soi.
      • Signer des pétitions en ligne pour les petits chatons qui meurent de faim là bas dans le monde. Pas plus que donner un Euro à un SDF. C’est utile mais j’ai du mal à appeler ça militer.
      • Faire la courses aux « like », aux « followers » et autres points de popularité…
      • Partager des trucs sur les réseau sociaux. Je sais que plein de gens ne seront pas d’accord avec moi, mais pour moi cliquer sur le bouton « partager » de Facebook ne constitue pas en soi un acte militant. Si mettre en place une stratégie pour faire bouger les choses en utilisant les réseaux sociaux est une forme de militantisme, partager des trucs qui nous touchent ou nous bouleversent sur notre page Facebook ou Twitter est souvent plutôt une façon d’exprimer quelque chose. Je n’y vois généralement pas du militantisme.Poster de jolies images et des jolis slogans sur les réseaux sociaux, même si c’est en rapport avec une cause qu’on souhaite défendre.
      • Faire la police du militantisme: décider qui est un bon militant et qui ne l’est pas.
      • Classer les gens en bonnes et en mauvaises personnes au nom d’une cause.

Militer, c’est aussi peut-être se remettre en question, avancer, réfléchir, lire. Ou du moins, il est nécessaire d’en passer par là pour être militant.

Bien sur, on peut militer en partie pour le plaisir. Le militantisme peut nous servir, aussi. Mais est-ce qu’on n’a pas vite fait de se proclamer militant alors qu’on ne fait finalement pas grand chose pour changer le monde? La question qu’on pourrait se poser, c’est: pour quoi je fais ça, quel est le but premier? Qu’est-ce que j’espère obtenir en échange?

Ne dressons pas le portrait du militant parfait, celui qui donne de soi sans compte et sans jamais, jamais rien attendre en échange, parce qu’il n’existe peut-être pas, parce que personne n’est parfait, parce que nous sommes humains. Mais pour autant, peut-on militer sans espoir de faire changer les choses? Peut-on militer sans faire passer au moins un peu la cause qu’on défend avant son ego, son besoin de popularité, ou son besoin d’exprimer des émotions?

Bien sur, si des gens ont envie de se dire militants, c’est leur droit. De toutes façons, eux savent ce qu’ils font ou ne font pas et pourquoi ils le font, personne ne fera la police pour vérifier ça. Mais simplement, ce n’est pas ma définition du militantisme. Et je pense qu’il faut tout de même placer une frontière entre ce qu’on fait pour soi et ce qu’on fait dans le but de changer le monde, même si parfois la limite peut être un peu plus floue que ça dans la réalité.

Certains ne manqueront pas de dire que je donne des leçons de militantisme. En fait, je pense que tout militantisme se doit d’être ouvert à la critique et donc au perfectionnement (même si ce n’est l’obligation de personne d’être parfait). Je pense qu’un militantisme qui dédaigne la critique est un militantisme mort. Bien sur, je ne fais ici que donner mon avis, ce qui n’est pas grand chose, ce n’est qu’un avis parmi des millions d’autres, et cet avis est susceptible d’évoluer. Je ne voudrais d’ailleurs pas qu’on utilise mon opinion pour condamner certains militants en mode « ce ne sont pas des vrais militants » parce qu’on n’a pas vraiment besoin de ça. Je voudrais simplement que chacun-e qui lise ce texte réfléchisse en son âme et conscience et décide ce qui pour elle, pour lui, est du militantisme ou n’en est pas, et pourquoi.

Commencer par soi

Pour être claire, oui, je pense qu’on a vite fait de se déclarer militants alors qu’à aucun moment on essaie de changer autre chose que sa propre vie. Et attention, c’est très bien d’essayer de changer sa propre vie. En fait, je pense qu’il faut passer par là, parce que tout changement commence par soi-même. Je pense que quand une personne a été traitée injustement, qu’elle a du refouler sa colère, la contenir, la taire au fond d’elle, et qu’enfin elle peut reprendre contact avec cette colère, et se dire que non, ce n’était pas normal d’être traitée comme ça, que non elle n’a pas toujours à se taire, qu’elle a le droit d’en vouloir, qu’elle a le droit aussi de ne pas être parfaite, qu’elle a le droit d’exprimer de la colère tout simplement, sans être « punie » pour cela, alors ce n’est pas le moment d’exiger de cette personne qu’elle prenne encore plus sur soi. Exprimer sa colère de façon brute, sans fard, est parfois nécessaire à certaines personnes. C’est peut-être aussi ce qui les amènera plus tard à être capables de militer, mais le but n’est pas là: le but est qu’elles se sentent mieux, de rétablir un peu l’injustice. En ce sens, le féminisme n’est pas seulement un mouvement militant, c’est aussi quelque chose qui peut aider les femmes, et peut-être aussi les hommes, à aller mieux. Pour une femme qui a toujours eu peur de marcher dans la rue, réaliser soudain que ce n’est pas normal et que ce n’est pas de sa faute peut être réellement salvateur. Réaliser qu’on a le droit d’être insultante envers un agresseur, que c’est légitime et que ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes, c’est bien. Mais ce n’est pas ce qui fait de nous des militantes. Même si ça peut à terme y avoir contribué, ou être une étape nécessaire. D’ailleurs, un féminisme qui ferait attention de ne pas heurter les pauvres hommes et de ne pas trop se mettre en colère parce que c’est pas joli pour une dame, serait un militantisme mou qui ne va pas bien loin…

Je ne vous reprocherai pas de vous faire passer avant la cause que vous avez envie de défendre parce que je pense que ce serait un total contresens. Je pense que personne ne peut vous reprocher de ne pas militer, si ce n’est vous-même (mais il faut aussi se souvenir d’être bienveillant avec soi, puisque nous avons souvent un long passé de culpabilisation). N’oubliez pas que militer demande des ressources et apporte parfois très peu en échange.

Je ne vous reprocherai pas non plus de vous dire militants alors que vous ne correspondez pas à ma définition du militantisme (quand bien même j’aurais la possibilité et l’envie de regarder de près ce que vous faites ou ne faites pas, ce qui n’est pas le cas). Je pense que c’est typiquement ce que je met dans la case « non-militantisme »: classer les militants en vrais ou en faux. ça n’a que peu d’intérêt, ce qui a de l’intérêt c’est de s’approprier la réflexion et de se demander ce qu’on est prêt à fournir ou non comme efforts. A la limite, les mots ne sont pas importants: vous pouvez vous dire militants et ne rien faire. Mais le but de cet article, c’est que chacun puisse se poser les questions suivantes:

  • Est-ce que j’ai envie de faire changer les choses?
  • Est-ce que je crois au changement, même un peu?
  • Est-ce que j’ai l’énergie, les ressources pour agir?
  • À quel moment est-ce que je vais m’occuper d’une cause à défendre et à quel moment est-ce que je vais m’occuper de moi-même et de mes besoins?
  • Comment est-ce que je vais agir exactement? Par quel moyen?

Ce n’est qu’en se posant ces questions qu’on pourra réellement faire avancer les choses.

Militer sur internet, militer dans la vraie vie

J’avoue que derrière cet article, il y a en partie le fait que je m’interroge de plus en plus sur le militantisme sur les réseaux sociaux. J’en ai déjà parlé sur ask, mais pour moi twitter ne sert pas à militer. Je ne dis pas qu’on ne peut pas l’utiliser pour militer, mais je ne l’ai jamais utilisé comme ça. J’ai relayé des infos militantes parfois, j’ai poussé beaucoup de coups de gueule, j’ai parfois relayé des témoignages que je pensais utiles (personnes racisées, personnes trans, etc…) et twitter m’a aidée à être plus lucide sur certaines oppressions. Mais c’est surtout une plate-forme que j’utilise pour me distraire et qui ne me demande aucun effort ni aucune concentration (donc bien pratique quand on s’occupe d’un bébé en même temps…). Donc j’aurais franchement du mal à appeler ça militantisme. Que d’autres aient envie de se dire militants, pourquoi pas, mais j’avoue que je suis parfois un peu fatiguée de voir des gens se dire militants alors qu’une grosse partie (mais #NotAllTwittos bien sur) ne font que gueuler en remuant les bras. Ils ont le droit de gueuler, ils ont même le droit d’appeler ça militantisme, mais ce n’est pas mon avis. De plus, je me demande quelle proportion de personnes lisent réellement des articles, sans parler de ceux qui en écrivent ou participent à des actions militantes quelles qu’elles soient, ou font de temps en temps un effort pour être pédagogue avec quelqu’un? Je sais que j’ai un peu l’air de faire la police du militantisme, alors que c’est ce que je dénonçais avant. Mais si je dis ça, c’est parce que je pense qu’il ne faut pas se laisser abuser par Twitter, qui est une sorte de vaste cour de récré dans laquelle on se fait embrigader dans des mouvements de groupe auxquels on n’ose pas s’opposer parce que « c’est pour la bonne cause » (celle des femmes, des trans, etc…) alors que je pense que pour être militant, il faut avant tout être capable de penser par soi-même. Et aussi de faire passer une certaine objectivité, et une certaine liberté de pensée, avant les effets de groupe et le besoin de popularité. Pour moi, Twitter est presque une plate-forme anti-militante dans le sens où elle n’encourage pas la réflexion, le dialogue et la remise en question, mais plutôt le buzz et le besoin de popularité. Quand un dialogue tente de s’installer malgré tout, on est souvent gêné par les limites de caractères et souvent le dialogue tourne court. L’agressivité est aussi fortement encouragée.

Quant à Facebook, j’avoue avoir tenté de l’utiliser pour militer, mais franchement ça n’a pas duré longtemps. Facebook est un outil super pour partager des photos de mon gamin qui se renverse son assiette de spaghettis sur la tête. Ou pour rester en contact avec les gens quand je voyage. Je ne dis pas que partage pas de temps en temps un article intéressant, mais ça reste assez limité.

Enfin, un petit mot sur les actions de rue, bien qu’il y aurait beaucoup à en dire… Ce que je considère comme du faux militantisme n’est pas forcément réservé à internet. Même participer à des stands ou des manifs n’est pas forcément du militantisme à mes yeux, tout dépend de la façon dont on le fait. J’ai participé à des stands super, où il y avait un vrai dialogue, où on essayait de toucher les gens. Et d’autres beaucoup moins efficaces, où on ne faisait que choquer la population et prêcher des convaincus. Un exemple me revient à l’esprit: on avait étalé des photos gore, et une personne s’approche en disant « mais qu’est-ce que c’est que cette horreur? ». Une militante répond sèchement: « c’est ce que vous mangez ». La passante est partie énervée, non sans avoir protesté qu’elle était végétarienne. Je ne jette pas la pierre à cette militante, qui est très jeune et a le droit à l’erreur, mais je pense que c’est assez représentatif d’à quoi servaient certaines de nos actions: se défouler, se réunir entre personnes convaincues (un peu convaincues aussi d’être mieux que les autres…) et taper sur les méchants tueurs d’animaux.  Dans le même esprit, est-ce qu’insulter les gens assis à la terrasse d’un Macdo lors d’une manif pour le végétarisme peut apporter quoi que ce soit à la cause des animaux, ou est-ce qu’il s’agit simplement d’affirmer sa supériorité morale et de répondre à son besoin d’appartenir à un groupe, une communauté? Et ça c’est quelque chose qu’on voit dans beaucoup de manifs. Je ne jette pas la pierre encore une fois, j’ai déjà du faire des choses comme ça, et à la limite ce n’est pas très important. Ce qui est important à mon sens, c’est de réaliser que ce n’est pas du militantisme

Ajout (26/11/2014)

Plein de choses ont déjà été dites sur cet article et je n’en suis déjà plus satisfaite. Quand je l’ai écrit je voyais bien que ce n’était pas une réflexion très aboutie, mais j’ai décidé de tout de même l’écrire, donc merci aux gens qui m’ont apporté de la critique constructive car c’est justement dans ce genre de cas que c’est le plus nécessaire ! Je vais donc ajouter quelques questions-réponses. Si j’ai mal compris vos objections, n’hésitez pas à le faire remarquer.

1) Tu dis qu’insulter les gens c’est pas bien, mais toi-même tu l’as déjà fait/des fois il n’y a que l’insulte de possible

Je ne dis pas qu’insulter les gens c’est pas bien. Je dis que selon moi ce n’est plus militer. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire. Je ne dis pas que je ne l’ai jamais fait ni même que je ne le referai pas. Simplement je considère (encore une fois, je peux me tromper là-dessus mais c’est mon point de vue au moment où j’écris ceci) que militer c’est essayer de faire changer les choses alors qu’insulter c’est plutôt une certaine forme de renonciation.

2) Tu parles surtout de militer contre des oppressions qui ne nous concernent pas, mais il en va différemment des personnes qui sont au cœur d’une ou plusieurs oppressions.

Oui, c’est le gros défaut de mon article. Cela dit il n’est pas à jeter à la poubelle pour autant, puisqu’il est valable du coup au moins pour certaines situations… Mais c’est clair, je l’écrirais plus de la même façon après certaines remarques qu’on m’a faites. Si vous vous êtes sentis exclus ou blessés, je m’en excuse. Oui, je me suis placée surtout (bien que pas totalement exclusivement) d’un point de vue d’une personne non concernée. Et en fait c’est là que ma réflexion est inaboutie, c’est que je fais pas assez la distinction entre mettre de côté ses sentiments face aux injustices qui nous concernent ou qui concernent d’autres. Deor notamment fait remarquer: « Pour certaines personnes, s’opposer à un système d’oppression (…) est une nécessité vitale et pas toujours un choix. » Cette remarque est très juste; je tiens néanmoins à la nuancer par le fait que des gens peuvent très bien soutenir des oppressions donc ils sont victimes, afin d’y survivre le mieux possible (c’est la thèse développée dans « les femmes de droite » de Dworkin). Et je nuance cette nuance (oui) par le fait que les opprimés n’ont pas un choix éclairé en ce qui concerne le fait de « collaborer » ou non à une oppression, puisqu’ils ont beaucoup moins de clés pour choisir que les oppresseurs (et là le nom de l’autrice ayant élaboré cette thèse m’échappe totalement, si quelqu’un voit de quoi je veux parler…).

