La bonne façon de réagir

Suite à mon récent article sur le slut-shaming, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles qui s’habillent court, plusieurs personnes ont réagi en disant qu’il fallait « expliquer » à ces enfants ce qu’elles provoquent comme pensées ou regards en s’habillant ainsi, qu’il fallait les « prévenir », les « mettre en garde », afin qu’elles sachent « comment réagir ».

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de mon expérience, parce qu’elle est, je pense, assez représentative. À vrai dire ça me gène un peu de parler de ça, mais je pense que ça peut être utile à certains qui voudraient éventuellement comprendre certaines choses à propos de ce qu’est être une femme dans cette société. Peut-être que ça va choquer des gens, mais paradoxalement beaucoup de femmes s’y reconnaitront, au moins en partie.

Je vais sur mes 30 ans. Pour moi, le harcèlement de rue a commencé non pas quand j’avais 18 ans, ni même 16-17 ans. Le harcèlement de rue a commencé quand j’ai eu 12 ans.

12 ans c’est peu. 12 ans c’est quand tu es en classe de cinquième. 12 ans c’est un âge où on joue encore un peu aux barbies et aux polly pocket (oui vous savez ces petites jouets avec des maisons de poupées qui n’ont jamais de toilettes). 12 ans c’est quand je dessinais des chats dans les marges de mes cahiers à l’école.

Alors maintenant pour être claire, je vais décrire un peu plus précisément ce que j’entends par harcèlement de rue. La harcèlement de rue c’est les mecs (adultes) qui, par exemple:

  • T’alpaguent bruyamment dans la rue en te disant « t’es trop bonne » ou « oh les gros nichons » etc…
  • Te suivent. Te suivent en te parlant (que tu répondes ou non) ou en te demandant ton numéro de téléphone, si t’as un copain, si tu suces… Ne partent pas si tu le leur demande.
  • Te traitent de salope, de pute.
  • Te regardent littéralement comme si tu étais un paquet de viande, d’une façon totalement ostensible, des pieds à la tête.
  • Te regardent ostensiblement en sortant et remuant leur langue et/ou en passant leur langue sur leurs lèvres d’une façon absolument dégueulasse.
  • Te touchent le cul ou les seins vite fait en passant, ou dans l’ascenseur.

Je ne vais pas faire une liste exhaustive, je pense que ça donne une idée assez représentative du problème que j’essaie de dénoncer. Donc tu vois moi à 12 ans je vais au collège, je dessine des chats dans mon cahier de texte, et en sortant un mec me regarde en me faisant des signaux obscène avec sa langue ou me crie que je suis bonnasse. C’est du moins quand j’avais 12 ans que ça a commencé, ça s’est intensifié au fil des années et c’est vers 15-16 ans que je subissais ce genre de choses le plus souvent. Ce n’est que vers 22-23 ans que ça a vraiment commencé à diminuer. Aujourd’hui je suis beaucoup plus tranquille, même si ça m’arrive encore assez régulièrement.

Là je vais tout de suite arrêter le tir parce que je sais que la plupart des gens penseront que c’est tout à fait exceptionnel et que c’est l’œuvre de fous tout juste sortis de prison et sur le point d’y retourner tout de suite. Alors non, ce genre de choses arrive souvent et c’est Monsieur tout le monde qui en est l’auteur. Rien n’interdit à aucun mec de secouer sa langue comme s’il voulait se lécher les sourcils devant une gamine. Suivre une fille dans la rue en la harcelant pour avoir son numéro de téléphone, c’est considéré dans notre société comme de la drague. Et draguer une fille de 14 ans c’est normal. Après ça Monsieur Tout Le Monde se justifiera en prétendant qu’elle faisait « plus que son âge ». A croire que toutes les adolescentes du monde font plus que leur âge. On m’a d’ailleurs tellement dit que je faisais plus que mon âge que j’ai fini par le croire, jusqu’à ce que je retrouve des photos de mes 15 ans. J’avais bien l’air d’avoir 15 ans c’est à dire d’être une enfant. Et c’est là que j’avais le plus d’avances, de propositions, de « drague », de harcèlement et de mains au cul.

Est-ce que je comprenais, à cet âge là, à quoi pensaient exactement les mecs qui me suivaient dans la rue ou me regardaient d’un air louche? Non, et c’est heureux. J’en avais évidemment une vague idée, et ça me mettait bien sur très mal à l’aise, mais je n’avais aucune expérience de la sexualité, donc c’était assez confus dans mon esprit, à quoi ils pensaient, etc… Cela dit, c’était bien assez fréquent et banal pour que je me fasse à l’idée que c’était ça la sexualité. Et j’ai mis beaucoup de temps par la suite pour essayer de me défaire de cette vision mortifère de la sexualité. Un travail qui je pense n’est pas fini. Peut-être qui ne le sera jamais totalement.

Donc non, je ne pense pas qu’on doive expliquer à une gamine de 14 ans à quoi pense le vieux pervers qui se tripote le jean en la regardant à l’arrêt de bus. Je ne pense pas qu’on doive lui expliquer à quoi pense un homme adulte en voyant un string qui dépasse ou quelque chose comme ça (non pas que je pense que les gamines doivent porter des strings, mais j’en ai déjà parlé donc je ne m’étendrai pas là-dessus). Laissez des enfants être des enfants, merde.

Mais ce n’est pas seulement là que je voulais en venir. J’ai 29 ans aujourd’hui et mes premières expériences de harcèlement de rue remontent donc à 17 ans en arrière. Cela signifie que j’ai 17 ans d’expérience de harcèlement.

Ce simple fait vous éclairera peut-être si vous vous étonnez de l’accueil que peuvent recevoir certains « conseils » donnés généralement en toute bonne fois à base de « mais tu n’avais qu’à… » « mais dans ce genre de cas, il faut… ». Et également les conseils des hommes qui voudraient apprendre aux gamines ou aux femmes comment réagir, qui voudraient expliquer comment ça marche le harcèlement, qui croient détenir une quelconque vérité sur ce qu’il faut savoir pour éviter le harcèlement ou pour mieux s’en sortir. Je ne pense pas que l’expérience apporte la vérité universelle sur tout. Mais quand même, quand vous sortez ce genre de conseils, surtout si vous êtes un homme cis, surtout si vous êtes perçu comme hétéro, etc… N’oubliez pas que vous parlez à des femmes qui ont des années d’expérience d’humiliation parfois quotidienne. Premièrement, c’est un sujet sensible. Deuxièmement, vous ne le vivez pas, et parce que vous ne le vivez pas, il y a beaucoup de choses qui vous échappent sur comment ça fonctionne.

En 17 ans d’expérience de harcèlement, j’ai à mon compteur un nombre invraisemblable de « t’es bonne » et autres « compliments » déplacés, des humiliations diverses, pas mal de mouvement de langues se voulant peut-être sensuels mais non merci, une vingtaines de mains au cul ou aux seins, plusieurs propositions de prostitution, plusieurs propositions directes d’aller baiser, un poing dans la gueule (la mienne), et une tentative de viol évidente. Tout ça pour la seule raison d’être une femme et d’être dehors.

Comment réagir à une agression

Si j’aborde la question désagréable de mon expérience personnelle, ce n’est pas pour vous faire couler la larmichette du mardi soir, mais c’est parce que je voudrais parler de ce fameux « comment réagir ». Parce que ce n’est pas la première fois qu’on me dit qu’il faut parler aux gamines de leur habillement ou de leur tenue afin qu’elles sachent « comment réagir ». Donc… Comment réagir?

Il existe de très nombreuses façons de réagir à ces agressions. Je ne les ai évidemment pas toutes essayées. Mais j’en ai essayé plusieurs. On donne beaucoup de conseils et au début j’en ai suivi quelques-uns, parfois avec un résultat désastreux. Comme les trucs que j’essayais ne marchaient pas, j’en ai essayé d’autres. Puis d’autres. Je culpabilisais. Plus tard, après une prise de conscience féministe, j’ai écouté les récits d’autres femmes ou jeunes filles qui avaient subi du harcèlement de rue, et toujours, toujours cette même culpabilité chez elles: si j’avais dit ceci ou fait cela… Si seulement j’avais… Si…etc… Toujours.

Comme elles, je ressassais l’agression et l’humiliation et je me disais « j’aurais du faire telle chose » et la fois d’après je m’en rappelais et je le faisais. ça ne marchait pas. Alors je me disais « en fait, j’aurais du… » et je le faisais, et ça ne marchait pas, et ainsi de suite.

J’ai fini par me rendre compte qu’il n’y a aucune bonne façon de réagir face à une agression dans l’espace public.

Oh, bien sur il y a quelques trucs utiles à savoir. Il y a aussi quelques généralités qui ressortent de l’expérience, qui peuvent aider à s’en sortir. Il existe des cours d’autodéfense féministe, donc on peut quand même apprendre quelques trucs pour se sentir plus en sécurité. L’expérience peut parfois aider aussi. On acquiert certains réflexes (parfois handicapants). Mais face à une agression quelconque, il n’y a pas de bonne façon de réagir.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que chaque agression ou micro-agression est différente. Chaque situation de harcèlement est différente. La victime est différente, d’une victime à l’autre bien sur mais aussi selon les jours. Les agressions sont différentes, les agresseurs sont différents, les contextes, etc…

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que la société attend de toi que tu ne réagisses pas, que tu te laisses faire, sauf que quand tu fais ça, tu te sens encore plus profondément humiliée, comme si tu avais toi-même été complice de ton humiliation. Une des petites choses que j’ai apprises au fil de l’expérience du harcèlement, c’est que plus tu es passive face à l’agression, plus tu te sens mal après. Sauf que ne pas être passive c’est aussi s’exposer. C’est à cause de ça qu’un jour j’ai pris un coup de poing en pleine gueule. Parce que j’ai répliqué, parce que répliquer est nécessaire. C’est nécessaire mais c’est dangereux.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que tu es toujours prise au dépourvu. L’agression est presque toujours inattendue. Parce que la rue n’est pas un ring, c’est la rue. Là je m’adresse surtout aux hommes cis, qui ne sont pas familiers à ce genre de problèmes: mettez-vous en situation. Vous êtes une femmes et vous êtes dans la rue. Vous n’êtes pas là pour vous faire mettre une main au cul, ni pour vous bastonner, ni pour vous confronter à qui que ce soit. Vous sortez de chez vous pour acheter une botte de poireaux. Et c’est là que vous vous faites agresser, quand vous vous y attendez le moins. Il y a forcément un moment où vous ne vous attendrez pas à être agressée, et c’est là que ça arrivera. Je me dis parfois que ces mecs ont un sixième sens pour ça: ils savent quand tu n’es pas sur tes gardes. Ou quand tu es fatiguée, triste, vulnérable. Aujourd’hui, je ne me fais quasiment plus emmerder dans la rue, sauf dans les moments de vulnérabilité. Les harceleurs n’en ont probablement pas du tout conscience, mais ils choisissent les personnes qui sont le moins en capacité de se défendre. C’est, je le crois, une des raisons pour laquelle les gamines sont plus souvent harcelées que les adultes: elles sont plus fragiles, moins sures d’elles. D’ailleurs ça pourrait sembler paradoxal, mais ce n’est que vers l’âge ou j’ai commencé à avoir une vie sexuelle avec des partenaires que le harcèlement que je subissais a diminué. Je pense que je me sentais moins désarmée, plus adulte.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce qu‘il existe une très forte pression sociale qui s’articule dans l’agression elle-même mais aussi dans la façon dont elle va être perçue, y compris par la victime. ça ne se fait pas pour une femme d’être « trop agressive ». Tu finis par comprendre que tu dois répliquer, puis tu oses enfin le faire et là tu te rends comptes que tu as été « trop agressive ». Il se peut que ta réaction soit disproportionnée face à l’attaque. Il se peut même qu’on ne t’ait pas vraiment agressée mais simplement tu deviens paranoïaque à force de te faire agresser en permanence et en particulier quand tu ne t’y attends pas. En fait, on ne s’attend pas à une agression justement parce que c’est totalement invivable de vivre en permanence sur ses gardes. C’est un stress énorme et tu finis toujours par redevenir un peu décontractée, et là tu te feras agresser. Mais si tu t’attends à être agressée, il se peut aussi que aies des réactions inappropriées, justement à cause de ce stress. Et parce qu’entre la non-agression et la main au cul, il y a tout un panel de micro-agressions que parfois on ne perçoit pas, ou pas consciemment, mais qui contribuent à te faire te sentir mal à l’aise, en danger, sur tes gardes… Parfois on peut se tromper, réagir n’importe comment à une situation ou il n’y avait peut-être même pas d’agression, ou alors il y avait bien agression mais le mec essaie de déguiser ça en « mais non j’ai rien dit rien fait ». Et tu te sens humiliée, en colère contre toi-même. Et même quand ta réaction était en fait totalement légitime et proportionnée, tu pourras te sentir coupable d’avoir été « trop agressive » (ce qu’on te reprochera à coup sur). être agressive ça ne se fait pas. Et en plus, tu peux te mettre en danger. Et en plus, ce sera de ta faute, tu culpabiliseras.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que tout se passe très vite et que les idées, les stratagèmes, les théories viennent après. Quand c’est trop tard. « J’aurais du… »… Sur le moment, on est souvent sidérée, clouée sur place par la surprise. Je me souviens de la rage qui m’a envahie lorsque mon agresseur a disparu dans la foule alors même que l’idée de répliquer contre l’agression venait à mon esprit.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que si tu souris, ce sera pris comme une invitation à continuer, alors que si tu fais la gueule, on te traitera de pétasse ou on t’ordonnera de sourire.

Il n’y a pas de bonnes façons de réagir parce que le harcèlement de rue est fait pour humilier et que ça marche, on se sent humiliée peu importe la façon dont on a répliqué ou non.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce qu’adapter son comportement en fonction du harcèlement est insupportable et que personne ne devrait avoir à faire ça. Bien sur on peut trouver quelques « trucs » qui marchent. Par exemple j’ai pris l’habitude de ne jamais regarder personne dans les yeux, même une fraction de seconde, quand je marche dans la rue. ça marche un peu, les gens osent moins venir vous faire chier quand vous n’avez pas croisé leur regard. Sauf que je peux très bien passer à côté de quelqu’un que je connais sans le voir. Et ça peut me poser des problèmes sociaux que les gens ont du mal à comprendre.

Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que ce n’est pas aux victimes de « bien réagir » mais aux hommes de ne pas harceler, de comprendre que non c’est non et que ça ne se fait pas de suivre quelqu’un ou de l’emmerder pour avoir son numéro de téléphone, que les femmes dans la rue ou le bus ne sont pas là pour ça, pas là pour eux. Il n’y a pas de bonne façon de réagir parce que ce ne sont pas les jeunes filles qui sont responsables de ce qui leur arrive mais les hommes qui les agressent, les alpaguent ou les matent.

Avoir une arme, au risque qu’elle soit retournée contre toi, ou ne pas en avoir? Avoir peur ou ne pas avoir peur? Sortir ou rester dans la cuisine?

Bref.

Pour ce qui est d’éduquer les filles, je crois qu’on devrait plutôt concentrer notre énergie à la difficile tâche d’éduquer les garçons à ne pas devenir des harceleurs. Et ça commence dès l’enfance. Combien de parents se marrent en voyant un petit garçon essayer d’embrasser une petite fille? On ferait mieux de profiter de l’occasion pour transmettre quelques notions sur le consentement… Et que dire des parents qui eux-même ne respectent pas l’intégrité de leurs enfants, par exemple en les forçant à embrasser des gens alors qu’ils n’ont pas envie? Éduquer commence par montrer l’exemple. Certes, ce n’est pas évident car les enfants ne sont pas élevés dans une bulle et subissent l’influence de la culture du viol. Mais il y a beaucoup à faire. Déjà commencer par déconstruire ses propres schémas mentaux. Arrêtons de considérer que c’est la responsabilité d’une gamine de 13 ans de comprendre comment un vieux pervers la mate à l’arrêt de bus et qu’elle doit « savoir comment réagir » comme si elle était sur un ring de boxe.

J’écris cet article sur le vif et, je le crains, je ne saurais faire autrement que d’y insuffler une certaine colère, qu’on sent à travers les lignes. Sur cette colère même, que vous n’avez pas pu ne pas remarquer, j’aimerais attirer votre attention. Car cette colère, je la libère aujourd’hui alors que pendant des années je pensais que c’était normal de changer de trottoir pour ne pas être confrontée à des regardes lubriques et des gestes ou propos déplacés, je pensais que c’était de ma faute car habillée trop comme ci ou pas assez comme ça, etc… Cette colère, c’est celle d’une personne qui au bout de plusieurs années de ces expériences a fini par se rendre compte que ce n’était pas normal que des gens agissent comme ça. J’ai fini par me rendre compte que ce n’était pas de ma faute, que ce n’était pas un crime d’avoir un décolleté ou d’être dans la rue un jour où je ne me sens pas très bien. Et là bien sur il y a de la colère, celle de ne pas être traitée comme un être humain, mais aussi celle d’avoir considéré tout ça comme parfaitement normal.

Donc non, ce n’est pas normal. Et pourtant ça n’a rien de rare ni d’exceptionnel. Donc que faire? Je n’ai pas de réponse définitive, mais j’ai quand même envie de proposer quelques pistes. Écoutez quand on vous parle de choses comme ça, sans chercher à minimiser ni à banaliser, parce que ce n’est pas drôle. Et si vous êtes parents ou éducateurs, arrêtez de culpabiliser les filles et essayez plutôt d’éduquer un peu les garçons. Je vous recommande fortement l’article sur le tumblr « projet crocodile » à propos de comment réagir en tant que témoin (il y a aussi un article sur comment réagir en tant que victime mais je suis beaucoup plus mitigée, pour toutes les raisons que j’ai citées au-dessus et qui font que même en autodéfense féministe, on donne toujours des conseils parfois un peu contradictoires et qui au final ne sont pas forcément efficaces selon les situations…).

Bientôt 30 ans, plus de la moitié de ma vie à subir du harcèlement de rue, et je ne sais toujours pas comment réagir. Je ne saurai sans doute jamais. Comment un mec qui ne connait pas ça pourrait-il expliquer comment réagir à une fille de 12 ans qui en connait encore moins? Il ne peut pas. C’est un triste constat, mais stérilisez-vous ou essayez de changer la société, ça ne sert absolument à rien de « mettre en garde » les futures victimes. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut essayer de faire évoluer les gens. Ceux qui sont responsables, je veux dire. Je le crois et je l’espère.

152 réflexions au sujet de « La bonne façon de réagir »

  1. La seule bonne façon de « réagir », en dehors de ce que vous et tant de femmes féministes faites déjà, et depuis longtemps, en écrivant ainsi, il semble bien que c’est aux hommes de la mettre en oeuvre, en prenant conscience de ce que nous sommes et faisons. C’est à nous de changer et de faire changer les autres hommes.
    La masculinité est à déconstruire.

    Ce que vous faites est précieux.
    Mais ce que nous avons à faire l’est aussi.
    Nous, hommes, avons à faire ce qui nous revient: questionner et changer nos comportements, ce que nous sommes et ce que nous faisons. Pour que plus aucune femme, jeune fille, enfant, ne doive venir nous expliquer par le menu combien nous sommes méprisants et destructeurs.

    Mais il n’est pas très courageux, de ma part de ne faire qu’un commentaire ici.
    Il va falloir que je me décide à faire un billet de mon cru sur ce sujet sur mon blog.

    • Mdr, encore un qui généralise sur le comportement des hommes et qui nous dit qu’il faut déconstruire la masculinité, certainement un pro LGBT !

      • Bien sûr qu’il faut déconstruire la masculinité, marre de cette pression débile de cette éducation d’agressivité, de culture du viol, de ce culte de puissance.
        La plupart des hommes ont ce potentiel, et c’est justement en en prenant conscience qu’on peut s’en libérer.
        Moi aussi j’ai longtemps pensé que non non je n’étais pas concerné que j’avais toujours été bien, que je n’avais jamais manqué de respect à aucune femme, mais l’auto justification est très facile. Et comme cela nous vient de l’enfance, forcément c’est d’autant plus difficile de lutter contre. Raison de plus pour le faire.

        PS : Je ne vois pas le lien avec les LGBT (sans même aller sur le fait que je pressens l’homophobie arriver), il existe aussi des homosexuels harceleurs, et des hétérosexuels qui n’en sont pas.

