Harcèlement de rue: qu’est-ce que ça veut dire?

La mode est en ce moment à la dénonciation du harcèlement que subissent les femmes dans la rue. La fameuse vidéo de Sofie Peeters, tournée en caméra cachée dans les rues de Bruxelle, a fait sensation. Un phénomène un peu étrange, quand beaucoup de femmes ont eu l’impression qu’on venait d’inventer la roue: ha bon, les femmes se font harceler dans la rue? Diantre !

Harcèlement de rue

Plus que la vidéo, ce sont certaines réactions étonnées qui ont déclenché la prise de parole massive des femmes. La plus représentative était le twit d’un certain Mathieu, qui disait ne jamais avoir « vu aucune fille se plaindre d’avoir eu à subir le même traitement en France », (?) ce qui lui faisait déduire que « ça demeure un cas relativement isolé » (!).

Si une partie de moi crie « Mon dieu, comment peut-on être aussi aveugle et naïf? » une autre, bien plus intéressante, constate cet aveuglement et s’interroge sur son origine. Refus de voir certaines choses? Peut-être, mais il y a surtout le silence autour du harcèlement de rue. Un silence bien gardé, car aussitôt qu’on le brise, fusent les moqueries, les jugements, les petites agressions verbales, qui semblent destinées à ne surtout pas faire changer les choses.

La police des femmes et ses agents dévoués

Je voudrais aller plus loin, ici, que la simple dénonciation du harcèlement de rue, comme d’une chose pénible que l’on doit subir. Je ne veux pas me contenter de dire que le harcèlement de rue est pénible: il l’est assurément, toutes les femmes le savent. Je veux surtout dire qu’il intervient dans un certain contexte social, donc que, contrairement à ce que disent beaucoup de gens, il n’a rien d’invincible ou d’immuable. Que  ça ne devrait pas être aux femmes d’apprendre à « faire avec » en modifiant leur attitude ou en apprenant à répondre à ces petites agressions répétées, ça devrait être aux hommes de s’en abstenir, point final.

Qui sont les agents dévoués de la police des femmes? Ce sont d’abord, bien sur, les harceleurs eux-même, qui en agressant verbalement certaines femmes, exercent collectivement une sorte de contrôle sur leur attitude. Quand tu es harcelée dans la rue, ton premier réflexe est de te remettre en question: est-ce ma tenue? Ma façon de marcher? Est-ce que, par mes attitudes, je provoque, je laisse entendre que quelque chose serait possible? Femme dans la rue, tout chez toi est passé en revue par la police des femmes: ta façon de marcher, ta façon de regarder les gens, ta façon de parler, ta gestuelle, ta façon de t’habiller, l’expression de ton visage. Tu dois être absolument conforme à un certain nombre de normes qui, en plus, diffèrent d’une appréciation à l’autre. Ainsi, tu te feras harceler si tu es trop féminine (tu cherches forcément à te faire sauter), mais si tu ne l’es pas assez, tu te feras insulter aussi. Si tu souris, tu es forcément disponible pour coucher avec le premier débile venu, mais si tu fais la gueule, le même premier débile venu te harcèlera parce que tu ne souris pas.

Mais d’autres agents plus pernicieux, ce sont aussi ceux (et celles!) qui, lorsque tu évoqueras ces comportements, te feront diverses réflexions qui ne te donneront qu’une envie: ne plus en parler. Par leurs diverses réactions amusées ou agacées, elles et ils t’intiment le silence. Parmi ces réactions:

  • Minimiser: tu exagères, tu montes un truc en bateau, on t’a juste fait une remarque, c’est pas la mort, on ne t’as pas agressée…
  • Confondre harcèlement et séduction: tu devrais être flattée, ça veut dire que tu es jolie… (ben voyons!)
  • Te mettre ça sur le dos: ça doit être ta façon de marcher, parce que tu portes des jupes… (yakapa porter des jupes)
  • Plus fourbe encore: plutôt que de donner raison aux harceleurs, les traiter de cons, mais en te faisant comprendre que tu es stupide de t’en faire pour des choses pareilles, que tu as tort de te plaindre pour si peu… Façon détournée de dire que ce n’est pas à eux de changer (quand on est con, on est con, n’est-ce pas) mais à toi de t’adapter. Et en silence, s’il te plait.

Cette dernière stratégie ressemble fort aux excellents conseils anti-viol donnés sur le blog de crêpe georgette (rappelez-vous mon article à ce sujet: Les victimes coupables). Certes, les gentils conseilleurs anti-viols admettaient que le viol, saymal, mais bon, on ne peut rien faire contre le connerie des gens (= il y aura toujours des violeurs, c’est normal que vous risquiez d’être violées), sous-entendant que les comportements agressifs et sexistes de certains hommes ne sont pas une conséquence du patriarcat dans lequel ils évoluent, mais une question de « connerie » individuelle (mythe sur le viol). Et que, puisqu’il y a des cons, c’est à vous mesdames de vous adapter, faites en sorte de ne pas être violées ni agressées physiquement ou verbalement. Responsabilité partagée : les hommes seraient cons (!), ce serait donc à nous les femmes, de faire des efforts supplémentaires pour vivre harmonieusement avec eux.

Bien sur je ne suis pas d’accord, je ne crois pas que les hommes soient plus « cons » que les femmes, je ne crois pas qu’on puisse balayer le problème du harcèlement de rue d’un simple « bah, ils sont cons ». Paradoxalement, dire que « ce sont des cons » leur donne une légitimité à faire ce qu’ils font. Encore une fois, le sexisme misandre fait passer les hommes pour des connards décérébrés et les autorise donc à faire tout ce qu’ils veulent, laissant aux femmes des responsabilités qu’elles n’auraient pas à assumer si l’on était pas si complaisants avec la supposée « connerie ».

Non, ce ne sont pas juste « des cons ». Con ou pas, ce sont des hommes qui vivent dans une société sexiste. Pour eux, c’est normal. Pour eux, une femme est un être forcément sexué, une chose à leur disposition, dont le consentement importe peu. Pour eux aussi, une femme n’a pas à se plaindre de leur comportement. Ils ne diront pas qu’ils sont des cons, ils diront qu’ils sont des hommes, qu’ils ne peuvent pas se retenir, que c’est biologique, que c’est les hormones, que c’est aux femmes de faire attention. Ca revient au même: c’est la faute des gonzesses.

Certaines femmes ont d’ailleurs bien intégré ces règles, puisqu’elles montrent l’exemple: « moi, je m’habille plus comme ci et moins comme ça ». « moi je ne me fais pas harceler, pourquoi est-ce que cela t’arrive? » (sous-entendu: tu dois t’habiller ou marcher comme une salope). Ou bien: « ok, je me fais harceler, mais ce n’est pas grave, moi je n’en fais pas tout un plat ». ou encore: « Quand cela arrive,  je lui dis telle chose / le regarde de telle façon / l’ignore… »… « Tu n’as qu’à… » etc. Mesdames, moi aussi j’ai fini par apprendre comment réagir (dans la plupart des cas), aussi vous pouvez carrer vos précieux conseils ou je pense. Ce n’est pas le problème. Le problème, ce n’est pas moi,  ce n’est pas nous, c’est eux. Ou plutôt, le problème, c’est le système qui les autorise à se comporter ainsi.

Confondre harcèlement et séduction: lafâme, cet objet de désir

Parmi les arguments qui défendent (parfois sans en avoir l’air) ce type de comportements, il y a ceux qui prennent ça pour de la drague(1). Or, si l’on considère que la séduction est l’étape nécessaire qui mène deux personnes à avoir une relation sexuelle, il est évident qu’il y a là un problème. En effet, l’amour (ou simplement le sexe…) cela se fait à deux. La séduction aussi. Le harcèlement, unilatéral par définition, ne saurait donc être confondu avec la séduction.

Il y a là encore le sujet de l’inhibition de la sexualité des femmes, tel que je l’avais évoqué dans un article sur le râteau. Quand vous marchez dans la rue, vous ne donnez aucun signe permettant de dire aux hommes que vous croisez que vous avez envie de coucher avec eux, ça ne les effleure pas un seul instant, car la seule séduction autorisée pour les femmes dans le système patriarcal, c’est simplement d’être des femmes. Pour eux, vous marchez dans la rue, vous êtes une femme, vous êtes donc sexuellement disponible (de toutes façons, aucune autre manifestation de votre sexualité n’est autorisée, d’ailleurs vous n’êtes pas censée avoir une sexualité, mais seulement être un objet de désir). Vous sortez du carouf avec les bras chargés de cabas dont dépassent des branches de céleri, vous êtes sexuellement disponible. Vous lisez un livre, vous révisez vos cours dans un parc, vous êtes sexuellement disponible. Vous allez au boulot, l’air pressé, vous êtes sexuellement disponible. Vous faites pisser votre chien contre un arbre… etc.