Bref quoi qu’il en soit, le problème se pose donc différemment pour les gens qui sont victimes d’injustice et qui n’ont d’autre choix que de se soulever contre l’oppression. C’est un peu à ça que je pensais que j’ai parlé de se réunir, se rassembler, s’organiser, etc… Oui, bien sur que faire ça c’est militer. Et je n’ai pas forcément pensé à toutes les façons dont les gens peuvent militer, et je m’en excuse mais du coup mon article ne recouvre pas toutes les façons de militer qui existent.

3) Tu parles surtout de militantisme visant les oppresseurs, mais militer c’est aussi créer des espaces safe, aider et soutenir les gens victimes de violences, etc…

Ca rejoint un peu ce que j’ai dit au-dessus: je n’ai pas assez insisté là-dessus. Mais par exemple, un Food Not Bombs, c’est faire de l’information et de la pédagogie, mais c’est aussi tout bonnement servir des repas. Donc oui, soutenir par exemple les femmes victimes de violences conjugales, en leur offrant une écoute ou un soutien matériel, c’est évidemment du militantisme. Ce point n’est pas très clair dans l’article

4) Tu dis que militer n’est pas séparer bons et mauvais militants mais c’est ce que tu fais dans cet article.

En fait, dans cet article, j’essaie de distinguer ce qui est du militantisme de ce qui n’en est pas (de mon point de vue). Je sais que c’est présomptueux, mais je pense que ça peut être utile. Je sais très bien aussi que ça peut être utilisé pour distinguer les bons ou vrais militants des mauvais ou des faux. Mais de toutes façons tout le monde fait déjà ça et personne n’a attendu mon article… Le but de l’article n’est pas de faire ça mais que chacun puisse avoir davantage d’outils pour s’interroger sur soi (les questions que je pose à la fin de l’article). Distinguer ce qui est du militantisme de ce qui n’en est pas, ce n’est pas s’attaquer aux personnes, ce n’est pas non plus s’attaquer à ce que font les personnes (car ne pas militer, ce n’est pas MAL, le matin quand je prend mon café je milite pas, j’ai le droit quand même). C’est simplement essayer de percevoir, de distinguer les motivations de différents actes. Qu’est ce que je cherche quand je répond à ce type sur internet? est-ce que ça va aider ma cause ou juste me défouler? Ça c’est une question qu’il faut à mon avis se poser souvent, et pas seulement pour la Cause mais avant tout pour soi. Le simple fait de se demander ça peut aider une personne à s’interroger du même coup sur ce qui la motive, ce qu’elle cherche, ce qu’elle peut obtenir ou ne pas obtenir en agissant, sur les choix qui se présentent à elle pour parvenir à son but, etc etc…

À la limite, même si moi je considérais que telle ou telle personne n’est pas une « vraie » militante (ce qui franchement n’est pas le cas. Franchement. J’ai dit que je m’interrogeais sur le militantisme twitter, mais je ne vise absolument personne en particulier. Je sais qu’il est facile de se sentir visé: c’est simple, vous ne l’êtes pas), donc même si je considérais que machin est un faux militant en carton… Qu’est-ce que ça peut foutre, franchement? Ce n’est pas le but de l’article et je ne vois pas pourquoi les gens attacheraient autant d’importance à ce que moi je pense d’eux. L’important c’est ce qu’eux-même pensent d’eux, c’est déjà bien.

Enfin une remarque qui ne m’a pas été faite directement mais qui ressort un peu à travers certaines critiques, c’est que militer, ça a des définitions différentes pour chaque personne, que certaines personnes peuvent appeler « militer » ce que je définis ici comme ne pas militer, que pour certains le militantisme fait beaucoup plus partie de leur vie, etc… Oui, ok, c’est justement pourquoi c’est à chacun de s’interroger et non pas à bidule de dire à truc muche ce qu’il doit faire. Je donne mes définitions, on est libre de les adopter ou pas, et moi-même je peux très bien changer d’avis sur certains points.

Enfin, n’hésitez pas à me faire des suggestions, remarques, critiques, etc… aussi par rapport à ce que je viens d’ajouter.

93 réflexions au sujet de « Militer c’est chiant »

  1. Super cet article, je l’ai partagé sur facebook !

    Sans blague, merci de prendre la peine de coucher sur écran tes réflexions et interrogations, je pense que ça aide :)

  2. Salut,

    Je suis végétarien depuis un peu plus d’un an (en cours de véganisation), période durant laquelle je suis passé par a peu près tous les stades que tu décris dans tes différents articles. J’ai fait ce choix après avoir visionné les pires horreurs qu’on peut trouver en matière d’exploitation animale, ont peut donc raisonnablement dire que c’était un choix dicté d’avantage par l’émotivité que par la raison (chose qu’on m’a beaucoup reproché d’ailleurs). Pour moi le calcul était simple : ce que je vois est insupportable (phase « ça doit être des cas isolés » suivi de la phase Gary Yourofsky « Ah ben non en fait » suivi de la phase « Yourofsky dit quand même des trucs douteux est ce que je dois me fier a ce gars là »), je ne veux plus y participer, je n’aurais jamais du y participer, donc je n’en consomme plus. Sauf que très vite c’est devenu complètement insuffisant, car est arrivé le moment douloureux ou j’ai réalisé que de toute manière, que je mange ou ne mange pas tel aliment, ça ne change absolument que dalle. On est de plus en plus nombreux, l’industrie a de beaux jours devant elle, et les animaux ont pas fini d’en chier. C’est a ce moment la que j’ai souhaité militer.

    J’ai donc participé a une action « Fermons les abattoirs » à Rennes. Du coup je me suis retrouvé sous la pluie avec une pancarte de cheval pendouillant dans un abattoir quelconque et en me demandant « Qu’est ce que je fout la ». Mais j’avais l’impression de participer a quelque chose, de faire quelque chose. Quand je me suis retrouvé confronté au problème de l’exploitation animale ma première réaction a été une immense vague de culpabilisation, et j’ai a mon avis essayé dans un premier temps d' »expier mes fautes », mais dès que je me suis posé sincèrement la question « est ce que ce que je suis en train de faire aide vraiment les animaux », c’est devenu plus compliqué. C’est ce que tu a essayé d’exprimer en disant de partir de soi, je crois.

    Le problème est effectivement qu’il n’y a pas un militantisme mais des militantismes. De plus, des considérations très différentes s’opposent : D’une part, ne rien faire est insupportable. Parce que des horreurs arrivent a chaque seconde et que rester les bras croisés n’est pas acceptable (pour moi en tout cas). Mais d’un autre côté, en militant n’importe comment (j’entends par la, pas au bon moment ou pas de façon pertinente) on peut avoir l’impression (a tort ou a raison) de nuire a l’action de personnes plus matures et plus efficaces pour la cause qui nous tiens a cœur. Et c’est la qu’on se retrouve a avoir peur d’essayer de faire quoi que ce soit. A force de confronter les avis de la planète entière pour essayer de trouver qui détiens la vérité, au lieu d’essayer tout simplement, je me suis retrouvé dans cette impasse intellectuelle et depuis plusieurs mois je trouve très difficile de faire la part des choses entre des actions qui sont en fait orientées pour me soulager moi où les gens avec qui je milite, ma conscience, whatever, et les actions qui vont aider concrètement les victimes.

    Car que ce soit pour les animaux, ou toute oppression, le sentiment qui prends souvent le dessus sur touts les autres c’est qu’il y a urgence. Il faut agir tout de suite pour tenter d’enrayer un système qui de toute manière perdurera. Faire sauter un abattoir, c’est plutôt une idée qui me plait. C’est concret, ça s’arrête, mais le mois prochains, le même abattoir est construit a 500m, le carnage reprend et au passage je ne doute pas que les médias auront bien stigmatisé l’ensemble du mouvement. Porter des panneaux c’est cool mais au fond qui essaye t-on de convaincre ? Faire évoluer la loi ok, mais pas pour des mesurettes qui s’appliqueront dans un futur hypothétique et que de toute façon personne ne respectera faute de moyen de contrôle. Tout ça s’oppose méchamment et empêche d’agir. Ajoutons aussi le fait de se prendre en pleine gueule des bateaux entiers de privilèges (je suis pas a la rue, je suis un mec blanc vaguement hétéro sans gamin a charge, etc) et rapidement ce qui ressort c’est que militer, ou en tout cas agir n’est plus un choix, c’est un foutu devoir.

    Voila, c’est sort comme ça, et ça mélange plein de chose que j’ai compris dans ton article, la difficulté de croire au changement, mêlée a la volonté de faire changer les choses sans pour autant savoir comment y parvenir faute d’avoir essayé :D

    C’était très long et pas très clair, désolé. Lire cet article m’a fait beaucoup de bien car il pose à plat beaucoup de questions que je me pose. Pour illustrer mon propos, je me permet de livrer ma propre expérience (encore très récente), qui t’intéressera peut-être.

    Au plaisir de te lire

  3. Merci pour ton article très éclairant sur beaucoup de sujets ! Sa lecture m’amène cependant à soulever certaines questions :

    En définissant le militantisme avant tout par la fonction pédagogique (« expliquer », « éduquer », etc.) ne risque-t-on pas de se placer d’avance dans une position confortable de maître qui donne des leçons aux ignorants, ceux qui ne comprennent pas leur sexisme, racisme, etc. alors que toi, l’ « éducat-eur-ice, tu le comprends très bien ? Le militantisme n’est-il pas aussi lui-même source d’apprentissage pour le militant qui est obligé souvent à remettre en question ses catégories acquises par la confrontation avec la « réalité » des non militants ?

    Il me semble aussi que ton analyse fait abstraction du fait que sexisme, racisme, spécisme, etc. ne sont pas que des simples sentiments personnels, mais qu’ils sont induits par des mécanismes sociaux plus larges que les individus héritent souvent à leur insu. N’est-ce pas un peu un travail de Sisyphe que de se borner à vouloir convaincre les individus à être moins sexistes alors même que (par exemple) l’école, la culture et les structures politiques reproduisent sans cesse le sexisme ? Et du coup, comment changer les choses autrement que par une lutte organisée de masse, laquelle est par nature clivante ? Car si le rapport de force ne va certes pas persuader l’ennemi à passer dans son camp il peut tout de même faire pencher vers toi beaucoup d’hésitants qui seraient donc obligés de prendre parti.

    Amitiés,
    Rosa

    • En fait comme tu le dis, les gens baignent dans le racisme, le sexisme etc… Mais ils en sont généralement inconscients. Donc « éduquer », dans ce contexte, c’est rendre les gens conscients des oppressions. Ce qui ne veut pas dire qu’on a raison sur tout, qu’on se pose en modèle sur tout, ou qu’on ne peut pas avoir tort sur certains sujets… Tu as raison de le souligner… Mais en tous cas de mon expérience, il faut quand même avoir une assez bonne connaissance des sujets qu’on défend si on veut espérer avoir une portée.
      Pour ce qui est de la pédagogie, je pense qu’éduquer (selon les termes que je viens d’expliquer) est essentiel dans le militantisme. Parce que c’est ce qui permet le changement tout simplement. Bien sur ça ne veut pas forcément dire convaincre UNE personne, ça peut être par exemple intervenir auprès des élèves dans les écoles, etc… (ce qui nécessite d’être capable de convaincre les institutions de l’utilité de la démarche, et ensuite seulement de faire preuve de pédagogie auprès des élèves). Et bien sur il existe des rapports de forces entre les militants et le reste de la société, mais ces rapports de force nécessitent justement d’être le plus nombreux possible, et d’être unis. Aucune unité n’est possible si on n’est pas capable à la fois de partager ses idées et de se remettre en question.

      • C’est pour ça que quand tu dis  » « on n’a pas à éduquer tout le monde » (les hommes, les blancs, les cis…) », je ne suis pas tout à fait d’accord, car il y a aussi des femmes (par exemple) qui ne sont pas conscientes d’être oppressées, ou,pire qui soutiennent l’oppression dont elles sont victimes (genre très visible, tumblr contre le féminisme, ou propos sexistes de femmes contre d’autres femmes, entendus au quotidien).
        Ou des noirs qui tiennent des propos racistes (yc anti noir).

        Le vrai « soucis » avec ces personnes, c’est que, ce faisant, elles font un porte étendard très visible et libèrent la parole d’autres qui légitiment ces propos par du « la preuve que c’est vrai même XXXX le dit, pourtant c’est un/une YYYYY, il/elle peut pas être raciste/sexiste/homophobe puisque c’est un/une femme/noir (femme/noir, ici, par exemple, on peut mettre n’importe quelle catégorie de personne).

        A la limite, si c’est volontaire, on peut assimiler ça à du militantisme (ces personnes défendent une vision, croient en des valeurs, genre les Caryatides), mais le plus souvent c’est de l’ignorance, non ?

