Pour en finir avec le mythe de la pureté

Suite aux débats qui ont eu lieu sur ce même blog, et qui portaient en partie (mais pas seulement) sur la question de savoir s’il faut ou non promouvoir le véganisme, je voudrais revenir sur un point que j’ai déjà évoqué sur ce blog, mais sur lequel, je pense, je n’ai pas assez insisté.

J’ai évoqué ce que j’ai appelé le mythe de la pureté. Je voudrais rappeler brièvement de quoi il s’agit.

Le mythe de la pureté

Un concept clé pour comprendre ce qu’est (ou ce que devrait être) le véganisme

Le mythe de la pureté consiste à croire que le véganisme est une question de pureté individuelle.

Croire au mythe de la pureté revient à faire du véganisme un problème purement personnel, puisque la pureté et l’intégrité d’un individu ne regardent que lui, un peu comme s’il s’agissait d’une attitude religieuse.

Il est souvent le fait des gens qui critiquent le véganisme, mais aussi de certains véganes eux-mêmes. Ainsi, certains auteurs végétariens ou végétaliens, comme Antonella Corabi dans cet article, ont soumis des critiques constructives du véganisme, en mettant en avant ce thème de la pureté personnelle. Il apparait, à la lexture de ce texte, que la pureté personnelle est un vrai problème, qui freine la progression du véganisme.

Cependant en le lisant, j’ai le sentiment qu’Antonella Corabi ne fait pas vraiment la part des choses entre ce qu’est (à ses yeux) et ce que devrait être le véganisme. L’article est intéressant car il met en lumière le fait que le véganisme est souvent présenté comme une question purement individuelle et personnelle, et en quoi c’est un problème. Et il a le mérite de rappeler que la question animale est une question de société, et que face à une question de société il est bon d’adopter une attitude politique.

 

Le véganisme est une attitude politique, et non pas une attitude de pureté individuelle. Ou, si l’on préfère, le véganisme est la mise en pratique d’une position politique qui est l’antispécisme.

Je dirais que le fait que je sois végane est le résultat de deux idées simples:

-L’idée selon laquelle tous les êtres sensibles méritent l’égale considération de leurs intérêts (antispécisme)

-L’idée que l’on doit incarner le changement que l’on doit voir dans le monde.

Ces deux idées tiennent de la politique et non de la pureté individuelle ou des questions du type religieux ou sectaire. La deuxième fait peut-être référence à ce qu’on pourrait appeler l’intégrité; mais ce n’est pas une question de pureté. Simplement, je ne vois pas comment on peut changer le monde si l’on n’arrive déjà pas à se changer soi-même. C’est la réponse à « comment peut-on changer le monde? » et non pas « comment être pure et parfaite » ou autres fantaisies.

Car je considère que les questions d’égo sont des fantaisies. Nous avons à nous occuper de choses beaucoup plus importantes.

Etre végane, attitude politique vs comportement de consommation

Qui est végane? Le citoyen ou le consommateur?

Réduire le véganisme à une attitude de consommation est une erreur aussi grossière que de le réduire à une question de pureté individuelle.

Et d’ailleurs, réduire le véganisme à une attitude de consommation revient automatiquement à l’assimiler également à une attitude de pureté. Car si le véganisme était une attitude de consommation, rien n’empêcherait un végane d’accepter, par exemple, de la nourriture contenant des produits animaux, si elle est offerte ou gratuite. Rien si ce n’est ce fameux et fumeux principe de pureté personnelle…

C’est là une grosse incohérence dans les critiques contre le véganisme émises par le mouvement animaliste lui-même. D’un côté, on reproche au véganisme d’être apolitique et d’être seulement une attitude de consommation. De l’autre, on propose d’accepter certaines « exceptions » au végétalisme puisqu’on admet que ces exceptions ne changent rien, concrètement, à la demande pour des produits animaux, et donc au destin des animaux, par exemple dans le cas où l’on se voit proposer gratuitement des aliments non véganes. Ce n’est pas cohérent.

Si je me contentais de ne pas acheter de produits animaux, alors le fait que je sois végane serait une attitude en tant que consommatrice. Mais je les refuse également lorsqu’on m’en offre. Et c’est justement parce que j’estime que l’utilisation ou la non-utilisation de produits animaux (et j’insiste sur le terme d’utilisation, et non d’ingestion, car je rappelle que le véganisme ne s’arrête pas à des questions d’alimentation), c’est une question qui fait appel à la responsabilité de chacun, mais aussi à l’idéologie de chacun. Avant d’utiliser un produit ayant nécessité l’utilisation d’un animal, je ne me demande pas « quelles vont être les conséquences sur ma prétendue pureté », ni « quelles vont être les conséquences directes de cette utilisation sur l’ensemble de l’exploitation des animaux ». Je me demande simplement si je suis pour ou contre l’utilisation d’animaux. C’est une question morale.

