Misandrie mon amie

Comme un court article vaut mieux qu’un trop long thread chiant à suivre sur Twitter, je voulais vous parler de misandrie aujourd’hui, parce que la misandrie, c’est la vie.

Enfin, le but ici n’est pas de dire « à mort les mecs », on s’en fout un peu. Des choses assez blessantes ont été dites sur twitter récemment (oui en ce moment je suis très présente sur le réseau social, d’ailleurs suivez-moi si vous souhaitez connaître l’avancement de mes plants de tomate).

Des choses transphobes. Alors oui bon ce n’est pas à moi de parler de transphobie, car n’étant pas concernée, j’avoue ne pas y entendre grand chose, et je préfère « laisser parler les concernés » (comme on dit sur Twitter). Néanmoins je voudrais rebondir sur la notion de misandrie car ça, ça me concerne à fond (niark niark).

J’ai eu ouïe dire, il y a quelques temps, que la misandrie c’était problématique (j’adore ce mot) car: soit tu rejettes les mecs trans, soit tu fais une différence entre les mecs trans et les mecs cis, et que donc, c’est forcément transphobe, et en conclusion, la misandrie c’est caca. Alors, j’entends cette critique, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le raisonnement (je vais expliquer pourquoi). Et là j’ai envie de réagir car en effet, cette critique n’est pas idiote quand on constate qu’en effet des personnes rejettent les mecs trans, au prétexte que n’étant pas transphobes elles les considèrent comme des mecs comme les autres, et qu’elles ont le droit d’être misandres, etc. Et donc je rebondis sur l’occasion car cela fait un moment que j’avais envie d’expliquer ce qu’est, pour moi, la misandrie, et ce qu’elle n’est pas.

Ôde à la misandrie

Je sais que la misandrie c’est très critiqué parce que c’est très subversif comme notion, de dire qu’une femme a le droit de détester les hommes. Et c’est vrai, avec tout ce qu’on se prend dans la poire, on a le droit d’en avoir marre des mecs. Sans même parler des choses très graves comme les fémicides (appelés « crimes passionnels » par les journaleux) ou les viols, beaucoup trop d’histoires que je raconte sur twitter obéissent à un schéma désormais classique du type: « j’étais peinarde et je profitais de la vie, quand un homme survint et gâcha ma journée ». Les hommes me font chier un peu partout, dans la rue, dans le bus, dans les parcs. C’est une sorte de hobby pour certains. J’ai déjà écrit des articles sur le harcèlement de rue, mais y a pas que ça. Y a aussi la tendance de certains à vouloir faire la police de comment t’es habillée. Y a la façon dégueulasse dont ils ramènent toujours la conversation sur eux (tu parles de viol et ils vont te parler de leur frustration sexuelle, etc). Y a leur façon de se croire indispensables parce qu’un jour ils ont aidé à porter un sac de courses, leur façon de demander du « care » comme si ça leur était dû juste parce qu’on est une femme. Bref je vais pas faire la liste exhaustive de pourquoi en tant que femme des fois on en a juste marre des mecs. Des fois on se sent misandre, c’est comme ça. Et on aime être autorisées à l’exprimer, parce que c’est libérateur; parce que c’est très tabou dans notre société de pas aimer les hommes. On devrait être tolérantes avec la moindre de leurs conneries, excuser même les pires trucs (on le voit au vocabulaire utilisé dans la presse, un viol par exemple c’est trop souvent « un dérapage », genre oups j’ai glissé, ou alors un meurtre c’est « oh le pauvre il était trop amoureux », bref). La société est très dure avec les femmes. Peut-être avec les hommes aussi, d’une certaine façon. Mais surtout avec les femmes. Et puis, on s’en fout, on doit s’occuper de notre cas. Des fois on a juste envie de se regarder le nombril et de mépriser tous les mecs qui nous sifflent dans la rue, nous font des remarque sur la forme de notre poitrine, la taille de nos jupes, ou nous imposent sans arrêt leurs opinions qu’on a pas demandées. Des fois on a envie de leur dire merde, surtout qu’ils sont tellement élevés avec l’idée que leurs avis sont intelligents et importants, que quand c’est pas le cas, c’est juste insupportable.