    • Militer pour moi, c’est arrêter de réfléchir pour adopter un discours formaté destiné à défendre la cause que l’on a choisi… C’est définir un mur d’un coté duquel se situent les bons, et de l’autre les méchants. C’est refuser de se laisser soi-même convaincre par l’argumentaire de l’autre, que l’on disqualifiera d’office car il parle depuis l’autre coté du mur, c’est se fermer le cerveau contre toute explication extérieure… C’est abandonner sa propre liberté de pensée pour conformer ses opinions à celle du groupe militant. C’est enfin exclure ceux qui s’écarte du discours choisi et défendu, ce qui donne lieu à d’innombrable guerres picrocholines dans lesquelles on détruira les amitiés et broiera les individus.

      Définition fortement négative que je vous soumet pour lancer le débat. Cela reflète évidemment une expérience hautement personnelle de mes contacts avec des militants qui n’est sûrement pas la vôtre…

      • En revanche ça se voit que tu n’as jamais milité et que tu n’as même pas pensé au fait qu’avant d’en arriver à militer on réfléchit beaucoup et on se pose beaucoup de questions (et pendant aussi bien sur).
        Si les militants te dérangent c’est peut-être simplement que tu n’aimerais pas voir changer certaines choses.

        • Je ne pense pas que les militants soient fermés d’esprit et aient une vision manichéenne du monde, mais plutôt que pour les gens ayant une prédisposition à ce mode là, le militantisme est fait pour eux et donc ils ont tendance à y rester. En étant entouré essentiellement de gens comme nous, cela facilite l’isolement mais nous rassure.
          J’ai tenté le militantisme à deux reprises, et j’ai été dégouté très rapidement par justement cette raideur intellectuelle qu’on nous demande, car on doit s’intégrer dans un groupe déjà constitué souvent depuis longtemps, et que donc remettre en question/poser des questions sur des sujets n’est pas toujours bien vu.
          C’est d’ailleurs aussi à cause de cette nécessaire « doxa » (sinon il n’y a pas de groupe) que j’ai renoncé à l’engagement dans un(des) parti(s) politique(s), car on demande nécessairement (enfin, c’est un point de vue) à un moment de renoncer à certaines opinions personnelles pour soutenir le corpus d’idée du parti, car sinon cela devient « ingérable » si chacun se permet de penser/dire ce qu’il veut (ou à moins de penser pile exactement pareil que son parti).

          Par contre, je pense que le militantisme sur UNE idée est faisable.

          • Il n’y a pas nécessairement besoin d’intégrer un groupe pour militer , sauf si on veut tenir un stand ou ce genre de chose . Mais la distribution de tratcs , le collage d’affiche , souvent pratiqués en groupe , peuvent parfaitement se faire seul , ça évite aussi d’être ralenti par des gens qui montrent qu’hélas , les stéréotypes ne sont pas toujours faux : les vg mollassons . J’ai le souvenir d’avoir collé deux fois moins d’affiches en compagnie d’une militante que seul , dans le même laps de temps …
            De plus , agir seul permet de s’organiser sans autres contraintes que les siennes . Désormais , je ne participe plus forcément aux actions collectives anti foi gras de Noël , j’imprime mes tracts , ou les commande à une association , et je fais le tour des supermarchés le soir , en déposant un tract dans chauqe caddie , ou bien dans n’importe quel endroit sur mon chemin où des gens sont à l’arrêt et ont le temps de lire ( abribus , de tram , laveries …) , ce qui n’est pas le cas du tractage devant le centre commercial le samedi après-midi . J’ai plusieurs fois constaté que des gens lisaient attentivement le tract que j’avais déposé à l’arrêt du bus ou dans une laverie , alors qu’ils jettent parfois aussitôt celui qu’on leur a mis sous le nez , dans la cohue d’une après-midi , d’autant que dix autres personnes , pour des offres de téléphonies , de cirque , de mutuelle étudiante etc … les ont déjà abordé . Du coup , il n’y a pas besoin d’organiser sa sortie , on laisse une info sur le chemin du boulot , de la boulangerie etc …
            Et autant passer du temps à trouver des gens sur la même longueur d’onde , temps qui sera rentabilisé , que de le perdre à essayer de convaincre ceux qui ne le sont pas , ce qui se termine en engueullade ou en ulcère si on l’évite .

        • Certainement. Le monde dans lequel je vis est tellement parfait!

          En fait, l’expérience à laquelle je fais allusion provient d’un domaine autre que celui dans lequel vous vous êtes spécialisée. Je ne pense pas que l’on puisse dire de cet autre domaine qu’il conduise à une forte hostilité de la population générale. Plutôt de l’indifférence polie. Mais les phénomènes que je décris dans el groupe de militant y existaient néanmoins. Je pense que c’est intrinsèque au militantisme.

          Sinon, je vous recommande le « tabouret de piotr » en lecture. ça parle de ça justement dans une autre époque et un autre contexte, mais exactement de ce que j’ai décrit. Bonne lecture.

          • Je ne suis spécialisée dans rien…
            je ne vois pas l’intérêt de généraliser un truc d’une façon aussi simpliste.

          • Je n’ai pas l’impression de généraliser: je parle de MON expérience dans MON cas et de MON ressenti.

            Cela peut certainement être de l’égocentrisme, je l’accepte bien volontiers, mais j’ai du mal à voir où cela peut être pris comme une généralisation.

            Dans votre cas, et dans votre domaine de militantisme (ce que j’appelais votre « spécialisation ») vous avez certainement une expérience tout à fait différente, où tous les militants qui vous entourent sont l’antithèse de ceux que j’ai rencontrés.

  4. Merci pour cet article.

    J’ai commencé cet article plusieurs fois et comme j’arrive pas à étaler clairement mes pensées, je vais juste raconter quelque chose pour l’illustrer.

    J’ai une amie, C., que j’aime et admire beaucoup. Je l’aime (c’est comme ça) mais je l’admire aussi parce qu’elle est belle de coeur. Vraiment. Je pensais pas que les « gens au coeur pur » existaient avant de la rencontrer, j’étais persuadée que les gens avaient toujours du mauvais et voulaient toujours faire du mal aux autres et quand ils disaient ne pas le faire exprès, c’était faux.

    Bref C. est végétarienne depuis quelques années maintenant. Depuis le temps qu’on se connait, elle ne m’a JAMAIS engueulée, interpellée parce que je mangeais de la viande. Elle ne s’est jamais présentée comme militante. En quatre ou cinq ans, j’ai du voir seulement deux ou trois photos chocs et horribles circuler sur Facebook montrant des animaux à l’agonie, torturés venant d’elle et de son copain, lui aussi végétarien. J’ai d’autres amis qui sont venus progressivement au végétarisme, l’un parce que ses parents sont très branchés new-age et l’ont élevé dans le respect de la nature entre autre et une autre parce que petite déjà, elle était très empathique envers les animaux et les recueillait dans son jardin et les élevait jusqu’à ce qu’ils puissent voler.

    Ce que je veux dire, c’est qu’on n’a pas besoin de remplir toutes les cases du militantisme pour aider ce monde. Les choses qui ont amorcé des changements dans ma vie c’est 1) la colère refoulée face à une injustice 2) la prise en charge de cette colère (je l’ai sortie parfois pas super bien) 3) et c’est le plus cool : avoir tissé des liens avec des gens qui vivaient concrètement ce qui leur tenait à coeur (et qui me parlait parce que c’était en accord avec mes valeurs) parce que ça leur parlait comme une évidence.

    Après, je suis contente que les militants existent, s’investissent comme ils le font même si ça correspond pas à ma façon de faire. J’ai été militante ou en tout cas, je me suis frottée durant quelques mois au militantisme (juste frottée selon je crois ce que tu considères comme du militantisme) en fréquentant quelqu’un qui habitait en squat, en essayant de participer au mouvement des indignés et en ouvrant ma gueule plus qu’aujourd’hui et ça ne m’a pas convenue parce qu’au fond de moi, je suis persuadée que c’est en distillant de l’empathie et en adoptant une posture essentiellement positive et active (et non essentiellement défensive et en réaction) que les choses bougent d’une manière qui me convienne.

    Qui plus est, je suis bien plus réceptive sur le long terme avec les gens que j’aime et apprécie, qui sont là dans ma vie concrète de tous les jours qu’avec ceux que j’admire seulement et qui – comme sur Internet – se trouvent loin de moi. Parce que je peux voir la façon dont ils vivent ce qu’ils disent.

    C’est ce que j’ai apprécié chez toi Lauren. Cette apparente adéquation entre ce que tu fais et ce que tu dis, cette ouverture et cet espèce d’effort de lâcher prise par rapport à tes écarts et à ceux des autres qui ouvre (selon moi) plus de perspectives, de manière plus positive et peut-être, de façon moins ostensible mais plus durable. J’espère que je suis compréhensible.

    J’espère que beaucoup de gens te liront car je vois comme tes écrits ont de l’écho, peut-être pour les mêmes raisons que j’ai évoquées juste avant.

    Et d’une certaine façon, j’espère que les militants plus extrêmes (cad plus campés agressivement sur leur position tant que ça n’est pas durable) resteront car je suis persuadée (je ne sais pas si c’est démontrable) que ce sont les extrêmes qui créent des espaces de modération (comme ce sont les contraintes qui créent des espaces de liberté par l’inventivité), que sont les extrêmes qui c’est en se complétant tous dans nos attitudes quotidiennes et assumées avec coeur (et pas essentiellement ego) qu’on avance pour que chacun puisse vivre avec toujours plus de dignité sa vie d’humain ou d’être, tout simplement.

  5. Ping : La colère | Pearltrees

  6. Très bel article merci. Je suis impressionnée par le virage que ce que tu as vécu ces derniers temps te permet d’opérer. J’aimer voir les gens évoluer c’est beau, c’est vivant. Tu sembles aller au fond des choses et de toi.
    Dans le passé, tu semblais moins accorder d’importance à la forme, pourvu le combat était le bon, maintenant tu t’interroges sur la bonne manière de le faire (le rapport à la colère par ex.), et aussi sur les raisons de le faire (parfois uniquement une décharge personnelle, ou pour se sentir « mieux » que les autres), c’est brillant… pour moi ce que tu fais ici en montrant cette réflexion est de l’ordre du militantisme, même si tu le fais aussi pour toi. Pour moi la clé est là, si on ne fait pas les choses aussi pour soi, si nous ne sommes pas nourris par ce qu’on fait, quoi que ce soit, on va à l’épuisement et à la hargne dans le militantisme comme tu le soulignes mais dans tout le reste aussi. C’est quand nos buts et notre plaisir personnel rencontrent des buts qui servent aux autres que je pense que nous sommes dans le juste et que nous avons le plus de chance de faire « du bon boulot », non pas guidé par la colère, la culpabilité et la réaction, mais par l’enthousiasme, le plaisir, la joie, la vie…

  7. Juste pour dire que si Food Not Bombs a encore des tracts à photocopier un de ces jours, je peux aider, j’ai des photocopieuses sous la main au boulot.
    (Oui, on vit dans la même ville. ^^)

  8. Je trouve cet article très intéressant.
    Je suis féministe (j’avais commencé par « je me considère »).

    J’ai jamais tenté d’être militante. Mais j’ai une difficulté incroyable à garder mon sang-froid et je m’énerve facilement. ça me plombe. Bref. Mais je m’interroge vraiment sur ça car je me retrouve à en discuter avec des gens qui ne se sont jamais interrogés sur les stéréotypes de genre, par exemple (on peut prendre n’importe quel sujet lambda). Donc au lieu de garder mon calme, très vite ça s’inscrit sur mon visage que je suis « choquée », je me mets à invectiver la personne, etc. Je ne sais pas comment faire autrement.. En plus je sais pas comment être « accessible » dans ma façon d’en parler (et je souhaite pas non plus spécialement avoir un discours tout pré-fabriqué).

  9. dans ce que tu dis, egocentriquement je pense à une notion capitale que j’ai du mal à faire comprendre et /ou accepter autour de moi, quand je parle avec des militants, féministes et/ou végétariens… c’est la compassion au sens premier du terme, d’où découle l’indulgence pour une personne qui est subjectivement une personne « bien » à mes yeux et pourtant aveugle à la souffrance animale ou au sexisme.
    Je vais tenter de dire ça plus clairement : je me souviens du temps où d’instinct je soupirais dédaigneusement devant des filles que j’estimais trop « girly » ou que j’avais de mauvais mots pour les mini jupes… aujourd’hui ça me fait honte d’avoir été comme ça, et je sais que j’ai du passer par de la réflexion, des rencontres et des expériences personnelles pour changer. Nous ne sommes pas tous égaux à commencer au point de vue de l’environnement qui nous a vu naître et de l’énergie nécessaire à dépenser rien que pour survivre, aussi de la réserve avec laquelle chacun naît…
    Alors quand quelqu’un ne partage pas des idées qui me semblent respectueuses pour les humains ou les animaux, je me vois, et je me dis qu’il ne faut pas se fixer sur un a priori. Je ressens de la compassion. J’essaie d’expliquer, et si je n’y arrive pas j’essaie de ne pas en être fâchée, je sais que le temps fait aussi son office dans la réflexion…

  10. Bonjour,

    Je note une longue partie sur le fait qu’il « ne fau(drait) pas insulter même si ça nous fait du bien » dans notre militantisme et je suis contente que tu en prennes consciente.
    Je me rappelle d’une altercation avec toi où on parlait de la place des hommes à la naissance du bébé.
    Tu avais commencé par m’intimer au silence parce qu’en tant que « non-mère » je ne serais pas capable de comprendre. Ce qui est un non-sens absolu, si il fallait avoir vécu quelque chose pour pouvoir le comprendre et l’analyser, personne ne se mobiliserait pour les animaux pour commencer; et celà ne me viendrait pas à l’idée d’accuser tous les blancs de ne rien comprendre au racisme puisqu’ils ne le vivent pas dans leur chair.