Il y a même une tendance de certains hommes, que j’ai du mal à m’expliquer, à propos de votre prétendue disponibilité sexuelle. Dans votre façon de marcher, de parler ou de vous vêtir, certains hommes non seulement vont voir une disponibilité sexuelle, mais aussi se sentir visés, comme si tout ce que vous faisiez (marcher, parler, vous habiller) les concernait. Comme si tout ce que faisait une femme concernait les hommes. Mais plus que cela, certains vont se sentir visés personnellement. Je caricature à peine si je raconte que, quand je met une jupe, le vieil ahuri que je croiserai à l’arrêt de bus à 18h45 se comportera comme si j’avais mis cette jupe spécifiquement pour lui plaire à lui. Plusieurs hommes m’ont déjà remerciée de porter un décolleté (et généralement, pas le genre d’hommes que j’irai séduire, si vous voyez ce que je veux dire). Vous ne les connaissez pas, et vous n’en avez strictement rien à faire d’eux, mais ils se sentent intimement concernés par le fait que vous portiez tels vêtements ou marchiez de telle façon.

Bref, vous êtes un objet sexuel, et tout ce que vous faites est sexué, et tout ce que vous faites est à destination des hommes. Ce qui leur permet de vous faire des réflexions si, par exemple, vous ne souriez pas. Une femme qui fait la gueule, dans l’espace public, on la remet à sa place, gentiment, par des injonctions à sourire. Qu’importe qu’elle ait ses raisons de faire la gueule? Elle vient peut-être de perdre son travail, de se faire larguer ou d’apprendre le décès d’un être cher. Un homme, lui, a le droit de faire la gueule dans l’espace public. Personnellement, si j’arrive souvent à éviter le harcèlement(2) chaque fois que je vais dans la rue en étant triste ou de mauvaise humeur, des hommes me font des remarques. Non seulement tu es sexuellement disponible du fait d’être une femme, mais tu l’es avant tout. Avant d’être un être humain avec son histoire et ses problèmes qui ne regardent qu’elle, qui a ses raisons de sourire et de faire la gueule qui n’appartiennent qu’à elle, avant cela, tu es un vagin sur pattes.

D’ailleurs, si tu fais la gueule, on va t’emmerder, mais si tu souris, c’est un signe de plus de ta disponibilité sexuelle, et j’ai malheureusement du apprendre à mes dépens qu’on ne repousse pas les avances d’un homme dans la rue en étant aimable et souriante. Autant essayer d’enlever un chewing-gum collé dans ses cheveux en y ajoutant de la superglue. Tu as beau dire non, ton sourire dit oui. Tu ne peux pas être gentille et agréable juste parce que tu es comme ça avec tout le monde, ça veut forcément dire que tu veux du sexe. Comme les greluches des romans Arlequins: ta tête dit non, mais ton corps dit oui. Les femme ne savent pas ce qu’elles veulent, de toutes façons.

Dans ce contexte, porter une jupe ou des vêtements sexys dans la rue sans être accompagnée d’un gentil chaperon protecteur, hé bien, ça demande une certaine force morale. Les jours où je me sens triste ou fatiguée moralement, je met des vêtements pas sexys du tout. Pas de talons, pas de jupe, pas de décolleté. Plus jeune, j’évitais carrément certains quartiers, je changeais de trottoir, j’évitais de regarder qui que ce soit… Que vous le vouliez ou non, la police des femmes exercera un certain contrôle sur vous.

Du harcèlement à l’agression sexuelle.

Le harcèlement n’est que le premier pas vers l’agression physique. Minimiser le harcèlement en appelant ça de la « drague » ou en disant que ce n’est pas de l’ordre de l’agression, c’est un pas vers la justification des agressions elles-mêmes.

Ceux qui défendent le harcèlement de rue utilisent les mêmes arguments que ceux qui minimisent le viol: les hommes ne pourraient pas s’empêcher de mater… Ils laissent d’ailleurs entendre que le harcèlement dénoncé consistait seulement à « mater », comme s’il n’y avait aucune différence entre regarder un homme ou une femme dont on apprécie le physique, et dévisager une personne de la tête aux pieds comme un morceau de viande. Et comme si regarder quelqu’un autorisait à faire des commentaires sur son physique.

Il n’y a qu’un pas du harcèlement à l’agression physique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais plus jeune, quand j’avais peu confiance en moi, outre les commentaires salaces, c’était les mains au cul, à la poitrine… Si tu es disponible pour être « draguée », tu l’es pour le reste aussi.

Je ne crois pas que tous les harceleurs soient des violeurs, mais je crois en revanche qu’il existe une continuité entre le harcèlement et le viol.

Petite anecdote: ça se passe il y a quelques années. Je vis seule, il fait nuit et je rentre chez moi. Un mec m’aborde dans la rue. Il me demande: t’as envie de parler? Non, je lui réponds. Réponse pas assez claire pour le bonhomme, qui commence à me poser des question exactement comme si j’avais dit oui. Cela arrive souvent… Je lui répète: « j’ai pas envie de parler, ok? » Il bredouille je ne sais plus quoi. Il continue à me suivre.

J’arrive devant chez moi. Surprise, il s’arrête. Il reste derrière moi pendant que je fouille mon sac à la recherche de mes clés. Je commence à avoir un peu les jetons, mais je suis surtout hors de moi. Mais qu’est-ce qu’il croit? Il se place à une distance nettement trop petite à mon goût. Il frappe à la fenêtre des voisins, au cas où je serais assez idiote pour penser qu’il est là pour aller chez eux.

Garder son sang-froid. Est-ce sa présence? Je n’arrive pas à trouver mes clefs. Je suis prête à me défendre, mais j’espère ne pas avoir à le faire, car je ne suis pas sure que j’aurais le dessus… Je commence à être vraiment énervée. Dur de garder la tête froid, mais je met enfin la main sur ces foutues clefs. Le plus rapidement possible, j’ouvre la porte de l’immeuble et je m’engouffre à l’intérieur, j’essaie de fermer la porte aussi sec, mais il se glisse derrière moi. Il retient la porte, essaie de l’ouvrir, pousse de l’autre côté. Je pousse la porte de toutes mes forces, des forces inhabituelles, sans doute conférées l’adrénaline qui fait battre mon coeur à 100 à l’heure.

Victoire, j’ai réussi à claquer la porte. Je me précipite dans mon appartement, je ferme tous les verrous les uns après les autres. Comme je m’en doutais, personne ne sonnera chez mes voisins, aucun bruit dans le couloir. Il est reparti.

Situation tellement ordinaire. Harcèlement ordinaire, agression ordinaire. Combien de mecs m’ont suivie dans la rue?

Bien sur, tous ces commentaires sur la forme de mes fesses ou sur la taille de ma poitrine, toutes les injonctions à sourire si je ne souris pas, toutes les « invitations » à aller boire un café ou baiser, ce n’est que verbal. Mais quand j’y repense, comment ne pas repenser aux insultes, aux mains au cul ou ailleurs, comment ne pas repenser aux agressions physiques (un coup de poing dans la tronche pour avoir refusé d’embrasser un mec dans le tramway !), comment ne pas repenser au gars qui commence par me harceler comme des centaines d’autres pour finir par essayer d’entrer chez moi de force? L’attitude de base est la même. Non, ce n’est pas la même chose de traiter une fille de salope ou de la violer, mais il n’y a pas de différence de nature, c’est une différence de degré dans l’agression. Et d’expérience, je pense que ce qui va faire la différence est en partie le contexte, surtout la présence ou l’absence de témoins.

Se faire, un jour, harceler verbalement dans la rue, ce n’est pas si grave en soi. Ce qui est grave, c’est ce que ça signifie vraiment, c’est le contexte social qui autorise de telles attitudes, c’est la signification de ces comportements. Il faut apprendre à voir la partie immergée de l’iceberg.

 

 

(1) Comment ne pas faire un parallèle avec ceux qui considèrent le viol comme un rapport sexuel? Voir les mythes sur le viol, sur le blog sciences et sexisme. Extrait: « Une étude a montré que le viol était jugé comme « plus horrible » et plus traumatisant pour les hommes hétérosexuels que pour les femmes et les hommes homosexuels30, comme si le viol était une simple relation sexuelle.  »

(2) Par une super technique développée quand j’étais ado: ne JAMAIS croiser le regard d’un homme. c’est affligeant d’en être réduite à des trucs pareils, mais ça marche à peu près. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à regarder les inconnus dans les yeux quand je suis dans la rue, ou alors très furtivement et de loin. Conséquence: il m’est parfois arrivé de passer à côté d’un ami sans le reconnaître…

55 réflexions au sujet de « Harcèlement de rue: qu’est-ce que ça veut dire? »

  1. C’est effectivement un problème très grave.
    Par contre je ne vois pas du tout comment changer les choses a ce niveau là.
    Des idées?

    • Pour moi il faut changer la société en profondeur. Je ne suis pas vraiment pour la verbalisation, le seul avantage serait de signifier aux harceleurs que leur comportement n’est pas autorisé. Mais bon, punir un acte apprend surtout à ceux qui veulent le commettre de ne pas se faire prendre… Enfin, ce n’est que mon avis et je pense qu’il n’est pas du tout consensuel (?).

