Les hommes face à la peur de l’échec dans les relations de séduction

Les lecteurs attentifs auront remarqué que je ne répondais que très brièvement à la question posée dans mon dernier article sur le sujet : pourquoi le râteau est-il si effrayant pour les hommes.
J’ai un peu mis la charrue avant le tofu, en fait. Quel était finalement le sujet? Vous avez deux heures, calculatrices interdites.

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blup
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etc

Donc le sujet, c’était la construction d’un genre (le féminin) à travers la validation par un autre genre (le masculin). Les femmes se construisent en tant que femmes à travers les hommes, c’est pourquoi elles aiment exercer le pouvoir que cette construction d’elles-mêmes, en tant que femmes, leur confère.

Si j’ai insisté davantage là-dessus, c’est parce que ça explique pourquoi certaines femmes aiment mettre des râteaux. J’ai insisté sur ce qui devrait permettre aux hommes de relativiser ce qu’ils ressentent souvent comme un échec. Mais je ne me suis pas attardée sur les raisons pour lesquelles il est difficile pour un homme de faire face au râteau. Et pourtant, ça relève de la même logique: la construction d’un genre par la validation de l’autre genre. Sauf que là, c’est l’inverse.

C’est à mon avis ce qui est dramatique, en fait, pour les hommes. Car, comme on l’a vu, les femmes se font valider en tant que femmes par les hommes, elles existent en tant que femmes à travers le regard des hommes. Elles s’épanouissent dans le mariage ou la maternité. Mademoiselle existe parce qu’elle est sexy, Madame parce qu’elle possède ou est possédée par un mari et des enfants… etc, etc…

Quand l’abnégation confine au narcissisme…

Or, les femmes, finalement, s’accommodent globalement assez bien de ce besoin de validation de la part des hommes. On l’a vu dans « il faut souffrir pour être belle« , ainsi que dans les réactions que cet article a suscitées chez les femmes. Au bout d’un moment, les hommes ne donnent même plus leur avis, ce sont les femmes qui anticipent leurs réactions. Pardon, qui font des efforts pour « se plaire à elles-mêmes… » Sauf que se plaire, bien souvent, signifie être sexy même si aucun homme est là pour le constater. Toi, Mademoiselle (ou Madame, je m’en fous), toi qui me fait remarquer, la bouche en coeur, en battant de tes longs sourcils ourlés, que tu ne t’épile-maquille-talonne que pour te plaire à toi-même, explique-moi… C’est bigrement étrange que tu ne te plaises que dans l’image d’une femme attirante aux yeux d’un homme hétérosexuel. Vouloir se plaire à soi-même, c’est presque vouloir plaire aux hommes même quand ils ne sont pas là pour le constater. Mais cette abnégation des femmes va très loin, y compris dans la sexualité; lire à ce sujet « les femmes ne sont pas assez égoïstes » sur 400 culs.

Se plaire à soi-même, pour de nombreuses femmes, c’est n’avoir ni poil aux pattes ni bourrelets disgracieux, ni cellulite ni effet peau d’orange ou autres ridules. C’est porter des talons, des bas, des jupes. Non pas des vêtements confortables ou colorés, mais des vêtements sexy.

Bref. Quand le besoin de validation d’un regard masculin se passe même de la présence masculine, on peut dire que les femmes ont bien intériorisé ce regard masculin, ses exigences, ses normes.
De fait, je trouve que les femmes n’éprouvent, globalement, pas vraiment de problèmes à cette forme de soumission, dans leur vie de tous les jours. Elles ont besoin des hommes pour exister, elles font ce qui est nécessaire pour obtenir cette validation; en restant dans la bonne grosse caricature, ça va du port du décolleté au passage de l’aspirateur. Mais je pourrais aussi chercher des exemples plus subtils. Bref.

Ce que je veux dire ici, ce n’est pas que cet état de fait est juste. Il est bien sur injuste; mais les femmes l’ont profondément intériorisé, et ce besoin de validation semble naturel et normal à beaucoup d’entre elles. Car d’une façon générale, les femmes ont l’habitude de la soumission, elles sont éduquées comme ça; c’est d’ailleurs pourquoi, à mon avis, elles réussissent mieux à l’école et moins bien dans le monde du travail.


Et les hommes, de leur côté?

Car oui, la vie des hommes n’est pas toute rose (qui a dit: elle est toute bleue?). La vie des hommes ne consiste pas uniquement à regarder le foot à la télé en se faisant servir des bières. Car avant de jouir du pouvoir que confère la virilité, il faut encore pouvoir en faire la démonstration.
Si les dominés ne sont jamais égaux devant l’oppression, que dire des dominants? J’ai abordé le sujet dans un précédent article sur les discriminations. Je vais en dire un peu plus ici, donc ouvrez bien grand vos feuilles de chou. Pour certains, ce seront peut-être des évidences, mais je pense que c’est très important d’avoir intégré ça; toute personne désirant une société plus juste et égalitaire devrait avoir bien compris comment fonctionne un système d’oppression. J’ouvre donc une grosse parenthèse:

Les systèmes d’oppression: comment ça marche?

Dans tout système d’oppression, les individus sont séparés en deux groupes: dominants, dominés.
Les dominés vont être considérés comme dominés « par nature ». Ils ont une nature de dominés. Dans une optique paternaliste, on considère même que la domination est bonne pour eux. Par exemple au XIXème siècle, on disait souvent que l’esclavage était bon pour les Noirs, car ceux-ci n’étaient pas d’une nature autonome, ils avaient besoin qu’on s’occupe d’eux, qu’on leur donne du travail à faire, etc, sans quoi ils restaient oisifs, ce qui n’était pas bon pour eux.
Je donne l’exemple de l’esclavage car de nos jours, on ne considère plus que les Noirs sont faits pour être utilisés comme esclaves par la « race supérieure blanche ». En revanche, on considère encore que les poulets sont faits pour être mangés par l’espèce supérieure humaine, ou, dans une moindre mesure, que les femmes sont faites pour être dominées par le sexe supérieur masculin. Les employés également travaillent « pour leur bien », (« le travail rend libre »), etc.
Ce qu’il y a à retenir, outre que les systèmes d’oppression fonctionnent globalement de la même façon les uns et les autres, c’est qu’on va toujours considérer que les dominés sont « dominés par nature » et qu’il ne pourrait en être autrement. Or, c’est faux, puisque les systèmes d’oppression sont culturels. L’asservissement d’autres peuples a fait partie de la culture occidentale, comme aujourd’hui il fait partie de notre culture de manger du poulet, ou de confier les tâches ménagères aux femmes (à hauteur de 80%).
A l’inverse, dans les systèmes d’oppression, les dominants ne sont pas considérés comme naturellement dominants. Ils sont naturellement supérieurs et cette supériorité va s’exprimer par l’une ou l’autre qualité qui est valorisée dans la culture (les hommes sont plus rationnels que les femmes, les humains sont plus intelligents que les vaches, les Blancs plus sophistiqués que les Noirs, etc). Ces qualités marquent la domination d’une classe d’individus sur l’autre; cependant, il y a quelque chose de très important à comprendre, c’est que tout dominant doit incarner les valeurs de la domination, prouver son appartenance à la classe dominante; sans quoi il court le risque d’être déchu de son statut de dominant et d’être assimilé au groupe des dominés. Ainsi on dira d’un homme pas assez viril qu’il est une femmelette, d’un végétarien qu’il est un triste herbivore, etc.
Incarner les valeurs de la domination peut se faire de différentes façons:
-En démontrant ses qualités propres au groupe des dominants: rationalité, intelligence, etc.
-Ou tout simplement en exerçant sa domination, en démontrant l’exercice de son pouvoir sur les dominés. Ainsi l’on se distingue de ce groupe.
Souvent ces façons de faire se confondent,  puisque parmi les qualités propres au groupe des dominants, il y a naturellement tout ce qui relève de la capacité à dominer, comme l’autorité par exemple, et la rationalité en fait partie: un bon maître doit d’abord être maître de lui-même, afin de pouvoir efficacement gérer les dominés, qui eux sont de pauvres choses sans contrôle sur eux-mêmes, livrées à leurs émotions, à leurs instincts, à leur hystérie, etc (d’ou la nécessité pour eux être dominés; on dira que « la nature est bien faite »). Si bien qu’au final, les caractéristiques du groupe dominant se confondent entièrement avec les qualités requises pour dominer. On dira par exemple de quelqu’un qu’il « a des couilles » pour dire qu’il a du courage. « Avoir des couilles » devient nécessaire pour s’affirmer dans un monde d’hommes. On ne saurait dominer sans ces attributs virils, puisque sans couille, on est un lâche… Ou une femme.