    Mais l’incident a continué; je t’ai dit que ce genre de situation ne m’arriverait jamais -parce que j’habitais en Suède et que nos congés parentaux sont divisés de façon différente, et que l’homme est obligé de les prendre.

    Vu la longueur du Tweet, j’ai du le diviser en deux. Mais tu as décidé de distribuer la première partie du message, à savoir « ça ne m’arrivera jamais », en essayant de m’humilier à la manière du diner de cons (« j’en tiens une » « encore une qui se la raconte » enfin je sais plus, ce n’est pas une expérience agréable et tu comprends que je n’aie pas lu toutes tes insultes)- tout en excitant tes followers à m’attaquer. Plus fort que d’insulter, tu as choisi de déformer mes propos et de manipuler les autres -en utilisant ton statut.

    Bref, ça n’a pas grande importance maintenant, j’espère juste que tu seras plus respectueuse dans tes interractions avec les gens; on est pas là pour être des défouloirs.

    Bonne continuation sur ton blog.

    • Je ne dis pas qu’il ne faut pas insulter, je dis qu’insulter n’est pas en soi un acte militant.
      Ce que tu m’as dit sur Twitter montrait une méconnaissance totale du sujet. Et franchement c’était super agaçant. Tu étais totalement dans le jugement, genre ces connes de mères qui se retrouvent avec un gamin toutes seules, et dans le « yaka » (elles avaient qu’à se trouver un meilleur mec, elles avaient qu’à savoir à l’avance, etc etc…) ce qui montrait ta méconnaissance totale du sujet. Je ne pense pas qu’il faille nécessairement avoir vécu une situation pour en parler (d’ailleurs ce n’est pas mon cas car dans mon couple nous avons un partage des tâches égalitaire, ce qui est une rareté absolue). en revanche quand on parle d’un sujet qu’on ne connait pas on dit parfois des énormités et c’était ton cas à ce moment là.

      •  » en revanche quand on parle d’un sujet qu’on ne connait pas on dit parfois des énormités et c’était ton cas à ce moment là. »

        Cela justifie donc le lynchage et le lâcher de chien twitter ?

          • Merci d’avoir publié le commentaire.

            Néanmoins, plutôt que de m’attribuer des propos que je n’ai jamais porté (« Ces connes de mères?? » Sérieux? J’espère que tu as pris un screenshot parce que là…) pour justifier une attaque publique que j’aurais (apparement) bien cherchée et méritée, j’aurais apprécié des excuses. Parce que là, c’est juste une invention malhonnête et méchante pour expliquer que tu m’aies humiliée tout en mobilisant tes followers à en faire autant.

            Tu as déformé mes propos à l’époque, tout comme tu le fais aujourd’hui. J’ai dit que les femmes n’avaient pas un instinct naturel biologique suprème qui les force à se lever quand leur bébé pleure, contrairement au père. Ce à quoi tu as répondu « on voit que tu as pas de gosses tu peux pas comprendre ». Avec de tels propos en Suède, les gens te riraient au nez – j’ai tenté de te parler des perspectives plus égalitaires auquelles les femmes pouvaient prétendre chez nous; sans y méler la biologie ou cette sacrée mère nature.

            Là où tu as raison, c’est que la violence conjugale et ces partages de tâches inégales autour de l’enfant, c’est plus ou moins la même chose. Que les femmes font juste ce qu’on attend d’elles via le dressage depuis la plus tendre enfance. La dispute m’aura au moins permis de comparer ces deux formes de violence-ce que j’aurais fait de toute façon, l’analyse féministe continuant son chemin dans les médias et les cerveaux.

            Bref, la courtoisie et le respect ne sont jamais de trop.

            Je continuerai de lire tes articles avec intérêt.

          • Non mais tu le fais exprès c’est pas possible.
            Tu as dit exactement qu’il n’y avait qu’à laisser pleurer le bébé jusqu’à ce que le père s’en occupe.
            Je t’ai répondu que ça se voit que tu n’as pas d’enfant. Parce que non, on laisse pas pleurer son gosse jusqu’à ce qu’un autre qui se sent moins concerné décide de s’en occuper. c’est ridicule, ça vient de quelqu’un qui n’a pas d’enfants et ça se voit.
            Ensuite quand on a pas de gosse et qu’on sait pas ce que c’est qu’entendre son gamin pleurer, on dit pas « YAKA faire comme ça ». Sinon on étale son ignorance et on est ridicule.
            Je n’ai jamais évoqué un « instinct naturel biologique » de mes fesses qui n’existe pas, j’ai évoqué l’expérience de la grossesse et de l’accouchement, et les conditionnements genrés qui font qu’une femme réagit différemment aux pleurs de son enfant. D’ailleurs la Suède a beau avoir plusieurs trains d’avance sur la France de ce côté-là, elle est loin de l’égalité parfaite, notamment pour ce qui est des congés parentaux. Et quand tu dis « moi je suis en suède donc ça m’arrivera pas » (d’avoir un mec qui te laisse faire tout le boulot », je me marre. il suffit pas d’habiter en suède, ma grande. Je te souhaite bien du courage, et bon vent.

  11. Coquille ?

    Trouvé :
    avec calme et courtoisie face à des gens qui vous nous dire…
    Proposition :
    avec calme et courtoisie face à des gens qui vont nous dire…

    Merci pour ce texte

  12. Perso, j’admire beaucoup les gens qui sont capables de militer. Moi, je crois que j’y arriverais pas, à entendre des conneries sexistes, racistes, « genristes » (Papa doit pas porter une robe), classistes… et à garder calme et courtoisie. Ou alors, ça me boufferait, et même si je gardais le sourire j’arriverais pas à contre-argumenter correctement et à être convaincant, parce que faudrait déjà me concentrer sur « garder son calme ».

    A une époque, j’étais entouré de plein de gens qui me sortaient ce genre d’âneries tous les jours, dans mon ancienne fac, et j’ai perdu beaucoup de temps et d’énergie à rester pédagogue avec chacun, à expliquer encore et encore. Je me suis pas emporté et j’ai pas ignoré parce que les débats passaient par fb, donc j’avais le temps de réfléchir au calme à ma réponse, et à la formuler de manière toujours la plus gentille possible (peut-être trop d’ailleurs, mais c’est dur de doser des fois). Bon, ça a peut-être porté chez certains mais j’ai pas l’impression. Au final j’ai fini par plus ou moins abandonner mes contacts avec tous ces gens (pas du militantisme en soi je sais, mais ça commençait à me gonfler).

    Pour le bingo je suis d’accord, ceux qui sortent tous les arguments du bingo et s’y accrochent (mais tout en ressentant le besoin de venir se justifier -en personne, physiquement- auprès de toi) ça peut facilement cacher un doute ou une culpabilité qu’ils essaient de refouler. Si de base ils étaient tranquilles ils feraient souvent pas ça.

    Perso je suis un « militant » spécialiste de la pétition pour les petits chatons (également partagée sur les réseaux) et du don par Internet, et honnêtement je me sens pas forcément capable de plus aujourd’hui, mais j’admire totalement ceux qui le sont. (et je suis d’accord avec toi ce genre d’actions suffit pas à être du militantisme (même si il y a aucune honte à le faire, au contraire).
    J’allais te demander si aller à des manifs c’est militer pour toi (histoire de comprendre mieux ce que t’entends par là exactement), mais tu y réponds déjà.

    Après, pour les manifs c’est compliqué. A Paris (ailleurs je sais pas), des fois certains samedis, il y a deux ou trois manifs de relativement petits groupes qui se suivent. Un jour, il y avait le cortège Existrans (pour les trans), relativement petit, et juste derrière un cortège sénégalais (j’ai pas compris leurs revendications exactes, j’étais avec Existrans).

    Ce que j’ai ressenti, c’est que ça diluait la portée des deux manifs de les mettre juste de suite comme ça (je blâme pas les organisateurs des deux groupes qui ont sûrement pas pu faire mieux), parce que dans la tête des gens qui auront vu ça, un sujet risque de chasser l’autre et qu’au final ils auront juste retenu « une suite de petits groupes qui manifestent pour leur petit truc ». Je suis pas dans leur tête donc je me trompe peut-être, mais de manière générale j’ai l’impression que « trop de manifs tue les manifs » du point de vue du citoyen lambda qui passe.

    Du coup, et là pour des raisons indépendantes de notre volonté (on n’a pas mis d’images choc ou insulté des gens, le plus choquant de la manif fut peut-être le die-in), la portée du truc était diluée. (Même si je dirais pas que c’était inutile, il y a peut-être une poignée de gens qui ont vu la manif et n’en avaient jamais entendu parler de près, à part dans un film ou deux minutes aux infos, et qui se sont renseignés ensuite, et des jeunes -et moins jeunes- trans que ça a un poil aidé à se sentir mieux. J’espère du moins.) Bon, puis sur la fin du cortège il y a eu des insultes et des jets de bouteille (contre les manifestants), ce qui laisse penser qu’au moins ça a fait réagir certains…

  13. Petite critique: « militer » c’est un mot qui recouvre aussi une multitude de pratiques différentes dont les acteurs-actrices ne définiraient pas eux-mêmes comme des pratiques « militantes ». Pour certaines personnes, s’opposer à un système d’oppression (patriarcat, racisme, capitalisme, dictature, etc selon les contextes) est une nécessité vitale et pas toujours un choix.

    Ce texte d’applique bien à des gens qui ont le luxe de pouvoir choisir de ne pas lutter et à des formes « traditionnelles » de militantisme. Mais il n’y a pas que ça.

    En Grèce, bien des gens n’ont pas d’autre choix que de lutter contre leur État, leur police, ou les néo-nazis d’Aube Dorée, par exemple, parce qu’ils sont une menace directe. En France, des gens doivent lutter pour se loger (occupations « illégales ») parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement. Au Burkina ou en Tunisie, entre autres, faire tomber la dictature était une nécessité, aussi.

    • Je suis en fait assez d’accord avec toi. Je ne sais pas si je vais éditer l’article, en tous cas pas maintenant parce qu’il y a déjà plein de choses que j’aimerais rajouter ou nuancer.

  14. Bon, je sens que je vais encore me faire incendier, mais je prends quand même le risque.

    Comment pouvez vous prétendre expliquer ce qui ne relève pas du domaine de l’objectif ? Comment pouvez vous enseigner une chose qui est du domaine même de la foi. Parce qu’au final, on en revient toujours là. Attention, quand je dis foi, je ne me limite pas aux 3 religions les plus répandue en occident. Croire, par exemple, que la vie est « précieuse », c’est du domaine de la foi. Croire que « faire souffrir un être pensant, c’est mal », c’est du domaine de la foi. Croire en l' »égalité », c’est du domaine de la foi (surtout quand on sait que les définition changent suivant les personnes). On peut aussi croire en d’autre valeur, comme le « mérite » ou la « grandeur » ou encore l' »ordre par exemple.

    Quand vous parlez d' »expliquer », moi j’ai l’impression que vous voulez dire « prêcher » ou « sermonner ». Ce qui n’est pas, ou du moins ne devrait pas, être péjoratif (techniquement, en écrivant ce poste, je pense que je fais plus un sermon qu’une explication, parce que savoir ce qui relève ou non de l’objectif est du domaine de la foi, même si certaines choses sont universellement admise comme étant objectives). Mais ce qui n’a pas du tout la même valeur. Parce qu’éduquer, c’est forcément améliorer le monde, c’est faire progresser les gens sur le chemin de la connaissance. Alors que prêcher, c’est pousser le monde à suivre une même foi. Et savoir si ça rend le monde meilleurs ou non est un problème indécidable.

    • Donc en gros toi tu penses que faire souffrir un animal sans nécessité c’est bien?
      En fait militer ne revient pas à expliquer ce qui est bien ou mal, mais entre autres à faire prendre conscience de certaines choses aux gens. Et si les gens avaient conscience de ce qu’ils mangent (par exemple), les choses seraient différentes. Au final, une fois qu’ils sont informés, la décision leur appartient.

      • « Donc en gros toi tu penses que faire souffrir un animal sans nécessité c’est bien? »

        Non. Mais je ne penses pas que ça soit mal pour autant. C’est justement le sens de mes propos.

        Et justement, quand vous dites que votre but n’est pas de dire ce qui est bien ou mal, évidement, les choses ne sont pas si simples. Par contre, il est claire que les militants de tout bord cherchent à orienter une politique (un peu comme les lobbys, mais avec moins d’argent). Et la politique est une affaire de morale (et donc de foi) et non une affaire de raison. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle la technocratie ne marche pas et que je lui préfère la démocratie(représentative ou non). Si on pouvait raisonner en politique, alors, nous pourrions assez facilement nous débarrasser des politiciens incompétents pour les remplacer par des individus compétents. Je n’ai pas l’impression que ça soit ce qui se passe.

        • Donc c’est ni bien ni mal… c’est un peu la langue de bois quoi… Oui bien sur que DANS L’ABSOLU, rien n’est bien ou mal. Ni tuer un animal sans nécessité, ni éclater des chatons contre le mur, ni battre des enfants, etc etc… Et oui, le but est d’orienter la politique, pour protéger les opprimés. Ce qui ne veut pas dire que ce qu’on essaie de faire changer est plus neutre ou objectif que la façon dont on essaie de le faire changer. Tuer un animal, c’est prendre position, essayer d’empêcher de le tuer, c’est prendre position aussi.

          • « En fait militer ne revient pas à expliquer ce qui est bien ou mal, mais entre autres à faire prendre conscience de certaines choses aux gens. […]. Au final, une fois qu’ils sont informés, la décision leur appartient. »

            Je crois que c’est le meilleur résumé de ton post, de ton action, et de ton blog. Maxime de vie, presque, on peut dire !