      • Je suis d’accord. La verbalisation ne sert à rien. Et de toute façon, comment prouver qu’on a été agressée verbalement ? C’est trop dur. Ce sont les mentalités qu’il faut changer. Et ça commence sur les bancs de l’école. Là où on apprendra aux petites filles et aux petits garçons qu’avoir une sexe ou un autre ne confer pas de pouvoir.

        • Je suis pour la verbalisation, pour l’application de la Loi, car il faut bien commencer par quelque chose. Désolée de vous contredire, Dame Moustache, mais le coup de « Ce sont les mentalités qu’il faut changer. Et ça commence sur les bancs de l’école », on me l’a déjà fait il y a quarante ans (bonne volonté des parents et instits, etc.). Total : après m’être renseignée, je constate que, 40 ans plus tard, sur les bancs de l’école, les choses en sont à peu près au même point …. alors ?

          • Je ne pense pas. Pourtant je suis une fervente adversaire de l’école, machine à laver les cerveaux plus blanc que blanc… Mais pour avoir parfois discuté avec des instituteurs de ce que je reprochais à l’école, j’ai été forcée d’admettre qu’il y a eu une certaine évolution, et l’école d’aujourd’hui n’est pas exactement celle que j’ai connue. Je reste toujours opposée à séparer les enfants de la société des adultes et à les parquer le cul sur des chaises pendant de très longues journées, mais je suis obligée de reconnaître qu’il y a eu des améliorations. Bien sur, l’école est toujours sexiste, il suffit de lire « filles et garçons à l’école maternelle » par exemple. Mais pour autant les instituteurs ne sont pas fermés d’esprits, comme tout le monde ils reproduisent un modèle, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas du tout d’évolution.

            Je crois à l’évolution des mentalités, plus que j’ai confiance dans la loi et son application. Les problèmes soulevés par Dame Moustache sont très pertinents, je ne sais pas comment pourrait être appliquée une telle loi. Entre ce qui est du harcèlement et ce qui ne l’est pas, ou est la limite? Moi je ne sais pas. Je pense que le seul avantage d’une telle loi ce serait de signifier aux hommes que le comportement en question n’est pas toléré, que les femmes ne sont pas des paires de seins collées sur de longues jambes. Maintenant le « respect de lafâme » et autres conneries ça rentre aussi dans une certaine mentalité patriarcale, donc qui dit respect des femmes ne dit pas forcément antisexisme.

    • Ça paraîtra peut-être con ou sexiste, mais mon idée à moi est assez simple : En Sport, cours d’arts martiaux obligatoires (ou très fortement conseillés) pour les filles au collège et au lycée.
      Quand les mecs pourront se dire qu’ils ont 3 chances sur 4 de se faire exploser la gueule s’ils font une remarque mal venue (ou une main au cul, ou ce que vous voulez) à une inconnue dans la rue, ça les fera peut-être réfléchir à deux fois avant de se lâcher.

      (Autre conseil, anecdotique, mais parfois pratiqué, que j’ai entendu et qui me semble très sympathique : Dans le bus ou le métro, pour une main baladeuse, attraper la main et la lever en bien haut en déclarant bien fort « C’est à qui cette main ? ».)

      • C’est pas con l’idée des arts martiaux, mais bon, les rendre obligatoire c’est un peu extrême je trouve. Mais je pense que les arts martiaux c’est bien (j’en ai fait pendant 2 ou 3 ans, je devrais continuer d’ailleurs). Sinon l’idée est bonne par rapport aux mains baladeuses, mais sur le moment, tu n’as jamais le temps de réagir comme tu voudrais, surtout que bien souvent les mecs s’arrangent pour que tu ne sois pas sure à 100% sur le moment, généralement le temps que tu t’en rendes compte le gars a déjà enlevé sa main. En plus, ils s’en prennent en priorité aux gamines, aux filles peu sures d’elles (vers 15-16 ans je me subissais très régulièrement ce genre d’agressions, alors que ce n’est plus le cas maintenant). Enfin en règle générale tu ne sais jamais vraiment comment réagir à l’instant t.

        • Perso je serai assez contre de rendre obligatoire les arts martiaux car ça entérinerait de façon « officielle » que les hommes ne peuvent changer et que les femmes doivent s’adapter à ce comportement. Les commentaires pourraient devenir « Ah elle n’a pas su se défendre alors qu’elle en est capable, c’est qu’elle ne l’a pas voulu. CQFD ».
          (Mais sinon la pratique d’un sport de défense est une bonne idée, à la fois pour les compétences physiques et pour une augmentation de la confiance en soi)

          • La plupart des disciplines qu’on pratique en sport au collège (et certaines au lycée) sont de toute façon « obligatoires » (sauf dérogations médicales, ou séchage de cours et zéros pointés).
            Mais bon, mon idée, c’est surtout qu’une proportion importante de filles en pratiquent, pour renverser (ou rééquilibrer) les forces (surtout psychologiques, d’ailleurs).
            Ca jouerait au niveau personnel pour la capacité de se défendre, mais aussi de dissuasion et de confiance en soi (comme le dit Jaaku). Mais ça jouerait également au niveau social, l’image « générale » de la femme devenant « personne Forte -qui peut aussi te casser la gueule donc prudence- »
            Et l’idée, c’est aussi qu’en forçant ce changement de rapport de forces (par une sorte de discrimination positive, finalement), la vision des uns et des autres s’en trouverait elle aussi changée au niveau collectif, et on peut imaginer que sur une ou deux générations, cet enseignement n’aurait même plus besoin d’être généralisé aussi concrètement, puisque le changement social, le respect dû aux uns et aux autres, seraient déjà entrés dans la norme.

            Jaaku, tu dis : « Les commentaires pourraient devenir « Ah elle n’a pas su se défendre alors qu’elle en est capable, c’est qu’elle ne l’a pas voulu. CQFD ». »
            C’est vrai… C’est un risque. Mais peut-être aussi que du coup, justement, elles en Seraient capables… Ca serait dommage de décider de conserver un handicap volontairement, juste pour se garder une excuse en cas d’échec…

            l’elfe : Oui, le coup d’attraper la main, ça ne doit pas être facile à réaliser. Mais bon, en tout cas, c’est faisable (au moins parfois), puisque je tire ça d’un témoignage direct de quelqu’un qui l’avait vu faire dans un bus (ou métro, je ne sais plus).

            —-

            Et sinon, si j’ai bien compris, dans les pays nordiques, on serait déjà passé dans des rapports de ce genre, plus égalitaires :
            http://blogs.rue89.com/chemin-du-nord/2012/07/25/hommes-doux-femmes-hardies-la-drague-en-norvege-226189
            (Bon, en fait, d’après le descriptif, ça serait même inversé, plutôt qu’égalitaire, du point de vue approche sexuelle… Mais j’avoue que ça ne me gênerait pas, je crois… Enfin, à première vue, bien sûr. Et ça reste de la « drague » de bars, pas du harcèlement de rue.)

          • Je suis d’accord pour le coup des arts-martiaux et je pense que cela touche le cœur du problème.
            Tout vient du fait que la femme est perçue comme faible.
            On le remarque avec les hommes (biensûr il n’y a pas le coté sexuel donc ce ne sont pas les même proportions).
            Le plus gringalet va se faire emmerder. Celui qui a une démarche un peu efféminée va avoir droit au: « Oh Tafiole ! »
            Moi-même j’ai souvent droit à des refléctions du genre « T’es mignonne toi! ;-) » parce que je suis un homme et que j’ai les cheveux longs.
            Si j’arrive à les calmer d’un regard noir c’est seulement parce qu’ils estiment que le rapport de force ne leur est pas favorable.

            Cela dit, si des femmes osaient m’interpeller dans la rue (sans aller jusqu’au harcèlement hein), ça me ferait plaisir. C’est tellement rare…

  2. « Se faire, un jour, harceler verbalement dans la rue, ce n’est pas si grave en soi. Ce qui est grave, c’est ce que ça signifie vraiment, c’est le contexte social qui autorise de telles attitudes, c’est la signification de ces comportements. Il faut apprendre à voir la partie immergée de l’iceberg. »
    sauf que là la repression (sociales ou policière) des conséquences pratiques peut être une partie importante (ou un premier pas facile à franchir) de la résolution du problème de la place des femmes dans notre société. La signification, les idées, au fond ne servent à rien d’autre qu’à la préparation de l’acte.

  3. Le harcèlement verbal (appelé « drague » souvent…) c’est les préliminaires à la revendication d’un « du », une main basse sur ce cheptel mammaire, l’expression d’une domination crasse, permanente et totale, c’est de l’exploitation sociale…

    Et parce que c’est considéré comme un du automatique, le refus expose à des retours de bâtons divers, certes pas systématiques, mais tellement dans l’ordre logique des choses…

    Depuis toujours le comportement même de la drague me choque, je n’ai jamais compris (autrement que par une longue analyse) comment on pouvait en arriver a aller faire purement chier une fille et la forcer à quoi que ce soit, même simplement répondre à des compliments qui puent presque toujours le chibre suintant d’une envie impérieuse… Qui d’ailleurs me fait toujours penser au droit de cuissage moyenâgeux…

  4. Article avec lequel je suis tout à fait d’accord une fois de plus, du coup je n’ai pas grand chose à ajouter.

    Qu’on soit habillée de manière sexy, comme un sac, qu’on fasse la trogne ou qu’on sourit il y a toujours quelqu’un pour faire des remarques. C’est encore pire quand on tombe sur une bande de mecs. Bah ouais faut impressionner les copains en faisant le concours de celui-ci qui se comportera comme le meilleur « australopithèque » !