Je ne dis pas qu’il ne faut jamais faire aucune exception et que les exceptions sont à montrer du doigt et à condamner. Ce que je dis, c’est qu’à chaque fois qu’on a l’occasion de se demander si l’on doit ou non utiliser un produit ayant nécessité l’utilisation d’animaux, on doit se demander si l’on est pour ou contre et ce que cela implique par rapport à ce que l’on doit faire. C’est aller beaucoup plus loin que simplement s’interroger sur les conséquences d’un achat sur la demande et l’offre de produits animaux. Et c’est totalement différent d’un concept de pureté.

Je suis sure que, si j’y réfléchissais, je trouverais des situations où je pourrais être amenée à manger un produit animal. L’important est que je garde volontairement une attitude de rejet des produits animaux parce que je pense que c’est le devoir de quiconque se soucie des animaux, parce que cela correspond à la relation que je désire avoir avec les animaux, à la relation aux animaux que je voudrais dans la société que je voudrais. J’ai parfois consommé des produits animaux sans le vouloir et je ne m’en suis rendue compte qu’ensuite. Ca ne m’a pas empêché de dormir, j’ai simplement pensé « hé bien la prochaine fois, je ferais plus attention », ou même « pourtant, j’avais fait attention »…  Non, je ne me suis pas flagellée. Non, la culpabilité n’est pas mon moteur. La culpabilité n’a aucun intérêt, ce qui importe c’est de se poser les bonnes questions.

 « Prosélytisme »

Ce que l’éducation au véganisme n’est pas

L’erreur de voir le véganisme comme une question de pureté personnelle amène une autre erreur, celle de voir la promotion du véganisme comme une sorte de prosélytisme religieux.

L’éducation au véganisme n’est pas du prosélytisme. Il ne s’agit pas de convaincre les gens que le véganisme est la meilleure chose pour eux, pour qu’ils se sentent bien. Il s’agit de leur en donner la possibilité, de les informer sur le fait que ce soit possible.

Dans ce compte rendu des estivales de la question animale, il y a une critique qui m’a parfois été faite lorsque je proposais d’utiliser les ressources militantes en vue de l’éducation au véganisme.

« la lutte contre l’esclavage des Noirs n’a pas consisté à demander à chaque propriétaire d’esclave s’il souhaitait renoncer à ses esclaves et boycotter tous les produits issus du système esclavagiste, mais plutôt à imposer sur la place publique la discussion sur le bien-fondé de l’esclavage et son abolition politique, collective »

Bien sur, cette critique serait valable si nous demandions effectivement au gens s’ils souhaitent devenir véganes. Mais ce n’est pas ce qu’à mon avis nous devons faire. Nous devons informer les gens afin qu’ils sachent que l’on peut vivre sans produits animaux. Car ils ne le savent pas. Et comment pourrions-nous espérer une société sans produits animaux si les gens ignorent qu’ils peuvent vivre sans?

Bien sur, l’esclavage a toujours eu des implications économiques fortes, et les anti-esclavagistes menaçaient l’économie. Mais je ne pense pas que les gens de l’époque étaient persuadés qu’ils allaient mourir ou être très malades ou malheureux s’il n’y avait plus d’esclaves. Si cela avait été le cas, il aurait fallu parvenir à ce que la majorité des gens se détrompent sur ce point, afin de vaincre l’esclavage.

De plus, dans ce même compte-rendu, on reproche la distinction catégorique qui est faite entre « végétariens » et « véganes ». Certes, s’en prendre aux comportements individuels est une mauvaise approche, de toutes façons. Mais l’erreur est justement de distribuer les bons et les mauvais points en disant qui est un bon ou un mauvais militant selon le contenu de son assiette. Pour autant, on ne doit pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le reproche légitime qui est fait à certains de se préoccuper de qui est un « vilain que végétarien » ou un « bon végane » ou un « mauvais végane » ne doit pas éclipser une préoccupation qui, elle, mérite qu’on s’y intéresse: que le véganisme est la meilleure voie à adopter si l’on veut défendre les animaux.