        J’ajoute même que j’ai vu, au Québec, des femmes adopter ce genre de comportement, y compris dans la rue ou dans les bars.

        • Merci pour ce pur moment de rire Ondine :)

          Les concepts de virilité et féminité sont à la base des stéréotypes de genre (et donc du sexisme)…

      • Mdr, encore un qui dit qu’ils sont pas tous comme ça, et qui nous dit qu’un anti-viriliste est forcément de la communauté LGBT.

        Qui c’est qui généralise maintenant ?

      • On peut respecter les femmes et être masculin, il me semble…
        Et oui, c’est quoi le rapport avec les LGBT ? Si l’homosexualité n’existait pas, le problème du harcèlement serait exactement le même, non ? :/

  2. C’est tellement ça..

    Je me suis rendu compte il y a quelques années que je ne parvenais plus à regarder les gens. Au début, je me disait que, na, les maisons, les arbres, le ciel sont plus jolis à regarder que les passants. Mais en fait, c’était pour me protéger de tous les relous qui abordent une fille un peu paumée – et paumée, je l’ai été…
    Depuis que j’ai eu cette révélation, y’a pourtant rien à faire, le conditionnement que je me suis imposé alors m’est resté jusqu’à aujourd’hui. Sans compter les autres musèlements volontaires…
    15 ans d’oeillères, où on te répète que tu peux dire ce que tu veux, au final c’est toi le problème, ça laisse des putains de marques.

  3. Bravo , et merci pour cet article, qui dit tout ce que je voudrais dire à chaque fois qu’on aborde le sujet . Avoir douze ans et se faire coller par un vieux pervers , se souvenir des yeux lubriques d’un type de quarante ans sur la minuscule poitrine naissante de ma petite sœur de dix ans …
    la baffe dans la gueule , les agressions, la peur de sortir de chez moi , la fois où j’ai vidé ma gazeuse dans ma poche parce-que 5 types me suivaient en m’expliquant comment ils allaient me violer tour à tour , la colère, l’humiliation , la culpabilité , les insultes . Par dessus tout ça , toutes ces années où j’ai été persuadée qu’un truc en moi générait toute cette haine, un truc qui dépassait tout ce que j’essayais de faire pour qu’on me fiche la paix : vêtements, attitude, yeux baissés, air fort, air effacé, air gai , air triste , air libre , écouteurs sur les oreilles , jogging, jupe , talons , baskets ……. toutes ces années de conseils des rares personnes à qui j’en ai parlé , de mépris, de dérision .
    Trente ans aussi , et ça ne fait que deux ans que je sais que ça arrive aussi aux autres filles .
    Alors merci l’elfe ! Finalement la seule chose qu’il faut apprendre aux filles c’est que ça arrive à toutes et que ce n’est pas de leur faute , plutôt que de leur laisser la charge de comprendre toute seule le gouffre et la gratuité de la misogynie .

  4. Je partage ton vécu… Sentiment de colère, d’impuissance, d’injustice.
    Je me suis même fait tripoter les seins alors que j’étais enceinte par un gamin de 15 (?) ans qui s’est barré en courant et en gloussant. J’étais sciée.

    Je me suis aussi heurtée à l’incompréhension de quelques potes, des copains quoi, qui ne comprenaient pas que je prenne comme une offense le traquenard au ciné dans le noir. Merde, quoi ! Impossible d’aller voir un film avec un pote ?

    • C’est trash quand ça arrive avec des gosses :/ il y a quelques mois une bande de gamins de 12 ans m’ont lancé des pierres en me traitant de grosse pute, j’étais pas très bien.

  5. Totalement d’accord.

    Grosse discussion l’autre avec des copines qui m ont dit « qu il fallait réagir », qu il ne fallait pas fuir ou baisse le regard , sinon on entre dans le jeu.
    Que les filles qui ne disent rien ou qui fuient sont des « victimes responsables » (le terme le plus oxymore de la mort qui tue que j ai vu de ma vie ) , que les compliments c est agréable et que si je trouve que non c est que j ai un problème , et que les feministes qui sont « contre » le « harcèlement » de rue voudraient empecher toute discussion possible entre inconnus.

    Certes.

    Sinon j ai un « problème ».
    Je n ai JAMAIS été victime de harcèlement de rue. Pas un sourire , pas une remarque , pas une drague , pas un complément , déplacé ou non.
    Jamais.

    Et comme toutes mes amies oui, comme partout sur internet je lis que toutes les femmes en sont victimes , que ça arrive absolument tout le temps à tout le monde ….

    J en arrive à la conclusion que je suis moche.

    Et c est terrible ! Je finis par prendre le « degré » de harcèlement de rue comme critère de beauté , c est stupide, c est ridicule …. Et pourtant.

    Et je ne peux même pas en parler tellement c est stupide , et je ne peux surtout pas être jalouse des victimes du harcèlement de rue , et je ne voudrais pour rien au monde que cela m’arrive !! Et pourtant.

    • Je suis moche et pas féminine et mon expérience du harcèlement de rue est sensiblement moins grande que celle de la plupart des autres filles. Néanmoins, ça fait depuis mes douze ans que les garçons me traitent de moche à toutes les sauces. De même, si on me suit, ce n’est pas pour me dire qu’on me voudrait dans un lit, mais « seulement » pour m’insulter sur mon physique.

      Si tu n’as pas ces commentaires-là non plus, peut-être que tu es « neutre » ?

      • Je crois que c’est le même ressort qui génère les agressions que tu vie. Les hommes apprennent qu’une femme est avant tous un objet sexuel pour leur plaisir + une normativité des corps (la « beauté » type magasine de mode).
        Du coup ils se permettent d’agresser les femmes soit pour leur signifier qu’elle correspond a leur norme et bien la rabaisser a objet sexuel, soit pour leur signifier qu’elle ne correspond pas a leur norme et donc… qu’elle sert a rien, limite qu’elle a le droit d’exister :(
        En tout cas, les agressions que tu vie sont ignobles et ne devrait pas exister. On remarquera en passant que seules les femmes vivent ca (aucun homme « moche » ne se fera agresser) donc que c’est bien le patriarcat qui la génère.

      • Ma chère, si ces garçons prennent la peine de te suivre et de te harceler, c’est que quelque part tu leur plait. Seulement dans leur fonctionnement relationnel maladif, ils ressentent le besoin de te rabaisser et de t’humilier pour te punir. Parce qu’en fait, ils aimeraient que tu t’intéresse à eux, mais comme ils sont incapable d’engager une relation humaine enrichissante, ils cherchent à te le faire payer en te faisant le plus de peine possible. Le fait que tu ne corresponde pas « aux critères de beauté » communément admis, qui sont des critères culturels particulièrement étroits et arbitraires, est un moyen commode de t’humilier, et leur épargne de s’interroger sur leur nullité relationnelle et la solitude qui en découle. J’en veux pour preuve qu’ils te suivent comme des petits toutous ce qui prouve bien que même si tu ne correspond pas aux critères de beauté classique tu correspond aux leurs… Comme ils se sentent (pour tout un tas de raisons qui varient d’un individu à un autre et dont on se fout) inférieurs et non désirable, ils essayent de te convaincre que c’est toi qui l’est et non pas eux. Ainsi, en essayant de te trainer dans la boue, ils pensent te rabaisser jusqu’à eux et rendre ainsi une interaction relationnelle entre vous, possible.

        En d’autres termes, (plus simples), les garçons qui se trouvent moches et repoussants essayent de persuader les filles qui leur plaisent que ce sont elles qui le sont, dans un effort désespéré de les convaincre qu’ils formeraient des couples équilibrés.

        Ou encore, tu te penses pas assez bien pour une fille, insulte la, humilie la, fais-la pleurer et après, persuade la que personne ne voudra d’elle, ainsi, tu pourras éventuellement la récupérer. Ou, au minimum, tu lui auras fait payer le fait de ne pas pouvoir « l’avoir ».

        Bien sur, il s’agit de mon interprétation, tu en fais ce que tu veux… Mais enfin, « moche » c’est une notion subjective, tu sais ce qu’on dit; la beauté est dans les yeux de celui qui regard, je pense que c’est aussi vrai pour la laideur. Je trouve ça très regrettable que tu finisses par croire vraiment que tu es moche.

    • Si je puis me permettre, je pense que ça n’a rien à voir. Si t’es « moche » (ce qui ne veut pas dire grand chose), tu te prendras des remarques aussi (genre, tout simplement « t’es moche ».).

      Tu te méprends peut être sur une partie du but de ce genre de comportement ? Enfin, d’après ce que j’ai lu sur le sujet et sur cet article le but n’est pas de séduire, de chercher la séduction (dire à une femme « hé, tu suces » dans un espace public n’est PAS une tentative réaliste de séduction, quand même, non ?). Peut être juste que tu vis pas dans le «  »bon » » endroit ? Personnellement, je viens d’un village de campagne pourrie, machiste au fond, mais pas tant que ça. En tout cas, le harcèlement de rue n’aurait jamais été accepté. Mon amie me dit également la même chose sur sa ville natale ( 20 000 habitants tout de même).

      • Je pense que déjà si on habite à la campagne le phénomène est généralement plus discret que par rapport à la ville…

        • je vis dans un micro-bled de 300 âmes, je valide. quand les gens se connaissent tous, chacun fait bien gaffe à son comportement public pour ne pas se griller parce que plus la communauté est petite moins t’as de chances de te refaire une réputation si tu déconnes ne serait-ce qu’une fois, et dans une petite communauté il y a toujours un témoin. toujours. :)

          • Je ne sais pas. Plusieurs filles de la même ville que moi le vivent régulièrement.

            Je n ai pas envie de savoir si je belle ou moche ou neutre …

            Je suis furieuse contre moi d’être « tombée dans le piège » qui constiste à me trouver moche parce que les mecs ne me proposent pas de sucer dans la rue …. C est quand même abberant, surtout que franchement ça n’a visiblement rien d une situation agréable ou enviable et je ne crois pas que les filles à qui cela arrivent se sentent embellie de ces « compliments ».

            Et pourtant …

          • Je n’appuie pas du tout votre constat de la différence campagne/ville. Déjà les gens vivant dans un village de 300 habitants prennent leur voiture et bouge de villes en villes. Moi lycéenne dans une ville de 8000 habitant, je me suis faite accosté à la sortie des cours par un homme de 50 ans qui voulait que je monte dans sa voiture pour que l’on puisse mieux faire connaissance. Autre point de témoignage: J’ai été beaucoup plus agressé à Rennes (ou je vivait avant mes 25 ans) qu’à Paris, il me semble pourtant qu’il y a une différence de taille… ?

          • J’ai l’impression de lire mon histoire, ça fait bizarre d’autant qu’on a le même âge.
            Je ne suis pas sûre de quand date ma première expérience du harcèlement mais ça devait être aussi vers 12 ans, j’étais clairement au collège, j’attendais ma mère devant un magasin et 3 gars sont passés, l’un d’eux me disant « t’as des gros seins mais t’es moche ». C’est bizarre comme j’ai du mal à me rappeler ma liste de course faite ce matin mais cette phrase aucun soucis… Et je me souviens aussi que ma réaction a été d’avoir honte et d’espérer que personne n’avait entendu…
            Je suis vraiment très très très contente qu’on commence à en parler de plus en plus : je me suis rendue compte que d’autres filles vivaient la même chose que moi, que ce n’était pas quelque chose en moi qui posait problème qu’avec la vidéo de Sofie Peteers. Je me sens un peu bête a posteriori mais effectivement j’étais jeune, pas très bien dans ma peau et vulnérable.
            Je pense aussi qu’il faut aussi et même surtout en parler aux hommes. Quand, après avoir vu la vidéo j’ai raconté mes déboires à mon copain il n’en revenait pas : c’est un homme bien et il ne se rendait pas du tout compte de l’ampleur du phénomène, il ne pouvait pas imaginer que c’était quelque chose d’aussi récurent, que ça arrivait à des gamines, à des filles canons comme aux autres, à la plage comme au ski (avec une préférence pour le métro bien sûr ^^). Mes frères ont eu la même réaction. Du coup en parler nous a beaucoup fait avancer.
            Bien sûr maintenant à mon âge canonique j’ai plus de recul (et je me fais BEAUCOUP moins emmerder) mais je sais que le problème existe, qu’il fait partie d’un ensemble de problèmes et j’espère que nous progresserons dessus…

    • Moche ou plus grande, ou qui pourrait réagir, ou « qui fait peur », avec le sens le plus large possible.

    • J’ai l’impression que le harcèlement dépend très fort non pas du physique mais de l’impression d’accessibilité/vulnérabilité. Je connais des filles très jolies mais aussi très confiantes qui disent avoir peu de problèmes.

      Donc voilà, tu as peut-être une attitude confiante et/ou peu expressive en public qui fait qu’ils ne viennent pas t’aborder. (Par peu expressive je veux dire que pour moi un truc qui marche pas mal c’est de « faire la tronche », expression faciale neutre et peu engageante, ça rend moins accessible que de sourire ou au contraire d’avoir l’air paumée ou triste).

      Les fringues jouent aussi, si tu es habillée de façon assez unisexe avec des couleurs neutres ça change l’attitude des gens. Je ne dis pas du tout ça pour cautionner le discours « t’avais qu’à pas mettre une minijupe ». Mais je pense qu’un vêtement qui donne un signal « fille » déclenche une réaction chez le relou. (Indépendamment de sa sexytude, un sweat rose ça marche).

      • Cela dit une fois un mec m’a demandé le prix d’une passe alors que je portais un jean d’homme et un pull d’homme trop large.
        (j’avais 16 ans et j’attendais ma mère).

        • Et moi, un mec nous a demandé le prix de la passe un soir où nous attendions le bus, ma pote et moi, certes, sur la promenade des Anglais à Nice (haut-lieux de la prostitution) mais nous revenions d’une journée au ski et nous étions en combinaisons et chaussures de randonnées avec nos skis….
          Nous nous sommes longtemps demandé s’il s’agissait d’une blague ou d’un étonnant fétichisme.

          • Ah oui je dis pas que porter des fringues unisexe est un bouclier infaillible contre les harceleurs. Mais je remarque que ça m’arrive plus si je suis habillée très féminine ou de façon excentrique. Après ça m’est aussi déjà arrivé en faisant les courses en survêt, et de toute façon y a pas de raison de se cacher pour accommoder ces types.

    • J’ai une copine très jolie , qui tient exactement le même discours que toi . Je pense que le harcèlement de rue n’a pas grand chose à voir avec la beauté, c’est surtout en lien avec une certaine vulnérabilité, comme le dit l’article. Ils « sentent » qu’ils vont pouvoir faire chier , c’est pour ça qu’ils s’en prennent aux jeunes filles avant tout . pour moi ça a énormément baissé dès que j’ai passé 25 ans , ce n’est pas parce-que j’étais moins jolie à 25 , mais parce-que l’intérêt de m’emmerder était moindre. Moins d’innocence, moins de dépendance au regard des autres , moins de besoin de plaire aux autres , et surtout moins à détruire .
      Pour relativiser aussi , la copine dont je parlais , est harcelée , mais elle a une étrange capacité, à ne pas entendre , quand je suis avec elle , les hommes l’insultent aussi , les serveurs sont infectes et agressifs, elle n’entend pas , elle ne remarque pas , et quand on attire son attention dessus , elle interprète qu’ils parlent à une autre ou au téléphone. C’est du déni , même si c’est un peu enviable , le problème c’est que du coup elle a tendance à ne pas croire les autres filles .
      Ce n’est probablement pas ton cas , mais , vraiment, prends l’absence de harcèlement comme une bonne nouvelle .

      • Pour revenir avec le fait de « pas entendre », à moi aussi, il m’a fallu du temps pour comprendre que j’étais harcelée aussi.
        J’ai adopté très tôt la technique de « ne pas voir les gens », j’évite les regards, je ne me concentre pas sur les personnes, je les « bloque » de mon champs visuel, pour me protéger. Ce qui fait que je ne vois pas réellement les regards lubriques ou signes obscènes. Et il m’ a fallu du temps pour me rendre compte de ce que je faisais.
        Idem, je tire la tronche, marche vite….
        Et j’oublie. J’oublie tous les comportements harceleurs. Il me faut de gros efforts pour me rappeler de ce que j’ai pu subir plus jeune.

        • C’est exactement la même chose pour moi. Seules les agressions graves me reviennent. Les autres… Je préfère oublier ^^’

    • Non je te rassure, ce qu’a vécu l’elfe n’est pas le vécu de toutes les femmes, et ce n’est pas une question d’apparence physique à mon avis … Je trouve cela très vrai de dire que les harceleurs attaquent les gens les plus vulnérables. Mais pour moi, ne pas être vulnérable, ne veut pas dire non plus « être constamment en stress et sur ses gardes ». Pour ma part, on ne m’a jamais touché, je ne me suis jamais sentie « en danger », j’ai eu quelques gas qui ont voulu un peu « draguer » mais c’était encore poli : vous êtes bien jolie mademoiselle … ou t’as pas l’heure … rien de méchant, rien d’humiliant … la plupart du temps, je continue ma route, d’un pas assuré, comme toujours, sans en regard en les ignorant totalement, et quand ils ne peuvent plus voir mon visage, la plupart du temps ça me fait sourire … Evidemment, c’est les garçons qu’il faut éduquer au respect des femmes, les enfants qu’il faut éduquer au respect de l’autre. Et il n’est pas nécessaire de décrire en détails à une gamine ce que ces pervers peuvent avoir en tête. J’aime assez l’accord toltèque dans le livre de Ruiz, qui dit de ne pas prendre les choses de façon personnelle, et de laisser les insultes et autres humiliations glisser sans y accorder la moindre attention. Le ga a un problème avec les femmes, c’est son problème, je n’ai rien à voir là-dedans, cela n’a pas à m’atteindre. Bon évidemment c’est très difficile de se raisonner de la sorte quand les faits franchissent un certain seuil, c’est à dire quand on se sent réellement en danger.

      • Non mais bon, le coup de « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » c’est une consolation, mais au bout d’un moment quand t’en est à ton 200 ème crachat à la figure, cette philosophie devient difficile à maintenir. Enfin perso, je trouve, mais bon, ça n’engage que moi.

        • Exact.
          Et même parfois juste le premier. Se sentir humiliée, ça ne se commande pas. Je suis quelqu’un d’assez assurée, et malgré tout, à chaque fois que ça m’arrive, je me sens humiliée. Pourtant je réponds, parfois même j’insulte. D’ailleurs une fois, après m’être retournée contre des insulteurs et m’être avancée vers eux en mode vénèr et en les insultant, ils se sont carapatés en courant dans la bouche de metro, ça m’a bien défoulée j’étais morte de rire après. Mais ça n’a pas empêché le sentiment d’humiliation sur le moment.

    • Je ne sais pas si je suis dans le bon, mais je pense que les harceleurs de rue s’en prennent (beaucoup) plus facilement aux faibles, aux femmes qui ont l’air sans défense.
      Peut-être que ce n’est pas ton cas, que tu as une aura de « m’emmerdez pas ou (vous aurez mon poing dans la gueule), (je sais où courir pour avoir de l’aide), (je vous répondrai jusqu’à vous faire sentir honteux), etc. »
      De mon expérience, je peux dire que j’étais plus souvent abordée par des vieux (genre 40-50 ans). Ou alors j’étais tellement scotchée à chaque fois que ces souvenirs sont restés plus que les autres. Mais en soi, à part les vieux et quelques jeunes, je n’ai pas vraiment eu de problèmes plus graves que des regards, et parfois des paroles. Bon, je me trimballais souvent un casque sur les oreilles pour écouter de la musique, du coup j’entendais moins de leurs remarques.

      Ce que je veux dire par là, c’est que je crois que, comme j’avais l’air « sûre » de moi, peu ont essayé de m’aborder. Lorsque je me baladais avec ma musique, ils étaient nombreux à faire des commentaires, tout contents de leur impunité (je le sais, je coupais parfois le son histoire de voir).
      Du coup, je me dis que les hommes voulant rabaisser une femme en rue sont souvent des couards, qui n’osent pas approcher une femme sûre d’elle – ou alors c’est un défi pour eux, qu’ils doivent relever pour avoir une gommette.