        • Habituellement, je ne réagis jamais sur ce blog parce que je suis en désaccord sur beaucoup de choses, mais là, j’ai deux mots à dire parce que le sujet m’intéresse particulièrement.

          Vous confondez foi, éthique et morale. Cela vient du fait que vous avez une définition erronée de la foi. Je l’explicite ainsi : selon vous, il y a deux modes connaissance du monde (au sens très large, idées abstraites inclues) : la « foi » et la raison. Comment le justifiez-vous ? N’essayez pas, c’est impossible. Car vous devez utiliser une des deux notions à définir pour le faire. Donc soit la foi relève de la raison et donc ce n’est plus de la foi, soit la raison relève de la foi. Nous voilà donc ramenés à une pensée solipsiste. Comment en sortir ? En postulant un certain nombre de choses, y compris l’existence du monde ou la valeur supérieure de la raison.
          Pour sortir du catéchisme, l’auteur propose justement de discuter et d’argumenter (tout le contraire du « Bingo » qui du coup pollue l’article – dommage). Que l’on discute de questions éthiques ne repose pas plus sur la « foi » que de discuter de physique nucléaire. Le tout est de définir une base commune de réflexion, un minimum sur lequel on s’accorde.

          • Le bingo a pour simple but de mettre en lumière le fait que les mêmes arguments reviennent continuellement.
            Attention: le bingo ne devrait pas, à mon avis, être utilisé comme argument. L’existence d’un bingo ne constitue pas un argument, le but d’un bingo est simplement de rire et de partager une certaine connivence entre personnes déjà convaincues.

          • @Ln

            On peut avoir foi en la raison sans que la raison en elle même deviennent de la foi. Car justement, il y a une composante que vous semblez oubliez dans la démarche que je qualifie de raisonnée : elle permet une modélisation du monde qui permet de prévoir l’avenir. C’est ce qui en fait quelque chose de particulier. Je peux prévoir, avec une marge d’erreur assez faible, le comportement d’un phénomène nucléaire. Il est impossible de prévoir un comportement humain, encore moins celui d’une société. Certains essaient de faire cette modélisation, mais aucun n’arrive à un résultat un tant soit peu acceptable. Il n’y a pas de raisonnement sans modélisation. Et je répête ce que j’ai dis précédement : en disant cela, je ne raisonne pas et j’en suis conscient. Mais quelle différence faites vous entre foi, ethique et morale ?

            Vous parlez de se mettre d’accord sur un minimum concernant l’ethique. Mais c’est régulièrement impossible. Je pense que l’elfe et moi même, par exemple, sommes en complet désacord sur les valeurs qui nous importent le plus. Il n’y a pas de valeur universelle et commune à l’humanité, ormi la logique mathématique. Créer de l’uniformité dans les valeurs ethique passe par un dressage des individus.

            Sinon, je n’ai jamais dit que le conservatisme était plus neutre que le progressisme. Ce que je dis par contre, c’est qu’il est impossible d’expliquer le progressisme à un conservateur. Pour faire triompher le progressisme, il n’y a pas d’autre alternative que le rapport de force. Qu’il se fasse à coup de propagande et de sermont, ou par des moyens plus physique (et à mon sens, la propagande n’est qu’une étape servant à accumuler des forces pour assurer la victoire, une fois que la phase de violence physique aura commencé).

          • Ce qui me titille avec ce genre de réflexions c’est : une fois qu’on a fait notre prêche relativiste, où cela nous amène-t-il ? Quelle pertinence cette diatribe a-t-elle exactement ? Je suis d’accord pour dire par exemple que le féminisme n’est qu’un combat politique particulier qui vise à appuyer une certaine vision de la justice sociale et de l’égalité et que cela s’oppose à d’autres visions tout aussi défendables (et défendues). C’est donc un jeu de pouvoir, de rapport de force (mot très à la mode en ce moment) plus qu’une quête idéale de justice et du Bien. Néanmoins les gen-te-s agissent nécessairement parce qu’ils pensent justement avoir raison, c’est ce qui sous-tend toute action.

            Dire que rien n’est ni Bien ni Mal, ni objectif, ni purement raisonné, ni etc… ne fait que diluer l’action politique dans une soupe relativiste (qui a bien souvent pour but de vous faire passer pour « le-a Plus Gros-se Malin-e ») qui ne fait aucunement avancer le débat, ici celui du militantisme. Évidemment que tout est subjectif, parce que nous sommes tou-te-s des individu-e-s particulier-e-s. La crise du solipsisme et Cie a heureusement été résolue il y a quelque chose comme trois siècles, dont acte.

            Ah en sinon : il est tout à fait possible de prévoir le comportement humain et celui d’une société, c’est le but la pub, des mécanismes de contrôle des foules, de la consommation… Parce que (attention c’est révolutionnaire), il est possible de modeler une société et des individus pour qu’iels aient envie de ce qu’on veut leur faire accepter. Eh ouais… l’offre et la demande c’est du flan ! Le libre arbitre n’existe de fait que dans des paramètres sociaux précis. Le comportementalisme n’est certes pas une science sûre, mais c’est une science bornée. Si vous pensez que chacune de vos actions ne dépend que de vous et que vous êtes conscients de tous vos faits eh bien… (wake up and smell the coffee)

          •  » Il n’y a pas de valeur universelle et commune à l’humanité, ormi la logique mathématique. »

            On ne croit pas dans une démonstration mathématique, elle est simplement vrai ou fausse. Il n’y a pas d’alternative.

            Il y a tout de même un certain nombre de valeur (occidental ?) qui se veulent universalistes, comme les droits de l’homme ou la démocratie.

          • Juste quelques petites précisions sans nous lancer dans une discussion qui n’a pas sa place ici.
            Je ne vois aucun lien entre raisonnement et prédiction. La logique est une langage tautologique qui ne dit rien sur le monde. Il ne peut donc permettre aucune prédiction. Ce raisonnement peut seulement faire dériver de propositions vraies d’autres propositions vraies (au passage, je ne suis pas sûr que la logique soit universelle admise loin de là, au sein même des mathématiciens occidentaux). Bref, il peut y avoir des raisonnements sans modélisation, la logique en est elle-même un bon exemple, mais également la philosophie.
            En outre, la prédiction n’a pas grand chose à faire dans cette histoire. En effet, soit vous connaissez le futur parce qu’il vous a été révélé (c’est de la foi), soit vous le connaissez en le déduisant d’un état présent ou passé, par un mécanisme de causalité (c’est le positivisme scientifique dans sa version site scientiste). Or, on a renoncé croire à une causalité parfaite depuis que l’on fait de la physique quantique, c’est-à-dire probabiliste. D’ailleurs vous le dites vous-mêmes : vous pouvez prédire le comportement d’un phénomène nucléaire sauf… si vous vous trompez. Moyen comme prédiction. Par ailleurs, si on ne peut guère prédire avec certitude le comportement d’un être humain, on peut assez bien prédire le comportement d’une société (par exemple le taux de suicide de l’année prochaine ou même l’impact de certaines politiques).
            Je persiste à dire que l’on peut se mettre parfaitement d’accord sur quelque chose (sans plus de problème pour ce qui concerne l’éthique que la logique ou la physique – ce qui n’est déjà pas une mince affaire). D’ailleurs vous parlez d’améliorer le monde ou la connaissance, ce qui prouve que vous considérez qu’il y a un état souhaitable vers lequel on peut tendre. On peut commencer par essayer de se mettre d’accord sur ça. Et je ne suis pas sûr que vous seriez en désaccord fondamental avec l’elfe sur des « valeurs qui [vous] importent le plus ». Ce point est d’ailleurs l’objet de Kant dans ses Fondements de la métaphysique des moeurs », où il définit un impératif catégorique, qui serait acceptable pour tous et devrait guider la conduite de tous, partant de l’idée que le bien n’existe pas (que la seule chose bonne c’est la volonté de faire le bien).
            Pour finir, les trois définitions (assez personnelles, j’en conviens mais pas totalement inventée non plus). La morale c’est l’ensemble des comportements considérés comme adéquats par une société. L’éthique c’est un ensemble de règles de comportement, en particulier personnel, visant à atteindre une situation meilleure. La foi c’est, dans un sens restreint, un ensemble de croyances qui forme un système qui ne possède aucun autre type de justification, c’est le fait de « faire confiance » à quelque chose ou à quelqu’un sans demander de justification. Ainsi, il me semble que la morale est justifiée par son utilité sociale, l’éthique est justifiée par un raisonnement rationnel et la foi n’admet aucune sorte de justification.

            Un petit mot sur le Bingo. J’en comprends l’humour et l’objectif dans l’article : à force d’entendre toujours les mêmes bêtises, on finit par craquer. Cependant, des arguments très sérieux sont mis à côté d’arguments ridicules. Et il ne fait pas que les énoncer, il donne son avis à deux endroits au moins : « completly unrelated » (c’est souvent vrai au demeurant) ou encore « feigns concern », censé évoquer le comportement classique de la personne qui avance cet argument alors qu’en fait elle transforme un réel argument de fond qui pointe une contradiction interne de la pensée anti-spéciste en la faisant glisser de la pure logique vers la morale. Quand aux problèmes causés par le manque de viande, vous en avez déjà parlé vous-même dans un article précédent.

            J’en profite pour remercier l’elfe pour son blog si instructif : merci et bon courage.

    • Vous confondez la foi et la morale ( l’éthique , si vous trouvez que morale sonne un peu trop curé )

  15. C’est bizarre, j’ai retrouvé un mot caché entre les lignes. Ce mot n’a pas arrêté de me titiller tout au long de votre texte:

    Non-violence

  16. « Dans mon article précédent, j’ai dénoncé le harcèlement, donc des hommes sont venus me dire que ce n’était pas bien, parce qu’ils se sentaient attaqués en tant qu’hommes.  »

    C’est au minimum un raccourci, et tu le sais, voir c’est complètement faux. Plus dans tes réponses que dans ton article, tu utilisais le terme « homme » en synonyme à harceleurs. Comme dit à l’époque, c’est comme dire « arabe » à la place de « voleur », ou « femme » à la place de « féministe misanthrope ».

    Sinon, l’article ressemble à des réflexions que j’ai déjà eu, et qui au final, je me suis dit cela sert à rien du tout d’y penser, ou d’y passer du temps. Savoir ce qu’est du militantisme ou pas, n’a aucun intérêt. La vrai question est de savoir ce qui fait bouger les choses ou non. La problématique est proche, mais cet article n’y répond pas vraiment.

    • Tu compares des choses qui ne sont absolument pas comparables. Les hommes ne sont pas une catégorie de victimes d’oppression dans la société, contrairement aux femmes et aux Arabes. Personne ne va te refuser un travail ou un appart parce que tu es un homme, personne ne va te violer ou te frapper parce que tu es un homme. Le fait d’être un homme fait que tu as le droit de te promener dans la rue sans avoir peur et sans te faire emmerder, et au lieu d’essayer de te rendre compte quel privilège c’est, tu préfères pleurer sur ton sort.
      De plus tous les voleurs ne sont pas des Arabes que je sache. En revanche les harceleurs sont des hommes. Dans le premier cas c’est du racisme et ça ne contient aucune espèce de vérité cachée. Dans l’autre c’est un constat: des hommes harcèlent des femmes.
      Fais un effort.

      • « En revanche les harceleurs sont des hommes ».

        -> La plupart des harceleurs sont des hommes. (A moins que tu ne parles que du harcèlement de rue, mais ça n’est qu’une part superficielle et bien loin d’être la plus dangereuse psychologiquement.). Le harcèlement moral au travail, par exemple, est presque autant le fait des femmes que des hommes (et si on déduit le fait que le harcèlement est souvent le fait de la hiérarchie, et que les femmes sont moins souvent cheffes…)

        Une formulation simplement plus rigoureuse évitera la plupart des attaques.

        • Ne jouons pas sur les mots. Je parle du harcèlement de rue et c’est un phénomène social de genre, donc les harceleurs sont des hommes. Nier cette spécificité serait se rendre aveugle au fait qu’il s’agit non de faits isolés, mais d’une pratique culturelle qui touche au genre.

          • Ok avec toi si tu parles du harcèlement de rue qui est on est d’accord exclusivement masculin. Mais si j’insiste c’est peut être parce qu’on en parle vraiment beaucoup (notamment en ce moment), alors qu’il ne s’agit que la partie – très visible – d’un iceberg d’autres pratiques qui tendent elles aussi à s’aggraver.

          • Si tu trouves qu’on n’en parle pas beaucoup c’est peut-être parce que tu ne le subis pas.
            Tu as la chance de pouvoir marcher dans la rue sans avoir peur de te faire agresser.
            Le harcèlement de rue n’est pas « très visible », il est quasiment invisible. il est très réel par contre. Mais seulement pour les femmes.
            Et les autres pratiques dont tu parles, c’est quoi? le harcèlement en général? Si le harcèlement de rue est la partie visible d’un iceberg, je dirais que c’est le patriarcat. Derrière la peur du harceleur il y a la peur du viol. Tout ça n’est pas bien marrant. Enfin bon si tu tiens absolument à parler d’autres problèmes tu peux le faire, mais ce n’est pas le sujet ici.

          • « Si le harcèlement de rue est la partie visible d’un iceberg, je dirais que c’est le patriarcat »

            Exactement, c’est de ça dont je parle.