La différence entre les pouvoirs féminin et masculin, et pourquoi les hommes le vivent mal

Pourquoi je parle de tout ça?
Comprendre comment fonctionnent les systèmes d’oppression, en particulier le viriarcat(1), nous aide à comprendre la différence entre l’exercice du pouvoir féminin et celui du pouvoir masculin.
Le viriarcat est un système de domination masculine. Les hommes doivent donc prouver leurs qualités viriles (c’est-à-dire ce qui les distingue en tant qu’hommes) pour exercer le pouvoir qui leur revient. Mais ce pouvoir le revient parce qu’ils sont des hommes. Ils doivent prouver qu’ils sont des hommes.
Les femmes, elles, exercent un pouvoir très transitoire, limité la sphère domestique ou aux relations de séduction. Ce pouvoir ne leur revient pas parce qu’elles sont des femmes, mais leur est confié (transitoirement) par les hommes parce qu’elles se sont conformées à certaines exigences (bonne épouse, bonne mère, femme sexy, etc). Elles ne doivent pas prouver qu’elles sont des femmes (souvenez-vous: les dominés sont dominés par nature, ils sont ce qu’ils sont, donc dans un système viriarcal, les femmes seront toujours des femmes quoi qu’il arrive, pour les hommes c’est plus compliqué). Elles doivent prouver qu’elles sont conformes à ce qu’on attend d’elles.

Pas de problème donc pour les femmes, enfin en apparence, puisque tant qu’une femme est conforme à ce que la société veut d’elle, tout va bien. (en réalité personne ne l’est jamais à 100%, mais c’est une autre histoire).

En revanche, les hommes doivent faire en permanence la démonstration de leur virilité. C’est pourquoi le viriarcat est aussi difficile pour les hommes, au jour le jour. Bien sur on pourra m’objecter que le viriarcat reste une domination masculine, que les hommes sont payés davantage, qu’ils sont moins exploités au travail, que ce sont les femmes qui sont majoritairement victimes de viols et d’autres violences, qu’elle effectuent 80% des tâches ménagères, etc etc…

C’est vrai. Mais il serait tout de même illusoire de penser que le viriarcat est simplement la domination des hommes sur les femmes. Le viriarcat est plutôt la domination de certains hommes sur les femmes, mais aussi sur d’autres hommes. Il implique une hiérarchie masculine. Et la société est peu indulgente avec les hommes qui n’ont pas su faire montre de leurs qualités viriles.

Parmi ces qualités, on l’a vu, il y a la rationalité, le courage, etc, mais il y a aussi la capacité à séduire les femmes, à forcer leurs « résistances » (les femmes étant vues comme des êtres asexués, les séduire ne revient pas tant à les attirer et leur plaire qu’à forcer leurs « résistances »). Ce qui signifie qu’à un moment donné, l’homme va lui aussi avoir besoin d’une sorte de validation féminine pour exister en tant qu’homme. Sauf que là, on est plus dans la configuration où le dominé cherche la validation du dominant. C’est l’inverse: le dominant qui a besoin de la validation du dominé… Ouille.

Dans une société égalitaire, se trouver en face d’un partenaire qui refuse d’aller plus loin, ce serait simplement s’être trompé de personne. Mais dans une société viriarcale, l’homme qui échoue à séduire la femme, échoue également à incarner cette image de mâle viril dont il a absolument besoin pour exister. Et c’est une femme qui l’en prive !
On ne l’a pas éduqué comme ça. On ne l’a pas éduqué pour se faire dominer par les femmes, mais pour les dominer, mais en même temps, on lui a aussi appris à respecter les femmes. Il est coincé. Sa fierté en prend un coup. Et pour un homme la fierté c’est essentiel; encore une question d’éducation.

Voyez l’incohérence du viriarcat : on apprend à la fois aux hommes à séduire les femmes, à les respecter (notamment respecter leur refus)(2) et à les dominer. Et on leur fait comprendre aussi que leur statut d’hommes dépend de leur capacité à séduire les femmes. Y a un moment où ça coince. Ce n’est pas logique. Ce ne serait logique que si un homme pouvait faire dire « oui » à n’importe quelle femme. Mais c’est impossible.
Que fait alors l’homme? Il déprime et fantasme sur ce « super-homme » qui serait capable de passer outre ces incohérences, tout simplement en n’essuyant aucun refus. En incarnant si bien « l’Homme », par ses qualités super-viriles, que les femmes n’ont plus de résistances contre lui.

On ne dit pas aux garçons que ça se passe comme ça. On ne leur explique pas qu’un jour, ils devront confier à une femme le pouvoir de les repousser et, d’une certaine façon, de les amputer de leur virilité. On leur vend des histoire où les femmes ne disent jamais non, parce que l’homme est tellement homme.
J’ai expliqué dans le précédent article qu’en cherchant à séduire une femme, un homme lui confie, d’une certaine façon, le pouvoir de le repousser, et que l’exercice de ce pouvoir permet à certaines femmes de compenser un manque de confiance en elles, de se démontrer à elles même leurs capacités de séduction, ou d’autres qualités que la société exige des femmes (comme l’absence de désir sexuel: « ne pas être une salope »)… Mais ça, ce n’est pas ce qu’on apprend aux hommes. On ne leur dit pas que les femmes vont les rejeter pour plein de raisons (pour le plaisir de se sentir désirée, d’avoir le contrôle; mais aussi à cause de l’inhibition de la sexualité des femmes, ou tout simplement à cause d’une incompatibilité quelconque, parce que c’est pas le moment, etc). On leur apprend que s’ils sont assez forts et virils, les femmes accepteront de coucher avec eux dans n’importe quelle situation. Le pire c’est que certains ne réalisent jamais à quel point c’est faux. Ils se demanderont toujours ce qui cloche chez eux.

C’est un exemple de la façon dont l’éducation différente des filles et des garçons est à l’origine d’une véritable culture des genres, qui provoque des incompréhensions. Les hommes ont tendance, culturellement, à prendre un refus comme un échec de leur virilité. Les femmes refusent plein de choses pour plein de raisons, elles ne voient pas les choses de la même façon.

 fille et garçon en ferrari

 

(1) Viriarcat: j’ai utilisé précedemment le terme de patriarcat, qui est souvent utilisé de façon impropre. J’utilise à présent le terme de viriarcat, qui est plus juste à partir du moment où l’on se réfère à un système social dans lequel le genre masculin est dominant, sans que la notion de paternité soit centrale dans cette domination.

(2) Cette notion de respect du refus est en réalité relative; il faut tenir compte des évolutions de la société par rapport à ça, qui compliquent beaucoup les choses. Si on se place dans une société 100% viriarcale sans aucune évolution, je ne suis pas sure qu’on puisse parler de respect du refus. Ce sujet pourra faire l’objet d’un article ultérieur.

 

Sources images:
La bonniche en herbe: http://www.crepegeorgette.com/  article « les jouets sont-ils sexistes? »
Le petit pompier: Cavernedesjouets.com, un site de vente de jouets en ligne
Le couple de l’année: cdiscount.com, site de vente en ligne

31 réflexions au sujet de « Les hommes face à la peur de l’échec dans les relations de séduction »

  1. Et l’amour dans tout ça ?

    … non, je rigole, c’est une blague… je sais que je suis hors sujet :D

    • L’amour arrive à exister malgré toutes ces conneries, et ça, c’est beau ^^

  2. J’avais voulu te le signaler, je suis content que tu aies trouvé le truc du « Titre » de la photo ^^ Ça rajoute un plus, n’est-ce pas ?