      Wala, je sais pas trop si je suis claire, mais en somme, je comprends ton envie d’être « dans la norme » tout en le redoutant. Ça m’est arrivé aussi. Parce qu’on pense que ce harcèlement n’arrive qu’aux « femmes féminines ». Encore un truc dont on doit se défaire…

      • Je crois surtout qu’il y en a pour tous les goûts malheureusement; Les hommes qui se défoulent sur les femmes à l’air fragile ou vulnérable (c’est tellement facile), et puis les hommes qui ne supportent pas l’assurance que dégagent certaines femmes et qui ressentent donc le besoin de leur faire savoir d’une manière ou d’une autre…

        • En fait ce que tu dis existe peut-être, mais j’ai le sentiment que la majorité des harceleurs sont des lâches et qu’ils sont attirés par ce qu’ils ressentent comme de la faiblesse.

  6. Alors, moi c’est à 7 ans, pas à 12, que j’ai commencer à flipper à l’extérieur de chez moi… (je flippais déjà à l’intérieur, l’inceste tout ça… un grand-père, un frère aîné… des garçons pas sains)
    J’allais à l’école et sur le chemin des ouvriers construisaient des maisons, ils étaient nombreux, ils me sifflaient, disaient des trucs que je ne comprenais pas, puis un jour un a surgi de derrière un buisson, j’ai cru mourir, j’entendais les autres rire, j’ai détalé et couru la peur au ventre…
    J’ai changé d’itinéraire, je suis passée par la forêt, enfin un grand bosquet… Un jour un gars m’a parlé, je me suis arrêtée et j’ai vu sa bite droite, immonde et lui en action, j’ai détalé, couru, j’ai vomi, pas mangé, mais j’ai rien dit, à personne (tu penses bien). Je partais à l’école en faisant « pic et pic et colégram, bourre et bourre et ratatam… » et j’allais par un chemin ou l’autre suivant sur celui que tombait « c’est toi qui le seRA ». J’ai flippé jusqu’au collège. Bien sûr « on » me disait distraite en cours, pas là, mes parents étaient convoqués… Mais moi, je pensais juste au retour, quel chemin ?… « bourre et bourre…………ce sera TOI. » (ouais y avait des variantes)
    Au collège, j’ai passé 4 ans à changer de wagon, pour faire les 2 stations qui allaient du collège à chez moi, enfin chez moi, là encore fallait choisir, le raccourci par le bois ou 2 Kms sur la route (une descente et une côte bien raide à monter)…Bah ouais là aussi dans le train, des exhibitionnistes qui se branlaient, dans le raccourci du bois aussi, alors j’allais là où il y avait du monde, des fois yenavait pas alors je courrais par le raccourci en regardant mes pieds….
    OUAIS C’est dingue ! et je vais m’arrêter là, j’avais donc 13 ans quand je suis partie au lycée…. là ça a été encore pire

    La peur des transports ne m’a jamais quittée jusqu’à ce que je quitte Paris et sa Région, à 21 ans
    C’était il y a presque 40 ans et je me désespère que rien de rien n’ait changer voir que ça ait empiré…toujours la même angoisse partagée et solitaire !

    Vous dire ce que je me suis pris dans les dents quand j’ai éduqué mon fils dans le respect, sans l’obliger à « faire des bizouxxx » à qui il ne voulait pas, en faisant de la prévention (des violences sexuelles) et en parlant de consentement, très tôt…ce sera pour une autre fois (je ne voudrais pas abuser lol).
    En tous cas, je ne pense pas qu’il soit harceleur de rue ou d’ailleurs, j’en suis même certaine… ça fonctionne « l’éducation » des garçons et même ça passe QUE par là, c’est certain !
    Bien à vous et MERCI +++ pour cet article que je partage

  7. bonjour, j’élève deux fils de féministe bien déconstruits, le premier sera dispo d’ici environ 5 ans, le suivant 10 ans plus tard, comme personne ne m’aide et que je me fais qualifier de toutes les psychonévroses possibles imaginables (scoop : ya pas non plus moyen d’être une bonne mère, m’est avis qu’un jour quelqu’un a décrété que toute femelle serait coupable de tout ce qui peut déconner pour elle et/ou les autres y compris la grêle, cherchez pas à vous justifier les filles c’est du temps perdu, avancez seulement, de toute manière vous aurez tort) ma tâche est ardue, aussi j’espère que vous serez nombreuses à vouloir les pécho de sorte que mon service maternel prenne fin dans des délais acceptables parce qu’on a toutes à y gagner . :)
    et sinon en moins lol mais toujours sur le registre de l’éducation des garçons que c’est quand même LA clé du problème, on aurait toutes à gagner AUSSI à ce que s’organise une réelle sororité mâtinée d’entraide entre mères-éducatrices-de-petits-mâles parce que toute seule c’est franchement dur de chez dur.
    j’ai vu passer dans les comms sur la nouvelle salope des accusations de déficience parentale…c’est la routine, ce sera bien entendu encore une femme -la bien nommée maman mère de tous les maux- la coupable si un vieux porc a touché le postérieur de sa gosse dans un minishort…
    la réponse de l’elfe était la bonne: tu peux être la meilleure mère au monde, si tu es SEULE face au monde entier qui passe à ton enfant un autre message, tu ne fais juste pas le poids.
    sachez que cette assertion est vraie également en matière d’éducation de la partie de l’humanité qui regarde, commente (ou pire, tripote) les fessiers dans les minishorts. perso j’ai du virer le monde entier de ma vie pour pouvoir peser assez et élever des mecs le moins connards possibles, et ce sacrifice me fait pas marrer tous les jours.
    il serait urgent qu’on aide les mères au lieu de les laisser juste disparaître de la vie sociale et militante jusqu’à ce que mort ou retraite enfin libre s’ensuive sous prétexte qu’elles sont débordées de travail domestique et reproductif, travail qu’on s’empresse d’ignorer pour mieux leur reprocher de l’avoir mal fait par la suite (que celle qui n’a jamais eu envie d’égorger sa belle mère pour se venger de ce que son mec ne sait définitivement pas pisser assis me jette le premier canard wc).

    on sait retrouver le chemin de la mère de famille quand c’est pour faire des réunions tupperware, qu’attend-on pour faire la même chose sur le registre du féminisme éducatif? mh?

    • C’est clair que c’est vite fait de tout mettre sur le dos des mères alors que pendant ce temps les pères ne s’en occupent pas et se lavent les mains.
      Avant d’avoir un enfant, je n’avais aucune idée réaliste de la non-implication des pères dans l’éducation des enfants. Il est rare de voir un homme au terrain de jeu ou à la garderie et souvent il accompagne ou remplace ponctuellement sa femme.
      Malheureusement j’ai aussi compris un truc c’est que forcer un homme à s’occuper d’un gosse est impossible… Donc oui c’est clair qu’il faudrait plus d’entraide entre féministes. Mais les gens qui n’ont pas d’enfants ont du mal à être compréhensif, surtout certains child-free qui d’ailleurs vont témoigner et faire comprendre au monde entier à quel point être CF c’est dur dans notre société, pendant que nous on change des couches. (je dis pas qu’être CF est pas dur ou que c’est pas un choix respectable, mais s’exprimer est un privilège). Et inclure les mères dans le féminisme d’aujourd’hui ça me parait bien difficile. On se cache hypocritement derrière le fait que c’est pas aux femmes de s’occuper des gosses, en oubliant que c’est effectivement comme ça que ça se passe…

      • voilà. et je sais pas si t’as remarqué mais du coup le féminisme est un truc générationnel. tu peux être féministe militante qui s’exprime…aussi longtemps que t’as pas utilisé ton utérus, après, une fois que t’as mis le nez dans la merde des mères et le super rôle de « care » des lafâmes, t’es priée de disparaître dans ta cuisine sous les huées des jeunettes et des CF qui sont libreuhs elles et pas assez conneuh elles pour se faire réduire aux couches nananère. c’est pas avec ce niveau de sororité qu’on avancera…

      • sans oublier certaines qui te méprisent parce-que tu as cédé à la tentation patriarcale d’enfanter …. il y a un truc étrange dans le féminisme, c’est qu’on se bat pour toutes ces questions , partage des taches , éducation des enfants, plafond de verre . Mais , parfois, pas toujours, entre militantes, c’est jugement , mépris et injonction . J’ai remarqué ça pour la maternité, mais aussi pour les femmes qui veulent faire carrière et obtenir du pouvoir , dans les faits on lutte pour le partage du pouvoir, mais entre militantes , les femmes ambitieuses sont très mal vues , il y a assez peu de soutien « de personne à personne » . Je ne suis pas encore mère, j’ai bien l’intention de l’être un jour , et je pense effectivement qu’il sera primordiale pour moi d’échanger avec des mères féministes . Donc oui ce serait cool de créer quelque chose autours de ça .

        • En fait il y a des espaces féministes sur la parentalité (comme les vendredi intello) mais c’est quand même quelque chose qui reste très séparé du féminisme en général. Et très peu de non-parents dans ces espaces. Et ça reste je trouve très limité alors que la maternité est un bastion important du féminisme, ne serait ce que parce que beaucoup de femmes passeront par là.

      • « surtout certains child-free qui d’ailleurs vont témoigner et faire comprendre au monde entier à quel point être CF c’est dur dans notre société, pendant que nous on change des couches. »

        Ce genre de phrase entendue à tous bouts de champs est un peu agaçante, et en fait peu compréhensible. Quel besoin de taper sur les childfree? Personne n’a nié que avoir des enfants c’est dur. Mais ça reste le choix que la société, le patriarcat, le pape et ton gynéco attendent de toi et le choix que font peut être 98% des femmes en France, et du jour où tu le fais, tu es à l’abri pour le restant de tes jours des injonctions permanentes à te reproduire et de la vision qu’auraient sinon eu les gens de toi (égoïste, anormale, contre nature, inutile, puis vieille fille qui fait pitié). Et « témoigner et faire comprendre au monde entier », heu tout particulièrement en France c’est un discours ultra-marginal, et même ailleurs où il est plus présent il est largement moqué et/ou interprété par les gens comme une agression. Donc « le monde entier », ils en sont loin. Si on est d’accord sur le fait qu’il y a un problème avec la place des mères dans le féminisme, je trouve qu’on entend bien davantage de témoignages sur les difficultés de la maternité que sur ces gens bizarres qui tentent de se réaliser sans enfants. En fait, leur taper dessus, ça m’évoque un peu ces filles qui tapent sur les féministes parce que – au choix – elles s’épilent, elles mettent des talons, elles se maquillent, que sais-je, et qu’elles interprètent les questionnements féministes comme une attaque personnelle. Bon sang mais comment un groupe aussi minoritaire et collectivement haït peut bien t’opprimer?

        • Il y a en tous cas une nécessité de témoigner au sujet des difficultés que rencontrent les child-free. Je pense qu’il faut absolument qu’il y ait des CF pour en parler. Ce que je voulais souligner, avec cette phrase peut-être maladroite, c’est que pour autant, avoir le temps de s’exprimer reste un privilège. Bien sur, on ne donne pas facilement la parole aux CF pour autant, mais ils peuvent essayer de la prendre. Les mères ne le peuvent que très rarement. D’ailleurs, tu dis: « du jour où tu le fais, tu es à l’abri pour le restant de tes jours des injonctions permanentes à te reproduire et de la vision qu’auraient sinon eu les gens de toi ». Non, faire un enfant ne met pas à l’abri des injonctions à se reproduire. Après il faut en faire d’autres. Et pas n’importe comment. Et on te dit comment accoucher, comment nourrir, éduquer, etc etc… Faire un enfant est le début de toute une série différente d’emmerdes. Certes, on échappe au stigmate de vieille fille à chats, je ne dis pas le contraire. On hérite en échange de tous les stigmates de la maternité, allant de mère indigne à pondeuse en passant par chieuse hystérique et bobonne avec ses lardons criards et son gros cul. Ce que d’ailleurs certains CF n’ont pas manqué de me faire savoir: je pollue, je dérange, je suis indésirable avec mon enfant qui pourrait faire du bruit et les déranger, je suis « une pondeuse », une mère indigne parce que mon enfant a déjà pleuré dans le bus, je dois rester à la maison pour ne pas déranger, etc… (je n’invente rien, là). En me rejetant ainsi, ils exercent une oppression qui n’est en rien propre aux CF, mais qui au contraire est le fait de l’ensemble de la société, puisque je considère que les mères constituent en fait une catégorie sociale opprimée (et si facilement opprimable). La différence entre un connard CF et un connard Lambda, c’est que le connard CF pense qu’il est rebelle et qu’il nage à contre-courant en faisant ça. En cela il se trompe lourdement: tout le monde le fait. S’il n’y avait que des CF qui étaient imbuvable avec les mères, ma vie serait bien meilleure, puisqu’en effet ils sont minoritaires (et en plus ils ne sont qu’une minorité de cette minorité à être infecte – c’est cependant souvent les 1% plus cons qui causent le plus fort). Bref, #NotAllCF
          Il y a bien sur une discrimination, voire une forme d’oppression, qui est propre aux Child Free, et que je ne connaitrai jamais. Cependant, il faut bien avoir conscience d’une chose, c’est que l’injonction à se reproduire n’est que la première d’une très longue série d’injonctions qui ne s’arrête jamais. Il ne faut surtout pas croire que la société te fout la paix une fois que tu as pondu un gosse. Elle va te faire chier pour que tu obéisses à tous les concepts sociaux d’enfant et de maternité, comment on élève un enfant, comment un enfant doit être ou ne pas être, etc. Elle te dit pas seulement de le faire, mais comment le faire, dans les moindres détails.
          En cela, parents et CF partagent un point commun qu’ils ne soupçonnent même pas: ils souffrent d’une façon totalement différente des injonctions natalistes.

          Il est heureux que les CF aient voix au chapitre dans le mouvement féministe, et j’espère que cette parole va peu à peu se libérer dans la société en général. Jusqu’ici les seuls trucs que j’ai lus hors féminisme sur les gens sans enfants essayaient de les faire passer pour des victimes de traumatismes ou de pathologies mentales, ou des personnes immatures et instables. Il y a cependant un reportage intéressant qui vient de sortir sur Arte qui a l’air beaucoup plus objectif. Je m’en réjouis.
          Bref, pour rien au monde je ne « taperai » sur les CF. Cette phrase avait pour simple but de faire remarquer que militer, essayer de faire entendre sa voix, est un privilège. Si j’étais mère célibataire je n’aurais d’ailleurs jamais pu avoir le temps d’écrire ce message. Pourtant les mères célibataires sont plus opprimées que moi. Ce qui ne veut pas dire que moi-même je suis plus opprimée que les CF. Je le suis d’une façon différente, mais surtout je n’ai pas liberté qu’ils ont, liberté que beaucoup d’ailleurs revendiquent puisqu’elle fait partie des raisons pour lesquelles on peut ne pas vouloir d’enfants.

          Désolée si mon message est brouillon.

          • « c’est que l’injonction à se reproduire n’est que la première d’une très longue série d’injonctions qui ne s’arrête jamais. Il ne faut surtout pas croire que la société te fout la paix une fois que tu as pondu un gosse. »

            Ok, tout à fait d’accord. En fait je ne disais pas que la société te laisse tranquille sur tous les plans quand tu deviens mère, même si c’était pas clair. Juste sur celui justement d’être devenue mère, qui est un peu la condition sine qua non de lafame.

            C’était juste, est-ce que les CF sont la bonne cible. Ok certains child-free sont infects, mais ça ne signifie pas que le discours childfree = stigmatiser les mères. De la même façon d’ailleurs une grande partie (une majorité?) des gens avec enfants sont infects avec les CF, sans qu’on associe pour autant parentalité à fermeture d’esprit. La différence c’est que les parents sont « la norme » et se sentent donc hyper légitimes à déprécier un mode d’existence différent du leur.

            Comme cette personne dans les commentaires: « sans oublier certaines qui te méprisent parce-que tu as cédé à la tentation patriarcale d’enfanter ». Rien que se référer à « la tentation patriarcale d’enfanter » ça sous entend une pseudo « féministe », donc quelqu’un appartenant à l’infime minorité des gens, versus « les child-free sont pitoyables », ben c’est l’opinion majoritaire. Est-ce qu’on entend *vraiment* cette phrase fréquemment? Hors twitter? Si vous me dites que oui je vous croirai. Et je comprends ton point de les plus cons gueulent le plus fort… Mais en France à partir du moment où quasi tout le monde a, ou veut avoir des enfants, je vois pas qui il reste pour la prononcer. A l’inverse « pas avoir d’enfants c’est trop triste/égoïste/superficiel/ta vie n’aura pas de sens/mes nenfants ils payent ta retraiteuh/etc » ben c’est toute ma famille, la majorité de mes amis, et la gynéco qui m’expliquait encore récemment qu’elle refusait de me poser un stérilet 10 ans et qu’elle m’en mettrait un 5 à la place parce que « dans 5 ans mademoiselle vous faites votre premier bébé ».

            « En cela, parents et CF partagent un point commun qu’ils ne soupçonnent même pas: ils souffrent d’une façon totalement différente des injonctions natalistes. » Exactement…
            En fait sans nier du tout, ou vouloir invisibiliser le fait que les mères ont pas le temps, pas l’espace de discussion/les ressources/le pouvoir de négociation pour faire entendre leur voix, j’ai juste l’impression que faire le concours du plus opprimé, c’est oublier comme tu dis que l’injonction à se reproduire pour les femmes et la construction des femmes comme principales responsables des gamins ça émane d’une même logique. C’est un peu le mode de fonctionnement du patriarcat de toute façon que d’assigner les femmes à des taches, des préoccupations, des valeurs, pour ensuite déprécier ces mêmes valeurs. On dit aux filles qu’elles doivent se faire belle, et dans le même temps se faire belle c’est trop superficiel et vain, on dit aux filles qu’elles doivent faire des bébés pour être des filles, et puis on construit le soin aux enfants comme quelque chose de légèrement méprisable, on leur inculque une esthétique de la faiblesse et de la fragilité à laquelle elles doivent se conformer pour être attirantes, et puis bam on moque cette même faiblesse, on leur dit que leur destin c’est de s’occuper des autres, et bam les métiers de care sont sous-payés et dévalorisés, etc etc.

            A la marge, il y a celles qui désobéissent (les pas attirantes, les carriéristes, les costaudes, les sans-enfants), celles qui dévient de la norme. Elles sont pas plus féministes ou plus rebelles. Ou plus « libérées » (lol). Elles ont juste choisi l’envers de l’injonction. Mais que tu la respectes ou pas l’injonction, tu seras méprisée, c’est bien fait le double-standard, à tous les coups tu perds. Pas de jaloux, quoi que tu fasse le patriarcat a des ressources pour te faire chier toute ta vie. Dans cette perspective là, tout ce que je dis c’est que se retrouver avec des parents qui disent que les child-free c’est des privilégiés, et des child-free qui disent que les parents c’est des privilégiés, ben c’est drôle. Quand on retourne la violence contre soi même et les autres avec les arguments mêmes du patriarcat (« égoïste ! » VS « poule pondeuse ») plutôt que contre le patriarcat, c’est une aliénation très réussie.

            ps: à propos du reportage Arte, sur france inter dans une mini émission sur la question, une femme parlait du fait que paradoxalement la contraception et l’IVG avaient créé une nouvelle difficulté dans la parentalité. Avant on avait pas le choix, c’était comme ça, les enfants arrivaient, comme une contingence, donc il y avait moins à dire sur ta manière de les gérer. Alors que maintenant, le fait que ton enfant ait *pu* ne pas exister, ça te rend d’autant plus responsable. Tu avais le CHOIX donc il faut que tout soit parfait. Sinon tu n’avais qu’à pas… Quand j’étais petite par exemple je me souviens que ma mère excédée que je ne mange rien s’était mise à me gueuler dessus, réaction immédiate de ma grand-mère: « Personne t’as obligée à l’avoir ! Fais lui autre chose et c’est tout ».