Mais qu’en est-il de cette critique à propos de la misandrie, qui serait forcément transphobe?

Hé bien dans tout ce que j’ai décrit ci-dessus, la misandrie ne vise pas les hommes pour « être » des hommes, mais pour se comporter d’une manière typiquement masculine et casse-bonbon. Et quand je dis « typiquement masculine » je veux dire qu’il s’agit d’une certaine forme de masculinité. Je veux pas parler du fait de, je sais pas moi, mettre de l’après-rasage, jouer au foot ou porter des shorts de bain. Je veux dire typiquement masculine dans le sens de la masculinité toxique, construite sur l’oppression des femmes. Je m’en branle qu’ils aiment les voitures (tant qu’ils roulent pas de façon à mettre des vies en danger), qu’ils aiment le foot ou je sais pas quoi d’autre qui est considéré comme « masculin ». De la même façon qu’on s’en fout que les femmes aiment le vernis ou le rouge à lèvres, ça ne fait de mal à personne.

Tout ce que j’ai décrit comme comportements à l’origine de la misandrie: siffler dans la rue, faire la police des vêtements, demander du care, donner des avis non demandés, etc etc… Tout ça c’est parfaitement résumable en trois mots: comportements de patron. C’est ça qui est gênant, et même oppressif et qui mérite une attitude telle que la misandrie. Parce que le reste, on s’en fout. Et d’ailleurs, aussi bien humainement que politiquement, j’ai vraiment un problème avec certaines expressions de la misandrie. Tu peux reprocher à quelqu’un de se comporter de telle ou telle manière gênante pour toi. Mais jamais tu reproches à quelqu’un ce qu’il est. Les hommes ont pas demandé à être des hommes, qu’ils soient trans ou cis. C’est ce qu’ils sont, c’est tout. Et en quoi c’est intéressant politiquement de leur reprocher ça? Je trouve ça nul et stérile. Et même dangereux.

Alors on pourra me dire que la masculinité c’est forcément toxique blablabla. Ben, non. De la même manière que la féminité c’est pas uniquement être douce, serviable et soumise, féminité et masculinité peuvent prendre plein de formes. Chacun invente son genre, l’exprime à sa façon; le genre c’est quelque chose de très personnel, qui prend plein de formes différentes selon les personnes. Et les personnes sont très différentes les unes des autres, on est loin d’être que ce que la société attend de nous. Sinon on serait même pas des humains.

En fait, affirmer que la masculinité est en soi toxique, et qu’en somme un homme ne peut que se comporter en oppresseur, c’est très essentialiste. Certes, les privilèges, les hommes n’y peuvent pas grand chose (et d’ailleurs ils ne concernent pas tous les hommes de la même façon, surtout les mecs trans, bon…). Si je suis féministe, c’est parce que j’ai quand même une plus haute estime des hommes que ce qu’on essaie de me faire gober. Si je me met en colère quand un homme me siffle dans la rue par exemple, c’est parce que je sais très bien qu’il a le choix de le faire ou de ne pas le faire. Le fait qu’il soit un homme n’implique pas automatiquement qu’il se comporte comme un trouduc irrespectueux. Si c’était le cas, me mettre en colère contre le harcèlement de rue serait aussi vain que de me mettre en colère contre la pluie quand j’ai oublié mon parapluie, ou contre le vent quand il fait s’envoler ma serviette de plage. La masculinité toxique c’est non seulement quelque chose de construit (donc on peut tenter de déconstruire ou de construire autrement, et des gens le font) mais aussi ce n’est pas quelque chose d’absolu et d’irrémédiable. Les hommes ne sont pas juste « des hommes », ils sont des êtres humains, ils font des choix. Et d’ailleurs, je sais qu’il existe plusieur formes de féminisme, mais le féminisme tel que je le conçois n’a aucun sens si l’on considère que les hommes sont tous des violeurs et des enflures et qu’ils le seront toujours, et qu’on n’y peut rien changer.