    À propos de l’abnégation…les « trucs de filles », ces mystérieux secrets intimement liés à la séduction (il faut avouer), transmis par la mère comme le signe de l’âge adulte, ou découverts entre copines (enfin, je suppose, en tout cas c’est pas la sphère masculine qui saura s’en mêler !)…Je ne pourtant pense pas qu’ils soient conçus, même initialement, comme une pratique liée à l’amour/à l’homme. Enfin, du moins, je me pose la question. Je ne nie pas qu’il y a différenciation, et même, domination (négation de l’intellect pour le corporel, ça devient mon nouveau dada) ; mais par exemple, pour ce qui est de l’hygiène corporelle, on ne la conçoit pas seulement en fonction du regard de l’autre (en particulier, du partenaire), c’est aussi une habitude, une croyance résultant de l’action des médecins (et d’ailleurs, un peu dérégulée par l’habitude).

    La vision de l’homme que tu décris reste assez proche d’une société machiste (bien que tu la nuances par des propos sur le respect de la femme) ; je crois que si ce que tu dis est vrai dans l’expérience des individus, il ne faut pas oublier que de nos jours, le râteau est une triste réalité bien connue des hommes, dont ils parlent douloureusement (« Ah, tu sais, fiston (notes au piano)…moi aussi, quand j’avais ton âge… » – tandis que le « fiston » pense : « Avec une tête de con pareille, en même temps… ». C’est du vécu). On leur a appris que l’amour, ça ne se passait pas toujours bien, que ce n’était pas nécessairement réciproque. Et à moins d’être le gras séducteur des comédies américaines, ou le plus enorgueilli des gamins prépubères, quand on affronte un vrai râteau, on ne se voit pas comme un « tombeur » : il s’agit davantage de « tenir à quelqu’un »
    En fait, le râteau est aussi un rite initiatique de l’homme moderne, qui, dans sa condition même, vit une perte de virilité : la virilité n’est plus nécessairement une valeur consensuelle pour un homme, l’homme adulte doit respecter l’arbitraire des décisions féminines (pas de réactions violentes, pas d’insistance lourde, humour…le jury vous décerne votre Diplôme du Rateau avec mention Très Bien).

    Et puis, s’il y a bien des gens qui ont peur du râteau, ce sont les femmes. Tellement peur qu’on ne les glorifie pas comme de belles créatures qu’elles ne proposent pas.
    Enfin, si elles proposent, le cliché dit qu’un homme ne refusera jamais ; en ce qui me concerne, je viens de me rendre compte que ça m’était déjà arrivé : hé bien un homme n’a aucune idée de comment remballer une femme. C’est à donner des sueurs froides. Surtout que je ne sais pas si la maladresse venait de moi, ou de mon genre masculin. En attendant, c’est un mauvais souvenir.

    Enfin, je dis ça, en attendant je bois tes paroles.

    • Oui, je voulais aborder la question du râteau subi par une femme dans un prochain article. c’est un peu plus complexe. Je dirais pas que les femmes ont plus peur du râteau que les hommes, mais qu’elles le vivent certainement plus mal. Les femmes ne pensent pas au râteau, elles imaginent (comme les hommes, d’ailleurs) que ce sont toujours eux qui sont en demande et elles qui disposent. C’est souvent le cas, mais heureusement, les clichés de genre ne se vérifient pas à 100% ! D’ailleurs, tu fais bien de le souligner, mais pour écrire mon article (ainsi que les précédents sur le sujet) je me suis basée sur l’idée d’une société 100% machiste, alors qu’il y a tout de même une évolution de la société, qu’on est pas à 100% obéissant-e-s aux normes de nos genres respectifs. Je n’ai peut-être pas assez insisté sur ce point (mais c’est pas évident, j’essaie de faire un peu concis même si ça ne se voit pas).

      • Il existe plein de pays occidentale ou les femmes prennent beaucoup plus d’initiatives qu’en France (Nordique, à l’est,…).

  3. Sinon on peut aussi ressentir ce moment différemment qu’un rateau… (vécu) Ca peut être juste vu comme un refus parce que c’était pas le bon moment ou une autre raison respectable et personnelle. Enfin en tout cas pour moi c’était juste ça… Moment de déception et triste oui mais rien d’humiliant type « rateau ». Je n’avais rien à prouver, lui non plus.

    • On est pas non plus a 100% omnubilés par les conventions sociales, non plus. Mais c’est pas parce qu’on est pas totalement soumis aux normes qu’elles n’existent pas… Regarde autour de toi et tu verras.

      • Je suis sûre qu’elles existent sans quoi il n’y aurait pas d’articles à écrire sur ce sujet si ce n’est du domaine historique. Je devrais faire plus attention à ce qui m’entoure ça c’est vrai étant donné que j’ai tendance à fuir les clichés (gens compris) (que je finirai bien par devenir un cliché anti-clichés moi-même.)

  4. Intéressant. Seulement, j’ai un bémol, si je peux me permettre : j’ai eu du mal, dans ces deux articles, à savoir si tu validais ces règles. Je m’explique : n’y a-t-il pas d’autre voie qu’une relation dominant-dominé (ée en l’occurrence…) ? Doit-on forcément passer par une « perte de virilité » ? Doit-on forcément parler de pouvoir ?

    Ou y aurait-il de la place pour juste une complémentarité des pôles féminins et masculins ? On est d’accord, cette vision un peu orientale des relations hommes/femmes est loin d’être une réalité dans notre société, mais en lisant ces articles, j’ai l’impression que ton propos valide cet état de fait.

    Me trompé-je ?

  5. Je ne suis pas sure de comprendre ta question. Pour écrire ces articles, j’ai considéré les aspects les plus sexistes de la société. Je décris donc une société sexiste (sans forcément tenir compte des évolutions de la société, qui l’ont rendue moins sexiste qu’à des époques plus reculées); il est évident que je n’adhère pas à cet état de fait.
    Je ne suis pas sure qu’il faille une complémentarité des genres. La complémentarité des individus suffit. Mais si l’on éduquait les gens d’une façon non-sexiste, nous verrions peut-être apparaitre une nouvelle culture des genres plus égalitaire, c’est difficile à dire.
    J’espère avoir répondu à ta question

  6. Ping : Bonheur Orgasmique & Onanisme Boursouflé « Digital Wanderer

  7. Halte à la domination des végétariens!

    Il est odieux d’imaginer que certains humains ont le droit de vie ou de mort sur nous pauvres légumes. On en a gros sur la patate et on a décidé de ramener notre fraise! Vive les carnivores exclusifs qui nous permettent de vivre en toute liberté et de courir dans les champs au gré du vent et des tempêtes.

    L’odieuse domination culturelle que nous imposent les herbivores et toute leur salade me rend malade (mais heureusement au céleri, je suis guéri).

    Prenez en de la graine!

  8. Je découvre petit-à-petit ce blog, et je n’avais pas encore repéré cet article.

    J’aurais énormément à dire sur mon expérience personnelle du sujet, tout en étant conscient que mon cas est atypique pour pas mal de raisons.

    Pendant de nombreuses années, les relations de séduction m’ont laissé dans une perplexité insondable, incapable que j’étais de saisir le quand, le quoi, le comment. Il m’est quand même arrivé des choses, mais toujours à l’initiative de l’autre, et je n’ai pu répondre qu’à renfort d’ivresse – à une exception près, sur ces deux facteurs. Entre 1999 et 2012, il ne m’est RIEN arrivé en ce domaine, je n’ai RIEN fait.

    Je vais m’étendre un peu sur cette dernière période et l’état d’esprit dans lequel j’étais. Il m’arrivait souvent de discuter avec des jeunes femmes, la plupart du temps dans un bar que je fréquentais assidument, et dont l’ambiance calme, chaleureuse et conviviale me manque beaucoup. Il m’arrivait parfois de constater mon attirance pour mon interlocutrice… plusieurs heures après la fin de la conversation. Plus rarement, l’attirance se manifestait pendant la conversation, et là je ne savais pas quoi faire. À la peur d’être importun s’ajoutait la crainte de tuer une conversation agréable.