    Outre les mots, certains actes foutent vraiment la trouille. Les mecs qui essaient de te coincer dans une ruelle, de te faire monter de force dans leur voiture ou te poursuivent jusque chez toi, c’est assez courant mine de rien et tellement angoissant !

    Enfin je n’en rajouterai pas plus, ça fait redondance avec le billet.

    Allez, je vais rajouter la dernière anecdote en date pour moi : Je faisais tranquillement mes longueurs à la piscine quand une bande de mecs « kéké-style » a débarqué. J’étais sûre qu’ils allaient m’emmerder, ça n’a pas manqué … L’un d’entre-eux a passé son temps à nager sous l’eau pour atterrir à chaque fois entre mes cuisses ou presque, ça faisait bien marrer la bande de débiles qui l’accompagnait. Je n’ai pas osé répondre tellement j’étais déstabilisée et j’ai préféré quitter la piscine. :\

    J’aurais dû dire quelque chose mais les bons mots ne sont pas sortis quand il le fallait. Quant à mon copain, il m’a juste dit de les ignorer, super … C’est pas la première fois d’ailleurs que je suis avec lui et que des mecs viennent quand même me coller dans des lieux publics. « Regarde comme je suis tellement plus awesome que ce qui te sert de boyfriend » … Tristesse.

  5. Encore un très bon article, qui n’a que le défaut de piquer toutes mes idées, pour une fois que je n’avais pas la flemme d’écrire… ;)
    Je suis toujours sidérée de voir que certains assimilent encore ce harcèlement avec de la séduction. Dans un cas il y a réciprocité, dans l’autre pas, on te pose d’office et sans te demander ton avis en objet, en réceptacle (remarques ou mains « baladeuses »). C’est quand même pas compliqué à comprendre !
    J’aime particulièrement la fin de ton article et le rapport avec le viol. J’ajouterai que cette continuité est ce qui permet le contrôle de la femme dans l’espace public par un sentiment permanent d’insécurité. Si un homme un jour, à qui une femme a eu le malheur de sourire, l’a peloté, suivi jusqu’à chez elle, voire pire… Qu’est-ce qui nous permet de dire que le suivant s’en tiendra à quelques commentaires salaces ? Résultat, la femme sera sur ses gardes, méfiante à la moindre alerte (et qu’on entendra ensuite des boulets nous signaler qu’on est paranos, mais passons ^^).

  6. Ce genre de harcèlement ordinaire n’est malheureusement pas limité à la rue. On doit faire face aux même genre de remarques de la part de connaissances, copains, membres de la famille…

    Intérieurement, j’ai toujours envie de répondre de manière très vulgaire : « je t’emmerde » pour les connus, « va te faire foutre, connard » pour les inconnus… Peut-être pour m’éloigner le plus possible de l’idéal féminin soumis qui anime cette police des femmes ?

    Dans les faits, en général je m’écrase :(

  7. Article intéressant, je n’avais pas cette perception des choses jusqu’à sa lecture.

    La technique de ne jamais croiser le regard d’un homme est un peu triste mais malheureusement tout à fait logique. Ceci dit, c’est une forme d’adaptation aux harceleurs, et je ne suis pas vraiment pour parce-que du coup cela devient très difficile de communiquer, ne serait-ce que, exemple débile, pour demander son chemin, si toutes les nanas se mettent à penser qu’il faut surtout pas te regarder ou psychoter c’est plutôt mal barré …
    Ce n’est pas pour défendre les comportements qui sont décrits dans cet article et qui me paraissent totalement inacceptables (voire surréalistes par moment …) mais en tant qu’homme, je trouve qu’il est souvent très difficile de décrypter le langage non verbal d’une femme, et faire un compliment est-il forcément du harcèlement ?
    Personnellement je n’aborde jamais une fille dans la rue… par contre il m’arrive souvent de dévisager une jolie fille, et pourtant je n’en ai jamais agressé verbalement ou physiquement dans la rue. Un Autre exemple, une fille qui pleure dans le RER et que j’ai croisé récemment : J’aurais bien voulu savoir ce qui n’allait pas et l’aider, sauf que simplement en réfléchissant à la manière dont cela allait être perçu, venant d’un inconnu, je n’ai rien fait (et pourtant c’était déjà avant de lire l’article, donc au moment ou cela m’est arrivé, je ne pensais pas que le phénomène prenait cette ampleur)… alors que pour un mec je lui aurai demandé. Et je suis sûr que tous autour de moi ont eu la même réaction parce-que personne ne lui disait quoi que ce soit (aucune « injonction à sourire » ou autre …).

    J’ai tendance à penser que les gens (hommes ou femmes) sont souvent bêtes mais rarement volontairement méchants. Je suis peut être trop gentil et donne aux gens le bénéfice du doute en disant ça, mais fixer des limites clairement énoncées serait peut-être un moyen d’éviter une bonne partie des comportements à la con de personnes qui ne savent tout simplement pas. Je pense qu’une des manières de fixer ces limites passe avant tout par l’éducation (aussi bien des parents qu’à l’école ou en dehors), comme c’est le cas pour toute évolution fondamentale des mentalités dans une société.

    • Je n’ai jamais parlé de méchanceté, j’ai parlé de sexisme. Crois-moi que le jour ou je vais faire la gueule dans la rue, des mecs vont se ramener en paquet en me demandant si je viens de me faire larguer par mon petit copain. Ca m’est arrivé pas plus tard qu’y a 3 jours: je faisais la sieste, je me lève pour aller chercher un ami à la gare, je fais un peu la gueule car mal réveillée, hop, ça loupe pas: « qu’est ce qu’y aaaaa? Tu t’es disputé avec ton copaiinnnn? etc ». Et t’as beau dire « fous moi la paix, j’ai pas envie de te parler », ça insiste.

      Tu parles de ne pas oser aborder les gens parce que cela pourrait être mal perçu, je pense que c’est un problème qui peut arriver à tout le monde. En tant que mec, on te soupçonnera de vouloir « draguer », mais surtout de te mêler des affaires des autres. Je n’ose jamais aller vers les gens qui ont l’air tristes, je pense que c’est un problème de convenances sociales. Mais je pense aussi qu’on peut exprimer aux gens sa sympathie et sa compassion sans franchir les limites de leur intimité, avec une certaine délicatesse. Ca m’est arrivé il y a quelques années, je pleurais dans la rue (vraiment cette fois), quelqu’un m’a souri et m’a dit « bon courage ». C’est une façon de ne pas se mêler des affaires des autres mais de leur faire comprendre qu’ils ne sont pas tout à fait seuls au monde.

      Ca me fait sourire que tu me dises que tu n’es « pas vraiment pour » éviter de croiser le regard des gens dans la rue. Pour ma part, je suis clairement contre. Je pense que c’est stupide, qu’on a déjà pas assez de contact humain dans la rue (de vrai contact humain désintéressé). Si tu savais l’immense soulagement que ça a pu m’apporter à une certaine période… C’est un peu plus de liberté, la liberté de pouvoir aller ou je veux sans me faire harceler et suivre toutes les 2 minutes. Pour me donner une habitude aussi idiote, il fallait bien ça. Et le pire c’est que je pensais (inconsciemment) que c’était à moi de le faire, à moi de faire en sorte que les mecs ne « croient pas que », alors qu’un simple regard était perçu comme une invitation au sexe.
      Je ne pense pas être un cas isolé, je pense que beaucoup de femmes s’isolent psychologiquement d’une façon ou d’une autre pour éviter d’entrer en contact avec les harceleurs: l’une va regarder un peu plus ses pieds, l’autre va écouter son mp3… Cela dit, moi je ne psychote pas quand on me demande l’heure ou son chemin, mais ça ne m’étonnerait pas que certaines femmes aient le réflexe de s’enfuir si on les aborde dans la rue. Surtout que certains mecs commencent par te demander l’heure pour ensuite se mettre à te suivre.

  8. Bel article, que j’approuve complètement. Y a certains commentaires, sur la vidéo, qui sont à pleurer et qui s’inscrivent directement dans la lignée des « ouais mais enfin là quand même, elle se promène en ROBE ! »
    Tiens, l’autre jour, je me promenais près de chez moi, sur la route au milieu des champs, et je croise un groupe de cyclistes du 3e âge. Je suis polie, quand je croise des gens je souris et je dis bonjour, en général. Bonjour rendu, et début de conversation saisie au vol entre 2 papys : « Elle est pas farouche, hein ! ». Avec le ton qui va bien.
    Putain ! J’ai eu comme une envie de leur gerber dessus, d’un seul coup.