« Mais tu nous fais du #NotAllMen! »

Non. Enfin, oui. Enfin, pas vraiment.
En fait ce qui est très énervant avec les « not all men » (c’est à dire quand on dénonce un comportement et que des hommes viennent nous dire MAIS ON N’EST PAS TOUS COMME CA), ce n’est pas que ce soit faux. C’est que c’est presque toujours hors de propos. Je veux dire, pour reprendre l’exemple du harcèlement de rue, quand on dénonce le fait qu’on peut pas faire trois pas sans se faire emmerder, ça nous fait une belle jambe de savoir que « tous les hommes ne sont pas comme ça ». Et bien sur c’est encore pire quand on dénonce des choses graves, comme le viol ou les violences conjugales. Ce qui est énervant c’est qu’on s’en fout complètement que tous les hommes ne soient pas des violeurs, on aimerait juste que personne ne le soit. De plus, les hommes disent ça pour tirer la couverture à eux et attirer l’attention sur le fait qu’eux, ils sont « des mecs bien », contrairement aux violeurs ou aux harceleurs, et donc tirer profit du féminisme pour se faire bien voir ou brosser leur égo, pendant que nous on essaie de vivre nos vies sans êtres agressées. (Accessoirement, quand un mec se ramène pour dire « moi je suis pas comme ça » alors qu’on parle pas de lui, c’est vraiment pas rassurant sur le fait qu’il soit « safe », j’ai plutôt tendance à m’en méfier davantage).

Donc voilà, c’est énervant les « not all men » mais ça veut pas dire que c’est faux en soi. En fait c’est d’autant plus énervant qu’on le sait très bien que tous les mecs ne sont pas des violeurs, c’est justement parce que c’est possible d’être un homme et de ne pas commettre de viols qu’on dénonce. Mais sauf qu’on n’a pas que ça à faire de s’occuper de qui est « un mec bien » et qui est « pas un mec bien ». On s’en fout un peu, en fait. N’empêche que ça revient à ce que je disais, la masculinité n’est pas nécessairement toxique en elle-même, et on n’a pas à reprocher à quelqu’un d’être un mec tant qu’il vient pas nous faire chier, et ce, quel que soit son caryotype ou le contenu de son slip.

Aprè je connais pas tous les mecs de la terre, mais force et de constater que les mecs trans font globalement chier personne. Je dis pas ça pour prendre la défense de qui que ce soit, mais y a l’idée que faire une différence entre les mecs cis et trans ce serait transphobe. Alors ok, c’est pas à moi de dire ce qui est transphobe ou non (n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires si vous êtes concernés). MAIS c’est pas parce qu’on prend en compte les différences et les vécus des gens qu’on considère pour autant que les mecs trans seraient pas des « vrais mecs », ça c’est complètement faux. Etre un homme c’est pas forcément être un chieur et un agresseur. En fait, personnellement, ce que je déteste chez beaucoup de mecs c’est leur incapacité à se mettre à la place des femmes et à s’interroger deux minutes sur ce qui se passerait pour eux s’ils étaient « de l’autre côté » et s’ils vivaient cette oppression, et à jamais remettre en question tout ce qu’on leur a implicitement appris sur eux-même, comme quoi ils seraient plus intelligents, plus importants, plus capables, moins redevables envers les autres, etc… Donc forcément, subir une assignation au genre féminin, ça change beaucoup de choses de ce côté-là. Après je sais pas, peut-être que des hommes trans peuvent aussi se comporter comme ça, j’en sais rien et c’est pas le sujet. Au fond, je m’en fous, parce que ce que reproche aux hommes c’est pas d’être des hommes mais de se comporter comme des patrons, après qu’ils soient cis ou trans n’y change rien. Pour moi la misandrie c’est ça. Quel intérêt de reprocher à un homme d’être un hommes? Il n’y peut rien.