    En réalité, tout ce qui précède était sous-tendu par une anxiété sociale maladive qui me mettait en état de panique quand j’étais attiré par quelqu’un. Je l’ai compris récemment et un heureux concours de circonstances m’a permis de me confronter à cette anxiété, et à m’en débarrasser.

    Et depuis un mois j’ai flirté davantage que les vingt années précédentes. Et j’ai été pour l’heure à chaque fois éconduit, mais gentiment, avec le sourire, d’où je déduis que je sais flirter sans être pénible. En conséquence de quoi l’échec ne me fait pas peur. Quel échec, d’ailleurs ? On décline ma proposition, c’est pas grave. Dans la mesure où elles ne mettent personne mal à l’aise, je trouve que mes tentatives de flirt sont plutôt des réussites. Pas de regret, donc.

    Si, un regret, et c’était la dame qui avait pris l’initiative (en me parlant de la couleur de mes yeux), mais les circonstances n’ont pas permi qu’on aille plus loin (établissement qui fermait, entourage encombrant dont un ex possessif), et je n’ai pas eu le réflexe de lui passer mon numéro. Regret parce que, durant notre conversation, j’ai perçu une réelle possibilité de relation. Enfin bon, c’est la vie.

    • Je pense qu’on est très conditionnés. Dans un sens tu arrives à te sortir de ce conditionnement et c’est bien. Parce que j’ai l’impression (peut-être que je me trompe) que tu as changé ton ressenti vis-à-vis du refus, que tu ne te sens plus « menacé » par ça. Que tu ne recherches plus l’approbation de la gent féminine mais plutot à passer un bon moment. et ça c’est bien, non? Après bon il faut jamais se dire « youpi je suis sorti de mon éducation ». C’est toujours un processus long et plein d’embûches.

  9. Je ne pense pas que ce soit essentiellement une question de ressenti vis-à-vis du refus, parce que j’ai quelques exemples dans mon histoire où je n’avais clairement pas de refus à craindre en face, et où j’ai néanmoins été pris de panique et j’ai fait n’importe quoi (ou rien, selon les cas).

    Comme ça, sans me forcer, cinq cas me reviennent en tête.

    Quand j’avais seize ans, peut-être dix-sept, une fille avec laquelle nous avions un béguin réciproque a essayé de m’offrir un livre. Pris de panique, j’ai refusé le cadeau, ce qui était à la fois abominablement grossier et complètement irrationnel de ma part.

    Mon premier baiser a failli avoir lieu quand j’avais dix-huit ans, avec une fille rencontrée en marge d’un fest-noz à Belle-Île. Je revois distinctement son visage, et le regard qu’elle m’adressait, au moment précis où elle attendait que je l’embrasse. Mais j’étais paralysé.

    Un cas similaire est survenu quand j’avais dix-neuf ans, presque vingt (mon premier baiser et ma première relation sexuelle avaient eu lieu entre temps, ça n’était donc pas une simple question d’inexpérience). J’étais parti faire des travaux agricoles en Auvergne avec quelques amis. Parmi les autres saisonniers, il y avait une fille du coin avec laquelle j’ai vite sympathisé. Nous avions des goûts musicaux en commun, et nous jouions tous deux du tin whistle (à peu près aussi laborieusement l’un que l’autre). Cet été-là étant particulièrement chaud en Auvergne, il arrivait souvent que le patron ne nous fasse bosser que le matin et nous libère pour l’après-midi. En l’une de ces occasions, je ne sais plus comment ça s’est trouvé, elle et moi nous sommes retrouvé tous seuls, à marcher vers le camping où mes amis et moi campions, à une dizaine de kilomètres du champ. Nous faisions une brève pause sous chaque arbre rabougri qui bordait le chemin, et à un moment nous avons fait une plus longue pause à l’abris d’une meule de foin sur le bas-côté. Nous avons discuté de choses et d’autres. Je revois distinctement le regard qu’elle m’adressai à un moment. Le même regard que dans mon exemple précédent. Avec le même résultat.

    Les deux exemples qui précèdent peuvent à la rigueur être mis sur le compte de la timidité. En voici un plus tordu. Un été, alors que j’avais 24 ans, j’ai eu un début de relation avec une fille que j’avais rencontrée à un fest-noz à Belle-Île (décidément, moi et les festoù-noz…). Rendez-vous, bécots, j’ai même traversé l’île sur presque toute sa longueur à vélo pour aller la voir. Elle voulait aller plus loin, c’est moi qui ai refusé. Elle était amoureuse, moi pas. Elle avait pourtant tout pour que je sois amoureux d’elle. Sur le moment, et pendant longtemps, je me suis dit que je n’étais simplement pas mentalement en état d’être amoureux (la seule chose fausse dans cette théorie c’est le mot « simplement »). Pas « in the mood for love ». Et vu qu’elle était amoureuse et moi pas, je me suis refusé à aller plus loin avec elle, j’aurais eu l’impression de l’utiliser. J’ai compris depuis que c’est mon trouble d’anxiété sociale qui bridait mon attirance. Soit dit en passant, pas mal d’amis à qui j’ai raconté la chose m’ont dit que mon attitude avait été plutôt classe – une ou deux personnes m’ont cependant dit que j’aurais dû essayer quand même, quitte à jouer cartes sur table avec elle, et que l’amour aurait pu venir avec le temps. Dans l’absolu, ces dernières avaient raison, mais maintenant que j’ai compris les troubles que j’avais, j’estime qu’il y avait peu de chance pour que ça marche. Ou peut-être que je me dis ça pour me consoler…

    Le dernier exemple est beaucoup plus récent, il y a cinq ans, j’avais 31 ans. Tout a commencé dans le bar que j’ai mentionné dans mon post précédent. Un bar dont l’ambiance se prêtait particulièrement bien aux conversations entre inconnus, et pas seulement au comptoir. J’étais au comptoir, justement, et je me suis mis à discuter avec les gens qui étaient assis à la table qui était au bout dudit comptoir, une femme et deux hommes (pour des raisons d’âge, je n’emploie plus le mot « fille » que j’ai employé dans mes exemples précédents). Je ne sais plus comment la conversation a commencé, toujours est-il que j’ai été invité à leur table, et nous avons discuté de choses et d’autres. La femme m’a demandé la permission de jouer avec mes cheveux, longs et ondulés (ils font parfois cet effet-là à certaines femmes), ce que je lui ai accordé avec joie (parce que j’aime bien ça). Plus tard ses deux amis sont partis, et elle est restée avec moi. Quand le bar a fermé, elle m’a invité dans un bar de nuit voisin, et m’a offert une bière. Vu le déroulement des évènements, il ne me semble pas présomptueux de ma part d’estimer qu’elle avait une idée derrière la tête à mon endroit. Et j’en avais parfaitement conscience sur le moment. Alors certes, la situation étant inédite pour moi, il n’était pas spécialement original de ma part d’avoir au moins un peu peur. Mais là j’étais totalement paralysé par la panique. Infoutu de réagir. Infoutu de faire le moindre geste dans sa direction. Je me dis parfois que si j’avais réussi à lui dire que j’avais peur, elle aurait peut-être compris, m’aurait peut-être aidé. Mais même ça je n’en ai pas été capable. Pas par orgueil, je n’ai pas ce type d’orgueil. Par panique. Elle a fini par se lasser de mon manque de réaction, elle est tombé sur un mec de son pool sexuel semble-t-il, et elle est partie avec lui en me plantant là. Je ne peux pas le lui reprocher, elle avait fait tellement de pas, et moi j’avais été incapable d’en esquisser un seul.

    Désolé de raconter ma vie comme ça, c’est le fruit d’introspections récentes sur lequel je tends à être bavard, et c’est pour illustrer le fait que vraiment, ça n’est pas mon rapport au risque de refus qui a changé. Dans mes premier et quatrième exemples, c’est moi qui ai été dans le refus. Et ce sont à mon avis les plus graves, parce qu’autant pour les trois autres je peux me dire que j’ai juste été décevant pour mes interlocutrices, par incapacité, et les voir comme des occasions que je peux regretter pour mon propre compte de ne pas avoir saisies, autant sur ces deux-là je crains d’avoir causé de la souffrance. Ou, dit autrement, sur les trois autres cas je n’ai que des regrets, sur ces deux-là j’ai des remords.