Car si l’on veut reprendre le parallèle avec l’esclavage, il me semble, en lisant ce texte que beaucoup de militants pour les droits des animaux ne sont pas véganes et ne souhaitent pas spécialement le devenir. Or, c’est comme si les militants anti-esclavagisme avaient possédé des esclaves et n’avaient pas souhaité renoncer à leur utilisation. Car on peut dire que, d’une certaine façon, une personne ovo-lacto-végétarienne utilise des animaux-esclaves.

Le but n’est pas de montrer qui que ce soit du doigt. D’ailleurs, je ne dis pas que les véganes sont exempts de toute exploitation envers qui que ce soit. Mais la caractéristique du véganisme, c’est de refuser l’exploitation tant que faire se peut.

Le but de l’éducation au véganisme n’est pas de faire du prosélytisme, de montrer aux gens que nous avons raison d’être véganes ou encore que le véganisme va résoudre tous leurs problèmes. Il ne s’agit pas d’une confrontation d’opinion, les mangeurs de steaks contre les brouteurs de salade. Il s’agit de faire en sorte qu’être végane soit quelque chose de normal et de banal pour la majorité des gens. L’éducation au véganisme ne vise pas seulement à libérer les animaux de l’exploitation dont ils sont victimes, mais également les gens eux-mêmes qui sont persuadés qu’ils doivent exploiter les animaux, alors que la plupart d’entre eux désapprouvent le traitement infligé à ces êtres sensibles, ou le désapprouveraient s’il ne leur était pas soigneusement dissimulé.

Le véganisme contre les véganes

les véganes ne sont pas le sujet

Lorsque je lis le compte rendu des estivales aussi bien que les textes d’Antonella Corabi et de Françoise Blanchon, je me dis qu’il y a un problème avec la vision du véganisme qu’on a aujourd’hui.

Certes, les véganes eux-mêmes ne sont pas étrangers à cela. Le véganisme est souvent réduit à un problème d’identité. Comme cela a d’ailleurs été souligné aux estivales, former une communauté est aussi une étape possible vers un changement social, mais cela ne doit pas faire oublier l’essentiel.

Car on parle des véganes, les véganes font ceci, les véganes font cela, mais on oublie au passage qu’ils ne sont pas le sujet. Ni les véganes, ni les végétariens, ni personne. Le sujet, c’est les animaux.

L’important c’est pas les véganes, c’est le véganisme. Le véganisme, c’est refuser en pratique l’exploitation animale. C’est donc important. Que les véganes soient purs et parfaits ou chiants et moralisateurs, c’est vraiment le dernier de mes soucis. Le fait est que le véganisme est l’attitude la plus cohérent dès lors qu’on se préoccupe des animaux.

Cela m’agace prodigieusement quand je vois que ce compte-rendu présente le véganisme comme une sorte d’idéal impossible à atteindre pour le commun des mortels. Le véganisme est ce vers quoi nous devrions tous tendre, du mieux que nous pouvons. Le reste n’est que blablas inutiles et branlette intellectuelle. Ce qu’on appelle, dans ce texte, le « terrorisme de la pureté » n’est autre qu’un ensemble de jugements individuels et de réactions à ces jugements, du fait de gens qui pensent que les autres doivent leur rendre des comptes, ou qu’ils ont des comptes à rendre aux autres militants. Ca n’a vraiment aucun intérêt. Nous ne devrions rendre de comptes qu’à nous-même, en nous positionnant par rapport aux premiers intéressés, les animaux.

Si, au lieu de s’intéresser à nos égos, au lieu de se rendre des comptes les uns aux autres, au lieu de s’intéresser à qui est le meilleur militant, qui mérite les bons et mauvais points… Si au lieu de ça nous nous demandions ce qui est le mieux pour les animaux et quels sont les moyens les plus efficaces de parvenir à leur libération, alors nous verrions qu’une des choses les plus importantes à faire est de promouvoir le véganisme. Et la grossière erreur de ce compte-rendu n’aurait pas été commise. Je fais allusion au fait que, dans ce texte, le véganisme soit présenté comme quelque chose de marginal, de difficile, d’extrême, de réservé à une élite… Présenter le véganisme de cette façon est, à mon avis, une entrave à la libération des animaux.