D’ailleurs c’est tout comme les « male tears », ça ne veut pas dire que toute expression de la douleur chez les hommes est risible. Ce serait totalement débile et inhumain. Les « male tears » ça dénonce certaines expression de la souffrance qui sont en fait des outils d’oppression. Comme par exemple « ouin ouin elle a pas voulu faire de sexe avec moi alors que j’ai été gentil, je suis trop malheureux ». Quelle que soit la réalité de la souffrance subie, c’est un outil pour faire culpabiliser les femmes, faire pression, dominer. Si un homme subit une agression sexuelle on va pas parler de « male tears », soyez pas cons non plus. Donc c’est pareil pour la misandrie, y a un contexte patriarcal autour. C’est pas juste « haïr les hommes inconditionnellement ».

Bon après je comprend que certaines soient rageuses et c’est leur problème, je veu pas ici faire la morale. Mais faudrait peut-être tâcher de se remettre un peu en question quand on fait du mal aux gens autour de soi. Le problème c’est qu’on créé des « milieux militants » complètement toxiques sous prétexte de « misandrie ». C’est un peu comme ce que je dénonçais dans de précédents articles quand je parlais du fait que les milieux militants sont violents. Ok vous en avez marre des mecs et vous êtes misandres, mais ça vous autorise pas à tout non plus. Quant à l’idée que les mecs trans sont « des dominants », d’une part je rigole bien, je vois vraiment pas en quoi un mec trans est « dominant » par rapport à une femme cis? Et quand bien même, j’en ai déjà parlé dans un autre article, mais s’en prendre violemment à une personne sans se poser aucune limite sous prétexte qu’elle serait « un dominant » c’est nul, nul, et archi nul. Qu’une personne soit « dominante » ou non, ça excuse pas la violence, parce qu’à force de s’en prendre rageusement à n’importe qui, ben ça éclabousse, et puis on sait jamais vraiment à qui on s’adresse sur internet, et puis on fait que créer des milieux toxiques où les plus faibles n’osent pas dire un mot de peur de s’en prendre une.

Bon, voilà, j’espère que j’ai pas dit de conneries concernant la transphobie, même si c’était pas en soi le sujet de cet article, n’hésitez pas à rectifier si j’ai dit quelque chose de maladroit.

12 réflexions au sujet de « Misandrie mon amie »

  1. Bonjour, il est où ton Twitter ?

    Sinon, j’aurais une remarque ou deux concernant ton style d’écriture mais je sais pas si elles sont les bienvenues.

    Bonne journée

  2. Les milieux trans que je fréquente (sans être concerné) semblent d’accord pour dire que les trans n’intègrent pas la socialisation du genre qu’on leur a assigné pendant leur enfance / adolescence, justement parce qu’iels ne se sentent pas concerné-e-s par cette norme. C’est une critique qu’on fait souvent aux femmes trans, d’être oppresseuses à cause de leur éducation.

    Pour ce qui est des mecs trans, je fais le même constat que toi : je n’en ai pas vu avoir les mêmes aspects toxiques dans leur masculinité que les cis. Petit bémol tout de fois : j’ai surtout des trans non binaires autour de moi, ce qui est encore autre chose.

  3. Comme toi, je ne prétends pas être à l’aise sur les questions de transidentité et de transphobie, mais j’ai l’impression que l’argument visant les hommes transgenres est finalement une inversion d’un des arguments des féministes TERF visant les femmes transgenres.

    Là où les TERF disent que les femmes transgenres restent des « hommes » qui veulent juste attirer l’attention sur eux au détriment des « vraies femmes » (cis ; rappelons que ce sont les propos des TERF, que je ne partage pas) et qu’il ne faut donc pas les inclure ou les écouter, d’autres font de même avec les hommes transgenres, mais sans au moins renier leur transidentité (remarque, comme on s’en sert pour les attaquer autrement, je ne sais pas si c’est tellement mieux).

    Dans tous les cas, TERF ou non, au final, on attaque le côté masculin (supposé ou réel) des personnes, qu’elles soient des assignées garçons dans le premier cas ou des hommes assignés filles dans le second. Le second camp n’est pas spécialement transphobe, je dirais, plutôt hostile aux hommes et à leurs comportements, ce qui pose des problèmes que tu soulèves.