  9. Et le simple claxonnement d’un gars dans sa voiture pour attirer l’attention, siffler en s’arretant presque c’est de quelle ordre ? J’avais confusement appele ca de la drague… Ou je suis sur un trottoir et une voiture s’arrete devant moi, le gars dedans me demande de monter m’ayant probablement confondue pour une prostipute (que je deplore…). Obligee de m’eloigner le plus rapidement possible, pas envie de tenter de faire durer la situation… Entre autres…

    • Ce qui est d’autant plus horrible quand le mec est dans une voiture, c’est que tu te dis « si ça tourne mal, j’aurais beau courir, il me rattrapera ».

  10. J’ai vu cette vidéo, dur. Très dur de la supporter. Je ne m’étais jamais figuré que ça puisse être à ce point. Je n’avais jamais entendu une de mes amies me rapporter ce genre de choses. Dieu que j’ai honte d’être un homme sur ce coup-là.
    Ce n’est bien entendu, pas aux femmes de s’adapter, mais aux connards d’apprendre qu’une femme, comme un homme, comme n’importe quoi, ça se respecte. Je pense que ces hommes (si on peut appeler ça un homme..) ont eu une très mauvaise éducation et que la société les conforte dans leur image de mâle dominant tout permis. Quand les « témoins » réagiront en conséquence, quand ces « harceleurs » seront mis au ban de la société, alors, on aura fait un grand pas.
    Courage mesdames, un jour, le plus tôt possible, ce genre de choses sera du passé. Je le souhaite de tout mon coeur.

    • Ouais. Le féminisme, ce n’est pas les femmes contre les hommes, mais les femmes et les hommes contre le sexisme. Autant que faire se peut, les femmes devraient exiger le respect qui leur est dû (autant que faire se peut hein), et les hommes devraient (doivent) eux aussi être vent contre cette inégalité subie.

      Combattre un état d’esprit déviant ne peut être laissé à un seul pan de la population. Par contre pour les solutions on est mal barré. L’éducation pour les plus jeunes, certes, mais le dialogue pour les plus grands (cons) est-il encore possible ? Leur faire « la leçon » serait pris comme de la violence passive dans leurs cervelles d’huîtres, à laquelle ils seraient tentés de répondre par de la violence tout court, en parfait accord avec leurs comportements de chien (en rut).

      Je ne suis pas spécialement pour « La marche des salopes », si elle n’est pas suivie d’actes concrets d’émancipation, au quotidien, soutenue par des hommes au Q.I et à la moralité un peu plus élevés. S’affirmer et être soutenue, une question de force morale partagée. Voilà ce que devrait être une certaine vision féministe.

      Sinon : http://fr.pourelles.yahoo.com/video/loveandsex-20826187/trois-facons-de-remballer-un-serial-dragueur-27616477.html

  11. Si seulement je commençais à raconter le quart du tiers de ce qui m’est arrivé dans le genre on en serait pas rendus… mais dites-vous (je ne sais pas si c’est généralisé car à cet âge là je ne parlais pas trop aux autres filles de mon âge) que dès l’âge de 11-12 ans (!) j’étais déjà assez harcelée pour connaitre par coeur ce petit manège presque quotidien. à cet âge là déjà, on m’a suivie plusieurs fois jusque chez moi ou autre endroit où j’allais, touchée, frôlée l’air de rien de façon visiblement préméditée, pelotée par surprise, on s’est touché en me regardant avec insistance… je n’invente rien, j’en oublie même. Et tout cela (je sais que je n’ai pas à me justifier là dessus mais au cas où on me le reprocherait, comme toujours) alors que j’étais une véritable garçon manquée en baggy multiphoches et gros sweat, en survet ou parfois habillée de façon parfaitement passe partout, il n’y a d’ailleurs eu aucune différence lorsque j’ai commencé à m’habiller de façon plus « féminine ».

    Ensuite je ne détaillerai plus les différents évènements, mais le jour où j’ai enfin osé raconter à quelqu’un qu’un homme avait entrepris de se masturber sur moi alors que j’avais 16 ans et que je tentais innocemment de dormir dans une tente collective ouverte au public pleine d’hommes comme de femmes dans un camping (que j’ai du quitter en faisant plusieurs kilometres ensuite pour trouver un lieu où dormir), c’est moi qu’on a accusée d’avoir été imprudente, de ne pas avoir été avec des amis, de m’être mise à côté d’un homme, de l’avoir cherché etc… j’y ai même cru moi-même assez longtemps pour ne pas oser ouvrir ma gueule. Sauf que la même chose exactement est arrivée un an plus tard, avec une personne que je connaissais.

    bref. merci si vous avez lu, c’était pour dire… quel que soit l’âge, la situation, le contexte et tous les paramètres entrant en compte ME concernant, je n’y ai jamais échappé. Il serait temps de se pencher sur l’autre côté de la question non ?

    Merci pour ce billet

    • Wow. La vache. Je sais que d’une personne à l’autre on a plus ou moins de chance, mais alors toi, t’as vraiment pas de bol. Le mec qui s’est masturbé en entrant dans ta tente, c’est ni plus ni moins qu’une agression sexuelle et qu’une entrée par effraction. Parce que c’est pas parce que tu mets pas de verrous sur ta tente que c’est open bar. RAH. Ce genre de comportement me révolte. J’espère qu’à présent tu t’en es un peu remise.

  12. Merci l’elfe, pour ce superbe article. Comme à ton habitude tu arrives à synthétiser, à mettre des termes à expliquer d’une manière qui m’échappe. Et du coup, j’ai l’impression que tu m’apprends à me comprendre (oui oui). Mille merci pour tout ça. :)

    J’avais écris un commentaire en réponse à un mec qui disait que dire « vous êtes belle mademoiselle », ce n’était pas du harcèlement et j’aimerais bien avoir ton opinion sur ce que je lui ai répondu :

    « Je comprends votre raisonnement, mais comme je l’ai dit dans un post précédent, le « vous êtes belle mademoiselle » est, je trouve, tolérable s’il s’arrête là (et encore, c’est limite, je vais développer en quoi). Dans le sens où si on dit « merci, mais je veux être seule », la personne n’a pas à insister. Parce que là, ça devient du harcèlement. Or, en règle générale, ces personnes vont demander justification « et pourquoi tu veux être seule ». Vient alors un marchandage de sa propre liberté à vouloir aller seule dans la rue. Avouez que c’est aberrant.

    De plus, si je trouve malgré tout un simple « vous êtes belle mademoiselle » désobligeant c’est parce que généralement, quand on aborde une personne, que ce soit pour demander son chemin ou l’heure, on dit « bonjour, excusez moi, pourriez vous (…) ». Le « bonjour, excusez moi » change tout. Il demande à la personne en face d’accorder un service en étant conscient que c’est un service. Un « excusez-moi » montre qu’on ne souhaite pas s’imposer mais simplement ouvrir un dialogue. C’est une marque de respect et c’est une bonne manière d’attirer l’attention sans importuner l’interlocuteur, que ce soit pour draguer ou non. Ces hommes qui draguent les femmes dont on parle ne s’encombrent pas d’une formule de politesse afin d’introduire le dialogue. Ils passent de suite aux compliments visant à draguer. Autrement dit « je te considère comme un morceau de viande avant de te considérer comme un être humain, je ne te laisse pas le choix : tu dois m’écouter ». Moi je trouve ça désagréable.

    Je veux dire, admettons, un/une inconnu vient vous parler dans la rue sans introduction précédemment cité. Genre « t’as l’heure ? ». Vous ne trouveriez pas ça désagréable ? Vous n’auriez pas l’impression qu’il manque quelque chose ?

    Le seul exemple de drague qui ne m’a jamais importuné, c’était un jeune homme qui est venu me demander du feu. Pour m’avouer par la suite qu’il avait fait ça seulement pour m’aborder mais parce qu’il serait heureux de m’offrir un verre. Je ne me suis pas sentie agressée. Il m’avait dit « bonjour » « excusez moi » « pourriez vous ». J’ai senti du respect. Alors je lui ai donné l’attention qu’il demandait. Et même si j’ai refusé l’invitation, j’ai apprécié ce moment d’échange. Parce qu’il était courtois. Qu’il me montrait qu’il avait conscience que je pouvais ne pas avoir envie de lui parler, qu’il prenait en compte mes potentiels désirs.

    Bref, tout ça pour en venir au fait que je pense que la drague n’a pas à être prohibée, mais qu’il faut renforcer l’éducation dans le sens du respect et de l’égalité (des sexes, des croyances, des ethnies, des orientations sexuelles etc). Et le respect parfois, c’est un détail, mais un détail qui change tout. Comme un « excusez moi ».