            Je trouve que le harcèlement de rue est visible oui, dans la mesure où il y a pas mal d’articles qui en parlent, émission de télévision, radio, articles de journaux.
            Je trouve que par rapport à la nuisance qu’il représente (la peur du viol n’est pas le viol, et même si il y a des viols issus de situation de harcèlement de rue, la très grande majorité des viols se font dans l’espace du domicile, et par une personne connue, n’y vois pas là une négation/diminution du harcèlement de rue qui peut être très traumatisant), on en parle relativement plus que d’autres formes de harcèlement, issues elles aussi du patriarcat, mais moins visible dans les médias. Comme la discrimination à l’embauche, les remarques/gestes déplacés au travail, la tolérance/permissivité/encouragement sur l’humour sexiste, la différence salariale, la publicité sexiste, le marketing genré, (et c’est pas les sujets qui manquent). La différence salariale, par exemple, est traitée, en gros, chaque année, le 8 mars dans un sujet de 90 secondes, sans aucune réflexion derrière, et basta. Alors que c’est quand même un gros problème avec de très nombreuses implications derrière.

            J’ai quand même l’impression que le harcèlement de rue, c’est plus vendeur, parce que c’est souvent des mecs de banlieue, et souvent avec un délit de sale gueule et le parler qui va avec, et que dans un contexte fortement front-nationalisé, c’est plus vendeur.
            Je ne DIS PAS que ça n’est pas un problème pour autant, mais je trouve que dans les médias grands publics, cela prend une importance considérable par rapport à d’autres sujets liés au sexisme qui sont peut être plus dérangeants (parce que dans le cas du harcèlement de rue, le quidam moyen, blanc, classe moyenne, se sentira pas remis en question par des sujets qui pourraient créer débat dans la famille et pourront se rassurer peinard en disant que eux ne feraient pas ça, alors qu’ils sont au fond probablement pas moins sexistes que les gens qu’on voit à la télé, sauf qu’ils le sont différemment) mais pas pour autant négligeables.
            Mais cette critique ne s’adresse pas du tout à ton blog, vu que tu traites de tous ces sujets, il est donc normal que tu le traites,c’était plus une intuition/soupçon/remarque vis à vis des média grands publics sur le sujet du harcèlement de rue.

  17. @ an30o :

    Le relativisme permet une chose : faire des concession en vue d’alliance plus ou moins temporaire avec des groupes aux idées différentes mais ayant des ennemis communs. Je pense qu’on peut tous être d’accord pour dire que les progressistes sont divisés. Cette divisions renforce considérablement les conservateurs et, même si ces derniers subissent quelques défaites (notamment en ce qui concerne les droits des homosexuels) l’occident voit leur influence augmenter considérablement (un exemple est le FN ou la MPT en France). Je pense que c’est justement parce que les milieux progressiste ne relativisent pas assez. Tous sont persuadés de détenir LA vérité. Ça sera notre perte.

    Quand au caractère borné du comportementalisme, permettez moi d’en douter. Je doute même lourdement de son caractère de « science ». Je suis d’accord pour dire que le libre arbitre n’est qu’un artifice, mais dire que nous sommes sous contrôle me parait tout aussi faux. Du moins si on le considère au sens de « sous contrôle d’un groupe de personne ». Nous sommes sous le contrôle de notre environnement, mais comme personne ne comprend comment fonctionne ce dernier, personne n’est en mesure de le contrôler. Nous sommes donc sous le contrôle du hasard. La consommation de masse n’est pas orchestrée. Je ne nie pas que les publicitaires essaient de nous vendre des trucs. Je nie qu’ils y arrivent effectivement. Ils me font l’effet de servir autant que les mouchoir contre les tigres de la fable. Et comme les mouchoirs, le fait qu’ils soient partout rend la preuve de leur inutilité impossible.

    @N
    Les droit de l’homme ou la démocratie sont contesté, même en occident. L’expression « droit de l’hommiste » est utilisé comme une insulte, y compris par des personne participant au second tour d’une élection présidentielle. Ces valeurs ont une prétention universaliste, mais elle n’ont rien d’universelle. C’est justement parce qu’un raisonnement mathématique est vrai ou faux qu’il est universel (même si j’avoue que l’associer au mot « valeur » était maladroit)

    @Ln

    La pensée positiviste n’est pas remise en cause par la physique quantique. Le caractère probabiliste de cette dernière n’est là que pour compenser une incapacité à mesurer l’état des choses (à cause du principe d’indétermination). Le comportement reste lui déterministe. Certains grand nom de la physique quantique sont positivistes. Enterrer le positivisme est une erreur.

    Je peux en effet me tromper en faisant une prédiction sur un comportement lié à la physique nucléaire. Mais les chances et marge d’erreur sont assez faibles. Et elles seront lié à un fait non seulement nouveau, mais peu probable. Alors que, quand j’essaie de prévoir un comportement humain ou social, même basique, à part ceux lié aux besoin vitaux (et encore), je n’ai aucun moyen d’avoir une marge d’erreur acceptable (c’est à dire meilleurs que l’aléatoire), même si les seuls fait qui se produisent sont hautement probables. Le pire étant que nous seront dans l’impossibilité de déterminer les causes de nos observations.

    J’ai employé le mot modélisation à tord en parlant des mathématique. C’est en effet une science qui gère des modèles déjà crée et d’en déduire des conséquences. Les modèles sont eux, issus de fait concret qui sont déterminés par l’expérimentation en laboratoire (ou ne sont issus de rien quand on fait des mathématiques pures). Les conclusions obtenues finissent par être reconnue comme objective et ne sont remis en cause qu’à la marge (par exemple, la physique Newtonienne n’est pas remise en cause en tant que tel, mais juste dans son périmètre d’application qui est plus restreint que ce que croyait ses fondateurs).

    Se mettre d’accord sur une démonstration mathématique est assez simple. Se mettre d’accord sur le choix d’une modélisation d’un phénomène physique l’est moins, je vous l’accorde, mais des consensus se font. En politique, où sont les consensus ? Dans les mots, mais pas ailleurs. Je parle d’améliorer, mais ce n’est qu’un mot. Et si nous pouvons être d’accord sur le fait qu’il faut améliorer, on ne va pas forcément être d’accord sur la manière. La thèse de Kant sur la « volonté de faire le bien » ne sert qu’à définir un mot, le bien, une vérité personnelle à prétention universelle. Elle ne permet pas de définir ce qui est bien. Or, ce qui importe, c’est ce qu’il y a derrière les mots. En physiques, ou en mathématique, le consensus sur le choix des symboles est évident, mais il y a aussi des consensus sur ce qu’il y a derrière les symboles.

    Vos définition partent du principe que la philosophie relève du raisonnement. Pour moi, elle relève du maquillage. Il s’agit de maquiller un opinion politique subjective dans le but de la faire passer pour objective. Ce n’est pas nécessairement fait consciemment. Les limites des langages humains (tels que le français ou l’anglais) sont qu’ils génèrent des ambiguïté et des imprécision. Ils ne permettent pas de détecter les oublis de cas dans le raisonnement. On peut très facilement avoir l’impression, dans une phrase en français, d’avoir été exhaustif, même sans l’être. Les langages formels (inutilisables en politique) eux, permettent justement de gérer ces problèmes.

    • J’ai dit que j’arrêtais de polluer le blog de l’elfe (c’est bien dommage, la conversation était intéressante et courtoise) mais je voudrais faire quelques précisions.
      En évoquant l’aspect probabiliste de la physique quantique, je ne remettais pas en cause le positivisme mais le scientisme.
      Kant ne cherche pas à définir le bien mais un commandement moral qui puisse être universel. Sa définition de la seule chose bonne (la volonté bonne) ne tombe pas sous le coup de votre critique : elle n’a pas de prétention universelle, elle est universelle par définition – parce qu’elle est le produit d’une subjectivité. Quelque soit le sens de « bien » pour vous, si vous voulez faire le bien alors votre volonté est bonne par définition. Quand à sa mise en pratique c’est une autre affaire.
      La philosophie ne relève pas du maquillage : au contraire, le plus clair de l’activité philosophique consiste à définir précisément ce dont on parle – c’est, je crois, ce qu’on appelle aujourd’hui « déconstruire ». D’ailleurs mon observation à propos du raisonnement ne portait pas seulement sur la valeur des prédictions mais aussi sur le fait que l’objectif d’un raisonnement n’est pas forcément de prédire quoique ce soit.
      Enfin, une remarque. Les langages « formels » génèrent des ambiguïtés et des imprécisions dès lors qu’ils s’appliquent à une réalité qui leur est extérieur. Je peux comprendre le concept d’unité en mathématique mais sa traduction dans le réel est le fait de ma subjectivité. D’où oublis de cas dans le raisonnement sans doute. Si vous ne l’avez pas lu, je me permets de vous conseiller la partie 6 du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein, notamment les rubriques 6.1, 6.2 et 6.3 (mention spéciale pour la proposition 6.211).

  18. En réponse à l’article, la philosophie de ce blog et du militantisme en général, mais surtout à ce passage là de votre écrit :

    « En fait, le plus juste serait évidemment que chaque personne s’éduque elle-même et que je n’ai pas à avoir de longues discussions chiantes sur le sexisme ou autres, des discussions où je vais toujours rabâcher les mêmes évidences et faire face aux mêmes arguments (qui figurent d’ailleurs dans des bingos, dont le ressort humoristique repose justement sur le caractère ultra répétitif des arguments ou remarques). J’aimerais que chacun se prenne en main et se renseigne, se questionne, se sensibilise, pour qu’au final le sexisme disparaisse de la société, ainsi que toutes les oppressions »

    Un des problèmes avec vous, les militants, et qui ressort tout le temps, c’est que vous considérez la cause que vous défendez comme la plus importante au monde, comme si il fallait absolument que ce soit celle où les mentalités doivent changer avant d’autres.

    Habitant à Paris, je me fais régulièrement aborder par des militants de tout bord. Comme je suis poli, je les écoute, et à la fin de leur speech, je leur répond toujours la même chose : « Non, je ne souhaite pas donner/changer mes habitudes ». Le mépris peut se lire quasi-systématiquement sur le visage de la personne qui est en face de moi, qui me demande toujours pourquoi je veux pas, insiste, et blablabla.

    Ça m’amène au point que je veux démontrer : pourquoi nous devrions choisir votre cause, et pas une autre ? Par extension, parce que je sens la réponse venir (et j’espère que vous comprendrez que ma réflexion est beaucoup plus profonde que ça), à vous écouter, tous, il faudrait être sur tous les fronts, parce que votre cause est très importante, inhumaine, insoutenable, injuste, et que vous comprenez pas pourquoi peu de gens ouvrent les yeux à propos de ça. On devrait donc donner notre argent pour les associations qui s’occupent de la recherche contre toutes les sales maladies, on devrait changer profondément nos habitudes sur tous les plans (alimentaires, vestimentaires, modes de consommations, mode de vie, choix de carrière, etc.), on devrait faire du bénévolat pour des associations de quartier, on devrait militer, on devrait s’informer sur toute la misère du monde, s’éduquer, passer notre temps à lire, etc.

    Réalisez-vous que tout ceci n’est pas possible ? Si oui, alors pourquoi être à la limite du mépris quand vous dites que vous expliquez « des évidences » ? En quoi les problèmes des femmes dans nos sociétés sont « des évidences » ? Ne me dites pas qu’arrivée à votre stade, vous n’avez jamais appris à vous mettre à la place des autres ?

    Personnellement, je travaille dans les internets. Et bien je suis quasiment certain que toutes vos habitudes liées au web, à Internet et à l’informatique de manière générale sont mauvaises. Vous avez probablement une adresse GMail, vous utilisez très certainement le moteur de recherche fourni par la même boîte, vous mettez les photos de votre bébé sur Facebook, et vous pouvez être sûre et certaine que ces compagnies à qui vous confiez vos données personnelles en savent bien plus sur vous que vous en savez sur vous-même. Évidemment, le but ici est de vous rappeler les événements récents concernant la NSA et la politique des États du monde en matière de vie privée et de surveillance.

    Dans la mesure où ça fait partie de mon système de valeurs et de mon cœur de métier, je trouve les pratiques de ces organisations gouvernementales et de ces sociétés honteuses, et c’est à mon sens bien plus grave que les problèmes des femmes dans notre société. Ne pensez-vous pas que des problèmes qui me sautent aux yeux, et qui sont des _évidences_ pour moi, sont complètement invisibles pour vous ? Pour autant, est-ce que je considère que ce qui est pour moi une aberration limpide devrait l’être pour vous aussi ? Pas le moins du monde, parce que je suis conscient que ça ne vous intéresse pas, et que même si vous faites de terribles choix en faisant confiance à ces sociétés, ça vous regarde. Je ne viendrai pas vous expliquer par A+B en quoi utiliser Google est liberticide. Je ne viendrai pas non plus vous dire que vous avez oublié de vous éduquer sur la question de la surveillance des réseaux.

    Vous l’aurez donc compris, ce qui est une évidence pour vous ne l’est pas pour tout le monde. La valeur d’une personne ne peut pas être jugée en fonction de ce qu’elle sait, ou ce qu’elle ne sait pas. C’est pourtant ce que vous faites, et c’est regrettable. Peut-être ne le sentez pas vous-même, mais vous êtes méprisante dans la plupart des écrits de ce blog quand la question de votre militantisme et de ce en quoi vous croyez est abordé. C’est une énorme erreur de votre part et c’est la mauvaise manière d’aborder le sujet.

    Absolument _rien_ n’est évident.

    • Je pense que tu devrais plutôt te préoccuper des injustices qui t’entourent et que tu perpétues plutôt que de savoir ce que des militants peuvent bien penser de toi.
      Mais oui t’es surement un mec bien, si ça peut te rassurer que je te dise ça. Maintenant je préfèrerais qu’on parle d’autre chose que de ça.

      • J’ai eu beau relire ma réponse plusieurs fois, je ne vois pas du tout où j’ai bien pu vous faire penser que j’en avais quelque chose à faire du regard des autres.

        Vous n’avez absolument pas compris le sens de ma question et par extension, vous n’y répondez pas non plus. Ça ne m’étonne pas : j’ai eu beau la poser à beaucoup de militants tout au long de ma vie, je n’ai jamais eu de réponse claire et pertinente.

        C’est dommage.

        • j’adore! tu dis qu’elle est méprisante… il me semble que c’est en réalité toi qui l’est. relis-toi encore une fois, juste pour voir…

    • Il me semble que tu mélanges deux choses : s’informer, et agir.
      S’éduquer, lire des livres (ou des blogs ou whatever) sur le monde qui nous entoure est, à mon sens, et quelles que soient nos intentions et nos opinions, un devoir. Parce que nous sommes des animaux culturels. Parce que pour décider intelligemment il faut d’abord savoir de quoi il en retourne. Parce qu’il serait plus que dommage d’être dans une société de l’information et de ne pas connaître du reste de l’humanité autre chose que ses voisins physiques. C’est bien la peine de travailler dans les Internets, sans prendre conscience de ce qu’il apporte sur le plan humain (certes, il permet aussi d’avoir gratuitement et sans se déplacer un film, mais c’est un effet de bord.)

      Quant à agir, on ne peut certes pas faire quelque chose concrètement sur tous les plans, donner à toutes les causes et passer 30H/jour à agir bénévolement dans une association. Mais s’il est une chose que j’ai retenue du militantisme féministe, c’est qu’il y a une marge énorme d’amélioration dans le non-agir, le ne-pas-faire. Ne pas reluquer la femme en face de soi dans le métro. Ne pas blâmer une femme en raison de sa tenue ou de son nombre de partenaires sexuels. Ne pas utiliser certains mots ou certaines expressions parce qu’elles sont sexistes.
      Ne pas faire ne coûte rien, ne demande pas d’énergie (au contraire : c’est une économie). Et je ne vois aucune raison de se priver de ces ne-pas-faire quotidien. À mon sens le militantisme commence par là, d’ailleurs : avant même d’essayer de résoudre un problème, d’en parler à autrui, on peut très souvent commencer par cesser d’y contribuer.

      • Juste pour dire que je suis totalement d’accord avec ce commentaire (je sais, commentaire inutile mais j’avais envie de le dire).

    •  » Réalisez-vous que tout ceci n’est pas possible ?  »
      TOUT ceci n’est peut-être pas possible , mais UNE PARTIE l’est assurément . Vous ne réalisez pas que vous chercher des excuses à votre incapacité à agir .

  19. Militer, c’est chiant… mais militant, c’est chié :)))
    Blague à part, je trouve que ce qui est admirable dans ton article c’est surtout l’absence totale d’un quelconque jugement. Merci pour ça

  20. @ Pierre :

     » Habitant à Paris, je me fais régulièrement aborder par des militants de tout bord. Comme je suis poli, je les écoute, et à la fin de leur speech, je leur répond toujours la même chose : « Non, je ne souhaite pas donner/changer mes habitudes ».  »

    C’est pas un peut pervers, ça ? Puisque vous savez que vous allez leur dire Non, que le militantisme n’est pas pertinent puisqu’il commence par vouloir changer le monde par un petit bout de la lorgnette, pourquoi ne pas leur dire Non, d’emblée, tout simplement, aux militants ? En, plus il n’y a rien de plus facile, le langage non verbal suffit pour qu’un militant vous laisse tranquille. Et même verbalement : si vous dîtes  » Non, je ne suis pas intéressé « , il arrive même qu’on vous souhaite une bonne journée.
    Ou alors, ne les laissez pas parler dans le vide comme des cons, dîtes -leur d’emblée pourquoi vous êtes contre le militantisme.

    À mon avis, vous devez avoir un problème. Vous venez titiller une personne en lui disant  » Je ne suis pas de ton avis, trouve-moi un argument pour que je change d’avis « . Vous profiter d’une ouverture, d’une petite brèche, une faille, de son envie de changer le monde, pour venir jouer avec ses pieds. Mais si le spécisme et le sexisme ne vous indignent pas au point d’en faire une priorité, que venez -vous faire ici ?
    Vous feriez mieux de foutre le camps, franchement.

    • Et puis, pour être sûr de ne pas perdre de temps, on pourrait ne militer qu’à l’intérieur du cercle des gens qui sont d’accords avec nous, non?

      • Je ne comprend pas exactement où tu veux en venir. je pense que ça ne sert pas à grand chose d’écouter un militant à partir du moment où on a décidé à l’avance qu’on ne s’intéresserait pas plus avant au sujet dont il parle. Du moins on peut s’interroger sur l’intérêt de faire ça. ça ne veut pas dire qu’on ne doit essayer de convaincre que ceux qui sont déjà convaincus (dans la mesure ou militer=convaincre, bien sur c’est plus large que ça).

        • A mon avis -ce n’est que mon avis personnel-, la relation militant-personne démarchée n’est pas symétrique.

          Le premier a un objectif: convaincre un maximum de gens que sa cause est la bonne.
          Le second n’a pas cet objectif: il est en quelque sorte indifférent. La démarche militante consiste donc à attirer son attention, à le sortir de sa neutralité, pour lui présenter les arguments que l’on a choisi et tenter de le convaincre. Mais à aucun moment la personne démarchée n’a fait d’acte de candidature pour recevoir ces informations! Elle prête gracieusement son temps et son énergie pour écouter le discours qu’on veut lui servir.
          C’est donc à mon sens au militant d’accepter de se plier à la façon de fonctionner de la personne en face de lui.
          Sinon, je dirais que c’est plus un rapport d’enseignement, type école, où l’on est *obligatoirement* soumis à un discours donné (obligation scolaire), qu’on le veuille ou non.

          D’où ma remarque: si, en tant que militant, on n’est pas prêt à devoir composer avec des personnes qui ne sont pas déjà convaincues, on est me semble-t-il inefficace déjà et importun ensuite.

          • Un rapport d’enseignement n’est pas nécessairement de « type école », plein de gens s’enseignent les uns les autres sans que la personne qui se fait enseigner soit forcée d’écouter l’autre (et heureusement sinon on n’apprendrait presque rien) (en particulier si on essaie de transmettre des valeurs ça ne marche pas c’est naze).
            Alors oui je suis d’accord, évidemment que chercher à convaincre ou à provoquer des prises de conscience nécessite d’interagir avec des gens qui ne sont pas d’accord. C’est une évidence.
            ça ne justifie pas pour autant d’aller écouter des militants en sachant à l’avance qu’on n’en a rien à foutre et qu’on changera jamais d’avis. Je pense qu’une facette du militantisme c’est d’essayer de savoir qui tu peux toucher ou qui tu ne peux pas toucher, parallèlement à essayer de réfléchir à comment toucher telle ou telle personne. Y a des gens je leur parle pas car je pense que je perdrais mon temps et mon énergie. C’est aussi parce que mon énergie est limitée; tout le monde peut changer, mais je ne peux pas être le vecteur de changement de tout le monde.

  21. En ce qui concerne la question du militantisme sur les réseaux sociaux, n’y a-t-il pas avant tout une problématique d’identité?

    Je m’explique. Etre militant consiste aussi, me semble-t-il, en la construction d’une identité: nous nous définissons en partie par la cause que nous soutenons; les autres nous voient comme représentants de cette cause et projettent sur nous leur perception de ladite cause (c’est un « nous » rhétorique, je ne prétends pas être militant). Chacun fera des associations d’idées (parfois douteuses) et la même personne aura droit à des réactions différentes, selon qu’elle se présente comme féministe, militante UMP ou bonne soeur.

    Il est donc possible d’être confronté(e) à un rejet en se présentant comme militant(e), ou tout simplement en énonçant des phrases considérées comme représentatives de tel ou tel groupe. Dès lors, partager une image de femme battue sur Facebook, c’est potentiellement s’exposer à des réactions négatives (aussi incroyable et triste que cela puisse paraître).

    C’est peut-être pourquoi certains peuvent se dire militants en n’agissant que sur les réseaux sociaux: ils perçoivent le militantisme moins comme une question d’action (« est-ce que ce que je fais permet de faire avancer telle ou telle cause? ») que comme une question d’identité (« je suis attaqué et désigné comme tel ou tel parce que j’ai partagé ce texte, je suis donc un militant »).

    En bref, ce serait juste une différence de perception: des gens qui inversent la causalité et prennent la cause (« je suis rejeté parce que j’ai fait telle ou telle chose. C’est donc que j’ai fait une action militante ») pour l’effet (« je suis militant(e), donc je fais telle action, et j’accepte le risque d’être rejeté à cause de ça »).

    P-S: bien sûr, ce n’est qu’une tentative d’explication parmi d’autres. Et de fait, ça ne signifie pas que ces gens-là ont raison ou que cela les dédouane.
    L’article traite bien de la construction personnelle du militant: « Pour être claire, oui, je pense qu’on a vite fait de se déclarer militants alors qu’à aucun moment on essaie de changer autre chose que sa propre vie. Et attention, c’est très bien d’essayer de changer sa propre vie ». Mais il en traite comme la cause de l' »action » de certain(e)s alors qu’elle peut n’en être qu’un effet collatéral (positif ou négatif d’ailleurs).

    • C’est pas faux ce que tu dis. Après je pense qu’il n’y a rien de mal à faire ce que tu dis (se percevoir comme militant d’après une notion d’identité). Je dirais que c’est pas forcément ce que je privilégierais personnellement, mais j’ai l’impression que la plupart des gens le font plus ou moins. Je pense que quand même c’est intéressant de se demander « qu’est ce que je peux changer », etc, et de pas rester que sur des problèmes d’identité, mais après chacun voit midi à sa porte…

      • Ah, je ne condamne pas du tout (je pense que c’est mieux de retirer aussi une satisfaction personnelle d’un engagement qui vous tient à coeur).

        Mais effectivement, peut-être que parfois, le chemin à parcourir est tellement long, la masse de choses à changer tellement lourde, qu’on peut perdre de vue la question première, qui devrait être (mais ce n’est que mon avis) « qu’est-ce que je peux changer? ».
        Le problème des questions initiales et primordiales, c’est qu’on a tendance à se dire qu’on y a déjà apporté une réponse, et donc qu’on oublie d’y revenir régulièrement.

      • Tu sais tres bien ce que je veux dire. Si tu milites en respectant les autres, c’est beaucoup moins chiant tu devrais tester.
        Oui, moi j’ai le droit de t’imposer mon point de vue parce que mon point de vue defend mieux les opprimes que ton point de vue, nia nia nia…. Tout n’est qu’une question de point de vue. Considerer que ton propre point de vue est meilleur et te donne le droit d’etre irrespectueuses ou du moins desobligeante avec les gens qui pensent (meme juste un peu) differement, c’est juste la racine de l’intolerence.
        Tu pourrais le reconnaitre mais tu refuses.

        • Bon, c’est sûr que l’Elfe des fois y va pas de main morte, tu peux trouver que ça va trop loin, mais c’est pas un meilleur comportement de débarquer sur un fil qui a rien à voir (oui parce que, ici en tout cas, elle n’attaque personne, même les gens qui militent que par Internet ou pas du tout, elle a dit et répété que de toute façon il y a rien de mal à ça), et de faire des allusions voilées puis « tu sais très bien ce que je veux dire ».

  22. Plus pour compléter ton article que pour vraiment le commenter, je te renvoie vers le documentaire « #ChicagoGirl: The Social Network Takes On A Dictator » ( site officiel du film ici :http://www.chicagogirlfilm.com/)
    C’est l’histoire d’une Syrienne, Ala’a Basatneh, qui vit à Chicago et qui veut s’impliquer dans la révolution en Syrie, alors elle commence à rentrer dans les groupes fb et elle se construit un réseau sur Twitter. Petit à petit, les gens réalisent qu’elle est digne de confiance et elle commence à pouvoir organiser elle-même les manifestations. Elle est relativement hors d’atteinte du régime (elle se prend quand même des menaces de mort, hein), ce qui lui permet d’uploader du contenu anonymement sur Youtube, d’être interviewée à la télé américaine et d’avoir accès à de nombreux sites qui sont bloqués là-bas. Elle tient vraiment une place très importante dans l’organisation de toute la résistance en Syrie. Le fait d’être hors du pays lui permet surtout de garantir la sécurité de nombreux combattants et de militants pacifiques. Évidemment, son engagement lui prend tellement de temps qu’elle doit arrêter la fac et qu’elle n’a plus de vie sociale aux États-Unis.

    Mon propos (ou celui du film d’ailleurs), ce n’est pas de dire « ahah, tu vois, on peut militer sur Twitter et Facebook seulement et c’est bien ». Parce que parmi les militants en Syrie, il y a un vrai questionnement, que le film retransmet bien, autour de ce qu’il « faut faire » (et on parle de choix individuels) quand la révolte s’enlise. Certains trouvent que le travail d’opinion est le plus important (« se battre » à coups de caméra et de réseaux sociaux, des films qui se retrouvent sur les grandes chaines d’infos du monde entier) d’autres estiment qu’ils doivent prendre les armes pour « se battre vraiment » contre le régime.
    Le film n’apporte pas de réponse à la question, il suit simplement le parcours de différents militants, qui ont choisi des voies différentes parce qu’ils avaient des opinions ou des compétences différentes. Je l’ai trouvé très beau et j’y ai trouvé une certaine résonnance avec ton article, même si je suis bien consciente que ton article porte sur le militantisme en général et pas sur la guerre en Syrie, qui est un cas très marginal mais aussi assez extrême.
    Bref, à voir ! (mais en festival seulement, car il n’y a pas de date de sortie prévue en France…)

    • Attention hein, je n’ai jamais dit qu’on ne pouvait pas militer sur les réseaux sociaux.
      merci en tous cas, ça a l’air intéressant

  23. Perso, il y a deux trucs que tu considères pas comme du militantisme que je considère comme tel. Ce sont les pétitions et le militantisme sur les réseaux sociaux.

    Pour les pétitions, je pense à celles d’amnistie internationale qui sauvent des vies. Les signer n’est donc pas inutile, selon moi. Tout dépend de quelles pétitions tu signes, parce que certaines sont plus sérieuses que d’autres. Mais dire que toutes les pétitions ne sont pas du militantisme, je ne crois pas. Perso quand je suis en pause militante parce que des fois j’ai plus la force, je ne signe plus les pétitions alors que je suis toujours sollicitée via ma boîte mail. Parce que signer une pétition, ça me prend du temps : je lis des articles sur la cause défendues avant de signer, je me renseigne sur la personne ou l’organisme à l’origine de la pétition si je lea connais pas et ensuite je la partage sur les réseaux sociaux.

    De même, ma page fb et mon tumblr égalitariste, pour moi c’est du militantisme. Quand j’ai plonqué mon twitter (sur lequel, là je suis d’accord, je ne militais pas vraiment) j’ai voulu me débarrasser de mon tumblr et ma page mais finalement je les ai gardé parce que ils sont utiles pour partager l’information. Et l’information c’est la base du militantisme, selon moi. Entretenir cette page et ce tumblr me prend en moyenne une heure par jour et c’est une heure que je passe pas à faire des trucs qui me relaxent. Je le fais parce que je veux le faire, mais je ne le fais pas pour moi. Clairement, sur tumblr, je préfèrerais de loin regarder mes fandoms dans mon coin et partager mes gribouilles.

    Bref voilà, je ne laisse pas ce commentaire pour te blâmer, hin, loin de là. J’ai trouvé ton article très chouette et très intéressant. Il m’aide beaucoup, d’ailleurs. Mais je pense que ces petites infos au sujet de mon vécu peuvent enrichir la réflexion que tu proposes. Voilà voilà.

    • pour les pétitions, ce que tu dis est pas faux, mais par contre pour le tumblr et la page facebook j’ai du mal m’exprimer, parce que j’ai pas voulu dire le contraire de ce que tu dis. Je veux dire, on PEUT militer avec twitter et facebook, et aussi avec tumblr. Simplement, c’est un engagement, on partage des trucs utiles, on essaie de toucher les gens, etc… Je pense que se contenter de cliquer sur « partager » n’est pas en soi du militantisme, ce qui peut en être, c’est de le faire dans un contexte où tu estimes que ça va changer les choses, donc tu réfléchis à ce que tu partages, tu sélectionnes les trucs, etc etc… 
      D’ailleurs ça rejoint un peu les pétitions: je pense que juste signer une pétition, sans se renseigner au préalable, donc potentiellement signer n’importe quoi, c’est pas militer. Alors que si on lit le texte, si on se renseigne, etc… Là oui, c’est différent. Après comme tu vois, ma réflexion à ce sujet est encore en construction.

      Je suis contente si ce texte t’aide en tous cas

  24. Ping : Peut-on coucher avec les militants Front National ?

  25. Bonjour,
    encore une fois un article qui fait écho à mes préoccupations :)
    Je suis souvent bien embêtée par l’attitude de copin(e)s militantes qui insultent systématiquement nos opposants , le plus laid et embarrassant pour moi , c’est que ça arrive le plus souvent quand elles sont dépassées du point de vue des arguments . Quand j’essaye d’expliquer qu’on n’ira nulle part en utilisant les insultes , il peut arriver que je me trouve face à une incompréhension totale du style  » mais, c’est un méchant ! il mérite d’être insulté » , associé à des soupçons vis à vie de moi qui serait donc « complice » .
    J’ai été mise à l’index une fois pour avoir pris le partie d’expliquer pédagogiquement à un contradicteur que les autres envoyaient bouler , en l’insultant, en l’arrosant de mépris et de smiley-crottes … je trouvais ça anti constructif . Elle ne m’ont pas comprise, et je n’ai pas compris non plus cette mise à l’index ; le type semblait un modèle standard de type pas éduqué sur la question pas vraiment d’un troll machiavélique ….

    Oui je milite , au quotidien , j’explique, je prends le temps, je ne m’ennerve jamais , j’explique, je pose beaucoup de questions, j’essaye de faire en sorte que la personne arrive d’elle même aux conclusions (féministes) sans les lui imposer . ça marche plutôt bien .
    Mais vu l’incompréhension de certaines camarades de luttes, je me demandais si je ne me comportais pas comme une idiote bisounours …
    donc merci pour cet article , il m’a un peu rassurée et confortée dans mes positions .

    • Y a aussi l’effet de groupe qui joue malheureusement…
      Et c’est vrai qu’on peut ressentir le besoin de se « défouler », surtout quand on est soi-même opprimé et qu’on a en face de soi quelqu’un qui, même à son insu, opprime.
      Mais c’est là que pour moi se pose la question: est-ce que je milite.
      Merci pour ton témoignage

  26. Je n’ai pas lu les commentaires (en vertu de La Règle d’Or, mais surtout parce que j’ai la flemme), donc je ne sais pas si je vais répéter les propos de quelqu’un mais here we go.
    J’ai cru comprendre que tu définissais le militantisme par l’efficacité potentielle de l’action qui se veut militante. Mais du coup, il me semble que cette définition du militantisme fait peser des contraintes impossibles sur ceux qui se définissent militants, que ce soit en général ou pour une action donnée : être pédagogue, mettre son ego de côté et ravaler sa colère quand on est insulté/méprisé/moqué/etc, être choquant mais pas trop…
    On m’a souvent donné des leçons sur la façon dont je devais m’adresser aux gens. Etre plus douce, plus compréhensive, plus ceci, moins cela, ce même si mon interlocuteurice était méprisant.e, condescendant.e, aggressif.ve et arrogant.e. Ces donneurs de leçon du dimanche croyaient bien faire : il pensaient me donner la recette ultime pour « rallier des gens » à « ma cause ». J’avoue que je les ai envoyés paître avec plus ou moins de véhémence, mais je me suis posé la question de l’efficacité ou de la non-efficacité d’une démarche militante. Parce que comme tout le monde, j’aimerais qu’il y ait un peu plus de justice dans le monde et comme tout le monde, j’aime pas pisser dans des violons. J’ai attentivement relu les articles, bédés, vidéos, etc, sur lesquels on a collé l’étiquette « dessert sa propre cause ». J’ai lu les commentaires (si), parlé à des amis, toussa. Et surprise, là où certain.e.s sentent outrageusement insulté.e.s, d’autres disent que leurs yeux ont été ouverts. Un ami à moi a compris que le patriarcat n’était pas mort le jour où sa meilleure amie a fondu en larmes et l’a engueulé parce qu’il avait dit qu’aujourd’hui il n’y avait plus de sexisme. Je sais que d’autres personnes l’auraient traitée d’hystérique et lui auraient doctement dit que ce n’est pas en « tombant dans l’émotionnel » qu’elle fera avancer les choses. Je suis passée d’omnivore à végane après avoir lu un de tes articles, alors que certain.e.s trouvent que ta façon de t’exprimer « dessert ta cause » (si tous les militants à qui ont a dit ça s’étaient mis à écouter ces conneries, je me demande dans quel monde on vivrait aujourd’hui…). J’en suis arrivée à la conclusion qu’il n’y avait pas de bonne façon de militer. Qu’une image choc va faire fuir quelqu’un là où elle va faire s’interroger quelqu’un d’autre, qu’étaler sa colère et sa révolte sur la place publique va donner du grain à moudre à ceux qui ne sont pas d’accord pendant que d’autres seront interpelés par cette colère et se questionneront sur ce qui la provoque. Qu’on ne peut pas faire reculer les choses en s’exprimant, et que le silence est pire que la colère.
    Pour résumer, à mon sens, toute personne qui dénonce une oppression de quelque manière que ce soit, qui apporte son soutien à celleux qui en sont victimes, qui relaie une information ou un témoignage est un.e militant.e. et que définir le militantisme par l’efficacité de l’action est dangereux car extrêmement subjectif.

    • Je pense que j’ai du mal m’exprimer. Je ne définis pas le militantisme par l’efficacité. Je dis bien « militer c’est essayer » et non pas « militer c’est réussir » ce qui n’aurait strictement aucun sens.
      Ce qui compte c’est de prendre un minimum de recul sur soi. Je gueule ok, mais pourquoi je gueule? Est-ce que j’essaie de faire changer les choses, et si oui est-ce je pense que ça peut aider? Question essentielle à se poser car si je ne me la pose pas je risque de m’épuiser à dépenser mon énergie sans obtenir grand chose en échange. Bien sur c’est toujours un risque car il y a le risque de se tromper. Et personne ne peut savoir avec certitude qui a raison quand des militants ne sont pas d’accord entre eux pour dire ce qui est efficace ou non. Mais on se doit d’au moins se poser la question, à moins de considérer que notre temps et notre énergie ne valent rien.
      Autre hypothèse je gueule et je pense que ça ne changera rien, alors pourquoi je gueule? ça m’arrive de gueuler et d’insulter des gens. Je me défoule, je m’exprime. Ce n’est pas -forcément- du militantisme. A d’autres moments je gueule parce que je pense que l’expression de ma colère peut être constructive et que je me dois de l’exprimer d’une certaine façon pour en faire quelque chose. Je ne dis à aucun moment que gueuler n’est pas du militantisme, et même quand on pense que gueuler ne changera rien, je ne dis même pas qu’il ne faut pas. Je dis qu’il faut savoir, PARFOIS (pas tout le temps, on est pas des robots) avoir un regard critique sur soi, ses actions, ses motivations. Franchement j’en ai fait des actions militantes que je jugeais inutiles, et peut-être que j’en ferai d’autre, c’est pas la mort (je ne pense pas qu’on desserve sa cause, au pire ce qu’on fait ne sert à rien). Mais je me consacre à ce qui selon moi change les choses. Selon moi parce que personne n’ayant la vérité absolue, je suis la mieux placée pour décider à quoi me consacrer (ce qui ne veut pas dire que je ne demande jamais l’avis de personne). Et c’est pareil je pense pour chacun-e.
      Pour revenir à l’exemple du food not bombs montpellier, certaines personnes sont venues une fois et ne sont jamais revenues parce qu’elles estimaient (au moins certaines d’entre elles) que ce qu’on fait ne sert pas à grand chose. Je le déplore, parce que je ne suis pas d’accord, mais je respecte aussi que ces gens aient une approche différente de ce qu’est le militantisme, et/ou s’intéressent à d’autres problématiques.
      Non je ne pense pas qu’il y ait de « bonne » façon de militer. ça dépend des gens, de son approche du problème, etc… Enfin, si, je pense qu’une « bonne » façon de militer, si on peut appeler ça comme ça, c’est avoir le désir d’un monde meilleur et essayer de se donner les moyens pour ça, mais ça revient à définir militer en fait.
      Et tu as raison de souligner que faire changer différentes personnes nécessite différentes approches (si te je comprend bien quand tu parles des différentes réactions du public).

      Aussi, tu as l’air assez critique par rapport au fait de juger les militants en fonction de leur ton, par rapport à ce qu’on pourrait appeler la « police du militantisme » (tu n’es pas assez doux/compréhensif etc) et je suis assez d’accord avec toi, d’autant plus que souvent dire « tu dessers ta cause » n’est qu’un moyen de ne pas s’interroger. Il est un peu facile d’attendre des militants qu’ils soient parfaits, lisses et sans défaut pour s’intéresser à ce qu’ils défendent. D’ailleurs je ne pense pas que le militantisme doive être lisse, puisque ce qui réunit les militants, c’est au contraire la révolte.

    • Ha au fait, à propos des comentaires, sache que je les filtre pour éviter justement que ce soit la foire aux andouilles; bien sur je ne laisse pas passer que ceux avec lesquels je suis d’accord (contrairement à ce que disent les trolls), mais en revanche tu ne devrais pas y trouver de trop trop grosses conneries. Donc tu peux les lire (sauf si bien sur tu as la flemme hein mais c’est lisible en tous cas).

  27. Rien à voir avec la choucroute vegan mais je me disais comme ça que ton blog devrait plutôt s’intituler « les questions compost », ce serait herbement plus marrant et pertinent.

    Faman, militant de partir. :o

  28. Bonjour je suis depuis longtemps intéressé pour tenter de changer même de façon minime le regard que peuvent avoir les gens sur ce qui les entoure. Cela semble vague mais j’aimerais apporter un supplément d’humanité chez les gens, et ce au moyen de l’expression visuelle; c’est à dire le dessin et la peinture. Je ne sais pas si on peut appeler cela du militantisme puisque également la manière d’aborder les différents sujets se fera sans doute sur un mode poétique ou métaphorique. Je me demandais par contre si on pouvait voir cette démarche comme pouvant avoir une efficacité par rapport au but qu’elle se propose = faire évoluer les mentalités.

    Sinon je voulais ajouter que ton blog est une bonne chose pour Internet, et que oui je pense qu’il est efficace du point de vue du militantisme car développer des idées loin des sentiers mainstream est toujours utile.

Les commentaires sont fermés.