    Ce dont je me suis affranchi récemment, ce n’est pas mon éducation, ce sont mes névroses. J’ai mentionné dans mon post précédent que mon cas est atypique à plusieurs titres. En voici au moins deux.

    J’ai subi très tôt, dès l’école primaire, et jusqu’à la fin du collège, du harcèlement moral de la part d’autres élèves. De ce fait, la sacro-sainte fraternité mâle, j’en ai été exclu de longue date. La personne que je suis maintenant a tendance à dire que j’en ai été affranchi : j’en ai chié, mais je pense que ça valait le coup, je suis le produit de cette histoire, et je ne déteste pas le résultat au bout du compte. Même si je crois que ç’a été la source de l’essentiel de mes névroses.

    D’autre part, il y a ma grande sœur, de sept ans mon aînée. Sa forte personnalité a profondément marqué ma perception des genres. Je crois que c’est pour ça que j’ai très jeune été plongé dans la perplexité à l’idée d’une différence de statuts entre garçons et filles. Un de mes souvenirs les plus nets de l’école primaire est une conversation avec une camarade de classe, je crois qu’on avait huit ou neuf ans, qui me parlait de la supériorité des garçons, et que je tentais de contredire (j’avais beau être déjà un nerd, je manquais d’arguments formels à lui opposer). En fait, je ne me souviens pas du contenu exact de la conversation, mais je me rappelle distinctement son visage pendant cette conversation (et je n’ai pas oublié son nom non plus). Pour en revenir à ma grande sœur… Notre grand frère, d’un an son aîné, était parti pour vivre la même chose que j’ai vécu par la suite, harcèlement entre élèves, exclusion. Ce qui l’a sauvé ? Notre sœur, ma grande sœur, sa petite sœur. Elle l’a défendu, au besoin en donnant du poing. Elle m’a un jour dit que, vu ce que j’ai vécu, elle regrettait de ne pas avoir pu être là pour me défendre moi aussi. Je lui ai dit « t’en fais pas, je sais que si tu avais pu, tu leur aurais défoncé la gueule. »

    Pourquoi je raconte ça, moi ? Ah, oui, pour expliquer pourquoi j’estime être atypique. Honnêtement, avec l’histoire qui est la mienne, je ne vois pas comment j’aurais pu ne pas être féministe. J’aurais davantage d’admiration pour un homme qui viendrait au féminisme par pure conviction philosophique, que pour moi qui en ai eu les graines très tôt.

    Et là, hop, je me rattrape et je retombe sur le sujet du billet. Pour les raisons susmentionnées, je n’ai jamais considéré les femmes comme étant d’essence différente des hommes. Il n’y a pas que mes troubles d’anxiété sociale pour causer ma perplexité face à la notion de séduction. Plus j’y pense, et plus c’est la notion elle-même qui me débecte intellectuellement. Le côté jeu d’influence, de pouvoir. On y accolle d’ailleurs souvent des métaphores guerrières. Je ne comprends pas. Même aujourd’hui que je suis débarrassé de mes inhibitions, je ne comprends toujours pas. J’ai dit que j’ai pas mal flirté ces derniers jours ? Je n’étais pas dans la séduction, ce faisant. J’étais dans la présentation, dans la conversation. « J’ai un bon feeling avec toi, si tu as aussi un bon feeling avec moi, j’aimerais qu’on essaie de se connaître un peu mieux, si tu veux bien. » En substance, hein, je ne suis pas si formel – et ça ne passe pas que par des mots : une danse peut être une conversation.

    Je crois que c’est pour ça que je suis détaché de la notion d’échec. Je ne suis de toute façon pas dans la compétition.

    … Il va vraiment falloir que je crée mon propre blog, au lieu de squatter les blogs des autres avec mes commentaires-fleuves.

  10. Que ton cas soit atypique, c’est certain. Tout de même, j’ai l’impression dans ce que tu racontes, lorsque tu exprimes un refus, que tu n’es pas vraiment dans le manque de désir mais dans le « qu’attend-elle de moi / c’est à moi d’agir, que dois-je faire ». Pour la première tu dis avoir paniqué, pour a seconde avoir été paralysé. Etre paralysé ou paniquer ce n’est pas exactement la même chose que de ne pas avoir envie.
    En gros j’ai l’impression que tu paniques et que ton désir passe à la trappe derrière les phobies sociales. Mais sans vouloir te dire que tu es comme les autres personnes, il m’est parfois arrivé de percevoir cette panique qui prend le dessus sur le désir quand j’ai écouté des hommes me parler de leurs « échecs amoureux ». Par exemple un ami m’a raconté sa soirée avec une fille et alors qu’ils étaient seuls tous les deux, il ne l’a pas embrassée alors que tout indiquait que c’était ce qu’elle attendait à cet instant précis. Il m’a dit qu’à ce moment là il ne savait pas quoi faire, qu’il se sentait presque « piégé » (la fille avait déployé des ruses de sioux pour qu’ils finissent isolés tous les deux). Pourquoi ce que veut une femme a tant d’importance à ce moment crucial ou « l’homme » va ou non tenter un rapprochement, pourquoi se sent-il obligé de coller à ses attentes, à ce moment là précisément? Alors qu’on sait par ailleurs que la vie sexuelle des couples est surtout faite pour répondre aux attentes de l’homme.

  11. Petite parenthèse. Le coït péno-vaginal (« intercourse » en anglais – je crois qu’on va être obligé de l’emprunter, ce mot « intercourse », il est pratique et n’a pas de vraie traduction en français – et ça permettrait d’avoir enfin des traductions d’Andrea Dworkin) est biologiquement optimisé pour la reproduction, pas pour le plaisir, et encore moins pour celui de la femme impliquée. On a coutume de qualifier tout ce qui n’est pas une intercourse de « préliminaires », y compris les caresses manuelles et buccales (cunnilingus et fellation), alors que ce sont des actes sexuels à part entière. Je suppose que c’est ce que tu entends par « la vie sexuelle des couples ». J’arrête là ma diatribe sur les représentations de la sexualité, et je reviens au sujet.

    À ce moment précis où j’écris ces lignes, je ne sais pas si ce que je m’apprête à raconter confirme ou infirme ton analyse. Je te la livre comme du grain à moudre. Fais-en le pain que tu veux.

    Dans mon premier commentaire, j’avais mentionné brièvement une exception, qui s’appliquait à la fois à mon état éthylique et à qui avait pris l’initiative, par rapport à mes schémas habituels.

    Décembre 1997, j’avais 22 ans. Je connaissais déjà cette fille depuis le lycée. Nous avions déjà discuté à l’occasion et je la trouvais sympa. Du fait que son petit frère était un des meilleurs amis du petit frère d’un de mes meilleurs amis, nous nous sommes retrouvés chez un ami, pour une soirée informelle, dont nous avons passé l’essentiel à discuter tous les deux. Quand est venu le moment de quitter les lieux, nous avons encore causé un peu dans la cour. Nous étions certes pompettes, mais pas complètement bourrés. Nous avons fini par nous embrasser après avoir échangé des « bouh » – si vous ne comprenez pas c’est normal, c’est une blague entre nous que nous avions improvisée sur le moment. Je la raccompagnai chez elle, sous les facéties bon enfant de son frangin.

    Passent les vacances d’hiver, durant lesquelles j’ai beaucoup pensé à elle. Vient la rentrée de janvier, où je décide d’essayer de reprendre contact avec elle. Comme je savais qu’elle était en fac de philo, je passai plusieurs jours, principalement entre midi et deux, installé sur le chemin entre l’arrêt de tram et la fac. Je la voyais déjà arriver sur le chemin, me voir et me demander « Tiens, Vincent, qu’est-ce que tu fais là ? » (Vincent n’est pas mon vrai prénom, je l’utilise pour représenter la scène pour des raisons de commodité syntaxique). J’avais l’intention de lui répondre « Ben, j’essaie vaguement de prétendre que je suis là par hasard, alors qu’en fait je ne suis là que pour te voir. » Un peu alambiqué, je l’admets, mais j’aimais bien l’idée, elle titillait mon côté théatral. Et Anne (pas son vrai prénom non plus) était (et j’espère est encore) une personne pleine de fantaisie. Je souhaitais l’amuser avec un brin de perf.