    • Je trouve que ce que tu dis est très sensé. Moi je ne pense pas que dire à une fille qu’elle est jolie c’est de la drague, car je pense que la drague est quelque chose qui se fait à deux, et pas qu’on fait à quelqu’un. C’est peut-être pas du harcèlement en soi, mais c’est pas non plus de la drague, pour moi c’est plus proche du harcèlement (même si en soi c’est pas grand chose… sauf que plein de mecs y vont de leur petite remarque et ça se transforme en harcèlement).
      Sinon ça m’est arrivé que des gens m’abordent dans la rue et que ça évolue vers une forme de séduction et dans certains cas c’était prémédité, mais si y a un contexte pour cela. La rue est un lieu de rencontres comme un autre, mais dans la rue il y a beaucoup de contextes différents. Par exemple si tu marches de façon pressée ou si tu es en train de faire tes courses, tu n’es pas disponible pour avoir une discussion avec un inconnu, alors que si tu te promènes tranquillement, peut-être que tu ne dirais pas non pour discuter avec quelqu’un, dans les règles normales de la courtoisie qui s’appliquent à tout le monde… Et non pas, comme tu le fais remarquer, par des règles qui ne s’appliqueraient qu’aux femmes et à la « drague ».

      • C’est vrai que l’aspect « la drague ça se fait à deux » j’y avait à peine pensé. Comme quoi, je suis moi-même un peu clivée dans le principe séduction mâle = drague quoiqu’il arrive.

        Ceci dit, même si c’est une affaire de contexte (par exemple je ne suis pas particulièrement pressée ou occupée) je n’apprécie pas qu’on vienne me coller des phéromones sous l’pif sans qu’il y ai un minimum de courtoisie. Enfin bref, merci d’avoir répondu et merci pour cet article. Au plaisir de lire le prochain. ^^

      • En effet, je crois que le coté additionnel des « compliments », comme ils les appellent, ça joue beaucoup dans le coté harcèlement.
        Pour ma part, je compare un peu cela aux contrôles d’identités; les noirs et les arabes (surtout les hommes jeunes) ont des contrôles d’identité inopportuns et répétés, ce qui leur donne un caractère raciste, les femmes (surtout les jeunes aussi mais pas que) ont des contrôles de baisabilité, ce qui bien évidemment leur donne ce caractère sexiste. Et j’ai l’impression que les effectifs de harceleurs sont encore plus remplis que ceux de la police, en tout cas en ville.
        Aussi, je me retrouve bien dans le vocabulaire policier que tu emploies, parce que j’ai vraiment cette impression, que ce soit des « compliments » ou non, d’ailleurs.

    • C’est bien beau ce que vous dites, mais vous pouvez me décrire les termes d’une loi pour ca !

      Soi vous allez vous acheter des gods et restez toutes célibataires parce que vous ne voulez pas qu’on vous drague, soit vous acceptez les excès et débordement de certains car la loi ne connait pas de juste milieu. Avec la loi c’est toujours manichéen ! A 130 sur autoroute tu respectes la loi, à 131 tu es un délinquant !

      Cette manie de vouloir légiférer surtout est débile d’un part et surtout nous éloigne, volontairement, de sujets bien plus important mais dont l’oligarchie ne veut surtout pas que nous débattions !

      • Mon dieu, je n’ai jamais vu un avis aussi bête. Je l’aurais bien supprimé, mais quelqu’un a déjà répondu.
        Non je ne veux pas qu’on me drague, je veux draguer mutuellement des gens qui me plaisent.
        Les vieux cons libidineux dans ton genre, je les emmerde. Je les regarde même pas, parce que je n’en ai rien à faire d’eux sexuellement. Ca ne les empêche pas de commenter ma tenue ou mon physique comme si ça les regardait. Ils s’imaginent que je suis à leur disposition. Ce n’est pas de la drague, c’est l’expression d’une frustration insensée qui est le fruit du patriarcat. Et j’ai déjà un god, merci. Avoir des sextoys et des amants n’est pas incompatible, pour qui n’est pas resté coincé au siècle dernier.
        Quant à rester célibataire, j’y tiens, surtout quand je vois une vision du couple aussi ridicule. Etre en couple = pouvoir baiser = ne pas utiliser de sextoy ? Mais mon pauvre vieux, il n’y a aucune logique là-dedans, pas en 2012 en tous cas. J’aurais juré qu’on pouvait avoir une vie sexuelle sans être en maquée, séduire sans se faire harceler par des vieux cons et autres débiles… Enfin, on doit pas vivre dans le même univers, mais le tiens est glauque.

      • Sinon, plutôt que de tout légiférer, essayer de faire changer les mentalités, c’est bien aussi.

        Et pardon, mais on a pas à choisir entre ne pas être draguées du tout ou subir des débordements. Il serait temps de vous mettre dans le crâne que si on a envie d’un homme, on est assez grande pour lui faire savoir de manière explicite.

        Non mais sans blague.

      • Calme-toi et réfléchis un peu en inversant la situation.

        En supposant qu’on soit dans une société où la femme ait tous les droits sur l’homme, apprécierais-tu que ces dernières puissent t’insulter en groupe parce que tu portes un short trop moulant ou un pantalon noir trop sobre ? Apprécierais-tu que n’importe quelle truie libidineuse puisse te coller la main aux fesses, comme ça, simplement parce que Bobonne ne t’accompagne pas ? Et apprécierais-tu aussi qu’elles s’arrogent le droit de te poursuivre jusqu’à ton appart pour te flanquer un gode-ceinture là où ça fait mal ?

        Personnellement, je pense que non… Sinon, t’as vraiment des fantasmes étranges.

  13. La seule solution reste la fellation.

    En effet, surpris par cet acte de bonté inesperé, l’auteur ne saura quoi demander de plus et retournera, la queue entre les jambes, vers un challenge autrement interessant qui serait, par exemple, d’obtenir un rendez vous plutot qu’une pratique sexuelle

  14. Ping : Shame on men at Well… just me?

  15. Fred : « Soi vous allez vous acheter des gods et restez toutes célibataires parce que vous ne voulez pas qu’on vous drague, soit vous acceptez les excès et débordement de certains »

    Parce que tu considères que seule la drague permet de trouver un compagnon ? Les relations peuvent uniquement débuter si un homme vient inonder une femme de compliments ? C’est encore une fois prendre les femmes pour des idiotes réduites à l’état d’objets non ? Les femmes ont leurs désirs et leurs envies, elles ne vont pas se jeter dans les bras du premier venu uniquement parce qu’il les a enduites de paroles m(f)ielleuses. Elles ont leurs raisons de s’intéresser à un homme et celui-ci aura beau faire ce qu’il veut, si la femme convoitée n’est pas un minimum intéressée rien de ce que l’homme pourra dire ou faire n’aura d’effet.

    Et puis fondamentalement y a-t-il besoin de drague ? Le naturel ne suffit pas ? A moins que certains grands adeptes de la drague grasse et crasse soient incapables d’attirance en restant simples et spontanés.

    Fred : « Les femmes sont passives par nature dans la séduction »

    Par nature ? Maintenant les femmes ont une nature qui les conditionnent à être de telle manière ? Je ne crois pas non. Une femme qui veut séduire un homme en est tout à fait capable (et ce n’est pas si peu que courant que tu sembles le croire). Il n’y a pas histoire de nature.

    Fred : « De nombreuses femmes sont ravies de se faire draguer poliment dans la rue, même si elles font semblant de ne pas y prêter attention elles sont bien contentes qu’on se retourne ou qu’on les complimentes. »

    Les femmes qui ont commenté cet article jusqu’à maintenant n’ont pas critiqué les rencontres courtoises à ce que je sache. Il faudrait faire attention à ne pas tout mélanger ; et quand bien même serait-ce le cas, as-tu déjà directement demandé aux femmes concernées ce qu’elles en pensaient ?

    • Non mais déjà de base, quand un gars ne peut pas comprendre ou admettre qu’une femme puisse séduire de façon active, (houlala saypabien, à ta place lafâme), je crois qu’y a pas vraiment de discussion possible. En gros lafâme = réceptacle à compliments puis à pénis, aucune sexualité à elle, et le clitoris ça n’existe pas. Heureusement que la société a évolué même si quelques neuneus sont restés coincés au XIXeme siècle.

  16. J’ai tendance à être d’accord avec Dame Moustache, une loi ne changera rien si les mentalités ne suivent pas. La loi peut précéder, mais il faut une pression sociale suffisante pour qu’elle soit suivie des faits ( genre le combat de Simone Veil).

    En lisant l’article, j’ai repensé à une remarque sur le blog « ça fait genre », sur le mansplaining je crois; tout concerné qu’il soit, un mec ne pourra jamais comprendre ça mieux qu’une fille/femme, parce qu’il n’a jamais vécu de harcèlement quotidien ou les tentatives d’agressions à la volée, comme ça.

    Et pour le plaisir des métaphores, culpabiliser les femmes dans le harcèlement de rue c’est disculper un cambrioleur entré dans une maison à la fenêtre ouverte au premier étage.