          • « sans oublier certaines qui te méprisent parce-que tu as cédé à la tentation patriarcale d’enfanter », ça fait référence à des discussions que j’ai eu avec des féministes CF qui pour moi ont des comportements totalement antiféministes de ce point de vue-là. Alors bon elles ne sont pas représentatives des CF, ni des féministes. Mais quand tu es dans un groupe féministe body-positive et qu’on te fait comprendre que t’es une grosse baleine dégueulasse parce que tu es enceinte, ben ça fait mal au cul et à l’estime qu’on porte au féminisme en général. On m’a même dit que j’opprimais les CF et les femmes stériles. Contexte: un mec m’a demandé l’autorisation de publier ma photo sur son groupe pro-pilosité féminine, j’ai dit ok, j’étais enceinte sur la photo. pour ÇA des connes m’ont dit que j’opprimais les CF et les femmes stériles. Elles m’ont dit que c’était moche, qu’il fallait pas « exhiber son ventre » quand on était enceinte, que c’était dégueulasse, etc… Plus tard sur ce même blog j’ai reçu des commentaires du style « espèce de sale pondeuse » etc (je les ai censurés). Le fait que HEUREUSEMENT ce n’est pas forcément représentatif, ne devrait pas masquer qu’il y a un soucis, là. Bien sur ce que tu dis est très vrai sur le fait de retourner la violence sur nous, opprimés, en s’accusant les uns les autres, plutôt que de nous unir contre l’ennemi commun. Mais il y a là beaucoup de misogynie intégrée. Aussi bien chez les CF qui m’insultent parce que je suis mère, que ce serait le cas chez des mères qui méprisent celles qui ne veulent pas d’enfants.

            En plus, par rapport à ce que tu dis dans ton dernier paragraphe, c’est vrai, des CF m’ont déjà dit en gros « si t’es pas capable de t’occuper de ton gamin, t’avais qu’à pas en avoir » ou « si tu voulais pas assumer les inconvénients, t’avais qu’à avorter ». Je trouve ça d’une violence extrême. Car, IVG ou pas, pour moi c’est pas si différent dans le sens ou, oui, les enfants arrivent toujours un peu comme ça, sans forcément s’inscrire dans un « projet d’enfant » complètement cohérent et planifié. La contraception est faillible, et l’IVG peut être selon les personnes, très simple ou très compliqué. Pour moi c’est compliqué. Pour quelqu’un qui est CF j’imagine qu’avorter c’est quelque chose de libérateur et qui soulage d’un poids… Pas pour moi. Peut-être que ça l’aurait été à certaines périodes de ma vie, mais si demain je tombe enceinte, je ne pourrai peut-être pas me résoudre à faire une IVG. ça me ferait beaucoup de mal. Pourtant je ne veux pas d’autre enfant.

            Attention, par rapport au privilège, je ne dis pas qu’être CF c’est être privilégié en général. être CF c’est être privilégié sur un plan bien particulier, celui d’avoir du temps à soi et du temps pour témoigner. Les parents peuvent avoir certains privilèges et les CF en avoir d’autres. Je ne prend pas les CF pour « cibles », je pense qu’on doit juste être conscients de nos privilèges.

      • Et sinon, ça va peut-être être interprété comme un sarcasme ou quoi alors que pas du tout, sincèrement. Mais : « Avant d’avoir un enfant, je n’avais aucune idée réaliste de la non-implication des pères dans l’éducation des enfants. » Vraiment? Mais est-ce que tu avais un père exceptionnel pour sa génération? J’ai l’impression de ne constater que ça autour de moi depuis l’enfance… Au point que, même si à 22 ans la question ne se pose pas du tout concrètement, je peux pas m’empêcher de voir le fait de se lancer dans la vie familiale comme un piège potentiel, genre tu ne peux *pas* faire signer de contrat au mec pour t’assurer qu’il se bougera le cul, c’est impossible, tu peux rien faire face à un partenaire qui fait défection. Et c’est pas comme si les hommes de notre génération avaient beaucoup changé depuis celle de nos parents malgré ce que les médias aiment répéter. Ca arrive de tomber sur des jeunes pères qui ont *l’impression* d’être trop modernes et impliqués, mais c’est plus parce que la barre est pas haute dans leur tête qu’autre chose. Effectivement si le point de référence c’est les baby boomers, pas dur de faire mieux. Après de là à en faire autant, à être une présence inconditionnelle et pas juste récréative, de là à ne pas profiter consciemment ou non du travail plus important de la mère (tout en s’imaginant être un héros), on en est très loin.

        • Mon père travaille moins que ma mère et je l’ai toujours vu beaucoup plus souvent que ma mère quand j’étais enfant. C’est une situation assez rare. C’est peut-être la raison pour laquelle je ne me rendais pas compte. Mais il y a aussi ma prise de conscience féministe: avant d’être féministe je ne sais même pas si j’aurais eu conscience que dans la crèche que je fréquente il n’y a que des femmes. ça paraît juste « normal ». Comme il est « normal » par exemple, quand on lit le mot « baby-sitter », d’imaginer une jeune fille et non un jeune homme…

          C’est intéressant ce que tu dis, ça me parle parce que je me reconnais assez. j’ai toujours vu la vie familiale comme un piège, un lieu de violences potentielles, et de privation de liberté. J’ai même vécu la parentalité, mais surtout le couple parental, comme un enfermement. Et pourtant j’avais dans mon partenaire (et j’ai toujours) une confiance totale, qui me semble rare dans les relations (même si la confiance, ça peut toujours se trahir).
          Sinon je suis assez d’accord avec ce que tu dis sur l’implication des pères.

          • Oh, effectivement c’est rare. Si d’aventure tu as un frère, ça a du être particulier d’avoir ce « modèle » là de mec, et pas l’habituel « je fais semblant d’être fatigué pour pas faire le ménage » ou « j’organise des activités cool le week end pour avoir la cotte et faire oublier que les moments chiants et les devoirs tous les soirs de semaine c’est maman qui s’y colle. »

            (Et déso pour le message trop long plus haut, j’ai pas réalisé sur le moment.)

    • « m’est avis qu’un jour quelqu’un a décrété que toute femelle serait coupable de tout ce qui peut déconner pour elle et/ou les autres y compris la grêle,  »

      Euh, oui, on appelle ça le mythe d’Adam et Eve ou celui de la boite de Pandore. Boite qui, je cite : « contenait tous les maux de l’humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion, l’Orgueil ainsi que l’Espérance. »
      Bref, Pandore première femme de l’humanité a amené TOUTES les calamités sur les humains… Donc oui, bien sur, tu es responsable de la grêle, naturellement, toi et nous toutes; les sales femelles…
      Tu ne pensais tout de même pas qu’on pourrait reprocher quoi que ce soit aux hommes ces êtres innocents et parfaits…

  8. Merci beaucoup pour ce témoignage et ces réflexions, je crois que tu as encore une fois à peu près tout dit ! :)

    A propos, plus particulièrement, de la difficulté, voir l’impossibilité de réagir au harcèlement et agressions sexuelles, je pense qu’il faut déjà tenir compte du mécanisme de sidération qui, devant la brutalité, la rapidité ou l’incongruité d’une agression (et ce quelle que soit son importance), paralyse littéralement la victime et lui ôte toute capacité de réaction, voir même de réflexion. C’est un phénomène qui concerne en théorie tout le monde, mais je pense ne pas trop me tromper en considérant que les femmes sont davantage victimes d’agressions que les hommes, ne serait-ce qu’en tenant compte de toutes celles que tu décris, quotidiennes, banales et pourtant (donc ?) rarement considérées comme telles. D’autant plus que ces agressions, qui ciblent spécifiquement les femmes, revêtent presque toujours une dimension sexuelle, ce qui accentue dans le ressenti de la victime (qu’elle soit ou non en mesure de percevoir cet implicite) le caractère violent et incompréhensible de ces actes, et donc leur impact traumatique. J’ai une amie qui m’a raconté s’être une fois faite agressivement apostrophée d’un « T’es moche ! » par un total inconnu, et qu’un autre avait, une autre fois, aboyé sur son passage.

    Sinon, pour mesurer le degré d’incompréhension de ce harcèlement par la société (et particulièrement par les hommes, évidemment), il suffit de se rappeler cette discussion sur Twitter, il y a plusieurs mois, autour du hashtag #safedanslarue (ou quelque chose dans le genre), qui évoquait les divers moyens mis en œuvre par des femmes pour se « protéger », de façon dérisoire, face aux potentielles menaces dans la rue et qui avait (un peu) débordée au sein de l’actualité généraliste : alors que le but de ces femmes était de montrer jusqu’à quel degré d’aliénation pouvait les conduire la peur (que celle-ci résulte de situations vécues ou bien, plus largement, de la culture du viol) au sein de l’espace public, la plupart des médias qui ont repris l’info l’ont interprétée comme une liste participative de « trucs » et « astuces », à destination de leurs lectrices, pour éviter efficacement les agressions…

  9. Tout d’abord, merci pour cet article, avec lequel je suis entièrement d’accord !
    Le harcèlement existe partout, mais varie en fonction des cultures. Chez nous en Europe du Nord, certains hommes peuvent devenir vraiment agressifs quand ils ont trop bu, même si le reste du temps ils ont un grand respect de l’espace publique. En Europe du Sud, la drague de rue est culturellement acceptée, et c’est déjà un problème en soi. Dans le monde arabe, où j’ai eu l’occasion de faire du tourisme, on considère que c’est honorable pour la femme de se protéger des regards masculins, et que l’espace public appartient à priori aux hommes. Bref, les cultures sont multiples, mais le problème est universel.

    @GUDULE : je voudrais vous dire que vous devriez arrêter de vous poser des questions sur votre beauté. Vous êtes apparemment très jeune, et je comprends que ces discussions vous laissent perplexe. Ce que j’ai remarqué surtout ici en France, c’est que le harcèlement de rue n’est pas forcément une question de beauté, dans la mesure où ce sont souvent les femmes qui correspondent aux critères habituels de beauté (minces au visage fin) qui en sont moins les victimes finalement. Celles d’entre nous qui entendent le plus de réflexions sont celles qui ont de gros seins ou des fesses rebondies, indépendamment de toute question de beauté, qui est une notion subjective et changeante. Sans parler des réflexions et insultes très sexuellement connotées qu’entendent les femmes obèses. Si ça se trouve, vous n’êtes pas moche, vous êtes plutôt perçue comme belle d’une manière classique, et c’est tant mieux pour vous.

    • Merci :)

      En réalité je ne suis pas vraiment en pleine réflexion sur mon physique , mais plutôt sur « qu est ce qui peut bien me pousser à me trouver moche Parce que je ne subis pas de slut-shaming dans la rue ?? »

      Je prends mon exemple Parce que je le connais et Parce que je le trouve d autant plus abberant que je suis féministe et que ce système me révolte.
      Du coup je comprends d autant moins comment cela se fait qu une partie de moi le prend comme modèle et que le fait qu aucun mec me propose de sucer dans la rue m’inquiète quant à mon apparence.
      C est totalement ridicule , j en suis consciente et j’essaye donc de comprendre quels mécanismes sociétals se cachent là derrière.

      Après c est vrai que je ne suis pas particulièrement sûre de moi ni rien et que ça n aide sûrement pas, mais je ne cherchais pas à être rassurée ici, je pense que ce n est pas le lieu (même si ça me fait chaud au cœur :) )

    • « En Europe du Sud, la drague de rue est culturellement acceptée, et c’est déjà un problème en soi. »
      Oo
      Franchement, les jugements à l’emporte pièce comme cela (je précise que je connais bien l’europe du sud; je ne sais pas ce qu’il en est pour le maghreb), ça me rend extrêmement dubitative…

  10. Effectivement, c’est choquant. Tout ce que tu racontes est terriblement violent, et choquant.

    Mais le plus choquant, c’est qu’il s’agit de l’expérience quotidienne de millions de femmes, et de filles (j’ai même eu envie d’écrire « fillettes »). Le plus horrible, c’est que je me suis reconnue à chaque phrase. Toutes tes expériences ont fait écho à chaque humiliation, chaque « commentaire » qui m’ont rabaissée, et bien fait sentir que je n’étais qu’un bout de viande indigne de considération, et devant se sentir flattée qu’un homme me désire assez pour aller jusqu’à me violer (véridique. On me l’a dit comme ça « Tu te rends compte, le mec, la force de son désir pour toi ? Il est prêt à se mettre en danger, à aller en prison tellement il ne peut pas te résister, c’est incroyable non? » Non. Ça me fait juste vomir.)

    Merci pour ce témoignage, merci pour ta colère, qui est légitime, libératrice même. Merci de participer à la déculpabilisation les victimes, qui en ont tellement besoin.

  11. Cet article est très intéressant, et il m’a permis de prendre encore un peu plus conscience de ce que le harcèlement de rue représente pour vous. Ceci dit, j’ai parfois l’impression (en particulier en lisant des commentaires comme celui de pupuce) que l' »homme cis hétéro » est dressé en une sorte d’ennemi ultime, qui regrouperait le profil de la quasi-totalité des hommes de la planète. Corrigez-moi si je me trompe, mais je ne suis pas sûr que le harcèlement de rue soit l’œuvre de la majorité des hommes, mais plutôt celle d’une minorité. Je ne m’avancerai certainement pas jusqu’à dire que la plupart d’entre nous se rend clairement compte du machisme ambiant. Mais ce n’est pas pour autant que nous passons tous notre temps à reluquer les passantes comme si elles étaient des bouts de viande ou à les siffler. A trop se concentrer sur certains comportements scandaleux, on en finirait par oublier ceux, nombreux, qui ne le sont pas.
    Loin de moi l’idée de vouloir jouer l’oppressé, mais à lire certaines féministes, on finirait presque par se sentir coupable des actions d’autres que nous ; même en faisant tout notre possible pour combattre le sexisme qui règne dans bien des esprits. Je pense qu’il faut mettre fin à toute stigmatisation d’un côté comme de l’autre si l’on souhaite une évolution positive des choses. Quand je vois des amies à moi se laisser convaincre que le féminisme est inutile, voire contre-productif, cela me laisse à penser que le problème est parfois assez mal traité, et que ce n’est pas seulement la faute des média qui grossissent le trait.

    Je voudrais aussi réagir par rapport à ce que dit Finlandaise1, comme quoi « les cultures sont multiples, mais le problème est universel », qui me semble ne pas être tout à fait exact. Je vis en Chine depuis quelques mois, à Shanghai plus exactement, et je n’ai encore jamais eu l’occasion de voir des filles/femmes se faire alpaguer (par des chinois ; les expats, c’est autre chose…) dans le métro ou dans la rue, ce qui m’a assez étonné. D’un autre côté, même si la femme est souvent celle du couple à s’occuper de la maison et des enfants, c’est tout de même elle qui porte la culotte en général, j’imagine que cela vient aussi de là.

    • Il ne sert à rien de dire que « tous les hommes ne sont pas comme ça ». Encore faut-il le prouver.
      En tous cas venir dire que « tous les hommes ne sont pas comme ça » est déjà faire preuve d’une étrange solidarité envers une classe de genre oppressive, alors que ce n’est pas le sujet ici, le sujet étant le vécu des femmes.
      Quand un homme vient me dire qu’il n’est « pas comme ça », par principe je ne le crois pas, puisqu’encore une fois il ramène la discussion à lui et refuse donc de faire preuve d’empathie outre mesure.
      Faut-il toujours tout ramener aux hommes? Pourquoi? Prouver que « tous les hommes ne sont pas comme ça » devrait commencer par arrêter de toujours ramener la discussion aux hommes.
      De plus quand je suis dans la rue je me fiche bien que « tous les hommes » soient comme ça. Pour les femmes, les hommes sont un peu comme des champignons: tu boufferais un champignon dans la forêt? Non. Tu ne sais pas lesquels sont vénéneux, donc te méfies. Un promeneur dans la forêt se méfie de tous les champignons (à moins d’être mycologue). Une femme dans la rue se méfie de tous les hommes. Et ceux qui ont l’air bon peuvent très bien être mortels (il parait que l’amanite phalloïde a très bon goût, un demi chapeau suffit à tuer un adulte).
      à ceci près qu’il n’existe aucun livre ou manuel ou formation qui t’aiderait à reconnaître les hommes dangereux des autres.
      Je veux bien accorder le bénéfice du doute à chacun, c’est ce que je fais en général, mais je ne me met pas en danger pour autant, et je ne fais pas dans l’angélisme.

      Et enfin, même si tu étais un gentil cèpe, je veux dire un très gentil garçon pas oppressif pour un sou (ce dont franchement je doute parce que venir ramener la discussion sur les hommes est déjà un peu oppressif en fait), tu as le privilège de marcher dans la rue sans te faire emmerder, donc il faut commencer par prendre conscience de tes privilèges, et ce genre d’articles peut t’y aider, si vraiment ça t’intéresse.

      • > Il ne sert à rien de dire que « tous les hommes ne sont pas comme ça ». Encore faut-il le prouver.

        Autant je comprends ton article, autant la réponse de ce commentaire est franchement insultant. On ne prouve pas son innocence, sauf dans les dictatures.

        Je comprends que ramener tous aux hommes peut agacer, mais en tant qu’homme se faire mettre dans le tas des Neandertal siffleur est aussi insultant. Et contre productif pour votre cause. « Les hommes » ne sentent plus concernés, mais accusés. Désolé d’encore revenir à eux, mais la moitié de la population l’est, à moins que ton blog leur est interdit.

        • Mon blog ne leur est pas interdit, en fait cet article leur est plus ou moins destiné.
          En fait, venir mettre le sujet des hommes sur le tapis est totalement incompatible avec l’affirmation « tous les hommes ne sont pas comme ça » du moins si l’auteur se range dans la catégorie de ceux qui « ne sont pas comme ça ».
          Tous les hommes n’ont pas un comportement d’oppression en permanence. En revanche les hommes dans le mouvement féministe ont souvent un gros souci en ce qui concerne l’exercice simple de rester en retrait et d’écouter ce qui se dit sans forcément intervenir et ramener la conversation à eux.
          Je vous assure c’est possible de juste lire, juste écouter, ou de participer à la conversation sans la ramener à soi. Ils peuvent le faire.

          • Je comprends le problème, mais utiliser le terme « homme » pour parler « d’agresseur », cela hérisse.

          • Les agresseurs ont un seul trait commun: ce sont des hommes.
            Les hommes, qu’ils soient ou non des agresseurs, doivent absolument avoir conscience de ça.
            Plutôt que de défendre « les hommes », pourquoi ne pas s’interroger sur ce qu’est la virilité dans notre société?

    • J’ai relu l’article (et les commentaires de pupuce), et j’ai du mal à voir ou est-ce que qui que ce soit a accusé l’ensemble des hommes d’être auteurs de comportements machistes. Donc c’est certains hommes mais pas tous. Ok. Personne a dit le contraire. Je comprend pas pourquoi à chaque fois que quelqu’un soulève le problème du harcèlement de rue, y’a un homme pour monter au créneau et dire que les vilaines féministes accusent le genre masculin dans son ensemble des agissement d’une minorité. Pourquoi vous vous sentez visé?

      • C’est clair que venir dire « PAS TOUS LES HOMMES » je trouve déjà ça suspect en fait
        Disons que oui je pense que tous les hommes ne sont pas des connards machistes, en revanche pour moi c’est clair que les 1ers à venir crier « pas tous les hommes » sont généralement les pires.

      • Je veux bien tenter de répondre à la question du « pourquoi vous vous sentez visés ? », bien qu’elle soit un peu hors sujet (mais pas tant que ça puisqu’elle revient). Je ne peux y répondre qu’en ce qui me concerne personnellement, évidemment.

        C’est assez subtil en fait, et finalement délicat. À la première lecture c’est le fond du propos qui me touche : le harcèlement de rue. Les exemples lus, la fréquence des situations, me révoltent et me dégoûtent. En même temps cela me renvoie, par je ne sais quel sentiment d’appartenance au « groupe masculin », à quelque chose de « sale ». Oui, je me sens sali par le comportement de certains (une majorité ?) de mes pairs et, sans que ce soit justifié, j’en ai honte. Il y a donc rapidement une confusion entre ce que je ressens du côté de celles qui sont harcelées (comme tout type de harcèlement) et ce que je ressens en étant « du côté des harceleurs » du simple fait d’être du même *genre* (gender). Comme je l’ai expliqué dans un autre commentaire, ça crée un parasitage dans mon esprit. Il suffit dès lors que je lise le moindre propos semblant généraliser (possible interprétation de ma part) les comportements totalement irrespectueux de ces homologues masculins pour me sentir englobé dans une masse dans laquelle, sur ce plan-là, je ne me reconnais pas du tout. Et là, réflexe défensif : j’ai envie de dire « hééé, mais tous les hommes ne sont pas comme ça ».

        Si j’en remets une couche ici c’est que lire que cette réaction est « suspecte »… ben ça m’écarquille les yeux. Parce que cette fois c’est ma réaction de dissociation qui semble me faire assimiler d’office aux « pires » harceleurs ! Autrement dit : plus je vais chercher à m’en dissocier plus je vais être considéré comme un des leurs ! Kafkaïen.

        Alors il vaut mieux faire profil bas et ne rien dire sur ce plan, comme il a été conseillé. Ce qui est finalement, j’en conviens, la meilleure solution ;)

        Encore une chose, qui me vient, à propos de l’empathie et de la compassion que je n’ai pas manifestée : difficile, là encore, en tant qu’homme (donc du « groupe oppresseur ») de m’exprimer sur ce plan là puisque je ne suis pas *directement* concerné (mais indirectement cela me touche fort). D’une certaine façon je me sens « exclu » du problème, en présence de femmes, du fait de mon genre puisque épargné. Mais j’ai probablement tort et je pourrais fort bien faire part de l’émotion suscitée… et tant pis si elle n’est pas admise comme « légitime ».

        Et puisque j’ai le micro j’en profite pour dire que ce n’est pas simple non plus, face à des mâles convaincus de leurs « droits et libertés », de tenir un discours défensif à l’égard des femmes. Les « mais c’est pour rire » et autres « mais ça ne la dérange pas puisqu’elle a souri », font vite passer pour un rabat-joie coincé (ce qui, en soi, ne me dérange pas mais montre l’échec de la tentative).

        Voila ce que je peux dire de ma position, en supposant qu’elle puisse apporter quelque chose. En tout cas ce que je lis ici m’apporte beaucoup.

        Merci.

        • Je sais que ce n’est pas évident pour les hommes de lire ça. J’en ai à peu près conscience (même si n’étant pas un homme, j’en ai peut-être qu’une idée un peu vague). Je me doute que ça doit renvoyer à des choses difficiles.
          Ce n’est toutefois pas une raison pour monopoliser le débat.
          Bien sur on peut en parler. Mais bon voilà. Je préfères d’ailleurs la façon dont tu en parles.
          Il y a une autre chose c’est la difficulté que tu exprimes à ressentir de l’empathie pour les femmes. Oui certes tu es un homme mais les hommes PEUVENT se mettre à la place des femmes. C’est juste très difficile pour eux, du fait de l’éducation et de la culture (j’ai d’ailleurs abordé ce sujet dans la post face que j’ai écrite pour le projet crocodile – et toujours à propos du projet croco, l’auteur dit, et c’est à mon avis crucial, qu’il faut lire ces histoires en s’identifiant aux femmes et non aux crocodiles, et je conseille vivement de lire ces BD et de les lire comme il le conseille).

  12. Petite question à l’auteure : j’ai l’impression que ce phénomène est souvent lié à certains grands centres urbains à la concentration de population et aux phénomènes associés. Est-ce que des gens vivants dans des petites villes ou à la campagne ont ce même genre d’impression, ou auraient des études/retours sur la question ?

    • Je pense que c’est comme ça dans les grandes villes, et pas dans les petits villages ou en pleine campagne. Par contre pour les villes petites et moyennes, je ne sais pas.

      • c’est exact, les comportements de harcèlement sont démultipliés dans les grandes métropoles…ça prouve seulement que le mâle moyen sait se tenir et qu’il ne se lâche avec des comportements de merde que quand il le peut sans prendre aucun risque social et parce qu’il le peut. uniquement pour cette raison…
        constat qu’on peut faire aussi en matière de violences genrées puisque la plupart des violences subies par les femmes leur sont assénées à leur domicile par des agresseurs connus d’elles, qui se sont sentis de passer à l’acte protégés par le huis clos comme d’autres se sentent d’un coup de harceler dans la rue sous la protection de l’anonymat des villes. la conclusion est claire: les hommes sont des connards quand ils peuvent se le permettre et parce qu’ils le peuvent, uniquement ça, toute femme dépourvue de protection momentanément ou en permanence fera l’expérience du connard. ce n’est guère rassurant. les partisans du « y’en a des bien » feraient bien de considérer ce point.

        • Exact, et d’ailleurs les mecs violents disent toujours des trucs genre « j’ai pas pu me retenir », « c’était plus fort que moi » etc… Alors ils peuvent pas se retenir chez eux face à leur femme ou leur gosse, par contre face à leur patron ou le flic qui leur colle une amende, ils arrivent à se retenir sans aucun problème.

        • > la conclusion est claire: les hommes sont des connards quand ils peuvent se le permettre et parce qu’ils le peuvent, uniquement ça,

          J’espère que vous vous rendez compte que ces généralités sont totalement insultantes pour eux qui font des efforts ? C’est du même niveau de dire que tous les arabes sont des violeurs, parce que l’un d’entre eux, l’est.

          • Les arabes sont un groupe opprimé, alors que les hommes sont un groupe oppresseur/privilégié.
            J’espère que tu as conscience de cette différence. ça rend ta comparaison peu pertinente.

          • La comparaison a tout de même une certaine pertinence dans le sens où chaque individu est plus qu’un représentant du groupe auquel il appartient. Je suis un homme blanc, à peu près cis et quasiment hétéro, donc ce serait assez malvenu de ma part de rejeter l’étiquette privilégié, mais le fait de me voir d’office classé comme un oppresseur parce que je suis né dans un groupe dans lequel je ne me sens même pas à l’aise, ça ne me semble pas très juste. Alors bien entendu, cette injustice n’a pas des conséquences aussi graves que celles que peut avoir la misogynie, le racisme, l’homophobie ou la transphobie, je reste un privilégié, je ne saurais sans doute jamais vraiment ce que ça fait d’être dans une position moins enviable, mais quand je lis des phrases comme « les hommes sont des connards quand ils peuvent se le permettre et parce qu’ils le peuvent, uniquement ça », je ne peux pas m’empêcher de lire « Tu es mauvais de manière inhérente, il n’y a aucun moyen pour toi de changer en mieux », ce qui va un peu à l’encontre de votre affirmation selon laquelle il faudrait mieux éduquer les garçons, puisque ce seront quand même des connards dès qu’ils le pourront.

            Alors vous pourrez toujours dire que je ne devrais pas dire « je » sur un sujet féministe et que le message ne m’était pas destiné, mais il me semble que lorsqu’on parle « des hommes », groupe dans lequel je suis inclus que je le veuille ou non, je suis aussi concerné que vous lorsqu’on explique c’est qu’est une fâme sur un forum de players.

          • Vous êtes pas capables de parler d’autre chose que de votre nombril? Vous avez toujours pas compris que « les hommes sont-ils mauvais ou gentils » n’était pas le sujet de cette note, ou c’est votre ego qui ne peut pas supporter qu’on parle d’autre chose?

          • Le sujet est intéressant et développé avec brio (quoique avec quelques redondances). Sur le fond le point de vue personnel est éclairant pour l’homme que je suis, par nature exempté de ce genre de harcèlement (mais pas ignorant de son existence pour autant, hein !).

            Par contre les « réponses » apportées aux rares hommes qui essaient de dire que certains propos sont stigmatisants pour le genre masculin me laissent perplexe. Se faire remballer sous prétexte que « ce n’est pas le sujet » me semble regrettable. Parce que le statut d’homme devient une partie du sujet du simple fait de leur stigmatisation abusivement généralisante.

            Oui, je sais, je suis hors sujet. Alors c’est peut-être qu’il est présentée de façon trop restrictive ;)

            Et ma remarque n’enlève rien au sujet principal, à savoir que les hommes qui se conduisent ainsi auraient bien besoin d’être « reconditionnés ». Au même titre que toute personne qui catégorise quelque groupe que ce soit, ce qui est malheureusement fréquent…

          • je sais que ça peut paraître agressif. mais pour comprendre ma réaction, il faut savoir que c’est absolument systématique, dans une discussion mixte, que les hommes fassent dévier la conversation sur eux. C’est même la raison principale pour laquelle il existe des réunions et espaces non mixtes: en espace mixte il est quasiment impossible de discuter des femmes et de leurs problèmes. En ce qui me concerne je souhaite que les hommes puissent s’exprimer ici. Mais j’aimerais aussi que la discussion ne dérive pas systématiquement sur les problématiques masculines. D’autant plus que j’ai aussi écrit des articles qui concernent les hommes et leurs problèmes. Je ne suis pas du tout fermée à la discussion sur ce sujet. Je voudrais juste qu’on puisse aussi parler d’autres choses.

          • ça ne vous parait pas intéressant, que tous les hommes qui commentent se contentent de prendre la parole pour « se’ défendre? Ce n’est jamais pour parler du problème de harcèlement, jamais pour dire « désolé que ça vous arrive, comment changer la société ?  » , jamais pour montrer du soutien . A chaque fois qu’un homme prend la parole , c’est pour dire que lui n’est pas comme ça , alors que clairement ce n’est pas le sujet . C’est toujours , toujours , pareil , sur tous les articles féministes , sur le viol, sur le harcèlement, sur la violence conjugale …. les hommes qui prennent la parole, la seule choses qui les intéressent, ce n’est pas ce que vivent les femmes , c’est l’image que l’on a de leur petite personne . C’est complètement égocentrique, et c’est désespérément sexiste . Alors oui ils se font envoyer chier . Pour montrer qu’ils ne sont pas pareil , ils pourraient tout simplement, pour une fois, se contenter de compatir , plutôt que de nous accuser de les opprimer .

          • Je comprends ce point de vue et votre agacement devant la répétition des interventions masculines en marge du sujet. Je le comprends d’autant mieux que, depuis mon commentaire, et grâce à votre site, j’ai découvert le « Projet Crocodile ». L’avant propos de l’auteur m’a instantanément convaincu. Je pense en particulier à ce conseil qu’il donne : « lisez l’album en vous identifiant aux femmes qui témoignent, pas aux crocodiles ». Phrase ô combien salutaire ! Et nécessaire, parce qu’il y a probablement un « réflexe » commun qui consiste à s’identifier spontanément au « groupe » auquel on appartient, même si on s’en différencie (surtout si on veut s’en différencier, d’ailleurs). Du coup ce premier niveau de lecture en mode défensif vient parasiter le sujet de fond, surtout s’il y a la moindre trace de généralisation dudit groupe. Pas sûr que ne ne soit qu’une question d’égo froissé… Se savoir faire partie d’un groupe dominant et oppresseur, quoi que l’on fasse, n’est pas particulièrement réjouissant :(
            Mais il faut savoir passer par dessus et continuer à agir « de l’intérieur ».

            Sur le fond je dois avouer que la mise en image des « Crocodiles » est très éloquente et fait froid dans le dos. D’avantage, pour ma part, que le film de Sofie Peeters, pourtant marquant. Puisse t-il faire réfléchir au delà des convaincus !

            Merci pour votre réponse.

          • juste une réaction à l’expression « faire un effort »: Parce que se retenir d’insulter une femme croisée dans la rue, c’est « un effort »????? Les hommes que je côtoie sont respectueux des femmes comme des autres hommes, et ce n’est pas « un effort » pour eux, ça ne leur viendrait tout simplement pas à l’idée de harceler quelqu’un de la sorte, ils ne pourraient je pense pas le faire même en se forçant. Non, ce n’est pas « faire des efforts » que de foutre la paix aux femmes que l’on croise dans le métro. C’est « naturel », cela ne nécessite pas d’effort à un homme « normal ». J’espère que c’est votre cas.

    • J’ai grandi à la campagne, et je suis allée au lycée dans une petite ville de 10 000 habitants. Je n’avais jamais fait l’expérience du harcèlement de rue dans ces contextes-là.
      Par contre, dès que je passais du temps en ville (« grande » ville de province, 200 000 habitants), j’ai fait (très) régulièrement l’expérience du harcèlement. Je pense que c’est vraiment un phénomène systématique dans les grandes villes, et en région parisienne d’après ce que je lis.

      C’est ce que je voulais aussi répondre à Gudule: moi aussi je pensais que personne ne m’alpaguait ou me matait parce que j’étais plus moche que les autres, jusqu’à ce que je me ballade seule en ville !

  13. Tout à fait d’accord avec l’article, surtout sur la prise de conscience.

    Depuis à peu près le même âge que celui que tu mentionnes (12 ans), on me traite de moche un peu partout. Des gens que je ne connais pas disent « berk » ou « oh la mocheté » comme ça, au passage. Parfois c’est plus théâtral, je me souviens par exemple d’un garçon qui avait pris la peine d’ouvrir la fenêtre d’un bus pour me crier au loin d’aller me cacher (que d’efforts pour faire passer son message). Il y a aussi toutes les petites situations qui deviennent des prétextes. Une bousculade et hop, un petit « qu’est-ce qu’elle a la moche ? », un air contrarié de s’être fait doublée dans une file d’attente et on me répond « quand on a une gueule comme la tienne on dit rien ».

    C’est si banal. Si ordinaire. Et je m’en suis tant voulue, d’être moche. J’ai longtemps pensé que j’incommodais les gens, que je devais vraiment les gêner pour que tant de personnes me renvoient à mon visage. J’évitais d’être regardée, dans les transports en commun je m’asseyais aux places les plus cachées, voire je ne m’asseyais pas parce que je préférais rester debout que de risquer un commentaire (du genre « j’aurais préféré une jolie voisine mais bon… »).

    C’est en m’informant sur le féminisme que j’ai soudain pris conscience que la totalité des personnes qui m’ont jugé étaient des hommes. Même en fouillant, il serait très difficile de retrouver un souvenir où c’est une femme qui m’a insulté. J’ai aussi pris conscience d’autre chose : ce n’est pas parce que je suis moche qu’on me parle comme ça, c’est parce que je suis une femme.

    Ma mocheté me regarde, j’ai le droit d’être moche en fait, ça n’appelle à aucun commentaire. Je ne pense pas avoir jamais blessé quelqu’un parce que je suis moche, par contre ça fait dix ans que je vois mon corps comme un boulet à cause des gens qui m’insultent.

    Mais j’en suis venue au même constat que cet article : je ne sais pas comment réagir à ça. J’ai beau avoir compris que je n’étais pas en tort, ça n’empêche pas les gens de continuer à m’insulter. Ça arrive par surprise, je n’ai pas le temps de réagir et puis de toute façon, il n’y a aucune bonne réaction possible. Et je ne vais pas aller me faire refaire la tête parce que des gens que je ne connais pas n’aiment pas mon visage…

    Aux moches et supposées moches qui passeraient dans le coin, n »inversez pas les torts. Si des gens trouvent judicieux d’insulter quelqu’un parce qu’il n’est pas assez joli à leur goût, c’est eux le problème.

    • ça me dépasse le degré de méchanceté dont peuvent faire preuve les gens . Vraiment désolée que tu entendes des choses pareilles . Je pense que tu as raison , c’est bien parce-que tu es une femme , tu aurais été jolie on t’aurai traitée de pute . ça ne va jamais, à chaque fois qu’un homme fait ça , c’est lui même qu’il tente de rassurer , il jauge son propre pouvoir , cette liberté qu’il a d’insulter , il joui de sa « force » de sa domination , de son statu de privilégié , de dominant . Lorsqu’ils font ça, ils nous utilisent comme objet pour réparer leur confiance en eux, et leur estime d’eux même , en sacrifiant la notre , bien sur , comme des vampires .

  14. Article édifiant. Bravo à l’auteure, je me rends compte, en tant qu’homme ‘qui se dit tolérant’, ‘ouvert d’esprit’, ‘pas machiste’ voire ‘avec les oppressés plutôt qu’ avec les oppresseurs’, que je suis hélas moi aussi le produit de cette infâme culture machiste… Je m’en rends compte peu à peu, moi l’homme qui essaie de se définir comme ‘nouveau’, et qui essaie de vivre en dehors des stéréotypes actuels admis de puissance, masculinité, compétition (etc.) que parfois, hélas je le redis, j’ai dû faire souffrir… De la façon dont vous le décrivez. Certes pas sur une gamine de 12 ans, mais parfois je ne voyais pas l’inconvénient de faire un discret compliment à un enfant femme que je trouvais belle. Je me rends compte, en avançant avec l’âge, ce que ces comportements ont pu générer de gêne, de peurs, voire de souffrance. Je me plais à dire que j’ai changé, que je suis plus dans l’empathie que centré égoïstement sur mes dévorant désirs.. Je souhaite sincèrement que ça soit le cas, vraiment, mais je suis effaré car je pense que pour ne serait ce que la majorité de mes amis, collègues, connaissances ces comportements sont bien intégrés… Ils font partie d’une normalité désolante, immense mais tellement ancrée que ça va être dur de changer les choses. En tout cas merci pour vos écrits et votre combat.

  15. Merci beaucoup pour ton article!

    Merci de m’avoir aidé à comprendre pourquoi je me sens toujours très mal quand je pense a une agression que j’ai subie il y a 5 ans. A 24 ans un homme de 50 ans attablé au restaurant avec ses enfants me suis aux toilettes et commence à se masturber par l’entrebâillement d’une porte lorsque je ressors des toilettes.
    Je m’en suis toujours voulu d’être remonté comme s’il ne s’était rien passé. Je n’ai rien dit non plus lorsqu’il est remonté et je pense souvent « J’aurais du… ». Et grâce à toi, je comprends que je me sens profondément mal car je me sentais inconsciemment complice de son agression. La victime qui porte la culpabilité…

  16. Un grand, grand merci pour cet article, que je viens de découvrir via le Plus. Moi qui suis d’une autre génération, je trouve formidable que vous (et vous n’êtes pas la seule !) vous révoltiez contre le harcèlement de rue, alors qu’il y a encore vingt ans, toutes les filles subissaient sans penser qu’elles pouvaient ne serait-ce qu’en parler. Il me semble que déjà, écrire, parler là-dessus, c’est une façon de ne pas être passive, et de montrer qu’il n’y a aucune normalité dans le comportement des harceleurs. Et ça peut aider les femmes à moins se laisser faire.
    Maintenant, comment faire pour qu’ « ils » comprennent ? Le problème, je crois, est qu’il s’agit souvent d’un problème de mauvaise éducation (dans tous les sens du terme : peu de temps passé à l’école, éducation inappropriée en termes de valeurs et absence de maîtrise des codes sociaux). Et ça, c’est dur de lutter contre et surtout, c’est long… Je suis sûre que beaucoup (pas tous, hein !) de garçons qui harcèlent ne sont pas, dans le fond, de mauvais gars, mais juste des garçons qui ne connaissent que des façons agressives d’entrer en contact.
    Par ce genre de posts, finalement, on ne touche que des hommes qui ne sont concernés qu’à la marge, comme Toff un peu plus haut qui n’est jamais allé plus loin qu’un compliment à des jeunes filles qu’ils ne connaissait pas (Monsieur, c’est bien d’avoir pris conscience que ça pouvait mettre mal à l’aise, mais si tous les harceleurs étaient comme vous, on en parlerait moins…)

    • > on ne touche que des hommes qui ne sont concernés qu’à la marge

      En tout cas, je comprends pourquoi une jeune fille souriante dans les transports en commun à Paris, vient forcément de débarquer de sa province, depuis quelques jours. C’est sans doute la seule fois que j’ai du discuter un peu avec une inconnue en 15 ans de métro.

  17. mauvaise éducation? trop peu de temps passé à l’école? laissez moi rire, mon premier tripoteur harceleur dans le bus avait dans les 85 ans quand j’en avais 12, il était de la génération du certificat d’études et des coups de règle sur les doigts, difficile de faire plus strict, comme base. si seulement c’était un problème d’éducation, un ensemble de cas particuliers! ce serait facile, on n’aurait qu’à les trouver et vlan la baffe éducative, tiens.
    de même si les seules femmes harcelées étaient les porteuses de minishorts de moins de 20 ans correspondant bien aux canons de beauté en vigueur bien sûr il suffirait d’être hors des normes de beauté ou de ne pas porter de minishort jusqu’à avoir passé l’âge de se faire emmerder. sauf que non. les femmes qui se font harceler dans la rue sont jeunes vieilles grosses minces belles moches, en robe de bure ou en minishort…et nous avons toutes essayé toutes les stratégies d’évitement possibles imaginables et toutes conclu qu’en fait pour avoir la paix il faudrait juste ne pas exister, ce qui est un peu pénible à mettre en oeuvre.
    c’est ballot ce n’est pas un problème de cas particuliers de types mal élevés et de filles audacieuses qui se croisent, il va falloir aller plus loin.
    c’est un problème sociétal, les harceleurs des rues sont de tous milieux tous âges toutes éducations, leur seul point commun est d’être des hommes dans une société profondément sexiste. les femmes harcelées sont de tous milieux tous âges tous profils sociaux, leur seul point commun est d’être des femmes seules dans l’espace public d’une société profondément sexiste.
    en matière de harcèlement de rue comme en matière de violences conjugales et autres joies de la vie de femme française, il est temps de sortir de l’individualisation et de la psychologisation du problème. non ce ne sont pas des cas particuliers, non ce ne sont pas des gens particulièrement ignares ou des fous isolés, non leurs victimes ne sont ni plus provocantes ni plus faibles que les autres, personne ne se balade avec un fusil à balles de sexisme dans une main d’un côté et personne ne se balade avec une cible à sexisme dans le dos de l’autre.
    ce sont des comportements sociaux et comme tous les comportements sociaux ils relèvent de rapport de forces pré-établis et d’opportunités bien plus que de motivations personnelles. il faut donc tout autant aborder le sujet avec les soi disant mecs bien bien éduqués qu’avec les soi disant brutes épaisses semi-sauvages, et le problème s’arrêtera quand plus personne ne trouvera les comportements incriminés normaux ou acceptables pour quelque raison que ce soit ni publiquement ni en huis clos. autant dire qu’y’a du boulot…

  18. Bonjour,

    Concernant la question d’être  » belle  » ou  » moche « , j’aimerais apporter mon témoignage…

    Lorsque j’avais 13-14 ans, j’ai été victime d’harcèlement à l’école, parce que paraît-il, j’étais moche. Cela m’a rendue très malheureuse, tandis qu’à la maison je subissais le comportement incestueux de mon père. Cela peut paraître fou, mais j’ai supporté ce comportement parce que c’était la seule façon d’exister au yeux de mon père, et de me sentir aimée. Je n’en souffrais donc pas, et j’étais donc rassurée et fière de plaire à mon père.( C’est après que les problèmes sont venus, quand il m’a fallu avoir une vie sexuelle avec d’autres ) Parallèlement à cela, j’avais très peur de ne pas trouver de  » petit copain « , car au fond je ne pensais qu’à l’amour avec un grand A, celui qui n’existe pas.

    Ensuite vers 15-16 ans, j’ai commencé à copier le style de ma soeur, j’ai perdu du poids. Les regards dans la rue ont changé sur moi. Et j’ai été victime du harcèlement de rue, mais j’ai adoré ça. On ne se moquait plus de moi, au contraire je plaisais. J’étais le genre de fille qui ne disait pas non. J’ai donc vite été considérée comme une  » salope « . Cela me faisait souffrir. Je ne comprenais pas qu’on puisse mépriser, voir haïr celles qu’on désire.

    Ensuite, je me suis stabilisée. Encore aujourd’hui, lorsque je me fais harceler en rue, il m’arrive d’être trop gentille avec les mecs, et de ne pas poser mes limites… Je suis flattée à chaque fois, même si on m’insulte, si j’ai peur, ou suis énervée…

    J’ai pris conscience que je suis aliénée , j’ai appris à construire et à ressentir ma féminité dans quelque chose qui me détruit et me vide, et non dans quelque chose qui me construit, me structure, et me remplit !

    Ce que je veux dire c’est que, je crois, comme l’auteur Nelly Arcan, que la beauté c’est une drogue, et que ça met les femmes  » à l’abri  » de toutes les révolutions, puisque si on passe son temps à essayer de se faire belle, et d’être centrée sur ça, on n’est privée de liberté…

    J’aimerais qu’on trouve une manière pour les femmes ci hétéro de ne pas être dépendante du regard des hommes… C’est une terrible aliénation aussi. ça nous pousse à accepter les pires des humiliations comme si c’était des compliments !

    Etre considérée comme belle ou moche ne sont que les deux facettes d’une même pièce… Et c’est parce que les femmes sont considérées comme des vulves sur pattes qu’on se permet de les emmerder partout où elles ne sont pas chez elles, donc dans la rue.

    • Tu met le doigt sur un truc important et douloureux c’est que les femmes sont éduquées de telle sorte que l’attention et la validation masculine peuvent être vécue comme rassurantes, voire indispensables.
      Bien sur dans les faits c’est très compliqué et variable d’une femme à l’autre mais en tous cas je pense que c’est une forme d’aliénation très perverse

      • on est élevées comme du mobilier, pas comme des humains. une lafâme ça appartient à tous ou au moins à quelqu’un en particulier, et tout le monde doit avoir un avis dessus, qu’il est libre d’exprimer (dès la naissance, tu seras qualifiée de jolie ou pas, alors qu’un enfant garçon sera qualifié par son comportement supposé, joueur, rieur, capricieux, colérique etc). il n’y a pas d’indifférence à l’objet lafâme, ça plaît ou déplaît mais tout le monde a son mot à dire et à LUI dire. jamais aucun homme ne se fera arrêter dans la rue en allant au pain au motif d’une critique de son vêtement ou de ses cheveux, nous c’est permanent. une lafâme seule sans propriétaire attitré et ostensible dans l’espace public est l’équivalent du mobilier urbain, donne ton avis pose ton cul dessus colle ton chewing gum mets-y un tag…et pire, lafâme d’un lemâle devient juste l’équivalent de son canapé, présentable montrable éventuellement confortable aux amis qui peuvent tranquillou donner leur opinion (« elle a grossi depuis le bébé, dis donc ») option passage aux objets encombrants quand une qualité de ta jeunesse vient à s’étioler. la réification est totale.
        certains hommes se plaignent parfois, en réponse à nos dénonciations de cet état de fait, de l’indifférence dont ils font l’objet…je crois pour ma part que beaucoup de femmes adoreraient pouvoir compter sur l’indifférence du monde quand elles sortent de chez elles. vraiment. aller au pain ou ailleurs dans quelque tenue que ce soit en faisant la gueule qu’on a en regardant exactement là où nos yeux se posent en sachant que personne n’en a rien à foutre et que personne ne fera attention, ne dira rien ni ne concluera quoi que ce soit, c’est un rêve de femme. même les femmes politiques ne peuvent pas espérer paraître/ prendre la parole en public sans entendre parler de leur physique ou de leur tenue.
        pour moi c’est pas une aliénation que d’en tenir compte dans un sens ou un autre au cours de sa vie de femme, c’est juste exercer le peu d’agentivité qu’on nous laisse comme on peut en fonction des périodes de la vie et du contexte propre à chacune. accepter le terme d’aliénation c’est encore laisser la part belle au dominant, je préfère la notion d’agentivité, aussi difficile à assumer soit-elle par d’autres femmes, ou par soi même à d’autres périodes. socialement ils font ce qu’ils veulent et nous on fait ce qu’on peut, mais on n’a pas plus à douter de soi, de ses capacités de sa lucidité ou de son agentivité individuellement qu’un homme. j’ai été une ado hyper sexualisée à une période et je ne dirais pas que j’étais aliénée. j’étais simplement agent de ma construction avec mes moyens dans un contexte imposé. puisque je devais de toute manière encaisser l’avis d’autrui je voulais qu’il soit positif au regard de ce que le monde décrétait positif, parler d’aliénation dans ce cas comme dans son opposé (l’ado cachée dans le grand pull pour tenter de passer inaperçue, la femme cachée derrière un voile, cette recherche de l’indifférence à laquelle les hommes ont droit par défaut, eux) ce serait encore du victim blaming. je crois fermement qu’on fait juste toutes ce qu’on peut en fonction des périodes contextes et forces en présence.

        • Lorsque je vois des hommes à la télé, ils sont chaufs, bedonnants, pas à leurs avantage, et tout le monde s’en fout !

          Les femmes par contre sont le plus souvent des bombasses, même lorsqu’elles sont intelligentes…

          Pourquoi ? Pourquoi devrait-on tout le temps être jolie, sachant qu’en plus être jolie nous met en danger ?

          C’est sans fin, je ne vois pas quelle voie prendre à part oser s’en foutre !

      • Oui, c’est une domination insidieuse et souterraine… et ça ne concerne pas juste notre beauté. Je crois que cette domination est d’autan plus perverse que les femmes s’y soumettent avec un consentement, dans la peur de déplaire… Il me semble que beaucoup de femmes n’osent pas être féministes par peur de déplaire aux hommes, de les perdre, avoir les hommes comme complices c’est précieux… Mais c’est une illusion ! Cela a un prix…

        Dès qu’on élève un peu le ton, nous sommes  » castratrices « . C’est comme si toute notre vie ne devait tourner autour de ce maudit phallus lacanien… C’est vraiment très entravant…

        Car au fond on ne peut pas s’épanouïr, on ne peut pas être soi, on doit tout le temps plaire, c’est notre destin, sachant que plaire peut-être extrêment désagréable, et déplaire… une tragédie… me libérer, pour moi, ( à mon échelle ) , se serait essayer de me libérer de ça…

  19. AAAAH mais putain mais TELLEMENT MERCI ! <3 <3 <3 Ce que tu écris, avec tant de justesse et de rage, c'est trop moi. Et je sens qu'on est pas les seules… La parole se libère….et beaucoup de mecs tombent de haut….

    En te lisant, quand tu parles des premières fois où te fais agresser, à 12-13 ans, je me suis vue, moi aussi, d'autant qu'on a grosso merdo le même âge.

    Mal dégrossie, encore un peu enfant dans ma tête, clairement pas mature, je portais des petits top à bretelles Elite Models, qui montraient le nombril (c'était vachement à la mode), et j'avais pas conscience de ce que ça pouvait bien faire chez les autres ; je faisais ça parce que mes copines aussi, au fond. J'avais de tous petits nichons, et je me mettais du gloss rose de chez Bourgeois, ça allait pas plus loin (et quand bien même….). Je faisais ça parce que je lisais OK podium, j'écoutais en boucle la BO d'Aladdin, j'adorais Karen Mulder et Kate Moss et j'écoutais les Backstreet Boys. Voilà pourquoi.

    J'étais, comme beaucoup de "petites" filles, dans une culture qui nous disait que c'était bien de porter ce genre de chose, cette culture girly où les conseils des magazines allaient de "comment mettre son eye-liner" à "premier baiser : que faire ?". Et que si les mecs de nos âges étaient un peu pénibles, c'était normal. Alors me poser des questions sur les vieux malades mentaux de 20-25 ou 30 ans et plus qui me sifflaient ou voulaient me parler ? Tu parles ! J'étais à des années lumières de savoir ce qu'ils voulaient.

    Quand j'y repense à chaque fois, je me dis que c'est SUPER GLAUQUE putain. Les mecs ils ont l'âge d'être mon père ! C'est pas possible quand même…. Franchement, ce sentiment de rage et d'injustice, encore aujourd'hui, je l'ai dans les tripes, j'ai envie de tout casser tellement c'est anormal. Et c'est toujours NOUS qui devons culpabiliser et faire attention…. C'est dégueulasse. Juste dégueulasse.

    Quand on me parle d'habits qu'il faut porter ou pas, ça me fait toujours rire. Si c'était vrai, alors le viol et les agressions sexuelles n'existeraient pas en Iran ou en Arabie Saoudite. On se fout de nous !

    • J’ai eu une discussion avec un journaliste de quarante ans qui n’arrivait pas à comprendre le truc tellement simple que tu expliques : non une gamine qui se fait belle ne le fait pas pour plaire aux hommes . Impossible de le lui faire admettre, pour lui si elles se font belles, s’est pour plaire, donc pour les séduire , et donc il est légitime qu’ils soient séduit . Pour info la conversation était partie de l’affaire de viol de Polanski qu’il défendait bien sur . Voilà où en est un homme de 40 ans ayant fait normal sup. Cette anecdote montre bien à quel point il s’agit d’un problème systémique , les hommes sont encouragés à croire que les femmes et petites filles n’existent que pour eux , n’agissent que pour eux .

      • Voilà encore une vieille croyance que je viens d’abandonner. Je m’explique: je pensais il y a encore un quart d’heure que le fait pour une femme de s’habiller sexy était une sorte de provocation. Entre temps j’ai lu l’article (mais peut-il y avoir de chose plus moche que d’être harcelé de la sorte dans la rue et ce de manière imprévisible, un cauchemar…) et également un article bien fait sur la culture du viol. Bref je fais mon mea culpa (c’est le premier peut-être d’autres suivront) en fait nous réagissons très mal à la vue de votre corps si il est un tant soit peu exposé. Encore que est-ce mal de désirer une femme parce qu’on la trouve belle? Il y a j’en suis conscient une sorte d’objectivation de la femme à ce moment là; par contre aucune volonté d’humiliation. Ne peut-on dissocier le désir d’un corps d’avec le respect de la personne qui l’anime?

        • Tu poses une question compliquée. Oui, je pense qu’il y a une forme de réification (objectivation) dans le désir masculin, très souvent. Mais ce n’est pas du tout quelque chose qui va de soi, qui vient de nulle part, comme ça. C’est culturel, c’est le résultat de tout un conditionnement sexiste. Donc c’est bien d’en avoir conscience, car en effet ce n’est pas une volonté consciente de transformer l’autre en objet, au contraire c’est le résultat d’un biais culturel inconscient qui voit en fait déjà l’autre comme objet. Sortir de là nécessite, à mon avis, de prendre conscience du fait qu’en nous-même, de par notre éducation, nous voyons les hommes plutôt sujets et les femmes plutôt objets (et donc y compris soi: les hommes se perçoivent eux-même plutôt comme sujet et les femmes plutôt comme objets, bien que ce dernier point puisse sembler paradoxal). Et non c’est pas totalement incompatible avec le respect de la personne de la regarder avec du désir, même réifiant. Le problème c’est que ça va plus loin que ça, on ne fait pas que regarder les gens, et je pense que cette forme de désir (car il en existe d’autres) se perçoit dans certains de nos comportements, même si souvent à notre insu. L’idée n’est pas de se flageller, mais de trouver d’autres modes de pensée et d’autres modes de désir, d’autres façons de voir, de ressentir, d’aimer. Je ne sais pas si on peut totalement s’extraire de la culture du viol, mais on peut essayer.

  20. Tout à fait, ça semble difficile de faire semblant de croire que c’est le fait de quelques cas marginaux, quelques hommes mal éduqués ou méchants, quand on est, rien que sur ce blog, déjà si nombreuses à cumuler les années d’oppressions, cela peut commencer dès l’enfance dans la famille (différence de traitement marquée frères/ soeurs), puis ça s’empire au collège et au lycée, les agressions physiques, les humiliations, parfois les coups, puis ça s’étend dans l’espace public, puis quand vient l’âge de l’autonomie on cherche à nous atteindre jusqu’à nos propres habitations (personnellement, j’ai dû déménager à plusieurs reprises à cause de harcèlements ou de tentatives de viols de voisins), non vraiment, croire que ce n’est pas un fait de société, c’est de la mauvaise volonté.

    Le pire c’est qu’on cherche toujours à justifier les agresseurs « mais ils étaient bourrés » « mais ce sont des marginaux », « mais il était seul et malheureux » « ça devait être un fou », et toujours à minimiser le vécu des femmes harcelées/agressées avec des réflexions du genre »t’exagères, c’est pas si terrible »; « c’est parce que tu es célibataire, c’est normal, ça attire les pervers » ou « tu ne t’affirmes pas assez » « tu es sûre ce n’est pas de ta faute? ».

  21. Merci pour cet article, ça ne doit pas être évident de parler d’un tel sujet vu la charge du vécu. Je partage tout à fait l’avis d’éduquer les jeunes garçons à ne pas harceler. Le conditionnement commence si jeune et est tellement minimisé.(A titre personnel, ma soeur est intraitable avec mon neveu à ce sujet, du coup il à intégré jeune la notion de respect et ne cherche pas à être un garçon dans son comportement avec toute la toxicité qu’on connait à ces injonctions. Et du coup il est quasi perçu avec inquiétude par d’autres parents comme un futur homosexuel (Non pas que cela poserait un problème en soi dans notre famille), que les gens peuvent être cons.

  22. Merci pour cette article.
    Il fait echo a une la discussion que j’ai eu récemment avec une amie de longue date qui m’a raconté son expérience du harcèlement.
    Avant je pensais que c’était quelque chose de rare, tous simplement parce que je ne le constatait pas dans mon cercle de connaissance.
    Après ça j’ai compris que c’est juste que les femmes que je connais n’ose juste pas en parler.

    Je me suis sentit trahit. Parce que justement j’ai été injuste sur ce sujet simplement parce que je tirais des conclusions sur ma perceptions qui est erroné.

    Donc si, il y a un truc que vous pouvez faire. Parlez en.

  23. Merci pour l’article.
    Etant un homme, mais pédé (et pas « visible »), j’avoue que j’avais jamais trop pris conscience de ce problème avant de lire ton blog et d’autres articles récemment. Enfin, je savais vaguement que ça existait mais pas jusqu’à quel point ça pouvait aller, ni à quel point ça arrivait tout le temps partout. Logique, j’avais jamais été impliqué ni d’un côté ni de l’autre.

    Et ça permet de prendre conscience qu’on est privilégiés de pas avoir à subir tout ça, de pas être une femme (ou même une « folle » ou un mec « efféminé » -j’aime pas ce mot, pour moi « efféminé » ça me fait penser à la pub Décolor Stop avec la couleur qui tâche le blanc, mais bref c’est pas le sujet).

    Et oui, évidemment, j’approuve l’idée que il faut éduquer les enfants (des deux sexes) au plus tôt sur ces questions-là.
    Du coup je suis assez pour qu’on parle de genre à l’école primaire. Parce que, comme tu l’as dit, même les meilleurs parents (et le plus souvent il s’agit de mères) ne peuvent pas faire grand chose si le monde entier fait passer le message contraire, et en plus, souvent les parents sont eux-mêmes pétris de la mentalité qu’il faudrait chasser (normal puisqu’on y baigne tous du berceau jusqu’à la tombe). Donc, histoire de casser le cycle « les parents refilent cette mentalité à leurs gosses, qui grandissent et font pareil… », j’aime l’idée que l’école s’en mêle. Parce que si on laisse les parents seuls face à ça, on y arrivera jamais. Après, je suis pas naïf au point de penser que ça règlerait tout instantanément, mais déjà ça peut vachement aider.
    (j’aime moins le fait qu’on a tendance à plier et à reculer sur ce genre de sujets pour pas froisser certains…)

    (et merde, du coup j’ai l’impression de confirmer le post d’Alexandre sur le lien entre les LGBT, la théorie du genre et ce sujet -manquerait plus que les franc-maçons en fait). Tant pis.
    Puis, on m’ôtera pas de l’idée que tous ceux qui poussent des hauts cris -y compris un pote qui correspond pile au « gentil mec de gôche qui joue vaguement de la guitare »- sur la « théorie du genre » (comme si c’était une seule théorie monolithique…) à l’école, au fond, malgré tous les prétextes avancés (« c’est un sujet de société on a d’autres problèmes », « c’est trop tôt pour parler de ça aux enfants », et là c’est juste les plus soft), ils ont juste pas envie de voir la répartition genrée des rôles (et l’oppression qui va avec) disparaître.
    Morano, au moins, elle a le mérite de la franchise, quand elle dit « je veux pas qu’on dise à mes enfants que « Papa porte une robe » ».

    (désolé c’était un poil HS)

    • En même temps la parano autour du « lobby LGBT » et de la « théorie du genre » c’est bien un mouvement réactionnaire qui vise justement à ne pas remettre en question nos normes de genre et donc, entre autres, à continuer d’exercer l’oppression contre les femmes et contre certains hommes. Que ce soit la peur de circuler simplement dans la rue et même pour certain-e-s la peur d’exister. Tout ça est maintenu par ce mouvement réactionnaire type manif pour tous etc…
      Je fais pas passer tous les commentaires ici, mais plein de mecs viennent défendre le « droit d’aborder des femmes dans la rue » ou le « droit de draguer dans la rue » en m’accusant de vouloir détruire les valeurs de la masculinité, de vouloir « féminiser les hommes » et autres conneries. Ils n’ont bien sur pas entièrement tort sur un point prévis: je m’attaque à la masculinité (classique, traditionnelle, et non pas aux diverses masculinités que chacun peut s’inventer), puisque c’est ce qui provoque ce genre de problèmes. Je ne peux pas le nier.
      Donc bien sur qu’il faudrait parler du genre à l’école. Il n’est jamais assez tôt, puisque c’est très jeunes que les enfants commencent à intégrer l’idée qu’il existe 2 genres et à s’en approprier un… On les pousse à faire ça, et il ne faudrait jamais leur en parler, jamais leur donner le moindre recul sur ça?

  24. Merci pour cet article qui répond en partie aux questions que je me pose pour « plus tard », papa que je suis d’une petite fille de quelques mois.
    Néanmoins, même en faisant tout ce qu’on peut pour changer l’éducation des petits garçons, il faudra du temps pour que les mentalités changent (on parle généralement de 10 ans pour un sujet où les pouvoirs publics sont décidés à mettre le paquet, alors imaginez pour un sujet dont ils n’ont cure)… Et pendant ce temps, ma fille sera adolescente, puis adulte. Il me semble qu’il lui faudra quand même des « armes » pour essayer de se défendre face à ses situations. :-/

    • Bonjour,
      Si je peux me permettre, et sans vouloir vous décourager, vous allez pouvoir expérimenter les réactions de gens face à votre fille bien avant qu’elle soit ado.

      Entre la nounou qui fait « ô la jolie princesse » dès qu’elle est en rose (mais pas autrement), les amies/voisines/puéricultrices qui la prennent pour un distributeur de bisoux aux autres mômes, ceux qui font « ô les amoureux ».. etc.

      Plus le fait que vous ne saurez pas forcément comment réagir, ou que vous n’oserez pas le faire…

      • En plus, même si on réagit par rapport aux remarques particulièrement sexistes (ce qui en soi n’est pas évident), on ne peut pas faire grand chose contre le fait que l’enfant sera considéré différemment en fonction de son sexe et qu’on lui parlera différemment. Par exemple on dira plus à une fille qu’elle est jolie. Tu ne vas pas reprocher aux gens de dire que ta fille est jolie. Tu ne sais même pas ce qu’ils diraient si elle était un garçon. Peut-être qu’ils diraient la même chose. Probablement pas. Bref c’est subtil et c’est compliqué. Et que dire de l’identification des enfants aux personnages fictifs ou aux adultes/enfants plus âgés…

        • Perso je préfère qu’on dise qu’elle est éveillée…

          Ma copine et moi avions caché le sexe au moment de la grossesse (nous le connaissions mais pas la famille): nous avons pu constater un changement notable des attitudes de nos proches entre avant/après l’accouchement. Du style la »je change mon cadeau de naissance parce c’est pas un garçon ». Curieusement les seuls qui s’en foutaient étaient les parents et frangins.

          Le gros souci de cette approche « laissez-faire », c’est que les études faites que j’ai pu voir montrent généralement que les stéréotypes sociaux liés au genre sont acquis entre 0 et 3/4ans. Après quoi c’est bcp plus difficile. C’est une des raisons pour lesquelles je suis pour les ABCD (même si c’est au primaire) et la scolarisation précoce: même imparfaite par rapport aux familles les plus sensibles, c’est mieux que de mariner dans certaines ambiances sociales pour la très grande majorité des gens. Et on a la ressource de mieux former les personnels de petite enfance à ces enjeux, donc un moyen d’action (chose que je trouve malheureusement souvent absente des tribunes féministes lisibles sur le net: je veux bien « déconstruire », mais en pratique on fait comment et on dit quoi.)

          • J’étais en train de corriger une phrase quand c’est parti:
            donc lire:
            « du style la cousine qui change son cadeau… »

  25. A la lecture de certaines interventions je ne suis pas sûr que de refiler l’épineux problème, la patate chaude de l’éducation des jeunes garçons, à l’école et à l’éducation nationale soit la seule solution. Ça serait un bon début certes, mais c’est tout le modèle de société qui est à revoir. Et l’éducation des parents la dedans, par exemple ? Si on commençait par interdire cette horreur qui sert à décérébrer qu’on appelle ‘TV’, quand on voit les émissions justifiant toutes ces oppressions… Et la pub, les magazines soi disant ‘feminins’, et toutes les âneries de du même tonneau (les jouets pour filles…. Pensez y bientôt c’est la fête du business, c’est noyeeeelll).

    Ce que je veux dire c’est que le modèle de société entier est à revoir, si on se place sous l’angle de cette belle société de consommation. L’oppression naît et perdure dans les intérêts bien compris de certains… Et surtout que rien ne change !

    • Il s’agit pas de « retirer la patate chaude aux parents », mais au mieux, de compléter le job que les parents font, quand ils le font. Et au pire, de le faire à leur place, oui.

      Parce que même des bons parents, bah, ils sont pas forcément totalement conscients (ou conscients du tout) du problème. Normal, puisqu’ils ont été eux-mêmes baignés dans l’idéologie dominante (fille habillée en rose qui joue à la Barbie, garçon qui joue au foot et va au service militaire, etc), et éduqués comme ça par leurs propres parents.
      On peut pas demander là tout de suite aux parents de ne pas transmettre ça à leurs enfants quand EUX-MÊMES en sont encore largement victimes. (et pas exclusivement les parents de milieu conservateur, même chez beaucoup de gens plus à gauche).

      Par contre, on peut espérer qu’à force de combattre ça (par l’école mais aussi ailleurs), bah les générations d’enfants actuelles et à venir soient de moins en moins intoxiquées, et donc éduquent correctement leurs propres gosses plus tard sur le sujet (comme tu y appelles).

      Ceci dit, pour le reste, je suis totalement d’accord. Evidemment, le problème c’est pas que les parents, c’est aussi les pubs, les BD, les films, le reste de l’entourage, les magazines « féminins » (ou masculins, d’ailleurs)… Donc, ouais, tout est à revoir en effet. Ça commence, timidement, au niveau des pubs (même si beaucoup -voire la majorité- sont encore rétrogrades).

    • Comme si les filles avaient une bonne estime d’elles même avant instragram.
      Comment taper sur un outil pour ne pas se rendre compte que c’est un problème de société et non pas de technologie.

  26. Mon1er souvenir de harcèlement: J’ai 11 ans je suis dans bus bondé pour aller à l’école et un homme se colle contre mes fesses, je suis gênée je me décale légèrement. A ce moment je ne pense pas à mal. Mais il suit mon mouvement, il reste collé a moi. Et ce sera ainsi pour le reste du trajet. Je me sens honteuse, je sais pas quoi faire, j’espère que personne ne s’en compte.
    J’ai 13 ans, Je suis dans un bus un homme se colle contre moi, je me décale, il me suis. Et là …..je lève haut mon pied et lui écrabouille le sien avec ma grosse godasse militaire. Pourquoi moi ? J’imagine mon jeune âge, parce que c’est pas mon look de l’époque qui dégageait une aura féminine.
    J’ai 14 ans, toujours un look destoy, un type me colle dans un bus, et là à haute et intelligible voix je lui demande si il pense continuer encore longtemps a me coller. Il est descendu à l’arrêt d’après. (1 victoire).
    Le harcèlement verbal, j’y ai eu droit aussi. J’ai choisit la méthode  » je les ignores », De mon adolescence a mes 25 ans, des réflexions d’hommes en groupe, sur mon look pas sexy, des sifflements les fois ou je suis habillées plus féminine, des moqueries quand je suis habillée comme un sac de patate.
    De 25 à 35 ans, c’est arrivé moins souvent, Parfois, la réaction des hommes à mon indifférence a leur « drague » c’était de me lancer un « gouine » ou « brouteuse ».
    Comme je suis plutôt musclée et avec des tatouages, les harceleurs se consolent en se disant que si je ne suis pas sensible à leurs charmes c’est évidement parce que je suis lesbienne.
    J’ai maintenant 39 ans, et le harcèlement de rue est devenu très rare. Il faut aussi dire que j’habite a la campagne, vais très peu en ville et ne sort plus en boite. Mon dernier vécu de harcèlement date de 2013. Je suis a Marrakech avec une amie, 3 hommes nous interpellent, on ne réagit pas, l’un d’eux s’avance vers nous, je lui demande de nous laisser et on continue à avancer. Il réagit en ricanant et en lançant  » lesbienne…c’est ça hein! lesbienne!  »
    Au secours….la bêtise humaine fait vraiment craindre pour l’avenir de l’humanité.

  27. En tant que père d’un garçon et de deux filles arrivant à l’adolescence, le sujet me touche.

    J’ai l’impression qu’une vraie évolution sera possible dans les mentalités masculines le jour où les pères, par leur exemple, feront prendre conscience à leurs fils qu’être un homme n’a rien à voir avec ces idées de domination, de violence, de prédation, de compétition…

    Je crois fort aux vertus de l’exemple et, pour ça, le jeune garçon a besoin d’hommes de référence. La participation active et consciente des pères est donc nécessaire. Mon fils voit comment je suis avec sa maman ou avec d’autres femmes.

    Un jeune garçon idéalise son père, vu comme « l’homme » par excellence. S’il voit que cet homme fait de son mieux (je n’ai pas dit qu’il était parfait…) pour tisser des liens respectueux et bienveillants avec les femmes, valorise d’autres qualités que celles de la traditionnelles virilités, ne voit pas les relations hommes-femmes comme un rapport de force…, il intègrera plus facilement l’idée qu’objétiser une femme n’est en rien inhérent au fait d’être un homme et, surtout, n’est en rien un facteur de virilité.

    Après, peut être le meilleur service à lui rendre (et qui bénéficiera par ricochet à son entourage actuel et futur) est de lui donner quelques clés pour être heureux et épanoui dans sa vie affective. Peut-être me trompe-je mais il me semble que la propension au harcèlement et au dénigrement est souvent proportionnelle au degré de frustration et de carence affective dans sa propre vie. Ce qui ne justifie bien sûr pas le harcèlement, étant possible d’exprimer ou d’évacuer sa frustration autrement qu’en agressant les autres…

    Pour mes filles, je tente de les accompagner vers l’amour d’elles-mêmes et suffisamment de confiance en elles pour qu’elles soient le moins possible dépendantes du regard extérieur, que si un jour elles se font harcelées, elles soient en mesure de penser « le comportement de ce type ne change strictement rien à qui je suis et ne parle de rien d’autre que de ses projections et de sa misère sexuelle à lui ».

    Bref, en tant que père, je me sens concerné et avec ma part de responsabilité. Ce qui suppose de se conscientiser, ce à quoi des sites comme celui-ci aident vraiment. Merci, donc, pour mon fils, pour mes filles.

    • Tu touches du doigt quelque chose de très important; c’est que l’éducation passe en grande partie par l’exemple. Et c’est triste à dire, mais je pense que c’est comme ça que les enfants apprennent pas mal de leurs réflexes sexistes, racistes… Bien sur nous n’allons pas (rarement) dire des choses comme « les femmes sont inférieures » ou « je déteste les noirs »… Mais nous agissons de façon oppressive sans même nous en rendre compte… Exemple au terrain de jeu, un garçon n’arrive pas à faire quelque chose, sa mère lui lance d’un air méprisant « mais allez, même la petite fille a réussi! » comme si les filles étaient des incapables… Les enfants comprennent.

      Et l’estime de soi est bien sur aussi très importante.
      J’espère que de plus en plus de pères se sentent concernés par l’éducation de leurs enfants…

  28. Un extrait d’un texte de Pierre Rabhi, sur lquel je tombe à l’instant : « Je crois à la nécessité d’en finir avec cette exaltation du masculin, entendu comme la volonté de puissance, l’agressivité, la domination. Je me sens profondément blessé par la subordination universelle de la femme. Combien d’hommes sont capables de s’assumer sans celles qu’ils jugent inférieures? Combien de filles n’ont pas accès à l’éducation? Combien d’épouses sont encore opprimées ou battues? Je suis déconcerté que tant de vies puissent naître de cette rencontre violente entre le masculin et le féminin. Les familles, les sociétés qui en résultent, ne peuvent que connaître un profond déséquilibre. »

  29. C’est dingue.

    MERDE. C’est ignoble. Comment on peut ne serait-ce que TOLÉRER que la MOITIE de la population humaine aie LA TROUILLE de se balader dans la rue?

    Je pensais que ça arrivait peu, avec quelques gros lourds en terrasse, imbibés comme des babas au rhum.

    Mais là, c’est genre QUOTIDIEN.

    Ça me touche en fait. Vraiment.

    Ces types, s’ils veulent aborder des femmes absolument dans la rue, devraient apprendre à le faire correctement, avec courtoisie, respect et finesse, ou ne pas le faire du tout. Il y a plein de sites qui montrent comment faire pour aborder la belle inconnue du métro sans passer pour un babouin mort de faim.

  30. Le truc c’est que ce ne sont pas des mecs qui sont en détresse affective ou qui veulent se trouver une copine qui agissent comme ça. Il s’agit juste de méthodes pour « tenir en respect » les femmes, et les remettre à leur place, pour ne pas qu’elles commencent à se sentir trop confiantes en étant seules. Donc rien à voir avec de la drague, c’est clairement de l’intimidation, même sous couvert de « vous êtes bien charmante mademoiselle » parce que si on ne répond pas par un sourire humble accompagné d’un » merci », on se fait aussitôt traiter de sale pute, moche, prétentieuse et qui mériterait de se faire baiser à sec par plusieurs types à la fois (pardon pour le vocabulaire, c’est ce qu’on entends parfois) puisque on fait nos pimbêches à ne pas venir leur filer notre numéro de téléphone.

  31. Vous faites preuve d’une lucidité extraordinaire sur ce sujet, et vous l’avez décrit avec une qualité rare, même sur le web. Je ne connais pas votre vie, mais j’imagine que pour avoir une telle maturité, vous avez dû en voir beaucoup pour en arriver là. Je suppose que ça n’a pas dû être simple tous les jours.

    Concernant la bonne manière de réagir, je pense qu’il y en a une. Vous la trouverez le jour où vous n’aurez plus peur quand vous ferez face à ce genre de situations. Le fait de ne plus avoir peur vous donnera le recul nécessaire, même dans l’instant donné, pour savoir quoi faire et vous en tirer sans culpabiliser. Ne plus avoir peur et ne plus réagir sous le contrôle de ses émotions s’apprend, mais c’est un long travail. D’ailleurs, ne prenons t-on pas toujours les mauvaises décisions quand on laisse ses émotions guider nos pensées ?

    Ensuite, je ne suis pas d’accord à la solution que vous envisagez pour régler le problème. Nous oublions trop souvent que nous descendons directement du règne animal. Retirez les lois interdisant le viol dès demain, et vous pourrez vous en rendre compte. L’homme en général se laisse guider par son instinct. Et dans le règne animal, c’est la loi du plus fort. Le jour où les femmes sauront se défendre, elles ne se feront plus emmerder. C’est une règle universelle. Apprendre à éduquer les hommes est un chemin périlleux et beaucoup trop long – voir vain – pour envisager cette solution. Cela passerait nécessairement par l’éducation. J’ai toujours considéré qu’il faudrait un permis pour avoir des enfants. Imaginez maintenant mon point de vue sur la question.

    Honnêtement, regardez autour de vous. Vous pensez vraiment que la majorité de la population est composé des personnes éclairées, prêtent à changer leurs mentalités ? Sans vouloir être plus hautain que ça (je ne suis absolument pas quelqu’un de condescendant), la réponse est non. La majorité est composée de personnes qui préfèrent passer leur temps à dormir plutôt que de chercher à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Ce sont ces mêmes personnes qui consomment McDo, achètent la voiture à crédit et consomment tous les jours la merde qu’on leur sert à la télévision. Ils achètent des tablettes et la 4G à leur gosse, parce qu’on leur a dit qu’il fallait toujours plus communiquer. 2 semaines par an, ils vont poser leur cul sur la plage, sans même considérer une seule seconde que pour bien moins cher, il y aurait tant à découvrir, là, juste à côté. C’est ces mêmes-là qui se plaignent de la société et des gouvernements alors qu’ils en sont les principaux acteurs et victimes. C’est cette masse là qu’il faut éduquer. Pensez-vous réellement que ça soit possible ? Les personnes ayant votre état d’esprit et celui qu’on trouve dans les commentaires – pour la plupart – représentent une minorité. Ce n’est probablement pas frappant uniquement parce qu’on a toujours tendance à fréquenter les personnes qui pensent plus ou moins comme nous. C’est le même constat ici : votre blog attire nécessairement les personnes intéressées par le sujet. Regardez autour de vue dans la rue, au supermarché, où n’importe où vous irez, vous comprendrez. Mais je pense que vous le savez déjà.

    « Je le crois et je l’espère »

    Je suis probablement très défaitiste, mais j’ai arrête d’espérer quoi que ce soit depuis très longtemps en ce qui concerne ce monde. Vous devriez aussi.

    • Oui le chemin est long pour éduquer les hommes (et les femmes) à ne plus être sexistes.

      D’ailleurs je comprends ta réaction, on peut facilement se dire que la grande majorité des gens sont contents dans leur petite vie comme elle est, ou au moins trop endormis pour vouloir en changer. A fortiori sur les sujets où ils sont dominants (parce qu’ils profitent directement d’une oppression, ou ne sont pas touchés par elle).

      Je vais pas te dire que sur cette question-là tu as tort, j’en sais rien, peut-être que t’as raison, ou pas. C’est sûr que c’est plutôt rare (mais ça arrive) qu’un groupe dominé entier se rebelle et envoie véritablement valser la domination de A à Z, sans en laisser une partie moins visible ou en recréer une autre. Et encore plus rare qu’un groupe dominant renonce à un truc dont il profite.

      Après, ça veut pas dire qu’il y a pas d’espoir, regarde l’abolition de l’esclavage. Bon, certes, ça n’a pas entraîné l’égalité des droits civiques, ça a même servi à justifier le colonialisme (mention aux Anglais qui ont colonisé l’Afrique de l’est au motif affiché que les souverains africains locaux pratiquaient l’esclavage) et ça s’est fait aussi (pas que, mais largement) parce que ça favorisait l’industrie (aux USA au moins). Et on peut aussi dire que d’autres formes de servitude se sont développées à la place.

      Ceci dit, l’esclavage « ancien » (en mode romain ou US pré-Guerre de Sécession) est aboli presque partout, alors qu’il a existé pendant des millénaires et que le groupe victime (Africains) était alors, et est encore, dominé. Et en France ou en GB ou aux USA, c’est bien les dominés (les Blancs) qui ont décidé d’y renoncer, pour de multiples raisons, et pas les victimes qui se sont massivement rebellées (sauf à Haïti).
      Donc des fois, des petits « miracles » arrivent (c’est pas des miracles du tout puisque ça tombe pas du ciel, mais tu vois ce que je veux dire, des choses apparemment contre-intuitives peuvent arriver.)

        • Non, c’est PAS ce que j’ai dit (même si j’ai formulé mon message un peu maladroitement). D’ailleurs j’ai bien cité l’exemple de Haïti où c’était le contraire (et j’ai oublié de citer la République Dominicaine voisine).

          Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’aux USA, c’est venu de la Guerre de Sécession, de manière plutôt imprévue d’ailleurs. De base, la guerre portait simplement sur la question du nombre d’Etats esclavagistes ou non. Les sudistes voulaient que l’esclavage soit légal dans toute l’Union, et les nordistes n’en voulaient pas chez eux, en grande partie pour des raisons économiques (intérêt industriel), du coup il avait fallu faire un compromis de 50/50 sur le nombre d’Etats esclavagistes (le compromis du Missouri en 1818), et comme à l’époque (conquête de l’Ouest) on créait de nouveaux Etats il y avait des soucis (les deux camps se disputant le Kansas par ex). Rajoutons à ça l’underground railroad, pratiqué par des anciens esclaves affranchis et des blancs du nord pour faire évader des esclaves, et le sud qui demandait leur extradition ensuite. Et généralement, les différences religieuses, sociales et économiques entre le sud et le nord.

          Bref, tout ça pour dire que la guerre n’a PAS démarré parce que le nord voulait abolir l’esclavage au sud (ce qu’il voulait pas, au départ d’ailleurs). En 1862, cependant, Lincoln a décidé de décréter une abolition générale en espérant que les esclaves au sud se rebellent, pour créer un second front, et aussi pour se mettre l’opinion européenne dans la poche.

          Bref, j’ai pas dit que c’était le résultat des actions du « gentil sauveur blanc ». A la limite, plutôt, le résultat d’intérêts circonstanciés de l’opportuniste industriel blanc (qui n’a d’ailleurs pas cédé sur les droits civiques, et s’est juste servi d’un afflux de main d’oeuvre noire pour faire pression sur les salaires des ouvriers blancs, et s’est servi de l’abolitionnisme comme prétexte pour coloniser, ce qui montre bien qu’il en avait pas grand chose à faire de la cause).

          Et ensuite, j’ai pas nié les révoltes d’esclaves. Tout ce que je dis, c’est qu’en France, en GB, aux USA, c’est PAS les révoltes d’esclaves qui ont amené les décideurs dans leur capitale/tour d’ivoire à abolir. Sur le terrain, elles ont pu aider à changer les choses le moment venu (comme faire appliquer des lois), mais elles ont pas enclenché le mouvement au centre.

  32. Bonsoir,
    Je me retrouve dans ce témoignage, cela a changé mon rapport aux hommes et d’être toujours sur la défensive , ce n’est pas confortable. Aujourd’hui c’est ma fille de 20 ans qui est agressée de toutes sortes de façons dans la rue, elle se prive de sorties pour être moins exposée aux violences… J’enrage que sa liberté soit tronquée!!

  33. Bravo et merci pour cet article dans lequel je me reconnais fortement : 30 ans comme vous, dont 15 d’expériences de harcèlement de rue. Quelle coïncidence ? Et quelle ironie également … . Je voulais en particulier vous féliciter pour le rapprochement que vous faites de manière très efficace et très réussie entre :
    – le harcèlement de rue (conséquence directe du fait qu’une partie non négligeable des hommes, quelles que soient leurs origines ethniques ou sociales, considèrent encore et toujours les femmes comme des bouts de viande dont ils peuvent disposer librement – ce problème se retrouve également dans les violences conjugales).
    – la notion de consentement libre qu’on enseigne de manière complètement biaisée à nos enfants. A ce sujet, Slate avait fait une excellent article : les enfants ne sont pas des distributeurs à bisous. http://www.slate.fr/france/82187/enfants-bisous
    Ou comment on enseigne aux enfants (et aux filles en particulier) qu’ils ne peuvent pas disposer librement de leurs corps et que oui, ils n’ont pas le choix, il faut faire le bisous au vieux papy qui pue et qui pique ! Alors que non ! S’ils ne veulent pas faire la bise, c’est leur liberté la plus totale ! Dire bonjour, c’est de la politesse et c’est une règle à laquelle on ne déroge pas ! La politesse et le savoir-vivre sont le ciment d’une société respectueuse. Mais faire le bisou, c’est une marque d’affection et on la réserve à ceux à qui on veut bien la donner et qui veulent bien la recevoir.
    C’est mon point de vue, il n’engage que moi mais je trouve votre démonstration à ce sujet très bien construite !
    C’est en profondeur et dès la plus jeune enfance qu’il faut que l’on revoit notre enseignement du consentement.
    Encore une fois, bravo et merci. Je me sens moins seule (malheureusement) à vous lire.

  34. Merci pour cet article merci pour ce témoignage .
    Je me souviens aussi quand j’avais 16 ans j’ai été à vélo sur le chemin de retour après le lycée , un homme de plus au moins 40 ans été aussi à vélo s’est approché de moi tout on me draguant  » salut la jolie, je t’accompagne…  » je lui demandé gentille-ment de me laisser tranquille en plus c’est dangereux vue circulation dans la la route… après 10 minutes de acharnement de sa part et de silence de ma part quand j’ai vu qu’il ne veut pas me laisser tranquille , il m’a craché au visage j’ai eu le visage rempli de son crachat et j’ai été choquée tétanisée je ne sais plus ce qui m’arrive à ce moment là lui est déjà parti tout on pédalant à toute vitesse !!! je ressens de l’humiliation encore maintenant et pour ceux qui disent les petites filles doivent s’habiller comme çi comme ça je vous emmerde j’ai été habiller d’un jean et un pull puis mon tablier obligatoire de lycée et je suis Marocaine vivant dans un pays de forte tradition et religion c’est impossible que les petites porte des string mais malgré tout on se fait agresser .
    pour les hommes qui ne savent ce que c’est être harceler, agressé voici une petite expérience d’un jeune homme acteur égyptien qui a fait tester de vivre dans la peau d’une femme https://www.youtube.com/watch?v=e6hbw1pWV6E désolée la vidéo et en arabe mais vous allez comprendre à l’aide de l’image. juste à la fin le homme dit « que être une femme c’est pas chose aisé et quand il a vécu cette expérience il a compris ce que ça veut dire marcher dans la rue et rester sur ses garde toute le temps de bien regarder à gauche a droite de prévenir le comportement des passant que c’était pénible et fatiguant pour ses nerfs »
    bonne vidéo et désolée pour mes erreurs de français

  35. juste dans la minutes 4.30 de la vidéo le jeune acteur va dire aussi  » j’ai été obligée de bien surveiller ma gauche,ma droite devant et arrière je sentais tous les yeux river sur mon corps beaucoup de concentration juste pour pouvoir marcher dans la rue tranquillement!!! et que l’habit n’a pas diminuer harcèlement car il a aussi sortir dans la peau d’une femme voilée « 

    • Je pense qu’en plus c’est difficile pour un homme d’imaginer qu’être une femme c’est comme ça tous les jours, tout le temps, à chaque fois que tu vas faire tes courses ou prendre le bus etc…

  36. Première expérience très fâcheuse à 8 ans pour ma part. Je faisais du vélo avec mon petit frère autour des immeubles où nous habitions, et au bout d’un certain nombre de tours j’avais pris pas mal d’avance, et j’étais donc seule. Un employé de la voirie qui vidait une poubelle se place devant moi et m’arrête en m’interpellant. « Hey, comment tu t’appelles ? » J’ai senti quelque chose de très bizarre. J’étais très mal à l’aise, mais c’était un adulte, je me sentais un peu obligée de lui répondre d’autant que je ne comprenais pas pourquoi cette question « pas dangereuse » me faisait peur. J’ai donné mon prénom. Il l’a répété, avec une espèce de voix de lover pitoyable dont je me souviens encore, et puis il a ajouté : « … Tu sais que tu me plais ? » Avec ce mouvement de langue se voulant sensuel, absolument immonde. Là, j’ai senti mes jambes trembler et j’ai recommencé à pédaler pour m’éloigner de cet homme le plus rapidement possible.

    Huit ans.

    Je n’en ai jamais parlé à mes parents. J’avais honte, comme si j’avais quelque chose à me reprocher : d’avoir attiré l’attention du type, d’avoir donné mon prénom.

    Huit ans, soit le tout début de ma très jeune poitrine qui ne m’a attiré que des emmerdements dès qu’elle a fait mine d’être là.

  37. J’ai eu une fois un sentiment d’égalité.

    Il était tard (2-3h du matin) nous étions à Paris, une quinzaine de personnes à la recherche d’un bar dans le quartier du Marais. Le premier bar nous a refusé car il y avait des filles dans le groupe, le deuxième a bien voulu de nous.
    En entrant dans le bar plutôt pour hommes gays. L’un des garçons de notre groupe s’est fait touché les fesses par un mec sentant l’alcool, assis sur une table à côté de la notre, et qui lui a demandé de descendre aux toilettes avec lui. Mon ami a poliment refusé.
    J’ai vu, et reconnu, ce sentiment de gêne dans ses yeux. Plus tard, il me demandera de l’accompagner aux toilettes, ayant peur d’y aller seul.

    • c’est « drôle » comme certains mecs ont peur d’être traités comme ils traitent les femmes.
      Enfin je sais pas pour ton ami hein, par rapport à son comportement avec les femmes, mais ça me fait penser à ça.
      En fait, j’ai l’impression que plus les hommes sont macho par rapport aux femmes, plus ils ont peur des autres hommes (sexuellement).

  38. La culture du viole. Non mais c’est quoi ce délire. Ça devrait être normal qu’une femme apprennent à se défendre. Vous les femmes. Si un homme vous suis et vous parle sans arrêt, dit «ferme-là» ou «laisse moi tranquille». S’il n’arrête pas, appelez la police. Si elle met votre main sous votre jupe, donnez lui un bon coup entre les deux jambe et appeler la police. Cependant, avec la culture du viole, une femme n’aurais pas le droit de se défendre, devra s’habiller d,une façon modeste pour ne pas plaire et il va ensuite se faire traité de garçon manquer. MAIS ON FAIT PAR EXPRÈS.

    • « MAIS ON FAIT PAR EXPRÈS. »
      >Tu veux dire que « vous » êtes incapables de vous contrôler ?
      Mais « vous » êtes mûrs pour l’hosto ma parole.
      (je dis « vous » pour prévenir le #notallmen)

  39. Intéressant, vraiment. De plus ces articles sont écrits avec une chouette réflexion en amont, j’apprécie le chemin de pensée qui est fait pour écrire de si grands articles.
    Je ne fais pas partie des femmes « féministes », car je trouve les causes généralement défendues assez justes (pas pisser debout ou tout le monde en jupe, ça je trouve pas ça très malin, les symboles, c’est mignon, mais ça veut rien dire), la main aux fesses, les hommes qui suivent dans la rue avec des commentaires dégradants et salaces, les propositions genre « tu viens chez moi, ma copine est pas là, alors tu me suces et tu repars » ou ma première fois où le gars a insisté lourdement, bien que j’ai dit non plusieurs fois, et où j’aurais dû « réagir » et l’engueuler (il m’aurait pas frappée, donc j’aurais pu lui dire de dégager et le traiter de porc… Mais j’ai pas su.. Je me suis dit « si ça lui fait plaisir » et j’ai regardé passer l’heure sur le réveil), je connais. Pourtant, mon style : jean, pull, grosses godasses et chignon. Donc je vois bien de quoi on parle.
    Pourtant, je ne vois pas comment éduquer les garçons à faire autrement. Pour ma part, je ne connais qu’un homme de 25 ans qui soit capable d’aborder/siffler les filles dans la rue. Sur tous les hommes que je connais, ça fait peu. Le reste est d’accord pour dire que c’est dégradant pour la femme et honteux pour l’homme de faire un truc pareil. Donc éduquer tous les garçons à respecter les filles, je ne suis pas sûre que ça avance à grand chose. Les gens qui font ça le ferait même si on leur disait que c’était pas bien. Tout comme voler ou tuer. C’est mal, c’est interdit même, mais y aura toujours des gens pour le faire.
    Du côté des filles, avoir la « bonne réaction », c’est vraiment pas simple non plus. Faudrait avoir la répartie et le courage dans les 2 secondes qui suivent, et encore, ça peut pas marcher dans toutes les situations.

    Les mecs dégradants envers les filles le seront aussi envers les homos en se moquant d’eux, voir même en les tabassant. Les gars capables de montrer leur « virilité » dans la domination de la femme, ils seront dans la violence aussi auprès de leurs camarades, des gens différents d’eux…
    C’est pourquoi la BD crocodile ne me plait pas vraiment, car on pourrait faire des crocodiles tabassant les gamins au collège, se moquant des gros, des gosses à lunettes, des premiers de la classe, et même des femmes crocodiles faisant du chantage affectif auprès de leurs copains/fiancés/maris/fils en les faisant pleurer en les menaçant de rompre à tout bout de champ, de partir, en chouinant toutes les deux secondes qu’elles sont malheureuses et qu’on les fait souffrir et que gnagnagna (je connais trop de femmes de tous âges capables de harcèlement morale sur leurs proches, ça me déprime).
    Les images du corps « sublimé » au point d’en être déformé me dérangent autant chez les femmes que chez les hommes. Le beau gosse négligé sexy aux pectoraux huilés, taille en V et le regard profond est aussi ridicule que la nana aux nichons aussi gros que sa tête, ses jambes rallongées et sa taille aussi grosse que mon bras. Ils sont nuls tous les deux et je veux bien qu’on arrête de m’envoyer ces images dans la figure tous les jours. En fait, je ne voudrais plus de pub. Car cette image ne me dérange pas dans les Disney, par exemple. Ce qui me dérange, c’est la bêtise. On devrait évoluer vers moins de bêtise, et ça, c’est changer la race humaine…
    Je ne sais pas comment changer ça. On pourrait faire en sorte que les harceleurs encourent à des peines (amendes, prison) plus ou moins fortes selon le type de harcèlement. Tout comme les femmes capables d’être aussi ignobles, elles aussi (car tout n’est pas tout blanc, tout n’est pas tout noir), mais cela demanderait que la justice soit intègre et que personne n’en abuse, car ce serait facile aussi que des nanas se mettent à porter plainte contre un gars juste parce qu’elles ne l’aiment pas (les dénonciations pour les règlements de comptes personnels, ça s’est vu après la guerre… Les gens sont des vautours).
    Ce que je vois souvent, c’est que les féministes se battent contre une des expressions de la connerie en général. La connerie touche tout le monde et peut être nuisible. Elle l’est. Mais comment éradiquer la connerie ? Je ne sais pas.

    Je ne sais pas…

    • Ce n’est pas une question de « connerie ». C’est une question de sexisme. On peut juger certaines formes de sexisme « connes » mais là n’est pas la question. Les féministes ne sont pas là pour décider de ce qui est intelligent et de ce qui ne l’est pas.
      Je te suggère fortement de lire cet article: http://www.jaddo.fr/2015/03/28/la-faute-a-eve/

  40. Je suis tombée sur ton blog par hasard, vu que l’actualité du jour est : les « frotteurs du métro ». J’ai 29 ans, et j’ai dû prendre le RER dès 11 ans pour me rendre au collège. Je garde des séquelles aujourd’hui : je suis souvent stressée en prenant les transports. Je pratique des sports « masculins » pour avoir de l’assurance, je suis féministe « engagée », jugée agressive par mon entourage… mais mes peurs sont inconscientes. Bref, j’ai aimé ton article, ça me ferait plaisir d’échanger par mail.

    • Coucou. Hésite pas à me contacter via le formulaire de contact. Merci pour ton témoignage

  41. Tombé par hasard sur ce blog je sais même pas comment… sinon y’a une solution simple: faire des wagons uniquement pour femmes dans les trains ! ça se fait déjà au Japon.

    • Un pays qui sépare les hommes et les femmes dans des wagons différents devrait se poser des questions à propos de l’éducation des garçons.
      Est-ce normal que les hommes doivent être séparés des femmes comme des sortes d’animaux sauvages qui ne savent pas se tenir correctement?
      Est-ce que vous les hommes c’est ce que vous avez envie d’être? Vous avez pas une plus haute estime de vous? je pose la question…
      Accessoirement les agressions arrivent dans les trains mais aussi dans la rue, dans les parcs, dans les bars, dans les maisons, dans les écoles etc etc… Doit-on créer une société entièrement séparatiste juste parce qu’on arrive pas à apprendre aux hommes à se tenir?

  42. Comme je me reconnais dans cet article.
    La puberté précoce (8 ans) a beaucoup accentué tout ça, on m’en a parlé comme si mon 75A était une faute, une inconvenance que j’avais moi-même provoquée en étant une enfant vicieuse.

    Comme beaucoup d’autres dans les commentaires, ça bien diminué depuis mes 18 ans. Pas réellement de changement physique, plus un comportement moins candide.
    Avec le recul, je me demande comment des trentenaires ont pu réellement s’intéresser à moi adolescente, alors que j’avais peu de conversation, et clairement très peu d’ambition sexuellement.

    Bref, j’ai juste eu envie de témoigner en lisant cet article encore une fois très juste, raconter comment le regard malsain, m’a fait craindre et appréhender le sexe à l’âge où j’aurais du pouvoir encore jouer sans arrière-penser. Quand on est jeune, on est un peu effrayée, un peu fascinée, un peu aigrie aussi, de voir comme le sexe peut avoir une telle importance. J’ai 19 ans, ça fait 11 ans qu’on me ramène à ma féminité, à mon corps, comme si la seule chose importante pour les femmes était d’être désirable. A une époque, j’y ai beaucoup cru. Je comprend les femmes dites « superficielles », je comprend tout ça parce qu’au final, la société nous apprend toute petite que tout ce qui compte et nous donne du pouvoir se trouve entre nos cuisse, et que si elles peuvent être fermes et galbées, ce pouvoir n’est que plus grand.

    Clairement, en murissant, en ayant des conversations plus réfléchie, le « public » qui me drague n’est pas du tout le même. Je me rend vraiment compte de l’attrait de que la jeune potiche immaculée et inexpérimentée à pour certains. Reste à analyser pourquoi.

  43. Ping : fiche pratique de protection contre les discriminateurs agressifs | les échos de la gauchosphère

  44. Ping : Retrouvez le collectif Debout! sur les ondes de RCN le 11 septembre à 15h : les hommes et le féminisme – 2ème partie » Collectif Debout!

  45. « Après ça Monsieur Tout Le Monde se justifiera en prétendant qu’elle faisait « plus que son âge ». A croire que toutes les adolescentes du monde font plus que leur âge.  »

    Je pense avoir l’explication à ça (j’ai dit explication, pas excuse). Comme dans la tête des gens, avoir du désir pour une mineure est inconcevable, s’ils éprouvent du désir pour elle, c’est forcément qu’elle ne fait pas son age, une sorte de renversement de la logique pour rester du bon coté de la morale. « Elle ne peut pas avoir l’air d’une enfant puisque je sais que je ne suis pas pédophile. »

  46. « Il y a forcément un moment où vous ne vous attendrez pas à être agressée, et c’est là que ça arrivera. Je me dis parfois que ces mecs ont un sixième sens pour ça: ils savent quand tu n’es pas sur tes gardes. Ou quand tu es fatiguée, triste, vulnérable. Aujourd’hui, je ne me fais quasiment plus emmerder dans la rue, sauf dans les moments de vulnérabilité. Les harceleurs n’en ont probablement pas du tout conscience, mais ils choisissent les personnes qui sont le moins en capacité de se défendre. »

    Sans jamais avoir remis en question leurs témoignages, j’ai souvent été étonnée de celles qui parlent de leur expérience de harcelement quotidienne, parce qu’à moi ça ne m’arrive pas. Il y a plusieurs explications, je ne me maquille pas, ne porte pas de talons, mes gouts vestimentaires sont bizarres, j’ai une démarche héritée de mon père et si je suis féminine, je ne suis pas féminine comme les autres le définissent. Mais ça, c’est un argument supplémentaire intéressant. Je n’ai pas été éduquée dans la culture du viol, je ne me sens pas vulnérable à ce genre d’attaque. Je ne me sens pas une proie.

    • Quand j’étais ado, je me faisais emmerder même si je m’habillais comme un garçon (bien que moins que quand je m’habillais de façon féminine). Et je ne me suis jamais vue comme une proie, ce n’est pas le probleme. J’étais peu sure de moi, être en société a toujours été difficile. Par contre je pense pas que tu puisses dire que tu as pas été éduquée dans la culture du viol: la culture c’est pas que tes parents, c’est aussi l’ensemble de la société, la télé, les livres.
      Le fait d’être emmerdée ou non, c’est tout un ensemble de facteurs, mais je pense pas qu’on ait forcément à s’interroger sur nous-même et pourquoi on provoque ça, je pense qu’apprendre à se défendre peut être intéressant, mais sans pour autant croire que c’est normal qu’on ait à faire ça et que c’est notre responsabilité.

  47. Bonjour,

    Superbe article! Je me reconnaît totalement, chez moi aussi ça à commencé vers 12 ans; et ça ne se passe pas que dans les grandes villes, je viens d’un petit village et à 12 ans je me faisait « draguer » par des hommes de 40 ans. Adolecente on est innocente, on ne se rend pas bien compte, je suis plus choquée maintenant de ce qu’il m’est arrivé qu’au moment où c’est arrivé! Maintenant j’ai 35 ans et un petit garcon de 3 ans, je pense aussi que c’est à nous à éduquer nos garcons (car les hommes ne le feront pas) pour que ces situations ne soient plus normales!!!!!

    Merci pour ton blog!

Les commentaires sont fermés.