    Je pense qu’on peut être misogyne quelque soit notre genre et notre orientation sexuelle. Un homme assigné fille a pu baigner dans un milieu hostile aux femmes et masculiniste, intérioriser ça quand il était considéré comme une fille pour répéter les mêmes schémas plus tard. C’est possible. Tout comme il a pu tirer une leçon de ces mentalités nauséabondes. Partir du principe qu’il a forcément suivi la première voie parce que c’est un homme, là, c’est problématique…

  4. Hello,
    moi je suis un mec trans, et ton article il m’a fait du bien en fait. Perso je trouve pas que t’aies dit de bêtise sur la transphobie, mais bon, je parle pas au nom de la communauté trans non plus.
    Bref, merci d’avoir écrit tout ça, je trouve que c’est très bien expliqué.

  5. Le truc, c’est que la misandrie n’est pas en soi quelque chose de systémique, observable en dehors du milieu militant (les hommes ne sont pas victimes de discriminations à l’échelle de la société, ou s’il y en a elles sont infimes par rapport à celles que vivent les femmes, et bien souvent aussi l’expression d’une structure patriarcale).
    Au sein du milieu militant, cette misandrie a une fonction catharsique assez importante, et je peux comprendre que certaines en usent et en abusent. Certes, ça fait fuir les mecs (voir des ondes négatives H24 sur ma timeline, c’est pénible, et j’ai fini par unfo certaines à cause de ça, même si à côté elles écrivaient du contenu intéressant), mais de toute façon, que ça attire ou repousse les hommes n’est pas à mon avis un sujet si important dans le cadre du milieu militant, pour la simple et bonne raison que c’est d’abord et avant tout les femmes qui sont « ciblées » (c’est-à-dire que c’est les femmes qu’il faut convaincre de se joindre au cortège et apprendre à se défendre).

    Et donc à mon sens, sur un compte privé ça ne pose pas vraiment de soucis de s’épancher sur Toulézoms, ça fait du bien.

    De la même façon, si on peut tout à fait insulter toute la population masculine du monde dans une conversation privée (ça fait du bien), pour les blagues c’est la même : ce qui me dérange plus, c’est que « le privé est politique » on lui fait dire tout et son contraire. Une blague graveleuse mais en privée face à un public de proches qui savent pertinemment que c’est une blague, ça ne devrait pas mener à du shitstorm (c’est pour le coup une vraie utilisation du Point Desproges). Et encore moins encourager une chasse aux sorcières.

    En fin de compte, je pense que la misandrie, ça devrait être comme les blagues qui sont oppressives au premier degré : à réserver dans un cadre privé. (Et je suis le premier à en faire, du genre « Tu n’aimes pas les endives ? Mais voyons, c’est parce que tu n’as pas essayé avec la bonne endive. », vous ferez le parallèle avec ce que disent certaines personnes aux LGB.)

    La problématique n’est pas simple, parce que beaucoup de comptes de militantes sont aussi des comptes perso de filles qui ont vécu/vivent de plein fouet le sexisme (enfin toutes les femmes vivent de plein fouet le sexisme, mais a priori les militantes ont une conscience aiguë du système patriarcat, et donc voient en moyenne plus les oppressions que le reste de la population). Séparer les deux, c’est complexe, et il faut une infinie patience pour gérer des cons dans ses mentions. Je ne leur jette pas la pierre, mais je suis content que d’autres militantes comme toi abordent le sujet. L’autocritique est une chose nécessaire au sein d’un mouvement politique (ce qu’est le féminisme, au sens très large de politique).

    Quant aux hommes, dont j’en suis, il est nécessaire comme tu l’as dit de ne pas tout ramener à son nombril. Et à ne pas, quand ça nous concerne parce qu’effectivement on a merdé, prendre ça pour une remise en question de notre existence : on faute tous, et le plus important c’est de retenir où on a fait une erreur, de s’excuser si besoin, et de ne plus recommencer. Il y a beaucoup de travail de notre côté à faire, indubitablement.