    Ayant fait partie d’une tradition étudiante et portant le chapeau qui s’y référait, j’ai un peu subi de harcèlement de rue (mais en lieu et place de cul, ça traînait plus autour de connard fasciste pourri de bourge alcoolique). J’en ai beaucoup parlé avec une amie qui porte aussi ce chapeau (et qui m’a sensibilisé sur les questions de genre, parce que la plupart me passaient complètement par-dessus la tête et que j’ai du mal à appréhender un comportement que je n’arrive pas à ranger dans des insultes convientionnelles).
    J’ai conscience que ce n’est qu’un très vague aperçu de ce que les filles/femmes peuvent endurer. Mais déjà le stade le plus faible est assez effrayant par ce que se permette ces personnes.
    J’ai déjà du mal à convaincre mon coloc que certaines blagues/piques qu’il fait sont sexistes/homophobes parce qu’il ne se voit pas comme tel, mais ce qui m’effraie le plus c’est que dans la perception que j’en ai (j’habite dans un quartier encore assez craignos y’a quelques années, et y être une fille qui y évolue seule n’est pas toujours évident la nuit), les gens qui se livrent à ce genre de comportement n’ont aucune instance régulatrice près d’eux: dans leur milieu, ce comportement est pour ainsi dire la norme, j’avancerai une sorte de validation de la virilité.

    • Moi je ne suis pas foncièrement contre le fait de légiférer, seulement j’ai l’impression que ça ne servirait à rien, voire que ça envenimerait les choses. Comment est-ce qu’on est censé prouver qu’un homme a agressé verbalement ? Doit on poster un policier à chaque coin de rue ? Comment différencier un « salope » d’un « t’es belle mademoiselle » en apparence courtois mais en réalité intrusif malgré tout ? Va-t-on devoir aussi punir les hommes qui font des compliments ? Et comment différencier la drague courtoise de la drague lourde ? Quelle sera la punition ? Amende ? Garde à Vue ?
      A la fin, les femmes ne seront elles pas comme des espèce de déesse intouchables à qui on ne peux même plus adresser la parole sans risquer d’être traîné au poste de police ? Est-ce qu’avec une telle loi punitive les gentils garçons (qui n’ont rien à se repprocher) oseront encore parler aux filles inconnues sans avoir peur des représailles ?

      Je n’affirme rien, hein, je me pose simplement beaucoup de questions au sujet d’une telle loi. Il y a trop de facteurs inconnus à mon goût. Je pense qu’on ferait mieux d’essayer de changer les mentalités, et, à la rigueur, comme a dit « Personne », en apprenant l’auto défense physique et verbale.

  17. Problème épineux que celui de l’harcèlement. Toute la problématique est d’arriver à mettre le curseur entre ce qui est de la drague et ce qui devient du harcèlement. L’autre problématique vient lui même de la définition du harcèlement. C’est un acte répété mais dans notre cas ici par une multitude de personne. La répétition ne vient pas uniquement de la même personne mais d’une multitude de comportements qui viennent s’ajouter. Je pense que c’est aussi pour ça que les hommes ne se rendent pas compte de ce harcèlement, parce que nous avons qu’une vision ponctuelle, nous ne voyons que notre pierre de l’édifice.

    Là où je ne suis pas d’accord avec Elfe c’est sur la disponibilité et que la séduction se fait à deux. Effectivement quand vous vous baladez dans la rue vous ne donner aucun signal à personne mais vous pouvez plaire à quelqu’un en particulier. Ça vous n’y changerez rien. Que vous soyez habillé de manière sexy ou en jogging du dimanche à un moment vous plairez et c’est involontaire puisque ça dépend de l’autre et pas de vous. Ça n’implique pas que l’on pense que vous êtes disponible sexuellement mais ça peut impliquer que nous ayons envie de le savoir, de vous aborder, de discuter et de venir vous séduire. Bref, l’entame de la séduction se fait seul. Après on est d’accord que pour continuer il faut être deux sinon cela devient du harcèlement. Il faut accepter « l’échec et le refus ». Reste à savoir pourquoi le « non » est si peu compris.

    Un autre aspect du discours d’Elfe et en général des femmes sur le sujet qui me gène est le coté « se faire aborder par un moche c’est du harcèlement mais par quelqu’un qui me plait c’est de la drague ». Un mec qui ne plait pas va se faire traiter de tous les noms alors que celui qui plait (et avec le même comportement) on ne le lui dira rien (voir discours sur « Les vieux cons libidineux »). Oui bah ça Mlle on peut pas savoir qu’on ne plait pas avant d’avoir tenté notre chance.

    Personnellement je crois pas à une solution via la loi sur ce problème. Parce que les lois existent déjà sur le sujet : Le harcèlement est puni, les insultes sont punis. Mais cela reste inapplicable dans les faits.

    Pour résoudre le problème il faudrait à mon avis remettre de l’équilibre dans les rapports de séduction entre homme/femme. L’homme est bien trop souvent « actif » et la femme « passive ». La convention voudrait que c’est à l’homme d’aller faire le 1er pas, que c’est à l’homme d’aller séduire. Ça se passerait tellement mieux à mon avis si la femme assumait (et que l’homme acceptait) son statut de séductrice active. Par contre pour ca il y a un gros travail à faire sur les mentalités, homme et femme, à faire.

    • « On peut pas savoir qu’on plait pas avant d’avoir tenté notre chance ».
      Ca me rappelle un gars à qui j’ai dit un jour « mais tu espères quand même pas qu’on finisse au pieu en me sortant des insanités pareilles ». Il m’a répondu: « qui ne tente rien n’a rien ». Classieux.

      Tous ces pseudo-problèmes que tu t’inventes n’existeraient pas si tu partais du principe que la séduction se fait à deux et que ce n’est pas quelque chose qu’on fait à quelqu’un. Mais tu es tellement engoncé dans tes normes de genre que tu ne te rends même pas compte que les femmes ont autre chose à foutre que d’être gentilles, aimables et souriantes à tous les morts de faim à qui elles « plaisent » et qui « tentent leur chance ». Que tu n’arrives même pas à voir que les femmes ne sont pas aussi « passives » que tu le penses, que oui, quand un homme nous plait, au moins certaines d’entre nous sont capables de le manifester et d’entrer dans un rapport de séduction (sauf les poules qui croient encore que séduire pour une femme c’est porter un décolleté et attendre, mais peut-être qu’elles se décoinceront en prenant de l’âge).

      Ce qui me déplait dans ton message c’est ta façon pernicieuse de minimiser le harcèlement. C’est justement ce que je dénonce dans l’article et tu fais comme si tu ne l’avais pas lu. Suivre une femme seule sur 2 ou 3 km, essayer de l’embrasser et lui mettre un pain si elle refuse (true story), ou la traiter de salope ou de chienne, c’est du harcèlement, point. Il faudrait vraiment avoir de sacrées oeillères pour croire que ça a quoi que ce soit à voir avec la séduction. Le petit con qui commente la forme de ta poitrine, ou t’interpelle avec des « psssst » quand tu passes devant son groupe de potes n’espère même pas faire quoi que ce soit avec toi, il fait son malin pour se donner l’illusion d’être le mâle dominant, celui qui est pas timide avec les filles. Quand à celui qui te traite de chienne ou de salope, il n’est quand même pas con au point de croire qu’il va te séduire comme ça. Tout ça est social, un mélange de guerre des sexes et de montée d’une échelle sociale genrée à la con, et c’est bien malheureux qu’on confonde ces conneries avec la séduction. Quant à celui qui te sort « vous êtes bien charmante » alors que tu ne lui as rien demandé, ce n’est pas si éloigné de ça, c’est juste un peu plus poli. Ca ne pourrait pas être confondu avec une tentative d’entrer dans un rapport de séduction, parce que quand on souhaite discuter avec des inconnus dans la rue, il y a des formes, des façons de s’adresser aux gens, du genre s’assurer qu’ils ne sont pas occupés ou pressés, dire bonjour, etc. Et ça, ça n’arrive presque jamais, et de toutes façons, ramener le débat là-dessus, c’est sortir du sujet, encore une façon de confondre harcèlement et (tentatives de) séduction, pour minimiser le problème.

      • – Ca me rappelle un gars à qui j’ai dit un jour « mais tu espères quand même pas qu’on finisse au pieu en me sortant des insanités pareilles ». Il m’a répondu: « qui ne tente rien n’a rien ». Classieux.
        Après tout est une question d’éducation.

        – Mais tu es tellement engoncé dans tes normes de genre que tu ne te rends même pas compte que les femmes ont autre chose à foutre que d’être gentilles, aimables et souriantes à tous les morts de faim à qui elles « plaisent » et qui « tentent leur chance ».
        Où ai je dis ça ? Si la nana que j’aborde tire la tronche, m’envoie chier, me dit non … et bah voila elle a dit non. Si elle l’a fait de manière malpolie, désagréable je pourrais me faire une réflexion intérieur sur son manque d’éducation ou sur son coté mal luné. End Of The Story.

        – Que tu n’arrives même pas à voir que les femmes ne sont pas aussi « passives » que tu le penses, que oui, quand un homme nous plait, au moins certaines d’entre nous sont capables de le manifester et d’entrer dans un rapport de séduction.
        Encore une fois où ai je dis ça ? Non vous ne l’êtes pas toute. Et oui nous gagnerons à ce que vous le soyez moins. Il y a un rapport de force qui s’équilibrerait. C’est tout ce que je dis.

        – Ce qui me déplaît dans ton message c’est ta façon pernicieuse de minimiser le harcèlement.
        Je ne minimise rien. Les insultes et les comportements subis illustrés dans la vidéo mériteraient quelques clés de bras. Le mec qui vient dire bonjour, propose un verre et se le voit refuser ne mérite rien.