    Vient le moment, le jeudi de ladite semaine, où je vois Anne effectivement arriver par le chemin. Et là, elle me voit, et me dit « Tiens, Vincent, qu’est-ce que tu fais là ? » Je m’apprétais à lui donner la réponse que j’avais prévue, quand tout à coup « Tiens, Vincent, ça faisait un bail qu’on ne s’était pas vus ! » Un copain de lycée, que j’avais perdu de vue. Un type sympa, vraiment. Mais je n’ai qu’à moitié honte de dire que sur le moment, je l’ai haï. On s’est retrouvés à discuter TOUS LES TROIS. On est parti se boire un pot dans un bar voisin TOUS LES TROIS.
    Plus tard il est parti. J’avais perdu mon élan. Anne m’a quand même invité à une visite du Musée des Beaux-Arts de Nantes, où elle avait ses entrées en tant qu’étudiante en philosophie.
    Puis nous avons chacun suivi notre chemin vers nos foyers respectifs.

    Et le lendemain je décidai que merde, l’approche fantaisiste ayant échoué, autant appeler l’ami dont le petit frère est un des meilleurs amis du petit frère d’Anne, pour lui demander de me passer son petit frère, qui a pu me donner le numéro de chez les parents d’Anne et son frère, ce qui m’a permi de contacter directement Anne et de lui proposer un rendez-vous dans un bar où avait lieu un fest-noz ce week-end là. Oui, je sais, encore un fest-noz. D’ailleurs, marrant comment les téléphones mobiles auraient simplifié les chose alors, non ?

    Nous nous sommes retrouvés là, nous avons causé, nous avons dansé… à un moment nous sommes partis nous promener sur les bords de la Loire. C’est elle qui a pris l’initiative de m’embrasser, j’étais une fois de plus paralysé.

    Par la suite, nous avons été, disons, « ensemble » pendant six mois. Elle a fini par se lasser de mon manque de réaction. De mon manque de participation. (je suspecte aussi, de mon manque d’élan sexuel). Nous n’avons jamais été au delà de la première base, comme disent les Ricains. Avec le recul, c’est quand même la relation dans laquelle je me suis le plus investi, au moins au début. Pour en avoir fait autant dans l’état où j’étais, je devais vraiment être amoureux.

    Depuis que j’ai été débloqué, que je me suis débarrassé de mes anxiétés, j’ai beaucoup réfléchi sur mon passé. J’en ai tiré une maxime : la seule chose qui soit pire que vivre dans le passé, c’est vivre dans le passé du conditionnel.

    Cette maxime m’aide beaucoup, maintenant que je me suis débarrassé des blocages qui m’ont pourri la vie pendant des années. Elle m’aide à m’empêcher de m’enfermer dans ce qui aurait pu être.

  12. Bon, je réalise que j’ai largement discouru à côté du sujet. Désolé, conséquence de mon épiphanie récente, j’ai tendance à m’étendre sur mon passé, pour inventaire.

    Du fait des blocages véritablement pathologiques qui m’ont entravé pendant des années, je ne peux pas pertinemment utiliser ce passé comme exemple. Alors pour réagir à ton dernier post, je vais plutôt me baser sur ce qui m’est arrivé, et que j’ai compris, DEPUIS mon déblocage.

    Dans l’exemple que tu donnes, à supposer que l’homme en question ne soit pas atteint de la même pathologie qui m’a affligé, je dirais qu’il y a peut-être effectivement là un cas de peur subconsciente de perte de contrôle. De perte de la maîtrise de la situation, vu qu’elle avait manoeuvré et qu’il sest senti « piégé ». Donc oui, peut-être, en quelque sorte, une peur de castration symbolique, de perte du Phallus perçu comme skeptron, symbole de pouvoir. Plausible conséquence de l’éducation masculine.

    Je ne nie pas qu’à une époque ç’a pu colorer certaines manifestations de mes anxiétés (bon, d’accord, je reviens sur ce passé quand même). J’étais par exemple assez effrayé par le sexe en lui-même. J’avais peur de ne pas me maîtriser, de ne pas « assurer ». De ne pas être capable d’être autant dans le don que je le souhaitais idéalement. Une peur largement irrationnelle, parce que durant mon premier rapport, j’ai été largement attentif au plaisir de ma partenaire. Sans doute pas bien adroit, mais attentionné. Je n’étais pas submergé (et pourtant j’étais bien ivre au début).

    C’est peut-être mon troisième rapport, qui a longtemps été le dernier, qui m’a marqué. Autant mon deuxième, avec une fille avec laquelle nous étions en couple, fut quasiment un cas d’école de ce qu’on appelle en anglais « outercourse », des câlins érotiques très poussés (si on adopte le mot « intercourse », je suggère « extercourse » pour traduire « outercourse »). Autant le troisième, avec la même, fut… un cas très banal d’intercourse, très animal, peu contrôlé (nous étions ivres), sans raffinement et surtout beaucoup trop rapide. Je ne sais même pas si elle en a tiré du plaisir. Je me suis longtemps reproché (en fait, je me le reproche encore, quand j’y repense) de ne pas avoir fait plus pour son bénéfice. D’autant que c’était mon premier orgasme avec partenaire (et, euh, le seul à ce jour). Très insatisfaisant.

    Je suis désolé si mon post est impudique, mais c’est en évoquant en passant mon ancienne peur du sexe qu’il m’est venu à l’esprit que cet épisode avait sans doute pas mal contribué à mes inhibitions. Ma peur du manque de maîtrise n’a fait que grandir avec l’âge, et la conscience grandissante du gouffre d’expérience qui me séparait de presque toute partenaire potentielle. Il y a quelques années, j’ai dit à des amis en rigolant qu’il faudrait peut-être que je cherche une partenaire aussi peu expérimentée que moi, mais qu’un type de la trentaine faisant la sortie des lycées, ça ferait jaser. Oui, je sais, c’est nul comme blague.

    Je reviens sur les évènements récents, pour expliquer pourquoi, à mon avis, j’échappe à ce que décrit l’article.

    J’ai évoqué dans mon premier post ici un « heureux concours de circonstances » qui m’a récemment permi de me débarrasser de mes anxiétés une fois que je les ai eu identifiées. Je vais détailler un peu plus. Il se trouvait dans mon entourage une copine de longue date, célibataire depuis quelques mois, et pas du tout timide. Je dirais même délurée. En fait, c’est indirectement grâce à elle que j’ai découvert la notion de phobie sociale : un soir où nous étions dans un pub avec des amis, j’évoquai mon désert sentimental et sexuel, et je dis avec dérision que je n’étais même pas sûr de savoir encore embrasser. En réponse à quoi elle me roula un patin, pour vérifier. Et me dit que non, pas de problème. Ça m’a quelque peu bousculé, et plus tard j’ai supposé que mes blocages venaient d’une sorte de phobie, et c’est voulant trouver laquelle que, après avoir tapé le mot « phobie » dans la barre de recherche de mon navigateur, j’ai eu comme proposition « phobie sociale », et je me suis dit « tiens tiens ». J’ai regardé de quoi il était question, et c’était tout moi. Y compris la dépression incidente. Y compris ma tendance à m’enivrer pour neutraliser la panique.

    Passent quelques semaines, vient une soirée chez un copain, je me doutais qu’elle serait là et j’avais une idée derrière la tête. Je me disais que si je devais me confronter à ma peur-panique de l’attirance, elle était la meilleure candidate, vu que je la trouvais effectivement attirante, sympathique, et qu’elle était sans attache. J’ai pris soin de ne pas trop boire, échappatoire trop familière, je voulais affronter mes démons sans dopage. Nous avons discuté, elle m’a avoué avoir tenté plusieurs fois de flirter avec moi lors de ses précédentes périodes de célibat, je lui ai avoué que, typiquement de ma part, je n’avais rien remarqué, je lui ai demandé si c’était trop tard, elle m’a souri, je l’ai embrassée. Et ce faisant, de fracasser une de mes plus anciennes angoisses. Elle a dit à la cantonnade que nous étions en couple, ce qui m’a un peu surpris, vu qu’elle n’avait pas donné l’impression de chercher à se caser. Mais même si j’avais en tête quelque chose de plus « casual » à l’origine, j’avais assez d’affection pour elle pour essayer. De plus, et là j’en reviens au sujet, je m’en remettais à elle, ça ne me posait aucun problème. Je n’ai jamais ressenti le besoin de mener le bal.

    Plus tard, chez elle, nous avons passé plusieurs heures à tergiverser, regarder des vidéos, discuter de choses et d’autres, tous deux assez nerveux. Nous étions bien fatigués quand nous nous sommes couchés. Mon impudeur ayant ses limites, je me contente de dire que nous nous en sommes tenus aux mains, et que les câlins en particulier me manquaient beaucoup. Le lendemain, nous sommes partis chacun de notre côté vaquer à nos occupations. Elle m’a contacté pour me dire que nous deux, c’était pas une bonne idée, en fait. J’avais moi-même des doutes pour être franc. Comme elle m’avait dit plus tôt qu’elle allait passer la soirée dans un bar où elle a ses ses habitudes quelques jours plus tard, je la rejoignis là bas pour lui dire en face qu’il n’y avait pas de problème. En fait, dans cette histoire, nous avons découvert notre amitié. Nous avons un peu discuté de ce qui s’était passé, histoire de bien boucler la boucle. Et c’est une confidence qu’elle m’a faite alors qui m’a débarrassé du reste de mes anxiétés. En gros, elle m’a dit que mon inexpérience n’était pas très grave (et pas significativement perceptible) parce que je ne pensais pas qu’à ma gueule au pieu. Vlan. Envolée, mon anxiété sexuelle. Elle consistait essentiellement dans la crainte de ne pas savoir participer. Et je dois dire que, même sans expérience, juste en gambergeant toutes ces années, j’ai fait des progrès par rapport à mes premiers rapports. J’étais malhabile mais attentionné. Je ne crois toujours pas être très habile, mais je suis toujours attentionné, et surtout j’applique la règle n°1 : je demande à ma partenaire de me donner des directives si nécessaire. Si on pouvait enseigner ne serait-ce que ça dans les cours d’éducation sexuelle…

    Depuis, depuis… Comme je l’avais dit précédemment, désinhibé, je me suis testé et j’ai découvert que je pouvais flirter sans me comporter comme un boulet, donc sans causer d’inconfort à mon interlocutrice. Comme je déteste mettre les gens mal à l’aise, et s’il faut parler de validation, c’est une validation suffisante pour moi (je me démerde très bien tout seul pour la validation narcissique : il me semble que je ne me connais pas trop mal, et dans l’ensemble je m’aime bien). Ça exclue le résultat négatif. Du coup, le résultat ne peut être que positif ou nul. Avec différents types de positifs, d’ailleurs. Ça peut aboutir à de l’amitié même si ça n’aboutit pas à du sexe.

    Ah oui, parce que voilà, un léger reproche que je ferais à tes deux articles, c’est qu’il n’y est question que de relations sociales entre les sexes, et assez peu de sexualité. Mais j’y reviendrai plus loin.

    Ce que je viens de décrire, c’est ce qui se passe quand deux personnes se rencontrent pour la première fois ou se connaissent peu, et que l’une d’entre elle ressent de l’attirance pour l’autre, et souhaite savoir si c’est réciproque. C’est la situation la moins compliquée, où le résultat, si personne n’est un boulet, est positif ou nul, et où la relation éventuelle (quelle qu’elle soit) est construite à partir de zéro ou presque. Et si ça ne donne rien, ben tant pis. Il en va tout autrement entre deux personnes qui se connaissent et s’apprécient déjà, et que l’une des deux envisage un changement dans la nature de la relation. Il y a là un autre résultat négatif potentiel : la déterioration de l’amitié préexistante. Ou de l’amitié potentielle si les personnes commencent à se connaître et s’apprécier. J’ai eu une situation comme ça la semaine passée. Une personne que je connaissais peu mais depuis un bon moment, avec laquelle j’ai fait plus ample connaissance il y a une semaine, et à qui j’ai fini par passer mon numéro de téléphone jeudi. J’ai eu le temps d’analyser mes émotions, et il me semble bien que je n’avais pas été aussi nerveux depuis janvier 1998. J’avais la trouille. Bon, ça n’a pas été dans le sens que j’espérais, mais ça ne s’est pas mal passé au bout du compte : elle a pris mon numéro, tout en me précisant qu’elle est en couple, et m’a promis de m’appeler à l’occasion pour causer. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait de malaise entre nous. Si je n’avais pas eu un intérêt amical à son endroit, elle ne m’aurait pas pas intéressé tout court. Et puis, hein, j’ai besoin d’élargir mon cercle social, bien rétréci par des années de dépression. Bilan positif, donc.

    Dingue. Je viens de relire ce que j’ai écrit jusqu’alors, et je ne suis toujours pas sûr d’avoir dit quoique ce soit en rapport avec la séduction. Je crois que j’ai du mal à appréhender le concept.

    Peut-être parce que je m’intéresse davantage aux résultats. Les relations. Le sexe. Dont il est finalement si peu question dans tes deux articles. Je fais parfois le parallèle avec les entretiens d’embauche, qui sont en fait moins compliqués, vu qu’un seul but est visé : l’embauche. Alors qu’entre deux personnes aux sexualités mutuellement compatibles, il y a des tas de résultats possibles. Mais notamment le sexe, si les désirs se rencontrent. C’était l’idée de départ de ce post. Elle m’est venue ce matin, quand je me suis réveillé tout seul. Et que je me suis dit « Et voilà, encore personne à câliner. »

  13. Je parcours ton blog depuis quelques jours, je continue mon petit chemin en te lisant et je dois dire que je l’aime beaucoup ! J’aurais plein de choses à dire à propos de tout ce que tu écris, mais je voulais simplement commencer par te dire qu’on sent bien que tu es une personne réfléchie et j’aime beaucoup ça. Tes textes me font moi-même réfléchir sur des choses auxquelles je n’avais jamais songé, et j’aime aussi beaucoup ça.

    Une bonne continuation à toi ! :)

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  17. Salut !

    Merci pour cet article.
    Il y a juste quelques éléments qui me semblent implicites dans ton article que je trouve important d’expliciter parce que ça peut prêter à confusion :

    Tu dis à un moment :  » Ce qui signifie qu’à un moment donné, l’homme va lui aussi avoir besoin d’une sorte de validation féminine pour exister en tant qu’homme. Sauf que là, on est plus dans la configuration où le dominé cherche la validation du dominant. C’est l’inverse: le dominant qui a besoin de la validation du dominé… Ouille. »
    J’ai envie d’ajouter explicitement que cette recherche de la validation du dominé n’est qu’une façade. Ce n’est pas la validation du dominé en soi qui importe, elle ne marche pas toute seule : tu as raison de dire « une SORTE DE validation féminine », parce que la seule chose qui compte au final, c’est la validation que les dominants vont ensuite donner au sujet pour avoir obtenu la validation du dominé.
    Je ne suis pas sûre d’être claire… Ce que je veux dire (et que tu as exprimé dans certaines parties mais qui semble un peu disparaître dans d’autres, c’est pour ça que j’ai envie de le souligner), c’est que la blessure narcissique qu’éprouve un homme face à un refus féminin ne vient pas que du seul fait d’avoir été évincé par une femme. Telle que j’ai pu l’observer, cette blessure narcissique vient surtout de la conscience que l’image de l’homme est alors dégradée aux yeux des autres hommes… et les yeux de la femme comptent en fait pour assez peu de chose au final.