    Pour les hommes trans, je ne suis pas concerné, je n’en dirai peu, si ce n’est que ce sont des hommes comme les autres et qu’ils sont faillibles comme tout être humain ; que conditionnement de la société aidant, ça ne m’étonnerait pas que certains se mettent aussi à se comporter comme des dominants. De la même façon que les hommes cis, si les hommes trans ne sont pas concernés par un comportement abusif de mec, c’est très bien pour eux et c’est normal. S’ils agissent comme un mec conditionné (harcèlement de rue, forçage, refus de consentement et jean passe), ils doivent être dénoncés comme tous les autres mecs. C’est pour ça que ça me fait bizarre de lire « les mecs cis blablabla » quand le caractère cis ou trans du fautif n’est pas lié. (Même s’il est fortement probable que les mecs trans aient moins de comportements oppressifs vis-à-vis des femmes que les mecs cis, pour les raisons énoncées dans ton article.)

  6. Merci pour ce texte.
    Je dois faire partie de ces féministes misandres avec qui tu n’est pas d’accord. Pour moi les mots masculin(s) et féminin(s) ont deux signification.
    1 – d’un point de vue biologique, les organes sexuels et reproducteurs sont désignés par les mots masculin et féminin. J’en reparlerait pas parce que c’est essentialiste et transphobe de se fixé sur les catégories biologiques. Il me semble que nous parlons du masculin et féminin dans le contexte culturel.
    2 – d’un point de vue culturel, ces mots servent à designer les comportement de domination (pour les masculinités) et de soumission (pour les féminités) dans la culture d’oppression des femmes qui est omniprésente sur terre.

    Tu donne l’exemple du goût pour le foot, de l’utilisation d’après-rasage et du port de shorts comme exemples de masculinités non-toxiques. Mais en fait pour moi l’utilisation d’après rasage n’as pas de rapport avec la masculinité, une femme peut très bien utilisé de l’après rasage après s’être rasé et n’avoir rien de masculin. Par exemple les femmes à barbes ou femmes trans ou les personnes qui se définissent gender neutral peuvent utiliser de l’après rasage sans que ca soit un geste de masculinité. Porter des short et n’avoir rien de masculin et aimer le foot sans avoir rien de masculin non plus. Dire qu’une femme qui aime et pratique le foot est masculine ca me semble sexiste et le dire d’un homme c’est finalement sexiste aussi. Et un homme peut très bien porter du vernis à ongle sans être féminin, le vernis n’est féminin que par assignation patriarcale. Ces truc ne sont pas vraiment masculins en soi ni féminins en soi, ils sont affublé de ces qualificatif dans le contexte de la domination des femmes par les hommes. Du coup je ne voie pas trop comment ces pratiques peuvent être dites masculines ou féminines puisque elles ne le sont pas en elles mêmes et qu’elles n’existent que dans le contexte de l’oppression des femmes. Pour moi jouer au foot, mettre de l’après rasage ou des shorts c’est pas ce que j’appelle des masculinités, c’est jute des pratiques que peuvent faire les êtres humains quelque soit leur sexe et leur genre et qu’on dit masculines dans le contexte du patriarcat.

    Par rapport aux personnes trans. Ce que je dit peu semblé transphobe. Mais pour moi on peu être homme ou femme cis ou trans sans être masculin·e ou féminin·e et cela quelque sois le sexe ou le genre. Si je parle par exemple d’un homme trans masculin, à mes yeux ca veux dire que son comportement est dominant, par exemple utiliser sa grosse voix pour faire taire les autres, ca serait ce que j’appelle un comportement masculin, mais avoir une grosse voix c’est pas masculin, c’est juste avoir une grosse voix et les hommes et femmes cis et trans peuvent avoir de grosse voix ce qui n’a rien de masculin, tant qu’illes ne s’en servent pas pour dominer. Si un homme trans veux mettre du vernis à ongle, j’ai pas pour autant la légitimité à le qualifié de féminin. C’est juste un homme avec de jolis ongles soignés et si une femme trans veux jouer au foot en short ca me semblerait sexiste et transphobe de dire qu’elle est masculine.