Le véganisme apparait parfois comme difficile ou impossible parce que nous vivons dans une société qui est basée sur l’exploitation des animaux. Mais en réalité, si l’on s’affranchit de certaines peurs et idées préconçues, être végane n’est ni impossible, ni difficile. Il ne s’agit pas d’un idéal à atteindre. Il s’agit tout simplement d’essayer de vivre en refusant l’exploitation des animaux et de participer à cette exploitation. Il n’y a pas de comptes à rendre, il n’y a pas de bons ou de mauvais points à distribuer, il n’y a pas de degré de pureté personnelle à fixer. Il y a simplement à se poser les bonnes questions.

Une fois qu’on a décidé de surmonter ces difficultés, elles apparaissent comme dérisoires. Ce qui ne veut pas dire qu’elles n’existent pas, ou que les gens sont idiots de les voir comme importantes. Simplement, être végane est beaucoup, beaucoup plus facile que ce qu’imaginent la plupart des gens – et même au sein du mouvement animaliste, comme le compte-rendu des estivales le suggère.

On ne devrait peut-être même pas dire « être végane ». Mais c’est plus court que si on disait: « être contre l’exploitation des animaux et mettre cette idéologie en pratique »… Car le véganisme n’est rien d’autre que cela.

Au sujet de l’identité végétarienne/végétalienne et des confusions qui découlent de ces aspects identitaires, j’ai abordé le sujet dans un article qui est paru dans le dernier numéro d’Alternatives Végétariennes.

Avec aussi de vrais morceaux d’Insolente Veggie dedans.

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27 réflexions au sujet de « Pour en finir avec le mythe de la pureté »

  1. Les lieux publics seraient toujours enfumés si des fumeurs anti-tabagisme passif avaient voulu montrer l’exemple aux autres fumeurs qu’un monde où on enfume pas les non-fumeurs est possible …
    Pour que la clope soit interdit dans les lieux publics , il a fallu une loi …
    Montrer l’exemple n’aurait pas fait avancer la cause anti-tabagisme passif … ou alors à la vitesse d’un escargot … et encore, on serait jamais arrivé à convaincre tout le monde …
    Là, avec une loi, et alors que la grosse majorité des fumeurs étaient contre ( on leur imposait un interdit ) , on a fait avancer les choses hyper rapidement …

    Après, en écrivant ça, je me rend compte que ma comparaison est mauvaise … parce que les fumeurs ( comparés aux spécistes/ mangeurs de viande ) avaient face à eux des non-fumeurs ( comparés aux antispés/ végés ) bien plus nombreux que les végés ne le sont face aux carnistes …
    Donc ça aurait tendance à montrer que pour que l’abolition d’un truc soit réalisable , il faut être un certain nombre à revendiquer ce truc …

    Mais moi, je sais pas pourquoi , mais je suis d’accord avec Yves … l’abolition de la viande est un truc à revendiquer dès maintenant … et que c’est là où il faut concentrer notre énergie …
    Moi, sur mon camion, il est inscrit en gros  » abolition de la viande  » avec le logo antispé et  » non au spécisme  » …
    Jme verrais pas marquer un truc genre  » un mode de vie vegan est possible  » …

    Pis présenter le veganisme comme un truc difficile à atteindre n’est pas forcément une entrave à la libération des animaux …
    Parce que effectivement, c’est pas forcément évidemment d’arrêter de consommer des animaux ou leurs produits dans une société basée que sur ça …
    C’est un peu comme arrêter de boire … c’est difficile dans un monde où l’alcool est en vente libre …
    Dans une société où la viande et donc le fromage et les œufs seraient abolis, il serait beaucoup + facile de devenir vegan … non seulement parce que la tentation ne serait plus là , mais aussi parce que le choix de produits vegans serait beaucoup plus grand … et aussi parce qu’il n’y aurait plus de pression sociale …

    Et pis je trouve que quoi qu’on en dise, dire aux gens  » c’est possible d’être vegan  » , ça renvoit trop au  » chacun fait ce qu’il veut  » que je ne supporte plus …
    Moi, j’ai plutôt envie de dire qu’un monde vegan est nécessaire et que non, chacun ne devrait pas pouvoir faire ce qu’il veut aux détriments des autres … donc j’aurais plutôt envie de convaincre une personne , non pas de devenir impérativement végé ou vegan ( même si quand j’y arrive , j’en suis fier ^^ ) , mais d’adhérer au projet d’abolition de la viande …
    Les parents de mon ex sont pour l’abolition de la viande tout en mangeant … et je préfère ça qu’un végé qui ne serait pas pour l’abolition …