    Personnellement, je suis toujours sidérée de voir que ce qu’éprouvent beaucoup d’hommes qui font face à un refus féminin est plus souvent de la colère que de la tristesse. La tristesse viendrait du fait qu’ils sont blessés de ne pas avoir été acceptés de cette femme-là, qu’ils aiment, et qui a une valeur unique à leurs yeux : on éprouve alors du chagrin et on se demande ce qui nous manque et qu’il nous faudrait pour être aimé de cette personne-là. Mais la colère est très différente : elle résulte d’un sentiment de (fausse) injustice, car elle part du principe que si l’homme répond à certains critères (de virilité… ou de « gentillesse » pour les amateurs du concept de « friendzone » basé exactement sur la même logique), la femme (qui est considérée comme un objet qui doit réagir objectivement selon les critères édictés par la société, et non un sujet qui réagit subjectivement en fonction de ses propres désirs, critères et sentiments) DOIT LOGIQUEMENT céder à ses avances. Si elle ne cède pas, elle s’oppose à l’ordre logique du monde et elle remet en cause la virilité pourtant incontestable de l’homme et le dégrade aux yeux des autres hommes : situation i-na-ccep-table s’il en est !

    C’est pour ça que je n’ai vraiment plus aucune compassion pour ces complaintes colériques d’hommes éconduits. Les femmes que je connais qui ont subi des affronts amoureux manifestent toujours de la tristesse : elles se demandent ce qui cloche chez elles ou simplement se résignent tristement à cette incompatibilité en reconnaissant l’homme comme un sujet libre de faire ses propres choix. Elles ne considèrent jamais que celui-ci leur « doit » quelque chose parce qu’elles ont fait ou sont ceci ou cela. Alors que beaucoup d’hommes que j’entends parler de leurs affronts amoureux (parce que leurs avances ont été refusées ou parce qu’ils ont été quittés) expriment de la colère : la femme – interchangeable, juste là pour son statut de « vraie femme » reconnu par la communauté masculine – refuse de se plier à la logique objective de la société masculine et remet indirectement en cause le statut d’homme de l’homme. Souvent, l’homme va se dépêcher de faire une autre conquête féminine, n’importe laquelle (tant que la femme est féminine et donc validée par la communauté masculine) pour prouver aux yeux de la première femme qu’elle avait tort, que sa virilité existe belle et bien, et qu’elle est évidemment reconnue par la communauté masculine (tant pis pour la « conne », pense l’homme, mais en vérité surtout tant pis pour la fille choisie par défaut pour être un simple trophée aux yeux du monde dominé par les mâles).
    D’ailleurs, on remarque souvent que plus la femme répond aux critères qui lui confèrent une valeur aux yeux de la communauté masculine (belle, mince, sexy, maquillée et décorée de bijoux) et plus l’homme a fait sa cour au grand jour, plus la colère de l’homme est grande. De la même manière qu’on est plus fier de rentrer de la chasse avec un cerf mort après grande course poursuite qu’avec un petit lapereau pris dans un piège en lacet. Mais quand on s’est dépensé à faire une grande course poursuite et qu’on revient bredouille, les autres hommes rient à gorge déployée. Quand on revient avec un petit lièvre facilement attrapé, les autres hommes se détournent aussi : c’était trop facile, et pas assez valorisant.

    Voilà mon impression personnelle. Ce n’est pas tant un ajout qu’une reformulation de ce que tu as déjà dit dans la première partie de l’article sur la logique de gagner ses galons de dominants aux yeux des dominants pour être dominant. (Je trouve juste que ça disparaît pas mal dans la seconde partie qui revient sur ces hommes qui prennent mal le fait qu’une femme leur dise « non ». En fait, j’y vois un petit peu (peut-être à tort) une forme de compréhension bienveillante que j’avais avant et que j’ai perdu à force de me rendre compte que cette colère venait moins du chagrin que d’une manière de voir la femme comme un objet qui n’a guère d’intérêt en soi et qui n’a de valeur que parce que les autres hommes lui en donnent. Ça relève d’une logique virile de chasseur et de parade de la victoire (ratée), et pas vraiment d’une logique d’échange amoureux. Je trouve que cette notion de la femme-trophée manque un peu dans l’article qui a une petite tendance à reconnaître une forme de « pouvoir » aux femmes que je trouve sacrément relative si ce n’est inexistante. De même, dire qu’on a enseigné aux hommes qui réagissent de la sorte un « respect » des femmes est assez peu convaincant, bien que l’article que tu as mis en lien démystifie cette notion de « respect » : mais on s’en rend compte plus en cliquant sur le lien qui jette une autre lumière sur ton article qu’en lisant ton article seul, je trouve.)

    Voilà, je trouve que garder l’idée que la femme un « pouvoir » dans l’histoire est vraiment erroné. Est-ce que la personne (la femme, en l’occurrence) a un véritable « pouvoir » (de validation ou d’invalidation) quand elle n’est considérée que comme un objet qui doit résister ou céder selon une règle logique froide aux désirs du seul sujet de l’interaction (l’homme) ? J’en doute beaucoup. Je ne suis pas sûre que le cerf qui a réussi à ne pas se faire attraper par le chasseur ait un quelconque pouvoir sur le chasseur. Le chasseur peut imaginer une histoire où le cerf est une créature maligne qui refuse de se plier à sa domination et qui doit être châtiée, mais ce n’est qu’une histoire-cache-sexe pour faire oublier qu’au final on ne laisse pas le choix à la proie : elle DOIT CÉDER, nom de Dieu ! c’est une question d’honneur ! (Pas une question d’amour.) L’homme invente un mythe où la femme exerce un « pouvoir » sur lui par son refus, tout simplement parce qu’il ne lui en reconnaît pas le droit.
    Croire que ces histoires d’hommes qui se plaignent des refus de femmes sont une question d’amour, comme beaucoup d’hommes essaient de le faire croire (peut-être de « bonne foi », ils n’ont peut-être pas d’autre vision de l’amour que ça : je veux, elle doit céder ; c’est d’ailleurs ce qu’on apprend à beaucoup d’entre eux), c’est un peu comme croire que l’histoire de Melville où la baleine Moby Dick est pourchassée sans relâche par le Capitaine Achab est une histoire d’amour.
    Scoop du jour : Moby Dick a le droit de vivre sa vie de baleine. (Si elle a dû arracher une jambe à Achab, c’est parce que celui-ci a essayé de la harponner, pas parce que c’est une créature maléfique qui a la méchanceté de ne pas céder face aux harpons virils.) Quant au capitaine Achab, c’est un fou furieux incapable d’accepter une défaite et illuminé par le désir de démontrer au monde sa propre puissance.
    Tant qu’on continuera élever les petits garçons dans l’idée qu’être un « vrai mec » c’est être un capitaine Achab, il ne faudra pas s’étonner que les rapports entre les hommes et les femmes sont aussi médiocres et pathétiques qu’ils le sont généralement.

    Voilà, mon message est moins une contestation de ce que tu as écrit qu’une reformulation un poil plus accusatrice et moins consensuelle.
    Parce que j’en ai marre, mais marre, mais marre des Capitaines Achab qui pensent que tout leur est dû et que les femmes qui les refusent exercent sur eux un pouvoir abusif qu’il convient de dénoncer et de châtier.

    (Et comme tu le dis si bien, le miracle dans l’histoire, c’est qu’il arrive que le véritable amour arrive quand même à naître malgré tout entre des hommes et des femmes dans ce monde infernal à la « Moby Dick ».)

    • Merci, je pense que ton commentaire complète bien l’article, qui partait d’une réflexion probablement un peu inaboutie.

      • De rien, c’est vrai que l’article commence à dater et j’ai vu dans des articles postérieurs que tu sembles avoir acéré ta plume entre temps. ;)
        En tout cas, c’est toujours un plaisir de te lire !
        A la prochaine. :)

  18. Je viens de lire cet article et le précédent sur le « râteau. » Je crois que ça va m’aider à avancer… Merci pour ton blog, vraiment intéressant – je traîne pas mal sur internet et ça faisait longtemps que j’avais pas passé deux heures sur un même site..

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