    Il y a peut être des actes ou des choses vraiment masculines en sois et pas oppressives, ou qui ne soit pas des expressions de la domination, mais je vois pas trop. Si vous avez des exemples je suis preneuses.

    • En fait je comprend pas ton raisonnement. Les exemples de masculinité non toxique que je donne, pour toi c’est pas de la masculinité parce que les femmes peuvent aussi avoir ces comportements. Mais il n’y a pas un seul comportement, qu’il soit toxique ou non, qui ne puisse être adopté par quelqu’un de n’importe quel genre. Ainsi un homme peut être doux et compréhensif, une femme peut être aggressive ou dominatrice. Le genre ne se définit pas par sa totale conformité, il est beaucoup plus complexe que ça.

      • En fait je vais préciser ma pensée car l’autre jour j’avais pas eu le temps de le faire et c’est pas très clair. Le problème avec ce que je crois comprendre de ton raisonnement: en gros tu dis que ce n’est pas le fait d’aimer le foot, ou autre, qui fait qu’une personne est un homme, ce avec quoi je suis d’accord. Mais par contre tu estimes que la masculinité existe et est forcément toxique. Donc ça veut dire que pour toi il y a bien un ensemble de choses qui font qu’un homme est un homme, et que le foot ou l’after-shave n’en font pas partie, donc j’en déduis que tu définis la masculinité par des comportements toxiques. C’est un peu une tautologie. Les hommes sont toxiques parce que les hommes sont toxiques. Or, les comportements masculins toxiques, comme le catcalling ou les violences conjugales par exemple ne sont que des expressions de la masculinité. Mais ils ne la définissent pas. Exactement comme aimer le foot est une expression possible de la masculinité, mais ne la définit pas. Qu’on parle de comportements masculins (c’est à dire associés généralement au genre masculin) toxiques ou non toxiques, aucun de ces comportements n’est ni nécessaires, ni suffisants pour qu’une personne se définisse comme un homme (et/ou soit définie ainsi par les autres).

        Donc oui, globalement, la masculinité est toxique, c’est vrai, parce qu’elle est construite socialement comme ça, mais ça ne signifie ni qu’une personne doive forcément avoir des comportements toxiques et dominateurs pour être un homme, ni que si quelqu’un se définit comme homme (qu’il soit cis ou trans) alors fatalement il aura des comportements toxiques. C’est aussi simple que ça.

        Et d’ailleurs une femme aussi peut être autrice de violence conjugale, par exemple, même si c’est beaucoup plus rare. Il y a bien sur de grosses différences entre les comportements des hommes et des femmes par rapport à certaines choses comme le harcèlement de rue par exemple, mais c’est surtout que la société donne de toutes façons à de tels actes un sens différent s’ils proviennent d’un homme ou d’une femme. C’est pour ça que le genre est quelque chose d’extrêmement complexe à appréhender, c’est à la fois très intime (de l’ordre du ressenti) et à la fois une donnée sociale qui module les rapports entre les personnes.

        Alors après qu’est-ce qu’être un homme puisqu’on ne peut pas le résumer à tel ou tel comportement? C’est une vaste question. Je pense que je ne sais pas vraiment définir ce qu’est un homme ou une femme, la réalité des gens qui s’identifient à tel ou tel genre est complexe et unique. Je pourrais dire par exemple ce que c’est pour moi d’être une femme, mais je ne peux pas dire pour les autres. Quant à ce que c’est d’être un homme, je n’en sais rien.

  7. Je ne pense pas non plus que les mecs trans soient dominants (globalement) par rapport aux femmes cis.

    CERTAINS mecs trans peuvent finir par avoir pas mal d’avantages, et une situation proche des mecs cis. Mais à beaucoup de conditions :
    -avoir une tête « de mec cis ». Ce qui requiert souvent hormones et chirurgie. Tous ne veulent pas d’hormones ou de chir. Tous ne PEUVENT pas (raisons de santé, d’argent…)
    -avoir une voix « de mec cis ». Idem.
    -ne plus avoir de seins. Idem.
    -avoir un pénis et plus de vulve / vagin. Idem.
    -que les gens sachent pas qu’il est trans
    -correspondre suffisamment aux stéréotypes masculins (pas être efféminé sinon ca « prouve que c’est pas un mec »)
    -avoir changé d’état-civil (peu de pays le permettent sur simple demande).