    Ceci dit, je suis d’accord avec toi qu’on devrait tous tendre vers le veganisme … c’est pour ça qu’il faut promouvoir l’abolition de la viande … je suis convaincu que c’est la seule manière de  » libérer  » les animaux …

    • Tu compares des choses qui ne sont pas comparables. Tu penses que c’est possible d’abolir la viande tant que 98% des gens en mangent? Encore une fois, si 98% des gens fumaient et pensaient que c’est tout à fait normal d’enfumer son entourage, il aurait été tout bonnement impossible de promulguer une loi anti-tabac dans les lieux publics. On ne peut pas faire des lois comme ça sans changer des mentalités. Ca ne veut pas dire que tout le monde doit etre d’accord avec une loi pour la promulguer. Mais penser que 2% de végétariens vont abolir la viande, c’est tout simplement du fantasme.

  2. Tu as raison sur ce qu’est (ou devrait être) le véganisme, et je comprends ton agacement face aux critiques du mouvement végan (que je trouve parfois excessives). Mais il faut distinguer ce que pensent les végans et ce que perçoivent les gens. pour ce qui est des militants, aucun ne conçoit le véganisme comme un choix de vie relevant de la morale personnelle. Par contre, ça peut apparaitre ainsi si on ne fait que de la promotion du véganisme.
    Ce qui est apolitique dans l’éducation au véganisme, ce n’est pas tant le véganisme (en tout cas celui que tu défends, celui qui évite le mythe de la pureté, le repli communautaire, celui qui veut révolutionner notre rapport aux animaux), c’est l’éducation. Par définition, l’éducation (au véganisme ou autre chose) ne cherche pas à changer la chose publique (la loi, les recommandations du PNNS, les cours des facs de médecine), mais la chose privé (les gens).

    Pour moi, ce n’est pas un problème en soi. Il est même utile qu’il y ait une éducation végane. Le problème, c’est de ne faire QUE ça. De ne pas, en parallèle, agir directement pour changer la chose publique, la société. J’insiste sur le directement, parce que certes l’éducation végane implique, via les arguments antispécistes utilisés, une critique radicale de notre société spéciste, mais tout cela est indirect.
    Je ne suis donc pas d’accord avec l’idée qu’il faudrait concentrer tous les efforts militants sur la promotion du véganisme.
    Pour en revenir au sujet initial, je continuerais pour ma part à soutenir les actions réformistes de L214 parce qu’elles attaquent directement et immédiatement les institutions exploitant les animaux.

    Le mouvement pour l’abolition de la viande aussi attaque directement (et bien plus radicalement) les institutions exploitant les animaux, mais pas immédiatement comme les actions réformistes. D’où l’intérêt d’avoir les deux.

    • Les campagnes welfaristes n’attaquent pas les institutions exploitant des animaux, mais elles travaillent au contraire avec ces institutions, et c’est le pourquoi de leur succès.

      Si une campagne welfariste mettait réellement en danger une institution plutot que de lui proposer un contrat « donnant-donnant » où tout le monde y gagne (l’exploitant et l’association), elle ne rencontrerait pas le succès que rencontrent les campagnes welfaristes.

      Ce succès à un prix. Tout comme l’écoute des gens lors de ces actions: ils écoutent parce qu’on leur dit ce qu’ils pensent déjà.

  3. Je t’ai dit qu’en écrivant , ma comparaison n’était pas bonne parce que il y a beaucoup + de non fumeurs que de végés …

    Ça change pas pour moi le fait qu’il me paraît important dès maintenant de promouvoir l’abolition de la viande plutôt que le veganisme …
    Déjà, parler d’abolition de la viande n’empêche en rien de rendre quelqu’un végé ou vegan …
    Les seules personnes que j’ai « converti », c’est en leur parlant d’abolition de la viande et d’antispécisme, en leur disant que j’étais pour un changement profond et radical de la société … ce qui ne les a pas empêché d’en tirer les conclusions pour leur vie personnel …

    Ensuite, je pense pas que 98% des gens en France soient forcément contre l’abolition de la viande …
    Y a environ 15 ans, Kouchner avait commandité une enquête pour le ministère de l’agriculture … à la question  » trouvez-vous normal de tuer un animal pour le manger ?  » , 14% des gens interrogés ( sur un panel avec 2% de végés ) ont répondu non.

    Enfin, Mitterrand a aboli la peine de mort alors que l’immense majorité des gens étaient pour la peine de mort … et il y a d’autres exemples de mesures très fortement impopulaires qui ont été imposées par la loi ( je pense que les radars automatiques, très peu de gens étaient pour ) … mais après, une fois que la mesure est imposée, les gens suivent le truc … et l’opinion publique change … comme pour la peine de mort où maintenant, l’immense majorité des français est contre … au point de faire la morale aux états-unis …

    Je pense aussi qu’il faut à tout prix dire haut et fort que l’abolition de la viande est une nécessité pour une société qui se veut juste … il faut le dire haut et fort … et souvent , tout le temps même … y a que comme ça que ça peut rentrer dans la tête des gens et que la société pourra évoluer … quand j’entends qu’il y a 20 ans , on pouvait même pas dire qu’on était végés pour les animaux , que comparer la viande et l’holocauste était juste impossible … alors qu’aujourd’hui, le discours passe de mieux en mieux , je suis vraiment optimiste … et je trouve dommage que quelqu’un comme toi ( je suis fan de ton blog par ailleurs ) n’y croit pas … parce que je pense que le mouvement pour l’abolition de la viande a besoin de l’énergie de gens comme toi …

    Je dis pas que la viande va être abolie demain …
    Je dis juste qu’il faut réclamer l’abolition dès aujourd’hui … afin que ça devienne un débat de société … un peu comme le mariage homo ou l’euthanasie sont des débats de société … qui vont finir par déboucher sur des lois donc des droits …

    • Mais le mouvement végane c’est un mouvement politique.

      Etre végane c’est, EN SOI, une attitude politique qui revient à condamner toute exploitation animale.

      Ce n’est pas parce que je ne porte pas une pancarte avec un animal mort dessus, que je ne revendique rien.

  4. Mais alors, pourquoi ne pas appliquer cette idée à l’éducation végane ? Si, comme tu l’expliquais dans la discussion au billet précédent, l’éducation végane a, par rapport au discours d’abolition de la viande, plus de succès (= les gens écoutent plus et se sentent moins agressés), cela signifie qu’elle est moins efficace.

  5. @Pete:
    Il faut se poser la question suivante :
    Une campagne welfariste qui se conclut en succes, qu’est ce que c’est ?
    Imaginons une chaine de fast food servant uniquement des produits a base de poulet.
    Une association leur fout la pression pour qu’il ne fasse appel qu’as des fournisseurs bio et plein air.
    La chaine de Fast Food cede.

    Pourquoi cede-t-elle?
    Parce qu’elle y gagne quelque chose comme :
    – La fin d’une campagne de communication negative.
    – Le debut d’une campagne de communication positive.
    – Amelioration de son image
    – Amelioration de ses benefices.

    Consequences a moyen termes :
    – Enrichissement accru de la chaine de fast food
    – Obligation de la laisser un peu tranquil car elle a fait preuve de « bonne volonte »
    – Difficulte accru de lui faire faire un nouveau pas en avant.

    Lescampagnes welfariste sont un echec car les raisons qui motivent les decisions des entreprises n’ont absolument rien a voir avec le bien etre animal !

    Il est evident que je n’ai pas la maitrise de l’ecriture et du verbe que la plupart des gens ont sur ce blog, cependant, j’espere que mon raisonnement est clair.

  6. On s’en fiche des motivations, l’important est le résultat (que tu oublies de lister dans les conséquences).

    • Je ne parle pas seulement des motivations. ce que je dis, c’est que le véganisme est un mouvement d’abolition de la viande en lui-même (et des autres produits animaux). Le mouvement a pour but de faire évoluer la société, et pas de « rendre tout le monde végane ». Ceci notamment en démarchant les institutions, en demandant à revoir des lois, etc.

  7. Justement le resultat est tres positif pour l’industrie en terme d’image et ne change quasiment rien a la condition animal…

  8. A propos du fait de revendiquer l’abolition de la viande, quand je vois les réactions des gens à une revendication si catégorique et qui ne s’en cache même pas ( http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/01/28/parler-d-abolition-de-la-viande-reste-tres-difficile_1471756_823448.html ), je me dis que ça travaille presque contre l’objectif d’abolition. En faisant du « rentre-dedans » comme ça, tout ce qu’on fait, c’est déclencher chez les gens un mécanisme de rejet primaire et immédiat, et après ils ne veulent même plus écouter. Le premier argument des gens, c’est que c’est du suicide parce qu’on ne peut pas se passer de viande. Ca me semble donc logique qu’il faille d’abord leur apprendre simplement qu’on peut vivre sans viande…

    Quelle que soit la force de nos convictions, je suis persuadée qu’à l’heure actuelle, nous somme si loin de l’objectif qu’est l’abolition, qu’il est absolument primordial de sensibiliser les gens avec le plus grand tact et la plus grande douceur. Ca ne veut pas du tout dire être hypocrite ou mentir sur ce que l’on veut. Mais « abolition de la viande » dit comme ça, c’est presque appeler soi-même les critiques hargneuses et irrationnelles. Je crois que vous avez dit ailleurs « on s’en fiche si certains sont choqués du moment qu’on arrive à en convaincre un ou deux ». Peut-être que simplement montrer que le véganisme est possible semble moins revendicatif, moins dynamique ou que sais-je, mais à mon avis il s’agit surtout de préparer le terrain pour qu’une majorité de la population soit amenée plus tard à être beaucoup plus sensible à des campagnes en faveur de l’abolition pure et simple de l’utilisation animale. Donc, à terme, à mon avis, c’est beaucoup plus efficace. Vous semblez vouloir aller plus vite que la musique en fait… Du coup ça fait plein de fausses notes (plein de gens qui s’insurgent)…

    Pour l’instant, montrer (mais vraiment montrer, le crier sur les toits s’il le faut, faire des campagnes etc.) que c’est possible, agréable et nécessaire moralement, et ensuite, quand une majorité de la population en sera convaincue (même sans réussir encore à être entièrement végane, simplement convaincue au moins par l’idée), en tirer les conséquences légales. Faire l’inverse revient à mettre la charrue avant les boeufs.

    Au final entre ce que vous voulez faire (Passager Noir et Yves je crois) et ce que nous (hum moi en tout cas mais je crois que je rejoins l’elfe là-dessus) essayons de faire, la différence n’est pas l’objectif, mais le moyen d’y arriver. Et je trouve que la méthode douce et patiente a des chances d’être beaucoup plus efficace à terme.

    Pour le parallèle par rapport à la peine de mort que la majorité des français supportait encore au moment de la loi : la majorité peut-être, mais dans les milieux intello/universitaires de la population instruite qui pouvait avoir une grande influence, ça m’étonnerait. Or même dans ce milieu à l’heure actuelle la notion d’un monde sans production animale est une grande inconnue. Vous voyez des hommes politiques aussi majeurs que Mitterrand en parler, vous ?
    Pour les radars c’est pareil, les gens ça les fait chier de payer des amendes, c’est sûr, mais il suffit à n’importe qui de réfléchir deux minutes pour se rendre compte que de toute façon, respecter les règles sur la route c’est indispensable et que du coup faut bien trouver les moyens de les faire respecter. Mais donc il faut être convaincu à la base qu’il faut respecter les règles routières. Aujourd’hui heureusement c’est une évidence pour presque tout le monde, même si parfois elle s’efface un peu face à l’énervement de se faire flasher par un radar. J’ai pas l’impression qu’il soit si facile à l’heure actuelle de convaincre les gens qu’il faut respecter les animaux/ne pas les utiliser. C’est d’abord là-dessus qu’il faut travailler, faire de ce principe une évidence, en douceur pour ne pas brusquer.

    Personnellement je ne veux pas convaincre les personnes de « devenir » véganes à tout prix, mais les convaincre simplement que la notion de véganisme est une chose juste et bonne. Une fois que les gens penseront au moins ça, il n’y aura plus aucun obstacle à la réalisation progressive de changements concrets et à la diminution puis l’abolition de l’utilisation animale. Chaque chose en son temps…

    • Leproblème à mon avis, n’est pas de ne pas se cacher, ni de revendiquer catégoriquement, mais de revendiquer l’abolition d’une pratique qui est non seulement considérée normal et banale, mais surtout nécessaire. Sinon je suis assez d’accord avec ton avis. Je pense qu’il faut généraliser l’information de la possibilité d’une vie sans animaux avant d’exiger l’abolition.

  9. Au sujet de l’identité…
    Pour la langue italienne, on n’est pas médecin, ou marchand, ou je ne sais quel autre métier : on fait.
    Cela suggère que notre identité est à trouver ailleurs, pas seulement dans le boulot en tout cas. Que celui-ci peut changer (surtout à notre époque, bref).
    En revanche, lorsqu’on est végane, peu de risques qu’on change ! Donc pour ma part, j’exclue « faire le végane ». Mais « se positionner pour l’abolition de l’exploitation des êtres sensibles et conscients », même si c’est long, je prends.

  10. Pour le métier, j’essaie souvent de dire « je travaille en tant que/I work as », plutôt que « Je suis/I am » (oui, je mets en 2 langues, puisque Sandrine parle langue et que je suis amené à le dire en français et en anglais ; c’est pas pour me la péter). Mais je fais pas tjs gaffe, et des fois je me loupe.

    Pour « être vegan », je choisis tjs le mot vegan et pas un truc à rallonge, mais c’est vrai que c’est reçu plus descriptif d’une façon de manger (voire de se vêtir, etc.) que revendicatif. Dans « vegan », mm si dans les faits il y a un boycott de la viande etc et une volonté d’abolition, du moins pour nous, c’est rarement perçu comme ça par les omnis. Sans doute aussi parce que les idées d’abolition de la viande et de véganisme ne sont pas liées dans leur tête (vu qu’abolition de la viande, ils en ont rarement entendu parler). Donc c’est clair, à un niveau individuel qd on nous demande pkoi, faut affirmer le côté politique de notre veganisme, et à un niveau collectif, faut que l’abo de l’exploitation animale (et j’avoue que je comprends pas pkoi dire abo de viande et pas abo de l’exploitation animale n’est pas utilisée, c’est guère plus long et plus correct ; c’est dommage d’oublier tout le reste, mm si ça représente en pourcentage qu’un faible chiffre) se fasse entendre.

    Quant au fait de l’éducation vegan, c’est bien, mais faut qd mm faire gaffe ; ou peut-être que ce qui manque, c’est une politisation claire du veganisme. Parce que de ce côté de la Manche, le veganisme ne pose pas de problème à grand monde, les gens connaissent, ça va, c’est entré dans les moeurs, mais j’ai l’impression que c’est tellement entré dans les moeurs que ça stagne. C’est là, ça existe, mais on s’en fout. Ça fait tellement partie du décor, comme la pluie, qu’on fait plus gaffe.

  11. Ah, vi, j’ai oublié. Moi ce qui me plaît, c’est le terme « Veganarchy »

    Je trouve que ça politise le côté vegan, j’aime bien. Et comme pour moi être vegan s’inscrit clairement dans la droite ligne de l’anarchisme, auquel je crois…

  12. Merci pour cet article très pertinent. Et à bas la police végane ! (si si, il existe des badges « police végane » et ceux qui les portent s’amusent à te demander si tes chaussures sont en cuir – y en a qui n’ont vraiment pas compris comment aider le véganisme).
    Perso je suis végane à environ 98 % et je considère que ça me permet d’être plus au contact des omnis et plus efficace à les convaincre que certaines véganes à 100 % qui restent entre eux…

    • Les badges police végane j’avoue que je trouve ça assez génial, mais j’imagine (et j’espère) que c’est du second degré ! Bon c’est sur, ça n’aide pas, et il faut faire attention avec ce genre d’humour qui peut être mal compris…

      Je pense qu’on peut être totalement végane et être toujours au contact des omnis :) mais tu as raison de souligner qu’il est plus important de contribuer à changer la société, plutot que d’éliminer la moindre trace de produit animal de son assiette. D’ailleurs pour moi être végane n’est pas l’absence de produits animaux, c’est une revendication avant tout.

    • Si les vegans qui restent entre elleux ne font pas avancer le schmilblick, que dire des vegans qui fréquentent des « viandard’s » (nous appellent-iels) et qui nous expliquent tranquillement, à nous qui pensons être leurs ami’s, que si iels ne cessent pas tout simplement de fréquenter les meurtriers que nous sommes, c’est juste parce qu’iels sont trop minoritaires pour rester entre vegans ? Je faisais partie de ces « sympathisant’s » qui mangent de la viande mais qui reconnaissent que les humain’s feraient mieux de ne pas manger d’animaux ni les exploiter, et qui savent que c’est possible. Je sais que cette position parait illogique et exaspère bon nombre de vegans mais c’est ainsi, et jusque-là je m’étais senti’ à peu près respecté’, comme je respectais les vegans. Depuis cette énorme déception, je me bats, sur le plan émotionnel, pour retrouver cette disposition d’esprit. Voilà, je voulais vous le dire, parce que ça m’a fait très mal et que j’aimerais bien que ce genre de chose se produise le moins possible. Alors si vous ne souhaitez pas fréquenter de non-vegans, s’il vous plaît, mettez-le en pratique mais ne nous infligez pas votre haine ambigüe juste pour avoir quelqu’un à fréquenter.

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