        – Suivre une femme seule sur 2 ou 3 km, essayer de l’embrasser et lui mettre un pain si elle refuse (true story), ou la traiter de salope ou de chienne, c’est du harcèlement, point.
        Où ai je dis le contraire ?

        – Quand à celui qui te traite de chienne ou de salope, il n’est quand même pas con au point de croire qu’il va te séduire comme ça. Tout ça est social, un mélange de guerre des sexes et de montée d’une échelle sociale genrée à la con, et c’est bien malheureux qu’on confonde ces conneries avec la séduction.
        Là c’est toi qui mélange ou alors je n’ai pas été assez clair dans mon discours. Dans ce cas il y a effectivement une agression directe. Rien à voir avec de la drague lourdingue.

        – Quant à celui qui te sort « vous êtes bien charmante » alors que tu ne lui as rien demandé, ce n’est pas si éloigné de ça, c’est juste un peu plus poli. Ca ne pourrait pas être confondu avec une tentative d’entrer dans un rapport de séduction, parce que quand on souhaite discuter avec des inconnus dans la rue, il y a des formes, des façons de s’adresser aux gens, du genre s’assurer qu’ils ne sont pas occupés ou pressés, dire bonjour, etc.
        Clair dire à quelqu’un qu’elle est charmante c’est tout pareil que l’a traiter de salope ou de chienne. C’est sur qu’avec une echelle de valeur pareil, la vie doit pas être facile tous les jours.

        Et le mec qui vient te dire bonjour alors que tu lui as rien demandé ? Il vient pas te casser les ovaires aussi alors qu’il est poli ? C’pas du harcèlement là. C’est juste 2 personnes qui n’ont pas la même éducation et qui abordent les relations aux autres différemment. Ça deviendrait du harcèlement si suite à ton refus il insistait, t’insulterait, etc. Mais les gens ne comprennent pas qu’on leur dise non. Ça vaut aussi quand on vient te taxer une clope et qu’on t’embrouille alors que tu as refusé.

        • « Ça vaut aussi quand on vient te taxer une clope et qu’on t’embrouille alors que tu as refusé. » Tout est dit. le harcèlement n’existe pas, il n’y a que des femmes qui se refusent. les salopes.

          • Tu as un don incroyable pour détourner les propos et lire ce que tu veux bien lire … M’enfin je m’attendais à ce que tu bloques sur cette phrase quand je l’ai écrite.

          • yavékapa l’écrire alors. Personne n’est obligé d’assimiler le harcèlement de rue que subissent les femmes au harcèlement que subiraient soi-disant les personnes qui ont des cigarettes. On peut très bien être un homme, être un séducteur si on veut (pourquoi pas?) et reconnaître la réalité du harcèlement que des hommes infligent aux femmes aussitôt qu’elles mettent un pied dehors. Sans minimiser en comparant ça aux gens qui demandent leur chemin ou en l’assimilant à de la séduction. Essaie tu verras, c’est facile.

          • J’ai illustré le comportement des gens qui ne comprennent pas le « non ». Qui n’acceptent pas le choix de l’autre et son libre arbitre, qui prennent l’autre pour un serviteur, bref qui l’aliène. Evidemment que je ne mets pas la demande d’une clope et d’une faveur sexuelle sur le même niveau.

            Ce que je mets en avant c’pas la demande, mais la réaction au refus qui illustre bien comment le demandeur voit l’autre, un objet.

            Tu es tellement persuadé que je veuille minimiser le harcèlement que tu déformes totalement mon propos.

  18. Personnellement, je suis pour la verbalisation des individus qui pratiquent le harcèlement. Parce qu’à défaut « de changer les mentalités » (ce qui commence dès le plus jeune âge), le processus « action->punition » peut dresser un individu à ne plus recommencer.

    J’approuve très fort l’idée de Personne : self-defense, arts martiaux, sports de combat pour toutes. Parce qu’à la base, si la femme est victime, c’est aussi parce que notre « chère » société patriarcale l’éduque à être une chose faible, fragile, frivole. Le jour où chaque violeur potentiel risquera de couiner par terre, avec les valseuses broyées, un grand pas sera fait en avant.

  19. Ping : Hey mademoiselle ! « Le mauvais genre

  20. Ping : Carnets de voyage | Les Questions Composent

  21. Y’a un truc qui me met hors de moi… j’arrive après la bataille concernant cet article mais ça m’est encore arrivé ce matin même, et là je tombe par hasard sur cet article en parcourant ton blog, donc je partage.

    Mon astuce perso qui marche pas trop mal pour qu’on me foute la paix, c’est de dire que j’ai un copain. même si c’est faux.
    D’abord j’essaye d’ignorer (dans le genre « j’ai pas entendu » ou « j’ai pas compris que c’etait pour moi »), ou de dire que je ne suis pas interessée, mais ensuite je dis que j’ai un petit ami ou même un fiancé (moi qui suis carrément contre l’idée de me marier)…. bien souvent, ça les calme. quand le petit ami ne fonctionne pas (« ah mais je ne suis pas jaloux hi hi ho ho ») je dis « nan mais on va se marier à la fin du mois » et souvent ils s’en vont, et même souvent j’ai droit à des voeux….
    comme si dans leur tête c’etait quelque chose comme « hé hé bon j’ai tenté ma chance mais là je vois que c’est VRAIMENT game over pour moi, je n’insiste pas… »

    Ca me dégoute. Par principe. Je suis assez furieuse contre moi même de m’abaisser à ca, mais c’est surtout à la societé que je devrais en vouloir…. Moi, je veux juste la paix, et cette technique marche bien.
    Ca me dégoute profondément, parce que ca signifie tout simplement que mon avis ou ma volonté de baiser ou non avec quelqu’un ne compte pas. Par contre, si je suis la propriété d’un autre Mâle, alors là…. ok. On s’efface. On est un mec bien, après tout… pas un connard… On pique pas la femme d’un autre !

    Là j’ai envie de dire plein de gros mots.

    Mais bon, je te remercie déja pour ton blog que j’aime beaucoup, j’aime bien le fait que tu ne sois pas dans le p’tit sujet polémique ou la phrase choc qui accroche le public, mais dans de vrais bons articles de fond…. longs et détaillés. c’est sympa a faire tourner du coup. mais ca énerve parfois mes potes ni végé ni féministes (« ah nan encore tes trucs ! qu’est ce que tu te complique la vie…. rilax…. take it izi ! « )

  22. Ping : Sexisme ordinaire | Pearltrees

  23. « j’ai malheureusement du apprendre à mes dépens qu’on ne repousse pas les avances d’un homme dans la rue en étant aimable et souriante.  »
    J’ai apprit par cœur le numéro du type qui m’avait agressée sexuellement et je m’en servais pour me débarrasser des lourds: « atta, je te donne mon tel fixe, je suis chez mon oncle, il est très sympa t’inquiète, appelle ce soir je serais à la maison vers minuit, insiste si ça décroche pas de suite n’hésite pas. »

    En général, leur lâcher un tel et se barrer en prétextant un RDV médical du genre chiant marche bien.
    Si l’on a pas été agressée ou violée par une personne de son entourage dont on a le tél, on peut donner le téléphone du dernier lourd qui a tenu a vous donner son numéro de téléphone.

  24. Ping : Les féministes vont-elles trop loin ? | Une sociologue chez le coiffeur

  25. Bonjour,
    J’ai décidé de vous écrire car votre article m’a touchée étant donné mon quotidien actuel. Je voudrais vous faire part du harcèlement quotidien que je subis, vivant à Paris, près du Faubourg Saint Antoine, de Gare de Lyon. Française d’origine indienne, vivant depuis 15 ans en France, toujours à Paris, j’ai toujours attiré les regards et les commentaires dans la rue, mais dans mon quartier actuel où je vis depuis 1 an, c’est devenu insupportable; je ne peux pas sortir un seul jour, faire un seul pas sans que les hommes de ce quartier me harcèlent : « Où tu vas? Tu prends un café avec moi? Eh viens voir, elle a mis un chapeau aujourd’hui. » et parfois menaçant comme aujourd’hui, deux hommes m’ont poursuivie dans le couloir de métro, les autres passagers sont venus à mes secours, quand un de ces hommes qui me poursuivaient a crié « Elle est où ? », une femme a créé le barrage et les a chassés.

    Je considère que ces commentaires et ces comportements sont non seulement du harcèlement sexuel mais aussi d’ordre raciste car c’est un quartier où il y a beaucoup de commerçants arabes, ces commerçants arabes et leurs amis qui restent toute la journée aux cafés, bars, commerces, me persécutent quotidiennement, ils n’embêtent pas les femmes franco-françaises, il y a plein de jolies filles dans le quartier, être pratiquement la seule cible me semblent lié à mon origine indienne.
    Je vous remercie de m’avoir lue.
    Si vous m’apportez des conseils, votre soutien, je vous serais sincèrement reconnaissante.
    Cordialement

  26. Ping : Discuter avec des hommes féministes | Une sociologue chez le coiffeur

  27. Ping : Marilyn | Sirithil's blog

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