    Et si possible être grand.
    Et puis blanc et valide et neurotypique, car la seule bonne masculinité est blanche (cliché des noirs et arabes trop virils et violents, des asiatiques efféminés…) et que le handicap et l’obésité c’est pas trop viril. Ce qui aide pas quand tu dois « prouver » ta masculinité aux gens…
    (La « bonne » féminité est aussi mince, blanche, valide et NT, donc les femmes trans peuvent avoir le même souci).

    Ne pas correspondre à n’importe quelle de ces conditions expose à être perçu comme trans, ou une femme, ou pas vraiment un mec (entre deux), et parfois comme une lesbienne. Avec violence et discrimination à la clé.
    Au moins dans certains contextes (certains passent dans la rue mais ont le sexisme médical etc).

    De plus même un mec trans qui arrive à être tranquille n’est jamais à l’abri d’être outé en tant que trans et emmerdé.

    Parler de la situation « des mecs trans » (ou des NB ou femmes trans le cas échéant) comme un bloc homogène a peu de sens. Encore moins que pour les autres groupes. Vu que tout dépend d’avoir un entourage transphobe ou pas, d’être out ou pas, opéré ou pas, etc etc. Les situations peuvent être hyper différentes pour une MÊME personne selon le stade.

    Certains mecs trans peuvent être misogynes, mais ça s’explique pas mal par la transphobie qu’ils recoivent.
    Et du fait qu’une personne trans est souvent vue comme « trop-t’en-fais-des-caisses » ou « pas assez » (trop féminine, trop androgyne, trop masculine).

    1 ) Pression pour prouver que tu es un vrai mec et d’en faire 50 fois plus que les autres. Pas que dans le sens « sinon t’es pas viril t’es une lopette haha » comme chez les cis. Mais dans le sens « sinon on te donne pas tes papiers, on te mégenre, on t’agresse voire on te viole… »

    2 ) Certains intériorisent ca. La dysphorie s’y rajoute.

    3 ) Certains rejettent tout ce qui est féminin en réaction au fait d’y avoir été assignés de force.

    4 ) Raisons classiques socio-culturelles de la misogynie.

    De mon expérience perso les mecs trans sont soit franchement virilistes soit féministes (et parfois passent du premier au deuxième en se libérant de la pression sociale).
    Alors que pas mal de mecs cis s’en foutent globalement et profitent de leurs privilèges au calme (ils en ont le luxe).

    Et niveau privilèges, le seul qu’ils ont clairement c’est face aux femmes trans. Eux sont perçus comme des mecs lambda, ou des femmes cis lambda, ou des lesbiennes butch, ou parfois comme ce qu’ils sont (des mecs trans). Chacune de ces situations est mieux vue que d’être une femme trans (mieux ou « moins pire »). Et dans les faits les femmes trans subissent bcp plus de violence, discrimination… que les mecs trans et les femmes cis. En particulier si elles sont pauvres et racisées (cf les assassinats).

    Donc en milieu trans il peut y avoir rapport de domination entre mecs et meufs trans. En milieu féministe aussi. Souvent les féministes transphobes tolèrent les mecs trans (vus avec condescendance comme des femmes « perdues », ou pas vraiment des mecs etc), et excluent carrément les femmes trans, qu’elles harcèlent sur Internet et IRL, stigmatisent sur des kilomètres d’articles et vidéos… par ailleurs.

    Sur la violence militante envers les dominants (réels ou supposés) je te rejoins. Je trouve en outre que c’est compliqué d’exprimer un questionnement ou une réflexion nuancés sur ce genre de questions sans risquer justement la shitstorm.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *